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RELIGION DES ÉGYPTIENS

Mais Tauteur des livres herméliques s*écriait : « 0 Égypte! « le jour viendra où ta religion et ton culte pur seront con- « vertis en fables ridicules, incroyables pour la postérité, et << les paroles sculptées sur la pierre resteront comme unique « monument de ta piété. » Sa prophétie fut vraie, puisque la religion dégénéra au point de n'en pas laisser apercevoir le plus sublime fondement. La caste sacerdotale, qui avait conservé cette croyance patriarcale, ne la communiquait qu'aux initiés, en l'enveloppant, du reste, de symboles pour la rendre inaccessible aux profanes, et pour imposer au vulgaire. Le symbole se confondait avec l'être môme, en multipliant les divinités; les légendes astronomiques et calendaires métamorphosaient les révolutions du ciel en exploits des dieux. Ajoutez à cela l'adulation, qui, ayant une fois placé dans les enceintes sacrées les statues des sages et des puissants, les égalait facilement à la Divinité , non sans doute dans l'esprit du prêtre, mais bien dans celui du peuple.

Lorsque ces prêtres, d'ailleurs, vinrent civiliser l'Éthiopie et l'Égypte, ils y trouvèrent un fétichisme grossier : les arbres, les animaux, le Nil, les constellations, y étaient adorés; les dieux et les croyances variaient selon les tribus, sans rapports l'une avec l'autre (1). Us ne purent ou ne voulurent pas déraciner ce fétichisme, et toutes ces divinités restèrent ensemble avec le dieu des Thesmophores ; il en résulta que les superstitions les plus grossières vécurent à côté des dogmes purs, mais ne se fondirent pas avec eux. Il faut donc distinguer la religion sacerdotale de celle du vulgaire, à laquelle

seu Phœbi soror.,, triformi facie larvales impeius comprimem^ terrxque claustra cohibens, Aillears il fait dire d*l8is : Cujus numen unicum.,. multifomd specie ritu vario, nomine multijugo totus veneratur orbis.,, L. IX. C*e8t pourquoi elle fut appelée Myrionyma, aux dix mille noms. Piqnorio rapporte cette inscription de Capoue : tb tibi una QUiB es omnia dba isis ARRius BALBiNUS, V. C. Voir ViscoNTi, Mtisco ChiaramoTiti,

Cela correspond à ce que dit Plutarque, D'Isis et Osiris, A Sais, le temple de Minerve, que Ton croit être la même qu'Isis, porte cette inscription : Je suis tout ce qui fut, est et sera; aucun nwrtel n'a jamais soulevé mon voile.

(1) Le culte des animaux est encore général en Afrique. Bossman a trouvé les serpents adorés à Fida, dans la Guinée, et quelques-uns tenus dans une enceinte à part, comme on le faisait en Égypte. Il en est de même dans le Sénégal et sur les côtes d*Éthiopie. Voy. An Essay on the superstitions, customs and arts common to the ancient JEgyptians^ Abyssinims and the Ashantees; Londres, 1821.

DEUXIÈME ÉPOQUE

peuvent seules s'adresser les railleries de ceux qui ne voient dans l'histoire que l'extérieur (1).

Les dogmes particuliers aux prôtres reconnaissaient un Être suprême, unique, qu'on ne peut représenter par des images corporelles. Plutarque nous dit que leur haute science consistait à regarder Phta comme le grand architecte de l'univers ; on adorait spécialement sa sagesse à Sa!s sous le nom de Néit, sa bonté dans Éléphantine sous celui du Knef, dont le symbole était un serpent roulé sur lui-même.

Ces attributs, passant à la doctrine exotérique, devenaient trois personnes : père, mère et fils; la force qui féconde, celle qui engendre, et le fruit. Nous avons déjà rencontré cette trinité dans les croyances babyloniennes et indiennes. Chaque temple figurait et nommait diversement sa trinité, et les habitants des territoires qui en dépendaient ne voulaient céder sur ce point ni à leurs voisins, ni môme à leurs vainqueurs ; ce qui faisait que la fusion ou la conquête conservait le plus souvent les divinités, dont le nombre augmentait ainsi étrangement.

La prédominance de Thèbes fit prévaloir la trinité dlsis, Osiris et Horus ; les symboles et les fables relatives aux autres s'y rattachèrent en telle profusion, qulsis fut appelée Myjnonyma, aux dix mille noms ; et l'on divulgua sur cette triade des mythes si divers qu'il est très difficile de les mettre d'accord.

