‹ Histoire universelleChapitre 37 sur 79 · PHILOSOPHIE INDIENNE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE INDIENNE

c< soumet son intelligence, et se montre également doux en « toute chose, un jour sera uni avec moi...

« Ceux dont Tesprit suit mon invisible nature doivent supn porter d*àpres fatigues, parce qu'il èst difficile aux mortels « de gagner un sentier invisible.

« Ceux qui, me préférant à tout, abandonnent tout pour ce me suivre, et qui, dégagés de tout autre culte, n'adorent (c que moi seul, me contemplent, me servent, je les élève « au-dessus de l'océan de la mortalité.

« Je suis Tàme qui réside dans tous les corps ; je suis le « principe, le moyen, la fin de toutes les créatures. Parmi a les Adityas, je suis Yichnou; parmi les flambeaux célestes, « Ravi (le soleil) le rayonnant; Marischi^ parmi les Marouts « (les vents); Sasî (la lune), parmi les Nakchatras; parmi les c< Yédas, le Samavéda; Indra, parmi les Dévas; parmi les a Rendras, Si va; Yrihaspati, parmi les pontifes sacrés...; n parmi les lettres, l'A; parmi les paroles, la copule qui les ce unit. Mais que sert d'en dire plus ? L'univers entier repose « dans mon essence. »

Quand le Dieu se manifeste à son disciple , il resplendit comme si mille soleils se levaient soudain. Être incommensurable, sans commencement, ni milieu, ni fin, il illumine, il remplit l'immensité de l'espace; il est l'univers; il est le temps qui ouvre une bouche immense, dans laquelle les générations viennent s'engloutir, comme les torrents dans l'Océan, comme les nuées d'insectes qui s'élancent vers la flamme dévorante.

Alors Ardjouna anéanti s'écrie : « Grand Dieu, tempère (c cette splendeur insupportable; reprends la forme plus « douce sous laquelle seule je puis t'envisager, sous laquelle A j'ose te donner le nom d'ami. J'étais ignorant; pardonne^ <c moi comme un père à son fils, un ami à son ami, un amant « à celle qu'il aime (1). »

L'autre système indien, qui part du moi pensant, se com-* phiioMpiUd pose de la philosophie dialectique de Gotama, et de la philo- Sophie anatomique de Kanada^ appelées Tune, Niaya, ou du raisonnement, l'autre, Yalséchika, ou de l'individualité.

(1) La création est représentée dans le Bhagavad-Ghita comme une émanation :

A quoi sert-il <f accumuler les preuves de ma naissance, 6 Ardjouna? Un seul atome émané de moi produisit Vunivers, et Je suis encore entier» Lit. X, 42.

«18T. ONtv. — T. I. 22

DEUXIÈME ÉPOQUE

Les Védas prescrivent dans l'étude la marche suivante : proposition, définition, investigation (1). Gotama, se conformant à cette règle, développe Tacte de Tintelligence dans la théorie de Tindividualité, et compose un véritable système de logique ou plutôt de dialectique. Des commentaires à Tinfini donnèrent à cette doctrine autant d'extension qu'en eut celle d'Aristote parmi les Grecs, à qui la primauté a été ravie par la science indienne. La philosophie niaya fut toujours très vénérée; de nos jours encore, il n*y a pas une fête populaire et religieuse pendant laquelle, à côté des brahmanes qui lisent quelques épisodes des poèmes, de plus doctes ne discutent selon cette dialectique. Celle-ci se réduit à 525 soutras ou axiomes , forme universelle des œuvres scientifiques dans Tlnde; elle tend à assurer la béatitude au moyen de la connaissance des seize topiques , qui sont la preuve, Tobjet de la preuve, le doute, le motif, l'exemple, l'assertion, les membres de l'assertion, le raisonnement supplétif, la conclusion, l'objection^ la controverse, le captieux, le sophisme, la fraude, la réponse futile^ enfin la réduction au silence {fj. Mais la Niaya ne se borne pas à la logique; elle donne une métaphysique de la science, et tend à l'idéalisme, par suite de cet étemel penchant de l'Indien, à ne voir dans le monde sensible que des phénomènes et à confondre le moi avec la Divinité.

