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CHAPITRE XXVIII

GRÈCE. — premiehs habitants.

Vous êtes des enfants qui ne savez que les choses (taujourd'hui et d'hier, disaient à Solon les prêtres égyptiens, en faisant allusion au peu d'antiquité de l'histoire grecque. Au lieu de se perdre en effet dans les millions d'années des Orientaux, elle abandonnait les périodes divines et s'en tenait aux demi-dieux et aux héros, sans pourtant se montrer sobre de fables. Loin de là, l'imagination vive des Grecs et leur vanité nationale en inventèrent une infinité, mais toutes embellies par ce sentiment esthétique qui chez aucun peuple ne fut aussi parfait que chez eux. De cette faculté, jointe à leur admirable aptitude non seulement à s'approprier, mais encore

DEUXIÈME ÉPOQUE

à s'assimiler les traditions étrangères, résulta une telle fusion qu*il devint très difficile d'en distinguer les éléments ; aussi les tentatives faites jusqu'ici pour saisir le véritable sens de leurs mythes historiques ont-elles produit des systèmes qui séduisent l'imagination, mais dont aucune n'est assez solide pour satisfaire la raison (1).

(1) Les historiens grecs sont au nombre des plus grands écrivains; aussi nous réservons-nous d'en parler au livre III. Nous nous contenterons de mentionner ici qu'HÉRODOTS, Plutarque, Strabon, nous ont transmis beaucoup de traditions sur les temps primitifs. Ceux des livres de Dxooo&b qui en traitaient sont perdus ; Tintroduction de Thucydide et la description de la Grèce de Pausanias nous offrent de précieuses notions sur de petits États isolés. Dbnts d^Halicarnassb a conservé la suite des traditions relatives à la migration des Pélasges vers Toccident ; on Ta traitée trop légèrement de fabuleuse. Petit-Radel a pris sa défense (Sur la véracité de Denys /fHalicamasse) ; puis, dans Y Examen analytique et comparatif des synchronisnies de fhistoire des temps héroïques de la Grèce (Paris, 1828), il a mis en ordre les temps héroïques, en comparant les principales dynasties et les générations, calculées de trente à trente-trois ans, avec les faits et les monuments. Peut-être a-t-il parfois pris pour des monuments grecs ceux qui appartenaient à une population antérieure.

On trouve des éclaircissements fort utiles dans le Thésaurus antiquitatum grxcarum de Gronovius, 12 vol. in-folio; dans les comptes rendus de différentes académies, surtout dans les Mémoires de celle des Inscriptions depuis 1789 et de celle des sciences de Gœttingue.

Sont aussi à consulter :

PoTTER, Archxologia grxca, or the Antiquities of Greece, 2 vol. in-8 ; Londres, 1722.

CuNTON, Fasti Hellenici; Oxford, 1827-34, 4 vol. in-8.

John Gilubs, History of ancieni Greece^ ils colonies and conquest; Londres, 1786, 2 vol. in-4.

MiTFORD, History of Greece; Londres, 1822, 10 vol. in-8.

Celui-ci est plus érudit, plus profond, plus abondant; le précédent a plus de justesse, et comprend mieux Tantiquité.

Clavier, Hist, des premie^^s temps de la Grèce; Paris, 2« édit., 1822, 3 vol. in-8.

Prérbt, Observations sur les premiei^s habitants de la Grèce.

Hullmann, Premiers temps de l'histoire grecque ^ 1814 (allemand), ouvrage rempli de considérations et de conjectures fort intéressantes.

Ottfribd Muller, Gesch. hellenischer Stsemme und Ststdte; Breslau, 1820-24,3 vol. in-8.

Thirlwall, Histoi*y of Greece; Londres, nouv. édit., 1856, 3 vol. in-8.

Grote, History of Greece; Londres, 1845-55, 12 vol. in-8; ouvrage des plus remarquables.

CuRTius, Griech. Geschichte; Berlin, 1857-74, 3 vol. in-8.

Chantre, VAge de la pierre et du bronze en Grèce; Paris, 1875, gr. in-8.

Pour les inscriptions, voir Corpus inscriptûmum grxcarum (Berlin, 1826), publié par l'Académie de Prusse.

Pour les monnaies, Eckbl, Doctrina nummof*um veterum; 1792,8 vol. in-8.

