CHAPITRE XXI
SaENGES DES PREMIERS PEUPLES, ET SPÉCIALEMENT DES ÉGYPTIENS.
Pjrthagore, Homère, Platon, Lycurgue, Solon, allèrent chercher la science en Égypte. Moïse fut instruit dans toute M sagesse des Égyptiens (1). Les Orphiques et les Pythagoriciens, civilisateurs des deux Grèces, ne crurent pas pouvoir mieux faire que de transporter dans leurs assemblées les institutions égyptiennes. Cécrops, fondateur de la ville la plus éclairée de la Grèce, et envers laquelle TEurope se reconnaît redevable de son savoir^ venait des rives du Nil. L'oracle déclara que les Égyptiens étaient le plus sage de tous les peuples. Et cependant quelle absence des connaissances les plus communes ! quelle superstition chez des gens qui adoraient les oignons de leurs jardins I quelle grossièreté chez ces rois qui, pour se procurer l'argent nécessaire à l'érection des pyramides, trafiquaient de l'honneur de leurs filles I Comment accorder de semblables contradictions (2)?
La science ne pourra jamais être utile à tous ni vraiment progressive, tant qu'elle restera le privilège et le secret d'un corps quelconque; or, chez les peuples anciens, elle était réservée aux prêtres, et môme parmi eux elle ne se distribuait que dans une certaine mesure. Mais d'où la tiraient-ils euxmêmes? C'est un sujet d'étonnement continuel de voir la race humaine apparaître à peine dans l'histoire et posséder déjà les connaissances les plus variées. Elle sait cultiver la terre à l'aide de divers instruments, et s'est soumis les animaux ; elle fait le pain, le vin, l'huile, tisse, coud, brode, fabrique le verre, pêche le corail, extrait les métaux, taille le diamant; la statuaire, l'architecture, la musique, la danse, la fùsion des métaux, les poids, les mesures, les monnaies, les sceaux, la chronologie, l'arithmétique, l'écriture, sont rappelés dans les traditions les plus reculées, et nous y trouvons déjà le culte, les lois, les tribunaux, les droits et les devoirs.
(1) Acte» des Apôtre», VU, 22.
(2) WooDWARD, ilrcAtfo/o^te, vol.I, p. 212, et Sohlossbr, Weltgeschichte, 1, 18, parmi les écrivains récents, portent le jugement le plus opposé sur
la science des Égyptiens.
DEUXIÈME ÉPOQUE
Il y a plus, rhomme possède, dès le principe, des connaissances que Ton dirait de simple curiosité, auxquelles il n'était pas poussé par le besoin, et qui réclamaient des observations séculaires, une certaine finesse dans les instruments et de la précision dans le calcul. Le mouvement jour nalier apparent des astres, Tombre circulaire projetée sur la lune dans les éclipses, la surface convexe de la mer, avaient pu lui donner l'idée de la rondeur de la terre; mais comment devina-t-il les dimensions de notre planète ? Et cependant elles furent la base des systèmes métriques de TÉgypte et de TAsie. La période de dix-neuf ans, conservée encore aujourd'hui sous le nom de nombre (Tor, était adoptée par les Égyptiens ; celle de soixante ans était commune aux Asiatiques, et les Chaldéens employaient celle de six cents ans (1). La sphère, le gnomon, la division du temps en semaines, l'éclipsé solaire et lunaire, Texcentricité dés comètes, sont connus des Égyptiens, qui, bien que privés du télescope, savent que la voie lactée n'est qu'un vaste amas d'étoiles. Chacun des quatre côtés de leur grande pyramide est parfaitement orienté vers un des points du ciel. Djemschid inaugura la construction de Persépolis le jour même oti le soleil entrait dans, le signe du Bélier et commençait une période astronomique. Le fondateur de l'empire chinois, Fo-hi, était astronome.
