CHAPITRE XVIII
ÉGYPTE. — TEMPS ANTIQUES
BlBUXlàHE ÉPOQUE.
du roi dont il était Temblème, avec un profil aquilin. Pritcbard (1) a éclairci les passages des anciens qui paraissent favorables à ces hypothèses ; il paraît convenu que les Égyptiens connaissaient très bien les Nègres, et qu'ils les distinguaient dans leurs peintures. Les Egyptiens, d'ailleurs, se donnaient le nom de Bamites, qui, d'après TÉcriture sacrée, n'est attribuée qu'à trois peuples, Kousch, Phut et Canaan ; les deux derniers, à coup sûr, furent blancs, et le nom de Kousch désigna les peuples du Nil supérieur, qui , dans les monuments égyptiens, sont toujours blancs.
Le voyage annuel que les dieux, selon Homère, faisaient de l'Olympe en Éthiopie (2), comme dans un pays hospitalier et généreux en sacrifices ; celui de la statue du dieu Ammon, que Ton portait tous les ans vers la Libye, et qu'on ramenait quelques jours après (3), indiquent que les Égyptiens reconnaissaient tenir leurs dieux, c'est-à-dire leur civilisation, des Éthiopiens, qui se considéraient comme antérieurs aux Égyptiens, tout aussi bien qu'ils reconnaissaient l'antiquité relative de la race indienne. Mais on sait que les anciens confondirent souvent dans le nom d'Éthiopiens les habitants de l'Afrique orientale, du Yémen et de la péninsule en deçà du Gange. Les antiquaires reconnaissent que le nom d'Éthiopie fut appliqué à trois pays différents : le premier et le plus ancien, sur le Pont-Euxin, au pied du Caucase, non loin de l'Inde nouvelle ; le second en Syrie, qui avait Joppé pour capitale; le troisième en Afrique. Cela explique les nombreuses confusions des anciens. En effet, les Kouschites habitèrent longtemps la vallée de l'Euphrate et la péninsule arabique, d'oti ils passèrent sur l'autre rive de la mer Rouge et dans la vallée supérieure du Nil; cette vallée serait donc le berceau de la civilisation égyptienne. Aujourd'hui encore, en Éthiopie, les Barabras arrangent leurs cheveux comme nous les voyons dans les peintures égyptiennes ; ils tissent des sandales d'écorce pareilles à celles qu'on retrouve dans les anciens tombeaux; ils portent sur la tète certaines calot-
(!) Physîcal history of mm, lib. II, ch. 11.
(2) Zs^c ^Âp le 'Ûxeay^v tut' àtiO(i,ovaç Alltoic^oïc X^C^Ç tftQ MTcà donta, V â^ia icàvTec Stcovto.
tt Car Jupiter descendit hier à un feëtin sur l*Océan, parmi les innocents Ethiopiens, où le suivirent tous les dieux. * {lUade^ 1, 423.)
(3) DionoRB, I.
É6YPTB. ^ TEMPS ANTIQUBS.
tes de bois comme celles des momies, et façonnent grossièrement dans le style égyptien leurs menus ustensiles. Bien plus, certains objets adoptés pour le culte égyptien sont originaires de Nubie, comme la marjolaine, consacrée à Isis, et ribis, qui ne descend de ces parages que lors du déborde**ment du Nil (i).
La nature même des lieux annonce que la culture de rÉ^gypte lui est venue du midi. Le pays est traversé par le Nil, le plus grand fleuve de ce vaste continent après le Niger. Il tire ses sources du centre de TAMque; pour sortir de la Nubie, comme on appelle le vaste désert supérieur où erré*rent longtemps des hordes de brigands, il s^ouvre un passage au milieu de roches grapitiques, et, d'écueil en écueil^ se précipite à travers ces cataractes du Nil plus célèbres qu'admirables, car elles n'excèdent pas i**,66 de hauteur. C'est ainsi qu'il s'avance, sans être encore navigable, entre des rives nues et stériles ; mais à partir de Syène le pays devient riche de productions, d'or, d'encens, et de là jusqu'à Gercasor (2) le fleuve s'écoule uniformément vers le nord dans une vallée large de 15 milles environ, bordée à l'est par plusieurs montagnes de granit, à l'ouest par un désert de sable. Près de Cercasor, il se divise en deux bras, aboutissant tous deux à la Méditerranée : l'un à l'est, près de Péluse; l'autre à l'ouest, près de Ganope, après s'être subdivisé on beaucoup de branches.
