GENÈSE
lem et Lamech, qui fut père de Noé. L'existence de chacun d*eux était de plusieurs centaines d'années. Les descendants de Seth s'appelèrent fik de Dieu, parce qu'ils furent fidèles à sa loi; ceux de Caïn, fik des hommes. L'amour unit les fils de Dieu aux filles séduisantes des Gaînites, et la race qui en naquit, n'ayant foi que dans sa force, alla toujours se corrompant. Dieu s'en irrita, et envoya un déluge qui submergea tous les hommes, dont le nombre s'était beaucoup accru dans un temps où la vie était aussi longue. Noé seul échappa avec sa famille et les diverses espèces d'animaux sauvés avec lui, dans l'immense vaisseau qu'il avait préparé d'après l'ordre de Dieu.
Les seuls êtres vivants épargnés par la Providence flottèrent dans l'arche jusqu'à ce que, les eaux décroissant, elle s'arrêta sur une montagne de l'Arménie. Les animaux qui en sortirent se répandirent sur la terre et la repeuplèrent; les saisons se disposèrent comme elles sont aujourd'hui, l'ordre de la végétation se rétablit , et Dieu apaisé bénit les hommes en leur disant : « Croissez, multipliez et remplissez* la terre, et Pranim dominez sur les animaux de la terre, sur les oiseaux, sur les '"^p***poissons, qui deviendront votre pâture à l'égal des végétaux. Mais celui qui répandra le sang de l'homme, son sang sera répandu, parce que l'homme est fait à l'image de Dieu. »
Noé et ses trois fils, Sem, Gham et Japhet, nouveaux pères uipenioii. du genre humain, se mirent à cultiver et à peupler la terre. Noé donna ses soins à la vigne, et trouva le moyen d'en tirer le vin ; mais, faute de connaître la force de cette liqueur, il s'enivra. Gham l'en railla, et pour cela Noé maudit Ghanaan, fils de Gham, en disant qu'il demeurerait inférieur à ses frères.
S'étant multipliés avec une promptitude miraculeuse, les fils de Noé se virent contraints d'abandonner les plaines riantes delà Mésopotamie; mais, avant de se répandre dans le monde, ils voulurent laisser un monument de leurs forces réunies, en élevant une tour immense. Leur projet déplut au Seigneur, qui, descendu au milieu d'eux, fit naître la confusion des langues ; auparavant chacun d'eux parlait le même langage; mais, dès lors, ils ne s'entendirent plus entre eux, et leur ouvrage resta inachevé; alors, cherchant de nouvelles patries, les trois races se dispersèrent sur toute la terre, en conservant cette variété et cette ressemblance quç l'on rencontre d'ordinaire entre frères.
PREMIÈRE ÉPOQUE
Voilà à quoi se réduit le récit du plus antique des historiens, auquel, ne voulût-on pas tenir compte de l'inspiration divine, rendent témoignage les preuves puisées aux sources les plus différentes. Nous ne croyons pas devoir glisser sur cette première époque et laisser exclusivement à d'autres sciences le soin de l'éclaircir. On y retrouve les origines de toutes les institutions humaines; sur elle reposent et la fraternité universelle de l'espèce, et ses premières lois, et ses croyances communes ; les vertus et les vices que nous rencontrons dans une famille, nous allons les retrouver dans les nations.
La première question qui se présente est relative à l'antiquité du monde. Alors que le savoir s'arma contre Dieu, il fit appel à la plus ancienne des sciences et à la plus nouvelle (i)
(i) Pour laisser de côté tout ce qui est réve, et sans m*arréter aux Italiens Leonardi et Biringuccio, Agricola (Bauer) recueillit le premier, au seizième siècle, des observations sur la formation des substances minérales ; dans le môme temps, Bernard de Palissy, simple potier, s'occupait des mômes recherches. Fracastor avait déjà remarqué les coquilles fossiles, et les traces des végétaux des poissons et d'autres animaux que Ton voit souvent dans les minéraux, surtout sur le mont Boica, près de sa patrie; par leur gisement, il s'était aperçu qu'ils n'y avaient pas été ensevelis tous à la môme époque. Le peintre Scilla, dans la Vaijie Spéculation désabusée par les sens (1670), soutient que les coquilles répandues partout ne sont pas des jeux de la nature. Plus tard, Stenon avait prévu que ces pétrifications pourraient un jour servir à déterminer l'âge relatif des masses où elles sont enfermées. Vers la moitié du dernier siècle, Bergmann, dans sa Géographie physique, exposa plusieurs faits importants à l'égard des gisements des minéraux et des filons métalliques. Pallas, en attendant, explorait les contrées les plus reculées de la Russie, et des animaux appartenant à la zone torride sortirent de dessous les glaces de la Sibérie. Cependant ces observations n'avaient pas encore de but arrêté ; elles n'étaient pas assez systématiquement dirigées pour former une science. Werner, tirant parti de son séjour dans un pays où se trouvent les mines les plus anciennes (si toutefois la priorité n'appartient pas à celles de l'ile d'Elbe), enseigna la manière de reconnaître et de distinguer les formations successives des terrains par la composition et la structure des masses minérales, par les circonstances de leur gisement, et par l'ordre de leur superposition. Un si beau début fut imité. Saussure, par