Quand nous voyons un enfant de dix ans savoir non seulement se nourrir et éviter les dangers, mais traduire en sons articulés ses propres idées, les transmettre par la parole, les fixer par l'écriture, en décomposant toute la science humaine en vingt-quatre lettres, dix chiffres et sept notes musicales, force nous est de croire qu'il fut instruit par quelqu'un qui savait déjà, et que ses connaissances viennent de la tradition. Il ne nous parait pas possible de tirer une autre conclusion de la science des premiers peuples. La supposer, avec Bailly et Romagnosi, transmise par une nation plus ancienne, ce n'est que reculer la difficulté; aussi sommes-nous porté à croire qu'elle est un reste de celle des premiers hommes, éclairés par la vision de Dieu, et nous ne renoncerons à cette opinion que lorsqu'on nous en proposera une autre plus raisonnable. Ce qui nous y confirme, c'est de voir que cette
(1) Delambre démontre (t. I, p. 3} que Cassini et Bailly supposèrent que la période luni-solaire de 600 ans était inconnue aux patriarches, par suite de rinterprétation erronée d'un passage de Josèphe.
SCmiCBS ANTIQUES.
sdenoé :c|e» premiers jours ne se développe pas peu à pea par des conquêtes sucoessiTes; au contraire, elle possède d'abord des formules admirables, et non seulement elle ne les perfectionne pas dans la suite, mais elle va môme jusqu^à errer dans leur application.
En effet, si nous observons les Égyptiens, nous apercevons ^^«g^"*»^';, que, contrairement à la nature des inventions, ils ne firent ~ que désapprendre; aussi, quand ils communiquèrent leur astronomie aux étrangers, ceux-ci ne purent en tirer qu'un très mince profit (1). Nous avons parlé ailleurs de la coïncidence si admirée de Tan sothiaque avec Tannée tropicale (â). Leur connaissance de la précession des équinoxes n'avait pour appui que les zodiaques d'Ësné et de Denderah, et Texamen Ta démentie. Quant à Torientation des pyramides, qui est le fait le plus saillant d'où quelques-uns ont supposé qu'elles furent élevées au temps des premiers patriarches et même avant le déluge, un méridien déterminé à un tiers de degré environ pouvait suffire, par la méthode élémentaire des ombres égales. L'ordre des planètes selon lequel ils nommèrent les jours de la ^maine peut être établi hypothétiquement d'après la durée croissante de leurs révolutions, évaluées approximativement. On assure qu'ils enseignèrent à Pythagore le véritable système du monde bien des siècles avant Ciopemic; mais pouvons-nous le croire lorsque nous voyons que Thalès l'ignore entièrement, et qu'il parut très étrange aux Grecs quand il fut professé par Philolaûs, qui supposait que le soleil était un miroir réfléchissant la lumière et la chaleur des planètes?
Les Athéniens, les Hébreux, les autres colonies sorties de l'Égypte ne faisaient usage que de l'année lunaire. De l'Égypte Thalès en apporta une en Grèce, de 365 jours seulement (3) ; Hérodote ne fait pas mention des six heures qu'y auraient ajoutées les prêtres (4). On prétend qu'ils observèrent 363 éclipses solaires et 832 lunaires ; mais cela ne veut pas dire qu'ils les eussent prédites. Nous ne trouvons même nulle part que Thalès, qui fut leur élève , eût indiqué le jour
(1) Sbyfparth, Systema astronomim xgypHacm; Leipzig, 1833, in4. Bruosch, Matériaux pour servir à la reconstruction du calendrier des
anciens Égyptiens; Leipzig, 1864, gr. in-4.
(2) Voy. page 119.
(3) Dioo. Labrcb, iiv. I, sur Thalès,
(4) EuTcpin), ch. nr.
DBUXIÂIIB ÉPOQUE.
et encore moins l'heure de la fameuse éclipse qu'il avait annoncée. Le géographe Ptolémée ne fit d'ailleurs aucun cas des éclipses notées par les Égyptiens, au milieu desquels il vivait, et s'en tint à celles des Ghaldéens (1). Eudoxe, qui étudia durant treize ans la science du ciel en Égjrpte, n'en rapporta en Grèce qu'une sphère grossière, où la position des astres était la môme que dix siècles auparavant (2) ; bien plus , Thalès enseigna à ses maîtres la méthode facile de calculer la hauteur des pyramides par son rapport avec l'ombre.
