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CHAPITRE XXVU

COMHEBCE DES PHÉNICIENS (3).

DU COMMKBCË DES PHÉNICIEI^d.

lie la faute des historiens, que les nations de Tantiquité ne furent que guerrières et conquérantes, nous nous arrêterons quelque peu à démontrer Timportance et la nature de leur commerce, Tun des agents les plus efficaces de la civilisation.

Il est facile d*imaginer que le besoin suggéra réchange mutuel; mais si nous demandons à Thistoire comment cet échange s'étendit de peuple à peuple , quelle est Tépoque à laquelle on substitua aux denrées les métaux précieux, où furent battues les premières monnaies, jusqu'à quel point le trafic aida dans le principe à la civilisation , elle ne sait pas nous répondre. Laissant donc de côté les conjectures pour les faits , nous reconnaîtrons que dans l'antiquité le commerce différait de celui des modernes , en ce qu'il se faisait principalement par terre. Ce n'est pas que les mers , et en particulier la Méditerranée, ne fussent sillonnées par des navires; mais c'était un mode secondaire, un accessoire au commerce de terre. Les choses durèrent ainsi jusqu'à ce que la navigation autour de l'Afrique et la découverte de l'Amérique vinrent changer la nature des relations entre les peuples.

Les négociants devaient naturellement se diriger vers les pays qui offraient le plus de productions à exporter. L'Europe était en grande partie inculte; mais lors môme qu'elle se civilisa, elle avait encore peu d*objets d'échange à proposer aux étrangers, et devait se borner au commerce de consommation. Les côtes d'Asie et d'Afrique ouvraient au contraire un vaste champ aux spéculations ; c'était surtout sur les rives de l'Indus que les besoins du luxe trouvaient à se satisfaire. Comme les Arabes et les Mongols modernes, les anciens Perses avaient de l'or et de l'argent en telle abondance qu'ils l'employaient non seulement à l'ornement des palais et des trônes, mais encore aux ustensiles les plus communs. D'où le tiraientrils?Dans l'Asie Mineure, le Méandre et le Pactole roulaient des sables d'or; mais il ne parait pas qu'il y en eût des mines. Le Taurus en a peu, jusqu'au point où il se divise pour embrasser le désert de Gobi, d'où l'on en tirait une grande quantité, ainsi que de la grande Boukharie. Cette chaîne a plus d'or à mesure qu'on s'avance vers le le-

EicHHORN, Geschichte des ostindischen Handels. ScHBRXR, Hitt du commerce de toutes les nations^ trad. de Tallem. : Paris, 1857, 2 vol. in-S.

DEUXIÈME ÉPOQUE

vant; mais ces régions, peu connues aujourd'hui, Tétaient encore bien moins dans les temps antiques. Les mines qu*ezploite maintenant la Russie, au delà du lac Baîkal, n'en fournissaient guère alors; il en venait beaucoup plus de la Sibérie. Quant à Targent, si abondant sous la domination persC; que certains peuples payaient tout leur tribut en espèces, il se tirait du Caucase, de la Bactriane, et encore plus de TEspagne.

Agatharchidas, dans Photius, décrit la manière dont les anciens extrayaient et purifiaient Tor. Il croit plus malheureux que tous les autres les esclaves employés à ces travaux. (( On brise d*abord, au moyen du feu, la roche qui renferme le minerai ; on détache alors les morceaux avec des instruments en fer ou à force de bras, ce qui est l'ouvrage des plus jeunes et des plus vigoureux ; on creuse ainsi les galeries en suivant la veine. Chaque mineur a une lanterne attachée à son bonnet; ils doivent travailler dans une attitude des plus pénibles, selon Tordre du surintendant, qui les accable de coups. Les enfants courent ramasser les morceaux de minerai détachés, et les portent en rampant hors de la galerie. Là les vieillards et les infirmes les remettent aux surveillants; ceux-ci sont des hommes vigoureux, de plus de trente ans, qui broient le minerai en poudre aussi fine que la farine de froment. D'autres jettent cette poudre sur une table inclinée, et, versant de Teau, ils la frottent avec leurs mains pour en chasser les parties terreuses ; restent ainsi les parcelles métalliques qui sont plus pesantes. On la bat aussi fréquemment avec des éponges, qui enlèvent dans leurs pores ce qui est léger et sans valeur, en laissant le métal sur la table. Elle est ensuite donnée aux fondeurs ; on y môle du plomb, du sable, de Tétain, du son d'orge, et Ton renferme le tout dans un vase hermétiquement clos avec du mastic. Ce mélange reste durant cinq jours et cinq nuits exposé à un feu violent; le sixième, on le laisse refroidir, et on en verse le contenu dans un autre vase, où ne reste que l'or, qui a perdu bien peu du poids de la poudre qu'on y a mise. »

