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CHAPITRE II

ANTIQUITÉ DU KONDE.

ANTIQUITÉ DU MONDE

pour démentir le récit de Moïse; mais, interrogées avec une loyauté plus consciencieuse et de plus vastes connaissances, l'astronomie et la géologie déposèrent au contraire en sa faveur.

Que les six jours de la création ne doivent pas s^entendre Pauontoiogie de jours comme les nôtres, c'est une opinion qui s'accorde avec la théologie de môme qu'avec la raison. Notre jour peutil être compté là où jamais l'ombre n'alterne avec la lumière ? Peut-il être compté avant qu'il y ait des planètes pour le mesurer ? et parmi les hommes môme, l'habitant de Syène et celui des pôles n'entendraient-ils pas différemment le matin et le soir ? Il s'agit donc de six époques de la terre dont il n'est pas donné à l'homme de mesurer la durée, mais qui laissèrent des traces sur notre planète. La géologie, en déroulant les couches dont est enveloppée la terre, cet oignon symbolique des Égyptiens, contraignit les minéraux à fournir l'histoire de leur formation. Cuvier (dont nous n'acceptons qu'avec réserve le système zoologique et paléontologique et la théorie de la terre) , après avoir réuni tout ce qu'il put connaître en fait d'ossements fossiles, parvint h. conclure de leur étude que notre terre fut bouleversée à plusieurs reprises, la mer envahissant les lieux peuplés par les animaux et détruisant les espèces alors existantes ; il croit aussi que le dernier événement de cette nature coïncide précisément avec l'époque du déluge de Moïse (I). Au premier jour, la matière incandescente, obéissant aux lois de l'attraction mutuelle et

ses Toyagei sur les Alpes, Dolomiea, par ses études sur les producUonii YolcAniques et sur les roches magnétiques, Arduino, Marzari, Pino, Breifilak et tfrocchi, par leurs travaux sur Tltalie, le secondèrent dignement. Ce dernier, dans le discours qui précède sa Conchiologia fossile subapennim, a donné une si longue série d'auteurs italiens qui ont écrit sur les fossiles, qu'aucun autre pays ne peut en citer un plus grand nombre; on y trouve des noms fort connus, tels que Moro, Vallisnieri, Geaerelli. Mais c'est à Cuvier que revient la gloire d'avoir non seulement recueilli une grande quantité d'os fossiles, mais reconstruit avec ces fragments les êtres auxquels ils appartenaient, et formé une écheUe des différentes espèces d'animaux qui ont disparu de la terre. Après lui, Brongniart, Haûy, Buckland, Conybeare, Deshayes, Fénissac, de Fischer, Mantell, Goldfuss, Marcel de Serres, Élie de Beaumont, Lyell, etc., ont fait faire des pas gigantesques à la science.

(1) CiTTiBR, Discours sur les révolutions de la surface du globe et les changements qu^elles ont produits dans le règne animal; 6<> édition, Paris, 1830.

Buckland, Geohgy and Mineralogy considered with référence to natural Theology.

PREMIÈRE ÉPOQUE

aux forces centrifuge et centripète, se façonnait en un immense sphéroïde, où, pour former les roches de granit et de protogyne, s'aggloméraient le quartz, le feldspatii, l'amphibole, le talc, le mica, flottants sur la mer de feu d'où s'exhalaient des vapeurs épaisses et inaccessibles à la lumière. La structure de ces roches primitives est cristalline, telle qu'elle résulte de la fusion ignée. La matière, en se consolidant, se resserra et laissa des fentes à travers lesquelles jaillirent les métaux et les composés de silice, comme la topaze, l'améthyste et le cristal de roche ; mais, dans tous ces terrains, il n'y a pas trace d'animaux et de végétaux.

L'apparition de Teau sur la terre marqua le second jour. Dans cette eau, maintenue à une haute température par une atmosphère très pesante, se formèrent les roches de transition, c'est-à-dire celles où se rencontrent les caractères de la structure cristalline qui résulte de la fusion, et ceux du lent sédiment des eaux ; alors émergèrent les îles et les continents, qui se couvrirent de lichens, de mousses, d'algues, de / fougères immenses, tandis que dans les eaux nageaient les animaux fnvertébrés, polypes, madrépores, ammonites, et la riche famille des trilobites. Les débris de ces gigantesques végétations formèrent les couches de charbon fossile des terrains de transition. L'atmosphère très dense dépose diverses substances à l'état de vapeur, et, devenue translucide, laisse passer le rayon solaire. L'eau perd de sa chaleur, et dépose des substances salines qui augmentent le volume des terrains. Privés de l'atmosphère dense, humide et ténébreuse, les animaux primitifs périssent; sur les terrains secondaires de schiste, de grès gris, de sel marin, de craie blanche, apparaissent, à la troisième époque, les animaux vertébrés, en commençant par les sauroîdiens, les lépidoïdiens, les squales et autres reptiles et poissons, mais sans aucun mammifère. La terre se pare d'une végétation luxuriante, fougères arborescentes, calamités immenses, comme aujourd'hui sous les tropiques, mais sans aucune dicotylédone.

Le quatrième jour, rampent les énormes reptiles aux formes monstrueuses , avec des membres étrangement assemblés, tels qu'ils excitent notre étonnement lorsque nous les extrayons du terrain secondaire, entre la formation du grès rouge et celle de la craie. Au cinquième jour, les poissons, les mammifères aquatiques et terrestres remplissent la mer, et couvrent la terre où végètent les palmiers, les amentacées

ANTIQUITÉ DU MONDE

et les dicotylédones. L'atmosphère devient plus pure, et les continents s'agrandissent par le soulèvement des montagnes et la submersion des vallées que la mer recouvre. L'eau, vaporisée par la chaleur du soleil, tombe en pluie sur la terre ; dès lors on distingue les sédiments d'eau douce, ceux d'eau salée, et les terrains tertiaires, tels que l'argile plastique, le grès blanc, la pierre meulière. Il pardt qu'à cette époque le globe fut bouleversé, peutrêtre par le choc d'une comète qui déplaça les pôles; après avoir envahi le continent, l'Océan creusa de profondes vallées, laissa d'immenses dépôts de cailloux roulés, transporta au loin d'énormes masses de montagnes et détruisit beaucoup de races d'animaux, dont les squelettes se trouvent dans des grottes en masses prodigieuses mêlées à des oiseaux. Les eaux, se réunissant de nouveau, formèrent d'autres bassins, et le terrain qu'elles mirent à découvert s'appela de transport ou d'alluvion; et place fut faite à la plus noble créature.

Plus les couches de notre globe sont anciennes, plus les animaux qu'elles renferment diffèrent des espèces actuelles. Dans les premiers temps de la consolidation, le globe avait pu conserver des crevasses à travers lesquelles s'échappait le feu interne ; aussi la chaleur d'alors dépendait moins de la position de la terre par rapport au soleil, et de la distance d*un lieu aux pôles, que des émanations gazeuses et des exhalaisons ignées de l'intérieur; dans les régions polaires, on put donc avoir des chaleurs intertropicales.

Gela explique comment on trouve dans les régions froides des dépôts propres à l'équateur; dans le charbon fossile, des troncs de palmiers mêlés à des conifères, à des fougères arborescentes, à des poissons aux écailles rhomboïdales osseuses; dans le calcaire du Jura, d'énormes squelettes de crocodiles et de plésiosaures ; dans le tripoli à polir et dans l'opale farineuse, beaucoup d'agglomérations d'infusoires siliceux ; dans les terrains de transport et dans quelques cavernes, des ossements d'éléphants, d'hyènes, de lions. Telles sont les grottes de la mer Douce à Palerme, de Neusatz, en Autriche, et celle du Torkshire, qui est remplie de squelettes d'hyènes du Gap et d'ossements de tigres, d'ours, d'éléphants, de rhinocéros.