La contrée qui s'étend de Syène à Chemnis s'appelle la hatue ÉgypCe, avec Thèbes ou Diospolîs ; de Chemnis à Cercasor, on la nomme la moyenne j ou Ifepianome, avec Memphis ; la basse Égypte est comprise entre les deu]| bras du Nil, et appelée k DeUa^ à cause de sa ressemblance avec le A grec.
L'Égypte n'est donc autre chose que la vallée du Nil renfermée eptre des déserts ; comme eux, elle resterait aride et inculte sans les inondations du fleuve. Loin de se creuser un lit profond, le Nil parcourt une vallée légèrement convexe; de sorte que, pour peu qu'il se gonfle, il franchit ses bords et s'étend sur les terrains environnants. Au solstice d'été, le soleil, qui s'élève perpendiculairement sur la Nubie et TÉ* thiopie, y dilate l'atmosphère embrasée ; les masses d'air et
(1) ScBŒLOHBR est le dernier qui ait soutena que les Égyptient étaient Boirt d'origine; cependant, il avoue iui-nftéme qu'aujourd'hui, sur cent NègTOT qu'on transporte en Égypte, il en meurt quatre-Tingt-dix*k«it.
(2) Cercoiontm, séïon Hérodote; Cercesura, d'après Strabon.
DEUXIÈME ÉPOQUE
les nuages plus froids répandus sur TEurope viennent alors remplacer cet air raréfié pour rétablir l'équilibre rompu. De là les pluies périodiques qui grossissent le fleuve (i), dont les inondations couvrent TÈgypte. Il s*élève jusqu'au solstice d'automne ; alors il se retire lentement, en laissant un limon fécond, dans lequel il suffit de semer pour recueillir d'abondants produits (2) ; si donc le pays se présente, durant Tété, semblable à une mer dont les eaux limoneuses et saumàtres laissent voir le faite des édifices et la cime des cèdres, des palmiers^ des acacias, des orangers , il se change, durant l'hiver, en une riante campagne où verdissent le riz, l'orge, le lin, le doura, et où paissent des troupeaux de brebis et de génisses. Puis vient le printemps qui, au lieu de se montrer souriant comme dans nos latitudes, découvre un terrain grisâtre, poudreux et crevassé (3) ; si vous y joignez un ciel tou-
(1) Diaprés le témoignage des soldats du général Bonaparte, il ne pleuvait jamais au Caire, très rarement à Alexandrie ; le duc de Raguse, qui commanda dans cette dernière ville, du mois de novembre 1798 au mois d*août 1799, y vit pleuvoir une seule fois durant une demi-heure. Maintenant il y pleut trente ou quarante jours, et quelquefois davantage, en hiver ; quinze ou vingt jours au Caire. On croit que les nombreuses plantations ordonnées par le pacha d'Égypte en sont cause; il y a aujourd'hui 20,000 pieds d'arbres au-dessus du Caire seulement. A Thèbes, un vieillard de 122 ans assura au même duc de Raguse qu'au temps de sa jeunesse il pleuvait souvent dans la haute Egypte, et que les montagnes de Libye et d'Arabie, qui forment la vallée du Nil, nourrissaient alors des arbres et de l'herbe. Les arbres une fois détruits, la pluie cessa et les pâturages se desséchèrent. Voy. Académie des sciences, séance du 29 février 1836.
(2) Les fêtes qui se célèbrent lors de la crue du Nil sont décrites d*une manière très pitloresque dans la lettre quatorzième du t. II de Savary.
