ROUTES DES CARAVANES ARABICO-PHÂNICIENNBS
COMMERCE DES PHÉNICIENS
Les Phéniciens commencèrent leurs expéditions nautiques commué par la piraterie ; au temps de la guerre de Troie, quand Homère exalte Rhodes aimée de Jupiter, et Topulente Corinthe,
merciales avec rArménie et les pays du Caucase n*est indiquée par personne; comme U n*j avait là que des pays habités et civilisés, il est probable quUl n'existait pas de route commune.
n. — ROUTBS DBS CARAVANES BABYLONICO-PBRSANBS.
A. — Routes par l'Asie occidentale.
1* La route de la Lydie à Suse en Perse est décrite par Hérodote (v. 52) avec le nombre des stations^ quoiqu'il se trompe dans le total.
29 La route de Babylone vers la Phénicie n*est indiquée nulle part, et peut-être en ezistait-il plusieurs. Deux raisons cependant font croire qu'eUe passait par Palmyre : d*abord, c'était le chemin le plus naturel, à moins de faire un grand détour par le nord, ou de traverser un désert immense et dépourvu d'eau ; puis nous savons que Palmyre était une antique cité qui, à voir sa position, ne put avoir dès l'origine d'autre destination que de servir de station aux caravanes. La route suivait ensuite jusqu'à Thapsaque, la plus importante ville de commerce sur TEuphrate, qu'on traversait à Circésium; enfin, elle se dirigeait vers le sud, par la muraille médique, et arrivait à Babylone.
La route de Babylone sur la Syrie est exactement indiquée par Strabon (p. 1084); seulement, il n'y avait que les caravanes qui pouvaient la suivre, parce qu'il fallait traverser la Mésopotamie, désert rempli de hordes errantes auxquelles on achetait le passage. Après avoir traversé la Syrie, elle aboutissait à Anthémuse, où l'on passait l'Ëuphrate ; de là on se dirigeait par Bambica à Édesse, et puis, à trois jours du fleuve, par les steppes, peuplées des Scénites ou nomades et pourvues de quelques citernes, on atteignait la ville de Scené sur les frontières de Babylone.
B. — Routes par l'Asie orientale.
Les routes de Babylone et de Suse vers l'Inde peuvent être regardées comme n'en formant qu'une seule, parce, que les communications sont faciles entre ces deux villes, et qu'on traverse des pays très peuplés et bien cultivés (Arribn, III, 16). Mais, au lieu de se diriger vers l'est par le grand désert entre la Perse et la Médie, la grande route passait par la Médie, laissant au nord le désert; elle suivait donc, sur la rive gauche du Tigre, la grande voie royale, dont parle Hérodote^ qui conduisait dans l'Asie Mineure, et se léunissait, sur les frontières de la Médie, à la route de rinde, de laquelle Pline et Strabon ont tracé les principales stations.
Au sortir de la Mésopotamie, la route se dirige par le 36<» de latitude nord, toujours vers Ecbatane, capitale de la Médie (Ptolbmbb, I, 22), et de là par Ragès, sur les portes Caspiennes. Tout ce^ui de l'occident de l'Asie se transportait vers l'orient devait passer par ces défilés, parce que plus au nord le chemin était inaccessible, à cause des montages hyrcaniennes et de leurs habitants; puis, vers le sud, commençait le désert. Il est donc important de déterminer la position de ces défilés, qui heureusement ne soulèvent aucune contestation. Ils se trouvent dans les montagnes Caspiennes, et séparent la Médie de l'Arie, par les 35<» latitude, 51 « longitude, comme la carte l'indique.
Après avoir traversé les portes Caspiennes, on se rendait à Hécatom-
HÎST. UNIV. — T. I. 34
DECXIÈME ÉPOQUE.