Combien de temps, que de changements n'a-t-il pas fallu pour que la liberté s'établit dans les lieux où les hyènes erraient par troupeaux, arrachaient à la terre et amon-

PREMIÈRE ÉPOQUE

celaient les os des bêtes fauves qui maintenant ravagent rintérieur de l'Afrique I Telle est la première réflexion dont est frappé l'esprit de celui qui aborde l'histoire des fossiles.

Celui qui écrit l'histoire des hommes n'a pas à remonter au delà de leur création. D'ailleurs, quelle garantie peut donner la science, quand l'homme a pénétré si peu dans les entrailles et s'est élevé si peu au-dessus de cette planète, où il ne vit qu'un jour (1) ? Qu'il suffise donc de dire comment, à présent, se trouvent tout d'abord sur la surface de notre globe des bancs de fange et de sable argileux, mêlés de cailloux roulés de loin, et pleins d'ossements d'animaux terrestres, effrayants de forme et de volume, dont la race a péri ou vit sous de tout autres climats. Il faut bien distinguer ces bancs des sédiments ordinaires des fleuves et des torrents, qui ne contiennent que des débris d'animaux du pays, et peuvent être la preuve du dernier déluge (2).

Entre ce premier terrain et la craie s'alternent les produits d'eau douce et d'eau salée, qui indiquent l'irruption et la retraite alternative de la mer; ils sont renfermés dans la chaux, dans le plâtre, la lignite et semblables substances ; suit l'argile, formation immense en profondeur et en étendue, qui dut être déposée par une mer plus tranquille. Elle sépare les terrains appelés tertiaires des secondaires (3), qui sont le grès, les schistes calcaires et leurs pareils, mélangés aux ammonites, aux coquilles |et à quelques débris de végétaux. On arrive enfin aux marbres, aux schistes primitifs, aux gneiss et aux granits.

Au milieu de tant de débris d'animaux découverts dans les diverses couches, on n'en trouva aucun de l'homme, sauf dans les plus récentes ; pas même une arme, uu arc, un instrument quelconque indiquant sa présence. Ce qui conduisit Cuvier à conclure avec Deluc et Dolomieu, « que s'il est une chose bien avérée en géologie, c'est que la superficie du globe fut bouleversée par une grande et soudaine révolution, dont

(1) Quand notre globe a 1,719 milles de diamètre, c'est à peine si nous sommes, dans quelques endroits, descendus à la profondeur d*ua demi-mille. Pour la hauteur, Boussingault et Hall, en 1831, parvenaient sur le Chimborazo,à 1,580 mètres; Andreoli et Brioschi, à 2,175 dans le ballon qui s'éleva à Padoue, le 24 août 1808; la sonde du Challenger est descendue, en 1872, à 5,440 mètres près des Açores.

(2) Cela résulte des observations de Buckland : Reliquise diluviarue (Londres, 1823).

(3) Dénominations que la science doit abandonner comme trop systématiques.

ANTIQUITÉ DU MONDE

la date ne peut guère remonter au delà de cinq ou six mille ans; qu'elle submergea le pays habité d'abord par les hommes et les espèces d'animaux les plus connues aujourd'hui, mit à sec le fond de ce qui était mer, et en forma le pays habité aujourd'hui ; qu'après une telle révolution, un petit nombre d'individus, qui lui étaient échappés, se dispersèrent et se propagèrent sur les terres laissées à sec ; et que, depuis ce temps seulement, nos sociétés commencèrent une marche progressive, firent des établissements, élevèrent des édifices, recueillirent les faits naturels, et combinèrent des systèmes scientifiques. »

Une telle autorité est faite pour tranquilliser toutes les intelligences, et nous pourrions y ajouter Newton, Pascal, et autres grands noms, tous d'accord entre eux pour soutenir la concordance de la nature avec les traditions bibliques (!)•

D'autres furent d'un avis tout opposé, et tirèrent des cou- oi^jection». séquences contraires au récit de Moïse. Et d'abord, ils firent contemporaines la création de l'homme et celle des animaux. Calculant alors combien de temps il fallait pour accumuler les immenses bancs de coquilles et les pétrifier au sein des rochers les plus durs, ils affirmèrent que l'homme devait remonter bien plus haut que quelques milliers d'années. Nous avons déjà répondu à ceux-là.

(1) Dêpuis 1850, on a constaté rezistence d^ossements humains fossiles, qjai proaveraient que la création de Thomme a précédé la dernière confignratton de la surface terrestre. Dans les Antiquités celtiquet et antédUuvienneSf Boucher de Perthes est le premier qui ait signalé ce fait, dont Oosse et Lartet ont trouvé la preuve dans le terrain de Paris. Morlot {Études géologieoHirchéologiquet; Lausanne, 1860) a recueilli divers débris de populations antérieures au dernier cataclysme, débris dont beaucoup sont déposés dans les musées de Copenhague; on en a exhumé également dans la Suisse, et deux squelettes bien conservés en i 872, près de Menton, dans la Rivière de Gênes. Ces débris se trouvent donc dans des terrains d*âges géologiques, et révèlent la main de Fhomme; ce sont des animaux mangés, des coquilles dont Tanimal a été mangé, des os ouvragés tantôt avec une pierre, tantôt avec du cuivre, tantôt avec du fer, ou rongés par des chiens à Tétat domestique ; des morceaux de charbon, restas de feux de foyer; de curieux débris de maisons construites au milieu de lacs, comme en offrant ceux de Brienne, de Neuchàtel, de Mercurago.' De très anciennes tourbières ont encore fourni des os et du bois travaillés par la main de lliomme.

Le Compte retidu de f Académie des sciences^ août 1859, marque la dernière limite où sont parvenues les études sur Tunité des races. Voir De fhomme antédiluvien et de ses œuvres, par M. Boucher de Perthes; Paris, 1860.

HIST. ONIV. — T. I. 7

PREMIÈRE ÉPOOUE.

Tadini, considérant la progression dans laquelle la mer se retire, retraite qu*on peut évaluer à 1 mètre en 3,000 ans, et trouvant des vestiges marins sur les cimes les plus élevées, supposa autant de trentaines de siècles nécessaires pour que la mer en descendit, qu'elles avaient de mètres d'élévation au-dessus de son niveau. Étrange légèreté d'observation et de raisonnement I Si la mer se retira si pacifiquement, comment expliquez-vous ces amas de coquilles et d'autres matières, roulés, poussés à force, et souvent fracassés au milieu des roches solides ? Comment expliquez-vous ces autres bancs immenses de coquilles dont les plus fines et les plus délicates se sont conservées aussi intactes que si l'on venait de les pêcher ? Gomment les granits sont-ils superposés à la craie et non pas aux puddings ? Comment les énormes blocs erratiques furent-ils soulevés jusque sur les plus hautes cimes, et à de si énormes distances des roches de môme nature ? D'où viennent les gisements bizarres des couches si diversement inclinées, quelques-unes horizontales, quelquesunes môme ondoyantes (1) ?

A toutes ces questions répond, selon nous victorieusement, la théorie trouvée ou éclaircie par Élie de Beaumont (3)^ d'après laquelle les montagnes ne sont pas la partie la plus ancienne, et, comme on le disait, la charpente du monde; elles ne se formèrent ni par l'éboulement des terres, ni par le sédiment des eaux; mais elles furent poussées en haut sous la pression d'une force intérieure. Ainsi donc, sous récorce de notre globe, à une profondeur qui n'est pas peutôtre de plus de 25, 000 mètres, il existe un vaste foyer, constamment embrasé, cause des tremblements de terre, des volcans et des soulèvements (3). L'élasticité de cette écorce

(1) L^eiplication la plus ingénieuse de ce phénomène avait été donnée par Greenough, en supposant que ces couches s^étaient formées sur place de la même manière que des incrustations se forment dans Tintérieur d'un rase en y faisant bouillir de Teau plâtreuse ; mais si^ dans ces mêmes couches, on trouve des cailloux et des coquilles^ comment croire qu'ils étaient là suspendus pour attendre les incrustations 1

(2) Kircher, Playfair, Breislak, avaient déjà deviné que les montagnes s'étaient formées par des soulèvements; Moro était même plus explicite qu'eux ; mais Élie de Beaumont a réduit cette conjecture en système oom* plet, ainsi qu'on peut le voir dans les Annales des Sciences naturelléSj septembre 1828 et suite.