Les perles et les pierres précieuses, très recherchées pour la parure des rois et des prêtres, pour anneaux, cachets, poignées, bracelets, chaînes, et même pour le harnachement des chevaux, venaient du cœur de l'Afrique et de THindoustan. Le golfe Persique, les côtes de Ceylan et de la péninsule au delà du Gange, furent toujours très abondantes en per-

COMMEHCB DBS PHÉNICIENS.

les (1). Ce ftit de ces parages qu^elles allèrent orner les femmes de Darius, comme de Tippou-Saïb, mort en défendant sa capitale contre les Anglais, et du roi de Lahore, Randjit- Sing, lorsque naguère il recevait pompeusement les envoyés de TEurope.

Le Levant possède en outre les laines les plus fines, le poil du chameau et de la chèvre d'Angora, du chanvre sans égal ; de plus, le coton et la soie, le premier très commun, l'autre plus rare, mais que les Mèdes employaient toutefois pour leurs vêtements (2). Sans parler des troupeaux d'Arabie et de Kachemyr, des laines de choix étaient fournies par l'Asie Mineure^ et spécialement par Milet, aux manufactures de Babylone et de la Grèce. Les fourrures n'étaient pas moins recherchées, mais par luxe plutôt que pour se garantir du froid.

L'encens, prodigué dans les sacrifices, venait de l'Arabie et de la partie de l'Afrique opposée à l'entrée du golfe Persique ; il était donc porté, avec les autres parfums de ces contrées, soit dans la Phénicie, ou bien, à travers ce golfe, à Babylone et dans l'intérieur de l'Asie. Il parait que la cannelle, qui, de môme que le poivre, est aujourd'hui un produit particulier à l'Asie, croissait aussi alors dans l'Arabie. Le livre de Job fait déjà mention du commerce^ des Indes et de ses toiles peintes (3).

(1) Les Brahmanes reçoivent vingt pour cent des perles que recueillent les plongeurs, en récompense des prières qu'ils font pour éloigner d'eux tous les accidents funestes, et surtout les chiens de mer. Si quelque fraudeur se soustrait à ce tribut, il n'a à compter sur aucun secours en cas de sinistre. Avant que les Portugais arrivassent dans les Indes, la pèche se faisait tous les vingt ou vingt-quatre ans : ils en récluisirent Tintervalle à dix ans ; les HoUandais, à sept ou huit. Elle se fait maintenant tous les deux ans, ce qui ne laisse pas aux coquiUages le temps de se reproduire et de parvenir à une suffisante grosseur.

(2} Il n'est pas certain que les passages de la Vu! gaie où la soie est nommée indiquent précisément cette étoffe dans l'original. — Quant à l'usage de la soie dans les empires de la Perse ou de l'Assyrie, Hérodote et Xénophon, se reportant au temps de Cyrus, parlent seulement d'habits médiques dont ils n'indiquent pas la matière, mais qu'ils désignent comme des objets d'un grand prix. Procope, cependant, a expliqué l'expression habit médique par habit fait d'une étoffe de soie : MY)dixTjv e^OtÎTa, V vvv Siipixfiv xaXoûfft. Veste medica quant Sbricam appellant hodie. Yoj. Procope, de Bello VemdaL, 1. II, c. vi, et le Mémoire sur Ip commerce de ta soie chez les anciens, par M. Pardessus, dans les Mémoires de VÀcad. des inscriptions^ nouvelle série, t. XV.