La Yaïséchika, que l'on considère comme son supplément, est une philosophie physique, fondée sur les atomes, semblables de forme et identiques par essence, comme ceux d'Épicure, mais dotés de propriétés caractéristiques. Kanada se montre plus profonde que les Grecs dans l'observation de la nature : il trouve que la granté est la cause particulière de la chute des corps ; que le son est une qualité de l'air résidant en lui et se propageant par ondulation comme la fleur de nauclea ; qu'il existe sept couleurs primitives, parmi lesquelles il compte le blanc et le noir.

(1) Les scolastiques aussi posent la question, définissent, démontrent.

(2) Barthélémy Saint-Hilaire, dans un mémoire sur la philosophie niaya, suivi de la traduction de^60 axiomes fondamentaux, compare cette philosophie & VOrganon d*Aristote, et conclut qu'il n^exlste rien de commun entre ces deux productions ; que la Niaya est moins analytique et plus ancienne. C*est une dialectique superficielle, quoique Ingénieuse, qui n*offre pas une théorie complète de la discussion, et ne pénètre point jusqu'aux fondements essentiels du raisonnement* Voir les Mémoires de Colebrooke déjà cités.

PHILOSOPHIE imiENIfE.

Plusieurs écoles hétérodoxes s'élevèrent aussi dans Tlnde, réniant les Yédas; telle est la secte des Djaïnas, exposée dans la philosophie de Tcharwaka et professant le matérialisme, et celle de Bouddha. La philosophie Mimansa et Fie- ^'JiJjJJJl^ donto/par des interprétations ingénieuses, défendit la croyance de Brahmâ contre de pareilles hérésies (1).

La Mimansa est ou pratique ou théologique. La première est une exégèse destinée à fixer le sens de la révélation, dans le but d'établir les preuves du devoir, c'est-à-dire des sacrifices et autres actes ordonnés par les Védas. C'est plutôt un système religieux que scientifique, bien que, dans les aphorismes posés pour l'interprétation, il touche à divers sujets de philosophie. Djaïmini , fondateur de cette école , définit le devoir un acte à accomplir prescrit par un commandement; d'ob semble résulter sa foi absolue dans les Yédas. Mais les commentateurs prétendirent qu'il fallait chercher d'autres règles au devoir, parce que le commandement ne parait pas suffisant. Les différents cas sont discutés par eux selon les cinq membres qu'ils croient nécessaires à tout cas complet : 1* le sujet à expliquer; 2* le doute qu'il fait naître; 3"* le premier côté de l'argument concernant la matière ; 4"* la conclusion démontrée ; 5"* les accessoires ou le rapport.

La Mimansa théologique est la discussion de la preuve qui peut se déduire des Yédas, en ce qui concerne la théologie; on l'appelle aussi Yedanta, c'est-à-dire conclusion des Yédas. En e£fet, les Soutras de Yyasa, qui en sont l'œuvre capitale, donnent l'explication des Yédas à l'appui de l'existence de Dieu, de qui proviennent la naissance, la continuation et la dissolution de ce monde.

Les Yedantas ont pour doctrine souveraine que l'Être sU prème est cause matérielle et efficiente de l'univers. « firahma <c est cause et e£fet; la mer est la môme chose que ses eaux, « bien que l'écume, les flots, la marée, diffèrent entre eux. H Un effet ne diffère pas de la cause. Brahma est l'àme, l'âme

(1) Les 8«ctet hindoues sont aigoiird*hui plus nombreuses que jamais. D'après WOson, il existe actuellement Tingt sectes de Valchnayas ou sectateurs de Vichnou, neuf de Salras ou adorateurs de Sîva, quatre de 8actas on adorateurs de la déesse Sacti, et un grand nombre d^autres, qui s*ëloignent notablement du brahmanisme. On ne rencontre qu*un petit nombre de brahmanes instruits qui professent la réritable orthodoxie védique, et encore ont-ils presque tous quelque divinité favorite, Ichta-Devata^ •oms la protection de laquelle ils se placent d*une fi&çon toute spéciale.

