CHAPITRE XV
LE BOUDDHISME
LE BOUDDHISME
différents au milieu desquels il est répandu, on a trouvé des livres qui renferment sa doctrine et deviennent les sources de son histoire. Le bouddhisme est tout à la fois culte et doctrine, religion et philosophie. Klaproth et J.-S. Schmid Tout étudié sur les textes mongols ; Abel Rémusat, sur les textes chinois. Bn 1821, Hodgson, se trouvant à la cour de Nepaul, examina le culte de Bouddha, qu'il voyait pratiquer; informé qu'il y avait des livres bouddhistes en sanscrit, il parvint, mais non sans beaucoup de peine, à se les procurer, et les communiqua aux sociétés savantes. En France, ils furent étudiés par Burnouf , qui crut pouvoir en dégager la vérité, restée cachée jusqu'alors; mais il ne s'occupa que des vicissitudes du bouddhisme dans l'Inde, où il naquit , se développa, et dont il est un fruit spontané, quoique depuis des siècles il en soit banni comme hérétique. Il est à présumer que les livres thibétains, chinois et tartares concernant cette religion ne sont que des traductions de ceux des Indiens.
Dans le Thibet, on appelle Kandjour l'immense collection de tous les livres sacrés des bouddhistes, ouvrages de Bouddha et de ses disciples, vies de ces derniers et des patriarches, actes des conciles , en somme, toute la littérature canonique de cette religion. Os sont gravés sur bois à la manière des Chinois; le lama de Boulan, qui en est le dépositaire, en fait tirer de temps en temps une copie pour les églises et les écoles (1).
•i on corps diYin, et le coupable avec un corps de damné ; que les récom- « pentes du ciel et les punitions de Tenfer.n^ont qu'une durée limitée, « comme tout ce qui est dans le monde ; que le temps épuise le mérite des « actions rertueuses, de même qu*il eiface la faute des mauvaises, et que « la loi fatale du changement ramène sur la terre le dieu et le damné, « pour les mettre de nouveau Tun à Tautre à Tépreuve, et leur faire par- « courir une suite nouvelle de transformations. L*espérance que Sakhja- « Mouni (le fondateur du bouddhisme) apportait aux hommes, c'était la « possibilité d'échapper à la loi de la transmigration, en entrant dans ce « qu'il appelle le Ntrvdno, c'est-à-^ire l'anéantissement. Le signe définitif « de cet anéantissement était la mort ^ mais un signe précurseur annonçait « dès cette vie l'homme prédestiné à cette suprême délivrance; c'était la « possession d'une science illimitée qui lui donnait la vue nette du monde « tel qu'il est, c'est-è^lire la connaissance des lois physiques et moralest « et^ pour tout dire en un mot, c'était la pratique des six perfections trans- « cendantes : ceUe de l'aumône, de la morale, de la science, de l'énergie, « de la patience et de la charité. » Introd. à YHUt du bauddhinnet p. 158 et 158.
(i) C'est le voyageur transylvain Csoma Kœrœs qui les a fait eonnidtre à l*Europe. Ce martyr de la science, curieux de savoir si les Hongrois, ses
DEUXIÈME ÉPOOtJE.
La collection népalaise , regardée comme une série de révélations faites durant la vie de Sakhya-Mouni , contient 80,000 traités, nombre qui revient fréquemment dans les théories et les histoires des bouddhistes. Une tradition rapporte qu'ils ont péri, et quUl n'en reste que 6,000; mais ceux qui subsistent, et qui forment le Tripitaka, ou les trois paniers, sont bien loin de ce nombre. Le Tripitaka se compose du Soutrapitaka, discours de Bouddha; du Vinayapitaka^ ou discipline; et de V Abidarmapitakay ou lois manifestées, ce que nous appelons métaphysique. Us embrassent la religion et la philosophie ; on les croit compilés par le dernier des sept bouddhas humains, c*est-&-dire dans un temps postérieur aux existences entièrement mythologiques.
Les Soutras^ considérés comme la propre parole de Bouddha, ont une plus grande autorité que les Védas. Ge sont des dialogues sur la morale et la philosophie , dégagés de Tobscurité qui enveloppe les doctrines brahmaniques réservées aux méditations d'un petit nombre ; ils sont répandus et vulgarisés comme l'exige Tinstruction universelle. La pratique est le point sur lequel le maître insiste le plus; il appuie la doctrine du récit des événements de son existence et de celle de ses disciplines dans une vie antérieure. La légende n'y est donc que secondaire, tandis qu'elle domine dans les Avadanas^ dont la plupart ont pour objet d'expliquer la vie présente au moyen 'de la vie antérieure et d'annoncer les peines ou les récompenses réservées aux actions. Les premiers Soutras sont plus simples ; dans la suite, on y mêla des légendes plus compliquées, pleines de fantaisie, et même des formules magiques. La discipline quelquefois se trouve à côté de la légende.
compatriotes, n^ëtaient pas de la ntee des Ougoors, et les Madgyars de ceUe des Mawaiis du Thibet, partit à pied, Tivant d'aiim6nes, et au bout de sept ans arriva de la Transylvanie à Lhassa en 1822; pendant la route^ il étudia les pays intermédiaires, et fut assisté par ThospitaUté orientale dans les villes où il ne trouvait ni consuls ni savants européens. Arrivé dans ces montagnes, il se mit à étudier le thibétain avec ardeur, et devint Técolier ttkn patient des prêtres et des pandits. Riche des connaissances qu*il avait acquises, il passa dans Tlnde, où la Société asiatique le nomma son bibliothécaire ; c*est alors qu*il publia une grammaire et ùn dictionnaire thibétains, et donna l'analyse du Kandjour, dont il avait apporté un exemplaire. îl Toulait retourner au Thibet, afin de compléter son éducation et de résoudre ce problème» encore obscur pour lui, mais U mourut en 1S42«
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Les livres métaphysiques ne peuvent pas s'attribuer à Sakhya-Mouni, mais à ses disciples. Il faut y ajouter les Tan- (raSf livres de superstitions, qui prescrivent d'adorer la personnification du principe formel, et qui enseignent la manière de tracer des carrés et des cercles magiques.
