‹ Histoire universelleChapitre 53 sur 79 · BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX-ARTS

théorie spéciale, plus ou moins claire, inspirée, mathématique et poétique, c'est-à-dire plus ou moins remplie de vérité.

Le nomade, qui de pâturage en pâturage conduit son troupeau, ne peut songer à des édifices stables. Le sauvage de la Nouvell^Zélande n'a besoin pour s'abriter contre les intempéries que d'un trou, qui n'est guère plus grand que celui qui sert à l'ensevelir. Le Tartare, qui n'a d'autre richesse que ses troupeaux, se fait avec leurs peaux une cabane qu'il enlève au moment de voyager, et dont il couvre son char; cependant le beau idéal existe partout, c'est-à-dire une pensée grande et belle arrive à l'âme au moyen d'une forme. Et puisque le beau idéal est la révélation de la présence divine dans un objet visible, la religion est à ce titre la source première, et le culte la forme générale du beau ; puis viennent, par ordre, la poésie et l'histoire.

La religion domine dans les formes plastiques de la croyance d'un peuple; la poésie est la peinture parlante; comme la peinture est une poésie muette. Homère et Dante, non moins que Kalidasa et les Hermès, inspirent des monuments dans lesquels l'image qui frappe le regard traduit l'image pensée. Les guerres des Pandous et des Kourous, les victoires de Sésostris et l'expulsion des Hyksos étaient retracées par les Indiens et les Égyptiens, comme la bataille de Marathon dans le Pœcile par les Athéniens, la ligue lombarde par les Milanais lors des premiers essais de l'art renaissant, et la conquête des Normands par les Anglais sur les tapisseries antiques. L'art, toujours inspiré par les mêmes sentiments, a marché d'un pas uniforme dans les pays les plus éloignés.

Plus que tout autre art, l'architecture s'inspire du carac- Arcwtectuwi. tère national. Les grottes où s'abritèrent les hommes après le déluge furent aussi les premières voûtes courbées par les mains de la Providence pour abriter l'image de la Divinité ou le cadavre des morts ; c'est pourquoi chez toutes les nations on trouve quelques antres sacrés. La Grèce se rappelait ^«•Jj^**'^'* la grotte du Parnasse, dédiée au dieu Pan et à la nymphe Corcyre; le labyrinthe, excavation souterraine, servait au culte de Jupiter. Épiménide de Crète passa quarante-cinq ans dans une caverne; dans une autre, Minos reçut ses lois delà main de Jupiter. Le Caucase est plein de grottes. Reineg en décrivit un grand nombre près la ville de Gori, où l'on trouve Uphltziéché, c'est-à-dire la cité des seigneurs, dont

DEUXIÈME ÉPOQUE

les portes, les rues, les temples, les murs sont creusés dans le roc. Il eu existe de même dans la Géorgie, à Cuba, à Podrona, et un rocher, dans le district de Badill, contient plus de mille cellules ; le Paropamise est percé de toutes parts, soit pour le culte, soit pour des usages domestiques. Hock et Le Bruyn ont visité les souterrains de Banian (1); on en trouve dans les hautes montagnes de Mahou, avec des couleurs parfaitement conservées ; ils sont plus multipliés dans rÉthiopie, dans llnde et TÉgypte ; tout le monde a entendu parler de ceux que Ton trouve à Rome, dans TÉtrurie (2) et les lies de la Méditerranée.

Ainsi la première époque de l'art, celle des troglodytes, se présente uniformément chez tous les peuples, à quelque distance qu'ils soient. On peut rapporter à cette classe les innombrables tombeaux souterrains que Ton trouve, à partir de la Mésopotamie, dans le pachalik d'Orfa, dans TAsie Mineure, dans la Lycie, où était Patare, dans l'Arabie Pétrée, en Égypte, sur les côtes de Gyrène, à Malte, à Gozzo, en Sicile, dans la Gampanie (3), dans l'Étrurie maritime, dans la France méridionale, dans le Morbihan, enfin dans la Cafrerie (4), et jusque chez les Hottentots (5). Ag« La seconde époque est celle des constructions cyclopéenûopéva, ^^^^ ouvrages gigantesques attribués à une race d'honunes plus robustes, appelés cyclopes» Souvent isolés, ils se composent de blocs bruts, soutenus par leur propre masse et disposés en forme de tours, ou d'enceintes de gros piliers réunis au moyen de longues pierres s'étendant de l'un à l'autre en manière d'architraves, ou enfin de murailles avec des portes. Quelques-unes de ces murailles sont en pierres de toutes grosseurs, telles que la nature les façonna, soutenues par des éclats et des cailloux qui en remplissent les interstices.

(1) Veterif Media et Persùt monumenta*

(2) Un hypogée très remarquable est celai qui existe dans le bourg des Piesolani, au-dessus de l'antique Fiesole; il est crettsé dans ime pierre sablonneuse, compacte, aux couches séparées^ et aujourd'hui il se templit facilement d*eau. A quoi pouralt-il sertir t On Tignord. Voyi Taroiohi To«- BBTTt, Viaggio in ïotcana, toL I ; Nuovo giomaU deî lUtei^ati; Pise, 1826,

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