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CHAPITRE XIX

teTPTE. — LES SéSOSTRIOES.

ÉGYPTÇ. — LES SÉSOSTRIDES.

des chefs du pays de Peccaro et du pays de Robou (i)^ qui sont au pouvoir de Sa Majesté, et glorifient le dieu bienfaisant, maître du monde; Soleil, gardien de justice, ami d'Amman, Ta vigilance na point de bornes; tu règnes sur VÉgypte comme puissant Soleil : grande est ta force; tu es égal en courage à Boré (2). Notre souffle est à toi et notre vie en ton pouvoir.

Paroles du roi, maître du monde, à son père Amon-ra, rot des dieux : Tu Vas ordonné, j'ai poursuivi les barbares, j'ai combattu tous les pays. Le monde s'arrêta devant moi Mes bras domptèrent les chefs de la terre, selon le commandement sorti de ta bouche.

Paroles d'Amon^ra, maître du ciel, modérateur des dieux : Que ton retour soit joyeux. Tu as poursuivi les neuf ares (3), tu as tranché les têtes, percé les cceurs des étrangers, rendu libt*e le souffle des narines de tous ceux qui... Ma bouche t'approuve.

Les peintures des catacombes de Silsilis sont dédiées au roi Horus ; elles rappellent ses victoires sur les Éthiopiens, et la légende hiéroglyphique de son triomphe dit : Le dieu très grand revient porté sur la tête de toutes les divinités; farc est dans sa main, comme celui de Mandou, divin maître de VÉgypte. Lui, roi des vigilantis, mène la race perverse des KtUch (4) ; régulateur des mondes, approuvé par Phré, fils du Soleil, serviteur d'Ammon, Horus /e vivifie. Le nom de Sa Majesté se fit connaître dans la terre d'Éthiopie, que le roi a châtiée, conformément aux paroles â lui adressées par Ammon, son père.

Sous le règne d'Aménophis lïl (ou IV) (5), les Hyksos firent ^«jjj^wt. une nouvelle invasion, qui obligea ce prince à se réfugier en Éthiopie, d'où il revient néanmoins vainqueur, grâce à son fils Rhamsès.

On a accumulé sur ce Rhamsès, ou Sésostris, une multi- tséwgtrii. tude de récits, qui peut-être réunissent les exploits de différents personnages, et peut-être aussi sont les fruits de Timagination et de la vanité nationales. Ils rapportent que son père, voulant le rendre très puissant, ou bien d'après l'avis des dieux, c'est-à-dire des prêtres, réunit i,700 enfants, nés le même jour que lui, les fit élever avec lui et instruire à

(1) Nation de race indienne.

(2) Le Griffon.

(3) Les barbares.

(4) Les Éthiopiens.

(5) Quelques écrivains yeulent que cet Aménophis soit le Pharaon qui -périt dans les eaux de la mer Rouge en poursuivant les Hébreux.

DBUXIÈMB ÉPOQUE.

tous les exercices militaires; aussi lorsqu'il succéda à son père, eut-il autant de capitaines expérimentés et dévoués à leur prince de cette affection solide qui se forme dans Tenfance. A leur tète, il crut pouvoir conquérir le monde, et bientôt il eut rassemblé 600,000 fantassins, 24,000 chevaux et 27,000 chars de guerre (1); car il est facile aux historiens et à rimagination de grossir les chiffres. Oubliant en outre rhorreur qu'on attribue aux Égyptiens pour la mer, ils ajoutent à cette armée une flotte aux innombrables voiles. Avec ces forces immenses, Sésostris subjugue TÉthiopie , il passe en Asie, et, par la même route qu'avaient peut-être suivie les premiers civilisateurs, et que reprirent souvent ses descendants, il pénètre dans les Indes plus avant que n'avaient fait Hercule et Bacchus, attaque les Scythea, ^envahit la Golchide et la Thrace. Abandonnant ensuite, on ne sait pourquoi, tant de conquêtes, il revient après une absence de neuf années et trouve une conjuration tramée contre lui par son frère Harmaïs; il parvient à la déjouer, et ne songe plus qu'à assurer la prospérité publique en remédiant aux maux causés par la guerre. Cent temples s'élèvent alors, plus splendides les uns que les autres, dans l'un desquels sont placées les statues du roi, de la reine et de leurs quatre fils; un réseau de canaux répand la fertilité dans tout le pays et réunit Memphis à la mer. 11 n'employa à ces travaux que des esclaves et des étrangers ; mais, déployant un luxe barbare et une dévotion inhumaine, il ne se rendait au temple que monté sur un char traîné par les princes qu'il avait vaincus. Il fit aussi, sous l'inspiration de Mercure, d'excellentes lois, divisa le territoire, établit le cens et leva des contributions régulières.