(3) CoRDiBR, Essai sur la température de l'intérieur de la terre. Académie des sciences, juiUet i827« Marcel de Serres, dans des cavemet

ANTIQUITÉ DU MONDE

la soumet à une ondulation, de manière que les marées se produisent non seulement sur les eaux, mais encore sur la masse terrestre; si elles sont maintenant presque insensibles, il fut un temps où elles devaient avoir un flux et un reflux de 5 ou 6 mètres. Cette doctrine, en même temps qu'elle démontre combien sont simples les moyens par lesquels le Créateur maintient Tordre universel, donne de la formation des terrains une raison bien plus satisfaisante que les systèmes neptuniens si vantés, avec lesquels il fallait supposer que 50,000 kilomètres de matières terreuses et métalliques eussent été, à une époque quelconque, dissous dans 1 kilo^ mètre d'eau.

A mesure que la croûte primitive se refroidissait, il se formait de larges crevasses qui étaient envahies par l'atmosphère et ses lourdes vapeurs ; celles-ci se mêlèrent à la masse ignée de l'intérieur, et se convertirent en gaz qui, se dilatant avec une force immense, fendirent les roches en divers sens. C'est pour cela que, dans les terrains primitifs, au cœur des montagnes primitives, on trouve des masses verticales, renversées, inclinées, projetées dans un désordre horrible. Lorsque l'eau parut sur la terre, elle pénétra dans l'intérieur où les matières en fusion bouillonnaient; ces matières jaillirent pour s'arrondir en dôme comme les montagnes trachytiques, ou former des pentes rapides comme les Alpes, ou couvrir les plaines comme une éruption volcanique. Or, comme les terrains de sédiment, au lieu de s'unir par des gradations insensibles, se détachent brusquement selon les révolutions du globe, il a été possible d'en déduire l'âge des montagnes.

Parmi les couches, quelques-unes sont perpendiculaires, d'autres non ; les inclinées sont reco^^vertes d'autres couches horizontales plus modernes, c'est-à-dire formées après le soulèvement de la montagne. C'est donc d'après le nombre des couches droites que l'on juge de l'âge des montagnes.

découvertes près de Montpellierf a obserté qu*au delà de la profondeur de 30 mètres, où le soleil n'a plus aucune influence, la température augmente dans la proportion d'un degré par 30 mètres. Si la progression continuait, Teau devrait bouillir à 3,000 mètres; le soufre, se liquéfier à 3,500; le plomb, à 8,000; le fer, à 35,000. Le creusement du puits artésien de Grenelle, à t'aris, a fourni un nouveau moyen pour suivre pas à pas la progression de la chaleur souterraine. Et cependant il en est encore qui nient Tetistence de la chaleur centrale.

PREMIÈRE ÉPOQUE

Celles dont le soulèvement s'est effectué dans le même temps, paraissent disposées dans une direction parallèle à un cercle de la sphère ; ainsi^ par leur direction et les lignes discordantes dans les couches, on pourra savoir quelles sont les montagnes contemporaines et celles qui ne le sont pas.

Lorsqu'une montagne sortit du sein de la terre, elle entraîna avec elle le terrain stratifié qui la recouvrait ; ce terrain resta donc en pente, tandis que celui qui se stratifia postérieurement prit une position horizontale. Dans les montagnes de Saxe, de la côte d'Or en Bourgogne, et sur le mont Pilât dans le Forez, les trois espèces de terrains supérieurs sont horizontales; le grès oolithique est seul relevé, d'où l'on conclut qu'elles sont très anciennes. Dans les Pyrérénées et les Apennins, les deux couches inférieures sont droites, et les deux supérieures, horizontales ; ces montagnes, comme celles de la Dalmatie, de la Croatie et les Karpathes, sont, par conséquent, moins anciennes. Les trois lits inférieurs des Alpes occidentales sont relevés; celui d'alluvion est seul horizontal. Le mont Blanc, le plus haut de TËurope, est plus jeune que les Pyrénées et les Apennins. Au Saint-Gothard, au Ventoux et dans les autres Alpes centrales, on voit relevées les quatre couches de terre ; on les croit du même âge que l'Atlas et THimalaya, mais les Cordillères paraissent plus récentes.

Les crevasses par où surgissent les montagnes sillonnent la terre en direction irrégulière ; si elles suivent une seule direction, le pays prend la forme d'une péninsule allongée, comme la Crète, l'Eubée, l'Italie; si elle constitue une cime isolée, l'Ile est sphérique, comme Ceylan. Lorsque la ligne de soulèvement forme plusieurs systèmes parallèles, les intervalles sont occupés par des lacs, des golfes, des vallées. Toutes les fois que deux systèmes de soulèvement ou plus se rencontrent, et qu'il en dérive des triangles ou des carrés, leur intérieur est rempli de terrains de transport.

L'expérience quotidienne confirme la théorie d'Élie de Beaumont; car, si les soulèvements ont diminué, ils n'ont pas cessé. Debath a démontré qu'en Suède le terrain s'élève régulièrement; Robert Stevensohn a vérifié que, depuis trois siècles, le fond de la mer du Nord et celui de la Manche se sont élevés tous deux (1); un nombre de voies romaines sur

(!) Voy. Stevbnsohn, ObservaHoM iuv le fond de la mer du Nord et de

ANTIQUITÉ DU MONDE

iOl

le littoral, d'Alexandrie à la Belgique, attestent que la Médi* terranée n*a pas changé de niveau, et cependant beaucoup d'édifices sur les bords sont couverts par les eaux. En Italie, le temple de Sérapis, près Pouzzoles, nous dit comment certaines plages peuvent s'élever et s'affaisser partiellement. Nous savons, de science historique, le temps où naquirent le mont Nétone dans l'Argolide, le Monte-Rosso en Sicile, et le Monte-Nuovo dans les champs Phlégréens de Naples. La nuit du S9 septembre 1759, près de Valladolid du Mexique, surgit le Jorullo, volcan haut de 171 mètres, entouré de vingt autres petits cratères. Dans les eaux de Santorin, dans le groupe de Lipari, dans les archipels des Açores, des Canaries, des Aleutiennes, on voit apparaître de nouvelles iles. En 1831, nous pûmes nous promener sur la petite île de Ferdinand, qui avait surgi, à la hauteur de 100 mètres, sur la# mer de Sicile, entre les côtes calcaires de Sciacca et la côte vulcanique de Pantelaria, et qui disparut peu après. En 177â, dans l'île de Java, on vit s'engloutir, pendant une épouvantable éruption, le volcan de Papadayang, assis sur une base très large, et qui s'élevait à une hauteur d'environ 333 mètres ; la terre en fut agitée à plusieurs milles de circonférence, et 3,000 personnes périrent (1). Dans l'éruption de 182â, la cime du Vésuve s'abaissa de 82 mètres.

En 1837, Lyell, président de la Société géologique de Londres, faisait connaître que, dans le comté de Lancastre, se trouvent des dépôts marins de coquilles récentes jusqu'à une hauteur de 166 mètres au-dessus du niveau de l'Océan (2); il

laManche; Fortis, Sur /e« côtes de la mer Adriatique; elles recherches de Kbillau, dans le Bulletin de la Société géologique^ t. Vil, 1837, où il démontre que la péninsule Scandinave s'accrott régulièrement du côté de Test.