AttrMomto La science astronomique d'autres peuples anciens n'a pas ciuad4«ns. moins à perdre à un pareil examen. On ritpporte que Gallis-
thène, qui suivit Alexandre dans son expédition, envoya de Babylone à Âristote des observations célestes faites par les Ghaldéens, remontant à l'an 2,200 avant Jésus-Christ. Il n'y a rien à déduire du silence d'Aristote sur ce fait attesté par Simplicius (3), puisque l'on sait que beaucoup de ses ouvrages ont été perdus, et entre autres VAstronomicon. Mais quelles étaient ces observations? Probablement un registre des phénomènes les plus apparents , comme éclipses , comètes, conjonctions de planèteis. La tour de Bélus, fût-elle ou non celle de Nimroud, offrait au regard un plus vaste horizon; mais en quoi pouvait-elle aider à évaluer les hauteurs et les distances zénithales, le passage des astres au méridien, le cours des planètes dans le zodiaque, les éclipses? L'élévation même de cette tour pouvait, pour des gens inexpérimentés, devenir cause de deux erreurs, à savoir : les réfractions, très sensibles vers l'horizon, et la dépression horizontale. Ptolémée s'est servi de dix éclipses notées par les Ghaldéens, mais toutes lunaires, ne remontant pas plus haut que Nabonassar, et dont la durée est évaluée en heures et demi-heures, l'obscurcissement par moitié et par quart de diamètre; elles attestent pourtant que les Ghaldéens connaissaient la véritable durée de l'année et avaient quelque moyen particulier pour mesurer le temps. Ils se servaient
(1) Voy. Dblambrb, Disconn préliminaire à l'Histoire de Gastronomie du moyen âge,
(2) Ibid., t. I, p. 120. Voy. aussi Biot, Recherches sur plusieurs points de fasttHmcmie égyptienne,
(3) Dblambrb, t. I, p. 212. — Ibblbr, Sur Gastronomie des Chaldéens, t. IV du Ptolémée de Halma, p. 166. — Laechbr, dans les Mémoires de nnstitut de France, l, IV.
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du saros, période de dix-huit années, qui ramène les éclipses de lune dans le même ordre ; ils avaient pu la déduire d*une longue expérience et des remarques faites pendant plusieurs siècles sur les phénomènes écliptiques. Mais ils ne savaient ni expliquer ni prédire les éclipses de soleil; ils ignoraient le mouvement des nœuds de Torbite lunaire; ils ne connaissaient pas la réfraction des rayons, de sorte qu'ils déplacèrent de quinze degrés les cases du zodiaque. Ils n'eurent d'ailleurs ni géométrie ni trigonométrie, sans lesquelles il n'y a point de science des astres. L'Arabe Albategni a affirmé qu'ils avaient déterminé l'année sidérale à 365 jours 6 heures 11 minutes, c'est-à-dire à deux minutes près seulement de la vérité ; mais ni Hipparque ni Ptolémée n'en font mention. Si cet Arabe a tiré son assertion d'un auteur perdu et digne de foi, ce devait être encore quelqu'une de ces parcelles de science qu'ils ne surent ni s'approprier ni mettre en pratique. C'est ainsi qu'ils traçaient un méridien et déterminaient la hauteur du soleil ; mais ils ne profitèrent pas de cette découverte du cadran solaire pour reconnaître l'obliquité de la terre, l'élévation de réquateur,la durée de l'année. Anaximène, qui rinventa en Grèce quelques siècles plus tard, croyait la terre cylindrique, plane en partie : tant il est difficile de déduire d'une connaissance isolée le véritable état de la science.
Les Phéniciens, qui parcouraient la mer dans tous les ^^^^ sens, durent porter leur attention sur les étoiles pour s'en PMnw-n». servir comme de points fixes dans la direction de leurs vaisseaux; mais quand Strabon leur attribue l'invention de l'arithmétique, de l'astronomie et la découverte de la constellation de rOurse, il ne veut sans doute qu'indiquer l'application qu'ils firent de ces connaissances à l'art nautique.
Bailly admirait les observations des Indiens ; mais on les a ^ reconnues fausses et supputées à contre-sens (1). Us employaient cependant certaines formules et des calculs particuliers dont on n'a pu deviner la clef, qu'ils n'avaient peutêtre pas eux-mêmes. Leur sphère a vingt-sept nakchairas ou cases lunaires, très ressemblantes à celles des Arabes, et
(1) La Placb^ Exposé du système du monde, p. 330.