(3) Non cmfereiur tinctis Indim colcribus^ ch. xxvin, 16.

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Tels étaient ]es principaux objets du commerce antique ; mais les longues distances, les déserts à traverser, les hordes menaçantes, obligeaient à voyager en graad nombre, à se faire escorter d*hommes armés, et à se secourir réciproquement. Quelle qu*en fût la cause, les grands fleuves de TAsie n'eurent pas, durant de longs siècles, pour les transports, rimportance qu'ont acquise ceux de l'Europe ; mais dès la plus haute antiquité, quand l'homme venait à peine de faire la conquête du chameau et de l'éléphant, nous trouvons les caravanes {kiet^-vanes). Nombreuses comme elles étaient, il fallait déterminer les lieux vers lesquels toutes se dirigeraient, et choisir les plus favorables pour l'achat et pour la vente. Les fleuves, les sources, les ombrages, les oasis, traçaient la route et indiquaient les stations, tant pour le repos que pour les entrepôts et les marchés. En Asie, où Ton traversait des pays civilisés, on fit des chemins et Ton disposa des hôtelleries, ou, comme on le dit aujourd'hui, des caravansérails. On les construisit et on les entretint avec des dépenses et des efl'orts dignes d'États despotiques, dans lesquels l'activité d'un peuple entier est concentrée sur un seul point. Hérodote nous décrit ceux des Perses, qui ne difiïrent en rien de ceux que Marco Polo trouva dans la Mongolie. La religion de Mahomet a consacré leur fondation comme une œuvre méritoire.

Dans le moyen âge, lorsqu'il n'y avait aucune sûreté publique, les religieux réunissaient autour de leur monastère les quelques marchands qui faisaient le trafic, les protégeaient de l'immunité des lieux saints, et les attiraient par le concours des fôtes; ainsi, dans ces siècles reculés, les temples devenaient l'occasion et la sauvegarde du commerce. Les pèlerinages annuels servaient de rendez-vous aux négociants; qui s'y réunissaient à des époques fixes, et, continuant leur voyage, s'arrêtaient aux difi'érents sanctuaires, où leur arrivée correspondait avec les solennités périodiques; de manière qu'ils y trouvaient la foule que la dévotion avait fait accourir, et, par suite, plus d'occasion d'acheter et d'échanger. A combien de besoins, à combien de commodités ne satisfaisaient pas les peuples placés sur la route des caravanes, en échangeant leurs denrées avec celles des pays étrangers! Les habitants des contrées limitrophes, en se rendant en grand nombre aux caravansérails, augmentent les communications et les avantages

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que trouve Thomme à se rapprocher de rhomme. Les nomades eux-mêmes se lient dUniérôts avec les trafiquants en leur fournissant les chameaux et en leur servant même parfois de conducteurs. Les haltes, les points de départ et d'arrivée, les routes, tout est déterminé. Dans les lieux où s'ouvrent les marchés, les tentes mobiles se convertissent bientôt en édifices : chaque année voit s'accroître le nombre des caravanes, des acheteurs, des hôtelleries et des magasins; se former des bourgs et des cités où le luxe et l'abondance fomentent les arts et l'industrie, les biens et les maux de la civilisation. Ainsi les voies du commerce pat terre perdent chaque jour de leur mobilité. Il est vrai que le commerce devait se ressentir des fréquentes révolutions des empires, qui l'interrompaient ou l'éloignaient ; mais les nouveaux conquérants, ne tardant pas à comprendre l'avantage apporté par les caravanes, tant aux particuliers qu'à leur trésor, se hâtaient de rétablir, avec la tranquillité publique et la sécurité des routes, cet échange mutuel de la richesse des nations.

