RELIGION DE L*INDE
héroïque; celles de Siva personnifient la vengeance céleste, qui purifie, tout en le punissant, Torgueil de Brahma, c*està-dire celui de la créature. L'émanation est au surplus l'idée capitale de toutes, puisque le Créateur, afin d'accomplir son œuvre, dut s'émaner lui-même, corps et âme, dans ses diverses créatures. Une semblable doctrine tend à combler l'abîme qui sépare la pure intelligence de la matière grossière ; plaçant l'homme comme intermédiaire entre Dieu et le monde, elle les compare, et, y découvrant le môme principe sous des formes diverses, elle affirme l'identité de la substance dans la variabilité des phénomènes, conclut que le monde et l'homme sont les pures formés et les ressemblances de Dieu ; puis , négligeant les apparences pour remonter à l'Être, elle annihile le phénomène devant la substance, et déclare que tout est Dieu, que Dieu seul existe, et que hors de lui tout est illusion.
Voilà donc à quoi l'erreur aboutit, à la négation I Si Ton veut juger jusqu'à quel point la théologie panthéiste des Indiens peut atteindre à des abstractions élevées, on n'a qu'à lire dans les Yédas le discours prononcé par Vâtch (la parole), épouse de Brahma, et procédant de lui : «J'erre avec « les Roudras, avec les Vasous, avec les Adityas et avec les « Visvadevas. Je soutiens Mithras et Varouna (le soleil et « l'océan), Indra (le firmament), et le feu et les deux Aswîni; <c je soutiens Soma (la lune), et Tomchiri-Pouschan; j'ac- « corde la richesse au dévot pur qui accomplit les sacrifices, c< présente les offrandes, satisfait aux dieux. Moi, reine, je « dispense tous les biens, je possède la science, et tiens le « premier rang parmi celles qui méritent une adoration et « qui sont octroyées par les dieux; universelle, toute-puis- « santé, je pénètre dans tous les êtres. Quiconque vit et se <c nourrit en moi, quiconque voit, respire, entend par moi « et ne me connaît pas, malheur à lui I Recevez la foi que je « proclame; car je le déclare ici, moi, adorée par les dieux « et par les hommes, celui que j'ai choisi, je le rends fort c( et brahma, saint et savant. J'ai porté le père sur la tête de a l'esprit suprême (1), et mon origine est au milieu de l'O- « céan; c'est pourquoi je pénètre toutes les existences, et « avec ma forme j'atteins au ciel. Créatrice primitive de tout « être, je me promène comme un soufQe léger; j'habite au-
(1) J*ai engendré le firmament.
DEUXIÈME ÉPOQUE
« dessus des cieux, au delà de la 'terre, et je suis rinflni. » DëeMet. Trois déesses principales forment une autre trinité femelle : Parasati, femme ou énergie créatrice de Brahma, laquelle, comme épouse de Brahma , prend le nom de Sarasvati, et devient la déesse de l'éloquence et de Tharmonie; Sri ou Lakchmi, qui signifie la belle, femme de Yichnou, préside à Tagriculture , enseigne à semer; ses mamelles gonflées sont le symbole de Tabondance , ce qui fait qu'on la nomme aussi grand'mëre. Gomme emblème delà production, elle tient dans sa main le lotos épanoui, et le lingam se dresse sur son front; elle natt de Técume de la mer, et procède de Maya ou* Prakriti, c'est-à-dire de la nature qui, enceinte du dieu Siva, porte le Camos, semblable à [VHorus de risis égyptienne ; elle met au monde Tenfant sauveur qui, comme le Gupidon grec, monte un lion, a Tare dans sa main, et sur son épaule un carquois avec cinq flèches, par allusion aux cinq sens ; sa mère le suit, ceinte de fleurs et de fruits, portée par un perroquet, comme la Vénus grecque est traînée par des colombes. La troisième personne de cette trinité, Bavani, Parvati ou Gange, femme de Siva, ressemble à Gérés, comme les deux autres à Minerve et à Vénus.
Il n'entre pas dans notre plan de rappeler les innombrables divinités de la théogonie indienne ou de mettre d'accord les opinions très diverses dont elles ont été l'objet. Nous ne pouvons néanmoins passer sous silence un dieu très populaire, Indra, génie des vents, de Tair^ de la foudre, qui préside aux cieux inférieurs , et tient sa cour sur les flancs du mont Mérou, sans pouvoir s'élever plus haut; il est lascif et sarya. voluptucux autaut qu'cst chaste Surya, dieu du soleil, que traînent dans un char de feu sept coursiers verts, ayant pour guide Aurona {Aurora), Surya s'est incarné plusieurs fois, et il a laissé sur la terre divers enfants, qui, après de longs combats, succédèrent aux fils de la lune sur le trône des Indes.