(1) L'apparition des lies de Théra et de Thérasia {Santorin et AspronysVjy deux des Cyclades dans la mer Égée, est fixée par l'histoire à la 4* année de la cxxxv* olympiade; celle de lera surgit 130 ans après, et celle de Thia, dans la 4^ année de notre ère. En 727, le yolcan de Santorin s'étant rallumé, joignit Thia à lera, selon Théophane et Cédrénus ; cette île, en 1427, s'agrandit beaucoup. En 1573 surgit la petite Caménol, qui s'accrut ensuite en 1650, et plus encore en 1707. (Raspb, Spécimen historije naiuralisglobiterraquei, prxcipue de novis emari natis insulis.)Eïi 1636, parmi les lies Eoliennes et près de Saint-Michel, parut et disparut une île, qui surgit de nouveau en 1719 et 1812. Le 10 mai 1814, sur les côtes du Kamtchatka, on vit surgir, au milieu des éclats de la foudre, l'Ile Boyslaf.

(2) Bonpland et Humboldt ont trouvé des coquilles marines sur les Andes à 4,600 mètres d'élévation; elles y sont arrivées, non par l'effet de l'intumescence de l'Océan, mais par l'action d'agents volcaniques.

PREMIÈRE ÉPOQUE

déclarait que les derniers tremblements de terre avaient soulevé la côte du Chili, qui, môme sans eux, s'élève graduellement. La Scanie s'affaisse au contraire, à telles enseignes qu'une grosse pierre, marquée par Linné en 1749, se trouve, à rheure qu'il est, rapprochée de la mer de plus de 33 mè^ très; les côtes occidentales du Groenland s'abaissent également. Preuve en faveur de la théorie de Hutton, au sujet de l'élévation du fond des mers, produite par la chaleur centrale.

L'île de ^erre-Neuve s'élève de telle manière que, dans un avenir prochain, ses ports ne serviront plus. Et qui sait si ces exhaussements et abaissements ne sont pas l'effet d'une loi générale soumise à des lois fixes?

Maintenant, il reste à peine sur la terre quelques foyers d'où s'échappent, par intervalles, des matières ignées. Mais, lorsque l'écorce du globe, soumise d'ailleurs à de puissantes fluctuations, était moins consolidée, et que l'incandescence était plus rapprochée de la surface, on voyait ou des masses surgir de l'intérieur, ou des masses externes s'abtmer, mettant de nouveau la matière fondue en communication avec l'atmosphère ; les évaporations gazeuses, variant selon la profondeur d'où elles provenaient, ranimaient, pour ainsi dire, les développements successifs des formations plutoniques et métamorphiques*

On trouve une grande analogie entre la formation des roches granitiques qui composent les flots de lave sur les flancs des volcans en activité, et les masses internes de granit, de porphyre et de serpentin qui, sortis de la terre, ouvrent les bancs secondaires et les modifient par leur contact, soit en les endurcissant au moyen de la silice qu'ils y introduisent, soit en y produisant des cristaux de composition très différente.

Une argumentation'qui parut plus adroite et plus directement opposée à l'époque assignée à la création de l'homme, fut celle qui se prévalut des changements arrivés sur la surface de la terre depuis les temps de la tradition, et qui ne pouvaient s'être accomplis que dans le laps d'un grand nombre de siècles. Ceux qui raisonnèrent ainsi ne calculèrent pas assez les forces au moyen desquelles la nature opère encore de vastes changements. Sans tenir compte des foudres et des tremblements de terre qui, tout à coup, — Cuba et la Guadeloupe le savent, — changent l'aspect d'un pays, nous indiquerons quatre causes principales de mutations insignes et con-

ANTIQUITÉ D0 HOin>B.

tinoelles snr la superficie du globe : les pluies et les dégels qui, pour ainsi dire, déchament les montagnes et entraînent leurs dépouilles à leur pied ; les eaux courantes, qui emportent ces débris pour les déposer là où leur cours se ralentit; la mer, qui sape les hautes falaises, tandis qu'elle porte des montagnes de sable sur les rivages aplanis ; enfin les volcans, qui percent les couches solides du globe et répandent au loin leurs éruptions.

Les éboulements obstruent le cours des fleuves et les convertissent en lacs, effaçant des plaines cultivées et de populeuses cités. Que celui qui a vu les torrents se précipiter des montagnes, le Pô franchir ses digues, TOcéan dans la tourmente, dise quelle est la puissance des eaux; mais encore, sans cela, quand les fleuves, gros de limon et de débris, perdent leur rapidité en arrivant à la mer, ils y déposent un sédiment qu*on voit s'accroître de plus en plus et former des provinces entières qui, mises en culture, nourrissent des hommes là où nageaient les monstres marins (1).

Au contraire, la mer dans son flux apporte toujours de nouveaux amas de graviers vers les côtes basses ; à chaque reflux, il en reste à sec une portion que le vent de mer chasse plus avant à Fintérieur; de sorte que si l'homme néglige de les arrêter, ces dunes couvrent des champs, des contrées entières, et l'action de l'air, de l'humidité, du temps, les solidifie ainsi que les végétaux et les animaux qu'elles ont surpris dans leur invasion. Au^ endroits où la côte est escarpée, le flot, qui vient la battre, lamine au pied, et d'en haut s'écroulent d'énormes masses ; le mouvement des vagues les use, les brise, et produit une plage plus déprimée.

Ainsi les fleuves et les torrents entraînent au fond des lacs des matières qui peuvent même les combler, et la mer remplit de limon les ports et les baies.

L'œuvre de ces seuls agents altéra l'aspect de beaucoup de pays, môme depuis le dernier déluge, et l'on en voit des traces indubitables, qui suppléent ou confirment l'histoire et la tradition (2). Figurons-nous l'Europe au temps où les dé-

(1) On a calculé que le Gange apporte chaque jour à TOcéan un volume de matières égal à celui de la plus haute des pyramides de TÉgypte.

(2) Voyez, sur les changements de la superficie du globe, connus par rhistoire ou la tradition, et dus par conséquent à des causes qui agissent encore de nos jours, les faits recueillis avec tant d*érudition consciencieuse par M. de Hoes (Gœttingue, 1822-24, 2 toI. in-8o).

PREMIÈRE ÉPOQUE

troits des Dardanelles et de Gibraltar étaient des langues de rochers qui la rattachaient à TAsie et i TAfrique. Les mers intérieures, d'un niveau plus élevé, couvraient les terres basses; les plainc^s de la Laponîe, de la Russie, de la Sibérie, étaient submergées, et le Sahara était un golfe profond. Les gorges des montagnes n'étaient pas encore comblées par les terrains de transport; il y avait des lacs, des marais et des baies qui, changés par les alluvions, devinrent ensuite les riches vallées du Pô, du Rhin, de la Garonne, de la Seine, de FElbe, de TOder, du Danube. La mer Noire, postérieurement aux temps historiques, s'est mise en communication avec le Bosphore de Thrace et la mer Caspienne; celle-ci et le lac Aral communiquaient entre eux, et la mer du Nord s'avançait dans le continent jusque dans leur voisinage. Les sables salés^ si fréquents en Asie, en Afrique et dans l'Europe orientale, prouvent que la Méditerranée occupait un lit plus vaste, ou s'étendait ailleurs (1). Il est probable que les monts Ourais s'élevaient comme une grande ile (2), tandis qu'au contraire les îles de l'Océanie s'attachaient aux contrées méridionales de l'Asie qui, au nord, se reliait i l'Amérique. Les Grecs conservaient la mémoire d'un continent appelé Lettonia, qui occupait une grande partie de la mer Égée. La séparation violente des rocs de Galpé et d'Abyla, qui fit pénétrer la Méditerranée dans une terre où verdoyaient des plaines populeuses, est un événement symbolisé dans la fable d'Hercule. Pourquoi croirions-nous que la grande ile Atlantide disparue ne fut qu'un rêve des prêtres égyptiens? Quels motifs avaient-ils d'inventer un conte étranger au culte, i leur idée, à leur intérêt (3) ? Les traditions nous rappellent plusieurs déluges en Grèce, durant lesquels la Thessalie devait

(1) Voyez HuMBOLDT et Schubart.