On peut dire que, dansl'antiquité, le commerce ne se fai- Denrée sait qu'en denrées, se bornant à satisfaire aux besoins ou au luxe, à se procurer les matières premières et à les vendre ou à les échanger quand l'industrie les avait transformées. L'échange en était la forme la plus habituelle, et lors môme qu'on y employait les métaux précieux comme mesure des valeurs, c'était plutôt au poids qu'en pièces monnayées. L'usage de l'argent monnayé, si important aujourd'hui, resta à l'état d'enfance chez les Phéniciens, les Perses et les Hébreux; s'il y eut plus tard, à Athènes, à Alexandrie, à Rome, des changeurs et des banquiers, peut-être ignorèrentils le parti qu'on pouvait tirer des lettres de change et des traites (1), sans lesquelles on ne saurait obtenir la circula-

(1) Oiov. ViLLANi et Sayart (Parfait Négociant) attribuent les lettres de change aux Hébreux bannis de France sous Dagobert, en 640, Philippe- Auguste en 1181, et Philippe le Long en 1316; retirés en Lombardie^ ils se serraient, pour faire venir de France Targent quUls y avaient laissé, des voyageurs et des marchands, en leur remettant des lettres en quelques lignes. Mais Dupuy de la Serre {Traité de l'art des lettres de change) les réfute : parce qu*ils sont trop indéterminés quant au temps; 2<> parce que Tordonnance de bannissement défendait toute communication et assistance à Tégard des Hébreux expulsés ; d*où il suit qu'il n*est pas probable que personne eût voulu recevoir leur argent en dépôt. Il attribue donc cette invention, ainsi que Derubys, historien de Lyon, aux guelfes florentins^ chassés par les gibelins et réfugiés en France, qui, les premiers, firent

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tion nécessaire ; les anciens n'eurent point de crédit public, ni des transmissions promptes, sûres et fréquentes par le moyen des postes.

Le principal moyen de transport était le chameau, de sorte que les caravanes limitèrent leurs courses au pays où il vivait.

Quelque prodigieuse que soit pourtant la force de ce vaisseau du désert, des centaines suffiraient à peine à porter la cargaison d'un gros bâtiment d'aujourd'hui. Le commerce devait donc se restreindre à des denrées de peu de volume ; ainsi, par exemple, bien que le riz fût connu de l'Europe, elle n'en recevait qu'en très faible quantité, à telles ensei-

des traites, principalement à Lyon, où les marchands se réunissaient sur la Place au Change, Les gibelins, chassés à leur tour, se retirèrent à Amsterdam, où ils en firent autant.

Philippe le Bel fit, en 1294, avec le syndic et le corps des changeurs italiens, une convention par laqueUe ils devaient payer un droit pour les affaires de change; mais la première mention formelle des lettres de change est dans Tédit de Louis XI, mars 1462^ par lequel il confirma la foire de Lyon.

Quant au papier-monnaie, Marco Polo fut le premier à en faire connaître Texistence à TËurope^ en ayant vu chez les Mongols, alors maîtres de la Chine, qui Tintroduisirent ensuite dans la Perse. Ils n*en furent pas cependant les inventeurs; cette primauté appartient aux Chinois. Dès Tan 119 avant J,-C., sous le règne de Wou-ti, de la grande dynastie des Han, un surcroit de dépenses leur fit inventer les pi-pei ou valeurs en peau; c'étaient des morceaux de la peau de certains cerfs blancs, d*un pied chinois en carré, ornés de certaines peintures ou festons, valant chacun environ 300 livres : ils n*avaient cours, à ce qu*il parait, qu*à la cour et parmi les grands.

Mais le véritable papier-monnaie, ou, comme nous disons maintenant, les assignats, substitués au numéraire sans aucune hypothèque, furent introduits d'abord dans le pays de Chou, et appelés tchi-tsi ou coupons. Cet exemple fut imité sons Tchin-tsoung (de 997 à 1022), qui fit des assignats payables tous les trois ans; six maisons des plus fortes dirigèrent cette opération de finance, mais elles firent faillite, et Tempereur priva les particuliers du droit d'émettre du papier-monnaie, en le réservant à la couronne.

