‹ Histoire universelleChapitre 27 sur 79 · ARTS ET INSTRUCTION CHEZ LES HÉBREUX · texte numérisé non relu

ARTS ET INSTRUCTION CHEZ LES HÉBREUX

Nous trouvons mentionnés dans TÉcriture sainte, à une époque très reculée , des arts qui supposent une civilisation avancée. Sans parler de la construction de la tour de Babel et des caravanes rencontrées par les frères de Joseph, il est fait mention d'argent monnayé dès le temps d'Abraham; Éléazar offre à Rébecca des pendants d'oreilles de la valeur de deux sicles , et des bracelets de dix. Âbimélech donne à Abraham mille sicles pour acheter un voile à Sara ; le patriarche acquiert aussi, au prix de mille sicles, la sépulture de sa famille. Joseph avait une tunique nuancée de plusieurs couleurs, qui excita l'envie de ses frères, et Job compare la rapidité de la vie à celle de la navette du tisserand.

Les Hébreux, avec une activité infatigable et une grande constance de volonté, purent soutenir, sans succomber, des désastres qui suffisent pour rayer d'autres peuples de la surface de la terre. A l'appel de la patrie, ils montrèrent une haute valeur, soit lors de la conquête sous Josué , soit lorsque, sous les juges, ils combattirent pour leur affranchissement. La terre promise subvenait abondamment à leurs besoins; des eaux vives s'écoulaient des montagnes, et de fréquentes rosées, jointes aux pluies de printemps et d'automne, la fécondaient; Gaza, Ascalon, Sarepta produisaient des vins recherchés des étrangers ; les abeilles y préparaient un miel exquis; un baume précieux se distillait dans les plaines de Jéricho, fameuses pour les roses; le Jourdain et le lac de Génésareth fournissaient du poisson, le lac Asphaltite du sel, et les prairies nourrissaient de nombreux troupeaux. La contrée est tout autre aujourd'hui , depuis que la main de l'homme a cessé d'y seconder la nature. Mais les Hébreux y avaient, pour ainsi dire, édifié le sol, en l'élevant

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par des terrasses artificielles jusqu'au sommet de leurs montagnes escarpées ; aussi alimentèrent-ils , sur une superficie qui à peine est la moitié de celle de la Suisse, une population que n'atteignit jamais aucun peuple sur un territoire égal en étendue (1). Partout des arbres fruitiers, noyers, dattiers, figuiers, pistachiers, grenadiers, donnaient, avec leurs fruits, Tombre si désirée sous cet ardent climat. Aujourd'hui la vigne en a presque disparu ; Taride uniformité est à peine rompue par quelques oliviers et de rares grenadiers. Le Jourdain lui-môme s'est appauvri et a changé de direction.

Les Hébreux, en revanche, s'appliquèrent peu aux arts mécaniques, et abandonnèrent l'industrie à des mains serviles. Élevés pour la vie nomade, ils se plurent toujours à se mêler aux autres peuples, quelque effort que Moïse eût fait pour les en détourner. Quoiqu'ils possédassent plusieurs ports, ils avaient peu de goût pour le commerce maritime, livré presque exclusivement aux Édomites. Salomon employa à la construction du temple des artistes phéniciens ; nous trouvons cités, cependant, Béselehel, de la tribu de Juda, et Ooliab, de celle de Dan , qui savaient travailler l'or, l'argent, le bronze, le marbre, les pierres fines, le bois, et qui préparèrent dans le désert le tabernacle et les vases sacrés (2).

lies Hébreux, comme les Égyptiens, embaumaient le corps Punénuiei. des principaux personnages de l'État; ils enterraient simplement tous ceux qui appartenaient aux classes inférieures. Des femmes à gages pleuraient sur le mort, près duquel on récitait des prières funèbres et l'on entonnait des chants,

(1) Nous trouvonts dans TÉcriture la mention de six dénombrements : trois sous Moïse, un sous David, puis sous Esdras et Auguste. Le dernier ne nous est point parvenu. Celui d*Esdras^ après le retour de la captivité^ donne un nombre exig^. Le premier, sous Moïse, compte 600,000 hommes en état de porter les armes à la sortie d'Égypte; le second, 603,550; le troisième,dans les plaines de Moab, après les quarante ans passés dans le désert, 60 1,730, distraction faite de la tribu de Lévi, qui était exempte du service militaire. La population totale aurait donc été de 2,500,000 individus.

Le dénombrement de David constata 800,000 hommes capables de porter les armes parmi les Israélites, et la moitié de ce nombre en Judée. Dans leliv. I des Paralipomènes, ch. xxi, 5, 6, nous trouvons 1,570,000 guerriers, sans les tribus de Lévi et de Benjamin ; ce qui suppose environ 7 millions d*habitants. Le pays de Chanaan n*avait pas plus de 50 lieues de longueur sur 25 de largeur. On soutient cependant que tout le pays soumis à David avait une superficie de 70 milles carrés, et contenait 9 millions d^habitants.

(2) Exode, XXXVIII, 22 et 23.

DEUXIÈME ÉPOQUE

comme ceux de David pour la mort de SatU, et de Jérémie sur celle du roi Josias. Le cadavre une fois déposé dans le sépulcre, ceux qui avaient assisté aux funérailles étaient considérés comme souillés et devaient se purifier. Le deuil était accompagné de jeûne; on ne mangeait qu*après le coucher du soleil, et seulement du pain, des légumes et de Teau; on restait enfermé dans la maison, assis sur la cendre, dans un sombre silence qu'interrompaient seuls des gémissements profonds et la psalmodie des morts ; cela durait sept jours. A l'extrémité de la plaine qui s'étend au nord de Jérusalem, on voit encore les tombeaux des premières familles dans des grottes souterraines, sans ornements extérieurs, comme pour rappeler que là finissent toutes les vanités des vanités. Le fond de la vallée de Josaphat est parsemé de pierres blanches; elles indiquent le lieu où dorment les milliers d'Hébreux qui, dans tous les temps, de tous les pays, revenaient vers Sion pour exhaler leur dernier souffle sur une terre après laquelle ils soupirèrent toujours, où est encore leur espoir, et qui, au milieu de la réprobation universelle, les unit dans le lien mystérieux d'une foi que n'ont pu éteindre tant de siècles et tant d'infortunes. Leurs monarques amoncelèrent des richesses immenses,

Hiaheises. qu'ils déposaicut dans des coffres-forts, suivant l'usage encore suivi en Orient. David avait amassé , tant par les produits de la guerre que par les tributs, le commerce et les économies, l'énorme valeur de 1,2^8,100,000 livres pour la construction du temple. Les rois hébreux tiraient de grandes sommes de revenu de leurs propres terres et de l'impôt qu'ils percevaient sur les autres. Salomon recevait annuellement 46 millions, sans compter les fermes et les péages, non plus que les droits sur les marchandises et les dons des rois arabes et des gouverneurs de provinces. Aussi l'Écriture dil-elle que sous son règne on tenait peu de compte de l'argent, tant il était devenu commun.