(3) Savart dit que l'Égypte est un paradis terrestre ; Yolnby, le pays le plus malheureux du monde. C'est le cas d'appliquer l'adage bien connu : Distingue tempora, et concordabis jura. IUziàrb, qui ût partie de l'expédition française en Égypte, en parle en ces termes :
« Les alentours de Syène et des Cataractes sont pittoresques au delà de toute expression ; mais le reste de l'Égypte, et spécialement le Delta, est d'une monotonie telle qu'il serait impossible de la rencontrer ailleurs... Les campagnes du Delta offrent trois tableaux différents, selon les trois saisons de l'année égyptienne. A commencer de la première moitié du printemps^ on n'y voit qu'une terre grise et poudreuse, si profondément crevassée qu'on ose à peine la parcourir. A l'équinoxe d'automne, c'est une immense couche d'eau rousse ou saumâtre d'où surgissent des palmiers, des villages, des digues étroites pour les communications. Une fois que se sont retirées les eaux, qui se soutiennent peu de temps à cette hauteur, vous n'apercevez plus jusqu'à la fin de la saison qu'un sol noir et fangeux. Dans l'hiver, la nature déploie toute sa maguificeuce ; alors la fraîcheur, l'énergie de la végétation nouvelle, l'abondance des produc-
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jours limpide, plutôt blanc que bleu, une atmosphère inondée d'une lumière éblouissante, un soleil qui darde sans cesse ses rayons sur la plaine uniforme et sans bornes, le
lions qui couvrent la terre, dépassent tout ce que Ton admire dans nos pays les plus vantés. Durant cette saison fortunée, TÉgypte est d'un bout à Tautre une magnifique prairie, un champ de fleurs ou un océan d*épis , fertilité que fait mieux ressortir le contraste de Taridité absolue qui Tenyironne, et cette terre si déchue justifie encore les éloges que lui donnèrent jadis les voyageurs. Mais, malgré la splendeur du spectacle, la monotonie diminue le ravissement. L*àme, faute du renouvellement de sensations, éprouve un certain vide, et Tœil enchanté d*abord s'égare bientôt indifférent sur ces plaines interminables, qui de tous côtés, aussi loin que le regard puisse atteindre, présentent toujours et toujours les mêmes objets, les mêmes teintes, les mêmes accidents.
« Tout concourt à augmenter cet effet. Le ciel, aussi uniforme que la terre, n'offre qu'une voûte constamment pure, plutôt blanche qu'azurée, durant le jour entier. L'atmosphère est inondée d'une lumière que l'œil a peine à supporter, et un soleil étincelant, dont rien ne tempère l'ardeur, brûle toute la journée cette plaine immense presque découverte ; car il est du caractère des sites égyptiens d'être dépourvus ^d'ombre sans être dépourvus d'arbres.
a Telle qu'elle estHoutefois, l'Egypte plaît aux étrangers et rend heureux ses habitants, qui possèdent ce que les hommes apprécient le plus, un sol fertile et un beau ciel. Sous ce climat fortuné, où l'eau ne gèle jamais, où la neige est inconnue, les arbres ne perdent leurs feuilles que pour en produire de nouvelles ; jamais la végétation n'y est suspendue, et le cultivateur, au comble de ses vœux, ne compterait qu'une saison perpétuellement productive si l'époque du débordement du Nil ne limitait la culture à une partie de l'année. Aussi, lorsque les travaux de l'homme suppléent aux inondations, la terre peut dans une année donner deux et trois récoltes...
«t Le Sald déploie une culture encore plus riche que la basse Égypte ; là d'immenses moissons de blé, d'orge, de mais, des champs de fèves en fleur, à perte de vue, des plaines de trèfle et de lupins ; là des champs de lin et de sésame qui fournissent d'huile le pays ; le kenna avec lequel de temps immémorial les fenmies se teignent les ongles en rouge ; l'indigo, le coton herbacé, les plants de tabac, et ces courges rampantes qui couvrent de leurs fruits verts les plages sablonneuses. S'il a moins de rizières que ne le comportent les terrains bas et submergés, des forêts de cannes à sucre y mûrissent parfaitement; le coton y prospère davantage, et de plus le safran, dont les fleurs rouges et précieuses se recueillent avec des soins particuliers ; le bamia, qui donne un fruit vert et visqueux ; surtout le doura ou sorgho, qui, avec ses tiges articulées et ses larges feuilles pointues, peuple les hauteurs de la Thébalde et porte dans ses longs épis la principale nourriture des Égyptiens.