Ceux qui voudront suivre les vicissitudes des assignats en Chine les trouveront dans les Mémoires relatifs à l'Asie, par Klaproth, 1. 1, p. 363. Sous Khoubilal Khan, il en fut émis une quantité prodigieuse. U nous suffit d'avoir indiqué que c'est au peuple de ce pays qu'appartient une invention aussi importante. Les Mandchous, maîtres actuels de la Chine, ignorant ce grand principe d'une bonne administration financière, que plus un pays a de dettes, plus il est riche et prospère, n'ont jamais mis en circulation de papier-monnaie d'aucune sorte.

Il fut introduit au Japon du temps du Dalri-Go-Diagonotenoo, qui régna

de 1319 à 1331.

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gnes qu'au quatorzième siècle nous le voyons encore dans les tarifs des villes lombardes considéré comme drogue et vendu par les pharmaciens. Que Ton calcule ce que coûterait le nitre et le sucre, s'il fallait qu'ils nous vinssent du Bengale par terre. Les côtes d'Afrique et l'Égypte regorgeaient de froment, et pourtant, au lieu de l'expédier au dehors, on l'amoncelait dans les magasins jusqu'à ce que la famine contraignit des étrangers à venir le chercher. Le vin exige aussi des chariots et de bonnes routes ; or l'Europe méridionale, qui maintenant en produit le plus, cultivait à peine la vigne, et les pays auxquels la nature la refusa ne buvaient pas de vin. Les huiles, employées au lieu de beurre et à tant d'autres usages par les anciens, sont moins difficiles à transporter ; mais on aimait mieux charger des épices, de l'encens, des étoffes fines, des pierreries, des métaux, et tout ce qui sous un petit volume renferme une grande valeur.

Les interprètes et les courtiers que nous trouvons en Égypte nous prouvent que des classes diverses d'individus se consacraient au commerce ; mais on ne doit pas s'attendre à trouver chez les anciens la subdivision du travail des modernes. Aujourd'hui le négociant peut, en vivant paisiblement dans son hôtel de Londres ou d'Amsterdam, trafiquer avec les deux mondes par l'intermédiaire de courtiers, de commis, de correspondants ; il devait alors entreprendre en personne de longs voyages^ être à la fois capitaine et propriétaire de la caravane ou du navire.

Nous avons dit aussi du navire ; car on aurait tort de cou- Marine, dure de ce qui précède que le commerce maritime fût tout à fait nul. Nous parlerons bientôt des Phéniciens, et l'on verra qu'il en était autrement; mais il se réduisait pour ainsi dire à un simple cabotage, à des courses d'un port à un autre port, d'un promontoire à l'autre, sans se hasarder en pleine mer. C'était moins encore l'absence de la boussole qui l'arrêtait dans son essor, que l'ignorance où l'on était d'un autre continent au delà de l'Atlantique. A quoi bon s'en aller au large, s'il n'y a point de bords? C'est pourquoi nous avons dit (1) que l'importance de la découverte de Colomb consista moins dans ce qu'elle révéla des régions inconnues, que dans la direction nouvelle qu'elle imprima à la naviga-

(1) Voj. rintroduction, p. 50, et, pour tout le reste, TouTrage de Hbs- RBN, déjà cité.

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tion en Tarrachant à ses allures étroites pour la lancer dans l'immensité de l'Océan.