L*Écriture nous dit que Javan, quatrième fils de Japhet, peupla les îles voisines de la côte occidentale de l'Asie Mineure, qui auraient fourni des habitants aux îles européennes. Cette race japhétique, comme nous Tavons vu, s'était propagée dans le Nord, et dut s'établir dans la région du Caucase, aux lieux où sont aujourd'hui la Géorgie, la Circassie, la Mingrélie; l'Abasie, au milieu de montagnes qui peutêtre s'élevaient comme des îles, d'une grande mer formée par la réunion des mers Blanche et Baltique avec l'Ëuxin et le lac Aral. Il nous serait difficile de déterminer les diverses populations que les Grecs confondirent sous le nom de Scythes ; ils l'appliquaient à tous ceux qui habitaient le voisinage du Danube, du Borysthène et du Tanaîs, en deçà et au delà du mont Imaiis, et qui se donnaient eux-mêmes le nom de Skolotes (1). Les principaux dans ce nombre étaient les Cimmériens (2), qui habitaient aux environs du Kouban sur la mer Noire, et qui, dix-huit siècles avant Jésus-Christ, refoulés par les Méotides (3), traversèrent le Caucase et passèrent en Arménie. Ce fut aussi dans ces parages que les Grecs placèrent les Amazones (4), population qui n'est peut-être pas

(1) N*étaient-ce pas les Celtes t Dans Tidiome finlandais, schylta signifie encore aujourd'hui archer.

(2) Peut-être les Kimris. Appibn, dans Vlllyrie, § 2, raconte que Polyphème et Galatée eurent trois fils, Celtus, Illyrius et Gala, qui, partis de la Sicile, dominèrent sur les Celtes, les Ulyriens et les Gaulois, et donnèrent leur nom à ces peuples.

(3) Gallatophages, Massagètes, Sarmates, Magogs.

(4) Quelques-uns ont voulu retrouver chez les Amazones, république de femmes sur le Thermodon, des traces de faits historiques; mais nous serions plus porté à y voir un souvenir, entremêlé de rites symboliques et religieux, d*un culte de la nature qui domina dans la haute Asie, où la continence, soit perpétuelle, soit à temps, était imposée aux prêtresses; où Ton sait de plus que les hommes et les femmes changeaient entre eux de vêtements. On a voulu tirer leur nom de a et de (jiaC^c, sans mamelles, et cette étymologie a fait peut-être inventer qu'elles se brûlaient le sein droit. Dans le langage des Circassiens d'aujourd'hui, maza signifie lune, et peut-être les Amazones étaient-elles des pré tresses de cet astre. La construction du temple d'Éphèse, de Smyrne et d'autres villes ioniennes qui leur est attribuée, se rapporte à des migrations religieuses. Texier, chef de l'expédition scientifique en^Grèce, découvrit en i834, dans les montagnes de la Galatie, près d'Halys, une enceinte de roches naturelles, taillées de main d'homme en façon de murailles, sur la surface desquelles est sculptée une scène historique de plus de soixante figures colossales ; elle représente l'entrevue de deux rois, l'un monté sur un lion, l'autre armé d'une massue et coiffé d'un bonnet ionien. On y voit d'étranges accouplements de membres d'animaux terrestres et marins, difficiles à décrire

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entièrement fabuleuse ; et le souvenir qu'ils conservèrent de de la félicité et de la sagesse des Hyperboréens ou Septentrionaux ressemble à ces ornements dont chacun se plaît à embellir le pays oti il eul son berceau. Hérodote disait que le Nord était la contrée la plus peuplée après Tlnde; Olen, que Pausanias dit hyperboréen, amena de là une colonie sacerdotale, qui établit dans Délos le culte d'Apollon et de Diane (1). De là vint Orphée, constructeur de villes et fondaprométbte. tcur de mystères; de là Prométhée (S), caractère idéal des

par des mots. Texier pensa que la viUe trouvée dans le voisinage était la pëlasgique Thémiscyra, capitale des Leucosyriens , que Tun des deux rois et ceux qui le suivent, aux habits et aux cheveux longs, étaient des Amazones, et qae le bas-relief représentait leur réunion annueUe avec les peuples voisins. Mais ces réunions avaient lieu au pied du Caucase et non à Thémiscyra (voy. Strabon, liv. XI, p. 503); et Strabon dit de ce peuple mystérieux, que la tradition lui attribuait des guerres, des monuments, un grand nombre de villes, mais que déjà de son temps on ne pouvait plus indiquer le pays qu^il habitait : 'Oicov 2à vûv elotv, iHyot tï xoH àvaicoSeîxTw; xoil &m<rr(o; Xit^'^C axof ouvovrai. Strabon, d'ailleurs, qui cite plusieurs fois Thémiscyra, ne la donne pas pour une ville, mais pour une plaine : Evti 5è 8e|i^vpa m^Cov, |iàv Oicà xéXoLyov iiXvCo(uvov x. t. X. U est vrai que d'autres écrivains en font une ville, mais ils la placent près du Therminlon et de la mer : toutes choses qui nous font douter des déductions de Texier.

