BEAUX-ABTS DANS L*INDE ET DANS L*ÉGTPTE
de la hauteur de Tédifice monte d*abord tout uni jusqu*à un quart de Télévation totale, puis il diminue graduellement de 5™,33 ; il est enfin couronné d'une coupole assez légère et d'une boule métallique avec une pointe. A chacun des seize étages est une rangée de piliers et de corniches qu'interrompent des fenêtres surmontées de trèfles et de rosaces. Lors de certaines solennités, on les remplit de lampions, et ces fenêtres donnent le spectacle d'une illumination non moins fameuse dans l'Inde que celles de Pise et du dôme de Saint- Pierre en Italie. La façade est ornée de momies dans des postures symboliques , de huit bœufs , et d'une rosace à la manière gothique. Sous le péristyle carré, une troupe de taureaux font cortège au bœuf colossal , d'un seul morceau de porphyre bronzé, haut de 4",33 et long de 5", 33. Dans les grandes fêtes, les Indiens dansent encore autour de lui, le peignent de difiTérentes couleurs , et lui suspendent ^au cou des guirlandes. Ils croient qu'il se lève chaque nuit pour faire le tour de la pagode-monde, mise sous sa tutelle; de même que Siva fait une fois l'an le tour de la cité, traîné sur un char élevé par des taureaux, au milieu des hurlements effroyables d'un peuple de pèlerins (1).
Les mahométans n'arrivent jamais au milieu des merveilles de l'Inde sans tirer le canon contre les sculptures. Ce fut ainsi qu'ils détruisirent le temple de Soumnat, merveille de l'Asie, dans lequel 56 piliers couverts de lames d'or et de pierres précieuses soutenaient la voûte de la chapelle, où Ton voyait une idole d'uu seul morceau et d'une hauteur de 50 coudées.
La pagode la plus remarquable sous le rapport de l'art est Pagod* mocelle de Brahma, à Schalembroum, à 27 milles de Pondichéry. On lui attribue quatre mille ans d'existence. Quatre portes y donnent accès, et chacune d'elles est surmontée d'une pyramide, ayant 37 mètres de hauteur; formant un carré long de l'orient à l'occident^ qui n'a pas moins
(1) On aperçoit là quelque trace du cintre aigu, de môme que près de Madras dans la grotte de Talicot. La voûte apparaît, comme nous Tavons dit, dans le temple de Visouakarmftn. Il existe sur le fleuve Kaveri des débris d'un pont détruit, qui dut avoir 100 mètres de long; il était formé de larges pierres ayant 66 cent, de largeur sur 6">,66 de hauteur, placées de champ sur des colonnes de granit noir; c'est Tunique point cintré que Ton connaisse chez les Indiens. Le Brahmane Ram-Mohun-Roy, en 1831, publia à Londres : Bssay on the architecture of the Hindoos, où il traite des antiques règles de constructioD, appU^l^^^s pagodes modernes. HIST. UNIV. — T. 1. 31
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de 760 mètres sur 320, elle est entourée de trois murailles concentriques, construites en briques et revêtues de pierres de taille. Quatre portes sont soutenues chacune par deux piliers hauts do 15 mètres, d'un seul morceau; leurs deux chapiteaux, éloignés Tun de Tautre de 9 mètres, sont réunis par une chaîne en pierre , transversale et mobile, de vingtneuf anneaux. Caylus prétend que les piliers et la chaîne sont faits du môme bloc, dont la longueur devait être au moins de 20 mètres ; et il y en a quatre ! Des lions de style égyptien figurent dans les corniches appuyées sur les piliers, qui sont surmontés de quatre pyramides à s6pt étages, divisés par autant de larges bandes de métal sur lesquelles les sculptures sont en profusion. Trois cloîtres successifs renfermés dans cette enceinte ont au milieu une cour intérieure dans laquelle se trouvent trois petits temples semblables, avec des péristyles chargés de sculptures et une étroite cellule, en pierres énormes, éclairée par des lampes, où Ton adore le lingam, Yichnou et Brahma.
L'entrée du temple de ce dernier dieu est décorée de cinq piliers de bois de sandal , que les Brahmanes disent être le symbole des cinq castes et des cinq éléments; ils disent aussi que les 18 pouranas sont figurés par les 18 piliers du même bois qui divisent le temple, au fond duquel le dieu invisible, mais présent comme F air que Fon respire, siège sur un trône d*or. De même, les 5 voyelles ou syllabes sacrées sont rappelées par la forme et la couleur des dalles de marbre qui pavent le sanctuaire ; les 9 globes dorés qui surmontent cette salle d'or signifient les 9 ouvertures du corps humain et les 9 incarnations de Yichnou. Le toit est soutenu par 64 cartouches, nombre égal à celui des métiers brahmaniques; puis 96 barreaux, correspondant aux 96 modes de la pensée humaine, forment la grille dont est environné le sanctuaire symbolique. Des chapelles, des pagodes, des piscines régénératrices, entourent le temple.
Parvati, femme de Siva, a là aussi un temple splendide, où sa statue est chaque jour baignée dans une eau que les pèlerins boivent ensuite dévotement. Une salle, appuyée sur 100 colonnes, sert de tabernacle, quand la déesse, portée en grande pompe, vient visiter la chapelle des joies sans fin ou de rétemité. Une forêt de colonnes, les innombrables sculptures, les portiques, les lames d'or, les inscriptions, tout est d'une étonnante bizarrerie dans ce temple, qui est comme le
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modèle de tous les autres. Caylus et Maurice y ont signalé une foule de rapports avec ceux de Tantique Egypte. Les Français avaient fait de Schalembroum une caserne ; le tabernacle servait de salle de bal. Assiégés dans la place, ils durent la céder aux Anglais, qui y rétablirent les Brahmanes.
G*est précisément parce qu'ils servaient de demeure à ces derniers que ces édifices prenaient de si grandes proportions, au point de ressembler à des villes. L*Hindoustan en conserve beaucoup de ce genre ; il nous suffira de rappeler Jagrenat, sur la côte d*Orissa, dans le Bengale, immense carré de portiques et de cours à double rang de piliers qui soutiennent deux cent soixante-six arcades entourées de statues noires d'une masse extraordinaire. Il a quatre portes vers les points cardinaux, et, autour, des bosquets parsemés d'oratoires , de pyramides et de piscines sacrées pour les ablutions habituelles des pèlerins. C'était là que résidait le pontife suprême du brahmanisme ; Jagrenat est révéré aujourd'hui à l'égal de la Mecque. Tout Indien doit l'avoir visité au moins une fois en sa vie, et l'on y rencontre souvent jusqu'à 200,000 pèlerins. On raconte que l'idole fut l'ouvrage de Vichnou, qui, transformé en charpentier, avait demandé à y travailler seul et sans témoins ; mais le roi, qui lui avait commandé la statue en expiation de ses péchés , pris de curiosité, comme la Psyché grecque, mit l'œil à une fente de la porte. A peine eut-il regardé que le dieu disparut, laissant son œuvre grossièrement .ébauchée (1). Le bœuf de Siva élève son énorme masse au milieu du temple, sur les os du dieu Krichna, renfermés dans le bois de sandal. Quand on le promène hors du temple, des milliers d'Indiens se pros* tement, et beaucoup se font écraser sous son char. La pagode principale a sept étages, qui vont en diminuant jusqu'à une hauteur de 115 mètres; elle se termine en voûte arron* die, couverte de cuivre doré, avec des rosaces figurant deui larges queues de paon. L'ensemble des édifices dont se compose le temple présente un coup d'œil sans égal ; il annonce de loin au navigateur le voisinage de la côte, qui est très basse dans cette partie du golfe du Bengale.