Isis et Osiris, encore au sein de l'unité génératrice, produisirent Arouéris ou Horus; puis, sortis à la lumière, Isis trouve l'orge et le blé , Osiris invente les instruments aratoires, enseigne la culture sur les rives du Nil, y établit les lois, le mariage, le culte, et propage ensuite ces bienfaits en conquérant les peuples, non par la force, mais par la musique et la poésie. Cependant Typhon, génie du mal, cherche à lui ravir le trône, et, s'étant ligué avec les Éthiopiens, il le tue, le renferme dans une caisse, et le jette dans le fleuve. Isis le pleure, et court à sa recherche avec Anubis, engendré à Osiris par Nephti, sœur de Typhon. L'ayant retrouvé à Byblos renfermé dans un roseau, elle le rapporte en Égjrpte, et demande vengeance à Horus, leur fils. Typhon découvre le

(1) Champoluon, le Panthéon égyptien; Paris, 1823, in4. Oluvœr-Bbaureoard, les Divinités égyptiennes; Paris, 1866, in-8. E. DB Rouoi, Conférence sur la religion des anciens Égyptiens; Parii, 1869, in-8.

BEUGIOlf DES ÉGYPTIENS.

cadavre d'Osiris, le coupe en quatorze morceaux, et les disperse au loin. Isis parvient pourtant à les remettre ensemble, moins Torgane de la génération, auquel elle supplée par un phallus de sycomore, arbre qui, dès ce moment, devient sacré; puis elle ensevelit le cadavre à Philé, terre sainte. Osiris revient des enfers pour instruire son fils dans Tart de la guerre; celui-ci combat et vainc Typhon, qu'il enchaîne. Qui le croirait? cet ennemi est mis en liberté par Isis. Alors Horus, indigné, arrache à sa mère le diadème, qu'Hermès remplace par une tête de génisse. Typhon conteste la légitimité d'Horus, qui le défait, le chasse dans les déserts, et Horus est le dernier des dieux qui règne sur TÉgypte. On pourra, si Ton veut, voir dans ce mythe l'histoire de l'Égypte et la manière dont les tribus de pêcheurs et de pasteurs ftirent amenées à la connaissance de l'agriculture et de la Divinité, ou bien les révolutions physiques et astronomiques sjrmbolisant dans la double vie d'Osiris la double récolte du pays, ou la marche différente du Nil dans les accidents de son cours, ou enfin le soleil montant et descendant sur l'équateur (1).

De quelque manière qu'on l'entende, il paraît que la théogonie égyptienne se fondait sur l'émanation. De huit dieux supérieurs, il en naît douze intermédiaires, et de ceux-ci sept inférieurs. Les grandes divinités sont des intelligences immatérielles que la seule raison peut comprendre; elles contiennent en elles le principe du monde réel, et leur lumière s'épanche en une série de gradations qui la représentent plus ou moins. Les dieux du second ordre dérivent des premiers, avec quatre de plus. Les incarnations viennent au troisième rang : divinités qui naissent, accomplissent leur mission, puis retournent au ciel, où elles se montrent sous forme de constellations.

Le développement successif de l'Être infini pour se répandre graduellement dans toutes les sphères, môme inférieures, et pour vivifier par sa présence jusqu'aux moindres parties du grand tout, est représenté sous la forme historique des incarnations toujours plus parfaites jusqu'à la forme de

(1) Plutarqub dit que les Égyptiens comparaient cette trinité au triangle rectangle qui a quatre parties de base, trois de hauteur, cinq d'hypoténuse. La base représente Osiris, Tautre côté Isis, Thypoténuse Horus (D'Isis et Osiris). On sait que Platon, dans sa Hépubliqxte, exprimait par cette figure Temblème rationnel, emprunté certainement à TBgypte.

DBUXIÂIIB ÉPOQUE.

l'homme, sous laquelle Osiris meurt, renaît, et redevient l'auteur et le conservateur du monde visible.

Osiris, bienfaiteur et sauveur du peuple , devait rester le modèle des rois qui, élevés dans une vie innocente au sein du temple, servis, non par des esclaves, mais par les fils des prêtres, étaient initiés aux grades supérieurs de la doctrine secrète, avant de monter sur le trône à Tâge de vingt ans révolus. On les assujettissait alors à d'invariables prescriptions; on les appelait eux-mêmes prêtres ; on leur faisait un devoir de se montrer bienfaisants comme leur modèle, et, comme lui, après leur mort, on les consacrait avec de Teau du Nil (1). C'est ce qui put faire confondre avec le dieu, dans les chansons populaires et les représentations religieuses, quelque Pharaon plus digne de la gratitude nationale, et donner naissance à l'opinion qu'Osiris était un ancien roi.