Dans le sein du brahmanisme, d'un prince du pays de Kossola mt ndM. {Aod) et d'une famille de Kchatrias naquit un jeune prince qui, à vingt-neuf ans , renonçant au monde, se fit religieux; c'est du nom de sa famille qu'il est appelé l'ermite de Sakhya {Sakhya Maunî) ou Samana Gotama (1). Il avait deux corps : l'un sujet à la mort et aux transformations ; l'autre était la loi elle-même, élemelle et immuable. Il naquit à l'équinoxe de l'hiver, c'est-à-dire le 25 de l'étoile de Chtoutang, d'une vierge belle , immaculée, de race royale, et pendant que la paix régnait sur toute la terre. Sa mère l'engendre sans cesser d'être pure, et soudain une lumière se répand sur le monde, et les chants suaves des génies annoncent la naissance du réparateur. Il fut adoré par quelques rois ; présenté au temple, un vieux prêtre le prit dans ses bras, et prédit en pleurant ses glorieuses destinées. Encore enfant, il étonne les docteurs par sa sagesse. Bientôt il se retire au désert, où il passe six ans dans la pénitence ; c'est pendant cette retraite que l'on voit apparaître sur son corps les trente-deux signes de sainteté paiîfaite, et quatre-vingt dons particuliers. Rentré dans la solitude pour méditer sur l'amour fraternel et la patience, il est tenté par le démon ; mais il triomphe de ses obsessions. Alors il va prêchant, choisit des disciples, donne des règles pour la vie ascétique, institue dos remèdes pour les péchés, afin de tirer le monde de la voie de perdi* tion ; enfin les ennemis de sa doctrine l'envoient au gibet, et lorsqu'il expire, la terre tremble, le ciel se couvre de ténèbres (2).
(1) Barth. Saint-Hilairb, le Bouddha et sa religion; Paris, 1862, in-S. KisniER, Buddha and his doctrines; Londres, 1869, in-8. Mâx Mullbr, Lecture on buddhist nikilism; ibid., 1869, ia-8. BiTBL, Btiddhism, its histoHcal, theoretical and popular aspects; îbid., 1873, in-S.
(3) Tons les missionnaires ont été frappés de la ressemblance extraordinaire qui existe entre le bouddhisme et le christianisme, du moins quant aux faits extérieurs. Le sarant de Giorgi, de Tordre de Saint-Augustin^ est le premier qui, dans une dissertation qui précède VAlphabetutn thibetanum, publié en 1761^ à Rome, par la congrégation de la Propagande* ait traité cette question arec étendue^
DEUXIÈME ÉPOQUE
« Mes naissances et mes morts surpassent en nombre les a arbres et les plantes; personne ne pourrait calculer le « nombre de fois que je suis mort ; moi-môme je ne saurais « dire combien j'ai vu de destructions et de renouvellements « de la terre. » Dans toutes ces existences de Bouddha, Timagination pouvait multiplier à Tinfini les légendes et les varier, et de leur ensemble revêtir un être idéal. De Tétat d'homme vulgaire, chercheur de la sagesse, il s*éleva successivement, après des milliers d'existences, au rang de bodhisatva, c'est-à-dire uni & l'intelligence, devint roi de l'univers, monta au ciel de Brahma, fut Brahma, dont la vie dure deux générations du monde, ou bien 2,688 millions d'années.
Pendant qu'il était dieu dans le ciel, il ne cessait pas d'être saint roi sur la terre ; dans sa béatitude, il fut pris du désir de sauver les hommes. Pour témoigner de sa commisération aux douleurs, et faire tourner la rme au profit de tous les mortels, les affranchir des existences changeantes et troublées, et leur procurer l'inaltérable repos qui résulte de l'union de l'intelligence avec la substance infinie dont elle émane, il résolut de se faire homme, et s'incarna dans une vierge. « Les maux qui affligent les êtres (dit-il) , les erreurs « dont ils sont les victimes et qui les détournent du droit « chemin, leur chute dans le séjour des grandes ténèbres, « les douleurs infinies qui les tourmentent sans avoir un ce libérateur ou un patron , les portent à invoquer ma puisce sance et mon nom; mais leurs souffrances, que mon œil « céleste voit, que mon oreille céleste entend, sans qu'il me c soit possible de les guérir, me troublent tellement que je « ne puis atteindre à l'état de pure intelligence. »
Tous les pays où son culte a pénétré conservent des vestiges de sa présence; beaucoup de lieux, les traces de ses pas. Ici quatre-vingt-dix-neuf femmes qu'il avait maudites deviennent bossues à l'instant; là, fuyant ses ennemis, il rencontre un pauvre brahmane qui demandait l'aumône. N'ayant rien à lui donner, il se fait enchaîner lui-môme et conduire au roi persécuteur, afin de pouvoir faire l'aumône avec l'argent promis pour sa capture ; et cependiant le mendiant est un brahmane, c'est-à-dire un de ses ennemis les plus acharnés. Une autre fois, il donne ses yeux, sa tête, et se laisse déchirer par un tigre affamé; il a un vase d'or que les riches ne peuvent remplir avec des offrandes de mille ou dix
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mille bouquets de fleurs, tandis que pour le combler les pauvres ont à peine besoin d'une fleur.
Selon d'autres, Bouddha est fils d'un roi puissant, qui, le Toyant triste et pensif^ lui donne en mariage trois femmes parfaites, ayant chacune à son service vingt mille vierges, fleurs de beauté et semblables aux nymphes du ciel. Mais, quoique les soixante mille jeunes filles lui prodiguent les caresses et s'évertuent à le distraire, le prince n'ouvre pas son cœur à la joie; il n'aspire qu'à la véritable doctrine.