En lisant la description de semblables monuments, on trouve le récit d'Hérodote moins incroyable, lorsque cet his-
(1) La très légère taxe imposée par le gouvernement anglais aux pële^ tins de Jagrenat produisit, dans les dix-sept ans qui précédèrent 1830, la somme de 100,000 liv. st.^(2,500,000 fr.)
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torien raconte que Sémiramis fit tailler le mont Bagistan de manière à la représenter au milieu de plusieurs centaines de guerriers.
Les formes symboliques sont conservées dans tous ses édifices : le nombre quatre et le carré sont la base de leur harmonie ; le triangle pyramidal, produit par le nombre ternaire et divin, sert à les élever vers le ciel, et le nombre sept préside à la disposition des nefs sous les trois, les sept ou les neuf étages cosmogoniques.
Ceux qui ont décrit les temples de Salsette et d'Ëllora trouvent que les pyramides ne sont rien auprès de ces monuments ; d'autres leur attribuent, d'après leur état de ruine, trois mille ans d'existence, et plus encore aux Sept-Pagodes sur la côte de Coromandel, pagodes dont la mer atteint maintenant le second étage. Robde et Ram font remonter à cinq mille ans le temple de Schalembroum, où Ton voit des inscriptions dans une langue antérieure au sanscrit, et des peintures qui seraient les premières du monde. Ces travaux étaient exécutés par un peuple servile, sous les ordres des prêtres ; ce n'est donc pas le premier élément des beaux-arts, la liberté, qu'on y trouve, mais la patience. Le génie capable de s'élever aux vastes conceptions de l'architecture, de proportionner au but l'ardeur et les forces, ne put jamais éclore; aussi en voyant certains détails finis avec une admirable délicatesse et quelques parties où le simple atteint au grandiose, le tout gâté par de grossières incorrections, on vient à penser que le pays dut à des étrangers les premières connaissances, qu'il ne sut ensuite ni mûrir ni identifier.
Alors môme qu'on fait abstraction des idées grecques, il faut convenir que les constructions indiennes n'offrent jamais la symétrie et l'harmonie qui naissent de la connaissance des arts figuratifs; le système d'ornementation est barbare et désordonné, comme dans les pays où Ton ne sait pas exprimer les sentiments intimes de l'homme et son exquise beauté.
Dans l'art égyptien (1) nous trouvons encore trois époques
(i) Prisse d^Avbnnbs, Histoire de Vart égyptien (Taprès les monuments depuis les temps les plus reculés jusqu'à la domination romaine; Parist 1868-78, 36 Uvr. in-fol.
LiNANT, Hist, des principaux travaux exécutés en Égypte; Paris, 1871, in-8 et atlas.
Chàmpollion^ Monuments de V Égypte et de la Nubie; Paris, 183545, 4 vol. gr. in-fol. — Notices; ibid., 1835-72, 2 vol. in4.
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OU plutôt les trois stations de l'architecture, que nous avons signalées dans Tlnde. Une infinité d'excavations dans la chaîne Libyque révèlent l'usage primitif d'habiter dans les grottes (l), usage qui se reproduisit en Égypte, où elles ser-
Lbnoiuiant, Musée des antiquités égyptiennes de Paris; ibid., 1833-42, in-fol.
Lbpsius, Monuments de VÈgypte et de ttthiopie; Leipzig, 1853-57, in-fol.
Brijosch, Recueil de monuments égyptiens; Leipzig, 1859-63, 3 vol. in4.
Mariette, Notice des principaux monuments exposés au musée de Boulaq; le Caire, 3« édit., 1870, in-8. — Monuments divers recueillis en Égypte et en Nubie; Paris, 1872-77, 20 livr. in-fol.
PiERRBT, Dict. cTarchéologie égyptienne; Paris, 1875, in-12.
(1) Pour donner une idée du genre de vie des anciens troglodytes, nous rapporterons les mœurs des fellahs modernes, décrites par Bblzoni dans le Voyage en Égypte et en Nubie :
« Quand je ne voulais pas traverser le fleuve, le soir, pour retourner an temple de Louqsor, où nous habitions, je me plaçais à Textrémité d*un tombeau, au milieu des troglodytes, et c'était pour moi un amusement. Ce peuple occupe ordinairement le passage entre la première et la seconde entrée des sépulcres ; les murs et les plafonds sont noirs comme des cheminées; la porte intérieure est bouchée avec de la boue; il n*y a qu'une ouverture, à peine suffisante pour qu*un homme puisse y pénétrer. Leurs troupeaux y passent la nuit, mêlant leurs bêlements à la voix de leurs maîtres. Quelques figures égyptiennes mutilées, parmi lesquelles on distingue souvent les deux renards, symbole de la vigilance, décorent l'entrée des anciennes cavernes sépulcrales. Une petite mèche, alimentée de suif ou d'huile rance, et placée dans un creux du mur, répand un faible rayon de lumière dans ces horribles retraites ; une natte étendue à terre est le seul objet de commodité qu'on y trouve, et moi-même je n'en eus pas d'autres quand il m'arriva de passer la nuit dans ces tombes. Les troglodytes se réunissaient le soir autour de moi, et nos entretiens roulaient principalement sur les antiquités. Chacun racontait ses découvertes; ils m'apportaient des vieiUeries pour me les vendre, et j'eus souvent à m'applaudir de mon séjour dans ces rochers. J'étais toujours sûr d'y trouver pour mon souper du pain et du lait apprêté dans une écuelle de bois ; mais quand ils savaient que je passerais la nuit chez eux, ils tuaient une paire de poulets et les faisaient rôtir dans un petit four chauffé avec des morceaux de caisses de momies, ou avec les os et la toile des morts. Il n'est pas rare, dans ces tombeaux, de s'asseoir au milieu des crânes et des ossements qui appartinrent aux contemporains des Ptolémées, et l'Arabe qui vit dans leurs sépulcres ne se fait aucun scrupule d'en tirer parti pour ses besoins. L'habitude finit par y rendre aussi indiffèrent qu'euxmêmes ; et je me serais arrangé pour dormir sur un puits de momies aussi bien qu'en tout autre lieu.