« Le Fayoum a des champs de roses qui fournissent l'essence la plus suave. Là le lotos révéré des anciens, et que l'on ne trouve plus dans le Sald, laisse durant l'inondation éclore sur la surface des eaux ces brillantes fleurs rosées, blanches ou bleues, si communes dans les canaux et dans les terrains inondés de la basse Égypte. Le nopal, ou figuier indien
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contraste de la fécondité des champs avec la désolation des sables, vous ne serez pas surpris que dans un pays aussi singulier des institutions singulières aient pris racine, et que les idées y alternassent perpétuellement de la vie à la mort.
Le seul fait certain qui témoigne de la haute antiquité dè rÉgypte est la conquête du sol enlevé au Nil ; il paraît en effet hors de doute que la haute Égypte fut d*abord habitée, puis les villes au-dessous de Denderah, jusqu'à ce que le Delta^ que les prêtres du pays disaient une création du Nil» eut été assaini au moyen de canaux. Abraham, qui trouva déjà un empire organisé dans la basse Égypte, nous apprend à quelle époque reculée remonte cet assainissement.
épineux, airec ses feailles d*un vert foncé, de Tépaisseur du doigt, forme des haies qui ressemblent à de haute» murailles : on y yoitrolivier,qui a dispara du reste de TÉgypte ; la vigne et le saule, qui y sont presque aussi rares.
« Dans la Thébalde, le palmadum, arbre d'un aspect singulier, frappe particulièrement la vue. Le tronc, haut de trois à quatre mètres, se bifurque constamment, de même que ses branches, en petit nombre, courtes et inflexibles, qui portent à leur extrémité des pignons assez gros, durs, ligneux, de forme irréguliëre, ayant la couleur et le goût du pain d^épice, avec de larges faisceaux de feuilles longues et raides pliées en éventail.
« La Thébalde, riche spécialement de monuments et de souvenirs antiques, semble vraiment un pays enchanté. Vingt villes et beaucoup d'endroits inhabités offrent au voyageur stupéfait les grands édifices antiques, chefs-d'œuvre d'architecture non seulement par leur masse imposante et par leur caractère grave et religieux, mais encore par leur belle et simple ordonnance, par le choix et la large distribution des sculptures emblématiques qui les décorent, et par l'inconcevable richesse des ornements qui ne sont jamais sans signification.
tt Thèbes, bouleversée par tant de révolutions, Thèbes, déserte aujourd'hui, remplit encore d'étonnement ceux qui ont vu les merveilles de Rome et d'Athènes ; Thèbes, à l'aspect de laquelle les bataillons français, victorieux de tant de pays célèbres dans les arts s'arrêtèrent spontanément en jetant un cri unanime de surprise et d'admiration; Thèbes, célébrée par Homère et de son temps la première cité du monde, après vingtquatre siècles de dévastations, en est encore la plus étonnante. On se croirait abusé par un songe quand on contemple l'immensité de ses ruines, la grandeur, la majesté de ses édifices, et les innombrables débris de son ancienne magnificence...
« Ainsi, malgré sa misère et sa décadence actuelle, l'Égypte conserve les traces d'une condition autrefois splendide et prospère, et le contraste continuel de ce qu'elle fut et de ce qu'elle est^ bien que douloureux en soi, n'est pas sans un très grand intérêt pour l'observateur. Il se demande pourquoi cette antique prospérité a cessé ; et trouvant la nature la même en tout que par le passé, il aperçoit dans la difiérence des institutions sociales la cause d'un si prodigieux changement : vaste et digne sujet de méditation pour ceux qui retracent l'histoire des peuples et pour ceux qui sont appelés à la tâche glorieuse, mais difficile, de les gouverner. »
ÉGYPTB. — TEMPS ANTIQUES.