Chaque ville avait ses divinités particulières : Thèbes, Âmmon ; Memphis, Phta ; Éléphantine, Knef ; Kemmis, Kern ; Sienne et Sité, Saté ; Bubaste, Bubastis ; Saïs, Néit. Celles de Thèbes, de Memphis et d'Éléphantine prévalurent; mais, en général, c'étaient Isis, Osiris et Horus.

Nous avons attribué la prédominance de cette triade au triomphe de la tribu dont elle était particulièrement révérée. Plus tard, au temps des Ptolémées et de la grandeur d'Âlexandrie, prévalut Sérapis, qui hérita de toutes les attributions d'Osiris ; ce fut lui qui devint le maître des éléments, le souverain des eaux, des puissances terrestres et infernales, le dispensateur de la vie et le juge des morts, bienfaisant et terrible, dieu de la joie et des ténèbres. Sa figure, représentée d'abord, comme celle des génies de la nature, par des canopes, c'estrà-dire par des vases sphériques surmontés d'une tête d'homme ou d'animal, se métamorphosa plus dignement en un dieu au visage sévère, ayant le muid sur la tête, et à son côté un monstre enlacé d'un serpent à la triple tête, de chien, de loup et de lion.

Les profanes ont aussi raconté sur lui d'étranges fables ; mais son oracle, consulté par Nicocréon, roi de Chypre, répondit : « Je vous dirai quel dieu je suis ; écoutez. La voûte (( des cieux est ma tête, mon ventre est la mer, mes pieds « sont sur la terre, mes oreilles dans les régions de l'éther

(1) Strabon,J XVII. — Plutarqub, lyisis et Osiris; Diodorb ds

SiCILB, L

REUOION DES ÉGYPTIENS.

« mon œil est la face splendide du soleil qui voit au loin (1). » Peut-être Tenseignait-on ainsi dans ses mystères, qui se propagèrent beaucoup, môme chez les Romains.

De môme qu'Osiris offrait le modèle d'un prince, Hermès était celui du prêtre, ministre de la science et de la religion. La réunion de ces deux types forme le lien symbolique entre le glaive des Pharaons et le bâton sacré des prêtres. Thaut ou Hermès, trois fois très grand [trismégiste)^ existait avant toutes choses; lui seul, il comprit la nature du Démiourgos, et déposa cette connaissance dans des livres, qu'il ne révéla qu'après la création des âmes ; puis il vint en aide au pre* mier auteur, et façonna les corps qui devaient être réunis aux âmes, ajoutant à celles-ci la douceur, la prudence^ la modération, l'obéissance, l'amour du vrai. Il écrivit l'histoire des dieux, du ciel et de la création ; il communiqua la science à Gaméphis, aïeul d'Isis et d'Osiris, et il accorda à ceux-ci de pénétrer les mystères de ses livres, dont ils gardèrent pour eux une partie, et gravèrent le reste sur des colonnes (2), comme règle pour la vie des hommes.

Ces premiers écrits furent ensuite traduits en hiéroglyphes et en langue vulgaire par le second Hermès ou Thaut, deux fois grand, inventeur de l'écriture, de la grammaire, de l'astronomie, de la géométrie, de la médecine, de la musique, de l'arithmétique et de tous les arts qui embellissent la société. U trouva la lyre, et constitua la caste sacerdotale, à laquelle il confia ses livres sacrés ; il est, en un mot, le symbole des Thesmophores, instituteurs de l'Égypte. On accumula sur lui, dans la suite, beaucoup d'idées astronomiques, physiques et morales, combinées avec des faits historiques, en confondant Hermès, Thaut, Anubis, l'étoile de Sirius (le chien vigilant). Mercure (le conducteur des âmes).

Les livres d'Hermès sont perdus, et les anciens nous don- ,j^!ÏJ5JJ„, nent des renseignements très divers sur la philosophie qu'ils contenaient. Selon le stoïcien Ghérémon, qui vécut sous

(1) MAoaoBB, Satum,, I, 26.