DBUXI&MB ÉPOQUE.

« est Brahma. La môme terre offre diamants, cristaux, <c orpiment; le même sol produit une grande variété de (* plantes ; la même nourriture fait croître la chair, les ongles, a les cheveux. De même que le lait se caille et <)ue Teau gèle, « Brahma est modifié et transformé, sans qu*il soit besoin « d'aucun moyen extérieur. L'araignée tisse sa toile avec sa a propre substance; les esprits revêtent des formes diverses ; « la grue engendre sans mâle, le lotos se propage de marée (( en marée, sans organes de locomotion. Aucun motif ou « but spécial ne peut être assigné à la création de Tunivers <c que la volonté de Brahma. »

Cette philosophie, qui domine toute la littérature et la vie sociale des Indiens, démontre comment on arrive, de néces* sité, au panthéisme, aussitôt qu*on refuse d'admettre comme un fait de pure conscience les êtres contingents et finis ; elle démontre comment le panthéisme aboutit au même point que le scepticisme, c'est-à-dire la destruction de Tintelligence humaine, puisqu'il doit repousser comme illusoires les notions distinctes, pour ne retenir que l'idée de l'unité absolue. Toutefois le Yedanta, en acceptant dogmatiquement la révélation divine, est contraint d'accepter la personnalité de Dieu et le libre arbitre de l'homme, mitigeant ainsi le panthéisme par l'histoire et la mythologie.

On trouve communément dans ces systèmes l'idée d'une substance infinie qui se manifesta dans l'univers par émanation plutôt que par création, comme aussi celle d'une formation et d'une destruction alternative et périodique des choses, dont l'origine première est expliquée par le matérialisme, la dualité ou le panthéisme : abîmes où va se perdre inévitablement quiconque dévie des traditions. Dans la pratique, ces idées tendent toutes à guérir l'âme de sa plaie originelle, à détourner la peine de la transmigration, et à procurer un état d'abstraction et d'apathie absolue auquel conduit l'activité mentale.

Ces différents systèmes reconnaissent également que les sacrifices prescrits par les Yédas ne sont pas assez purs, à cause du sang qui s'y répand, ni suffisants pour obtenir la délivrance finale des âmes. C'est pour cela qu'une expiation est nécessaire encore au delà du tombeau, et que le devoir le plus sacré d'un fils et de tous les descendants consiste dans les suffrages pour la commémoration des morts : pratique très enracinée dès le temps des patriarches. De là un

PHILOSOPHIB INDIKNMB.

grand encouragement au mariage, qui chez les Brahmanes est d*obligation absolue, pour laisser une descendance légitime qui leur procure les suffrages ambitionnés ; de là encore le respect pour les femmes. « La femme est la moitié de « Thomme, dit un ancien poète ; c'est son plus intime ami, <c la source du salut. De la femme natt le Sauveur. » Ailleurs il ajoute : « Les femmes sont les amies 'du solitaire ; leur « conversation apporte un doux soulagement. Semblables <i aux pères dans Texercice des devoirs, elles se montrent « mères en consolant le malheur. »

