BEAUX-ARTS DANS L*INDE ET DANS L*ÉGYPTE
sormais que de magnifiques ruines, reproduisait ce théâtre des amours de Siva. Le temple proprement dit est une pyramide détachée, bien que prise sur la roche môme; elle est entourée de statues d*hommes et d*éléphants qui, dans des attitudes différentes, soutiennent des fardeaux et font jaillir Teau de leurs trompes. Le temple est précédé d*un grand nombre de cours, avec des puits et des obélisques ou des colonnes isolées, la plupart surmontées d*un lion. Devant rentrée du palais est accroupi le bœuf sacré ; un pont taillé dans le roc, qui conduit aux étages supérieurs , fait baldaquin sur la tète de Bavani, femme de Siva, siégeant de côté entre deux éléphants, dont les trompes se joignent en arc au-dessus de sa tète. Ici; on voit, pour la première fois , les fenêtres , inusitées dans les monuments de la manière primitive, et enfin une petite voûte. Le Kèlaça communique avec des labyrinthes mystérieux dans lesquels aucun voyageur, quelque hardi qu'il fût, n'a osé pénétrer.
Nous ne ferons que mentionner la grotte des Avatars, ou des dix incarnations de Yichnou, pour parler du temple le plus renommé de tout l'Hindoustan, la maison de Visomkarmdn. Ce dieu des arts, fils de Brahma et son architecte, l'inspirateur des soixante-quatre métiers, a trois yeux ; une tiare de pierreries, des colliers, des bracelets d'or, parent ses membres nus, d'une blancheur éclatante. Assis à l'européenne au fond de son temple, sur un siège soutenu par deux lions et élevé sur une estrade, il est dans l'attitude de la méditation ; à ses côtés, deux serviteurs tiennent le chasse-mouches. Huit génies, nus aussi, voltigent dans la niche voûtée où il est placé, et derrière laquelle se voit un autel circulaire surmonté d'un globe conique. Deux rangées de gros piliers forment deux nefs latérales, aussi sombres qu'étroites , dont la voûte est plate et basse, tandis que celle du milieu est à cintre aigu imparfait, et se termine en abside, dans le genre des l)asiliques romaines. Un ornement de bas-relief se continue par tout le temple. Au-dessus est une rangée de statuettes assises sur la plinthe, au point où se terminent les arêtes de la voûte, qui ne se croisent pas comme chez nous, mais s'étendent parallèlement comme les cercles d'un tonneau (1)^
(i) « Ce temple, consacré d'abord à Bouddha, dit M. Lanqlois, a dû être ensuite occupé par les sectateurs de Siva, qui ont sculpté à gauche leur obscène symbole, et à droite leurs pygmées difformes, célébrant Tunion chameUe de leur dieu et de leur déesse. Mais on y chercherait vainement
DEUXIÈME ÉPOQUE
La description de tous les édifices signalés dans THindoustan par les voyageurs ne saurait entrer dans le plan de cet ouvrage; ce que nous en avons dit suffit pour donner une idée de leur style, et pour suivre les progrès de l'art. Nous ajouterons seulement que parmi les temples de Hle de Salsette, où la montagne de Keneri, comme la chaîne Libyque de rÉgypte, est partout creusée en grottes pratiquées l'une sur l'autre, il en est un qu'occupèrent autrefois des moines portugais. On rapporte que l'abbé et ses religieux, s'étant munis de vivres, de lumières et d'un fil, voulurent pénétrer dans un labyrinthe qui y aboutit ; mais ils errèrent durant sept jours sans pouvoir trouver une issue ni autre chose que des puits et des cellules. Les Brahmanes assurent qu'il passait sous la mer^ et mettait en communication un grand nombre de pagodes. On cite dans l'Hindoustan d'autres routes souterraines de ce genre, qui, en temps de guerre, auraient servi aux prêtres pour gouverner secrètement le pays.
Nous avons vu jusqu'ici l'art attaché à la terre ; voyons-le maintenant élever les blocs de pierre et les disposer symétriquement à ciel découvert.
Les premières pagodes de ce genre sont des constructions cyclopéennes, faites de rocs énormes superposés et allant en diminuant, de manière à former des pyramides à quatre pans, mode de construction aussi facile que solide. Le Ramesouî'am, dans l'île de Ramesour, est si antique, qu'on le prétend bâti par Rama. Il est construit de blocs tour à tour horizontaux et transversaux, couverts extérieurement de sculptures; les murs ont jusqu'à 33 mètres de hauteur, et ils sont surmontés par un portique soutenu par 2,500 piliers d'une architecture très bizarre, aux sculptures cosmogoniques.
La pyramide de Tandjor, que lord Valentia appelle le modèle le plus remarquable dans l'Inde des constructions de ce genre, s'élève à 61 mètres sur une base de 40; elle abonde en bas-reliefs et en statues, quoiqu'elle n'ait à l'intérieur qu'une salle rustique, qui n'est pas môme polie au ciseau. A partir du pied, un massif d'une largeur égale aux deux tiers
ces croix que donne la gravure des Rechmhes asiatiques^ et que reproduit Langlès, tirant de cette circonstance des conséquences qui tombent d'ellesmêmes. Il est évident que le temple de Visouakarmftn est bouddhiste; il est donc postérieur au sixième siècle avant notre ère, comme il doit être antérieur au neuvième de cette même ère. >«