Les ministres du roi lui conseillent d'entreprendre un voyage; mais un dieu, pour le ramener à la méditation, se montre à lui quatre fois, sous des aspects différents. La première fois, il était sous la forme d'un vieillard; à sa vue, le prince demande : « Quel est cet homme ? » Les serviteurs lui répondent : « Un vieillard. — Qu'est-ce qu'un vieillard? » Alors ils lui dépeignent les misères d'un homme « dont les organes sont usés^ la forme changée, la respiration pénible, qui a perdu la couleur et les forces ; il ne digère pas ce qu'il mange; ses articulations se dérangent; qu'il soit assis ou couché, il a besoin des autres, et s'il parle, c'est pour se lamenter et se plaindre : tel est le vieillard. » Le prince, réfléchissant sur la vieillesse semblable à un char brisé, revient plus triste qu'il n'était parti ; et « la douleur qu'il ressentit, « en songeant que ce malheur était réservé à tous les hom- « mes, lui interdit toute joie ».
Il sortit de nouveau, et son père avait tout disposé pour lui épargner la rencontre do toute chose immonde ou fétide; mais le dieu se transforme en malade, étendu sur la route. Ses yeux ne voient pas les couleurs, ses oreilles n'entendent pas les sons, ses pieds et ses mains battent le vide; il appelle son père et sa mère, et, dans sa douleur, il veut embrasser sa femme et ses enfants. Le prince demande ce que c'est; on lui répond : « Un malade. — Et qu'est-ce qu'un malade ? » Aussitôt on lui expose que l'homme est constitué de quatre éléments, dont chacun est sujet à cent et une maladies , qui surviennent alternativement. On lui fait ensuite l'énumération des différentes infirmités, et le prince afQigé gémit sur les misères des hommes, en disant : «Je regarde le corps it comme une goutte de pluie; peut-on jamais goûter un « plaisir dans le monde? »
Un autre jour^ le dieu se métamorphosa en un cadavre qu'on allait ensevelir hors de la ville. Le prince ayant voulu E18T. omv. — T. I 23
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savoir ce que c'était, on lui fit Thorrible peinture des conséquences physiques de la mort; soupirant à cette peinture, il rentra dans le palais , où il se mit à méditer sur les causes qui soumettaient tout ôtre vivant à la vieillesse, aux maladies, à la mort, si bien qu'il en perdit le manger.
Enfin, le dieu se transforme en religieux, et révèle au prince la véritable doctrine , grâce à laquelle on s*élève au-dessus des misères de la vie : « Il faut réprimer les désirs, à la quiétude unir la simplicité du cœur. Dans cet état, lliomme n'est souillé ni par les sons ni par les couleurs, et les dignités ne l'asservissent point; alors, immobile sur la terre, débarrassé de la douleur et des afflictions, c'est-à-dire la sensibilité morte, il obtient le salut. »
Par ces quatre initiations singulières, le fondateur du bouddhisme arrive à Tabsorption suprême : sombre reftige que cette religion contemplative et mélancolique offre contre les émotions, la douleur, la mortalité.
Le dieu, par d'autres voies, découvre encore à Bouddha les misères des vivants. Pour le distraire, les ministres du roi lui montrent des laboureurs : « Pendant que le prince les « regarde, voici qu'en fendant la terre ils font sortir des « vers; un crapaud les suit et les mange; un serpent tor- « tueux débouche de son trou et avale le crapaud, un paon « tombe sur le serpent et s'en repaît; un faucon saisit le « paon et le dévore; un vautour attaque le faucon et le dé- (( pèce. » Bouddha est pris de compassion à hi vue des vivants qui se mangent les uns les autres, et cette pitié l'élève à son premier degré de contemplation.
Dans la crainte qu'il n'hésiUt à se séparer du monde, les dieux remplissent le palais de choses horribles ; pendant que chacun dormait, les portes sont converties en tombeaux, les femmes du prince et les suivantes en cadavres, les ossements dispersés, et ces cadavres deviennent la proie des oiseaux, des renards et des ioups. Le prince alors, persuadé que tout est illusion, changement, songe, voix résonnant dans le vide, et qu'à moins d'être un insensé, on ne peut s'affectionner aux choses de la terre, monte à cheval et se retire dans la solitude pour s'affranchir des douleurs des trois mondes au moyen de la contemplation.
Je pourrais choisir une foule de traits semblables parmi les milliers de légendes relatives à ce sujet, aliment de la plèbe dévote et source de revenus pour les prôtres. De ces
LE BOUDDHISME
légendes il ressort trois choses : d'abord Tinépuisable imagination orientale ; puis une profonde commisération pour la soufi&*ance universelle; enfin, une aversion pour la vie, un immense besoin de s*engloutir dans Tocéan de Tinfini pour se mettre à Tabri des agitations de la surface.
Bouddha commença ses prédications dans le Magada, exposant Torigine et la nécessité de la foi : « L'état de misère « universelle, c'est-à-dire le monde humain , est la première « vérité; la seconde est le chemin du salut; la troisième, les « tentations qui s'y rencontrent; la quatrième, la manière « de les combattre et de les vaincre. » Il appuyait ses doctrines de l'exemple de ses propres vertus et par des miracles. C'était chose nouvelle dans l'Inde que d'entendre prêcher dans un langage simple, pour communiquer à tous les vérités qui auparavant étaient le privilège de quelques-uns ; aussi les exposait-il sans souci de la forme, toujours prêt à recevoir les hommes que repoussaient les hautes classes de la société.
Dans l'empire de Hagada, la marche de cette réforme fut lente et inaperçue ; elle se borna d'abord aux points secondaires de dogme et de discipline, puis s'éloigna graduellement des principes des brahmanes. Bientôt, enhardis par le succès, les bouddhistes voulurent avoir leurs livres sacrés et des théories philosophiques distinctes; ils réfùtèrent les Tédas, se proclamèrent seuls orthodoxes, et, soit par la puissance de conviction, soit par le besoin de répandre leurs doittrines et de se faire des prosélytes , ils attaquèrent la différence originelle des hommes , opposèrent l'inspiration divine aux règles du sacerdoce, et appelèrent à prêcher la parole quiconque en sentirait la vocation intérieure. C'est ainsi que se formèrent des prophètes nouveaux, les Samanéens, c'est-à-dire les vainqueurs des passions. Grâce à l'ardeur du prosélytisme propre aux nouvelles croyances, à des principes opposés à Timmobilité du brahmanisme, leur secte se propagea rapidement et sur une large écheUe.