Selon Mànéthon, les dynasties égyptiennes seraient postérieures à celle des divins Awites et des héros Mestréens. On pourrait chercher les premiers dans les Berbères d'Auria et dans les Orîtes de la Genèse, qui dominaient sur les montagnes duSchiaïr (1). Les Mestréens sont indiqués dans l'Écriture sous le nom de Mesrim, descendants de Gham, qui, repoussés par les fils de Ghus, arrivèrent à Tisthme de Suez; dans le même temps, les Ghussites côtoyèrent la mer Rouge, et, rayant traversée , refoulèrent vers le nord la race égyptienne ou cophte, qui d'abord avait régné sur le pays de Méroé. Ge pays était situé au lieu où TAstaborra ou Tacazzé se réunit au Nil , dans la province nommée aujourd'hui Athar, entre le treizième et dix-huitième degré de latitude septentrionale. Memnon conduisit dë TÉthiopie une armée au siège de Troie. Huit siècles avant Jésus-Ghrist, Sabacon, Seveco, Taraco, grands conquérants qui soumirent au moins la partie supérieure de TÉgypte, sortirent de TÉthiopie. Pline rapporte qu'au temps de la guerre de Troie 250,000 guerriers et 400,000 artisans, distribués dans vingt villes, habitaient l'Égypte (2). Ges villes n'existaient 4éjà plus de son temps, les habitations étant construites avec des* matériaux très légers dans des contrées où il n'est besoin de se garantir ni de la pluie ni du froid ; mais les démeures des dieux et les nombreux monuments qiie l'on voit au-dessus et au-dessous du sol, ont résisté aux ravages du temps, comme aussi plusieurs centaines de pyramides dont la hauteur n'excède jamais 27 mètres, richement sculptées, et précédées de pylônes (3) qui conduisent à l'entrée. C'est à tort cependant qu'on a voulu trouver l'oracle de Jupiter Ammon dans le temple de El-Mésaura, décrit par Gaillaud (4), où l'art
(1) Les anciennes éditions de Georges Syncelle portent Auptrai; mais M. Plath {Quxstionum œgyptiacarum spécimen, Gœtting., 1829) a corrigé ce mot avec toute probabilité en 'Aepîrài de j\ep(a, ancien nom de l'Egypte. Voyez Etienne de Byzance, v. *Acpia. — Eusèbe : uEgyptus, qum prius Aeria dicebatur ab Mgypto rege nomen adepta est. — Ainsi les rapprochements avec les Berbères d'Auria ou les Orites de la Qenëse tombent avec cette correction.
(2) Hist, naturelle, VI, 35.
(3) Les Français ont appelé pylônes, du mot grec icvXcov, atrium, vestibule, les constructions pyramidales ou pilastres colossaux qui d'ordinaire précèdent l'entrée des temples et des palais égyptiens.
(4) Bblzoni suppose que le temple d'Ammon s'élevait dans la petite oasis; Minutoli le réfute victorieusement. Hbb&bn le place à Siwah.
DEUXIÈME ÉPOQUE
égyptien se montre dans sa première forme, encore très grossière, et d'où le culte d'Ammon se serait répandu par la suite dans toute TÉgypte.
Ce pays offrait un point de halte très favorable aux caravanes entre TÉthiopie, l'Afrique septentrionale et TArabie Heureuse, d'où les Égyptiens tiraient les aromates pour Tembaumement des corps; le coton pour les vêtements; rébène, l'ivoire, l'or, apportés de l'Inde et de l'Arabie; le sel et les plumes d'autruche, qu'on recueillait sur les lieux.
La caste des prêtres élisait le roi- parmi ses membres les plus distingués ; il devait récompenser ou punir selon les lois et coutumes, auxquelles il était tenu de se conformer. Tout condamné à mort recevait l'ordre de se tuer lui-même; s'il refusait de le faire, il était infâme. Les prêtres intimaient cet ordre au roi lui-môme, au nom d'Ammon, lorsqu'ils ne le ^ jugeaient plus digne de régner (4). Leur morale était simple : adorer les dieux, ne nuire à personne, s'habituer à la fermeté, mépriser la mort. La tempérance est la base de la vertu; tout excès ravit à l'homme sa dignité; il est doux de jouir des biens acquis avec peine ; l'orgueil et le faste sont un signe de petitesse du cœur; les songes, l'art magique, les prodiges ne sont que vanité.
La caste qui fonda cette théocratie vigoureuse dut avoir apporté d'ailleurs, de l'Éthiopie, le culte, les lois, les institutions sociales, qui s'étendirent par la religion et par l'industrie. Ces prêtres, en s'établissant dans la résidence qu'ils avaient choisie, y élevaient un temple aux divinités propres à la tribu conduite par eux, et qui le plus souvent étaient au nombre de trois; autour du temple se multipliaient bientôt les cabanes des laboureurs, qui, comme sujets du dieu qu'on y adorait, étaient tenus de cultiver les champs environnants. La dévotion, la douceur d'une vie régulière, amenaient les tribus indigènes à s'établir auprès d'eux, et c'est ainsi qu'une foule de bras exécutaient les travaux projetés par quelques esprits éclairés. La population une fois accrue, ses chefs faisaient partir, selon la décision des oracles, des colonies qui, transportant avec elles le culte et la civilisation, allaient fonder de nouveaux centres politiques et religieux.