Une si grande richesse ne profitait ni à la moralité, ni à l'économie d'un peuple pasteur et agricole ; mais les images qui abondent dans sa poésie nous prouvent qu'il ne perdit pas tout à fait son caractère, dont la naïveté se conserva dans les campagnes, même après la corruption de la cité. On peut s'en faire une idée en lisant l'idylle attribuée à Salomon, et intitulée, à la manière hébraïque, Cantique des cantiques.

CMitioue « Ne considérez pas que je suis brune, dit la bergère, car

des cantiques. r ^ j ^

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« le soleil m*a 6té ma couleur; les enfants de ma mère se « sont élevés contre moi ; ils m*ont mise dans la vigne pour a la garder, et je n*ai pas gardé la vigne. 0 bien-aimé de <( mon âme, dis-moi, où fais-tu paître ton troupeau? oh re- « poses-tu à midi? Tu' es pour moi une grappe de raisin.de « Chypre cueillie dans les vignes d'Engaddi. Que tu es beau, « mon bien-aimé I Notre lit est couvert de fleurs, les solives (c de nos maisons sont de cèdre, les lambris sont de cyprès, « Tel qu'un pommier fécond entre les arbres stériles des fo- « rèts, tel est mon bien-aimé entre les hommes; je me suis c( reposée sous Tombre de celui que j'avais tant désiré, et c( son fruit a rafraîchi ma bouche. Oh ! couvrez-moi de fleurs, ce car je languis d'amour! Sa main gauche soulève ma tète, « et sa droite me caresse. J'entends sa voix : voilà qu'il « vient, franchissant les collines» semblable à un chevreuil ; « il se tient derrière notre mur, il regarde parles fenêtres « et par les barreaux.

c< La nuit sur ma couche j'ai cherché celui que chérit mon €i âme; je l'ai cherché et je ne l'ai pas trouvé. Je me lève et « j'erre dans la cité; je cherche mon bien-aimé dans les « rues et dans les places, je le cherche et ne le trouve pas. « Les rondes nocturnes me rencontrèrent : Ohf avez-vous vu « celui que chérit mon âme? Et voilà que je le retrouve et que « je l'embrasse ; je ne le quitterai pas que je ne l'aie conduit « dans la maison de ma mère...

€ Je suis descendue dans le verger des noyers pour voir si « les pommes étaient belles, si la vigne avait fleuri, si les « grenadiers bourgeonnaient.

« Oh I viens, mon bien-aimé ; sortons dans les champs, de- « meurons dans les villages, courons de bon matin dans les « vignes pour voir si des fleurs naissent les fruits. Là, je t'of-- (c frirai ce que j'ai de plus doux... Je t'ai gardé les pommes « nouvelles et les anciennes... Ohl fusses-tu mon frère, (C eusses-tu sucé le lait de ma mère! en te trouvant dehors, <c je te baiserais, et personne ne m'en blâmerait. Je te prenne drai et je te mènerai dans la maison maternelle; là, tu c m'instruiras, et je te verserai du vin et du suc de mes « pommes de grenade. Salomon a une vigne entourée de c< peupliers ; il la donne à garder, et on lui rend mille pièces « d'argent pour le fruit qu'on en retire. Qu'il ait la vigne et ce les mille pièces d'argent, et deux cents ceux qui la garce dent; c'est toi qui es ma vigne. »

DEtJXIÈME ÉPOQUE.

Et son bien-aimé dit : « Filles de Sion, je vous conjure par « les chevreuils et par les cerfs de la campagne, ne troublez « pas le sommeil de ma bien-aimée. Ses yeux sont comme les « yeux des colombes ; elle est entre les jeunes filles comme « le lis au milieu des épines. Lève-toi, viens, mon amie, ma « beauté. Les fleurs se sont épanouies dans notre terre, dans « notre terre on entend la voix de la tourterelle ; le figuier « porte ses fruits, et la vigne fleurie répand son parfum. Oh ! (( prenez les petits du renard qui dévastent la vigne...

« Quelle est cette femme qui monte du désert, comme la « fumée des encensoirs? Ohl tu es belle, mon amie! tes che- <( veux sont somme les chèvres qui broutent sur les monts c( de Galaad, et tes dents comme une rangée d'agneaux nou- « vellement tondus ; ta taille est comme celle du palmier : « tes joues sont des tranches de grenade, et tes deux seins « ressemblent à deux petits chevreuils paissant parmi les lis. « Viens du Liban, ma sœur, mon épouse; viens, et tu seras « couronnée. Tu es un jardin clos, une source scellée. Je « suis dans mon jardin; viens, ma sœur, mon épouse. J'ai « déjà recueilli ma myrrhe avec mes aromates; j'ai goûté le « rayon avec son miel, j'ai bu mon vin avec mon lait. Oh! « mangez, mes amis, buvez, enivrez-vous, mes chers amis. • « Le roi a soixante reines et quatre-vingts concubines, et « des jeunes' filles sans nombre; une seule est ma colombe, « mon amie parfaite ; les reines et les concubines l'ont vue, « et l'ont appelée bienheureuse. »

Ailleurs la fiancée raconte ce qui lui est arrivé la nuit.

« Je dors, mais mon cœur veille. Et voici la voix de mon « bien-aimé qui appelle ; Ouvre, ma sœur, mon amie, ma co^ « tombe, mon immaculée; car ma tête est chargée de rosée, et mes i( cheveux sont baignés des gouttes de la nuit. — J'ai dépouillé « ma tunique, faut-il m'en revêtir? J'ai lavé mes pieds, faut- « il les salir de nouveau? Tandis que j'hésitai, mon bien- « aimé passa la main par l'ouverture de la porte, et mes en- « trailles tressaillirent; je me lève pour lui ouvrir, et mes « mains distillent la myrrhe ; mais quand j'eus tiré le verrou, « il s'en était allé. Mon âme s'était fondue au son de sa voix; « je le cherchai, et ne le trouvai pas; je l'appelai, et il ne ré- « pondit pas. Ceux qui font la ronde me rencontrèrent et me « frappèrent, et ceux qui gardent les murailles m'enlevèrent, (( mon manteau.

« 0 filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, je

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<c VOUS conjure, dites-lui que je languis d'amour. Mon bien- . <( aimé, si tous ne le connaissez pas, est blanc et rosé; on le (( distingue entre mille. Sa tête eat un or de choix ; ses chea yeux sont noirs comme le corbeau et se replient comme <( les palmes. Ses yeux sont comme ceux des plus blanches « colombes, ses joues comme de petits parterres de plantes a aromatiques, ses lèvres comme des lis exhalant leur pre- « mier parfum. Il est beau comme le Liban, distingué comme « le cèdre. Tel est celui que je chéris, et il m'aime, 6 filles « de Jérusalem I »

Aucun idiome ne possède une idylle aussi tendre, et les objets dont les images sont tirées révèlent mieux qu'un long discours les habitudes du peuple chez lequel elle était chantée. L'histoire de Ruth en donne aussi une idée exacte.