Ainsi Tesprit parcourut en Orient, de même que dans la ^^[^Hnii Grèce, le cercle entier des opinions philosophiques. Gomme oncê, dans récole de Platon, il s'éleva au-dessus de l'univers pour connaître la cause et le type étemel de tout ce qui existe; comme dans celle d*Aristote, il proclama la double existence de r&me humaine et du monde extérieur, en partant du témoignage des sens; comme dans celle de Zénon, Thomme se concentra en soi et devint indifférent à tout ce qui arrivait autour de lui ; comme dans celles de Pyrrhon et d'Épicure, il soutint qu'il n'existe que des apparences. Le panthéisme de Xénophane, l'amour et la haine d*Empédocle, la monade et la métempsycose de Pythagore, les atomes de Leucippe, la composition et la décomposition d'Héraclite, se trouvent déjà bien avant eux sur le Gange; mais plus l'intelligence serait désireuse de connaître l'ordre dans lequel se formèrent ces systèmes, plus elle est privée sur ce sujet de toute donnée historique. Les Grecs puisèrent-ils dans l'Inde, au temps d'Alexandre, ou lui portèrent-ils leurs connaissances? Les deux pays s'abreuvèrent-ils à une source plus reculée, ou l'esprit humain progressa-t-il parallèlement? L'histoire raconte que Pythagore et Démocrite voyagèrent dans les Indes ; on dit que Pyrrhon y accompagna Alexandre; que Gallisthène, neveu d'Aristote, transmit à son oncle un traité de logique qu'il avait reçu des brahmanes; que Pythagore, blâmant Thespésion d'être trop partial pour les Égyptiens, s'entendit reprocher d'être lui-même trop asservi aux Indiens; enfin, que le brahmane Yarka, interrogé par Apollonius sur ce que pensaient les siens de la nature de l'âme, répondit : « Ce que « vous en pensez vous-mêmes depuis Pythagore (1). » Ad-

(1) Bruckbr, Hisi, phiios., t. I, p. 190; Robertson, Recherches sur Vinde, t. l.

dbuxiAmb époque.

mettons que ces trafditions ne soient pas suffisamment prouvées : elles indiquent toutefois comme très ancienne la croyance que les Grecs reçurent du Gange une partie de leur science, ou du moins une impulsion intellectuelle.

Les systèmes déji mentionnés nous fournissent la partie spéculative de la philosophie; la partie pratique est contenue Dhra». dans le Manava-Dharma-Sastra, composé, selon quelquesuns, par Manou, douze siècles avant J.-G. U est à coup sûr très ancien ; mais plus probablement il a été compilé par le collège des prêtres dans le cours de plusieurs siècles, et réduit à sa forme actuelle dans le neuvième siècle avant notre ère. Nous sommes porté à le croire ainsi, en y voyant, d'une part, un mélange de grossièreté et de politesse, les rapports de la propriété très développés à côté des lois pénales barbares; puis, d*autre part, la classe sacerdotale exaltée audessus de toutes les autres. Le bÂton du brahmane doit être assez long pour atteindre les cheveux; celui du guerrier arrive au front, celui du négociant à la hauteur de son nez, et ainsi de suite. Le roi est composé de parties prises aux sept principales divinités ; mais, par cela môme, son premier devoir est d'honorer les brahmanes, d*où lui viennent toutes sortes de bénédictions. Comme les Yédas proclament d'ailleurs que tout ce qui est sorti de la bouche de Manou est saint et salutaire à Tâme, ce code est extrêmement respecté; outre les matières ordinaires d*un code, il contient un système de cosmogonie, des idées de métaphysique, des préceptes pour toutes les circonstances de la vie, pour les cérémonies du culte, la morale, la politique, Tart militaire, le commerce, les peines et les récompenses après la mort (1).

Le Dharma-Sastra débute avec la magnificence d'un poème ; Manou s'y montre sur un trône en directeur suprême de la période courante de l'univers. Les sages Maharchù se pressent autour de lui avec respect, en le priant de manifester au monde les lois qui doivent guider les habitants de la terre;

(i) Ses douze livres traitent séparément de la création, de Téducation, du mariage, de Téconomie domestique, de la manière de vivre, de la purification, des femmes, des dévotions, du gouvernement, des lois pénales et civiles, des marchands et des serviteurs, des classes mixtes, des peines et des expiations, de la transmigration et de la béatitude finale. L*original de ce code fut imprimé à Paris en 1830 par Loiseleur-Deslongschamps, qui en donna une traduction trois ans après; c*est nous ensuite qui le fîmes connaître à Tltalie dans les documents de Législation de la i** édition de cet ouvrage.