Davis, Sur les calculs astronomiques des Indiens, Mémoires de Calcutta t. II, p. 225; VI, 540; VUI, 195.
Bkntlet, sur Tantiquité du Sourja Siddhanta, et sur les systèmes astronomiques des Égyptiens. La meilleure autorité à consulter sur Tastronomie indienne est Colsbrookb, On the Notions ofHindu astronomers.
UITXIÈHB ÉPOQfJE.
pour le zodiaque les mômes constellations que les Ghaldéens, les Égyptiens et les Grecs. Gomment des nations d'une civilisation si différente purent-elles jamais se rencontrer dans une création aussi arbitraire ?
d^^^Doi ^° remonter jusqu'à Yao l'introduction de l'astronomie dans la Ghine; mais les éclipses véritables rapportées par Gonfucius dans la chronique du royaume de Lu, ne commencent qu'à l'année 776 avant J.-G., un demi-siècle avant celles des Ghaldéens. U y a toutefois apparence d'authenticité en faveur de l'observation de l'ombre faite par Tcheu-Kong vers 1100 avant J.-G, ; cependant, lorsqu'en 1699 les docteurs chinois disputèrent avec les jésuites, ils ne savaient pas encore calculer les ombres, et ce fut aux derniers que l'on confia la direction des observations dans la région du milieu du Géleste Empire (1).
Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'astronomie fftt une des premières sciences cultivées par les anciens ; cela s'explique par l'admiration qu'excite le spectacle des cieux, et par la facilité d'une science qui , n'admettant que des rapports de lieu et de distance, n'a besoin que des mathématiques. Mais ce serait bâtir sur le sable que de s'appuyer sur les données que nous fournissent les anciens. Les limites de constellations varient selon les auteurs, depuis Hipparque jusqu'à Tycho Brabé, à Hevelius, à Flamsteed, à Piazzi, et ne servent qu'à reconnaître l'emplacement des étoiles. On n'avait pas dressé avant Hipparque un catalogue des étoiles, seuls points fixes auxquels se rapportent les mouvements des colures et des planètes ; on n'avait pas mesuré d'après elles la révolution du Soleil et de la Lune. Dans l'Orient, on avait altéré on mal appliqué, sous le voile du mystère, quelques théories sans liaison. La Grèce seule, en émancipant la science du sacerdoce et l'art de l'hiéroglyphe, les poussa dans la voie assurée du progrès.
Astrologie Ce qul fit tort à l'astronomie, ce fut d'avoir été employée à sonder l'avenir de l'homme. Les Ghaldéens acquirent un grand renom dans cette vaine science. Les anciens distinguaient leur astrologie de celle des Égyptiens, qui avait, disait-on , pour inventeurs Pétosiris et Nécepsos. Les Occidentaux ne pronostiquaient l'avenir que d'après les phénomènes naturels et les observations météorologiques. L'astro-
(1) Voy. plus loin, Uv. IV.
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logie ne fut connue des Grecs et des Romains que par leurs relations avec TÉgypte. Un savant a entrepris de prouver avec beaucoup d'érudition que Tastronomie égyptienne ne prit un aspect nouveau et scientifique qu*à partir du moment oîi Técole d'Alexandrie se fut accrue, et que le zodiaque proprement dit y fut apporté de la Grèce, les Égyptiens n- ajrant eu jusque-là que des monuments astrologiques. Cette opinion peut s'appuyer sur les figures des astérismes , qui sont tout à fait grecques, sans aucune analogie avec les innombrables bas-reliefs de Fantiquité égjrptienne^ Gomme Ton sait, en outre, que jusqu'à . Ératosthône les Grecs n'avaient que onze signes, on est port<é à supposer que le zodiaque se perfectionna peu à peu parmi eux, et que, transporté ensuite dans le Delta, il fut complété par son application à des méthodes astrologiques (1). Ce n'est pas ici qu'il conviendrait de décider la question, et nous ne sommes pas compétent d'ailleurs pour nous en constituer juge. U nous suffit de l'avoir indiquée pour prouver combien il y a peu à se fier à cette science égyptienne si vantée et à ces zodiaques que Ton faisait naguère vieux de plusieurs milliers d'années. Il en fut de même des milliers de siècles rêvés par la vanité nationale des Égyptiens , et qui se réduisirent à de pures légendes de calendrier (2).