Par un temps de disette, l'Israélite Élimélech partit de Ruth. Bethléem pour le pays de Moab, avec sa femme Noémi et deux fils. Là il s'établit, et ses fils prirent deux femmes moabites, dont une se nommait Ruth. Les maris étant morts, Noémi retourna à Bethléem; mais Ruth ne voulut pas l'abandonner, et quitta sa patrie pour la suivre. Elles arrivèrent à l'époque de la moisson des orges, et Ruth dit à sa bellemère : « Si tu veux, j'irai glaner aux champs. » Le champ où elle alla était celui de Booz, homme puissant et parent d'Éiimélech. Booz, ayant appris de Ruth qui elle était, lui dit : « Sois tranquille, personne ne te molestera ; si môme tu as « soif, va aux seaux et bois, et à l'heure du repas viens ici, et « mange du pain que tu tremperas dans le vinaigre. » Elle fit ainsi, s'assit parmi les moissonneurs, prit de la bouillie, puis retourna glaner. Et Booz ordonna aux moissonneurs de laisser exprès derrière eux quelques épis, afin qu'elle pût les ramasser sans rougir. Ruth lia ce qu'elle avait recueilli et le porta à sa belle-mère, avec le reste du dîner; puis elle retourna à la moisson avec les filles de Booz, jusqu'à ce que l'orge et le froment fussent rentrés. Lorsqu'enfin on battit sur l'aire, Ruth, par le conseil de Noémi, se rendit doucement, la nuit, près du lit où Booz dormait, au milieu des gerbes de blé, et lui ayant découvert les pieds^ elle se coucha dessus ; s'étant réveillé, il lui demanda ce qu'elle voulait, et il apprit d'elle la parenté qu'il y avait entre eux. Le lendemain, il obtint d'un parent plus proche qu'il lui cédât son droit sur elle, et il l'épousa.

Nous sommes ainsi amené naturellement à parler de la

DEUXIÈME ÉPOQUE

poésie hébraïque ; car si la vraie poésie est cette voix du sentiment qu'inspire Tamour de Thumanité et l'amour de Dieu, . qui prie, qui gémit sur les maux, et console les infortunés en élevant leurs regards vers le ciel, nulle part elle n'a mieux accompli sa tâche que chez les Hébreux. Langue. Toute la littérature hébraïque est contenue dans la Bible (1), livre qui, ainsi que le disait Tillustre orientaliste W. Jones, « contient plus d'éloquence, plus de vérités historiques, plus de moralité, plus de richesses poétiques, en un mot, plus de beautés en tous genres, que l'on ne pourrait en trouver dans tous les autres livres ensemble, en quelque siècle et en quelque langue qu'ils aient été composés. » Son langage se compose de trois éléments : les voyelles, les consonnes et les aspirations (S) ; à ces dernières se rapportent les consonnes, qui peuvent être rudes ou douces, comme g et gh, c et ch, d eit, r eip,v ei f. Les vraies consonnes forment, pour ainsi dire, la charpente de la langue; les voyelles, la partie musicale ; mais l'aspiration, élément caché, correspond au souffle supérieur. La consonne domine dans le grec, le persan et l'allemand; la voyelle dans l'italien, et l'aspiration dans l'hébreu, plus que dans toute autre langue. C'est ainsi qu'il correspond mieux au but d'exprimer la révélation cachée.

Les traditions rabbiniques voudraient que la langue héj)raïque fftt le langage primitif enseigné par Dieu môme à l'homme, conservé dans la descendance de Sem, et plus pur chez les fils d'Héber. Quoi qu'il en soit, la dénomination de langue hébraïque fut introduite, à ce qu'il paraît, par les

(1) Les Hébreux divisent leurs livres en thorah, ou doctrine par excellence, et tels sont les cinq livres de Moïse ; nebûm^ les prophètes ; ketubim^ ou écrits en général, c'est-à-dire un livre quelconque. Le Talmud appelle dibri caballah, c'est-à-dire paroles de la tradition, tout ce qui n'est pas thorah. Les rabbins disent que le seul thorah est une véritable nouveauté en Israël ; tout le reste n'étant que des développements partiels de l'hiéroglyphe primitif voilé sous celui-là.

Les Hébreux ne désignent les cinq livres du Pentateuque que par les premiers mots de chacun d'eux. Les noms grecs que nous leur donnons communément, leur furent assignés par les Septante, lors de leur version.

(2) SoHi^BL, Hist, de la littérature, leçon iv. — Hbrdbr, Esprit de la poésie hébraïque (allemand), 1782. — Nœildbkb, Die alitestamentliche Literatur; Leipzig, 1868.

Gesenixjs, Gesch, der hebr, Sprache und Schrift; Leipzig, 1827. — Renan, Hist, et système comparés de» langues sémitiques; Paris, 1858, 2 vol. in-8.

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Grecs ; celle de langue de Ghanaan ou phénicienne semble la plus ancienne et la plus naturelle. On rappela généralement judaïque, après la séparation des deux royaumes de Juda et dlsrael. Le nom d*assyrienne passa de récriture moderne hébraïque à la langue elle-même, qui s'écrit avec Talphabet assyrien. L^hébreu appartient à la famille des langues sémitiques, ou, mieux, trilittérales, qui sont : Varaméenne, embrassant le chaldéen targumique et le chaldéen biblique, la langue syriaque, le dialecte samaritain, celui des Zabiens et le talmudique ; Yhébratque ancienne, c*estrà-dire la biblique, la tardive ou des temps inférieurs, et la rabbinique, qui comprend aussi la phénicienne et la punique ; 3® Varabe ancien et moderne^ et la langue maltaise, dont la parenté n*est niée par personne; 4* Véthiôpienne, Ges langues ont en commun les propriétés suivantes : 1^ la plupart de leurs mots ont une racine trilittérale ; 2*» elles emploient presque toujours des consonnes seules pour exprimer Tidée fondamentale, qui est modifiée, mais rarement altérée par le changement de voyelles; 3<> elles font un grand usage des sons gutturaux (entre la voyelle et la consonne, sans être ni Tune ni Tautre), à différents degrés d'aspiration; 4® à proprement parler, elles n*ont pas de cas ; 5® elles forment le génitif et l'accusatif des pronoms personnels avec dés lettres ajoutées à la fin des mots ; 6* elles s'écrivent de droite à gauche (excepté l'éthiopienne) ; 7» elles n'ont pas de voyelles, y suppléant par des points ou des tirets au-dessous des lettres. Elles tirent leur origine d'une langue commune, aujourd'hui perdue, qui semble avoir été en grande partie bilittérale et monosyllabique, toute naturelle et onomatopéique. Après que la société des descendants de Noé se fut dissoute, cette lafïigue, qui probablement ne fut jamais écrite, aura donné naissance aux idiomes ci-dessus indiqués, selon les divers climats et les caractères différents des nations. Ainsi l'hébreu, avant d'être écrit, était identique avec l'araméen, comme l'arabe dans les temps antiques l'était avec l'hébreu, et à une époque plus reculée encore avec l'araméen.