Les sept planètes auxquelles Surya préside, donnent leurs noms aux jours de la semaine des Indiens; douze épithètes, en son honneur, correspondent à chacun des douze mois. Nous ne saurions omettre que les douze jours zodiacaux, invoqués par les Grecs sous les noms de Vénus, Apollon, Mercure, Jupiter, Gérés, Proserpine, Mars, Diane, Vulcain, Junon, Neptune, Pallas, et honorés chacun durant le mois qui leur était consacré, en commençant par Vénus en avril, se
REUGION DE L*INDB.
retrouvent dansTInde sous des noms différents, mais avec des attributs identiques et dans le même ordre. On les appelle Lakchmi, Indra, Bouddha, Avatar, Brahma, Prithivi ou Vasoundharâ. Maya, Siva, Bavani, Ganesa, Vichnou, Sarasvati; ils ont pour emblèmes les douze signes de la zone céleste (Rasi- Tchakra) , qui forment pour chaque signe 30 degrés, c'est-àdire 360 pour le zodiaque entier; assis sur les cimes aériennes du Mérou, ils boivent à longs traits Vamrita, breuvage dlmmortalité. Ganesa , chef des nombres , tenant en main le chiffre 365, garde les portes du ciel, et, s'appuyant sur un oreiller parsemé d'étoiles, tourne sa tète d'éléphant, ou plutôt ses deux faces, vers le solstice, et dirige ses quatre bras vers les quatre points du ciel.
Le Janus et les douze dieux de lltalie seront déjà venus à la pensée de chacun. Nous avons signalé précédemment . classique, d'autres ressemblances avec la mythologie classique ^ et rien de plus facile que de les multiplier, en se reportant aux différents dieux du ciel indien. Pidroubadi, souverain des enfers, porte dans sa main droite une fourche, dans la gauche un miroir où se réflètent les œuvres de toutes les créatures. Devant lui, et dans des chaudières ou sur des charbons ardents, sont les âmes damnées, tandis que celles des hommes vertueux obtiennent des récompenses. Les démons naquirent de Diti {Dis); Lakchmi, de l'écume de la mer, comme Vénus. Siva ou l'Amour est appelé Éros, comme en grec. Les Daïtyas, vaincus par le Verbe, représentent les Titans. Rama, conquérant des plus fameux dans les chants indiens, ressemble on ne peut plus à Bromios, que les Grecs font naître, dans l'Hindoustan, du fémur de Jupiter; or, fémur en grec se dit précisément meros ({i-y)p<5ç), et le Mérou est pour les Indiens le lingam de la terre. Le nom même de Dionysos pourrait indiquer {Dewa nicha) un «aint du mont Nysa indien, et sa qualité de né deux fois que nous avons vue être propre aux classes supérieures de l'Inde. Dans la guerre de Lanka (Ceylan), Rama fut secouru par Hanouman, roi des singes, fils de Pavan, roi des vents, qu'il traîne à sa suite. Pavan est Pan, roi des satyres, qui suivent vers l'occident le char triomphateur de Bacchus. Vichnou, sous la forme de Krichna, est vainqueur du grand serpent Kàvana, comme Apollon l'est du serpent Python. Un des noms de Brahma est Tchatour-ânana (dieu aux quatre visages), qui rappelle Saturne, principal dieu de l'ancienne Italie, législateur comme Brahma, comme
DEUXIÈME ÉPOQUE
lui père des dieux et des hommes, ayant comme lui gouverné le monde, et comme lui perdu ensuite ses adorateurs (i). Le législateur Manou a pour pendant le Manès égyptien , le Minos crétois, et, ce qui est plus singulier encore, le Manès que les Lydiens reconnaissaient pour leur premier roi, et le Mana dont les Germains se disaient descendus. Gela nous porterait à croire que dans des temps très reculés aurait vécu quelque héros de ce nom, dont les peuples^ en se dispersant, auraient conservé la mémoire.