PHUOSOPHIB INDIBNNB.

Manou sourit en les exauçant, et commence h exposer Thistoire de la création.

Dieu, dii-il, pour la propagation de l'espèce humaine, produisit de sa bouche, de ses bras, de sa cuisse, de son pied, le Brahmane, le Kchatria, le Vaïschia, le Soudra. Le Seigneur, ayant divisé son propre corps en deux, devint moitié m&le, moitié femelle, et, par Tunion de ces deux moitiés, il engendra Viva^ii; Vivadji produisit de lui-môme Manou, créateur de Tunivers. Je suis celui-là, et, désirant donner naissance au genre humain (1), j'ai produit dix saints éminents (Mahaf*chù), seigneurs de Tunivers; ceux-ci créèrent sept autres Manous, et les oiseaux, les serpents, les dragons, les gnomes, les géants, les vampires, les nymphes, les singes, les vers, les météores, les immobiles.

Tous ces êtres, enveloppés de ténèbres multiformes, ont la conscience, le sentiment du plaisir et de la douleur; ils suivent les transmigrations dans le monde varié des phénomènes, qui passe sans cesse.

La création accomplie, le pouvoir incompréhensible fut absorbé dans Tâme suprême, chassant le temps par le temps. Tant que Dieu veille, l'univers accomplit ses actes ; tombetril dans le sommeil, le monde se dissout. Les animaux tiennent le premier rang parmi les êtres; parmi les animaux, ceux qui existent par leur propre intelligence, comme les hommes ; parmi ceux-ci, les brahmanes, incarnation perpétuelle de la justice.

Les hommes ont tous Tamour de soi, d'où naissent les désirs et les inquiétudes. Qui accomplit ses devoirs sans espoir de récompense parvient à l'immortalité. La loi a pour base les Védas; quiconque méprise les Yédas, ou les Dharma- Sastras, c'est-à-dire la révélation et la tradition de la loi, est impie ; toutes deux, avec les bonnes mœurs et l'obligation de vivre content de soi» sont le comble de nos devoirs. La religion commande la prière de Vâum, les oblations du feu, les sacrifices, les libations aux saints. Les devoirs envers nousmêmes sont : de dominer les onze sens, d'étudier la science sacrée, de conserver le cœur bon et incorruptible, sans quoi les sacrifices ne valent rien ; de s'occuper de ses propres affaires ; de ne pas parler si l'on n'en est requis ; de dédaigner

(1) U est à remarquer que, dans toutés lee coemogonies indiennes, la pensée, la contemplation, la dévotion et la pénitence sont considérées comme des conditioas nécessaires de la oréation.

DBÛXltMB ÉfOQDB.

les honneurs mondains ; de se conserver pur de langage et d*esprit. Les devoirs envers les autres sont : d'honorer les vieillards, de respecter son père plus que cent maîtres, et sa mère plus que mille pères, et plus que père et mère celui qui communique la doctrine sacrée; d'user de bienveillance envers ses disciples, et de ne pas faire de mal à autrui, môme par le désir.

Tout acte, toute pensée, toute parole, rapporte un bon ou un mauvais fruit. C'est pécher en esprit que de désirer le bien d'autrui, de méditer un crime, de nier Dieu; c'est pécher en paroles que de mentir, médire, parler hors de propos; c'est pécher en actions que de s'approprier ce qui est à autrui, de nuire aux ôtres animés saçs l'autorisation de la loi, de courtiser la femme d'autrui.

La nature du châtiment est en rapport avec les œuvres. Comme expiation des actions perverses, l'homme passe après la mort dans des créatures sans mouvement ; comme expiation des péchés de la parole, dans des oiseaux ou des bêtes rougeÂtres ; comme expiation des fautes mentales, il renaît dans une condition humaine inférieure.