La famille d'Abraham, en adoptant le langage des Ghananéens, dut nécessairement conserver des formes et des tournures qui s'effacèrent peu à peu lorsque les Hébreux furent en contact continuel avec les indigènes. Les locutions araméennes devinrent enfin surannées.

Gette langue eut des formes stables sous Moïse, et se con-

DEUXIÈME ÉPOQUE

serva durant neuf siècles sans altération notable ; mais alors que le peuple juif dut céder à la puissance babylonienne, l'hébreu fit place au chaldéen. Ce n'est pas qu'à leur retour dans leur patrie les Juifs en eussent perdu la connaissance ; car durant leur captivité il se conserva chez une partie de la nation ; mais avant comme après cette époque il s'y était introduit beaucoup de mots non bibliques, des tournures et des termes non seulement araméens, mais aussi grecs et latins. La Misna est écrite dans cet idiome des temps inférieurs, de même qu'un nombre infini de sentences et de narrations des docteurs talmudiques de la Palestine, etc. ; en outre, îl faut distinguer de ces deux idiomes la langue rabbinique proprement dite, qui ne fut jamais celle du peuple, mais exclusivement celle des rabbins et des gens instruits. On peut donc considérer dans l'hébreu trois époques : l'âge d'or qui embrasse les livres saints avant la translation à Babylone, ou l'âge du pur hébraïque biblique; l'âge d'argent, qui comprend les livres écrits postérieurement à la migration^ ou celui de l'hébraïque biblique tardif; l'âge d'airain ou de l'hébraïque tardif non biblique, dit communément langage rabbinique.

Parmi les langues sémitiques, l'hébreu l'emporte en brièveté et en simplicité, et se distingue par un spiritualisme qui lui est propre. Depuis longtemps ce n'est plus qu'une langue morte, dont on pourrait difficilement juger l'harmonie; toutefois, la quantité des aspirations et des lettres gutturales laisse deviner combien l'accent devait en être puissant et passionné. Si l'hébreu n'est pas aussi riche ni aussi parfait que le sanscrit (1), il n'y a pas de langage plus abondant en images et en tropes, en un mot plus poétique. Il possède une foule de verbes expressifs et pittoresques, dont la racine renferme presque toujours l'idée du temps, tandis que la disette d'adjectifs met obstacle à la redondance des épithètes, défaut des Grecs, et donne au style une allure vive, entraînante, énergique. Aucune langue n'exprime en outre avec autant d'accord l'image et la sensation. Les verbes hébraïques n'ont réellement que deux temps indéterminés, flottant entre le passé, le présent et le futur : condition favorable à une poésie d'inspiration, où le présent se marie à

(1) Lepsius, dans sa Paléographie, montre des ressemblances très ingénieuses entre Thébreti et le sanscrit^ bien que de familles différentes.

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ridée prophétique de Tavenir, et tous deux se confondent dans réternité. Ces deux temps alternent très souvent, de sorte que le second hémistiche d'un vers exprime au futur ce que le premier a raconté au passé.

La différence entre la poésie et la prose n*est pas aussi grande en hébreu que les autres langues ; Técrivain dans la môme œuvre passe de la prose la plus humble à la poésie la plus sublime.

La littérature hébraïque se fonde tout à fait sur la religion. ouTragei. Aussi la différence essentielle qui existait entre cette religion et celle des Grecs ou des Romains les empêcha-t-elle de comprendre cette littérature, comme ils ne comprirent pas le genre de vie de la nation juive; ce qui ût qu'ils ignorèrent si longtemps jusqu'à l'existence des livres saints. Seulement, lorsque Ptolémée Évergète les eut fait traduire, quelqu'un d'entre eux, comme le rhéteur Longin, en reconnut la sublimité; d'autres les crurent le produit d'idées platoniques. Celui qui prétendrait, même aujourd'hui, y retrouver les formes scolastiques, nos épopées, nos drames, ressemblerait à un homme voulant mesurer au compas de Yitruve le temple de Salomon avec ses proportions colossales, sa mer de bronze soutenue par douze taureaux, ses chérubins couvrant l'arche sainte de leurs ailes étendues, et le sanctuaire redoutable au fond duquel Jéhovah reposait dans une mystérieuse obscurité. On y passe soudain d'une généalogie à l'essor lyrique le plus sublime, d'un simple récit à une fervente prière, d'un règlement minutieux à une inspiration prophétique. Les beautés y jaillissent des choses mêmes et d'une force de volonté créatrice; on n'y trouverait peutrêtre pas un passage où le beau prédomine seulement en tant que beau, tandis qu'on y entend toujours les paroles de vie, dans lesquelles la simplicité et la clarté la plus grande s'associent à une profondeur qu'on ne saurait atteindre.

L'histoire elle-même y revêt des formes tout autres que Hutoiw. les formes classiques ; puis, tandis que la curiosité nationale y retrouvait les généalogies auxquelles ce peuple tenait tant, l'humanité en recevait une réponse aux problèmes les plus ardus que le vulgaire et les savants puissent proposer. Moïse ne s'arrête pas, comme les autres écrivains des cosmogonies, à des commentaires, à des explications jetées en appât à la curiosité et à l'orgueil ; il passe rapidement sur les premiers patriarches; mais, par des paroles précises et intelligibles à

DEUXIÈME ÉPOQtiE.

tous, il pose le dogme essentiel d*un Dieu unique, libre créateur, et de la descendance d'un seul homme. Le narrateur est tellement absorbé dans la grandeur de ce Dieu, qu'il ne montre pas un très grand étonnement de ses œuvres; de là le sublime de ces expressions : Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut; Dieu vit que la lumière était bonne, et il sépara la lumière des ténèbres.

Huit chapitres conduisent d*Adam à Abraham ; époque que les autres nations peuplent d'une foule de divinités. Ceux qui pensent que Moïse, lorsqu'il les écrivit, tira parti des documents antérieurs dont il aurait pris non seulement le fond, mais encore la forme, argumentent de certains mots qui ne se trouvent pas ailleurs, de certains versets d'un rythme poétique, ressemblant à des citations (Ij. Ne voulût-on voir que des fables dans les quinze livres d'Enoch, dans les colonnes sur lesquelles Josèphe raconte que les descendants de Seth avant le déluge inscrivirent beaucoup de choses pour ceux qui survivraient au grand cataclysme, rien ne s'oppose cependant à ce que l'on puisse croire que Moïse se servit des paroles mêmes dans lesquelles la tradition s'était conservée.

Le récit s'agrandit lorsqu'il vient à parler plus spécialement du peuple d'Israël, et la sublime simplicité des choses s'associe alors à la candeur des expressions ; aussi en est-il qui mettent la narration de Moïse au-dessus de celle d'Homère. Dans l'Exode et dans les Nombres, le naïf récit de la vie patriarcale fait place à la grandeur mystérieuse de l'Égypte, à l'immensité des déserts de l'Arabie; quelquefois même, il s'épanche en hymnes d'une incomparable majesté, qui frappent d'autant plus que le style en est plus simple.