Pallas, dans la description qu'il donne des mœurs des Circassiens, sur le versant septentrional du Caucase, remarque que les nobles vivent séparés de leurs femmes et donnent leurs enfants à élever aux étrangers. Klaproth, dans le voyage qu'il y fit, en 1807, s'occupa beaucoup de recherches au sujet des Amazones ; il trouva que la tribu Sauromate, dont les femmes, selon Scylax de Coriandre, étaient guerrières à l'égal des hommes, habitait-la Kabardie et les steppes de Kouma. Hérodote dit que le nom propre des Amazones était Aiorpates, c'est-à-dire tueuses d'hommes; et Klaproth en trouve l'étymologie dans Tarménien air, hommes, et slxm, sbcmogy meurtrier. Fréret la tire du kalmouk emé ou aemé, femme, et tzainej excellente, dont il compose le mot Amazone ; aematzaine, fenune héroïque, virago. Mais des cinquante mentionnées par les Grecs, toutes ont des noms grecs, Penthésilée, Thalestris, Antiope, Déjanire, Hippolyte, Ménalippe, Orithyle, Thomyris, etc.

(1) Le mythe des Hyperboréens, originairement grec, partie intégrante de la légende d'Apollon , n'a qu'un rapport vague et indéterminé, ou même tout à fait idéal, dit M. Guigniaut, avec la région du Nord, aussi bien que cette légende elle-même et celle d'Artémis, à en juger par la nature et les noms purement symboliques des personnages, qui rapprochent entre eux les Hyperboréens et les enfants de Latone. Si les Hyperboréens, si Apollon et Diane furent ensuite et à la fois rapprochés des Arimaspes et des Griffons, fictions demi-grecques, demi-asiatiques, c'est lorsque les Grecs du Pont eurent combiné leurs légendes héréditaires avec les mythes orientaux que leur transmirent les tribus scythiques. Voy. Religions de rantiguité, 7oL H, p. 1052.

(2) En celtique Frome theut signifierait divinité bienfaisante. Lbvâque

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premiers civilisateurs, qui firent répudier Tinfâme communauté des biens et des femmes. Aussi s'écrie- t-il dans Eschyle: n Les dieux me font grand tort; écoutez combien j'ai fait à « l'avantage des mortels. De brutes qu'ils étaient, grâce à « moi ils sont devenus des hommes... Aveugles, sourds, c< semblables à de vains spectres, ils erraient au hasard, sans (c ordre et sans lois ; ils ne savaient pas l'art de bâtir des « maisons, et le fond des cavernes était leur seul abri; me- « nant une vie incertaine, ils ne distinguaient ni le temps ni « la saison. Ce fut moi, le premier, qui leur enseignai à « connaître le cours des astres, les nombres, les lettres; je a leur fis don de la mémoire, mère des muses, et je leur ap- « pris à soumettre à leur joug les animaux (i). »

Ce qu'on est convenu d'appeler l'histoire grecque ne concerne qu'un petit nombre de grandes cités habitées par les Hellènes, cités d'ailleurs prises à leur apogée; quant à l'origine et à la décadence, il n'en est pas question. Aussi ne savons-nous rien des premiers habitants, quoiqu'ils fussent les éléments destinés à survivre aux vainqueurs, qui s'usaient dans la conquête. C'est encore là une preuve nouvelle du système violent des sociétés antiques, pour lesquelles l'oppression des vaincus était une condition d'existence.

Si nous fouillons dans ces ruines couvertes de ténèbres, nous trouvons que quelque grand bouleversement chassa de leur demeure les populations établies autour de la mer Caspienne et du Pont-Ëuxin. Certaines tribus se dirigèrent vers les monts Karpathes, d'où elles gagnèrent l'Italie et l'Épire ;