Suivant le bouddhisme, tel, du moins, qu'il est compris, non par le vulgaire, mais par les docteurs , les créatures se divisent en six classes : les diables, les démons faméliques, les animaux, les génies, les hommes, les dieux. Les trois premières dérivent du péché, et celui-ci de la matière ; les autres, de la vertu, fille de l'àme. Les unes et les autres sont
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engendrées par la pensée^ qui se rattache à rintelligence suprême (i).
Enchaînés par l'inexorable destin, qui d'ailleurs est la conséquence des actions des créatures, les êtres roulent perpétuellement dans Tunivers visible (sansara), composé de trois mondes superposés Tun k l'autre.
L'espèce humaine doit s'efforcer d'arriver à l'absolue immatérialité {nirvana) par les moyens qu'a indiqués Bouddha. Ce dieu de temps en temps fait des apparitions sur la terre, et sa mission accomplie il retourne à l'existence vraie {stmja)^ opposée à l'existence apparente d'ici-bas; sur la terre, il est représenté par une de ses émanations. La dernière apparition est Sakhya-Mouni. Puisque la matière en s'unissant i l'esprit le corrompt, tous les efforts doivent tendre à l'affranchir du pouvoir des sens; pour vaincre les génies inférieurs, les démons faméliques et les diables, il faut toute l'énergie d'une volonté tenace.
Cette doctrine reposait donc sur une opinion admise comme un fait, et sur une espérance présentée comme une certitude. La première était que l'homme et tout ce qui l'environne tournent dans le cercle étemel de la transmigration, occupant selon leur mérite des degrés différents sur l'échelle des êtres. L'espérance était d'échapper à la transmigration par l'anéantissement (nirvana)^ auquel on arrive au moyen d'une connaissance illimitée des lois physiques et morales, de la pratique des six vertus transcendantes, qui sont l'aumône, la morale, la science, la constance, la patience et la charité.
La métaphysique bouddhiste^ création successive des temps, se fonde sur deux principes qui se trouvent déjà dans les prédications de Bouddha, c'est-à-dire que « aucun phéno-
(i) Voici cette généalogie :
XNTBLUOBNCB 8UPR&MB.
Pensée.
Ame.
Matière.
Vertu.
Péché.
Dieux. Hommes. Génies
Animaui. Démont ùiméliqaes. Diable.
LB BOUDDHISME
mène n'a de substance propre », et que « toute obose conçue et composée est périssable »^ Uunivers ainsi réduit h une pure illusion {majn), Bouddha fonda sur ce vaste abîme un gigantesque système de cosmogonie, établissant une infinité de degrés dans Téchelle de Texistence, depuis Tètre pur, sans forme, ni qualité, ni nom, jusqu'à ses plus infimes émanations.
Notre globe est divisé en quatre grandes îles ou montagnes coimogoni*. situées aux quatre points cardinaux, à Tentour du Mérou; il est environné de sept montagnes d'or et de sept mers parfùmées, et autour de lui circulent les autres mondes et le soleil. Cette planète (le Soleil), habitée par un adorateur de Bouddha, que ses mérites y ont appelé, est de forme cubique : cinq tourbillons de vent Tentraînent sans jamais s'arrêter autour des quatre continents; un le soutient pour l'empêcher de tomber, un autre l'arrête, un troisième le reconduit, un quatrième le tire, un cinquième le pousse, ce qui produit la rotation.
A moitié de la hauteur du Hérou commencent les sept deux des désirs, dont les habitants, supérieurs à l'homme, sont néanmoins sujets à se multiplier par le moyen de la volupté, mais volupté d'un regard, d'un sourire. A mesure qu'on y monte, on se purifie tout entier : au quatrième degré, les sens n'ont plus de puissance ; au cinquième, les plaisirs sensuels sont convertis en joies de l'intelligence, bien que subsiste encore l'amour du plaisir, désormais pur de tout alliage terrestre.
Au-dessus du monde des désirs est le monde des formes, dont les habitants n'aspirent déjà plus au plaisir, quoique soumis pourtant aux conditions de l'existence matérielle, la forme et la couleur. Dans le monde des formes, on distingue dix-huit étages l'un sur l'autre, croissant toujours en perfection morale et intellectuelle, acquise par les quatre degrés de la contemplation.
Tel est le monde de l'homme, ou monde de la patience, qui toutefois n'est qu'un point infinitésimal dans le déluge de mondes accumulés par l'imagination des Hindous. Gomme Farithmétique ordinaire ne suffisait pas pour les mesurer, il fallut en trouver une spéciale, dans la sublimité de laquelle Bouddha seul pénétra. Il la met en usage quand il veut donner une idée de sa nature inépuisable et illimitée , des purs mérites des bouddhas oiu saints, des périodes d'existence des
DBUXltel ÉPOQUE.
bouddhistanas, ou intelligences modifiées , de Tocéan de Tœux faits par eux tous pour la félicité des mortels, et de l'encbainement des lois qui constituent le développement infini des mondes. Le premier de ces dix grands nombres est Vasankya (c'est-à-dire innombrable), composé de 100 quatrillions multipliés par eux-mêmes. Le carré de cet asankya produit le second nombre, c'est-à-dire Tunité suivie de 68 zéros, et Ton continue ainsi en prenant toujours le carré, jusqu'au dixième, appelé indiciblemmt indicible; il faudrait pour l'exprimer faire suivre de 4,456,448 zéros : tant l'imagination s'est fatiguée pour approcher de l'idée de l'infini 1
Mais quel devait être le monde construit à l'aide d'une pareille arithmétique? En voici une esquisse :
Nous avons dit de combien d'étages, tous habités par des êtres innombrables, était constitué le monde de l'homme. Il faut, selon les bouddhistes, jusqu'à 1,000 millions de pareils mondes pour former un univers ; 100 quintillions de ces univers forment un étage, et 20 de ces étages un groupe de mondes. Le plus bas de tous s'appuie sur une fleur de lotos : symbole effrayant de la science bouddhique, qui a pour base le néant. Cette fleur n'est pas seule; les bouddhistes en comptent par myriades de myriades, dont chacune est le point d'appui d'un système d'univers non moins compliqué ; puis ce lotos flotte sur une mer parfumée, faisant partie d'une terre appartenant à un autre système encore plus incommensurable.