(2) Manbthon dit que les colonnes hiéroglyphiques de Thaut étaient ti £v)pia5ix^ Y^. Les interprètes ont en vain cherché où se trouvait cette terre sériadigùe; nous ne saurions le dire ; nous avertirons seulement que le Juif Josèphe raconte comment le patriarche Seth, ayant appris d* Adam qu'il surviendrait un déluge d*eau et de feu, afin de ne pas laisser périr les connaissances primitives, surtout celles de Tastronomie, les grava sur deux colonnes, une de pierre, Tautre de brique, qui subsistaient dans la terre de Siriad, «atà t^v £ipid<8a. ÀrchéoL, I, o. ii, g 3.

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Tibère et accompagna en Égypte Élius Gallus (4), ils ne reconnaissaient d'autre monde que le monde visible, d'autre existence que l'existence matérielle, d'autres dieux que les astres, dont les révolutions étaient figurées dans les divers mythes, et qui dirigeaient toutes les actions humaines. Les néo-platoniciens lavèrent les Égyptiens de ce sabéisme matériel, et supposèrent (en leur appliquant des noms et des idées plus perfectionnés et plus modernes) qu'ils croyaient à une intelligence subsistant par elle-même (vo\3(; ^.dyoc) ; intelligence démiurgique d'abord, supérieure et antérieure au monde, puis divisée, éparse dans toutes les sphères (2). Le sens originaire des livres hermétiques semble avoir été une intuition simple mais profonde de la nature, considérée comme vivante et identique dans toutes ses parties. La lutte de la matière et de l'esprit, du physique et de l'intellectuel, se manifesta plus tard, et par suite les savants égyptiens se seront partagés entre différents systèmes, ainsi que les Indiens (3).

Dieux, esprits, âmes, tout en un mot, selon la doctrine hermétique, se développait dans l'espace et dans la durée, formant un système de gradation qui se résolvait dans l'unité, comme leurs pyramides finissaient en pointe. Le ciel est réparti entre trois ordres de divinités : six ordres de démons sont au centre de notre monde, d'où ils communiquent leurs vertus propres aux animaux et aux plantes ; d'autres régissent les sphères et les astres, intermédiaires entre l'homme et la Divinité.

Aussitôt qu'une âme veut abandonner le sein du Père suprême, celui-ci la confie à un démon tutélaire qui l'accompagne toute la vie, dans laquelle cette âme oublie son origine divine, et contracte des souillures dont elle doit se laver pour retourner pure au séjour des bienheureux. Les démons l'assistent encore après la mort, et l'on couvrait les cadavres d'amulettes pour les recommander aux bons et pour éloigner les méchants. Considérant la vie comme un court pèlerinage à l'égard de l'éternité qui nous attend au delà de la tombe; ils prenaient moins de soin à construire leurs maisons que leurs

(1) Voy. Porphyre, Epistola ad Anebonem JEgyptium, dans la préface de Jamblique, de Mysteriis; 1821.

(2) Voy. principalement Jambuque, de Mysteriis MgypU, p. 305. — EusÀBB, Pr4fp. evang,, m, 4.

(3) GK7IQNIAUT sur Creuzer, liv. III, p. 873.

RBUGIOM DBS ÉGYPTIENS.

tombeaux, ces pyramides et ces vastes nécropoles près de Thèbes, Lycopolis, Memphis, Abydos, dans lesquelles Thomme devait passer d'innombrables années sous le sceptre d*Osiris et dlsis. Avant d'y pénétrer, Thomme doit se présenter au jugement d*Osiris. Ceux qui se sont conservés bons durant cette vie montent aux sphères après neuf ans de purgatoire (1) ; ceux qui obéirent aux appétits sensuels devront recommencer trois fois la vie, et subir la transmigration dans le corps des animaux, jusqu'à ce que tous, après trois mille ans, retournent dans le sein de Dieu.

Les rites funéraires attestent les croyances d'un peuple et son degré de civilisation. Le Grec brûle les cadavres, enveloppe matérielle de l'esprit (2), qui s'élève avec la flamme en laissant la matière à la terre d'où elle est sortie. Les disciples de Zoroastre et les Tbibétains livrent les morts en p&ture aux oiseaux dans des enceintes aux murailles élevées, pour que leur contact ne souille ni le feu ni la terre. Nous autres, nous rendons la terre à la terre comme une semence pour l'avenir; ce soin pieux nous rend cher le champ du repos où l'amour qui survit va chercher la personne aimée, bien mieux que s'il avait à errer dans l'immensité de l'espace.