Celui qui connaît la mer sait combien est pénible la navigation des côtes, et quelle utile école elle offre aux marins ; les Portugais n'en connaissaient pas d'autres lorsqu'ils parvinrent à doubler le cap de Bonne-Espérance, ni les Normands du moyen âge quand ils coururent par toute l'Europe; aujourd'hui encore, la pèche de Terre-Neuve et le transport du charbon de terre forment les meilleurs matelots de la marine anglaise. Les trois continents connus des anciens étant contigus, l'amour du gain et des découvertes suffisait pour les faire visiter de côte en côte. Intérieurement, ils embrassent deux grandes mers : la Méditerranée, qui communique avec la mer Noire, et l'océan Indien, qui communique avec les golfes Arabique et Persique. La première, entourée des pays les plus féconds et les mieux cultivés, parsemée d'îles, peu agitée par les marées, facilita les communications. De même, dans l'océan Indien, le peu d'éloignement des côtes, le grand nombre dlles, la régularité des vents étésiens, aidèrent à la navigation. Les vents du sudouest, soufflant de mai à octobre, emportaient les navires des rivages africains vers ceux du Malabar et de Ceylan; puis le vent du nord, qui, pendant les mêmes mois, règne dans le golfe Arabique, les poussait par le détroit de Bab-el- Mandeb. L'hiver venu, les vents du nord-est dans la mer des Indes, et ceux du sud dans le golfe Arabique, favorisaient le retour des bâtiments.

Les habitudes invariables, ainsi que nous l'avons dit, conservées par le commerce dans son parcours nous permettent d'en déterminer la direction. Babylone sur l'Euphrate, Bactres et Samarcandc sur l'Oxus, les côtes de la Méditerranée et de la mer Noire paraissaient désignées par la nature pour devenir florissantes par le commerce ; c'étaient donc là les points de départ et d'arrivée des caravanes.

Celles qui trafiquaient entre l'Arabie et la Phénicie, chargées des produits de l'Inde et du désert, s'arrêtaient à Pétra, dans l'Arabie septentrionale, et de là gagnaient le Liban.

Celles qui faisaient le trajet de la Perse à la Babylonie se dirigeaient vers la grande ville, où les matières brutes de l'Inde étaient plus particulièrement travaillées, soit par la Lydie jusqu'à Suse, soit par la Phénicie, én traversant Palmyre dans le désert, Tamsaque sur l'Euphrate, et le mur

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médique ; soit enfin par la Syrie, en parcourant la Mésopotamie, contrée dangereuse par ses bandes errantes qu*il fallait se concilier à Taide de présents ; elles passaient TEuphrate à Ânterausia, descendaient à Édesse par Bambica, et, franchissant les landes des Scénites ou nomades, elles allaient toucher Scène, à soixante milles seulement de Séleucie, sur le Tigre.

Voilà pour l'Asie occidentale. Pour l'intérieur, les caravanes allaient de Babylone et de Suse dans Tlnde, en laissant au nord le désert entre la Perse et la Médie ; par cette route, elles traversaient la Mésopotamie jusqu'à Ëcbatane et Ragès, vers les portes Caspiennes, aujourd'hui gorges de Dariel (1), seul passage ouvert de ce côté entre l'Occident et l'Orient. De là, par Hécatompyle, dans la Parthie, par Alexandrie en Arie, Prophtasie, Arachote, Orthospane, elles atteignaient l'Indus après un voyage de près'de six cents lieues.

Quand les caravanes voulaient aller de l'Asie occidentale dans la Bactriane et àSamarcande, elles se dirigeaient, après Alexandrie en Arie, par Maracande, vers l'Iaxarte et les frontières de la grande Tartarie. C'était à Bactres et à Samarcande (grande Boukharie) qu'était l'entrepôt des marchandises de l'Inde destinées à l'Asie septentrionale ; et là, de môme que sur les rives occidentales de la mer Caspienne, accouraient en foule, presque comme à leur marché naturel, les hordes de l'intérieur : il en résultait une communication très fréquente, entre une prodigieuse variété de populations nomades. L'Asie était en outre traversée par une route qui, des villes grecques sur la mer Noire, conduisait par les monts Ourals jusque chez les Agrippéens ou Kalmouks, dans la grande Tartarie.