Ce qui arrive de l'espace, appliquez-le au temps. U est divisé en calpas, et chaque calpa en quatre époques , comme nous l'avons vu dans les autres philosophies indiennes. Dans la première, le monde se façonne, se coordonne et les êtres habitent la région des formes ; mais, à mesure que le temps avance, la vertu de Bouddha diminue dans ses manifestations, et les êtres descendent dans le monde des désirs. Là, dès qu'ils ont goûté d'une source douce comme le miel et le lait, se développe en eux la sensibilité; très faible d'abord» elle s'irrite lorsque, s'étant nourris de mets plus grossiers, ils se trouvent doués de sexes différents, qui amènent en eux des dispositions violentes et passionnées dont l'efiTervescence les plonge dans l'esclavage des sens. La décadence est ici suspendue, pour reprendre après un court intervalle. Oun^ gans, incendies, cataclysmes, annoncent la destruction de l'univers; le déluge ga^n^^e un étage, puis l'autre, jusqu'à ce
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que, les mœnrs allant toujours se corrompant dayantage, un immense incendie consume en sept jours toutes les conditions perverses, c'est-à-dire les animaux, les hommes, les mauvais génies. Le vide prend la place qu*occupait le monde; plus de jour ni de soleil, mais des ténèbres universelles.
Les habitants des étages supérieurs , à Tabri de ces catastrophes, vivent beaucoup plus que la durée d*un calpa ; il y a même un de ces étages dans lequel la vie égale 80,000 calpas.
A différents degrés de cette série de siècles et de mondes apparaiisent les Bouddhas, manifestations spéciales de la substance absolue dont toute chose émane, et qui, au terme de chaque âge, viennent présider à celui qui commence, rétablir les doctrines et remettre les hommes dans le droit chemin.
La morale bouddhique a un tout autre mérite ; elle a con- Moni«
At Bouddl
servé et proclamé les doctrines primitives d'un seul Dieu et de régalité des hommes devant lui. Les cinq commandements principaux sont : « Ne tue aucun être vivant, depuis « rinsecte jusqu'à Thomme ; ne dérobe pas ; ne commets pas « l'adultère ; ne mens pas ; ne bois pas de vin ni d'autres liu queurs enivrantes. » Les dix péchés capitaux sont divisés en trois catégories : dans la première, Thomicide, le vol, l'adultère; dans la seconde, le mensonge, la rixe, la haine, les paroles oiseuses; dans la troisième, le désir immodéré, l'envie, l'idolâtrie. L'empire sur les sens, Thumilité, la mortification, la charité, sont prèchés avec des accents si tendres et si pénétrants que parfois on croirait entendre l'Évangile.
Bouddha recommande chaudement l'aumône : « Si ces ex êtres, ou moines, connaissaient le fruit de l'aumône comme « moi, fbssent-Hs réduits au plus strict nécessaire, à la der- « nière bouchée de pain, ils ne la mangeraient pas sans en <x avoir donné quelque chose. Et s'ils rencontraient une per- « sonne digne de leur aumône, la pensée d'amour-propre ne « resterait pas dans leur esprit, si elle avait pu y naître. Mais, « parce que ces êtres, ou moines, ne connaissent pas le fruit « des aumônes comme moi, ils mangent avec un sentiment u tout personnel, et l'amour-propre né dans leur esprit y « reste pour l'offusquer. Pourquoi cela? »
Et là, comme il le fait souvent, passant du précepte à la légende, il raconte longuement ce que nous allons abréger. Kana Kavarna, prince très juste, régnait sur un payslopulent, lorsqu'une étoile fbneste annonça que le dieu Indra re-
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fùserait la plaie pendant douze ans; il fit donc de grands approvisionnements de riz et d'autres aliments. Pendant onze ans» le peuple vécut des rations qu'il faisait distribuer; mais la douzième année, il ne lui restait plus rien, et beaucoup périrent de faim. Le roi lui-même n'avait plus qu'une ration de nourriture. Un Pratyéka Bouddha (i), voulant mettre à l'épreuve sa pitié, prit le vol, s'abattit sur la terrasse où le roi se trouvait, entouré de ses 5,000 conseillers, et lui demanda l'aumône. Kana Kavama se mit à déplorer son extrême misère; mais, plein de résignation, il fit verser son dernier aliment dans la coupe du mendiant. Aussitôt le Bouddha s'envole au milieu de la stupeur générale, et des prodiges se manifestent en faveur du pays. Des quatre points de l'horizon, des nuages s'élèvent, des vents froids purifient l'air, et de grandes pluies absorbent la poussière ; le jour môme, il tombe une pluie de mets de toutes espèces. La légende les énumère longuement, puis ajoute que le second jour il plut des grains, du beurre, de l'huile, du coton, des étoffés, de l'or, de l'argent, des émeraudes, des diamants. Sakhya- Mouni, qui le raconte, se donne lui-même comme témoin, puisqu'il était alors Kana Kavama, et conclut à la bonté de l'aumône et à la certitude que les œuvres ne périssent pas. En effet, un mendiant serait une rareté dans le pays où la religion de Bouddha est professée; près des couvents, la piété des fidèles a élevé des hôtelleries commodes, parfois belles, pour les étrangers et les voyageurs.
La solidarité des œuvres s'étend jusqu'aux générations fùtures ; à ce propos, racontons l'intéressante légende du Fils sauveur. Un jour Bouddha prêchait, et disait à ses disciples : — « Un fils qui aurait porté cent ans sur ses épaules sa proc( pre mère, ou qui, à force de fatigues, lui procurerait toute tes sortes de jouissances, n'aurait rien fait pour elle, qui « le nourrit de son propre lait et l'éleva avec sea propres « paroles; mais si un fils, initié dans la vraie foi, la commute nique à ses parents, il aura payé ce qu'il devait. » Alors, un des auditeurs, saisi par le remords, dit : ce Je n'ai rendu (c aucun service à ma mère; elle est morte, et dans un autre a univers elle souffre parce qu'elle n'a point possédé la vraie c< lumière. Hélas I puissé-je l'en retirer I » Il supplia Bouddha
(1) Bouddha individuel, qui, par ses propres efforts seuls, est arrivé à rintelligence suprême d*un Bouddha, mais qui ne peut opérer que son salut personnel.