Osiris, Ammon, Phta, auxquels les Égyptiens s'avouaient redevables de leur civilisation, étaient probablement les dieux
(1) DiODÛRB, L
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de colonies pareilles; les nomes ou districts qui formaient la division de leur pays étaient chacun sous la dépendance d'un temple. Les pèlerinages dévots des colons à la mèrepatrie facilitaient les relations de commerce, et Ton trafiquait sous la protection des dieux; aussi les frères de Joseph rencontrèrent-ils des caravanes de Madianites en route pour rÉgypte. Voilà comment les sanctuaires édifiés le long du Nil étaient à la fois les temples de la Divinité, la demeure sacerdotale, des centres d'agriculture, des places de commerce et des stations pour les caravanes.
Thèbes, Éléphantine, This, Héracléopolis, dans la haute Égypte, furent les premiers établissements de cette nature ; puis Memphis, au milieu de TÉgypte; plus tard, ils descendirent à Mendès, à Bubaste, à Sébennyte. Les dynasties que nous donnent les historiens, au lieu d'appartenir à des nations qui auraient dominé successivement, ne seraient peutêtre que celles de rois qui régnèrent dans les différentes cités, à mesure que l'une d'elles, l'emportant sur ses rivales, devenait la capitale du pays. Du reste, c'est encore une question de savoir si elles furent contemporaines ou successives (i).
Quelqu'un des nomes, comme il arrive d'ordinaire, devint prédominant et soumit les autres; ce fut ainsi que ceux de This et d'Éléphantine durent recevoir la loi de Thèbes, et oue Memphis dicta la sienne aux sept nomes de la basse Égypte. Mais c'est en vain que nous demandons à l'histoire de quelle manière et dans quel temps chacune de ces villes acquit la suprématie. Il parait seulement que la souveraineté de la caste sacerdotale fut attaquée par la caste des guerriers, qui, l'ayant emporté, substitua à la théocratie le gouvernement des plus forts. Ménès, que l'on regarde comme le Méan. premier roi de l'Égypte , après les dynasties fabuleuses et symboliques, fut peut-être celui qui accomplit cette révolution. Alors le prince cessa d'appartenir à la caste des prêtres ;
(1) L^opinion qui voulait que ces races différentes eussent régné contemporainement est tombée aigourd^hui en discrédit; cependant Eusèbe dit : Forte Usdem iemporibw multos reges Mgyptiorum simul fuisse contigerit. Siquidem Thinitas aiunt et Memphitas, Saitasque et Mthiopes régnasse^ ac intérim alios quoque : et sicut mihi videtur alics alibi, minime ctutem alterum alteri successisse, sed alios hic, alios illic regnare oporfuisse. {Chron. 2Qi, 202.) Et Josèphe rapporte que Manéthon assurait tûv i% t9|c 6v)6a(doc xal ttic âXXyjc AItvictou povtXiwv YtvévOai iicaydorouriv M To(»c icoift^c. Contra Appion. I, p. 140.
DVUXIÂME ÉPOQUS.
mais celle-ci, dépositaire qu'elle était de la science et inter^ prête de la volonté des dieux, modéra son pouvoir. Les rois étaient soumis, non seulement dans les solennités publiques, mais encore dans la vie privée, à un cérémonial rigoureux; ils prenaient Tavis du grand prêtre, se faisaient môme inscrire dès rinstant de leur élection dans la caste sacerdotale, et devaient attester, par la construction d'édifices sacrés, leur respect pour la religion et pour ses ministres.