Que la femme ne recherche jamais la liberté. Jeune fille, elle dépend de son père ; femme, de son mari ; veuve, de son fils. Choisis pour épouse une femme qui soit d'un aspect agréable, qui n'ait pas les yeux rougis, trop ni trop peu de cheveux, qui ne parle pas au deli du besoin ; qu'elle porte un nom gracieux, qui finisse par des voyelles longues et semblable h des paroles de bénédiction, non celui d'une constellation, d'un arbre, d'un fleuve, d'un serpent, d'un oiseau, d'une montagne, ou d'une tribu barbare. La femme vertueuse doit vénérer son mari comme un dieu, quand môme il n'observerait pas les usages, en aimerait une autre, ou manquerait de tout mérite. La femme n'est exaltée dans le ciel qu'autant qu'elle honore son seigneur ; si elle le perd, elle ne doit pas rallumer le feu nuptial.

L'&me a trois qualités, bonté, passion, obscurité, i l'une desquelles reste attachée l'intelligence durant toute la vie. Après la mort, les âmes douées de bonté acquièrent la nature divine ; celles qui ont été dominées par là' passion ont en partage la condition humaine ; celles qui ont été plongées dans l'obscurité sont ravalées à l'état des animaux. Dans chaque transmigration il y a des degrés proportionnés. Celui qui tue un brahmane est changé en âne ou en chien ; le brab-

PHILOSOPHIK INBIBHHG.

mane qui boit des liqueurs est changé en yer; le yoleur de grain, en cygne; de viandes, en vautour; de parfums, en rat musqué.

Ce qui procure la béatitude, c'est une austère dévotion, c*est de connaître Brahma, de dompter ses sens, do ne pas faire le mal, d'étudier les Yédas pour acquérir la connaissance de r&me suprême, qui est la science capitale. Celui qui fait le bien par intérêt parvient tout au plus au rang de deva; celui qui vise uniquement à la connaissance de TÊtre divin se trouve dégagé des liens mortels ; dès cette vie il aperçoit dans tous les ôtres T&me suprême, et dans Tâme suprême tous les êtres; puis il arrive i l'immortalité.

On voit ici percer le panthéisme de Manou, qui se montre ensuite clairement dans ces paroles : « L'âme est tous les « dieux; dans Tàme suprême repose l'univers; elle produit « la série des actions des êtres animés. Le grand Être, plus « subtil qu*un atome, enveloppant en soi tous les êtres for- « més des cinq éléments, les conduit, par degrés, de la nais- « sance i l'accroissement, à la dissolution. Ainsi l'homme a qui reconnaît dans son âme propre l'âme suprême dans « toutes les créatures se montre le même à l'égard de tous, tt et finalement est absorbé en Brahma. »

De même que le code des Hébreux nous a montré les usages de ce peuple, de même celui-ci, conservé par les Indiens avec non moins de ténacité , nous offre une peinture étonnante de leurs mœurs douze siècles avant J.-C. Ce n'est pas que ce peuple fût alors au berceau ; la distinction des castes y était déjà établie, fondée sur les Védas, dont Tinterprétation avait donné naissance & une littérature étendue et & des opinions discordantes, grâce aux luttes de la raison humaine révoltée contre le joug de l'autorité, mais tenue en bride par le pouvoir de l'habitude. Le roi, bien que considéré comme une divinité descendue sur la terre, n'avait pas moins à craindre pour son trône et pour sa vie. Il devait souvent infliger de sévères châtiments, protéger le faible et surtout la femme, cet être inférieur qui pourtant séduit les plus sages, et dont la malédiction est la ruine d'une maison, tandis que le ciel bénit qui l'honore.

Les trois castes supérieures jouissaient, instruisaient, commandaient, pendant que les Soudras , satisfaits de leur servitude par l'espoir de renaître dans une condition meilleure, s'adonnaient aux arts et aux manufactures. Os faisaient des

DBUXI&Mâ ÉPOQUE.