(2) L^aÎTaisseiiient d'une si grande partie de TAsie, près les monts Ourals, est une des particularités les plus singulières observées par les géographes. La mer Caspienne et le lac d^Aral se trouvent, le premier, à 100 mètres au-dessous du niveau de TOcéan, et le second, à 62 mètres, selon Humboldt, qui évalue la superficie de cette vallée à 10,000 milles carrés allemands. Les provinces de Saratof sur le Volga, et d*Orembourg au pied de rOural, quoique si éloignées de la mer Caspienne, sont à peine au niveau de rOcéan.

(3) BoRY DE Saint- Vincent, dans son Essai sur les lies Fortunées, prétend que TAtlantide était composée par les îles Açores à son extrémité septentrionale, par celle de Madère et autres voisines à son extrémité orientale, par les îles Canaries au sud de Madère, et par celles du Cap- Vert à son extrémité méridionale.

ARTIQUITÉ DU MONDE.

offrir un Taste lac qui s*écoala par le Pénée ; la Béotie, au contraire, dut être inondée par les dégorgements du lac Gopal (i).

Si nous revenons à des souvenirs plus rapprochés, au temps d'Homère, on pouvait naviguer de 111e du Phare au lac Maréotis, qui avait 50 milles d*étendue; Strabon, qui vécut neuf siècles après le poète, ne lui en trouva plus que 20 ; depuis, les sables poussés par la mer et le vent formèrent la langue de terre sur laquelle fut bâtie Alexandrie, obstruèrent la bouche du Nil la plus voisine, et firent disparaître ce lac (2). Ce fut pour cela que les prêtres égyptiens dirent à Hérodote qu'ils regardaient leur pays comme un don du Nil (3), et que le Delta était de formation récente. Dans Homère, en efiet, il n'est pas fait mention de Memphis, mais seulement de Thèbes (4). Les principales bouches du Nil étaient la Pélusiaque et la Canbpique, et la plage s'étendait en ligne directe de Tune à l'autre, au temps où Ptolémée traçait sa géographie ; plus tard, le fleuve se jeta dans les bouches Bolbitine et Phatnitique, et la plage prit la forme d'un croissant. Rosette et Damiette, qui s'élevaient là sur la mer il y a mille ans, en sont distantes aujourd'hui de 8 kilomètres. Le sol des bords du Nil s'exhausse en môme temps qu'il se prolonge; ce qui fait que les monuments antiques gisent en grande partie sous terre.

Parmi les mille exemples que me fourniraient toutes les contrées, je choisis ceux qu'offrent les pays sur l'histoire desquels nous devons porter une attention plus spéciale. Les alluvions du Nil ébranlent l'antiquité indéfinie à laquelle prétendent les Égyptiens. M. de Girardin (5) démontre, en effet, que le terrain des pays niliaques s'élève de 26 millimètres par an ; or, celui sur lequel Thèbes est bâtie étant d'une profondeur de 6 mètres, elle ne peut aspirer à plus de quarantecinq siècles d'antiquité.

Ce qui est arrivé dans le Delta égyptien se réalise également pour celui du Rhône, dont les embouchures en dix- Ci) Déluge d*0gygè8.

(2) Voyez un mémoire de Dolomieu dans le Journal de Physique, t. XLII, p. 40. Selon lui, Télévation dans le Delta égyptien par les alluvions est de 66 centimètres tous les cent vingt ans.

(3) HÉRonoTB, Euterpe, i5.

(4) Kobseryation est d'Aristote, Uy. V, ch. 14, des Météores.

(5) Dissertation à T Académie des sciences, 1818.

huit cents ans se sont prolongées de 9 milles. Les plus belles cités de l'Éolide se voient couvertes par les atterrissements : Élée, Cumes, Pitane, percent à peine au-dessus des sables du Calque qui comblèrent le port de Pitane et le golfe en avant d*ÉIée; VHermus tardera peu à fermer le golfe de Smyrne; le Méandre a fait un lac de celui de Mitylène; celui d^Éphèse fût encombré par le Gaïstre (1). Que de changements en peu de siècles! Ainsi, les dunes du golfe de Gascogne enterrèrent beaucoup de villages mentionnés sur les cartes du moyen âge, et menacent d'en recouvrir d'autres, puisqu'elles n'avancent pas moins de 24 mètres par an ; de sorte que dans vingt siècles elles auront gagné Bordeaux Denon (3) énumère combien de villages et de cités en Égypte ont été envahis par les sables, depuis que l'inertie musulmane a cessé d'y porter remède ; tout ce qui s'étend entre la chaîne libyque et la mer en serait entièrement couvert, si le vice-roi Méhémet* Ali n'avait fait planter des arbres par milliers dans les vallées sablonneuses. Bassora, au contraire, n'aura pas à attendre longtemps les flots qui ajouteront au golfe Persique ses plaines si florissantes dans un temps de magnifique civilisation.

Mais pourquoi chercher si loin des exemples? N'avonsnous pas sous les yeux Venise conservant]à grand'peine ses lagunes? et Ra venue, éloignée de 3 milles de la mer sur laquelle elle était assise, et Adria, à 18 milles des flots auxquels elle a donné son nom? Il y a des géologues qui soutiennent que les monts Euganéens ont été des lies. Le Pô^ qui coule renfermé dans des digues, a élevé son lit au-dessus des toits des maisons de Ferrare (4) : menace terrible, comme celle des fleuves de Hollande, dont les eaux coulent jusqu'à 10 mètres au-dessus de la plaine. A partir de 1604^ le Pô a prolongé son lit dans la mer de 12,000 mètres, et l'on ne pourra mettre obstacle à ses ravages qu'en lui ouvrant de nouveaux canaux dans les terrains qu'il a déposés. Dans la campagne de Rome, la mer venait baigner les murs de Tarquinies ; elle en est aujourd'hui distante d'une lieue.

(1) Texier, Rapport au ministre de Vinstruction publique ^ 1837.

(2) Voir le mémoire de Brbmontibr sur la fixation des dunes.

(3) Description de VÈgypte,

(4) Pront, chargé, au temps du royaume dltalie, d'étudier les remèdes à apporter aux dévastations du Pô, examina le déplacement du rivage de TAdriatique à Tembouchure de ce fleuve.

ANTIQUITÉ BU MONDE

Trajan construisit à Temboucbure du Tibre un port qui est actuellement à 2,200 mètres du rivage^ et une tour élevée sur la mer par Alexandre VU en est à 554,

Yoiià une partie des changements apportés depuis les temps historiques par les seuls atterrissements et les bancs de sable. Qui dira, en outre, l'effet de 559 volcans toujours embrasés, et qui, selon le calcul de Lyell, ont, par an, vingt éruptions, le plus grand nombre dans des contrées où Tigno* rance néglige d*en conserver le souvenir (1)? En 1815,rilede de Sumbawa ressentit un tremblement de terre qui dura depois le 5 avril jusqu'à la fin de juillet ; la configuration du sol en fut changée dans une étendue de 10 milles anglais, au point que les navires se trouvèrent à sec là où ils avaient jeté Tancre, et que plusieurs mètres d*eau couvrirent une partie des terrains; les secousses se firent sentir jusqu'aux Moluques, à Sumatra et à Bornéo ; à Java, distante de 300 milles, les cendres produisirent une obscurité ténébreuse, et sur 7S,000 habitants, 120 survécurent à peine. Un hiver très rigoureux, une sécheresse persistante^ une irruption de la mer, une longue disette pourraient figurer à côté des héros les plus célèbres, puisque les ravages et les eirterminations sont la mesure des héros ; cependant il est convenu qu'on n'en tiendra pas compte dans les histoires rationnelles, parce que ces désastres n'ont pas ou ne manifestent pas l'enchaîne* ment de causes et d'effets qui seul peut donner de l'importance à l'histoire. Mais qui ne voit pas à quel bouleversement serait exposée notre espèce si la température ordinaire d'un pays s'altérait de 10 ou 15 degrés, si les vents périodiques changeaient leur direction habituelle, si une chaîne de montagnes s'élevait à travers les plaines du Rhin et du Danube? Or, qui peut affirmer que la terre ait accompli l'œuvre de sa constitution définitive, et que le refroidissement progressif de son écorce ait cessé d'être sensible? De combien de nouveaux désastres est naturellement menacée notre espèce?