et la splendido Orchomène, enrichie par le commerce, les Phéniciens abordaient sur les côtes de la Grèce, où ils débitaient des bijoux et des bagatelles, enlevaient les jeunes
pylos, Alexandrie d*Arie, Prophtasie dans le pays des Drangiens, Ara. choie, Orthosphane, jnsqu^à Tindus. La première station est Hécatompylos, capitale des Parthes. LUncertitude des mesures ne permet pas d>n fixer la situation ; mais le nom est grec, et, selon Pline, il provenait de ce que toutes les rouies y aboutissaient. Par conséquent elle dut avoir une grande importance pour le transit. La seconde station est Alexandrie d*Arie. Sirabon dit expressément (p. 1053) que la route, jusque-là une, se divise en deux bras, dont Tun mène dans la Bactriane, tandis que Tautre incline au sud vers Tlndus ; de là elle allait vers le sud pour conduire à la troisième station, Prophtasie, dans le pays des Drangiens, qui peut-être est le Ségestan d*aujourd*hui. La station suivante est Arachote, nom conservé dans FArocage actuel. On ne peut exactement fixer sa position; de même, sans une connaissance plus détaillée du pays et de ses habitants, il est impossible de dire pourquoi la route inclinait tant vers le sud. Cette inclinaison cessait lorsque^ par le nord, on se dirigeait du côté d*Alexandrie, distante de quelques lieues. Cette Alexandrie sur le Paropamise est vraisemblablement Orthospane.
Le chemin de la Bactriane y aboutissait, et trois routes 8*y réunissaient. De là, traversant le fleuve Choès, on arrivait à Peucéla et à Taxila, où Ton passait ordinairement Tlndus pour entrer dans Tlnde.
La route de fAsie occidentale vers la Bactriane jusqu^à Alexandrie d^Arie suivait celle de Tlnde ; là, tournant vers la Bactriane, elle continuait, par Maracande jusqu*à Tlaxarte, et à la frontière de TAsie centrale ou de la grande Tartarie, habitée par les Issédons ou Massagètes (Strabok, p. 782).
29 Route de la Bactriane à l'Inde. Strabon (p. 1033) regarde cette route comme une continuation de la dernière, de manière qu*elle était swvie par ceux qui, venant de la Médie par les portes Caspiennes, arrivaient i Alexandrie d*Arie et voulaient éviter la route méridionale, que ses détours rendaient plus longue. La route de la Bactriane allait au sud du Paropamise, et se réunissait, à Orthospane, à celle de Tlnde, ce qui fit donner à cette ville le nom de trivium de la Bactriane ; on peut donc en conclure que, outre les deux voies pour Tlnde et la Bactriane, il y en avait une troisième, qui se dirigeait vers le sud de Tlndus. Ce n*est là qu*une conjecture; mais de fait il se trouve un trivium à Ortho8pane,si Ton regarde cette ville comme le centre des trois routes de Tlnde, de la Bactriane et de TAsie occidentale.
3® La route de la Bactriane à la petite Boukharie et à Sérica est indiquée par Ctésias, qui parle des caravanes indiennes du petit Thîbet, et démontre qu'il existait des relations commerciales entre les Bactriens et les Indiens.
4* Sur la route de Sérica au Gmge, nous n*avons que des conjectures.
L*existence de cette route qui des cités grecques se dirigeait sur la mer Noire, et, par les monts Curais, jusqu*aux Kalmouks de la grande Tartarie,
m. ~ ROUTES PAR LA BACTRIANE- ET SAMARCANDB.
lY. — ROUTE COMMERCIALE PAR L*A8IB CENTRALE.
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garçons et les jeunes filles, qu'ils vendaie marchés de TAsie, ou qu'ils remettaient ( nant une grosse rançon. Ils ne trouvaient honte que les Bédouins aujourd'hui à lei Homère, Ulysse raconte à Eumée qu'avai Troie, on favait vu neuf fois aller en course nélas apprend à ses enfants que c'est en durant huit années à Chypre, en Phénici les Éthiopiens, en Libye, qu'il amassa tai nul homme n'en possédait autant. Plutarq les héros s'honoraient du titre de voleur postérieurs, Selon autorisa les association! le brigandage est considéré par Aristote une espèce de chasse.