Nous savons par les saintes Écritures que, dix-huit siècles avant Jésus-Christ, Memphis étendait sa domination sur la haute et la basse Égypte, et que le jeune Hébreu Joseph, fils de Jacob, y trouva une oour splendide, composée des castes sacerdotale et guerrière, ainsi que des institutions qui attestent une civilisation déjà adulte. Rien n'en saurait mieux faire Téloge que devoir ce jeune homme, étranger, captif, y parvenir par son propre mérite jusqu'au rang de vice-roi; joMph. profitant de sa position, Joseph , dans un temps de grande disette, amena les propriétaires à renoncer à la possession stable de leurs immeubles, les réunit tous au domaine du roi et abolit les propriétés indépendantes. Rois pastourt. De tcmps à autre, les invasions étrangères interrompaient
les progrès de la civilisation égyptienne. Le pays était sans cesse menacé par les peuples nomades de la Libye et de TÉthiopie, qui descendaient souvent pour le diêvàster, surtout tant que les États, petits et désunis, ne pui^^nt leur résister avec vigueur. Il arriva une fois que les Araben-fédonins, attirés par les gras pâturages et par les richesses croissantes da bas pays, l'envahirent par l'isthme de Suez. Leurs cheiks, que les Égyptiens appelèrent Hyksos (1), ei les Grecs Roû pasteurs^ dressèrent leur camp à Avari, près de Péluse» dé-
(1) Hyk, roi; Sos, pasteur. Flavius Josèphe les fait régner 500 ans, peut-être de 1800 à 1300 ; la sortie des Israélites dut avoir lieu de leur temps. D'autres veulent qu'ils aient dominé 260 ans, de 2082 à 1822, et que ce fut à cette époque que Joseph vint en Égypte. Il dit À ses frères que les Égyptiens abhorraient les pasteurs; on expliqua ces paroles de la sorte :' le peuple les avait en haine parce qu'ils ressemblaient à ses maîtres; le roi ne les baissait pas, puisqu'il les accueillit. Telle est aussi Topinion de Rosellini, qui place la sortie des Israélites sous Rhamsès III, quatorzième roi de la xyin<* dynastie. Selon lui, Armais ou Danaûs, frère de Séthos, premier roi de la xix« dynastie, se rendit en Grèce. Il prétend que les Hyksos étaient des Scythes venus de TAsie septentrionale ; il suppose la même origine aux Iduméens et aux Phéniciens qui avaient occupé le pays de Chanaan. Nous avons manifesté une opinion toute différente; mais nous désirons que nos lecteurs aient à trouver dans le récit non
ÉGYPTBi — TEMPS ANTIQUES.
truisireni les cités primitives et pénétrèrent jusqu'à Mena* phis, dont ils firent le siège de leur puissance. Us commencèrent par opprimer la religion, c'estrà-dire la caste des prêtres, dont plusieurs émigrèrent, mais que d'autres s'en allèrent jusque dans la Grèce ; mais bientôt les vainqueurs adoptèrent les rites des vaincus, et aucune distiadion n'apparaît plus entre eux au temps de Moïse;
Les conquérants néanmoins ne parvinrent jamais à s^emparer de la haute Égj'pte, d'où les souverains primitifs continuèrent à leur faire la guerre, jusqu'à ce qu'ils en eussent triomphé, sous Thoutmosîs I^. Cèfftït dams cette lutte que se s«3n. prépara la grandeur successive des rois de Thèbes, qui finirent par acquérir la suprématie sur les autres États.
Voilà ce que nous avons pu tirer de plus probable de l'obscure antiquité égyptienne. Quant à ceux qui font consister l'histoire des peuples dans celle des rois, et laissent dormir la critique historique, nous leur dirons que Ménès, premier roi d'Égypte, eut trois cent trente successeurs, dont dix-huit éthiopiens. Busiris II fonda Thèbes; Uchoréus, Memphis (4). Osymandias plaça dans son palais une bibliothèque, fimindiat. la première du monde, sur laquelle il avait fait inscrire Remèdes de Fâmey belle épigraphe, si elle s'applique aùx bons livres que tous peuvent lire; mais pour les Egyptiens les livres étaient renfermés dans les bibliothèques comme les momies dans leurs tombeaux.
Mœris; pourvut aux inégalités des crues du Nil en faisant wœri»,
seulement Texpression de no9 convictions, mais aussi les éléments con" traires, pour la modifier lorsqu'ils le croiront convenable.