C'est & tort cependant que l'on a voulu déduire des précautions que prenaient les Égyptiens pour conserver les momies, qu'ils ne croyaient pas & l'immortalité de l'âme et pensaient qu'elle périssait avec le corps. Le contraire est prouvé par les jugements des morts, la lutte entre le bon et le mauvais ange, et un amenli ou acU, enfer des âmes. Peutôtre supposaient-ils que celles-ci ne se séparaient du corps que lors de sa décomposition, et s'ingéniaient-ils, par ce motif, & les maintenir unies, afin d'éviter les pénibles transmigrations qu'elles étaient obligées de subir jusqu'au moment où elles devaient renaître dans un corps humain ; peutêtre était-ce une application matérielle de la croyance ou du pressentiment delà résurrection du corps, et cette pensée aurait fait conserver soigneusement des restes que le souffle d'une vie immortelle ranimerait un jour.

Il est probable qu'Hérodote ne nous a pas transmis la formule rituelle des embaumeurs, par respect pour les mystères ; mais Porphyre, plus récent et moins scrupuleux, raconte

(1) PiHDARB, Olymp., II, 109.

(2) Les anciens poètes italiens appelaient le corps soma ou salma, somme, fardeau.

DEUXIÈME ÉPOQUE

qa*après Textraction des viscères, que Ton déposait dans un coffret, ils se tournaient vers le soleil, et que Tun d'eux criait : « Soleil Seigneur, et vous, divinités qui donnez la vie, (c accueillez-moi et consignez-moi aux dieux infernaux, afin (c que j'entre dans leur séjour, parce que je n*ai jamais cessé « de révérer les dieux, dont mes parents m'ont enseigné le (C culte. Tant qu'a duré ma vie, j'ai toujours honoré ceux qui « m'ont engendré; je n'ai jamais fait périr personne, nié un « dépôt, ni porté autrement dommage. Que si j'ai failli en (( mangeant ou en buvant des choses prohibées, je n'ai pas (( péché pour moi, mais pour cette portion de mon corps. » Ces paroles prononcées, on jetait le coffre à l'eau, et le corps, embaumé comme chose pure, était placé dans les nécropoles ou cités des morts, pourvu que le jugement eût déclaré le défunt bon et pieux.

Rien n'est plus difficile néanmoins que de déterminer, dans la mythologie égyptienne, la limite, où l'astronomie fait place au mythe, l'allégorie à l'histoire, la personnification à la réalité, d'autant plus que beaucoup de ses personnages fabuleux passèrent chez les autres nations en y subissant toujours de nouveaux changements. Nous n'entreprendrons pas de rechercher si Memnon, fameux par sa statue parlante (1), fut soit un pharaon, soit un dieu, soit le génie du

(1) Lbtronnb {Mémoires de t Académie des inscript, et belleS'letires, t X, année 1833, puis dans un ouvrage séparé, sous le titre de Statue vocale de Memnon) détruisit la supposition d*une t^ude dans le phénomène de la statue de Memnon. Il dit qu'Aménophis m fit placer devant l'édifice appelé Amenophium deux énormes colosses monolithes pareils de matière et de dimensions, qu'aucune particularité ne distin^ruait de tant d'autres. Celui qui était placé au nord fut brisé par moitié dans un tremblement de terre, Tan 27 avant J.-C. ; après quoi, la partie restée debout faisait entendre un eon au lever du soleil. Les voyageurs y firent attention ; quelques-uns, comme Strabon, crurent que c'était une firaude ; mais quand on reconnut que l'art n'y était pour rien, la curiosité et l'étonnement s'accrurent. Les poésies et les légendes se multiplièrent; les Grecs, habitués à composer l'histoire avec les homonymes, dirent que c'était la statue de Memnon, parce qu'elle se trouvait dans les Memnonia, ou quartier des tombeaux, et que chaque matin ce fils de l'Aurore saluait sa mère. Bientôt la célébrité du colosse et de sa voix surpassa celle de tous les autres monuments de Thèbes; aussi, de Néron à Septime Sévère, les jambes et le piédestal se couvrirent-ils d'inscriptions attestant l'admiration des curieux. Septime Sévère crut qu'il serait bien de restaurer le colosse^ dans l'espoir que sa voix augmenterait de volume et contribuerait mieux que les persécutions à remettre le paganisme en honneur; mais cette opération, au lieu de ranimer la voix, l'éteignit pour toujours.

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