La nature ne travaille pas seulement à détruire, mais elle forme encore de nouvelles roches et de nouvelles terres. Les dépôts continuels de travertin, à Rome et à Hobart-Town (Tasmanie) sont l'image, quoique faible, de la formation des

(4) Araoo, dans V Annuaire du Bureau des longitudes (1824), disait qu*il restait encore 163 Yoloans non éteints. Maintenant on en compte 22 en Europe, sans y comprendre Tlslande, 126 en Asie, 25 en Afrique, 204 en Amérique, et 282 dans TOcéanie.

PREMIÈRE ÉPOQUE

terrains fossilifères. Les mers aussi, sous des influences peu connues, au moyen de précipitations, d*atterrissements, de cimentations, produisent sur les côtes de Sicile, de Tile de TAscension, dans la lagune du roi Georges en Australie, de petits bancs calcaires, dont quelques parties ont acquis la dureté du marbre de Carrare. La mer et les tempêtes ont produit dans Tile de Lancerote, aux Canaries, une couche d'oolithes qui, malgré sa date récente, ressemble au calcaire du Jura. Certaines eaux, au moyen de Tacide carbonique dont elles sont saturées^ dissolvent les substances calcaires, puis les laissent se cristalliser en stalactites qui fournissent une digue aux terrains d'alluvion, formant ainsi des levées naturelles : phénomène lent ailleurs, mais très actif dans les mers équatoriales,où Ton dirait que, la civilisation n*y faisant que de naître, la nature n'a pas acquis encore le calme de nos climats. Des rameaux entrelacés de corail et d'autres zoophytes s'élancent de Tune à l'autre des montagnes sousmarines qui entourent les continents de l'Océanie, et forment des bancs ou des lies nouvelles. Autour de 111e de Peel, et dans tout l'espace qui s'étend du pied de la Nouvelle-Zélande au nord des iles Sandwich, s'amoncellent i vue d'œil de telles masses de polypes, qu'elles rendent ces eaux très dangereuses pour les gros vaisseaux. La mer, en s'y brisant, y dépose un sable calcaire qui en fait bientôt un terrain solide, où le vent et les oiseaux apportent des semences, et l'on voit des prés verdoyants où naguère roulaient les flots en fureur (1).

Dans l'océan Pacifique, on trouve des milliers d'îles madréporiques en apparence détachées, mais réellement réunies par des bas-fonds également madréporiques, de manière que les populations communiquent à gué à des distances qui dépassent 1,200 kilomètres. Tantôt elles sont en

(1) Darwin a publié, en 1843, un ouvrage important sur la formation des îles et des récifs par les coraux, dans lequel on peut suivre Tadmirable travail des polypes. Il y montre aussi que le fond des mers sous-tropicales s*affaisse ou s*est affaissé dans quelques endroits, tandis que dans d*autres il s^élève continuellement, ainsi que le prouvent les bancs de corail. Plusieurs de ceux-ci, dans les iles Sandwich, se trouvent fort au-dessus du niveau de la mer, quoiqu*ils niaient pu être formés que sous Teau. Les lies Philippines, Sumatra, Java, Tumba, Timor, Gilolo, Formose Loutchéou, s*éîèvent et s'étendent incessamment. Aussi se joindront-elles un jour d*un côté à la péninsule de Malacca, de Tautre aux côtes orientales de la Chine, et feront de cette mer une autre Méditerranée.

AlCnOUITÉ DU MONDE.

ligne droite, tantôt elles forment un cercle, si bien qu'elles donnent Tidée d*un plan et d'une combinaison régulière; ce qui provient de ce qu'elles reposent toujours sur les cimes de montagnes sous-marines ; or, ce long chapelet des Maldives et des Laquedives doit ôtre considéré comme un indice des cimes sous-marioes. Le travail des madrépores peut s'élever de 17 centimètres en un siècle; mais, arrivés à la surface de l'eau, ils s'arrêtent; aussi ces iles sont toutes basses, à moins que les forces élastiques souterraines ne les soulèvent, ou qu'elles ne soient exhaussées par la terre qui s'y forme et le sable qu'apporte la mer.

11 n'est pas besoin de dire quelle force productrice déploie la nature dans ces terrains nouveaux, tant à l'égard de la végétation vigoureuse dont ils se couvrent, que de la multiplication des animaux. Une de ces iles, où quelques naufragés anglais aboidèrent en 1589, fut trouvée, en 1667, par les Hollandais, peuplée' de 12,000 personnes descendues de qaatre mères seulement (1). Cent ans après la découverte du Mexique, on y voyait paître des troupeaux de 70 jusqu'à 100,000 tètes de bétail, bien que les brebis n'y eussent été portées que par les Espagnols (2) ; les bètes à cornes avaient multiplié dans la même proportion (3). En Europe aussi, nous pouvons voir combien la végétation se montre vivace et luxuriante sur les laves récentes. Que devait-ce donc ôtre au moment oùl'écorce denotre globe était réduite àson état présent?

Mais, puisque nous parlons des terrains phlégréens de l'Italie, nous dirons un mot d'une observation de l'Anglais Brydone. Il écrivit qu'en creusant près d'Aci-Reale en Sicile, on avait trouvé sept bancs de lave, alternés avec une couche épaisse d'humus; or, comme il faut 2,000 ans pour que celuici se superpose i la lave, il en concluait que cette montagne ne devait pas compter moins de cent quarante-neuf siècles (4).

Mais des savants d'une autre portée et d'une autre expérience prouvèrent d'abord qu'on ne peut, à aucune condi-

(1) BuLLET, Réponses critiques, etc. ; Besançon, 1819, t. III, p. 45.

(2) AcosTA, Historia naiuraly moral de las Indias; Barcelone, 1591, p.iSO.

(3) Lorsque le gouvernement anglais entreprit de coloniser Sydney, en Ausûtdie (1788), il y Ût transporter 1 étalon, 3 juments, 2 taureaux, 3 vaches et 29 moutons. Le 31 mars 1873, on avait constaté, dans cette province seulement (Nouvelle-Galles du Sud), Tezistence de 328,408 chevaux, de 2,287,660 bétes à cornes et de 17,560,048 moutons.

(4) Voyage en Sicile et à Malte; Londres, i773.

PREMIÈRE ÉPOQUE

tion, déterminer en combien de temps Thumus se forme sur les laves^ puisque Voû en voit quelques-unes de date ancienne entièrement nues, et que celle qui a été vomie par l'Etna en 1536 est aride et noire, tandis que celle de 1636 est couverte d*arbres et de vignes; puisque, enfin, des veines de bonne terre alternent avec les six couches de lave accumulées sur Herculanum, dont la destruction remonte à une époque bien connue de tous (1). Mais le fait lui-même s*évanouit quand Dolomieu constata qu'aucune couche végétale ne se trouvait interposée dans les laves d*Aci (S).

Sans remonter donc à des milliers de siècles, les causes que nous venons d'énumérer peuvent rendre raison des changements opérés sur la terre, môme depuis que Thomme y fut transporté (3); depuis qu*ont cessé les violentes agitations qui, à l'aube du grand jour de la création, bouleversaient la superficie de notre planète, comme elles le font aujourd'hui dans la Lune, et qui sont indiquées historiquement dans le déluge de Noé.