(1) Lbtronne, Observations physiques et archéologiques sur P objet des représentations zodiacales qui nous restent de Cantiquité; Paris, 1824. U a expliqué plus olairement encore son système dans le fragment de son Histoire de rastrologie, lu à l'Académie des inscriptions, et dans Tanaljse critique des représentations zodiacales de Dendérah et d*Esné; Psuris,
(2) Des systèmes en grand nombre ont été mis en avant pour expliquer les périodes égyptiennes et leur nature ; mais aucun d'eux jusqu'ici n'a été généralement adopté. Selon Oattbrer, suivi par Oœrres et par la plupart des Allemands, tout dépend de Sotkis, Sirius, étoile d'Isis, régulatrice de la grande et de la petite année. Les Égyptiens crurent d'abord que la Lune, accomplissant sa révolution totale en 309 lunaisons ou en 9,125 jours, revenait après 25 années civiles vers le même point de Sothis ; ils fixèrent la vie d'Apis à 25 ans de même que la durée du cycle, qui prenait son nom, à cause du passage de la Lune dans la constellation du Taureau pour arriver à Sothis.
Les 25 ans indéterminés excédant de 1 heure 13^42 " le véritable cycle lunaire, ils multiplièrent 25 par 20, et imaginèrent un nouveau cycle de 500 ans, au terme duquel cette fraction formait un jour. La vie du phénix est de 500 ans, selon Hérodote.
En comparant Tannée civile de 365 jours avec Tannée tropicale, supposée de 365 jours 1 heure i/4, 1,460 de ces dernières étaient égales à 1,461 des
DEUXIÈME ÉPOQUE
Nous ne pouvons toutefois que louer les prêtres égyptiens dans Tusage qu'ils faisaient des observations astronomiques pour déterminer Tépoque des inondations du Nil, et procurer d'autres avantages au pays qu'ils civilisaient, lis durent, dans
Hydrauiiqu*. cc but, étudier l'hydraulique, afin de niveler et de répartir également les eaux, tantpour l'irrigation que pour la navigation. Le canal des rois avait quatre ramifications ; son développement était de 165,000 mètres, et il pouvait porter même les gros navires. Âu-dessus de Memphis, le canal de Joseph, dérivé du Nil sur la rive gauche, aboutit au canal d'Uaon, qui se subdivise en une infinité de ruisseaux, et va porter la fertilité aux terres d'Arsinoé. Lorsqu'ils voulaient punir et dompter un pays , il leur suffisait de clore l'orifice qui lui conduisait l'eau. Un nilomètre servant à déterminer l'impôt était élevé dans la partie la plus haute du pays.
Géométrie. Les inondations les obligèrent à étudier la géométrie pour rétablir la délimitation des terres , continuellement altérée. Chimie. On fait dériver de Chemiy ancien nom de l'Égypte, le nom de chimie. Les progrès de cette science dans ce pays nous sont du reste attestés par les émaux dont ses momies sont couvertes, par le bleu de cobalt prodigué dans ses peintures, et en général par les couleurs si bien conservées après tant de siècles.
Momies. L'habileté des Égyptiens pour la conservation des cadavres
autres (en effets le rapport est de 1507 à 1508). De là la période sothiaque, figurée, selon Topinion la plus réoente, dans la vie du phénix.
Ce fut quand ils connurent la précession des équinoxes qu'ils ioTen* tèrent leiirs derniers cycles. Ils croyaient que cette précession était d'oo quart de degré chaque siècle ; de sorte que Tentière révolution devait être de 36,000 ans (en réalité le retard est d'un degré tous les 71 ans, et U période de 26,000 ans environ); alors ils y composèrent Tannée dite de Platon.
Les deux formes de la période sothiaque, c'est-à-dire 1460 et 1461, moiiipliées séparément par le cycle lunaire, donnèrent deux autres grandei périodes de 36,500 et de 36,525 ans. Nous avons donné de cette dernière une génération différente (voir page 119).