« Le soir, le fellah rentre et se plSce près de la caverne pour fumer avec ses compagnons et parler des choses qui l'intéressent, comme de la dernière inondation du Nil et de l'espérance de la prochaine moisson : sa femme lui apporte l'écuelle avec les lentilles et le pain trempé dans l'eau ; c'est une fête s'il peut y ajouter du beurre. Sachant qu'il ne peut améliorer son état, c'est là tout ce que désire le paysan de Qoumah. S'il est
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vaient tantôt d*abri contre l'éclat et contre l'ardeur du soleil, tantôt de tombeaux. Près de chaque ville s'ouvrent ses catacombes, enfilades de longs corridors aboutissant à des salles soutenues par des piliers massifs, hauts de 4 ou 5 mètres, et dans les détours desquels les plus hardis ne s'aventurent qu'à peine, de peur de s'égarer ou de mettre le feu aux momies qui y sont encaissées.
La voûte en est naturelle; les colonnes et les parois sont partout couvertes de peintures à fresque ou de bas-reliefs coloriés, une partie historique, l'autre de pur ornement, la plupart représentant des scènes de la vie domestique ou civile. Les catacombes d'Élétya, près d'Edfou, sont pleines d'ouvrages de ce genre, ainsi que celles de Beni-Hassan dans
jeune, ses efforts tendent à amasser la somme de 100 piastres (environ 60 francs) pour acheter une femme et se marier. Les enfants ne sont point une charge pour la maison ; leur vêtement ne coûte rien, car ils vont nos ou couverts de haillons. LorsquHls avancent en âge, leur mère leur apprend qu'il faut gagner pour se vêtir; Texemple de leurs parents les instruit bientôt à tromper les voyageurs pour en tirer de Targent. Les femmes, bien que dans la détresse de toutes choses , aimeraient à briller : eUes se parent avec plaisir de colliers de verre et de corail grossier. Si Tune d^elles trouve le moyen de se procurer des boucles d*argent ou des bracelets, elle est enviée de ses compagnes. Quoique Tusage de TOrient habitue les femmes à une très grande modeste, les laides seules se montrent très fidèles à la coutume de se cacher aux regards des hommes. Celles qui sont jolies, sans violer formellement Tusage, trouvent mille moyens de faire voir à l'étranger que la nature leur a donné des attraits pour plaire. Un voile qui tombe, ou se dérange par hasard, rend tout à la fois service à
a coquetterie commandée par la nature sans offenser la modestie prescrite par les mœurs.
« Quand un jeune homme veut se marier, il va trouver le père de celle quHl a choisie, et convient avec lui du prix qu'il met à la cession de sa Ûlle. Le marché conclu, il examine combien il peut destiner d*argent à ses noces. L'arrangement de la maison n'exige pas de grandes dépenses. Trois ou quatre vases de terre, une pierre pour broyer le blé et une natte pour s'étendre, voilà tout le mobilier dont il a besoin. La femme apporte ses habillements et ses bijoux, et si l'époux est galant, il lui donne une paire de bracelets d'argent, d'ivoire ou de verre. Le logis est tout prêt; c'est une caverne sépulcrale^ qui ne coûte ni pour le loyer ni pour les réparations :
a pluie ne traversera jamais le toit; la porte, on peut s'en passer, car il n'y a rien à enfermer, à l'exception d'une armoire, faite d'un mélange de terre et de paille séchée au soleil, dans laquelle ils serrent leurs effets les plus précieux. Une planche, provenant du cercueil d'une momie, clôt cette espèce de niche. Si la maison ne plait pas au jeune couple, il en prend une autre; il peut la choisir entre cent, je dirais même entre miUe, si tous ces tombeaux étaient disposés pour recevoir des hôtes vivants. » Voy. Edm. About, le Fellah; Paris, 1869, in-8.
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rÉgypte centrale. Celles des rois, dans la chaîne Libyque, offrent plus de magnificence; elles ont de 16 à i20 mètres de profondeur, et forment chacune une suite de galeries, de chambres, de grandes salles, dans la principale desquelles le sarcophage était élevé sur une estrade. Il y en a un long de l mètres en granit rouge de Syène, qui résonne comme une cloche, et auquel on ne parvenait qu*après avoir passé douze portes. On doit bien regretter que les Arabes, entraînés par la cupidité, aient fouillé presque partout pour chercher de Tor, et qu'ils aient non seulement dispersé les restes des morts, mais encore mutilé les principaux monuments de Fart. Le tombeau d'Acheucheroès Osirei ou Petosiris, c'està-dire Busiris ou Ochoeros, qui régnait vers Tan 1597 avant Jésus-Christ, tombeau que Belzoni ouvrit avec la plus grande peine dans la vallée Biban-el-Moluk, surpassa toute attente; il y trouva, après quatre mille ans, des sculptures et des peintures d'une extrême fraîcheur. Un sarcophage d'albâtre oriental très pur, long de 3™,75, et large de 1"*,86 , était dans la salle principale ; une lumière que Ton place à l'intérieur fait apparaître, à travers la transparence de l'albâtre, les milliers de figures dont il est couvert. Ce chef-d'œuvre sans égal de l'art égyptien orné à présent le musée Britannique (1).
L'architecture égyptienne, née dans les grottes ou les excavations de la chaîne Libyque, conserva toujours les caractères de son origine : simplicité et solidité. De là ses grandes lignes non interrompues, ses piliers massifs et écrasés, ses surfaces planes, ses formes quadrangulaires et ses angles saillants; aussi, dans des édifices longs de 134 mètres, hauts de plus de 17, on trouve à peine depuis tant de siècles une seule pierre dérangée. La colonne destinée à soutenir des masses si énormes ne pouvait jamais acquérir de légèreté. Les chapiteaux sont ornés de feuilles de lotos, de palmier et de figures d'animaux; mais comme les artistes égyptiens comprenaient qu'ils ne pouvaient poser l'architrave sur des ornements légers, ils faisaient sortir du milieu de ceux-ci un dé pour la soutenir. A la différence de ceux des Grecs, les chapiteaux sont divers l'un de l'autre, bien que de proportions égales. Les temples, au lieu de supporter un comble, se terminent en plate-forme , et ne se courbent pas en arcs ; mais, angu-
(1) Voy., dans son Second Voyage en Égypte et en Nubie, la description de ces grottes et de la manière dont il parvint à les découvrir. C*est un récit plein d^intérét, parce qu*il est simple et sans prétention.
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leux et bas, ils tiennent de la grotte; à peine si quelque ouverture y laisse pénétrer la lumière, tant pour en adoucir réclat aue pour inspirer le recueillement.