Diaprés les historiens arabes, et entre autres *Ibn-Khaldoun, Cheddàd, chef de la tribu arabe des Adites, subjugua les Cophtes ou Égyptiens, s'avança jusqu'à la mer du Maghreb (l'océan AUantique), et resta, lui et ses successeurs, deux cents ans dans le pays. Le lieu de la résidence du chef de ces Arabes était une ville d'Égypte nommée Aour ou Awar, située dans la partie du Delta où le bras oriental du Nil va se jeter dans la mer. Au bout de deux siècles, les Cophtes réunis à des peuplades de couleur noire chassèrent les Adites de l'Égypte. Il est difficile de ne pas reconnaître dans cette vague tradition d'une invasion arabe dans la vallée du Nil la conquête des rois pasteurs. Voy. VEssai sur Vhistoire des Arabes avant tislamisme, par Caussin db Percbval, t. I, p. 13; et V Arabie, par Noël des Vergers, p. 48; Paris, 1847.
Voy. Chabas, les Pasteurs en Égypte; Paris, 1868, in-4, et Recherches pour servir à l histoire de la XIX* dynastie; ibid., 1873, in-4.
(1) Champollion prétend que le magnifique sarcophage d'albâtre découvert par Belzoni appartient à Uchoréus.
DEUXlftHB ÉPOQUE.
creuser un lac qui reçut son nom. Ce vaste réservoir avait 3,600 stades de tour, 400 mètres de profondeur, avec deux pyramides au milieu (4). On y recueillait les eaux du fleuve quand Tinondation était surabondante, et lorsqu'elle était trop faible, on les déversait sur la plaine : symbole hiéroglyphique du zèle attentif avec lequel les prêtres surveillaient la culture du pays et s'occupaient d'y entretenir l'abondance.
Les Pharaons les plus puissants {ï} sont attribués à la dix-huitième dynastie, fondée par Aménophis P', fils de ce Thoutmosis qui avait commencé l'expulsion des étrangers ; Aménophis II (ou III), appelé Memnon par les Grecs, consomma cette expulsion. Dans la joie de cette victoire , les Égyptiens élevèrent de nombreux édifices, et le nom du souverain fut immortalisé sur les monuments de Thèbes, d'Éléphantine, et dans le temple de Soleb , en Nubie. Rhamsès I** fut chassé par son frère Rhamsès II Miamoun, qui fonda le magnifique palais de Médinet-Abou à Thèbes, tout couvert de peintures qui rappellent ses victoires sur plusieurs peuples, et dont quelques inscriptions sont ainsi conçues : Paroles
(1) D'An VILLE se trompe lorsque, pour mettre d'accord Hérodote et Diodore avec Ptolémée et Strabon, il suppose l'existence de deux labyrinthes et de deux lacs Mœris. Le labyrinthe est le même dans tous les auteurs, à la seule différence que les uns ont procédé à sa description de de l'orient à l'occident, les autres du nord au midi. (Voyez DriMAR, Description de Vtgypie antique (allemand), p. 72 et suiv. ; Larcher, Traduction cfHérodoie, II, 472-483.) Quant au lac Mœris, il existe encore, sous le nom de Birket-el-Heroun, dans la province de Fayoïmi, et il a environ 60 lieues de superficie. Brown établit que c'est une vaUée natureUe, et que l'art n'a fait que clore son ouverture et pratiquer un canal qui, à travers les rochers et les sables, y conduisit les eaux du NU. — Voy. aussi LiNANT, Mémoires sur le lac Mceris; Alexandrie, 1843, in-4.
(2) Champollion, VÈgypte sous les Pharaons; Paris, 1814, 2 vol. gr. m-8.
— NoLANy the Egyptian chronology; Londres, 1848. — Bunsen, JEgyptens SieUe in der Weltgeschichte ; Hambourg, 1845-46, 5 vol. in-8, fig. — Lepsros, Denkmseler aus Mgypten und éthiopien; Berlin, 1849-59, 9 vol. in-foL
— Kbnrick, Ancient Egypt; LondvQBf 1850,2 v.in-8. — BrunbtdbPrbslbs, Examen critique de la succession des dynasties; Paris, 1850, in-8. — Bruosch, VÈgypte sous les rois indigènes; Leipzig, 1859, in-4.