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CONSTITUTION DE L INDE
le droit de succession est réservé au premier-né , et Tamour tendre qui respire dans les chants, où abondent de gracieux tableaux de la vie domestique, où les mœurs et le caractère des femmes sont peints avec une profonde délicatesse de sentiment et une charmante discrétion qui approche de la vénération, amènent à la même conclusion. Mais, quoique les dieux de llnde n*eussent qu'une seule femme, les mythes de Krichna leur donnaient des harems , ce qui fit que par la suite les classes riches les imitèrent; cependant leur polygamie ne tombe pas dans les excès des mahométans , entravée qu'elle est parles privilèges des femmes, qui jouissent, selon leur caste, des mêmes droits que les hommes. Les Soudras n'ont qu'une femme.
La femme est très respectée. Les lois de Manou s'occupent avec une grande sollicitude de sa nourriture et de son état : à la prospérité domestique il donne pour base l'accomplisse^ ment des obligations réciproques ; il veut qu'on rende les honneurs à la femme, et qu'on ne l'appelle pas par son nom« mais qu'on lui dise Madame ou bonne sœur {bkavatiy soubhage bkagint) ; la maison où la femme est affligée ne tardera point à s'éteindre.
Mais comme la religion, à cause des âmes, impose aux en^ fants les sacrifices expiatoires, celui qui n'avait pas d'enfants devait livrer sa femme à l'un de ses frères pour qu'il la fécondât. Cet acte s'accomplissait avec une imposante solennité : au milieu des ténèbres, l'homme, oint de beurre comme pour les sacrifices funéraires, s'approchait de la femme sans lui parler, sans lui toucher les cheveux ou respirer le parfum qu'ils exhalaient, et, le devoir accompli, il ne devait pas la revoir.
Aucune loi n'oblige les sali ou veuves à se brûler; c'est une coutume sur laquelle on a beaucoup disputé, qui tie fUt ja-' mais générale, et semble avoir été limitée d'abord à la caste des guerriers. Le même principe qui faisait jeter sur le bù-' cher les armes, les chevaux, tout ce que le défunt avait de plus cher, poussa quelques femmes à s'y précipiter elles-" mêmes. La pensée de se réunir corporellement à leur mari dans une autre vie nous parait être toutefois, bien plus que la jalousie, l'origine d'une coutume suggérée par le désespoir et propagée par l'esprit d'imitation, si facile à se laisser entraîner à tout ce qui peut inspirer une haute idée de générosité et de sacrifice; elle s'étendit par la suite, acquérant la
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force que le duel conserve parmi nous, et finit par remporter sur la toute-puissante tendresse de l*amour maternel. De nos jours elle a été supprimée par le gouvernement anglais.
Quoique ce sacrifice dût être volontaire, la veuve ne pouvait se retirer une fois qu'elle avait fait le tour du bûcher et récité les litanies. Elle était attachée au cadavre à grand renfort de cordes^ et des roseaux de bambou, en se détendant, la tiennent immobile ; on mettait alors le feu, et les hurlements d*un monde de spectateurs couvraient les cris de la mourante. Les missionnaires emploient le meilleur moyen de déraciner cette cruelle superstition^ en répandant des livres qui la déclarent contraire non seulement à l'humanité, mais encore aux livres saints. En effet, dans le livre «de Manon, où il est écrit : « Que la femme soit la compagne de « Thomme à la vie et à la mort, » on lit encore : « Que la « veuve mortifie son corps en ne vivant que de fleurs, de ra- «c cines et de fruits purs; que, son seigneur mort, elle ne « prononce plus le nom d'un homme; qu'elle continue jusc< qu'à la mort à pardonner toute injure, à accomplir des « devoirs pénibles, à éviter tout plaisir sensuel, à pratiquer « avec amour les incomparables règles de vertu suivies par « les femmes fidèles à un seul époux (1). »
Le gouvernement intérieur des familles est le fond de la constitution sociale. Chacune d'elles a ses dieux particuliers ; ils deviennent ceux de la tribu qui en descend, et établissent entre les membres de celle-ci le lien le plus solide, celui de la religion. Enracinées aussi profondément, les institutions indiennes ne cédèrent jamais aux conquérants et s'assimilèrent souvent celles des étrangers.
Mo0u».' Entre autres coutumes particulières, les jeunes filles s'exerçaient publiquement à la lutte, comme à Sparte, et les plus robustes trouvaient facilement un mari. Le mari constituait la dot, comme chez les Hébreux. Le Ramayana donne aussi une idée de leurs mets, à l'endroit où le rajah Yasista offre un festin à l'armée de Vis va-mi thras : « On sert à chacun ce « qu'il demande, canne à sucre, miel, hdigia (gâteau de ris),
(i) Les missionnaires de Serampour rendirent un compte détaiUé d*an dialogue répandu à oet effet en bengali, dans les Essaye relative to tke habits, ckaracter and moral improvement of the Hindoos (Londres, 1823). Une chose remarquable dans Thistoire des préjugés, c*est que le premier Uvre sorti d*une imprimerie fondée par les naturels à Timitation des Européens fut une réfutation de ce dialogue, à Tappni de cette atroce folie.