a soutenu que les Grecs venaient du Nord, t. III de la traduction de Thucydide {Sur l'origine septentrionale des Grecs), Telle est aussi Topinion de OuvAROFF, Ueber das vorahomerische Zeitalter. — « Le mythe de Prométhée n'a rien que de grec en lui-même et dans son origine. C'est en Grèce, dans le Péloponëse, qu'on en voit la scène, si eUe se termine dans la Scythie, ou même sur le Caucase^ à mesure que s'agrandit l'horizon géographique des Grecs, c'est par un besoin qu'ils eurent à toutes les époques de localiser leurs idées religieuses, leurs héros et leurs dieux, en les transportant sur la limite indécise et mystérieuse du monde connu. Leur origine, leurs premières demeures, assurément orientales et septentrionales, mais dont ils avaient perdu le souvenir lorsqu'ils se fixèrent au midi de la chaîne de l'Olympe, ne sont pour rien dans ce déplacement, dans les liaisons plus ou moins récentes de leur mythologie avec le Nord, avec l'Orient, si ce n'est comme une vague réminiscence de son berceau asiatique et de celui de leur race. » Voy. Éclaircissements stir le tome II des Religions de ^antiquité.

(1) TlpoiieO., acte I, se. i.

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d*autres^ remontant le Danube, arrivèrent jusqu*au Rhin, et, après ravoir passé, franchirent aussi les Pyrénées et ne s'arrêtèrent qu'à rOcéan ; il y en eut qui de l'embouchure do Danube, tournant vers le midi, descendirent dans les vallées de l'Asie Mineure et produi^rent les Thynes, les Bithyniens, les Phrygiens, les Mysiens ; d'autres, c'est-à-dire les Gimmériens et les Tauriens, restèrent entre le Danube et le Dniéper; d'autres enfin, plus spécialement appelés Pélasges, s'établirent dans les montagnes de la Thessalie et de la Béotie, puis dans le pays qui plus tard se nomma Hellade; devenus navigateurs, ils occupèrent un grand nombre dlles de la mer Égée, Lemnos, Imbros, la Samothrace, et s'étendirent dans le pays qui fut par la suite la Carie, l'Éolide, llonie, et jusqu'à Hellespont (1).

(1) L*origine et la marche des peuples pélasgiques est Tune des questions les plus étudiées dans ces derniers temps. On n*est pas même d*accord sur Tétymolog^e du nom, que les plus faciles tirent de ireXop yèc, grue, par allusion à leurs migrations, comparables à celles des oiseaux. Mûller le fait dériver de àpyo;, plaine, mot vieilli, qui s^est conservé dans les dialectes de la Thessalie et de la Macédoine, et de nsXiw, ou Tcikw, j*habite. Petit-Radbl a fait attendre quarante ans de nombreux renseignementa sur ce peuple, étudié par lui dans tous les pays où il en existe trace ; ayant levé une grande quantité de dessins, et recueilli de nombreuses notions monumentales, écrites ou traditionnelles, il en tira parti pour déterminer Tépoque de la fondation de différentes viUes. Plus de 450 cités antiques furent observées dans ce but, à partir de 1810, surtout durant Texpédition scientifique en Morée, après 1829. Quatre-vingt-quatre modèles en relief, rassemblés parles soins de Petit-Radel, composent la galerie pélasgique de la bibliothèque Mazarine, représentant les diverses constructions des Pélasges historiques et des fabuleux Cyclopes. On apprécia les différentes époques de la construction des villes par les diverses méthodes employées pour en enlever les murs, presque de la même manière que Ton évalua ràge de la terre par la superposition des couches. Abel Blouet, architecte en chef de l'expédition de Morée, en examinant si les murs de Mycènes, inhabitée depuis 2913 ans (470 avant J.-C), laissaient voir une diversité de construction, en trouva d*abord une partie conforme aux murailles primitives d'Argos, faite par la méthode que Yitruve appelle incertaine ou réticulaire ; une autre^ plus soignée, sur les ruines de cette première ; puis, une réparation faite avec des pierres presque parfaitement rectilignes. U en conclut que le premier ouvrage appartenait à la fondation de Mycènes, vers 1790 avant J.-C. ; le second, à des temps plus récents, mais indéterminés ; le troisième, à Tépoque de Persée, fils de Danaûs. — Consultez sur les Pélasges la note 1 des sections i et ii du livre V des Religions de Vantiquité de Creuzer, refondu par M. Guigniaut. Lepsixjs, Ueber die Tyrrhenischen-Pelasger in Etrurie; Leipzig, 1842. Abbkbn, MitteL Italien; Stuttgard, 1842. A. Maurt, article sur les Pélax' ge$, dans Y Encyclopédie moderne, 1850.