Sans insister sur ces invraisemblances, recherchons ce qu'il y a de vrai au fond de ces récits. 11 parait d'abord suffisamment établi que Sésostris fut le plus grand roi qu'ait eu l'Égypte, et qu'il florissait seize siècles environ avant l'ère vulgaire. Son plus beau titre de gloire est d'avoir rendu l'indépendance à son pays en chassant tout à fait les Arabes (2),

(1) On dit en même temps que ce fut lui qui apprit à dompter les cheyaux.

(2) Les anciens auteurs disent qu'il rendit au peuple les terres qui lui avaient été enlevées par les rois pasteurs. — Il s'agit probablement ici d'une seconde invasion arabe tentée par les Amâlicas, qui, d'après Ibn Sald et Tabari, cités par Ibn-Khaldoun, eurent en Egypte plusieurs Pharaons de leur nation. Si Ton en croit ces auteurs, les Amàlicas avaient été ap-

É6TPTB. — LES SÉSOSTRIDES.

et peut-être que, dans le premier élan, il sortit de TÉgypte pour faire des excursions à la manière des Bédouins, dans les contrées les plus riches, telles que Tétaient alors TÉthiopie, TAsie antérieure jusqu'à Babylone, et une partie de la Thrace; peut-être se dirigea-t-il aussi par mer vers TÂrabie Heureuse et les cOtes voisines, et même jusqu'à la péninsule indienne. Ce qu'il exécuta dans l'intérieur du pays démontre combien son gouvernement était absolu. Il est encore probable que les plus grands monuments de l'Égypte furent commencés de son temps ; mais les sueurs d'une seule génération ne pouvaient suffire à l'acbôvement d'édifices d'une telle masse. Il est à croire ausçi que la division des castes fut alors plus complètement organisée ; car celle des navigateurs ne pouvait être entièrement établie avant qu'on eût creusé beaucoup de canaux, ni celle des guerriers avant que le pays fût réuni sous l'empire d'un seul.

On croit qu'il est fait mention des expéditions de Sésostris sur les monuments de l'Asie Mineure cités par Hérodote et retrouvés par les modernes ; elles sont chantées dans un poème historique, surtout la victoire remportée par les Schetas (ne seraientrce pas les Scjrthes?), où il est dit : // rendit le souffle Hbre aux bouches des Lyciens et des Ioniens (i).

Belzoni découvrit à AUor, dans la Nubie, un temple dédié à Isis par la femme de Rhamsès, et il pénétra le premier dans celui d'Ipsamboul, où il trouva sur la façade quatre colosses assis, ayant chacun SO'^dd de hauteur; ils devaient représenter ce Rhamsès, dont les victoires sont rappelées dans les bas-reliefs qui couvrent le monument tout entier. Seize salles couvertes de peintures, représentant des sujets reli-

pelés et introduits dans le pays par un roi cophte, qui espérait être secouru par eux contre un ennemi redoutable. Hs auraient profité de cette circonstance pour faire eux-mêmes )a conquête de TÉgypte, et leur domination s'y serait prolongée bien au delà du terme qu*on assigne à celle des Hyksos ; car les historiens arabes prétendent que les Pharaons de Tépoque de Joseph et de celle de Moïse étaient des rois Amàlicas. Voy. VHisloire des Arabes avant Cislamisme^ par Caussin de Pbrceval, 1. 1, p. 19.

(1) Campagne de Rhamsès le Grand {Sésostris) contre les Schetas et leurs alliés ^ manuscrit hiératique égyptien appartenant h M. Sallier, à Aix, en Provence. Notice sur ce manuscrit par Salvolini (d'après Champollion), Paris, 1835, in-8. — Les manuscrits de Sallier ont été acquis parle Briiish Muséum et publiés en fac-similé sous le titre : Select Papyri in the hieratic character; Londres, 184144, 3 vol. in-fol.

Voy. aussi le Poème de Pen-ta-ùur sur les campagnes de Ramsès H {Sé^ ^ sostris), par E. db Rougb; Paris, 1861, in-8.