Les premiers exploits des héros de la sèment contre des corsaires; l'accroisseme dut donc faire changer de système aux Phi Strabon, avaient, peu après la guerre de de relâche sur les côtes occidentales de l'A vu aussi que du temps de Salomon ils ] septentrionaux du golfe Arabique pour n; et Ophir dans l'Arabie Heureuse et rÉthinaient au bout de trois ans, chargés d'or, de perles et d'autres marchandises. Leur trois directions principales : vers l'Arabie au levant, vers l'Assyrie et Babylone ; au n( et le Caucase. La première, plus importai suivait la voie de mer comme celle de tern Persique, ils atteignaient la péninsule in< Gange et Tîle de Ceylan, où ils chargeai cinnamome et l'encens ; soit effet de l'ha!
est fondée sur les relations d*Hérodote^ et surtout sur 24. Nous croyons, nous, qu*elie se prolongeait ai Issédons; en effet, ce peuple commerçant, voisin ( des relations avec les habitants de cette ville, lesqi coup avec les autres peuples. Comme les Issédons t qu'à riaxarte, où finit la route des caravanes v mentionnée plus haut d'après Strabon, on voit clai se faisait réchange des marchandises de Torient Ck>mment Hérodote aurait-il pu acquérir la cod peuples nombreux répandus comme nomades dai Avait pas eu de commerce?
(1) HoifiaB, Odyssée, IV. — P^j^arQUE, Vie de
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lès voyageurs d'exagérer les choses, soit pour écarter des concurrents, ils racontaient que la première y était apportée par certains oiseaux de proie, et que des serpents très venimeux rendaient l'autre extrêmement difficile à recueillir (t).
Des caravanes de nomades qui se rendaient dans l'Yémen ou à Gerrha, près le golfe Arabique, apportaient de l'Arabie à Tyr de l'encens, de la myrrhe, de la cassie (laurtts casia)^ du laudanum {cistus creticm), de l'or, des perles, de l'ivoire. Ce trafic enrichit beaucoup plusieurs peuples de la Syrie et de l'Arabie, notamment les Édomites de l'Idumée, qui revendaient aux Phéniciens ces riches produits, et les Madianites, chez lesquels l'or était tellement abondant que les Hébreux, quand ils les eurent subjugués, en trouvèrent assez dans le pays non seulement pour le prodiguer dans leur propre parure, mais pour en faire des colliers à leurs chevaux. Les Phéniciens recevaient de l'Égypte le coton, le blé, des tissus et lui portaient du vin dans certains tonneaux en terre cuite, que les Perses, lorsqu'ils furent maîtres de l'Égypte, disposaient le long du désert en guise de citernes (2). La Palestine leur fournissait le meilleur froment, du vin et des huiles, qui sont encore supérieurs à celles de Provence, ainsi que le baume qu'on appelle aujourd'hui baume de la Mecque, et que l'on recueillait près du lac de Génésareth. Us tiraient de la Syrie le vin de Galibon (Alep) et la laine du désert; et c'est précisément par le désert que, continuant la route sur laquelle les nécessités du commerce fondèrent Palmyre et Balbek, ils gagnaient Babylone, d'où, tournant vers la Perse, ils parvenaient aux pays de la soie.
Au nord, ils se dirigeaient vers la mer Noire et la mer Caspienne, tirant de l'Arménie et des pays limitrophes des chevaux, des vases de cuivre et des esclaves, qui étaient très beaux de ce côté ; c'est pour ce commerce d'esclaves que les prophètes les maudissaient en les menaçant de voir aussi leurs enfants vendus un jour aux Sabéens (3).
Les Phéniciens construisaient leurs vaisseaux presque
(1) HÉRODOTE, UI. — Le cinnamome est le nom grec et latin de la cannelle : xivvà|&u>|&ov, cinnamomum. De grands oiseaux l'apportaient des lieux où Bacchus a été nourri, d'après le récit d'Hérodote, et cet arbre produit Tencens, que des serpents ailés défendaient contre ceux qui toulaieut s'emparer de cet aromate. Hbrodotb, 1. III, c. 107-112.
(2) Hbrobotb, II, S, 6.
(3) JoBL, m, 8. — Amos, 1, 9.
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ronds^ avec très peu de quille, afin de pouvoir naviguer en rasant la plage ; ils triomphaient du vent contraire au moyen de leur large voilure et de grandes rames. Us construisirent ensuite pour la guerre des navires longs et effilés; la flotte de Salomon, comme aussi celles do Sémiramis et de Sésostris, durent sortir de leurs chantiers. Ils profitèrent sur la mer des observations astronomiques dont les autres peuples se servaient pour les divinations, et ils s'orientaient en portant les yeux sur la petite Ourse : ce qui a fait dire qu'ils découvrirent cette constellation.