GRÈGE. — PREMIERS HABITANTS

Les Pélasges étaient déjà très anciens pour les Grecs les p<i»«g«» plus anciens, qui en faisaient une race fabuleuse, comme les Titans et les Cyclopes. Leur histoire ne nous a été transmise que par leurs conquérants, trop barbares eux-mêmes pour nous fournir des renseignements précis; aussi dans les traditions classiques nous apparaissent-ils comme un fond obscur qui s'évanouit aux regards. Phaleg, en langue sémitique, signifierait errant, dispersé; aussi des écrivains ontrils cru que les Pélasges étaient une race sémitique, et sémitique Talphabet introduit par eux, ou bien qu'on appelait de ce nom des migrations d'Égyptiens et de Phéniciens. Mais, selon toutes les probabilités, c'était plutôt un rameau de la grande ' ^ famille caucasienne, comme l'Indo-Persique, la chayéennesyrienne, la celtique et la germanique, rameau qui se répandit sur une grande partie de l'Asie Mineure (Larisse, Cumes, etc.), dans les îles de l'Archipel (Lemnos, Imbros^ Samos, la Crète, Eubée), dans toute la Grèce et une partie de l'Italie. Les pays dans lesquels on les fait séjourner plus spécialement ne sont pas des colonies isolées, mais des points oti la tradition leur assigne un établissement fixe ; et comme la race germanique, à l'aspect uniforme, parle un langage semblable, quoiqu'il difi^re dans l'Angleterre, la Hollande, la Scandinavie, ainsi fut- il des Pélasges.

Loin de trouver la Grèce déserte, on raconte qu'ils eurent à lutter contre les habitants primitifs, qui, à ce qu'il paraît, se divisèrent dans la suite, en ^ deux branches, les Grecs et les Lélèges ou Curé tes. Le nom des premiers se perdit plus tard dans celui d'Hellènes, au point qu'il ne fut plus même prononcé dans leur pays natal ; mais il se conserva en Italie, où il fut porté par les Pélasges, dits aussi Tyrrhéniens, avant qu'il eût fait place au nouveau (i). Plus tard, les Romains

(1) NtEBUHR, dans VHistoire romaine, parle des Pélasges avec cette pénétration qui lui fait deviner dans les anciens auteurs le sens de ce qu'ils rapportent sans Tentendre, et il conclut ainsi :

et Les Pélasges n'étaient pas un ramas do zingaris (bohémiens), comme quelques-uns les représentent, mais des nations établies sur des territoires qui leur appartenaient, florissantes et glorieuses dans un temps qui précède rhistoire connue des Hellènes. Ce n'est pas de ma part une hypothèse ; je dis même, avec la plus entière conviction historique, qu'il fut un temps où les Pélasges^ qui constituaient peut-être la population la plus étendue en Europe, habitaient depuis TArno et le Pô jusque vers le Bosphore, sauf que leurs établissements étaient interrompus dans la Thrace ; mais les lies septentrionales de la mer Égée renouaient la chaîne qui réunissait les Tyrrhéniens d'Asie avec les Pélasges de TArgolide. »

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non seulement le firent revivre, mais Tétendirent même à tous les Hellènes; ainsi tous les Tudesques furent appelés Germains ou Allemands, et Francs tous les Européens par les Levantins; nous-mêmes nous avons donné quelquefois le nom de Sarrasins àtousles Arabes. Les Lélèges ouGurètes, subdivisés en plusieurs branches, comme les Aoniens, les Hyantes, qui tous deux ne formaient peut-être (ju'un peuple avec les Libumes, habitaient TAcamanie et TÉtolie, et s'adonnaient au commerce ; vaincus par les Pélasges, ils s'établirent partie en Grète, partie dans la Laconie. Déjà plusieurs États sont constitués : TAttique sous Ogygès ; Mycènes tsso. et Sparte fondées un peu auparavant; Phégée en Arcadie, Tarse en Glicie. L*Argolide obéissait à une famille grecque, lorsque Inachus amena les Pélasges dans la péninsule, que du nom d'un de ses neveux il appela Apia, et qui dans la suite fut appelée Péloponèse.

Quiconque aura parcouru un pays nouveau pourra en dessiner à peu près les confins, tracer la situation des villes, celle des montagnes et la direction des fleuves; mais ses inexactitudes frapperont d'autant plus qu'il prétendra agrandir les proportions et préciser davantage les latitudes. Nous nous contenterons donc d'indiquer les faits les plus distincts et les mieux certifiés, sans prétendre assigner aux événements des temps précis, ni entrer dans leurs particularités. Nous maintenons cependant que vers 1900 les Pélasges occupaient tout le pays, de l'Arno au Bosphore ; puis, de la même manière peut-être que les îles de la Méditerranée surgirent au-