L'histoire d'Orphée et d*Burydice est rapportée dans le Mahabarata, sous les noms de Rourou et de Pramadoïra. L'Anna Perenna, nourrice de Jupiter, se retrouve dans la déesse Anna Pournada, qui préside aux aliments chez les Indiens (2). Deucalion, fils de Prométhée, est le Deo Kal-
(1) Ce que Mégasthëne et les auteurs cités par Strabon ont rapporté des divinités indiennes est bien vague pour que Ton puisse y reconnaître les divinités actuelles. On ne saurait déterminer avec certitude quel dieu hindou les anciens ont appelé THercule indien : est-ce Rama, est-ce Krichna, est-ce même un autre dieuf Nous devons dire cependant que beaucoup de probabilités se réunissent pour y faire reconnaître Krichna. Mégas* thène et, d*aprës lui, Arrien et Pline nous disent que ce dieu eut im grand nombre de femmes, ce qui rappelle les nombreuses épouses de Krichna; qu*il habitait dans le pays de Pandse, dont il fut roi ; ce nom est identique à celui des Pandous, tribu à la téte de laquelle Krichna combattit. Arrien parle de Méthora comme d*une des principales villes où était honoré ce héros, et Ton sait que Mathoura était la patrie du dieu indien. Mais il est aussi question d'un Hercule comme dieu principal de la Taprobane; celui-ci ne saurait être Krichna; c^est plutôt Rama, si célèbre par son expédition de Lanka ou Ceylan. Quant au Bacchus indien, c^est Siva, le dieu du Mérou. Le Jupiter omhrius est, selon toute vraisemblance, Indra, auquel les Védas nous montrent les Indiens demandant la pluie. Strabon nomme formellement le fleuve Gange parmi leurs divinités, et c^est la seule dont ridentité soit hors de toute contestation.
(2) Nous ajouterons ici quelques autres rapprochements :
Aie icati^p, Diespiter; en indien, Divaspati.
"Upa, Junon; — Virâ, femme forte.
"'ApYic» Mars; — ilra^. Mars, planète.
Xdpiç, grâce ; — Cris, Vénus.
Cérès, — £ara, productive.
*^ft)ç, — Varas, Amour,
ndv, — Pati, partha, souverain.
Minerve^ — Manasvini, intelligente, etc.
On peut voir le traité de W. Jones, On the Gods of Greece, Italy and India (Asiatic. Res., I, 221); et K. Rittbr, Die Vorhalie europâicher V^U kergeschichten von Herodotw um den Kaukcuus und on den Ges'aden derPontus; Berlin, 182.,
PHIU>80PHIE INDIENNE.
youn, personnage du drame sanscrit Ha9*t Van$a\ fils de Garga, surnommé Pramathésa, qui fut dévoré par Taigle Garouda. Kal-youn, à la tôle des peuples septentrionaux, ayant attaqué Krichna , fut repoussé par le feu et par le déluge (1). Au surplus, le droit de succession chei les Athéniens établit le môme ordre généalogique des familles, et prescrit les sacrifices funèbres dans les mêmes degrés de parenté que dans rinde (2).
Pourrons-nous^ d'après cela, nier que la civilisation de la Grèce soit due en grande partie à des colonies indiennes?
Toute méthode embrasse trois termes : le monde, la raison, Dieu. Si la raison ne se distingue pas elle-même et se confond avec les sens ou Dieu, il en résulte le sensualisme ou le mysticisme ; si elle se distingue en s*isolant, sans connaître les autres choses, c'est ridéalisme; si non seulement elle nie Dieu et la raison, mais se nie elle-même, elle aboutit au scepticisme. Ce ne sont pas là des questions oiseuses, puisque chaque système donne à la vie un but différent et produit, par conséquent, une pratique différente. Le sensualisme réduit la vie à la matérialité ; Tidéalisme, à la pensée ; le mysticisme, à la contemplation de Dieu ; le scepticisme, à rinaction. Ainsi la pratique devient la mesure et le juge de tous les systèmes.
La philosophie indienne se divise en six systèmes , qui procèdent deux par deux, de manière que là où Tun finit, l'autre commence, en forme de développement et de continuation , ou même de transformation (3) ; aussi peut-on dire
(1) Lucien fait Deucalion de race scythique, c'est-à-dire septentrionale. Voy. le Mémoire de Wilfort sur le Caucase, inséré dans ceux de Calcutta, VI, 507.
(2) Voy. BuNSBN, De jure hmreditario Àtheniensium.
(3) On peut consulter :
Ward, View of the history, literature and mythology of the Hindoos.
CoLBBRooKB, Essat SUT kl philosophie des Inde», traduit en français par G. Pauthibr, et enrichi de plusieurs notes et rapprochements (Paris, 1834)9 remporte beaucoup sur lui par la précision. L*auteur anglais possédait