Us répandaient ainsi les marchandises de l'Orient par la coioniet voie des mers intérieures, sur les côtes desquelles ils fondèrent d'innombrables établissements, qui ont conservé des traces de leur idiome. Us donnèrent des habitants à llle de Délos aussitôt qu'eUe fut sortie du sein de la mer. Chypre, Rhodes, la Sicile, la Sardaigne, les virent se multiplier sur leurs rivages. Us tiraient de Malte le corail, la poix d'Italie; ils recherchaient surtout les pays riches en mines, qu'ils faisaient exploiter de gré ou de force par les naturels, ou bien y transportaient des esclaves. L'Espagne était pour eux un pays de prédilection, parce qu'Us y trouvaient l'argent môme à fleur de terre; aussi fut-elle pour les Phéniciens ce que le Pérou a été pour les Espagnols. Us en extrayaient non seulement de l'argent, mais de l'or, de l'étain, du fer, du plomb (1); elle leur fournissait en outre du blé, du vin, de l'huile, de la cire, une laine très estimée, du poisson salé, des fruits exquis dont l'abondance suggéra l'idée de les confire. Un mouton d'Espagne se vendait jusqu'à un talent (2) ; en échange de ces denrées, ils fournissaient aux naturels le lin, dont les Espagnols faisaient leur vêtement habituel, et ces bagatelles toujours agréables aux yeux des barbares.
Cadix était leur point de départ pour des expéditions plus lointaines; on prétend qu'ils les poussèrent jusqu'à Madère et aux Canaries. U est certain qu'ils franchirent le détroit; Us allaient chercher l'étain, peut-ôlre aussi l'ambre jaune, dont le prix égalait celui de l'or, dans la Grande-Bretagne et dans les îles Scilly ou Cassitérides ; Us parvinrent même jusqu'à la Prusse et à la mer Baltique, partout enfin où ils pouvaient aller en côtoyant. On rapporte de plus que Né-
(1) ËzBCHiBL, XXVII, 12. — Strabon et Diodorb.
(2) Strabon.
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chao II, roi d'Égyple, vers Tan 610 avant J.-C, leur persuada de faire le tour de l'Afrique; étant donc partis de la mer Rouge, et suivant toujours la terre autant que le permettaient les courants et les vents, ils seraient, après trois ans de voyage, revenus débarquer à Tembouchure du Nil par le détroit de Cadix (i). Afin de prouver qu'ils traversèrent aussi rOcéan, on a prétendu que des inscriptions phéniciennes ont été découvertes au pied des Cordillères; que le Bélus assyrien et le Mithras persan eurent leur culte en Amérique, où les filles du Soleil rappellent les vestales, et que les palais du Mexique et du Pérou offrent les types et les hiéroglyphes de rÉgypte. Quoi qu'il en soit, lorsque Xerxès assaillit la Grèce avec leur flotte, les Phéniciens n'osèrent pas s'avancer au delà de Samos à l'occident, bien que cette île ne soit pas à plus de 70 milles des premières Cyclades, Mycone et Ténos ; ajoutez que le grand nombre de leurs vaisseaux leur eût permis de faire, pour ainsi dire, la chaîne (2). Mais peut-être que ce fut une feiote de leur part, quelque nouvel intérêt les détournant de continuer à favoriser les Perses ; car l'intérêt, principal mobile de leurs résolutions, leur faisait cacher avec soin leurs expéditions pour empêcher que d'autres ne leur fissent concurrence, et ils répandaient dans ce but des fables étranges, que par la suite les historiens recueillirent sans discernement. C'est peut-être à eux qu'il faut attribuer les noms effrayants de Bab-el-Mandeb^ port de l'affliction; de Mété ou mort, donné à un autre port du golfe Arabique, où probablement il faut chercher le Gardefan ou cap des Funé-
(1) Malte-Brun nie absolument que les Phéniciens aient fait ce tour de TAfrique, qu*aTec sa bonne foi ordinaire Hérodote ne fait que rapporter comme un oui-dire; mais Miot, auteur d*une traduction française d*Hérodote (Paris, 1822), Tadmet comme vrai. Son principal argument est précisément ce fait, qui semble incroyable à Hérodote, que le soleil se montrait à la droite de ceux qui faisaient le tour de la Libye. H est évident, dit-il, que, quand les Phéniciens eurent passé le tropique du Capricorne, pour aller doubler le cap de Bonne-Espérance, en regardant le soleil, ils en voyaient le mouvement apparent de droite à gauche, puisqu'ils avaient le nord devant eux, Torient à droite, Toccident à gauche. Quand ils naviguaient dans la Méditerranée, d'orient en occident, ils avaient toujours le soleil à gauche ; mais, aussitôt qu'ils eurent franchi le détroit de Bab-el- Mandeb, vers l'extrémité de l'Afrique, voyageant d'orient en occident, ils voyaient constamment le soleil à leur droite, circonstance tout à fait naturelle, mais toutefois merveilleuse pour des gens qui ne savaient ni concevoir ni s'en expliquer le pourquoi.