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de lui venir en aide, et celui-ci, accueillant sa prière, le conduisit dans le monde des réprouvés, où était sa mère, redevenue jeune ; aussitôt qu'elle eut préparé le banquet de Taumône, elle s*assit, mais un peu bas, en face d*eux, et demanda rinstruction. Après Tavoir reçue, elle s'écria : « La M pure voie du ciel m*est ouverte; plus de péchés I Vous êtes « venu me visiter, grâce à mon fils, vous, à la vue duquel il « est difficile d'arriver môme après mille naissances; et moi « j'ai atteint l'autre rive de l'océan des souffrances. » Le fils se réjouissait de la consolation maternelle, et ils ne la quittèrent que lorsqu'elle eut reçu l'entière vérité et la vie de la foi.
La croyance à la transmigration, comme dans le brahmanisme, produit plus de sympathie pour les animaux que pour l'homme. Le panthéisme, d'ailleurs, fait consister le comble de la perfection dans l'anéantissement de toutes les facultés, absorbées dans la contemplation de Bouddha. De si 1>eaux commencements ont donné pour résultat ces étonnantes et pénibles mortifications des yoghis et des talapoins ; mais heureusement bien peu atteignent ces dernières limites. Le plus grand nombre s'arrêtent à la pratique des vertus ordinaires, c'est-à-dire des plus vraies, les vertus humaines et bienfaisantes.
On dit généralement que Bouddha fit la guerre aux castes, pour rétablir la primitive égalité des hommes. Rien ne prouve ce fait; il attaqua la caste sacerdotale, non comme la plus élevée et la plus puissante, mais comme institution religieuse, comme dépositaire et interprète d'une loi religieuse, opposée à la bonne loi qu'il avait annoncée. Voulant affiranchir l'homme de l'alternative nécessaire de la naissance et de la mort, il admet, du moins dans les premières prédications, les castes comme un fait stable, et comme conséquence de la vie antérieure. Il ouvrait donc à tous la voie du saluty réservée auparavant à quelques-uns, et, sous le nom de religieux, les rendait égaux; il voulait réunir les ascètes en un corps religieux.
En fait, les castes sont établies parmi les bouddhistes cingalais, les premiers qui reçurent cette religion; mais le sacerdoce, au lieu d'être le privilège d'une caste, fût confié à une assemblée de religieux célibataires, choisis dans toutes les classes. Les castes inférieures restèrent, comme d'abord, chargées des travaux déterminés par la naissance, et sous la protection des prêtres.
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Aatani les brahmanes devaient détester les bouddhistes, autant les inférieurs devaient les aimer, eux qui les élevaient au niveau du maître. Cette doctrine était facile pour tous, et la pratique se réduisait à la lecture et à la méditation. En outre, la conduite des ascètes bouddhistes attirait le respect parla régularité et la simplicité; ils n*étaient ni cupides, ni fastueux, ni hjrpocrites comme le paraissaient les brahmanes. La prédication avait d'autant plus d'efficacité, que le maître affirmait qu'il était devenu Bouddha lui-même par la force de la vertu, et qu'à ce titre il possédait une sagesse et une puissance surhumaines : sa doctrine ne devait pas périr avec lui, mais il viendrait un nouveau Bouddha, qu'il avait consacré lui-même dans le ciel avant de venir sur la terre.
Les conversions devinrent si nombreuses que les brahmanes, menacés dans leur essence, en fùrent effrayés; en effet, puisque les bouddhistes admettaient pour tous la possibilité de l'émancipation, l'originaire subordination aux castes disparaissait, et le sacerdoce ne s'acquérait plus par l'hérédité, mais par le mérite. Les brahmanes leur opposèrent donc toutes les ressources d'un pouvoir menacé ; un philosophe de l'école Mimansa, du nom.de KoumàrilarBatta, souleva contre eux tous les Indiens, publiant que, « depuis le pont de Rama jusqu'au pied de l'Himalaya neigeux, quiconque épargnerait les femmes et les enfants des bouddhistes tdi mis à mort
Dans cette lutte, dont les livres des bouddhistes nous offirent plusieurs vestiges, les sectaires puisèrent du courage pour étendre leurs doctrines. Dès le début, ils avaient respecté la division par castes, l'hérédité des professions et la défense des mariages hors celles-ci; maintenant ils déduisaient plus franchement les conséquences de l'égale capacité des hommes à s'élever.
La caste supprimée, le bouddhisme dut introduire une hiérarchie ; aussi y trouvons-nous, dès la plus haute antiquité, un patriarche, non seulement représentant de Bouddha sur la terre, mais Bouddha lui-même incamé successivement dans les différents patriarches. Ge n'est donc pas la doctrine seule, mais la divinité qui se transmet en eux, ce qui accroît outre mesure leur autorité. Tous peuvent aspirer au poste suprême, puisque, à la mort d'un patriarche, les chefs du clergé se réunissent pour choisir le nouveau dieu, qui porte ses croyances de pays en pays et les scelle quelquefois par le maHyre. Le premier patriarche qui succéda à Sakhya-
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Ifonni fat on brahmane, puis un Kchatria, ensuite un Vaïscia et un Soudra, afin que dès Torigine apparût Tégalité reli* gieuse.
Les bouddhistes diffèrent donc essentiellement des brahmanes en ce qu^ils croient que certains hommes peuTent par degrés devenir Dieu, tandis que les derniers font paraître Dieu sous la forme d*hommes ou d'animaux. Les brahmanes Toient dans tout Taction immédiate de Dieu, croient à la création de la matière et prêtent foi aux Védas et aux Pouranas; les bouddhistes, au contraire, rejettent ces livres, croient la matière éternelle, et Dieu dans un répos constant.
Bouddha, il est vrai , dut accepter le panthéon brahmanique, alors dominant; mais il fit jouer aux dieux des rôles subalternes; dans les légendes, ou ils n'apparaissent pas, ou ils sont subordonnés à la vertu des religieux , comme il devait arriver dans une religion qui proclame supérieure au culte la pratique des vertus morales , et lui attribue le pouvoir suprême de la sainteté. Les sacrifices et Tadoration du feu sont inconnus aux bouddhistes, qui vénèrent les reliques de leurs saints, tandis que les brahmanes tiennent pour impur ce qui reste de la mort.