Les Egyptiens avaient sous la main, pour ces immenses travaux, d'inépuisables carrières de porphyre et de granit rose, noir ou gris, dans la chaîne supérieure; de grès, dans la région moyenne ; de pierre calcaire, dans la partie inférieure. L'agriculture, réclamant peu de bras, laissait la plus grande partie des forces de la nation à la disposition de la caste dominatrice. Belzoni, qui, sans autre secours que sa stature athlétique, contraint à coups de bâton les fellahs de creuser oh il lui plait, nous offre une image de ces chefs d'ouvriers tenant des générations entières occupées à travailler péniblement pour un roi ou pour un prêtre; à suppléer, à force de bras, à l'insuffisance des machines; à consumer leur vie en élevant, assise par assise, d'immenses pyramides, ou en polissant les faces d'un obélisque avec la même patience qu'ils mettaient à filer et h tisser. Rois et prêtres rivalisaient à qui entreprendrait les ouvrages les plus merveilleux, c'est-à-dire à qui rendrait plus misérable le peuple, qui seul accomplissait le labeur.
Celui qui observe ces monuments avec nos idées actuelles doit croire qu'il a fallu des siècles pour les achever; mais l'histoire nous apprend que les monarques du Pérou accomplirent des travaux non moins prodigieux : telles sont les deux routes qui de Cusco conduisent à Quito, l'une à travers les précipices des Cordillères, l'autre le long du littoral, sur 500 lieues de sable ; tels sont encore le temple du Soleil, le palais de Cusco, celui de Gagiambé, et de nombreux canaux. Leur monarchie n'eut pourtant qu'une durée de trois siècles et demi sous treize rois ; celle des/ Mexicains dura moins encore, et quels édifices merveilleux n'ont-ils pas construits! Les Chinois terminèrent en cinq années leur immense muraille. Que ne pouvait pas faire un peuple comme celui de ^l'Égypte, déjà constitué au temps d'Abraham comme le trouvèrent les Romains du siècle de César?
L'architecture, la sculpture, la peinture et l'écriture se trouvent partout intimement unies dans les constructions égyptiennes ; on ne les considérait pas comme achevées tant qu'elles n'étaient pas couvertes d'hiéroglyphes et de tableaux historiques, le tout revêtu de couleurs si bien préparées qu'après tant de siècles on les dirait appliquées d'hier. Les
grandes superficies planes semblent des pages apprêtées pour y retracer les fastes du pays, ses connaissances, ses dogmes. Les sculptures de Textérieur sont en bas-relief, et celles de rintérieuren ronde-bosse. Il ne faut pas observer ces ouvrages avec un œil habitué aux formes grecques; car trop de causes faisaient obstacle au développement du beau artistique chez les Égyptiens. La population avait le teint cuivré, des formes disgracieuses et sans proportion , et les traits du visage se rapprochaient de ceux des Chinois. Attentifs à reproduire la ^nature telle qu'ils la voyaient, ils donnaient à leurs figures de femme des tailles de guêpe et des poitrines d'une énorme saillie. Une religion pour laquelle le repos était la suprême béatitude ne voulait voir aux dieux que l'expression d'une quiétude majestueuse. La momie, qui semble avoir été leur type artistique , produisit les statues aux jambes réunies, aux bras attachés au torse, au cou raidi; puis l'hiéroglyphe, qui devait exprimer non la chose elle-même, mais le nom ou l'idée, exigeait une inaltérable uniformité. C'est pourquoi, même après avoir eu connaissance de l'art grec, ils conservèrent le goût des contours rectilignes qui exclut, comme l'observe Strabon en le leur reprochant, et l'effet et la grâce (1).
On aurait tort cependant de concevoir, d'après cela, du mépris pour l'art égyptien, d'autant plus que les découvertes récentes ont dû modifier le jugement sévère qu'en portaient nos pères. La tête colossale trouvée dans le tombeau d'Osymandias (2) offre « ce calme plein de grâce, cette physionomie heureuse qui plaît plus encore que la beauté. Il est impossible de représenter la divinité sous des traits qui la rendent plus chère et plus vénérable. L'exécution en est merveilleuse, et on la croirait des meilleurs temps de la Grèce, si elle ne portait l'empreinte égyptienne (3) ». Hamilton admira les bas-reliefs de la tombe même, où, si la perspective manque^ on trouve une grande franchise de dessin et une vigueur d'expression très remarquable. Il suffit de parcourir les musées de Turin, de Paris et de Londres, pour reconnaître que les artistes de l'Égypte savaient au besoin s'écarter des types, quoiqu'ils fussent gênés d'un côté par
(1) noXuX<TTuo;orxo;ivM<(i9ïioù«èv ex«iX«P^^--'TP«*'^^^-^®®^* XVll,
(2) L'édiflce dont il est question ici n'était pas, ainsi qu*on le verra plus loin, le tombeau décrit par Diodore comme celui du roi Osymandias.
(3) Deicription de l'Egypte, p. 129.
Tobligation de greffer des têtes d'animaux sur des corps humains, et de Tautre par la nécessité de faire du dessin le supplément de récriture, afin de représenter les idées plutôt que les choses.
Dans un pays où le dogme fondamental de la religion était un dieu mort, où Ton ne considérait la vie que comme un instant bien court dans la succession infinie des temps, l'habitation des morts devait surpasser en somptuosité celle des vivants. Les Égj-ptiens, comme les Perses, distinguaient la magnificence des principales villes, non moins par la splendeur des tombeaux que par celle des palais ou des temples. Les rois étaient sacrés près des cendres de leurs prédécesseurs, et de là on les faisait monter sur le trône, en leur rappelant qu'après leur mort ils seraient jugés dans ce même lieu pour une consécration nouvelle.
PywunJde». Comme les rois de la Thébaïde étaient déposés dans des montagnes creusées, les nouveaux souverains, lorsque le siège du gouvernement fut transporté à Memphis, voulurent élever des montagnes artificielles pour qu'elles couvrissent leurs tombeaux ; telles furent les pyramides, que Ton retrouve chez les peuples les plus éloignés, à Otaïti, au Mexique, où celle de Gholula est fameuse ; construite sur le modèle de celle de Teotihualcan et parfaitement orientée, elle a 492 mètres de base et 59 de hauteur. Quatorze pyramides ornaient le tombeau du roi étrusque Porsenna; celle de Tzarina, reine des Scythes, était triangulaire, d'un stade de hauteur sur trois de largeur (1). La base de la plus grande pyramide de Djizèh, à la gauche du Nil , orientée exactement vers les quatre points cardinaux, est la mesure juste du stade égyptien, la 408' partie d'un degré terrestre, et son apothème en est la 600®. La base de la seconde pyramide est égale à un 540' du degré de l'écliptique , équivalant au 480' du parallèle méridien de Thèbes, exactitude surprenante et mystérieuse. On sait que les pyramides s'élèvent par gradins et finissent en plate-forme; elles sont, en outre, revêtues en très belles pierres de taille. Saladin les fit enlever de celles de Djizèh pour construire la citadelle du Caire (2). Le revête-
(1) DiODORE, liv. II, ch. 34.