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« mirégia (boisson composée d'eau et de mélasse), vin, lice quenrs, et autres aliments liquides ou solides; du riz as- « saisonné, des bonbons, des biscuits^ du lait caillé, du petitce lait dans de grands vases. Et tout était préparé selon les « goûts divers, et offert dans des milliers de vases pleins de « l'extrait de la canne à sucre. »
Il n*y est pas question de viandes. Les Souras buvaient des liqueurs ; les Asouras, ou maudits, n'en devaient pas goûter. Il paraît qu'ils faisaient du vin de palmier, et que celui de raisin était importé. Un lambeau de coton, quatre bambous couverts de feuilles de palmier, de l'eau et du riz, suffisent aux vêtements, à la nourriture et au logement de l'Indien, qui dans les classes inférieures vit pauvre et content. Les nobles entourent de toutes les voluptés leur repos, dans lequel consiste leur plus chère jouissance. D'élégants palanquins, des barques commodes servent à leurs voyages ; des tapis, Tor, les pierreries, embellissent les palais ouverts à l'hospitalité ; enfin les genanas des femmes sont égayés par la musique, les cascades et les jets d'eau, les fleurs et les parfums, au milieu desquels elles passent, assises, toutes leurs journées, jouant des instruments ou s'amusant au jeu d'échecs (1).
Les Indiens sont élevés dès leur bas âge dans des idées de bienveillance universelle, de paisible industrie, de goût pour les arts d'imitation. Les croyances n'ont chez aucun peuple une influence si puissante. Leurs monuments merveilleux, leur langage, leurs mœurs, les minuties les plus puériles, tout leur est inspiré par la religion ; l'Indien en est si occupé qu'il n*a pas d'autre pensée, pas même celle d'améliorer sa propre condition. Au milieu de solennités continuelles, de cérémonies qui s'étendent aux moindres travaux, de divinités qu'il rencontre à chaque pas, de fables, de lieux consacrés et d'œuvres pieuses, son imagination est tellement tendue que rien ne parvient à l'émouvoir; aussi lorsqu'un maître européen l'accable de fatigue, il le regarde sans rancune et se soumet avec une douce et inaltérable patience. La tempérance, la propreté, la chasteté, sont tellement naturalisées chez lui par les institutions, qu'il n'a que du dédain pour ces hommes de l'Occident qu'il voit toucher à quelque objet que
(i) On parait d*acoord pour attribuer aux Indiens Tinvention des échecs, dans le but de figurer les mouvements d'une armée composée de chars, d*éléphants, de cavaliers et de piétons. De là le nom de Tchatownnga (quatre membres ou corps), dont les Persans ont fait schatreng.
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ce soit, manger de tout, égorger jusqu'aux innocents animaux qui lèchent leurs mains homicides, et consumer la moitié du jour à se préparer leurs repas. Mais si la \ie peut s'écouler tranquille au milieu des insurmontables barrières qui séparent les castes, elle est toutefois d'une mortelle uniformité ; si un perfectionnement mécanique peut résulter de la perpétuation des arts ou métiers dans les mêmes familles, c'est en vain qu'on en attendrait des inventions importantes ou des applications signalées : elle repousse, au contraire, la consolante idée du progrès national amené par le temps à travers les obstacles. Dans un système aussi compliqué, il reste bien peu de place pour la liberté ; chaque heure du jour est remplie -par des devoirs, des ablutions, des pénitences. La peur, de tuer, un animal empêche non seulement de marcher, mais encore de respirer. Personne ne peut s'affranchir de tous ces liens que par l'inspiration individuelle; lorsqu'elle arrive, l'Indien se retire dans les déserts, oii il s'impose ces pénitences qui anéantissent l'homme.
Plus l'on avance vers TOrient, plus apparaît la domination de Tautorité sur la liberté, qui prévaut au contraire dans l'Occident. Les Indiens sont un peuple enchaîné par la terreur religieuse ; leur loi est la volonté non du peuple, mais des dieux, et leur code renferme des prescriptions inviolables pour tous les actes de la vie civile. L'obscurité dont leurs doctrines sont enveloppées laisse à peine percer au dehors quelques faibles rayons, plus faits pour troubler les imaginations que pour assurer la marche des esprits. Elle plonge les classes supérieures dans un songe tantôt enchanteur, tantôt pénible, abandonne les inférieures aux plus cruelles souffrances ou à d'ignobles voluptés, et jette les unes et les autres dans la mollesse la plus efféminée.
Voilà ce qui fait que l'immobilité règne dans leurs arts comme dans leurs mœurs, et que nous les retrouvons tels qu'ils se montrèrent aux compagnons d'Alexandre, la politique des Anglais consistant à ne pas les offenser dans leurs usages, qui datent de trente siècles. Une nation, au reste, pour laquelle la chronologie, la médecine, l'astronomie, la religion, sont autant de mystères impénétrables, s'habitue à croire à une invincible fatalité et à plier sous ses lois ; elle accepte toujours le joug, soit du Mongol qui descend des montagnes, soit de l'Européen qu'y transportent les flots de l'Océan ; bientôt peut-être subira-t-elle celui de la Russie,
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qvdj du pôle opposé, viendra jusque-là pour atteindre TAngleterre. *