L'histoire qui suit celle de Moïse est comprise dans le livre de Josué, dont ce chef lui-même est cru l'auteur, puis dans les chroniques des prophètes contemporains, qui souvent se

(1) Dixitque Lamech lucoribus suis Adm et Sellée : Àudite vocem mearriy uxores Lamech; auscultate sermonem meum, qtwniam occidivirum in vulnus meum^ et adolescentulum in livorem meum, Septuplum ultio dabitur de CaDi, de Lamech vero septuagies septies, (Gen., IV, 23-24.) C*e8t sans doute un fragment de la plus ancienne poésie. — Dans la malédiction de Noé (Gen., IX) : Maledictus puer Chanaan: servus servorum erit fratribus suis. Benedictus Dominus Deus Sem : sit Chanaan servus ^'t«. Dilatet Deus Japheth, et habitet in tabemaculis Sem, sitque Chanaan servus ejus, (Voy. Richard Simon, Hist. critique de V Ancien Testament, 8561. — Astruc, Conjectures sur les mémoires originaux dont Moïse s'est servi pour la composition de la Genèse; Bruxelles, 1753.)

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rapportent à des annales et à des mémoires publics aujourd'hui perdus. Ces mémoires, les pensées sacerdotales qu'ils exposaient et la voix du peuple exprimée par les prophètes sont les trois éléments de ces historiens. Ils sont tout à fait différents des auteurs profanes ; car ils écrivent un grand drame dont les acteurs sont Die^ et son peuple : l'observation ou la violation de sa loi et les conséquences qui en dérivent, la mission des prophètes, les choses merveilleuses qu'ils accomplissent, arrêtent le narrateur qui ne fait qu'effleurer tout ce qui serait de pure curiosité. On en goûte mieux les beautés littéraires si l'on se transporte à ce temps et qu'on s'en représente les mœurs, qui ressemblaient à celles des Bédouins d'aujourd'hui. Ces nomades sont encore très avides de récits, et quelquefois, faisant halte dans leurs courses, ils se pressent autour du conteur; on voit alors l'anxiété, la colère, la compassion se peindre tour à tour sur leurs faces bronzées. Si un grand danger menace le héros, ils s'écrient soudain : Noriy non, que Dieu le préserve! S'il s'élance dans la mêlée, leur main saisit le cimeterre; s'il tombe victime d'une trahison, ils crient : Malédiction au iraitt^l Succombe-t-il : Dieu le reçoive dans sa miséricorde, disentils tristement. Triomphe-t-il, ils applaudissent et s'écrient : Gloire au Seigneur des aymiéesl Le narrateur allonge le discours, se complaisant aux moindres circonstances, n'omettant pas un anneau de la chaîne généalogique, répétant les phrases de convention et les proverbes, s'étendant enfin en descriptions des beautés de la nature, des femmes surtout, descriptions toujours terminées par cette exclamation : Gloire à Dieu, qui a créé la femmel G'^st ainsi que je me figure les Hébreux, attentifs à écouter de la bouche de quelque cheik les histoires conservées par des chroniques ou dans la tradition.

Venons aux autres livres du Pentateuque. Le Léviiique contient la constitution du sacerdoce et les détails d'un culte qui, n'étant que l'ombre et la préparation du sacrifice spirituel, devait être pour toujours remplacé par

(1) La preuve est dans les rites qui semblent préparer à Texpiation chrétienne. « Le dixième jour du septième mois, vous attristerez vos âmes ; « vous ne ferez aucune œuvre de vos mains, ni vous, ni les étrangers qui « seront chez vous. En ce jour, se feront votre expiation et la purification « de tous vos péchés, et vous vous purifierez devant le Seigneur. Cette

lui (1).

DEUXIÈME ÉPOQUE

Le Deutéronome comprend les dernières instructions de Moïse aux Israélites, et se termine par le sublime cantique d'actions de grâce.

Aux cinq livres du Pentateuque font suite ceux de Josué et des Juges, celui de Ruth, les deux des Rois, les deux des Paralipomènes, les deux d'Esdras et de Néhémie, ceux de Tobie, de Judith, d'Ësther, de Job, des Psaumes, des Proverbes, de TEcclésiaste, du Cantique des cantiques, les quatre plus grands prophètes et les douze inférieurs. En outre, TÉglise catholique a reconnu comme canoniques les livres de Judith, de Tobie, le premier et le second des Machabées, la Sagesse, l'Ecclésiastique, Baruch, une partie du livre de Daniel et de celui d'Esther; tous ces livres sont appelés deutérocanomques. Philosophie. Les Proverbes, VEcclésiaste, V Ecclésiastique et la Sagesse

sont des traités de morale. La forme dominante est celle du proverbe, qui résumait la science avant Tusage de la prose écrite. Les douze chapitres de TEcclésiaste représentent les souffrances de tant d'esprits qui, alors comme aujourd'hui, se perdaient dans des désirs sans limites, dans une désolation découragée. Le sceptique, le matérialiste, le panthéiste, y retrouvent déjà leurs systèmes, ressuscités de temps en temps. « Que reste-t-il à l'homme de toutes ces fatigues? de- « mande l'Ecclésiaste. Une génération vient, une génération « s'en va; la terre demeure. Ce qui fut est ce qui sera; ce « qui s'est fait est ce qui doit se faire. Rien de nouveau sous « le soleil, et à rien ne sert de dire : Ceci est nouveau, puis- « que d'autres nous ont précédés depuis des siècles. J'ai exa- « miné tout ce qu'il y avait sous le soleil, et partout je n'ai « trouvé que vanité; et j'ai vu que plus on acquérait en « sagesse, plus s'accroissait l'indignation. Alors je voulus

« purification sera faite par le prêtre qui aura reçu ronction sainte. II a purifiera le sanctuaire, le tabernacle de Talliance et Tautel, comme aussi « les prêtres et le peuple. » La purification de la tribu sacerdotale terminée, on passait à celle du peuple. La multitude présentait à cet effet au pontife deux boucs pour les péchés et un bélier pour Tholocauste. Les deux boucs étaient ofierts, Tun pour être immolé, l'autre pour être chargé de tous les péchés d'Israël et envoyé au désert. Il est facile d'apercevoir le sens figuré de cette image. L'agneau pur ne devait pas être seul à souffrir, mais bien encore le bouc; c'est-à-dire que le peuple devait atttHster son dme dans ces jours de pénitence. Le prêtre offrait le bouc vivant, et, lui mettant les mains sur la tête, il confessait toutes les iniquités d'Israël, les offenses, et les péchés, en chargeait avec imprécation la tête du bouc, puis l'envoyait ainsi dans le désert.

UTTÉRâTURE DBS HÉBREUX.