Les prêtres dirent & Hérodote que durant les 341 règnes avant Sétfaos, lê soleil changea quatre fois le point de son lever, se couchant deux fois où il se lève, et vice versa. On a expliqué dernièrement ce récit, en supposant que les prêtres auraient dit qu'il s'était écoulé deux périodes soUiiaques durant lesquelles le premier jour indéterminé de lïiant se troav* quatre fois à des points opposés, par l'effet de la révolution de l'année civile égyptienne comparée avec l'année fixe. L'explication, tout ingénieuse qu'eUe est, n'est pas entièrement convaincante et ne s'accorde pas bien avec les paroles d'Hérodote.
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est surtout célèbre. On faisait simplement dessécher, dans le natron ou dans le sel commun, le corps des gens appartenant à la classe pauvre, et on les entassait dans les catacombes, enveloppés de bandes d*une toile grossière; mais les riches, couverts de différentes couches de mousseline très fine, de feuilles d'or et d'un plâtre très léger, ornés de colliers, de figurines, de divers objets et de grands rouleaux de papyrus , étaient enfermés dans plusieurs caisses représentant par leur forme l'effigie du défunt (1). On rapporte
(i) Hérodote décrit ainsi rembaumement :
« Ils extraient d*abord la cenrelle par les narines, partie avec un fer recourbé, et partie en y introduisant certaines drogues. Ils ouvrent ensuite la poitrine avec une pierre d*Éthiopie très aiguS, et en tirent le ventricule ; celui-ci bien nettoyé, arrosé de vin de palmier et saupoudré de thymiates broyés, ils remplissent le ventre de pure myrrhe aussi broyée, de cassie, d'autres aromates, excepté Tencens mâle, et recousent le tout. Cela fait, ils dessèchent le cadavre en le laissant dans le natron pendant soixante jours, au delà desquels la dessiccation n^est pas permise. Après, ils lavent le corps mort, enveloppent tout son corps de bandelettes taillées d*nn linceul de lin enduit par dessous de gomme, dont les Égyptiens se servent beaucoup en place de colle. Les parents le reçoivent en cet état, font faire une caisse avec TefSgie humaine et Vy enferment. Puis il est placé debout contre la muraille, et conservé comme un trésor dans la cellule sépulcrale. C'est ainsi qu'ils préparent somptueusement les morts. Mais ceux qui veulent s'en tenir à un terme moyen, en évitant le luxe, s'y prennent de cette autre manière : après avoir introduit dans des seringues de Thuile de cèdre, ils en remplissent le ventricule sans incision ni extraction d'intestins. Tout est introduit par le siège, et l'on ferme au liquide les voies par lesquelles il pourrait se répandre au dehors. Le cadavre est ensuite desséché durant le temps déterminé, et, le dernier jour arrivé, on vide le ventre de l'huile de cèdre qu'on y avait introduite. La force en est si grande qu'elle entraine avec elle les intestins et les viscères macérés ; les chairs sont aussi macérées par le natron, et le mort n'a plus que la ))eau et les os. Cette opération terminée, le cadavre est rendu à la famille sans y faire autre chose. Le troisième mode d'embaumement, employé pour ceux qui ont une fortune inférieure, est celui-ci : on fait couler dans le ventricule une liqueur médicinale, le mort est desséché pendant les soixante jours, puis livré aux siens. Les femmes des personnages éminents et toutes celles en renom pour leur beauté et pour leur rang ne sont pas, aussitôt après leur mort, données à embaumer, de peur que les embaumeurs ne profanent leurs restes, attendu que l'un d'eux fut surpris, ditron, par un de ses confrères, abusant du cadavre d'une femme nouvellement décédée, et dénoncé par lui. i»
Nous croyons que l'on sera bien aise de trouver ici la relation d'une autopsie de momie faite à Paris, en septembre 1828, en présence de personnages distingués.
« La momie est celle de Naute-Maï (cher aux dieux), prêtre d'Ammon pendant plusieurs années. Elle était enfermée dans une riche boite de car-
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que les Éthiopiens revêtaient leurs cadavres d'une gomme si transparente, que les anciens les disaient enveloppés de verre. Les Égyptiens, ne possédant pas cette gomme, représentaient le mort sur la caisse qui le recouvrait. Les momies ainsi renfermées étaient déposées dans des catacombes creusées dans la roche vive. Les Arabes continuent depuis des siècles à les exhumer pour alimenter leur feu avec le bois et le carton, après avoir fouillé les tombes pour y chercher des trésors.