(2) HÊEODOTB, Vn, 132.
COMMKRC» DES PIICNICIBNS.
railles. Strabon raconte même que lorsqu'ils se voyaient épiés par des navires étrangers, ils leur échappaient en les égarant au milieu des récifs et des bancs de sable, où ils les attaquaient en corsaires pour les dégoûter des voyages. Ce qui rend cette assertion moins improbable, c'est qu'ils n'étaient pas aussi loyaux qu'habiles dans les relations commerciales , de sorte que marché phénicien et foi punique pas* sèrent en proverbe chez les Grecs et les Romains.
Au reste, tous les peuples commerçants cherchent à avoir des ports où leurs bâtiments soient accueillis, à dominer dans les lieux où ils abordent pour trafiquer, à empêcher la concurrence, et à éviter les collisions qui peuvent troubler la paix. Telle dut être la politique des Phéniciens; mais les historiens, plus attentifs à retracer les mutations de règne qu'à faire ressortir la nature des institutions, ne nous ont pas fait connaître les lois qui régissaient leur commerce.
Chez les autres nations, le commerce était un monopole royal ; les hôtelleries placées sur les grandes routes de la Perse appartenaient au domaine royal (1). L'unique armateur des expéditions pour Ophir était Salomon ; les Phéniciens, au contraire, se gouvernant en république, ressemblaient aux Européens modernes, en ce qu'ils spéculaient pour leur compte particulier.
La tradition vulgaire, en racontant qu'ils faisaient usage d'ancres d'argent au lieu de les avoir en fer, indique assez combien ils acquirent de richesses ; mais le témoin le plus ancien comme le plus célèbre de l'étendue de leur commerce et de la magnificence qui en était résultée, c'est Ézéchiel : « Le Seigneur me dit : 0 fils de l'homme, commence « tes lamentations sur Tyr. A Tyr, placée sur le rivage de la « mer, trafiquant avec les peuples de tant d'îles différentes, « tu diras : Ainsi te parle le Seigneur : 0 Tyr, tu as dit en « toi-même : Je suis d'une beauté parfaite, et assise au <( sein de la mer. On t'a construite, toi et tes navires, avec « les sapins de Sanir ; tes àntennes, avec les cèdres du Liban; a tes rames, avec les chênes de Bazan; les bancs de tes vais- « seaux, avec le bois des îles d'Italie. Le lin de l'Ëgypte fut « brodé pour tes voiles ; l'hyacinthe et la pourpre des îles « d'Élisa décorèrent tes pavillons; tu as eu pour navigateurs
(1) £Ta6|jL6c, Hbrodotb, V, 22.