Les arguments ont fait aussi défaut à ceux qui citent certaines œuvres humaines comme étant d'une antiquité beaucoup plus haute que la tradition de Moïse. Si quelqu'un a soutenu que les mines de fer de l'île d'Elbe devaient avoir été exploitées depuis 40,000 ans au moins, d'autres (4) établissent sur de meilleurs fondements que 5,000 ans suffisaient pour les mettre dans l'état actuel, en supposant que les anciens en tirassent à peine un quart du métal qu'on en extrait aujourd'hui ; mais qui ne voit ce qu'il fallut de fer aux Romains pour vaincre et enchaîner le monde ?

Lors de l'expédition de Bonaparte en Égypte,le général Desaix, poursuivant l'armée en déroute de Mourad-Bey, aperçut d'abord un zodiaque sculpté en relief dans le temple de de Denderah (Tentyris). On en trouva un autre à Esneh (Latopolis), avec les mômes signes dont nous nous servons aujourd'hui, mais autrement distribués. L'analyse, tant vantée par les philosophes du dernier siècle, supposa que cette ordon-

(1) Smith, Mémoii^e sur la Sicile et ses lies; Londres, 1821. n avait été envoyé pour explorer ces pays par le gouvernement anglais. Hamilton, Transact, philos., t. LXI, p. 7.

(2) Mémoire Sur les îles Ponces; Paris, 1788, p. 471.

(3) Tulit ergo Dominus Deus hominem^ et posuit eunt in paradiso volup' tatis. Genèse, ii, 15.

(4) FoariA d'Urban, Histoire de la Chine avant le déluge d*Ogygès^ p. 33*

ANTIQUITÉ DU MONDE

lU

nance spéciale ne retraçait pas des combinaisons astrologiques ou une époque quelconque très éloignée, mais véritablement rétat du ciel au temps où furent élevés les édifices dans lesquels se trouvent ces planisphères ; état qui dépend de la précession des équinoxes, par laquelle les colures accomplissent le tour du zodiaque en 26,000 ans. Partant de cette supposition, Burkhardt démontra que le temple de Denderah comptait au moins 4,000 ans. Nouet' le fit remonter à 3,002 ans avant Jésus-Christ; JoUois et Devillers, qui y consacrèrent des études plus approfondies, le reportèrent à 2,610 ans; Latreille, à 2,250 ans avant notre ère. La division des deux zodiaques étant difTérente, celui d'Esneh devait avoir 3,000 ans de plus (1).

Enfin parut un savant qui s'appliqua à lire les inscriptions gravées sur ces monuments, à comparer les styles, et qui reconnut que le temple de Denderah avait été consacré à la santé de Tibère; sur leur très antique planisphère, on lut le titre i'Autocrator^ se rapportant probablement à Néron. A Bsneh, une colonne^ précisément du même style que le zodiaque, laissa lire la date de la dixième année du règne d'Antonin, c'est-à-dire de 147 après Jésus-Christ (2).

D'autres, déployant un appareil de savoir peu commun, et J^Jj^Jfqiîî. dès lors difficile à prendre en défaut, entreprirent de démontrer l'antiquité des hommes par les connaissances qu'ils possédèrent en diverses sciences, et principalement en astrono^ mie. Cette dernière branche des connaissances humaines requiert un état de société tranquille et de longues études, un long cours d'observations ; si donc nous la trouvons déjà avancée chez quelque nation, nous sommes en droit de conclure que cette nation remonte à une très grande antiquité.

Les Égyptiens avaient fait leur année de 365 jours précisément, et, bien qu'ils s'aperçussent qu'elle ne correspondait pas exactement à l'année solaire, ils voulurent la conserver par certains motifs de superstition (3) ; ayant besoin toutefois de connaître avec certitude la durée de l'année naturelle, afin

(1) Grobbrt, Description des Pyramides de Gysé, p. 117. — Volney, Heeherehes nouvelles sur Vhistoire ancienne, t. III, p« 328-336.

(2) ViscoNTi, dans la traduction d'Hérodote par Larcher, t. II, p. 570. — Tbbta, Sopra due zùdiaci noveliamente scoperti neW Égitto ; Rome, 1802, p. 34;

(3) Us sont énomérés par OEkmas, contemporain de Cicéron^ publiés par Halma, an bas du texte à la suite du Canon de Ptolémée, pi 43;

il2

PREMIÈRE ÉPOQUE

de déterminer exactement le solstice, à partir duquel commence la crue du Nil, ils cherchèrent quelque étoile qui correspondit avec le Soleil à cette époque, imitant en cela d*autres peuples anciens qui notèrent le lever et le coucher héliaque des astres.

L*apparition de Sirius, ou Sothis, comme ils le nommaient, brillante étoile qui devait attirer leurs regards, coïncidait, dans ce temps, à peu de chose près, avec le solstice. Supposant dès lors que la période de son lever héliaque avait la durée d'une année tropicale, et évaluant celle-ci à 365 jours et un quart, ils imaginèrent un cycle à la fin duquel Tannée tropicale et Tannée solaire recommençaient leur cours le môme jour. Ce cycle, d'après ces suppositions peu exactes, était de 1,461 années sacrées, et de 1,460 années de Sirius. Ils partirent donc d'une année civile dont le premier jour aurait été celui du lever héliaque de Sirius. Comme nous savons (1) que Tune de ces années sothiaques ou grandes années fut la 138^ après J.-C, nous calculons celles qui précédèrent 1322 et 2782 avant J.-G.

Pour peu qu*on ait quelque teinture d'astronomie, on sait que la précession des équinoxes dérange la correspondance entre Tannée tropicale et la sidérale, c'est-à-dire entre la position du Soleil et les étoiles de Técliptique ; que, de plus, Tannée héliaque d'une étoile diffère de la sidérale en raison de la latitude des lieux d'où elle est observée. Cependant, par un singulier concours de positions , sous le parallèle de la haute Egypte, durant plusieurs siècles. Tannée de Sirius fut presque exactement de 365 jours un quart; de telle sorte que son lever héliaque eut lieu le 20 juillet, tant en 1322 qu'en 138 après J.-C. On fit un grand mérite aux Égyptiens d'avoir découvert ce fait, en affirmant que, puisqu'il ne s'effectuait que tous les 1,460 ans, il avait fallu des centaines de siècles d'observations pour en acquérir la certitude.

Mais des astronomes célèbres attribuèrent à un pur hasard la détermination de durée de Tannée héliaque^ qui avait été identifiée par ignorance avec celle de Tannée tropicale (2).

(1) Cbnsorin, De die naiali, etc., XVIII, XIX.

Voy. loBLBR, Recherches hist, sur les observations astron, des anciens.

(2) NouBT BUT VoLNEY, RechercheSy t. III. — Dblambrb, Abrégé d^Astrth nomie, p. 217; et la note à la p. 3 de l'Histoire de tAstronomie au moyen âge, — Rapport sur le Mémoire de Paravbt sur la sphère, t. VIII des Nouvelles Annales des voyages.

ANTIQUITÉ DU MONDE

Eo effet, des observations plus scrupuleuses auraient démontré purement temporaire la coïncidence du lever de cet astre avec la crue du Nil , et on se serait appliqué à rechercher la période plus précise de la concordance de Tannée sacrée avec la tropicale^ période qui se serait trouvée, non de 1,461, mais de 1,508 années sacrées (1).