Les Égyptiens ne rendaient pas seulement ce dernier devoir aux hommes, mais encore aux animaux ; la chaîne libyque est percée de galeries longues de plusieurs lieues, larges de
ton, ornée de fleurs, avec figures de divinités et d^animaux symboliques, très ])ien conservée, attendu qu*elle était recouverte de deux autres caisses en bois.
a On vit à Touverture avec quels soins minutieux les Égyptiens arrangeaient leurs momies. Le développement successif des bandes qui entouraient le cadavre permit d*observer les différentes opérations exécutées par les embaumeurs. U parut donc : 1» qu*aprë8 la dessiccation par le natron, le corps, enveloppé dans un drap, avait été plongé dans le bitume bouillant, qui avait pénétré dans tous les membres, de manière à former, en se refroidissant, une couche de bitume solide, qui enveloppait drap et cadavre; la nuque seulement avait été exempte de Timmersion; 2« qu*après cette opération, chaque membre était enveloppé de bandes, les doigts d*abord, puis les bras et les jambes isolément^ enfin tout le corps, qui, au moyen de grands lés de toile placés sxu* le cou, sur la poitrine, les reins, Tabdomen, le dehors des bras, des cuisses, etc., et maintenus par d'innombrables tours de bande, reprenait la forme du corps vivant, dans ses justes proportions, palliant ainsi Texcesèive maigreur du cadavre, réduit à la peau et aux os par le natron.
« Le corps développé, il se trouva avoir la tête rasée comme la portaient les prêtres, les dents à leur place^ et un examen attentif fit juger que citait la momie d*un homme de quarante ans environ. Une feuille d'or lui couvrait la bouche ; une petite plaque d'argent la poitrine. De ses épaules pendaient des lanières de cuir colorié. La cavité des yeux était remplie de petits tampons de chiffons qui, de même que toutes les bandes, paraissaient imbibés d'huile de cèdre, puissant préservatif contre la corruption. L'intérieur de la tête était vide, et l*enveloppe du cerveau conservée dans toute son intégrité. Sur sa poitrine, entre ses jambes, et sur d'autres parties du corps, il y avait des traînées d'un bitume très loi- . sant. La préparation paraît remonter à plus de vingt-cinq siècles. »
Houlton a communiqué dernièrement à la Société médico-botanique de Londres, que Ton avait trouvé dans la main d'une momie égyptienne, ensevelie depuis 2,000 ans au moins, un oignon qui, ayant été planté, germa avec autant de vigueur que s'il eût été frais. Grande preuve de la longévité des plantes. Cet oignon ne diff'érait en rien des oignons ordinaires.
James Ray a trouvé au Pérou des momies tout à fait pareilles à celles de l'Egypte ; elles ont été placées au musée américain de Baltimore.
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sept mètres, et remplies d'ibis, d'éperviers, de chiens, de chats, de béliers, de chacals, de singes, embaumés. Dans la chaîne arabique, une grotte naturelle très vaste est pleine de crocodiles, de serpents, de grenouilles, jetés pêle-mêle dans une pâte résineuse. Dans le voisinage d*Aboukir, non loin de Hemphis, on voit une catacombe d*oiseaux et surtout d'ibis.
L*embaumement put être une mesure de sage prévoyance contre la putréfaction activée par le débordement du Nil, qui infecte aujourd'hui Tair d'Alexandrie. On a observé que les pestes survenues en Europe depuis le sixième siècle partirent de i'Égypte depuis que le christianisme y eut fait cesser les embaumements (1).