(2) Les Qrecs tirèrent le nom de pyramide de icûp, feu, ou de in)p6c, froment : accoutumés à inventer une histoire sur chaque étymologie, ils déduisirent la première de la ressemblance de la pyramide ave<ria flamme; la seconde, en supposant ces édifices destinés à servir de greniers. Tout
BEAUX-ARTS EN ÉGYPTE
ment est de pierres polies et ornées de sculptures. La porte est soigneusement cachée et fermée avec une grosse pierre. Cette porte conduit dans des galeries, tantôt étroites, tantôt larges, qui aboutissent à une ou plusieurs cellules, dont la plus magnifique renferme le sarcophage royal. Quelquefois
ce qui a été dit sur les pyramides avant 1813 est résumé dans Touvrage de Bbck, AUgemeine Geschichte, I, p. 705-714. l\ faut en outre consulter Larcher et Letronnb, Commentaires sur Strabon ; Sacy et Dornedobn, qui ont discuté sur Torigine du nom ; Hist. von den JEgyptischen Pyramiden, Berlin^ 1815; Thorlucius, sur les monuments symboliques égyptiens, dans le t. XVIII de la Skandin. litterat. Skrivter, 1822.
Ni les anciens ni les modernes n*ont connu la hauteur précise des pyramides. On ignore même le nombre de leurs assises. Greaves en compta jusqu'à 207 dans la plus grande des pyramides ; Maillet et Thévenot, 208 ; Pockocke, 212; Belom, 250; Leuwenstein, 260. Quant à ses dimensions, voici celles que lui donnent les écrivains les plus connus :
Hauteur. Longueur d'un côté.
Mètref. Mètres.
Hérodote 266,67 366,67
Strabon 208,33 200 »
Diodore , . • • . 220 » 233, 33
Pline 220 » 234 »
LeBruyn 205,33 234,67
Prospère Alpino 208,33 250 »
Thévenot 173,33 227,34
Niebuhr 146,66 236,67
Greaves 148 »> 216 »
Si Ton B*en rapporte aux ingénieurs de Texpédition d'Égypte, la pyramide de Chéops, qui est la plus grande, aurait 232*>^,747 de largeur; 138 mètres de hauteur perpendiculaire, ou bien 140"',966, en y ajoutant les deux assises dégradées à sa cime et le double socle taillé dans le roc. Peut-être faudrait-il y ajouter 6 autres mètres pour le sommet qui n*existe plus ; ce qui ferait deux fois la hauteur des tours de Notre-Dame. Sa base occupe une superficie carrée de 53"',361 carrés. En y entrant, on parcourt une galerie qui mène à une chambre dite de la Reine, longue de 5*^,793, large de 5"»,22, haute de 6«»,307. Celle du roi est longue de 10»,47, large de 5"^,22, haute de 5*>^,86, ayant au milieu un sarcophage de granit. Dans rintérieur, on trouve des puits qui ont 63", 344 de profondeur. La masse en a été calculée à 2,662,628 mètres cubes.
La seconde pyramide^ celle de Képhren, à Toccident de la plus grande, a 204^,90 de base au-dessus du socle, et 132 mètres de hauteur perpendiculaire ; eUe renferme un puits de 20 mètres de profondeur, qui conduit à une chambre sépulcrale où se trouve un sarcophage. Chose remarquable, chaque pierre des quatre angles extérieurs est emboîtée dans la pierre inférieure, ce qui rend la pyramide extrêmement solide. Les pierres des façades n'ont été liées avec du ciment qu*à leur partie intérieure, pour qu'il ne fût pas exposé à l'influence de l'atmosphère, qui l'aurait détérioré.
La troisième pyramide est de beaucoup plus petite.
Googl
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on y trouve des puits verticaux, qui peut-être communiquaient avec le canal du Nil.
L'étonnement qu'excitent de pareilles masses ne s'accroît pas médiocrement lorsqu'on réfléchit qu'elles ne sont, pour ainsi dire, que la flèche d'immenses édifices souterrains. Les galeries et les chambres, dont la largeur varie beaucoup, forment toujours labyrinthe ; celles qui s'enfoncent dans le sol, sont plus grandes. Dans celle que découvrit Belzoni. la salle principale avait été creusée en forme de large tonneau et ornée magnifiquement ; le sarcophage d'albâtre, d'un travail exquis, en contenait d'autres plus petits.
C'est à tort que Ton considère les trois pyramides de Djiièh comme le type inaltérable de toutes celles d'Égypte. Celle de El-Meydouneh est composée de deux superposées l'une à l'autre ; la plus grande de celles de Sakkarah se termine en une espèce de pyramide, avec des faces dont l'inclinaison diffère delà base; celle d'Abou-Sir a douze gradins; dans celles de Payoum et autres, la brique remplace la pierre, ce qui leur donne une ressemblance avec les constructions de l'Euphrate. Or, puisque celles de Fayoum et de Sakkarah sont antérieures à celles de Djizèh, il faut croire que cette manière de construire y fut transportée de la Mésopotamie, jusqu'à ce qu'on apprît l'usage des pierres, dont le pays abonde.
Si les rois qui les élevèrent avec tant de dépenses (1) crurent s'immortaliser, leur espérance fut vaine, puisqu'on ne sait avec certitude le nom d'aucun d'eux (2). On a même discuté sur la destination réelle de ces monuments; mais il paraît certain qu'ils ne servaient que de tombeaux aux rois, au pontife suprême ou au dieu : fait moins étrange pour qui considère la constitution politique et religieuse du pays (3).
(1) VoLNEY a calculé qu'avec ce qu'ont coûté les trois pyramides de Djizèh, on aurait pu ouvrir, de la mer Rouge à Alexandrie, un canal de 50 mètres de largeur sur 10 de profondeur, revêtu entièrement en pierret de taille, avec un parapet, et de plus une ville de jguerre et de commerce contenant 400 maisons munies de citernes.
(2) Hepi 81 in)pa(A(3(ov ov8iv (Xb>; icotpà xoX; iy^^^P^^^^t ^^^^ icapà toTc ov^- Ypaçc'uotv av(A9«ovéÏTai. « Pour ce qui concerne les pyramides, ni les gens du pays ni les écrivains ne sont d'accord. » Diodore, I. Punb dit, en faisant de la morale : Inter omnes non constat a quibus factx Hnty justissimo casu obliteratis auctoribus. La plupart attribuent les trois plus grandes à Chéops, Képbren et Mycérinus.
(3) Voyez sur les pyramides : Jomard, Remarques et recherches sur les
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Les temples étaient la partie principale des cités primiti- Tempie.. ves ; l'histoire nous l'apprend, et leurs noms mômes, qui se rapportent au culte de quelque divinité, en rendent témoignage. Souvent aussi le temple servait de forteresse. Les Hébreux s'y réfugièrent quand Jérusalem fut prise par Titus ; les Mexicains, quand ils furent assaillis par Cortès. Humboldt a pensé que telle était la destination des temples de forme primitive, comme la tour de Bélus, à Babylone.