Qu'on nous pardonne d'insister sur ce point. Il est hien différent de dire que des peuples placés dans d'immenses plaines aient contemplé le ciel, admiré ses mouvements et enregistré des éclipses, ou de prétendre que celte multitude d'observations sans but, sans ensemble, sans précision, ait tendu à trouver les lois constantes du ciel, les rapports entre des phénomènes compliqués; car cela seul nécessite une étude longue et attentive, aidée du calcul et de la géométrie, d'instruments de physique, de mesures exactes du temps, enûn de tout le cortège d'une civilisation adulte. Ce premier pas a pu être fait par les Chaldéens, par les Égyptiens et par les Chinois ; mais la science progressive ne naquit que quand les Grecs surent l'arracher du sanctuaire. Lorsqu'on se rappelle que, parmi ceux-ci , Pythagore trouva les propriétés du carré de l'hypoténuse, et Thalès la mesure des angles et les lignes proportionnelles ; lorsqu'on a vu comment le grand Hipparque avança en tâtonnant dans ses découvertes, et comment Sosigène, élevé dans toute la science d'Alexandrie, ne put suggérer, pour amener à la précision voulue le calendrier julien, que la correction d'une année bissextile sur quatre années ordinaires, on ne croira pas tant au savoir des maîtres de tels disciples. Le fondement que fiailly (2) faisait sur les très longues éphémérides des Chaldéens et des Indiens ne résista pas à la critique, qui démontra leurs supputations rétrogrades et erronées. Les principaux traités d'astronomie indiens s'appellent siddhanta, c'e^t^à-dire vérité absolue; mais leurs auteurs mômes avouent qu'ils doivent beaucoup aux Grecs ; quelques passages de Yaraha Mihira, écrivain du cinquième siècle, qui furent publiés en 1827 dans les comptes rendus de la Société de Madras, prouvent que leur zodiaque est emprunté à la Grèce. Les tables indiennes de Tirlavour, dont Bailly faisait tant de cas^ ne durent pas

(1) La Place, Système du monde, 3« édit., p. 17. - Ànmiaire des longitudes de 1818.

(2) Histoire de PAstronomie. La comparer avec celle de Dslambrb, plus récente et plu8 exacte.

FREMIÈRB ÉPOQUE.

remonter au delà de 1281 après J.-C, et quelques-uns soutinrent que le Souria-Siddhanta, que les brahmines prétendent révélé depuis vingt millions d'années , n'avait pas huit siècles d'existence (1).

Les brahmines possèdent pourtant d'étonnantes formules pour calculer les éclipses, formules qu'on ne sait à quelle époque de leur histoire assigner. Les Chinois connurent la position précise des solstices ; la période luni-solaire fut très usitée chez des peuples de l'antiquité la plus reculée ; mais ils joignaient à ces connaissances remarquables des erreurs si grossières, des pratiques si matérielles, une telle ignorance des principes généraux (2), qu'ils ressemblaient au sauvage à qui l'on aurait appris à monter une pendule sans qu'il en connût les ressorts et le mécanisme. Ces connaissances écartent donc, d'un côté l'idée que l'homme ait eu à s'élever de la condition de la brute, puisque son enfance est remarquable par tant de savoir; d'autre part elles nous conduisent à supposer une immense lumière dispensée d'abord aux premiers humains , puis obscurcie plus ou moins par le aps des ans et par les erreurs qui s'y mêlèrent.

De ce souvenir d'un âge meilleur naquit peut-être chez l'homme, singulier mélange d'éphémère et d'éternel , cette disposition commune qui fait que, ne vivant qu'un jour, il cherche à rattacher son existence passagère à une longue série de temps et d'aïeux. De là ces milliers de siècles accumulés sur l'époque primitive par l'imagination orientale. S'il faut en croire les Chaldéens, ils conservaient les observations astronomiques de 700,010 ans, et comptaient avant le déluge dix générations de rois ayant duré cent vingt sari de 3,600 ans chacune. Les brahmines comptent 300 millions d'années, les Japonais 2,500,000, les Chinois quelque peu moins, les Perses 100,000 ans, les Égyptiens 34,000, les Phéniciens 30,000, les Étrusques 12,000.

Mais des savants fort recommandables (3) ont démontré

(1) La Place, Système du monde, p. 330. — Davis, Sur les calculs astronomiques des Indiens, Mémoires de Calcutta, t. II, p. 225; t. Vin, p. 195. — Bentley, Sur l'antiquité du Souria-Siddhanta, — Biot, Re* cherches sur Gastronomie égyptienne.

(2) Yoy. au présent ouvrage le livre II, chap. xix, où nous parlons de la science des plus anciens peuples.

(3) Legentil, Voyage dans les Indes, t. I, p. 235. — Bailly, Astr* indienne,p. 110, 112; et Hist. de Vastron. ancienne,^, 76. — Dupuis, Origine des cultes, t. III, p. 146.— Hbrmann, Mythologie der Griechen, t. II, p. 332.

ANTIQUITÉ DU MONDE

que ces chiffres représentaient des cycles astronomiques multiples de 13, 19, 52, 60, 72, 360, 1440, et d'autres périodes, au retour desquelles Timagination associa Tidée d'un renouTellement de la matière supposée indestructible, en attribuant à Tespace ce qui semble n'appartenir qu'au temps.

Pour en citer un exemple, Gallisthène, cité par Simplicius, limitait à 1,903 avant le siècle d'Alexandre le Grand le cours des observations astronomiques des Chaldéens ; Épigène, selon Livius, les portait à 720,000 ans. Maintenant, si au lieu de années on Ut jours, ce nombre se réduit à 1,971 années solaires ; il faut donc supposer qu'Épigène faisait son calcul 68 ans après Gallisthène. Le Syncelle donne une chronologie égyptienne de 36,525 ans, depuis le règne du Soleil jusqu'à celui de Nectanebo, 15 ans avant Alexandre le Grand. Or, une telle période n'est que celle du retour du point équinoxial au premier degré de la constellation d'Ariès. Des instruments exacts nous ont appris que celle-ci revient après 25,868 années; mais les Égyptiens divisaient le zodiaque en 365 degrés, et supposaient que l'équinoxe, rétrogradant d'un degré chaque siècle, accomplissait son entière révolution en 36,500. Comme leur année était, en outre, d'un quart de jour plus courte que la véritable année solaire, ils ajoutèrent à ce chiffre le quart de 36,500 jours, c'est-à-dire 25 ans, qui complétèrent les 36,525 indiqués pour l'âge du monde.

Les prétentions d'antiquité des Indiens sont réfutées par les recherches de la Société asiatique anglaise. La durée des quatre âges humains est indiquée par eux comme il suit :

Il est facile de s'apercevoir que le troisième âge est le double du quatrième, que leur somme égale le second, et que le premier est la somme du second et du quatrième. Le total divisé par 360 , nombre rond des jours de l'année vague, donne 12,000; c'est le nombre de la période persane et étrusque et^ de plus, l'élément de la période chaldaïque pour les dix patriarches antédiluviens (1).

(1) Prinsbp, Use fui tables forming m appendix to the Journal of th9

Age d'or.

d'argent. .

de bronze d'argile. .

PBEMIÈRE ÉPOQUE.

Des recherches ingénieuses du môme genre rendent raison des milliers de siècles comptés par d'autres peuples.

Joignez à cela que ces espaces de temps imaginaires ne sont remplis que de chimères ; on y place le règne du Soleil, celui des planètes, des dieux , ce qui démontre qu'ils appartenaient aux songes de la mythologie ou aux figures du symbole, non pas à la réalité de Thistoire. Les Égyptiens font régner d'abord le dieu Phta, puis durant 30,000 ans le Soleil, et après lui Saturne et douze dieux, avant qu'apparaissent les demi-dieux et les hommes.

Selon les Parsis, les anges de la lumière dominèrent sans ennemis pendant 3,000 ans; autant d'années s'écoulèrent avant que naquit le taureau monstrueux qui engendra les diverses créatures, et après elles Meschia et Meschiane {homme et femme). Pour les Thibétains, le règne des Lah {génies) remonte à l'infini; suit une ère de 80,000 ans, puis une de 40,000, une de 20,000, une de 10 ans à peine, à laquelle succéda une autre de 80,000, toutes peuplées d'êtres allégoriques rappelant ce que furent chez d'autres nations les règnes deLaurus {la lumihe), d'Uranus {leckt)y de Géa {la terre), d'Hélios {le soleil). Il faut donc y voiries rêves d'imaginations exaltées et vaniteuses, ou bien des périodes astronomiques.

Asiatic Society; Calcutta, 1836, partie II, p. 78. — Voici leur table comparative des changements successifs effectués par le progrès de la critique dans quelques époques principales des Indiens :

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