▼ases non seulement d'airain, de fer, d'étain, de plomb, mais encore d'argent et d'or, métaux qui étaient extraits sous la direction du roi : ils savaient travailler les pendants d'oreilles en or, les pierres précieuses , les coraux et les diamants; sculpter habilement l'ébène, l'ivoire et la corne; tisser des étoffes très fines pour la parure des riches, que des boBufs, des chameaux ou des chevaux portaient dans d'élégants palanquins. Les fêtes étaient égayées par le son des instruments et des voix harmonieuses, par des danseurs, des lutteurs et des comédiens ; ils avaient des combats de coqs, de béliers et d'autres animaux, bien que la loi les défendit; des parfums délicieux s'exhalaient dans les appartements, et les tables étaient couvertes d'une grande variété de mets et de boissons fermentées (1).

En môme temps s'étaient introduits les maux, cortège inévitable de la civilisation : de nombreuses superstitions, la fùreur du jeu, l'usure avide, l'infâme espionnage, la honteuse prostitution. Le roi employait les coupables amendés à découvrir les méfaits des autres; ses agents se servaient de chiffres pour l'informer des desseins des princes étrangers. Des femmes faisaient seules le service intérieur de la cour ; pour se garantir de l'empoisonnement, le roi ne recevait sa nourriture que des mains les plus fidèles, y mêlait des antidotes, et portait certains talismans contre les poisons (2). AutM Indépendamment du code de Manou , il fut écrit d'autres oraïutM. moralc, appuyés spécialement sur les Yédas et les

Pouranas; dans le nombre se distingue le Pan-Tcha^Tantra^ aphorismes par Yichnou-Sarma (3) ; en voici quelques-uns : a Les hommes en naissant ne se veulent ni bien ni mal; « l'amour et la haine proviennent d'accidents. — Celui qui « nous assiste dans les jours sombres est un ami. — Ne te « lie pas avec le méchant; les tisons brûlent ou noircissent. « — Grains le calme du méchant plus que la colère de a l'homme de bien. — Le méchant qui sait est un aspic dont « la tête est ornée de pierres précieuses. — Ne change pas, « sans y avoir bien pensé, ton ancienne demeure pour une « nouvelle. — Si tu tombes dans un lieu où l'on n'ait pas la

(1) Voy. principalement les livres U, 17S, 204; lU, 56, 58, 202, 268; IV, 36; V, 112, 120, 121,'; VU, 8, 62; IX, 222, 225. 239; XII, 45.

(2) Voy. liv. II, 179; III, 160; IV, 219; VII, 67, 90, 125, 217, 218; IX, .225, 257, 258; XI, 50, 61.

(3) Lacroix de Marlbs, HUt gén, de Hnde, t. II, p. 403-418.

PHILOSOPHIB INDIENNE.

« crainte de mal faire, hàte-toi de fuir. — Le sage n*est « jamais chef de parti. — Ne néglige pas les petites choses; « beaucoup de brins de paille arrêtent un éléphant. — La vie « n*est rien sans Thonneur. — La vie se perd en un « instant, Thonneur dure éternellement. — Celui qui vit « sans craindre la mort ne l'aperçoit pas quand elle ara rive. — Celui qui ne recherche pas une bonne répu- «c tation est déji mort durant la vie. — Le sage ne parle « jamais de son âge, ni de ses richesses , ni de ses pertes, « ni des défauts de sa famille. — L*homme de bien est une « fleur cachée sous Therbe, ou entrelacée aux cheveux, qui a exhale une odeur agréable. — Il vaut mieux se taire que i< mentir, être pauvre que s'enrichir par la fraude, vivre soie litaire dans les bois que dans la société des sots. — Le « bonheur est de ne pas avoir d'inquiétudes. — La religion « est la bienveillance envers les créatures, Téchelle par la- « quelle Thomme monte au ciel. — Qui dompte ses passions « trouve la béatitude^ même dans la vie. — La vie de l'homme « sur la terre ressemble à un voyage fait dans le cours d'une tt nuit — Jeunesse, beauté, vie, richesse, faisceau de paille a que le courant entraîne avec lui. Le torrent ne remonte « pas à sa source; les jours de l'hoïkime sont ce torrent. — « SoufTre mille injures avant de plaider; le procès comte mencé, ne néglige rien pour en sortir vainqueur. — La « science fait connaître tout, excepté le cœur du méchant. — «c Ne rejette pas le breuvage salutaire quoiqu'il te répugne, <c ni l'ami parce qu'il a des défauts. — Ce que tu possèdes au « delà de tes besoins appartient à autrui. — Pourquoi pren- « dre tant de souci du plaisir et de la douleur? L'un et Tau- « tre se succèdent sans cesse. »