Nous avons dit qu'en Égypte la civilisation s'était propagée à mesure que s'étendait la caste sacerdotale, et que chaque pays nouveau mis en culture devenait le territoire et la propriété du temple^ qui de cette manière restait le centre de l'État, dans la signification la plus rigoureuse du mot. Il ne faut donc pas s'étonner que les prêtres voulussent lui donner tant de majestueuse grandeur, que le peuple y consacrât ses sueurs, et que les rois y prodiguassent des trésors pour se concilier la caste sacerdotale (1).
On trouve presque toujours au milieu de leurs temples, à quelque siècle qu'ils appartiennent, un sanctuaire de médiocre grandeur; puis autour, des colonnades, des péristyles, des pylônes; plus loin, sont les figures colossales, les obélisques, les mâts ornés de banderoles, comme ceux de Saint- Marc à Venise, les galeries de sphinx et de béliers ; viennent ensuite d'autres rangées de colosses : architecture sans dessin arrêté comme sans fin, à laquelle cent siècles auraient pu continuer d'ajouter des ornements sans pouvoir jamais la dire terminée. Aussi est-il bien difficile de fixer une date à ces monuments, dans lesquels les bas-reliefs et les hiéroglyphes sont souvent postérieurs de mille ans à l'édifice.
Les temples n'avaient pas l'unité intérieure de ceux des Grecs; mais, comme celui de Jérusalem, c'était un ensemble d'édifices, successivement ajoutés. On y parvenait au milieu
pyramides, et Description générale de Memphis et des pyramides, dans le grand ouvrage de la commission d*£gypte. — Lbpbrb, Mémoires sur les pyramides des Égyptiens et sur leur système religieux; Paris, 1800. — HiRT, Von den jEgyptischen Pyramiden; Berlin, 1815, in-4. — Howard Vtsb, Opérations carried on at the Pyramide of Giseh in 1837; Londres, 1840, 2 vol. — Maribtte, le Sérapéum de Memphis; Paris, 1866, in-fol.
(1) Amasis fit transporter d'Eléphantis à Sais un édifice d*une seule pierre ayant 21 coudées en longueur, 14 en hauteur et 8 en largeur; 30,000 marins y furent employés durant trois ans. Cet édifice se voyait encore, du temps d*Hérodote, à la porte du temple de Minerve. Hbro* DOTB, II, 175.
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d'une allée de sphinx, ou de béliers colossaux, ou d*une colonnade. Quelquefois, au-devant du temple, se trouvaient des chapelles dédiées aux divinités inférieures, typhoniques surtout; la porte principale est souvent flanquée de deux obélisques, signe de la consécration. La porte s'ouvre entre deux massifs sous forme de tours pyramidales qui servaient peut-être d'observatoire, peut-être de fortification; suit un vestibule, entouré d'une colonnade et des habitations des prêtres. De ce premier propylée on passait à un second, qui conduisait à un pronaos, salle à colonnes, entourée d'un mur et éclairée par le toit. A cette salle était contiguG la cellule ou naos, plus basse, sans colonnes, souvent divisée en plusieurs cryptes ou chambres, avec des pilastres monolithes surmontés dïdoles ou de momies d'animaux. Il est inutile de dire que cette distribution variait.
Malgré tant de colonnes, ils ne connurent pas cependant le temple périptère des Grecs ; un mur, en effet, devait renfermer la colonnade et là où les colonnes sont extérieures on les réunit par une espèce de balustrade ou stylobate {plulei) qui ressemble à un mur percé. Les pieds-droits des portes s'attachent même au fût des colonnes. Les murs sont de grès, verticaux dans l'intérieur, en talus à l'extérieur, hauts parfois de huit mètres, et l'édifice ressemble à une pyramide. La superficie plane des murs est toujours bordée d'un astragale sur lequel se dresse la corniche avec une gouttière peu saillante et qui porte un cavet au-dessous.
A Kamac, village au nord de Louqsor, se déploie toute la magnificence des Pharaons. Au grand temple, dont la façade regarde le fleuve, on arrive par une allée de 2,052 mètres, flanquée autrefois de 600 sphinx ; en outre, il est précédé de majestueux propylées, ornés de statues qui conduisent à une cour longue de 505 mètres et large de 82, daus le milieu de laquelle se trouvent deux rangées de six colonnes qui ont 23 mètres de hauteur et 3 de diamètre ; sur les deux c6tés s'allonge une galerie couverte, supportée par 18 colonnes. Au delà de la première cour, un autre pylône conduit à la salle hypostyle, large de 505 mètres et longue de moitié, dont le plafond est soutenu par 12 colonnes hautes de 23 mètres, et par 122 moindres, distribuées sur sept files. Un troisième pylône, au bout duquel se dressent deux obélisques gigantesques, mène à une plus petite, et celle-ci à un péristyle oblong, entouré de pilastres cariatides, et avec deux autres
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obélisques. Un cinquième pylône introduit dans une petite cour, d'où Ton arrive aux appartements de granit, c'est-àdire au sanctuaire, divisé en deux salles, et que précède un vestibule avec deux obélisques. A cet ensemble il faut encore ajouter des colonnes polygones , des statues colossales, des galeries d'une longueur de 275 mètres, et au delà le monument élevé par Thoutmosis, avec une salle entourée de 32 pilastres, et dont le centre est traversé par 20 colonnes sur deux rangées; plus une infinité de dépendances moindres. Tous ces travaux ont été exécutés depuis Osortasen, contemporain de Joseph, jusqu'à Tibère. On trouve des magnificences semblables dans la petite Apollinopolis {Kos-Birbtr), à Tentyra (1), à Abydos, fameuse par son Memnonium ; puis, dans la moyenne Egypte, à Hermopolis la grande (Aschmounein), à Antinoé, à Arsinoé [Fayoum), à Memphis, à Héliopolis, et, dans la basse, à Buto, à Saïs, à Bubaste, à Tanis {San), qui ne sont pourtant que des ruines, faites peutrètre par les Arabes.
L'histoire des constructions ajoutées successivement au obéuiquM. temple était inscrite sur les grands obélisques monolithes, dont quelques-uns ont jusqu'à cent pieds de haut, couverts d'inscriptions et terminés en pyramide, avec l'effigie du roi qui les fit élever, ou quelques scènes religieuses et hiéroglyphiques. Les autres nations, désespérant d'égaler ces merveilles, prirent le parti d'en dépouiller l'Égypte; en 1836, les Français transportèrent à Paris un des obélisques de Louqsor. Les Romains en avaient déjà enlevé un grand nombre, et parmi ceux qui servent encore à l'ornement de Rome le plus grand a 180 mètres cubes, et doit peser 470,000 kilogrammes; sa hauteur, sans le piédestal, est de 33 mètres, et sa largeur de 2 à 3 mètres à la base (2).
(1) Denderahj description générale du grand temple, par A. Mariettk; Paria, 1873-75, 5 vol. in-fol.
(2) Les obélisques étaient toujours placés deux par deux à Tentrée des temples avec des inscriptions historiques. Celui de Louqsor, qui s'élève au milieu de la place de la Concorde, à Paris, a de hauteur totale 23"^,43, et de largeur 2™,50 à 1™,78 à la base. Il pèse 4,457 quintaux.