Pour ce qui oonoerne plus spécialement Tltalie, le même Nibduhr conclut ainsi : « Les Pélasges, dénomination nationale sous laquelle il parait qu'étaient compris en Italie les Œnotriens, les Morgëtes, les Sicules, les Tyrrhéniens, les Peucëtes, les Liburnes, les Vénëtes environnaient de leurs résidences TAdriatique non moins que la mer Egée. Ceux d'entre eux qui laissèrent leur nom à la mer Tyrrhénienne, dont ils occupaient la côte très anciennement dans la Toscane, avaient aussi un établissement en Sardaigne; en Sicile, les Élymes, comme les Sicules, appartenaient à cette souche. Dans les contrées intérieures de PEurope, les Pélasges occupaient le versant septentrional des Alpes Tyroliennes, et nous les trouvons sous le nom de Péoniens ou Pannoniens jusque sur le Danube, si pourtant les Teucriens et les Dardaniens n'étaient pas des peuples dififérents.

« Dans toutes les premières traditions, les Pélasges étaient à Tapogée de leur puissance ; le récit des événements qui les concernent ne les représente plus qu'à leur déclin et lors de leur chute. Jupiter avait mis dans la balance leur sort et celui des Hellènes, et le plateau des Pélasges trébucha. La chute de Troie était le symbole de leur histoire. »

GRÈGE. — PREMIERS HABITANTS

dessus des flots comme des cimes isolées quand le reste du pays fut submergé, les Pélasges, après de nouvelles invasions de peuples, ne semblèrent rien de plus que des colonies séparées.

Il est certain que leur nom embrassait plusieurs nations qui offraient une grande diversité. C'est pourquoi Tbistoire les présente sous des aspects très différents; on nous les montre en Italie comme ayant enseigné les arts de la civilisation, tandis qu'ils sont dépeints en Grèce comme des sauvages vivant dans des grottes, étrangers à toute industrie, à tout sentiment de sociabilité, à tel point que Phoronée, fils dlnachus, leur aurait appris à se bâtir des maisons, à faire usage du feu, à vivre en société. Mais les faits ont un bien autre langage pour attester que les Pélasges apportèrent en Grèce, non quelques arts seulement, mais un système entier de croyances, d'arts et de lettres ; ce fut une race aussi bienfaisante qu'infortunée. Leur langue, âpre et plus voisine du latin que du grec, se conserva dans le dialecte éolien et dans répirote, que les Hellènes considéraient comme barbares. Ils enseignèrent môme une écriture dont l'usage était commun avant l'arrivée du Phénicien Gadmus. Établis dans la Thessalie, ils la cultivèrent; connaissant les procédés métallurgiques, ils ouvrirent des mines dans la Samotbrace, à Lemnos, en Macédoine, ainsi que faisaient les Cyclopes dans le Péloponèse, la Thrace, l'Asie Mineure et la Sicile, ces Cyclopes qui pénétraient sous la terre avec une lanterne au front, origine de la fable qui ne leur attribuait qu'un œil. Les Pélasges s'occupaient à diriger les eaux, à contenir les fleuves, à ménager aux lacs un écoulement souterrain ; ils élevèrent beaucoup de forteresses, qui, dans leur langue, se disaient Larisses (i), nom qui par la suite devint appellatif. Nous n'oserions dire que leurs constructions soient celles qui portent le nom de cyclopéennes ; mais, formées d'énormes blocs peu ou point dégrossis et disposés les uns sur les autres sans ciment, elles s'étendent dans l'Arcadie, l'Argolide, l'Attique, l'Étrurie, le Latium (2). Ils donnèrent quelques formes de culte à des peuples qui n'avaient que des pratiques grossières, sans traditions mythologiques, ni aucune dénomination précise affectée à la Divinité. Une colombe prophé-

(1) Ce nom parait dérivé du mot ter, qui signifiait demeure, et nous donne aussi Tétymologie du nom de Lare.

(2) Nous en avons parlé ci-dessus, cb^ xxii.

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lisait du haut d'une colonne, au milieu do leur forêt sacrée de Dodone, dont les chênes rendaient des oracles ; le centre de leurs rites était la Samothracc, où ils adoraient les Cabires, formidables puissances souterraines (1).

Sous le voile même des fables percent les bienfaits qu'ils apportèrent avec eux. C'était sur les flancs de l'Olympe, du Pinde, de l'Hélicon, résidence des Pélasges, que les Grecs faisaient naître la religion, la philosophie, la musique, la poésie ; sur les rives du Pénée, Apollon fait paître les troupeaux, Orphée apprivoise les bêtes féroces; en Béotie, Amphion élève des villes au son de la lyre, c'est-à-dire qu'il employa les beaux-arts à étendre la civilisation, et de là vint pour la Grèce le caractère qu'elle ne perdit plus.