Les prêtres bouddhistes, dits talapoins^ ne peuvent se marier qu'après avoir été relevés de la consécration; ils vivent réunis dans des couvents contigus aux temples, ne s'occupant pas des suffrages en faveur des morts, auxquels les brahmanes ajoutent tant d'importance. CSes communautés ont pour chef un Zara, et tous les Zaras sont soumis à un 2arad, qui, bien qu'il vive et s'habille comme les autres , obtient les suprêmes honneurs. U sort pieds nus , mendiant de porte en porte; mais les rues par lesquelles il passe sont ornées de tapis ; le peuple se prosterne pour implorer sa bénédiction, et les femmes s'enfùient comme indignes, par leur imperfection , de fixer les regards du saint. Le criminel qui touche un raan est mis en liberté. Lire , écrire, élever la jeunesse, et gagner ainsi le pain quotidien pour soi, pour les hospices et les pauvres, telle est l'occupation des talapoins (1).
Voici donc un étrange paradoxe : une religion de charité
(i) Des différente religioni qui te partagent le monde, o*e8t le boud« dhitme joint an brahmanisme qoi compte le plus d*adhérents; les plut récentes statistiques loi en donnaient 740 millions. Le christianisme, qui viei^t ^na^ite, en araît iOO, en j comprenant les protestants et les greos.
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et civilisatrice, qui n*a pas de Dieu, qui repose sur la simple parole d*un homme, lequel prêche le néant (nirvana).
Quatre sectes principales s*y rattachent. Les philosophes de la nature (svabavikas) nient Texistence du principe spirituel, et la libération finale est pour eux un repos étemel ou un vide absolu. Les théistes {aisvarikas) admettent un Dieu intelligent, unique pour quelques-uns , et pour d'autres premier terme d'une dualité dont le second est la matière coétemelle : les âmes créées par lui retournent dans son sein pour se soustraire à la fatalité de la transmigration. Les sectateurs de Taclion morale accompagnée de la conscience , et les sectateurs de Teffort, c'est-à-dire de l'action intellectuelle, mais celle-ci accompagnée de la conscience , fùrent enfantés par le désir de combattre le quiétisme des sectes antérieures, qui enlevait à Dieu l'activité, à l'homme la liberté; en somme, ce sont des moralistes et des spiritualistes qui succèdent à des naturalistes et à des théistes.
Après la mort de Sakhya-Mouni, les livres bouddhistes furent compilés par 500 ascètes ; cent dix ans après , 700 vénérables en firent une seconde rédaction ; trois cents ans plus tard, le fhictionnement du bouddhisme en dix-huit sectes donna lieu à une autre compilation des écritures canoniques. C'est ainsi que les livres anciens furent modifiés, et de nouveaux introduits.
8oB Ufioin. En quel temps naquit le bouddhisme? Quelques-uns le font remonter au seizième siècle avant J.-G, et le croient antérieur au brahmanisme et aux pouranas; après avoir fleuri sur le haut Indus, où il succomba dans la suite, il apparut de nouveau sur le haut Gange vers 550. Jones le place à l'an 1000, Ward à l'an 700, Erskine et Golebrooke à l'an 540.
Les bouddhistes du sud font mourir Sakhya-Mouni au septième siècle et ceux du nord au neuvième. Rémusat découvrit dans YEneychpédie japonaise une liste des trente-trois premiers patriarches bouddhistes , selon laquelle le premier aurait succédé à Sakhya-Mouni 950 ans avant J.-G. (i). L'examen
(i) Selon cette encyclopédie, le Bouddha historique naquit en 1020, et mourut en 950 ay. J.-C.
PaUas publia une chronologie mongole, qui place la naissance de Bouddha 1022 ans av. J.-C; diaprés les Chinois et les Japonais, il serait né en 1027. Aboulfaiel, ministre du Grand Mogol Akbar, dans le Ayin Àkbariy le fîEdt naître en 1366 ; le Baavad'Amrita, en 1299. Il est plus probable qu*il mourut en 543 av. J.-C.
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même de sa doctrine nous la fait croire plutôt une réforme qu'une institution primitive, une révolte de la raison contre le dogme; le nom de Bouddha représente, non un personnage, mais la secte. Son fondateur s'appelait, dans la péninsule au delà duGange> Sommona-Kodom, par corruption, sans doute, de Samana-Gotama, c'est-à-dire Gotama le saint, le parfait, d'où est dérivé le nom de Samanéens, déjà connu des compagnons d'Alexandre (i). Quelques-uns, s'étayant de la couleur noire des cheveux crépus, avec lesquels Bouddha est toujours représenté, le crurent venu d'Afrique ; mais Krichna et Vichnou sont rituellement noirs^ et leur vêtement est celui des solitaires bouddhistes et des djaïnas {ï).
Selon Bumouf, on ne saurait hésiter à le faire postérieur au brahmane Sakhya-Mouni; qu'il fait naître au septième siècle. Il est à regretter qu'il n'ait pas publié l'histoire des origines du bouddhisme, ni les traditions relatives à la vie humaine et divine du fondateur, trop nécessaires pour connaître le véritable caractère d'une telle doctrine. U est certain que cette doctrine a subi beaucoup de changements, qu'on déduit des livres, des sectes, des conciles.
Bumouf distinguerait l'histoire générale du bouddhisme en trois ftges. L'ancien, dans le nord, comprend, depuis Sakhya-Houni jusqu'au troisième concile; à partir de là commence le moyen, pendant lequel le bouddhisme se développe, à force de propagande, dans l'Inde et au dehors, expliqué par des commentaires, et divisé en systèmes différents plus on moins indépendants. Dans l'âge moderne, il se répand au milieu des peuples étrangers à l'Inde, revêtant un costume nouveau dans les nouveaux idiomes, et s'éloignant de sa forme originelle.