L'obélisque de Saint- Jean de Latran, à Rome, est le plus antique de tous, puisqu'il remonte à Mœris, qui régnait 1736 ans avant J.-C. Ceux de Louqsor sont de Rhamsès III, 1561 avant J.-C. Il y en a encore treize à Rome, d'une époque postérieure. Les Romains en firent quelques-uns en l'honneur de leurs empereurs, comme celui de Barberini, le Sallustien, l'Albani et celui de Bénévent. Ceux de Sainte-Marie-Majeure et de Monte-C»-
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Sculpture. La plastique n'est pas étrangère à la science architectonique ; elle s'exerce sur la pierre, quelquefois très dure, comme le granit, le syénite, le porphyre, le basalte ; plus souvent, sur le grès fin, et, pour de petits [objets, sur le serpentin, l'hématite, l'albâtre. La vigueur et la précision sont les caractères de la sculpture, et comme les statues devaient servir de complément à l'architecture, elles sont immobiles et régulières, avec des bras attachés au corps; d'ordinaire, elles ont une forme colossale, et ne s'écartent point d'un type national et des proportions établies selon les lieux et les temps. On ne trouve pas que les artistes s'étudiassent à imiter le vrai, c'est-à-dire à faire des portraits véritables ; aussi les mortels et les dieux ne sont-ils distingués que par le vêtement, les couleurs et la coiffure, l'addition de têtes d'animaux, d'ailes, etc., etc. Les figures sont finies, mais les autres formes et les détails sont à peine indiqués; la simplicité des lignes sinueuses ne manque pas de grandeur. Tout cela, du reste, est géométrique plutôt qu'organique.
Que la raideur et l'uniformité dérivassent de prescriptions rituelles, nous en avons la preuve dans les animaux, qui ont plus de vie et qui parfois se groupent avec bizarrerie. Tels seraient les sphinx, lions h tête humaine, les lions, les éperviers, les serpents, les vautours, etc. Les statues mêmes ont souvent des têtes d'animaux ; l'art égyptien sacrifie la tète avant tout, et ce procédé est caractéristique. coioM«t. Le même style grandiose domine dans tous les ouvrages d'ornement dont nous avons parlé. Autour de Médinet-Abou de Thèbes, on voit se dresser dix-sept colosses, et, dans le nombre, deux de grès, d'un seul bloc, pesant i ,306,000 kilog. Dans le tombeau d'Osymandias, on voit un amas de pierres, débris d'un colosse mesurant 7 mètres de distance d'une épaule à l'autre, etl'index 1™,30. Il devait donc avoir i7",60 de hauteur et peser un million de kilogrammes; il fut pourtant transporté là d'une distance de 45 lieues. On remarque au
vallo furent apportés d'Egypte par Tordre de Claude. Le premier, relevé par Sixte V, est de granit rouge, sans hiéroglyphes ; il a 14™,74 de hauteur; Tautre est un peu plus haut. Celui du mont Citorio, provenant d'Héliopolis, fut apporté à Rome sous Auguste : sa hauteur est de 22 mètres. Celui du Vatican vient aussi d'Héliopolis ; il a 27'^,70 ; Tobélisque de la place du Peuple 25"* sur 2™,60, et il est tout couvert d'hiéroglyphes, ainsi que celai de la Trinité du Mont, qui a i4",74 de hauteur, et fut érigé par Pie VI en 1789.
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même endroit une série de fondations de 5 mètres carrés sur 4 de hauteur, qui sans doute supportaient autant de sphinx massifs. Ces figures étaient Tobjet d*un culte comme symbolesjiet les sabéens d'Égypte dansaient chaque année autour du grand sphinx, maintenant recouvert par les sables ; mais, en 1379, le supérieur d*un couvent musulman le fit mutiler. Les colosses de Louqsor ont i3",33 d'élévation. Qui peut dire combien de merveilles recouvrent le sol, qui s'est exhaussé de 7 mètres depuis le commencement de notre ère, et quels devaient être les temples qui les contenaient I
Les Égyptiens travaillèrent beaucoup le bas-relief, mais avec moins de bonheur. Le relief est toujours très bas ; le plus souvent c'est dans la pierre qu'ils sculptent les figures ; souvent encore ils ne tracent que les contours. Ils craignaient sans doute qu'elles n'interrompissent les lignes architectoniques. Là encore domine la loi qui imposait des formes typiques. Les scènes de la vie domestique sont représentées avec du naturel ; mais les batailles manquent de mouvement. La préoccupation, naturelle à l'enfance de l'art, de représenter chaque membre d'une manière intelligible, se laisse voir partout; c'est pour cela que les tètes, les hanches et les jambes se détachent en profil, tandis que la poitrine et les yeux sont de face ; que les bras et les épaules ont des contours anguleux; que les mains sont ouvertes, et qu'elles sont parfois ou deux droites ou deux gauches.
Habiles dans la poterie, ils faisaient avec des terres cuites des vases, parmi lesquels on distingue ceux de Canope, têtes du dieu Kneph, qui forment un seau à vider l'eau, et des milliers de figurines de divinités, couvertes d'un émail vert et bleu. Les scarabées sont faits de cette manière, ou bien scanbéM. d'améthyste, de jaspe, d'agate, de cornaline, de lapis-lazuli et d'autres pierres dures. Dans les momies, on en trouve beaucoup, plus ou moins grands, et qui sont attachés au cou ou répandus parmi les bandelettes; tout porte à croire qu'ils servaient d'amulettes. Des 1,700 que possède le musée de Turin, 172 portent le nom de Thoutmosis; on suppose qu'ils servaient de petite monnaie.
Pour les travaux d'art, ils employaient rarement les métaux, et, quoique les anciens en parlent, on ne trouve pas de grandes statues métalliques, mais bien de petites idoles de bronze. Ils savaient peindre sur les métaux, du moins sous le règne des Ptolémées, époque où la vitrerie florissait. Ils HI8T. mnv. — T. I. 32
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firent quelques petites idoles en bois, et sculptèrent les coayercles des caisses des momies, qui imitent les statues dlsis et d'Osiris. Ces caisses sont en bois de sycomore, travail difficile et long, car plusieurs sont formées de petits morceaux collés.
DMda. Le dessin est toujours raide et cru ; dans la peinture, ils ne connurent point les gradations. Les couleurs, préparées à la colle ou à la cire, s'appliquaient sur la superficie plane ou courbe, sur les caisses, le byssus, les rouleaux de papyrus, mais toujours sans ombre ni eSéts de lumière. Partout la même couleur, dont le choix, du reste, parait avoir été rituel ; elle ne variait que pour indiquer la diversité de nations. Dans un tableau que possède le musée Britannique, les Nubiens ont des teintes particulières. La plupart des hommes sont rouges ; les femmes, jaunes ; les quadrupèdes, rouges; les oiseaux, verts ou bleus, de même que Teau et Ammon.