On serait porté à croire que les études faites sur les cadavres itéaed&e. devaient aider aux progrès de la médecine; mais la superstition même qui faisait conserver .avec soin des restes inutiles interdisait de les faire servir à connaître le mécanisme merveilleux de la vie, afin d'en prévenir ou d'en guérir les altérations. Le cadavre ne supportait pas d'incisions ; celui qui l'avait touché était considéré comme souillé, et les parasites qui lui ouvraient le flanc pour l'embaumer étaient en horreur au point d'être poursuivis à coups de pierres par les parents du mort. Toute la médecine se réduisait d'ailleurs à un pur empirisme, entourée qu'elle était de mystère , comme toute chose. On exposait les malades sur les portes, et les passants indiquaient les remèdes qu'ils croyaient opportuns. Ce fut ainsi que se formulèrent certaines recettes qui se transmettaient de père en fils , et que l'on employait sans beaucoup de discernement. Leur recueil constitua par la suite une médecine absolue et dogmatique, qui, ratifiée par la religion, obligeait les médecins à soigner les malades selon la méthode déterminée; celui qui s'en écartait était puni de mort, si le traitement avait un résultat funeste.
(1) Cette opinion f^t émise en France par le docteur Pariset, et ne fut tx>int contredite, que nouB sachions. Nous nous permettrons d^obserrer ; 1» que des cadayres et leur putréfaction produisent des miasmes, mais non la peste ; 2^ que les anciennes pestes étaient aussi venues de I'Égypte, et notamment la plus connue, celle d'Athènes, u On dit que Tépidémie commença dans TEthiopie, au delà de TÉgjpte ; que, descendant ensuite dans rÉgypteet dans la Libye... elle arriva à Timproviste dans la ville d* Athènes. » THXJCTDmB, liv. II, 48.
Voy. Pettiorbw, Hisiory of the egyptian mummies; Londres, 1834, iii-8. — Perrot, Essai sur les momies, hist* sacrée de VÉgypie; Paris» 1846, in*8.
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. Peut-être tant de rigueur n'était-elle applicable qu'aux cas de peste, de lèpre et de contagions semblables, au traitement desquelles les gouvernements les mieux constitués ont de tout temps imposé des règles sévères. Les Égyptiens ajoutaient à toutes les cures des opérations magiques, dont l'histoire sainte peut nous donner une idée dans les temps anciens. Ils connurent toutefois dans Thygiène la partie la plus importante de la médecine; car ils instituèrent et conservèrent un admirable système diététique (1). Littératart. Ce pcuple géomètrc, au contraire des Indiens à l'imagination vive, employait communément la prose, bien qu'il eût aussi ses poèmes et ses chants nationaux ; mais il ne nous est resté ou l'on n'a déchiffré encore aucun monument de sa littérature (2). Il faut en dire autant de sa philosophie, dont les fragments se rattachent à la théologie.
Nous trouvons encore l'unité de Dieu (3) au fond de la religion égyptienne. Un temple portait cette inscription : «Je « suis celui qui est, fut; sera ; aucun mortel n'a soulevé le <( voile qui me couvre. i> On lisait sur un autre : « Â toi qui « es une et tout, divine Isis (4).»
(1) Chacun peut Toir au musée d^anatomie comparée du Jardin des Plantes de Paris un tibia d^Égyptien fracturé et ressoudé par un moyen .chirurgical.
(2) On peut aujourd^ui citer comme un premier échantiUon des compositions littéraires des Égyptiens une légende publiée par M. E. de Rougé, sous le titre de : Notice sur un manuscrit égyptien en écriture hiératique, écrit sous le règne de Merienphtha, fils du grand Rhamsès^ vers le quinzième siècle avant /.-C; Paris, 1852, in-8. — E. Navillb, la Littérature de l'ancienne Égypte; Paris, 1871, in-8.
(3) C'est ce qu^afïïrment Hérodote, Porphyrb, Jambuqub, Plutarqub, Proclus.
(4) Les auteurs grecs et latins attribuent à Isis les qualités de tous les autres dieux : Kal i^ icspioxi^ 6à ténoç \éytxa\ icoXXaxtç* 8ià xal r^v ovoiôv xarapxix^v tôrov Ocûv xoiXoûatv, xal nf^v ^laiv ot AIy^htioi &ç icoXXwv 6c«v IStÔTTiTa; iceptéxovaav. Ainsi Simplicius, en commentant Aristotb, t. IV, Auscult. Phys, Apulée, au commencement du XI" Ifv., rappelle : Regina cœliy sive tu Ceres aima fi*ugumparens originalis... seu tu cœlestis Venus,.»