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« les habitants de Sidon et d*Arad, tes sages pour pilotes, et a les vieillards du Gébal travaillèrent à réparer les bâtiments « fatigués. Tous les navires de la mer et tous les marins « venaient trafiquer avec toi à cause de la multitude de tes « manufactures : Perses, Lydiens, Libyens, combattaient « dans tes rangs, et avec eux les Aradiens et les Pygmées « garnissaient tes murailles, y appendant leurs boucliers et a leurs casques pour te servir d*omements. Les fils de Thar- « .sis, t*apportant toutes sortes de richesses, argent, fer,étain, (c plomb, remplissaient tes marchés ; l'Ionie, Tubal et Ho- « soch, les fournirent d'esclaves et de vases de cuivre ; Tho- « gorma (la Gappadoce) , de chevaux et de mulets ; Dedan, « d'ivoire, d'ébène, et de housses pour les chevaux et pour « les chars. Les Syriens fréquentaient tes marchés avec des « émeraudes, des coraux, des rubis, de la pourpre, des toiles « ouvrées, du lin, de la soie {sericum), et toute autre marchante dise de prix. Juda et Israël t'offraient blé, baume, miel, « huile et résine; Damas, ses vins, et ses laines aux vives « couleurs; Dan, les fils vagabonds de Yava (les Grecs), et <c Mosel, le fer poli, la casse, la canne odorante; les Arabes « et les princes de Cédar, devenus tes commis, des agneaux, (( des béliers, des chevreaux; Saba et Rama, des parfùms, «f des pierres précieuses, de l'or. Haran, Chené, Éden, Assur, « Gheimad, venaient avec des balles d'hyacinthe et des c( masses d'ouvrages en broderie, des meubles coûteux et de « bois de cèdre. Tes rameurs t'ont portée dans bien des eaux; <c mais le vent du midi t'a brisée au milieu de la mer; tes « flottes trembleront aux cris de tes amiraux. Par le savoir « et la prudence, tu as acquis la force; l'or et l'argent ont <( rempli tes coffres ; par ta grande habileté et par tes trafics, « tu as multiplié ta puissance, et ton cœur s'est gonflé; pour « cela le Seigneur a dit : Tu mourras de la main des étran- « gers. Toi, devenue un modèle de sagesse et de beauté par- « faite, regorgeant de biens, Couverte de perles, de topazes, « de jaspe, de chrysolithes, de béril et de saphirs; toi, ex- « perte dans l'art des flûtes et des tambours, symétriquement « alignée dans tes rues du jour où tu fus bâtie, jusqu'à ce « que la richesse t'ait pervertie, tu tomberas, et, au bruit de « tes gémissements, descendront des navires tous ceux qui « tiennent la rame, et marins et pilotes viendront à terre et ' (( pleureront amèrement; et ils diront : Gomment a péri Tyr, « qui dans le cercle de ses relations embrassa tant de peuples ;
COMMERCE DES PHÉNICIENS
ce Tyr, qui^par la multitude de ses trésors et de ses colonies, « enrichit les rois de la terre (1)?»
Les Phéniciens furent d'un grand secours à la civilisation colonies par leurs colonies. De môme que nos puissances maritimes, et surtout l'Angleterre, font aujourd'hui, par de pareils moyens, pénétrer notre civilisation au cœur de l'Amérique, au fond de l'Afrique, dans l'Inde, dans la Chine et l'Océanie, où elle survivrait sans doute si, par malheur, elle devait périr en Europe ; ainsi firent ces conquérants pacifiques de l'ancien monde, se préparant une autre existence après leur chute, comme un père qui laisse en mourant une famille nombreuse. Il est constant que les peuples riverains de la mer se multiplient avec une grande rapidité ; aussi les Phéniciens, faute d'un territoire assez étendu, étaientrils obligés de chercher un écoulement à leur population croissante et pauvre en la transportant ailleurs. Parfois encore, les divisions intestines, si faciles chez un peuple que l'habitude de vivre sur les flots rend impatient de tout frein civil, chassaient hors du pays une faction qui s'en allait ailleurs fonder une colonie. Ainsi naquit Garthage, qui devait succéder à Tyr et Sidon, et rivaliser avec la reine du monde.
Si les modernes qui s'aventurèrent à de lointaines expéditions, trouvèrent nécessaire de fonder çà et là des comptoirs pour déposer les marchandises qu'ils transportaient, recueillir les productions de l'intérieur du pays, favoriser l'échange des unes et des autres, c'était alors chose d'autant plus importante que les voyages se faisaient lentement, et que les communications étaient rares. S'ils ne voulaient donc pas avoir à combattre de nouveaux ennemis chaque fois qu'ils revenaient sur une plage, ni consumer beaucoup de temps à se procurer des échanges, et encore avec la perte qu'éprouve d'ordinaire celui qui offre, force était aux Phéniciens de fonder des colonies ; l'exploitation des mines, but principal et presque unique de ce peuple, les leur rendait encore plus nécessaires.
Us exploitèrent de cette manière toutes les îles de l'Archipel, et nommément Chypre, la Crète, les Sporades, les Cy^ clades, les îles de l'Hellespont, et jusqu'à Thasos, en face de la Thrace, où ils extrayaient de l'or. On leur attribuait, dans
(1) Chap. XXVII, XX VIII. Voir les commentaires de Michaxus et Robert. Le chapitre lx d*lsale peut servir aussi à Thistoire du commerce antique.