<* jouir; je bâtis de magnifiques palais, je plantai des vignes « et des jardins, je formai des réservoirs d'eau, je possédai « des serviteurs et des servantes, des troupeaux de bœufs et « de moutons, de Tor et de l'argent, des chanteurs et des « chanteuses, des celliers pleins de vin, et je ne me refusai « rien de ce que mes yeux pouvaient désirer, mais je vis que « tout n'est que vanité; je cherchai aussi la science, et je vis « que le savant et l'insensé finissent de la même manière. « Que sert donc à l'homme de tant se fatiguer, si ses jours « sont pleins de douleurs et de souffrances? J'ai vu les op- « pressions qui se font sous le soleil, les larmes de Tinno- « cent, qui n'a personne pour le consoler, et l'impuissance « où il se trouve de résister à la violence, privé comme il est « de tout appui; et j'ai préféré l'état des morts à celui des « vivants, j'ai estimé plus heureux encore celui qui n'est pas « né et n'a pas éprouvé les maux qui arrivent sous le soleil. »

Ne dirait-on pas le mécontentement de René et de Childe- Harold? Il va plus loin, et dit « que l'homme ne possède rien « de plus que la bête, et que tout tend vers la môme fin. « Sortis de la terre, nous retournons à la terre, et nul ne sait ce si l'esprit des fils d'Adam monte, et si celui des animaux « descend. Le corps sera cendres, et l'esprit s'exhalera a comme un air léger, se dissipera comme la poussière. » Tant sont vieilles ces erreurs I Le sage proteste contre elles, en se rappelant que Dieu jugera et examinera toute œuvre bonne et mauvaise.

De la forme doctrinale, ces livres philosophiques s'élèvent parfois à la poésie, comme dans l'éloge de la Sagesse, dans la peinture de l'oisiveté.

Pour qu'on puisse mieux se représenter les mœurs des Hébreux, nous donnerons ici deux portraits de femme :

v Mon fils, dis à la Sagesse : Tu es ma sœur, et appelle la c< Prudence ton amie, afin qu'elle te garde de la femme étran- « gère qui se sert d'un langage doux et flatteur. De la fenêtre « de ma maison , je vois à travers les barreaux un jeune « homme insensé qui, vers le soir, passe dans une rue au « coin de la maison de cette femme ; et voilà qu'elle court, « parée comme une courtisane, adroite à surprendre les << âmes, babillarde et flatteuse, impatiente du repos, ne saf< chant se tenir tranquille au logis, et tendant ses pièges, « tantôt sur les places, tantôt dans les carrefours, tantôt au « coin des rues. En accostant le jeune homme, elle l'em-

DEUXIÈME ÉPOQUE

« brasse, et, d'un visage effronté, elle le caresse en lui di- « sant : J'ai promis des victimes pour me rendre le ciel favorch « ble : aujourd'hui j'ai acquitté mon vœu. C'est pour cela que je *< suis venue au-devant de toi^ désirant te voir, et je t'ai trouvé, « J'ai suspendu mon lit, je t ai couvert de courtes -pointes brodées « en Égypte;j'ai répandu dans ma chambre la myrrhe ^l'aloès et « le cinnamome. Viens; enivrons-nous d'amour jusqu'à ce qu'il « fasse jour. Mon mari est absent; il est parti au loin^ empof^ « tant une bourse pleine d'argent; il ne reviendra qu'à la pleine « lune. C'est ainsi qu'elle le séduit par ses longs discours et a Tentraîne par les flatteries de ses lèvres. Il la suit comme « le bœuf qu'on mène à Tautel, comme Tagneau qui bondit « et ne sait pas qu'on le mène à la boucherie, tant que le fer (( n'a pas traversé son flanc, comme l'oiseau qui vole au lacet « et ne sait pas que c'est au péril de sa vie (l). » Voici l'autre portrait :

« Qui trouvera la femme forte? Immense est son mérite; « le cœur de son mari se confie en elle, et il n'a pas besoin « de dot ; elle est pour lui la source de tout bien, et jamais (( du mal. Elle s'est procuré la laine et le lin, et les a travail- « lés de sa main ; elle est comme le vaisseau d'un marchand « qui apporte de loin ses profits. Elle se lève lorsqu'il est en- « core nuit, et donne à manger à ses serviteurs et à ses ser- « vantes. Elle a remarqué un champ, l'a acheté, et a planté « la vigne avec le produit de ses mains. Elle a observé que « ses affaires allaient bien, et la nuit n'éteindra pas sa « lampe. Elle a porté sa main à des œuvres fortes, et ses « doigts ont tourné le fuseau. Elle a ouvert sa main à l'indi- « gent et étendu ses bras vers le pauvre. Elle ne craindra pas « dans sa demeure la rigueur de l'hiver, parce que tous ses « domestiques ont un double vêtement. Elle s'est fait une « robe brodée et s'est vêtue de lin et de pourpre, et son « époux se montre dignement quand il est assis aux portes *( avec les sages du pays. Elle a fait de la toile, et l'a vendue; « elle a livré des ceintures aux marchands chananéens. Elle « a ouvert sa bouche à la sagesse, et les paroles de la clé- « mence sont sur sa langue. Elle n'a pas mangé son pain « dans l'oisiveté. Ses fils ont grandi, et l'ont proclamée très « heureuse, et son mari l'a exaltée. La grâce est trompeuse, « la beauté fugitive ; la femme qui craint le Seigneur est

(1) Proverbes, VII.

LITTÉRATURE DES HÉBREUX

c< celle qui sera louée. Donnez-lui le fruit de ses mains, et « qu'aux portes de la ville elle soit louée pour ses œuvres (4). »

Mais l'œuvre la plus sublime de poésie philosophique est le livre de Job, Qu'il soit original en hébreu, ou que Moïse l'ait traduit de l'arabe pour consoler son peuple durant la servitude, aucun ne répond mieux, en ce qui concerne la grandeur et la misère de la condition humaine, à la fatalité et à la providence, aux épreuves auxquelles Dieu soumet les bons pour les rendre meilleurs. Le héros, véritable ou d'invention, en nous offrant le spectacle de la lutte entre le génie du mal et celui du bien, fait voir l'énergie de l'homme, qui, avec une résignation héroïque, accepte les infortunes comme une épreuve, réduit au néant les blasphèmes de ceux qui voudraient prendre pour mesure' de la moralité les biens ou les maux de ce monde, et finit par se relever triomphant.

On croit généralement que le vers hébreu n'avait pas de mètrcL syllabique, comme le nôtre, ni de mesure de temps, comme celui des Grecs et des Latins (2). La forme dominante est le parallélisme, c'est-à-dire la succession des pensées, et le mouvement rythmique, qui ne consiste pas seulement dans les syllabes et les paroles, mais encore dans les images et les sentiments disposés avec une libre symétrie. Cette symétrie s'aperçoit dans les psaumes, aussi bien dans chaque vers et chaque membre de vers que dans la structure de toute la composition (3) : forme poétique bien plus gran-

(1) Proverbes, XXXI.