DEUXIÈME ÉPOQUfi.

gieux, conduisent au sanctuaire, au fond duquel sont quatre autres statues, plus grandes que nature, ce qui laisse supposer que c'est le lieu de la sépulture de Sésostris. sétost is IL Après lui vient son fils Rhamsès IV ou Sésostris II, appelé aussi Phéron, dont le long règne fut paisible, et dont on lit le nom sur le temple de Karnac et ailleurs. Ici, après une lacune avouée môme par Hérodote, apparaissent Amasis, TÉthiopien Actisan, Mandés ou Manès; ensuite, on trouve une anarchie qui dure cinq générations , jusqu'à ce que, à l'époque de la guerre de Troie, Prêtée monte sur le trône, qu'il laisse à son fils Rhamsès; puis viennent sept générations, parmi ino. lesquelles on distingue Nilus, Ghéops, Géphren et Mycérinus, fondateurs des grandes pyramides. Bocchoris ou Asychis, qui fut législateur, vient après eux; puis l'aveugle Anysis, qui, chassé par l'Éthiopien Sabacon, est rétabli plus tard sur le trône. Ces invasions répétées des Éthiopiens durent sans doute être encouragées par les divisions intestines, entre la caste des guerriers peut-être et celle des prêtres, qui cherchaient à reconquérir, à l'aide des armes étrangères, leur suprématie perdue ; en effet, quand la race éthiopienne eut le pouvoir, elle le confia à la caste sacerdotale, représentée par Séthos, prêtre de Vulcain.

Ces histoires doivent être acceptées comme le naturaliste accepte les fossiles épars çà et là^ qui attestent les révolutions du globe sans en faire connaître les causes ou la durée. Souvent aussi elles ne sont que des symboles hiéroglyphiques. Quand Hérodote parle du règne d'Anysis faveuglCy il indique peut-être sous forme allégorique ce que Diodore appelle ouvertement un vide dans la tradition. Si nous réfléchissons que Busiris veut dire tombeau d'Osiris, nous sommes tenté, en lisant que Busiris II fonda Thèbes, d'interpréter que les Pharaons qui la fondèrent reposent dans la tombe d'Osiris, ou bien que l'architecture à ciel ouvert fut substituée aux excavations souterraines. Prêtée, le roi transformateur, est le symbole de l'âge antique, qui finit et fait place au nouveau. Jupiter succède ainsi à Saturne, et Hercule supplée Atlas pour soutenir le monde.

Nous nous bornerons donc à dire que les temps les plus florissants pour l'Égypte s'écoulèrent de 1500 à 800. Vers la fin de cette période, Sabacon, venu soit de l'Éthiopie, soit de Méroé, subjugua l'Égypte, et troubla ainsi la longue paix qui lui avait permis de s'élever à tant de puissance. Il est pro-

INSTITUTIONS DE l'É&YPTE.

bable que les prôtres, en supposant qu*ils aient d^abord fait appel aux armes étrangères, réveillèrent par la suite Tardeur nationale et firent chasser Tétranger; leur puissance s*accrut alors au point que Séthos, prêtre de Phta, s*empara du trône. La caste guerrière, qu'il dédaigna, s'irrita de cette usui*pation, les discordes s'envenimèrent, et Sennachérib , roi d'Assyrie, en profita pour porter la guerre chez les Égyptiens ; ceux-ci, effrayés de cette irruption, s'étaient alliés aux Hébreux et avaient réclamé les secours de Taraco, roi d'Éthiopie. Leur indépendance courait un grand danger si l'armée de Sennachérib n'avait pas été exterminée sous les murs de Jérusalem : les Hébreux dirent que ce fut par l'ange du Seigneur (1); Hérodote veut que les rats eussent rongé la corde des arcs; quelques-uns ont pensé qu'elle fut détruite par une peste ou par le vent du désert; toujours est-il que ce roi fut obligé de s'en retourner à Ninive.

Le lien national se relâcha au milieu de ces conflits, et Ton vit renaître l'ancienne division de l'Égypte en douze États. Ainsi qu'il arrive en pareils cas, des dissensions s'élevèrent entre eux, et Psamméticus, chef du nome de Sais, fut chassé de son trône. Il prit alors à son service des Grecs, des Gariens, des Phéniciens, et avec leur aide il reconquit non seulement son domaine, mais soumit encore ses rivaux; ayant ainsi réuni dans ses mains l'autorité dispersée, il transporta à Sais le trône des Pharaons et commença la vingt-sixième dynastie (Saïtique). La restauration était donc l'œuvre des étrangers; aussi l'Égypte, alliée désormais aux Grecs et aux Asiatiques, commença-t-elle à éprouver l'influence extérieure, jusqu'à ce que Cambyse arrivât de la Perse pour la conquérir.

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