Us n'eurent pas de mythologie héroïque, ce qui les privait de la source féconde des conceptions artistiques. Les dieux ne sont pas représentés pour eux-mêmes, mais à l'occasion de leurs fêtes ; faute de scènes purement mythologiques, ils s'étudiaient à reproduire par le dessin les hommages que la divinité recevait dans une situation donnée. La vie future elle-même, ils la figuraient comme la position d'un homme seul avec le jugement prononcé sur lui. Les représentations scientifiques du ciel sont des horoscopes de quelque personnage : tels sont les fameux zodiaques de Tentyra, d'Ësneh, d'Hermontis, de Thèbes. Les dieux étaient confondus avec les rois et les prêtres. Les murailles et les pilastres sont revêtus de scènes liturgiques ou de la vie publique ou gue^ rière ; les tombeaux représentent les professions et les occupations particulières de ceux qu'ils renferment.
Leur art graphique n'avait pas en vue la révélation de r&me, mais des actions et des faits extérieurs; l'art historique était monumental : pour eux, c'était une écriture d(mt la pierre fournissait les caractères. L'écriture et l'image se confondent, et des signes hiéroglyphiques s'unissent toujours à la sculpture. C'est parce qu'elle a l'intention d'être historique que la sculpture compte le nombre des ennemis tués, des poissons ou des oiseaux pris ; on peut donc la considérer comme l'expression de la vie domestique et publique.
En somme, l'art révèle une existence froide, modérée, toute de raison; les symboles eux-mêmes , produits date
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fantaisie d*époques ou de nations antérieures, sont employés comme des formules données pour désigner les nombreuses distinctions de Tétat civil artificiel, et d'une science sacerdotale. Jamais Fart, enfin, ne révèle cette vie intérieure dont les formes naturelles sont les manifestations.
On a déjà compris qu'à la différence de Tart indien, celui de rÉgypte ne s'occupait pas exclusivement des temples, mais qu'il bâtissait des palais et des cités. Les palais des rois sont des imitations des temples, comme leurs statues imitent celle des dieux; seuleaient, les salles hypostyles sont plus vastes, et les chambres de l'intérieur destinées à l'habitation plus variées et plus spacieuses.
Dans le temple colossal de Karnac (1), quatre pilastres se succèdent; puis vient un hypostyle, long de 106 mètres et large de 53, avec 134 colonnes, dont les plus grandes ont 22"*,75. Tel devait être le fameux labyrinthe, et tel l'Osymandias. Quelle magnifique idée devait donner d'elle la ville de Philé dont les pieds se baignaient dans le Nil, tandis que, pour rivaliser avec les collines d'alentour, elle élevait dans les airs ses terrasses, ses portes majestueuses, ses propylées, ses maisons alignées le long des quais de granit et entremêlées de répaisse verdure des palmiers ! Des constructions non moins splendides ornaient Edfou (la ville du Soleil), Nomalis Bouto (Esné), Hermontis ; mais plus encore No-Ammon, la Thèbes aux cent portes des Grecs, qui avait autrefois renfermé, disaient les prêtres, selon Tacite, 700,000 hommes en état de porter les armes (2). Elle embrassait les cinq quartiers de Karnac, Louqsor, Memnonium, Médinet-Abou et Kouma. Six obélisques, outre les deux qu'on a récemment enlevés, s'y voient encore, ainsi que dix-sept pylônes colossaux, 750 colonnes, parmi lesquelles plusieurs d'un diamètre de peu inférieur à celui de la colonne Trajane à Rome; 67 statues monolithes plus grandes que nature. L'hippodrome de Médinet-Abou est une enceinte de 1,500 mètres de long sur 988 de large. Une galerie de 60 sphinx au moins conduit au palais de Karnac, et le pylône, s'élevant de 43 mètres au-
(1) Mariette, Kamaky étude topogr, et arckéoL; Paris, 1875, iii-4 et atlas. — Listes géogr, des pylônes de Kamak; ibid., 1875, in-4.
(2) Il est très probable qu*on lui aura parlé de la caste tout entière des guerriers, et non pas des hommes en état de porter les armes. L'emplacement de cette ville, que Ton peut encore mesurer, est de 1,626 hectares environ.
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dessus du sol sur une longueur de 113, introduisait dans une première cour, dont on peut apprécier la vaste étendue. Au delà du pylône est une immense salle hypostyle de 5^223 mètres carrés, dont les voûtes sont soutenues par 134 colonnes, les plus grosses qu'on ait employées pour des constructions intérieures. Si Ton est étonné àTaspect des énormes architraves monolithes, on ne Test pas moins de la profusion des sculptures et des ornements symboliques. Une allée de sphinx réunit Kamac à Louqsor sur une longueur de 2,300 mètres. Dans le Memnonium est le tombeau d*Osymandias, sur lequel il y avait autrefois un cercle d'or ou de bronze doré, d'une circonférence de 365 coudées (1). C'est là aussi qu'est la statue de Memnon, dont la voix saluait le soleil levant.
Sans poursuivre plus loin la description de tant de monuments, nous dirons seulement que les Français de l'expédition de 1798 venus pour les dessiner avec ce dédain que l'école avait répandu sur tout ce qui n'était pas grec, en restèrent stupéfiés. Ce fut au point qu'ils avouèrent qu'on ne pourrait rien faire de mieux aujourd'hui, et qu'ils interrompaient leur récit pour s'écrier : « On se fatigue d'écrire « et de lire ; car l'esprit est étourdi à la pensée de travaux si « gigantesques qu'à peine en croitron l'exécution possible « lorsqu'on les a vus de ses propres yeux. »
Que si de cette immensité nous descendons à de menus ouvrages, c'est le même art et un plus grand fini, dans les ustensiles domestiques religieux, dans les vases, dans les
(1) tt On voit à Thëbes les tombeaux des anciens rots, monmnents admirables qui ont enlevé à la postérité Tespoir d*en égaler la magnificence. Les prêtres prétendent que leurs livres sacrés font mention de quarantesept monuments royaux semblables ; mais au temps de Ptolémée, fils de Lagus» il n*en restait que dix-sept : encore une bonne partie était-elle détruite dès le commencement de la CLXXX* olympiade, quand nous allâmes dans ce lieu célèbre. Non seulement les Égyptiens qui ont interrogé leurs archives nationales, mais beaucoup de Grecs qui, venus à Thèbee sous Ptolémée, ont écrit Thistoire de TÉgypte, se trouvent d*accord avec notre récit, entre autres Hécatée. » Diodorb, I, 46.
Dans un travail remarquable^ inséré au t. IX des Mémoires de CÂccui, des inscriptions^ Lbtronnb a prouvé non seulement que le Memnonium de Thèbes n'est pas le tombeau d'Osymandias, mais que la description de Diodore ne peut s'appliquer à aucun des monuments dont les ruines subsistent encore dans les environs de la ville aux cent portes, et que ce merveilleux édifice n'a jamais existé que dans l'imagination des prêtres égyptiens, dont il satisfaisait la vanité.