(2) Saint Jérôme dit cependant dans Tintroduction à la Bible : Nemo cum prophetas versibus viderit esse descriptoSy métro eos existimet apud HebréBOs ligari^ et aliquid simile habere de Psalmis et operibus Salomonis; sed quod in Demosthene et TuUio soîet fieri, ut per cola scribantur et eommata, qui utique prosa et non versibus conscripserunt. Et ailleurs : Quod si cui videtur incredulum metra esse apud Hebrxos et in morem nostri Flacci, grxdque Pindari et Alcsi ex Sapho^ vel psalterium, vel lamentationes Jeremix, vel omnia Scripturainim cantica comprehendi, légat Philonem^ Josephum, Origenem, Cxsariensem Eusebium, et earum testimonio me vere dicere eomprobabit.

Dans Touvrage Von der Form der hebraischen Poésie deJ.-l,, Saalsohûtz (Kœnigsberg, 1835), il a été démontré que les Hébreux eurent des vers métriques, quels ils furent, et comment ils évaluèrent les syllabes.

(3) Il 7 aurait parallélisme synonyme lorsque deux membres expriment la même pensée avec des mots divers; par exemple, ps. yiii :

Quid est homo quod memor es ejus?

Aut filius hominis quoniam visitas eum?

DEUXIÈME ÉPOQUE

diose que celle de la rime et du rythme, et qui seconde le mouvement, loin de Tentraver. Elle provenait naturellement de ce que les psaumes étaient destinés à un chant alternatif auquel le peuple répondait en chœur (1). Une partie des assistants disait : Le Seigneur est entré dans son règne / que la terf^ tressaille de joie ; et Tautre : Que toutes les îles se réjouissent. La première reprenait : Les nuées et l'obscurité f environnent; et la seconde ; La justice et le jugement sont les soutiens de son trône.

po<«ie. La poésie des Hébreux l'emporte sur celle des autres peuples, par cela encore qu*elle est nationale et entée sur leur existence même. Leurs deux plus grands poètes furent leur législateur et leur plus grand roi ; leurs hymnes étaient chantés dans toutes les solennités ; c'était dans ce but que la musique entrait comme partie principale dans Téducation. Us avaient très anciennement des écoles de prophètes, c'est-àdire de chanteurs; Samuel (2) montre une troupe de prophètes qui descendaient de la hauteur en chantant, précédés par le tympanon, le psaltérion, la flûte et la harpe.

L'art du chant fleurit principalement sous David, qui organisa 4,000 lévites en vingt-quatre chœurs, destinés à chanter dans les solennités publiques. Ces chœurs avaient à leur tête Âsuph, Heman, Iditum, poètes célèbres eux-mêmes. Représentez- vous tout Israël distribué en deux vastes chœurs, moitié sur le mont Hébal, moitié sur le Garizim, et le Jourdain entre eux. Les lévites entonnent le psaume : « Maudit « celui qui a sculpté ou fondu les images des dieux 1 Maudit

Parallélisme antithétique lorsque le premier membre est expliqué dans le second au moyen d^anthithèses; ps. xviii :

Parallélisme synthétique lorsque le second membre ajoute quelque chosa au premier pour Texpliquer; même psaume :

Lex immaculata convertens animas,

Testimonium Domini fidèle ^ sapientiam prsestans parvulis.

Voir Ortalda, Introduction à l'étude de la langue hébraïque; Turin, 1846, (1) ËsDRAS, I, ch. III, V. 10. « Les prêtres se présentèrent avec les trompettes, et les lévites avec les cymbales, pour louer Dieu, parce qu'il est bon et que sa miséricorde est éternelle sur Israël. Et tout le peupla répondait d'une grande voix, en louant le Seigneur, parce que les fondements du temple du Seigneur étaient posés, et le cri retentissait au loin. »

Dies diei éructât verbum,

Et nox nocti indicat scientiam.

(2) Rois, I.

UTTéBATURE DES HÉBREUX.

« celui qui n*honore pas son père et sa mère ! Maudit celui « qui déplace la borne de son voisin, qui égare Taveugle, qui (( ne fait pas justice à l'étranger, à la veuve, à l'orphelin ; qui « pèche avec la femme d'autrui ou avec une parente ! Maudit « celui qui tue son prochain en trahison ; celui qui rend faux « témoignage à prix d*argent! » Et à chaque verset, du haut d'Hébal, la moitié du peuple répondait Malédiction ou Bénédiction du sommet du Garizim.

Le cantique qui avait retenti quand Tarche du Seigneur fut apportée sur la montagne de Sion ne devait plus s'effacer de la mémoire. Partagés en chœurs divers, les lévites et les chanteurs ouvraient la marche, et, accompagnés du son des instruments, ils entonnaient tour à tour : « Au Seigneur est « la terre et tout ce qu'elle contient, le globe de la terre et « tout ce qui l'habite. — Il Ta fondée au-dessus des monts; « .il l'a établie au-dessus des fleuves. »

Commençant alors à gravir la pente de la colline, ils demandaient : « Qui montera sur les montagnes du Seigneur? « — Ou qui s'arrêtera dans son lieu saint? »

Et tous ensemble répondaient en chœur : « Celui dont les a mains sont innocentes et dont le cœur est pur; celui qui u n*a pas abandonné son âme à la vanité, ni fait de faux « serments pour tromper son prochain. »

Puis, comme l'arche s'approchait du lieu qui lui était destiné, les chœurs s'élevaient avec un redoublement d'harmonie : «Levez vos portes, ô princes; et vous, portes éter- « nelles, levez-vous, afin de laisser entrer le roi de la gloire. »

Alors ceux qui étaient placés sur la hauteur demandaient : « Qui est ce roi de la gloire? »

Et tous répondaient : « C'est le Seigneur, le Dieu toutce puissant dans les batailles, le Seigneur de la vertu (1). »

Quelquefois les psaumes révèlent les angoisses intérieures du poète inspiré; mais l'allégorie l'emporte, et en fait des cantiques d'espérance et de promesses générales. L'humanité n'y est pas représentée seulement riante ou désolée, mais tout ensemble avec ses tristesses et ses consolations, ses frayeurs subites et ses subites espérances , ses peines d'amour et de haine , avec la faiblesse du doute et la puissance de la persuasion (2). Comme dans toute poésie qui doit

(1) Pi. xxm.

(2) Voy. le ps. xu.

DEUXIÈME ÉPOQUE

vivre, les images sont déduites des idées habituelles du peuple à qui elle s'adresse; tout s'y anime et se meut; les monts tremblent ou se réjouissent; Tabîme élève la voix; les eaux voient le Seigneur et en sont frappées d'épouvante. Jérémie s'écrie : « 0 glaive du Seigneur, quand te reposeras-tu? « Rentre dans le fourreau, rafraîchis-toi et tais-toi. Oh! « comment reposera-t-il, si Dieu lui commande de s'aiguiser « contre Ascalon et ses contrées maritimes? » Si Jérémie remplit l'âme d'une tristesse sacrée, Ézéchiel la ravit par son énergie puissante; mais Isaïe n'a d'égal en aucune langue. C'est surtout lorsqu'ils parlent de Dieu que les prophètes prennent un essor sublime, secondés qu'ils sont encore par la concision d'une langue avare de mots inutiles. Nous lisons dans Isaïe : « La terre chancellera comme un homme « ivre, et sera emportée comme la tente d'une nuit » ; dans Nahum : « Le Seigneur est dans la tempôte, dans le tour- « billon sont ses voies, et les nuées sont la poussière de ses « pieds; il crie à la mer, et elle se dessèche, et tous les « fleuves deviennent un désert » ; dans Habacuc : « Dieu dece meura et mesura la terre, regarda et dissipa les nations ; « les montagnes des siècles furent réduites en poussière, et c les collines du monde inclinées devant les voies de son « éternité.»