Ainsi Olen, Thamyris, Linus, venus de cette contrée, éveillent par des chants le sentiment religieux, célèbrent la première expédition des Hellènes, les font renoncer aux sacrifices humains et aux haines héréditaires, instituent les honneurs à rendre aux dieux, proclament des idées supérieures aux intérêts matériels, et sont plus utiles à la civilisation que les colonies qui arrivent du Midi.

Les royaumes d'Argos et de Sicyone, les plus anciens de

(1) Voy. pour leur culte Quinet, Schrllino, Welckbr, Ottpr. Muller, Ad. Pictet. — Les Pélasges, dit Guionfaut, professèrent une religion fondée sur le culte des puissances invisibles qui se révèlent dans les grands phénomènes de la nature, au ciel et sur la terre, dans ceux du cours de Tannée, dans les vicissitudes de la vie animale et végétale. Ces puissances, qui leur apparaissaient ainsi dans faction des forces naturelles, dans les lois les plus simples et les plus frappantes de Thomme et de la société humaine, ils les divinisèrent et les personnifièrent du même coup, mais d^une manière naïve autant qu*énergique, et par des symboles non moins grossiers qu'expressifs. L'Hermès ithyphallique en est la preuve : cet Hermès, le même que Cadmus ou Cadmilus, le créateur, Tordonnateur du monde au physique et au moral, qu*Hérodote, par une exception qu'il étend aux Dioscures, à Héra ou Junon, à Hestia ou Vesta, aux Charités ou Grâces, et aux Néréides, reconnaît comme un dieu d'origine pélasgique (Hérod., II, 50, 51). Les Pélasges dont il s'agit ici sont encore les Pélasges-Tyrrhènes, instituteurs des mystères cabiriques en Samothrace, et qui portèrent le culte des dieux Cabires partout où ils formèrent des établissements. Quant aux Pélasges de Dodone, que le vieil historien n'en distingue pas d'une façon expresse, on peut croire avec lui qu'ils adorèrent d'abord des dieux sans noms particuliers, au même sens que ces DU consentes et complices^ ces dieux agissant collectivement dans l'œuvre permanente de la création, que les Romains devaient aux Étrusques, c'est-à-dire aux Tyrrhènes de ritalie, et que Schelling identifie avec les Cabires, par le mot comme par l'idée.

GRÈCK. — PRKMIKRS HABITANTS.

la Grèce, furent fondés par les Pélasges, auxquels appartinrent aussi les dynasties deThèbes, de la Thessalie, de TArcadie, et Tirynthe, et Mycènes, et Lycosure, réputée la plus antique cité de la Grèce et des îles; de Samothrace, île sainte des Pélasges Tyrrhènes, était venu Dardanus, fondateur de Troie. Mais comme il est des hommes qui semblent destinés au malheur, on dirait qu'il en fut ainsi des Pélasges. Orphée est déchiré en morceaux par les femmes de la Thrace, les habitants d*Agylle lapident les Phocéens prisonniers, et les femmes de Lemnos égorgent leurs maris; puis les Hellènes, qui leur ont succédé, non contents de les avoir vaincus, cherchent encore h les diffamer : guerriers, ils jettent le mépris sur cette race agricole et industrieuse ; ils parlent de rites sanguinaires, de victimes humaines alimentant la flamme que les Pélasges adoraient comme agent mystérieux de Tart; la Thessalie, la Lycie, la Béotie passent pour des repaires de magiciennes, dont les assemblées étaient le foyer de mystères honteux et épouvantables. Chassés de la Thessalie, qu'ils cultivaient depuis deux siècles et demi, les Pélasges se retirèrent dans TArcadie et dans le petit territoire de Dodone ; puis, de là, quelques-uns retournèrent en Italie, et d'autres se dirigèrent vers la Crète pour éprouver des désastres nouveaux. Quant à ceux qui demeurèrent, ils se confondirent avec les vainqueurs, et perdirent leur nom. Les invasions achéenne et dorienne, ainsi que les autres de la Grèce, ne furent pas de celles qui peuplent, mais de celles qui conquièrent; aussi, loin de chasser les Pélasges, les vainqueurs les réduisirent en servitude. Ils furent mieux traités là ou les Ioniens pénétrèrent; par exemple, on les considéra comme indigènes dans l'Attique, où se maintinrent l'amour de l'agriculture, le culte de Déméter, les mystères et d'autres institutions pélasgiques, effacées à Sparte par la conquête dorienne.