L'une des femmes de Brahma, Avyar, c'est-à-dire la contemplatrice de l'essence divine, est comptée parmi les sept sages du Malabar. Elle a écrit des livres de morale, au nombre desquels VAiisoudi et le Kaiouiolouscham^ ou des règles de la sagesse, en vers, que chantent les jeunes filles dans les 6coles (1). <c Gloire et honneur à la Divinité. — La charité « est gracieuse et non passionnée. — Ne divulgue pas tes « secrets. — Cause avec tranquillité. — Prends soin de ce a qui t'est cher. ^ Connais d'abord le caractère de celui « dont tu veux te faire un confident. — Apprends tandis que

(1) Aiiat. Ret., U VI.

DBUXIÂMB teOQUB.

« tu es jeune. — Ne néglige pas ce qui profite i ton corps. « — Reste à ton poste et observe les lois divines. — Ne blâme « pas les actions d'autrui, et procure-toi une bonne réputa- <c tion. — Le plus grand de tous les plaisirs est de lire et « d'écrire. — L'ignorant est vraiment pauvre. — Le véritable « but de la science est de distinguer le bien du mal. — Ne « trompe pas môme ton ennemi. — La vérité est la fleur de « la science. — Plus on avance dans la science, plus on a avance dans la vertu. — Sans religion, point de vertu. »

L'introduction du bouddhisme est un point très important dans l'histoire de l'Inde; il mérite une mention spéciale, comme une des faces de la civilisation orientale. Du reste, il a dominé de longs siècles, et domine encore depuis les sour* ces de l'indus jusqu'à l'océan Pacifique et au Japon; c'est lui encore qui a adouci les féroces nomades du cœur de l'Asie et de la Sibérie méridionale (i). Parmi vingt peuples

(1) Indépendamment des ouTrages cités, Toyes les Mémoires de Hodosok et d*ABBL Rbmusat dans le Journal des savants ^ 1831, et dans les Mémoires de tAcad. des inscriptions, 1830; on article de Romaonisi dans le t. XXX des Annali di statistiea; on de moi dans le Ricogiitore itaHatio straniero, février 1836; la préface de Gorrbsio à son édition du Jlamayana; Bird, Historical researches on the origin and principles of the Buddha and Jaina religions; Bombay, 1847, in-fol.

Voyes, sur tonte la doctrine da bouddhisme, le Lotus de la bonne loi, traduit du sanscrit, accompagné d*un commentaire et de vingt et un Mémoires relatifs au bouddhisme, par E. Burnouf; Paris, 1853, in-4®. M. Burnouf, dans son Introduction à Thlstoire du bouddhisme indien, fait le résumé suivant de la doctrine de Bouddha, qui 8*appuie, sdon lui, sur une opinion admise par le brahmanisme, mais à la condition de la développer d*une façon toute nouvelle : « Cette opinion, dit-il, c'est que le « monde visible est dans un perpétuel changement; que la mort suc- « cède à la vie et la vie à la mort; que Thomme, comme tout ce qui l'en- « toure, roule dans le cercle étemel de la transmigration, qu*il passe suo- « cessivement par toutes les formes de la vie, depuis les élémentaires « jusqu*aux plus parfaites; que la place qu*il occupe dans la vaste éoheUe « des êtres vivants dépend du mérite des actions qu*il accomplit en c« « monde, et qu*ainsi Thomme vertueux doit, après cette vie renaître avec

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