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TAsie Mineure, la fondation de Pronettos et de Bitbynie, établissements qu'ils furent contraints d'abandonner avec d'autres encore à mesure que les Grecs croissaient en nombre et en force. Les Étrusques les chassèrent de mémo de l'Italie; mais ils prospérèrent en Sicile, où ils portèrent le culte d'Astarté, qu'on y appela Vénus Érycine, et où ils élevèrent à un grand état de splendeur Panorme et Lilybée. 11 est à croire qu'ils considéraient la Sicile et la Sardaigne comme le centre d'expéditions plus éloignées, tel que Test aujourd'hui pour nous le cap de Bonne-Espérance. La côte septentrionale de l'Afrique était parsemée de leurs colonies, dont les principales, à l'ouest de la petite Syrte, étaient Utique, Garthage, Adrumète; à Memphis, ils possédaient un quartier pour leurs caravanes, et il est probable qu'ils étiblirent des comptoirs pour le Levant sur le golfe Persique, dans les îles de Tylos et d'Arad (îles Bahreïn). Lorsqu'ils s'allièrent avec Salomon, ils partagèrent avec lui le commerce de la mer Rouge, qui leur fut d'abord disputé par les Iduméens. Us multiplièrent surtout leurs établissements en Espagne; les principaux existaient en Andalousie, depuis l'embouchure de la Guadiana et du Guadalquivir jusqu'aux royaumes de Murcie et de Grenade; les plus florissants étaient Tartesse, Gadès, Carteja, Malaca, Hispalis (Séville), et les colonnes d'Hercule.
Hercule fut pour les Tyriens le type dans lequel ils symbolisèrent l'histoire de leurs colonies. Ils dirent que ce héros voulant faire la guerre en Ibérie au ûls de l'opulent roi Ghrysaorus, réunit une flotte en Crète, île qui servait d'anneau entre les colonies phéniciennes, traversa l'Afrique, où il introduisit l'agriculture, et fonda la ville d'Hécatompylos ; que, parvenu au détroit,, il passa à Cadix, soumit l'Espagne, enleva les bœufs de Géryon, puis revint par la Gaule, l'Italie et les îles de la Méditerranée.
Telle fut précisément la marche de leurs colonies ; mais les Phéniciens ne surent pas, comme dans la suite Carthage, les tenir dans la soumission, n'ayant ni la facilité ni le moyen de les contenir avec des armées, ce qui fit qu'elles s'émancipèrent bientôt. En effet, ils se livraient peu à l'exercice des armes, et confiaient leur défense aux mercenaires de l'Asie, comme les Vénitiens aux Dalmates et aux Esclavous. Aussi subirent-ils souvent le joug des conquérants; mais ils écartèrent du moins ces funestes ambitions qui par-
GRÈCR. — PREMIERS HABITANTS.
fois entraînent à la guerre même les peuples commerçants, les plus intéressés à Téviter. On ne leur connaît pas d'autre conquête que Chypre, où ils bâtirent Citium {Kiiim), et où ils se maintinrent toujours.
Leurs colonies étaient donc bien différentes de celles des Européens modernes, œuvre du hasard plus souvent que le résultat d'un dessein prémédité, et offrant la plupart du temps le déplorable spectacle de la tyrannie et de Tiniquité. Les Phéniciens distribuaient les leurs sur les points les plus favorables au commerce, et n'y portaient point la manie do conquérir, comme il est advenu pour l'Amérique ; mais ils bâtissaient des villes, excitaient l'industrie, s'attachaient les peuples nouveaux par le lien des besoins réciproques ; leur esprit de ruse et de fraude contribuait aussi à éveiller chez ces nations encore sauvages la connaissance d'eux-mêmes et la valeur de leurs propres richesses. Les sciences, la civilisation et l'accroissement des richesses doivent beaucoup, comme tout le monde le reconnaît, aux colonies modernes ; mais celles des anciens leur furent encore plus favorables.
Les relations continuelles entre la métropole et les colonies étendent le cercle des connaissances, développent les idées politiques et perfectionnent l'organisation sociale; aussi verrons-nous les colonies grecques, dans l'Asie Mineure et en Italie, se signaler par la puissance et le savoir, et reporter au sein de la mère-patrie la civilisation et les arts.