Les bouddhistes, vaincus dans l'Inde, mais doués d'une
(1) Les compagnons d*Alexandre surent distinguer parmi les doctrines dominantes dans llnde deux divisions capitales, celle des Brahmanes et celle des Samanéens. Us appelèrent les premiers Gymnosophistes, c'est-àdire sages nus, terme correspondant à celui de Digamharas, c'est-à-dire dépouillés de vêtements, nom que leur donnent les Indiens pour leur manière de vivre. Le mot Samanéen indiquait un empire absolu sur ses propres sentiments, ce que les moines indiens considèrent comme un point essentiel à la perfection de la vie. Ches les Tartares, les magiciens et les prêtres sont encore appelés Schamani,
(2) Lànolès soutient Torigine africaine de Bouddha; mais J. Davt, Aceount of interior of Ceylan, 4821, parait avoir donné gain de cause à Topinion contraire. Voy. aussi Klaproth, Leben des Buddha*
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vitalité tenace, se réfùgièrent dans TAsie inférieure» jusqu'à ce qu'ils établirent leur siège principal à Geylan. Le culte des démons dominait de temps immémorial dans cette lie; chantés dans les anciens poèmes du pajrs (i), ils continuèrent et continuent d*y être adorés, comme par suite d*une transaction, à côté du bouddhisme. Dès lors Geylan demeura tout à fait détachée de Tlnde; de cette lie, comme d*un second foyer, les bouddhistes s'étendirent dans toute Tlnde au delà du Gange, cbes les Birmans, dans le Pégou, à Siam et à Java.
Cent sept ans avant J.-G., leur vingt-deuxième patriarche voyagea jusqu'à Pergana, dans la petite Boukarie, à 400 lieues de distance de Tlnde. Dès Tan 390, les livres du bouddhisme avaient pénétré dans la Ghine et y avaient été traduits; mais ce ne fut qu'un siècle avant J.-G/que la religion y prit racine. Dans le cinquième siècle de notre ère, le vingt-huitième patriarche, nommé Bodhi Dhorma, porta avec lui dans Tempire du centre la religion dont il était le chef, et il mounit en 491. Les Ghinois l'appellent Ta-mo, nom qui le fit confondre par quelques-uns avec saint Thomas ou avec un Tho* mas, disciple de Hanès. U profita de sa position, qui le rapprochait de l'empereur régnant, pour persuader à tous les prosélytes qu'il était le chef naturel de leur religion, une incarnation légitime de leur Dieu.
A la même époque, la religion de BoudcUia pénétra dans les pays montagneux du Thibet, où elle se conserva longtemps grossière, ses sectateurs ne voulant ni retourner à Geylan pour y étudier les traditions plus pures, ni accepter les perfectionnements introduits par les Ghinois, mais elle y introduisit l'écriture et la civilisation.
Ge culte s'établit probablement au sixième siècle dans le Japon et la Gorée, tandis que du côté du nord et de l'occident il pénétrait parmi les nations tartares et gothiques.
La suprématie du patriarche résidant en Ghine n'était pas reconnue de tous; les Thibétains surtout la repoussaient, attendu qu'ils avaient puisé leur croyance à une autre source. Quand toutefois la Chine fut conquise parles Mongols, et que les descendants de Gengis-Khan étendirent leur puissance
(1) Le Comité de traductions orientales de Londres a publié un poàme oing^ais Yakhun Nattannawat qui décrit le système de démonologie de cette lie, ainsi que les pratiques d*un capua ou prêtre des démons (Londres, iSS9).
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da Japon à TÉgypte, de Java à la Silésie, le patriarche installé à la cour de si puissants monarques, enveloppé dans leur gloire, fut élevé au sang royal. Gomme le hasard voulut qu*il fût du Thibet, on lui assigna des domaines dans ce pays ; il prit le titre de lama, qui, dans cette langue, signifie prêtre, et, devenu prince temporel, il y constitua fortement la hiérarchie bouddhique et son autorité souveraine.
Dans rinde, le nom de Bouddha fut proscrit; on jeta même lin voile sur le Bouddha antique, incarnation de Vichnou. Le jour qui porte le nom de la planète à laquelle ce dieu préside fut considéré comme néfaste, et le petit nombre de sectaires qui restèrent dans le pays furent regardés comme hérétiques et mis au rang des djainas.
Revenons maintenant aux comparaisons. Les Grecs prétendent que leur langue est autochthone, et cette langue pourtant plus égale que semblable au sanscrit paraît en dériver; or tout le monde sait que la langue est le véhicule de tous les trésors de la pensée. La mythologie indienne est identique à celle de la Grèce, comme je Tai déjà démontré par quelques citations, mais surtout comme le prouvent le fond, la hiérarchie, les attributions caractéristiques des divers personnages. Dans Tlnde, la religion, comme la philosophie, a pour but la libération , et pour moyen la métem* psycose; telle est précisément la conception philosophique de Pythagore et de Platon. Cette identité de langue, de religion, de philosophie, serait-elle fortuite, et le résultat de l'identité de Tesprit humain ? Puis, lorsque nous lisons dans le Dharmasastra que, pour avoir négligé les sacrements et la fréquentation des brahmanes, quelques races des Kchatrias descendirent jusqu'au rang de Soudras (qui fùrent les Pondracas, les Odras, les Dravidas, les Kambodjas, les Yavanas, les Saeas, les Paradas, les Pahlavas, les Schiraths, les Daradas, les Kasas), il ne semblera point téméraire de conjecturer que ces races indiquent les Druides, les Ioniens, les Saces, les Pehlvis; dégradées dans leur patrie, elles en sortirent pour chercher ailleurs d'autres demeures, emportant les traditions dont nous trouvons près d'elles des vestiges irrécusables. Il est certain que les Gabires, au moyen des mystères religieux fondés à Samothrace, furent les premiers instituteurs des Grecs ; et le mot de C<Mre doit être sanscrit, puisque dans le vocabulaire Amhara Smha on trouve Cabi, génie docte, poète insigne, contemplateur, philosophe brillant. Il
DEUXièaiB ÉPOQUE.
existe encore dans llnde une secte de cabiristes, qui a des livres sacrés, dont] les principaux sont le Sadnam et le Moulpanei.