Quant à l'Afrique, les caravanes suivaient la direction dont elles ne sont pas écartées jusqu'ici, sauf qu'elles partent à présent du Caire; alors elles partaient de Thèbes, pour aboutir à l'oasis de Jupiter Ammon (2), où elles recevaient, tant

(1) Des récits fabnleiiz attribuent la construction de cette forteresse à une certaine Daria, qui dépouillait les voyageurs, qu*el]e faisait précipiter dans le Tereck après s*étre livrée à eux. Klaproth, si heureux dans ses recherches sur le Caucase, croit que le nom de Dariel vient du tartare dar iol, chemin étroit.

(2) Le temple d^ Ammon était un sanctuaire d*autant plus riche qu*il fallait braver plus de dangers pour y arriver; c*était un caravansérail entre la Nigritie et l'Afrique septentrionale.

Mais où était-il situé? Brown, le premier, et puis Homemann, en ont

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de rÉthiopie que des nomades, les produits précieux de Tintérieur de cette péninsule, et les transportaient sur le Nil ou à la Méditerranée (1).

découvert les ruines à Siwah ; le général Minutoli a confirmé la chose. Les nombreuses catacombes qui se trouvent dans le voisinage, et les momies, dont les restes abondent sur les collines environnantes, attestent ce que les anciens avaient dé^à dit, que T Ammonium n*était pas seulement un temple, mais un petit Etat fondé par les Égyptiens et les Éthiopiens, avec un roi particulier. L'oasis a 10 milles de longueur sur 3 de largeur; le terrain en est fertile. Il forme encore aujourd'hui un État de quatre ou cinq villes^ parmi lesquelles Kebir, la plus considérable, est gouvernée par des cheiks particuliers; ce n*est qu'en 1826 que le vice-roi d'Sgypte a pu la soumettre. Dans la table II de son voyage^ Minutoli donne le plan des ruines du temple, que les indigènes appellent encore Birbe (temple) on umelada; elles sont couvertes d'hiéroglyphes indéchiffrables et de basreliefs à la manière de ceux de Thèbes, avec la procession et la nef sacrée, rituelle dans le culte d'Ammon. On y trouve encore la fontaine et le sel excellent.

Cependant il faut dire que, tandis qu'Hérodote place TAmmonium à dix journées de Thèbes, Siwah en est éloigné de vingt au moins; peutrétre l'écrivain grec a-t-il omis quelque station.

Elles se dirigent sur Pétra dans l'Arabie septentrionale, et de là sur la Phénicie.

1** La route de l'Arabie Heureuse à Pétra est attestée par Strabon, qui en détermine la direction et les journées, comme aussi : 2<> De la route de l'Arabie Heureuse à Gerrha»

3^ Sur la route de Gerrha à Tyr nous n'avons rien de positif ; mais on ne saurait la révoquer en doute, puisque, d'un côté, Gerrha est représentée comme une riche ville de commerce^ et que, de l'autre, nous trouvons les preuves de son commerce continental dans Aoathaxu:hidas (Geographi mtnof'tf^) et Strabon ([t, 1110). Les prophètes parlent de ses relations avec Tyr (Is., XXI, 13; Ezech., XXVII, 15); d'ailleurs il est certain que le Dedan est une des lies voisines de Gerrlia dans le golfe Persique, et probablement une des Bahrein. La direction de Gerrha à Tyr est incertaine. Les voies commerciales partent d'Hegiar, traversent le fertile Nejd , et vont, par le nord, à la Mecque, Tantique Massoraba.

La route par l'Égypte, surtout par Memphis, partant de l'Égypte, traverse le désert de la Thébalde, conduit jusqu'au temple d'Ammon, puis, du désert de Barca et des pays arides des monts Araduses, se dirige vers le Fezzan, d'où elle semble se perdre dans les terres qui forment aigourd'hui les royaumes de Kasna et de Bornou. Hérodote, sans doute^ n'est pas toujo'Urs exact dans la mesure des distances et le nombre des journées; mais il est étonnant qu*il s'accorde si bien avec Hornemann, qui a parcouru lui-même la route, partant aujourd'hui du Caire et non plus de Thèbes, rendez-vous des caravanes au temps d'Hérodote.

50 La route que parcouraient les Phéniciens dans leurs relations corn*

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