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PHÉNICIENS. — HISTOIRE ET INSTITUTIONS

courir la terre, se mit une tôte de taureau, et consacra dans Tyr une étoile tombée du ciel : mythe astronomique indiquant la conjonction de la planète de Vénus avec la Lune, qui monte au signe du Taureau à Tinstant où Vénus y est arrivée.

Elle avait pour amant Adonis, qui signifie seigneur ; et lors- ààùoi». que, au commencement de juin , le fleuve de ce nom coulait, comme aujourd'hui encore, empourpré par les ocres qu'il charrie dans ses crues, on disait que son onde était teinte du sang de Tamant de Vénus, tué dans le Liban. On lui offrait alors des sacrifices funèbres, et Ton se fustigeait jusqu'au sang; les femmes, surtout, éclataient en gémissements et coupaient leur chevelure, hommage qu'elles pouvaient racheter en se prostituant et en offrant au temple le prix de leur déshonneur. Ces Adonies, qui ne sont pas étrangères à la tradition d'Osiris, se propagèrent beaucoup ; nous les retrouvons à Antioche sur l'Oronte, à Alexandrie d'Égypte, à Athènes, à Chypre, à Argos; la magnificence de ces cérémonies et le deuil efféminé qui les accompagnait nous sont attestés par Théocrite et Bion (4).

A Azotus on adorait Dagon, moitié homme et moitié poisson, Dercéto ou Atergatis à Joppé (2) ; mais nous ignorons le nom qu'ils donnaient à leur Neptune, en Thonneur duquel ils jetaient à la mer un grand nombre de victimes humaines.

Sept Cabires (3) ou Pateks étaient des dieux protecteurs ou des forces élémentaires; on y ajoutait Esmoun, dieu de la médecine, dont le temple à Béryte était fréquenté par les malades , qui venaient y dormir (4) et obtenaient des guérisons miraculeuses. Le père des Cabires était appelé Sydick,

(1) Thbocritb, XV; Bion, I. — On sait quel soin le législateur et les prophètes hébreux apportèrent à repousser au loin ce culte. La malédiction encourue par la descendance de Cham, pour avoir découvert la nudité de son père, devait éloigner les Hébreux de Tadoration du phaUus.

(2) Dagon, dont le nom semble venir deDag, poisson, était adoré comme un dieu demi-homme et demi-poisson, non seulement à Azotus, mais dans les autres villes des Philistins. Il parait avoir été distinct de la déesse Aier' gatis ou Dercéto, qui s*en rapproche cependant, aussi bien par les mythes que par les représentations figurées.

(3) Soit de Zev;, brûler, soit de cabirimy qui, en persan, veut dire les forts, soit du mot hébreu chaberim, les associés. Kibir, qbir, en maltais, lignifie le diable.

(4) C*est à quoi parait faire allusion Isale dans le ch. lxy, 34, où il dit : Populus.,. qui immolant in hortis,.* ^ui habitant in sepulcriSf et in delubris idolorum dormittnt.

DEUXIÈME ÉPOQUE

principe du feu; on portait leurs images sur les navires. Ce furent peut-être les Phéniciens qui en introduisirent le culte dans la Samothrace.

M^ikaro. Le plus grand des dieux était Melkarth ou roi de la cité, adoré surtout dans Tyr, dont la puissance croissante lui valut de remporter sur les autres divinités du pays. Le culte de cet Hercule était transporté partout où abordaient des colonies phéniciennes, et il formait le lien entre celles-ci et la mère-patrie (i). Les Carthaginois envoyaient à son temple la dtme des revenus publics au commencement du printemps, époque à laquelle on y voyait accourir les théories de toutes les colonies. Dans toutes , on lui allumait chaque année un grand feu, d*où on laissait s*envoler un aigle : scène que les Grecs transportèrent sur TGEta, et que les Romains adoptèrent dans leurs apothéoses adulatrices. Les ruines d*un temple de Melkarth existent encore à Malte; mais le plus niagnifique des édifices consacrés à ce dieu était le temple de Cadix, où il n*avait pas d*autre simulacre que la flamme.

Nous pouvons juger de la puissance des prêtres chez les Phéniciens, puisque Sichée, beau-frère du roi Pygmalion, était pontife, et quUls se répandirent par centaines dans Israël dès qu'ils y furent tolérés (2).

Les Phéniciens fùrent surtout renommés pour le trafic; or, comme on pense généralement, ce qui est en grande pa^

(1) Le Melkarth de Tyr, assimilé par les Grecs à lear Japîter Olympien aussi bien qu*à leur Hercule, se rapproche à bien des égards de Baal- Chammon ou Beuil-Moloch, dieu du feu en même temps que du soleiL Melkarth parait avoir pénétré fort anciennement dans la Grèce, mais il ne sV tait pas originairement associé au type d*Hercule. Cest vraisemblablement sous les formes de Mélicerte et de Meilichios (MetXtxio; xaUtv), qa*il nous apparaît. En effet, le dieu marin Mélicerte parait être dérivé du Melkarth tyrien, dieu de la navigation, et le surnom de Meilichios pourrait bien être une forme hellénisée du nom de Melkarth ou de celui de Moloch. Voy. M. Maury, Éclaircissements au 11^ vol, des Religions de tantiquiié'

(2) RoiSy m, ch. xvin, 19.

(3) Consulter, outre Touvrage célèbre d*HEBRBN : Gattbrbr, Einleitung zur synchronistichen universal Historié.

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