« Dans ma tribulation, s'écrie David, j'ai invoqué le Sei- « gneur, et il m'a exaucé de son temple. La terre s'émut et « trembla; les fondements des monts s'ébranlèrent, parce « que tu t'es courroucé. La fumée de sa colère s'éleva, et le « feu étincela sur sa face. Il abaissa les cieux, et descendit; « un nuage obscur était sous ses pieds. Il monta sur un ché- « rubin, et vola ; il vola sur les ailes des vents, il posa les ailes « des vents, il posa les ténèbres autour de sa retraite, et se « fit comme une tente des eaux ténébreuses des orages (1). »

Ailleurs, pénétré de l'idée de la présence de Dieu, il s'écrie : « Où me cacher, où fuir tes regards pénétrants? Si je « monte dans le ciel, tu y es ; si je descends dans les abîmes, « tu y es encore. Si je prends des ailes dès le matin, et si je « m'en vais demeurer aux extrémités de l'Océan , c'est ta « main elle-même qui m'y conduit, et j'y retrouverai tapuis- « sance (2). » En contemplant la nature, il exprime ainsi sa

(1) Ps. xvn.

(2) Ps. cxxxviii.

LITTÉRATURE DES HÉBREUX

pieuse admiration : « Seigneur, tu m'as inondé de joie « par le spectacle de ta création ; je serai heureux en chance tant les œuvres de tes mains, et qu'elles sont grandes I ô « Seigneur, que tes pensées sont profondes ! Mais l'aveugle « ne voit pas ces merveilles, l'insensé ne les comprend « pas (i). »

David, le plus grand poète qu'ait jamais possédé aucune nation, disait que l'homme « fut conçu dans l'iniquité, et re- « belle à la loi divine (2) » ; que Thomme est incapable de prier par lui-même, quand Dieu ne lui accorde pas cette « huile mystérieuse qui ouvrira ses lèvres et lui permettra « de prononcer des paroles de louange et d'allégresse (3) » ; mais il met sa confiance dans le Seigneur; il réprouve l'incrédule, qui « refusa de croire, de crainte de faire le bien (4) » ; il explique les prodiges du culte intérieur que plus tard le christianisme devait révéler ; il invoque le Seigneur « pour qu'il enseigne à faire ses volontés, parce qu'il est son Dieu (5) » . Aucun philosophe de l'antiquité n'avait deviné que la vertu consistait dans l'obéissance à Dieu, parce qu'il est Dieu. La prière est le caractère constant de ces compositions, même alors qu'elles racontent ou louent; puis, après que le prophète a péché, l'expiation l'enrichit de nouvelles beautés, soit quand il se courbe sous le fléau, soit lorsqu'au milieu de sa magnifique cité « il gémit comme le pélican dans le dé- « sert, comme la huppe errant au milieu des ruines, comme « le passereau solitaire sur le toit (6), et consume ses nuits <c en plaintes douloureuses, et inonde de larmes sa triste « couche (7), parce que les traits du Seigneur l'ont frappé (8) . « Il n'est plus en lui un membre qui soit sain ; il a perdu la (c voix, il est privé de la lumière, il ne lui reste plus que c< l'espérance (9). »

Quelquefois il plonge son regard dans l'avenir, devinant le monde réuni sous une seule loi, dans une seule prière, lorsqué (( de toutes les parties de la terre des hommes se

(1) Ps. XCI.

(2) Id. L et Lvn.

(3) Id. L et Lxx.

(4) Id. XXXV.

(5) Id. cxLn.

(6) Id. CI.

(7) Id. VI.

(8) Id. xxvn.

(9) Id. xxxvii.

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« RESSOUVIENDRONT du Seigneur et se convertiront à lui , et « qu'il se montrera, et que toutes les familles humaines s*in- « clineront devant lui (1). »

L'imperfection est le caractère des œuvres de Thomme ; il n'est pas de philosophe, quelque grand qu'il ait été, sur la tombe duquel la postérité ne puisse révéler ses erreurs, son ignorance, ses contradictions. Il n'en est pas ainsi de la Bible, bien qu'elle touche aux questions les plus élevées, les plus capitales, à toutes les énigmes de la science, à tous les mystères de Thomme moral et physique, du temps et de Téternité. Elle forme un tout unique, développe en grand la même idée, le môme sujet, l'homme et le peuple de Dieu; tantôt elle a pour objet spécial la rédemption de l'humanité, tantôt la nation élue pour garder la parole de vie pour l'appliquer et la répandre. Au lieu de ce mélange d'éléments qui dans les autres littératures indique d'abord une lutte, puis une transaction entre les castes, les croyances, les différents degrés de civilisation, on y aperçoit constamment un seul Dieu, un seul culte, une race unique, une même manière de voir; dans le passé, pas do pâture pour une vaine curiosité, mais toujours la nation, l'unité; dans l'avenir, l'accomplissesement de promesses sublimes. Aussi, lorsque nous reconnaissons qu'on chercherait vainement dans ces livres , qui furent écrits par tant d'auteurs éloignés de temps, de lieux, de conditions, deux idées disparates, deux faits qui se démentent, sommes-nous contraints d'y reconnaître une origine commune, un commun inspirateur.

Job désirait que ses paroles fussent gravées sur la pierre. Le roi prophète chantait : « Que ces pages soient écrites pour les générations futures, et les peuples qui n'existent pas encore béniront le Seigneur (2) © ; et tous deux ils ont été exaucés en participant à l'éternité. Nous sentons chez les écrivains profanes les limites qu'imposent à la pensée les lieux, les temps, l'habileté ; mais la Bible est le livre de tous les siècles, de tous les peuples, de tous les rangs; elle a des consolations pour toutes les douleurs, des joies pour chaque consolation, des vérités pour chaque temps, des conseils pour chaque état; en nourrissant les âm.es de la parole de vie, elle élève l'intelligence et cultive le goût du beau ; elle a

(1) Ps. XXI.

(2) Id. CI.

inspiré la Divine Comédie, le Paradis perdu, les Oraisons funèbres de Bossuet, VAtkaliede Racine, la Messiade de Klopstock, les Hymnes sacrés de Manzoni.

En ce qui concerne la pensée humanitaire , quand les autres livres de Tantiquité tendent à établir Tinfériorité de certaines races et la haine des nations étrangères, préjugé barbare qui dure encore, la Bible, avec Tunité de Dieu , proclame Tunité de Tespèce humaine et une justice supérieure aux combinaisons politiques ; elle nous fait tous frères, pour travailler ensemble dans ïezïl au rétablissement de Tharmonie détruite par la première faute.

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