Dans beaucoup de lieux, les Pélasges se mêlèrent avec les Grecs; d'où nous concluons que leur race différait peu de l'hellénique, et notre opinion est confirmée par Denys d'Halicarnasse, qui les disait Hellènes. Même après l'invasion ionienne, c'est-à-dire un siècle après la chute de Troie, Hérodote remarquait dans la Grèce une population pélasgique; elle avait donc, môme dans ses migrations, conservé l'être et le nom, et cette population peut-être est celle des Pélasges Thyrrènes qui de l'Attique passa en Étrurie. Un autre

DEUXIÈME ÉPOQUE

peuple industrieux, frère peut-être des Pélasges, qui habita les bords de llrtich et de llénisséï et les côtes de TAltaî, périt de la même manière, sans laisser de descendance. Les Russes de la Sibérie en parlent encore sous le nom de Tchodakis ou Tchoudes (1); ils travaillaient le cuivre, et Ton a trouvé dans les nombreux tombeaux qui leur appartiennent des ornements d'or et d'argent, tombeaux muets jusqu'à présent, comme les admirables constructions des Pélasges. Ileliènet. On fait Deucalion ûls de Prométhée et neveu du Pélasge Atlas; ce qui indiquerait tout à la fois l'origine septentrionale de sa colonie, sa parenté avec les Pélasges, et peut-être aussi son identité avec les Grecs, Curètes et Lélèges, vaincus d'abord par les Pélasges, puis affranchis (2). Quelques philologues soutiennent que les Pélasges parlaient le grec, parce que tel était l'idiome de l'Arcadie et de l'Attique, où ils habitaient. Les Latins auraient-ils dû aux Pélasges les mots et les formes grecques dont abondait leur langue? Le grec aurait-il été la langue propre des Pélasges, adoptée par les Hellènes de la même manière que les Albanais dans la Grèce moderne, les Goths et les Lombards en Italie adaptèrent le langage des vaincus (3) ? Mais , voulant éviter les discussions dont les érudits les plus patients n'ont encore pu faire jaillir aucune lumière certaine, nous continuerons

(1) P ALLAS suppose qaUls enseignèrent aux Tudesques Part du mineur.

(2) « Autrefois Qrecs maintenant Hellènes » (Tore |iàv F^ixol....

vûv it ''EXXiQve;). Aristote, dans sa Météorologie, I, 14, appelle ainsi ceux qui habitaient les environs de Dodone.

(3) La migration des Pélasges en Italie, dit M. A. Maury, explique le fond commun qui existe dans les langues grecque et latine, et qui ne peut provenir que de ce que ces langues tiraient toutes deux, en partie du moins, leur origine de la langue pélasgique. Celle-ci était encore parlée au temps d*Hérodote à Cortine, en Étrurie, ou, selon une autre leçon du texte de cet historien, à Creston dans la Thraoe. EUe lui paraissait tout à fait différente de celle des Qrecs; mais, dans Tignorance complète où il était, ainsi que toute l'antiquité, de la philologie comparée, il n'a pu saisir la parenté qui se cachait sous ces formes un peu différentes. Le pélasge était demeuré une langue rude et grossière ; c'est ce qui le différenciait du grec. Cependant les noms de cette langue qui nous ont été conservés appartiennent à la grande famiUe indo-européenne, et ne nous permettent pas de douter que la race pélasge ne sortit de cette vaate souche d'où proviennent les Celtes, les Germains et les Slaves. Suivant M. Lepsius, le pélasge serait aussi ime des langues mères de Tétrusque; mais cette dernière langue est encore trop imparfaitement connue pour que cette assertion, au reste entourée de vraisemblance et appuyée de quelquM indicf f , puifH éir« acc«pié« déflpitivemtnt.

GRÈGE. — PBEiqEftS HABITANTS.

notre histoire aussi rationnellement que nons le pourrons, en nous aidant des fragments épars et contradictoires de Tantiquité qui, par suite de ce principe de la nature humaine de rapporter tout à soi-même, ne nous représente les révolutions des peuples que sous des noms individuels.

Deucalion s*établit donc au pied du Parnasse, jusqu*à ce taot qu*une inondation Payant chassé dans la Thessalie,*il en repoussa les Pélasges, et vint occuper dans la Grèce des États déjà constitués et des villes murées, en y instituant les amphictyons. Il eut pour fils Hellen, de qui les Hellènes prirent leur nom ; cet Hellen engendra trois fils Dorus, Éolus et Xuthus. Éolus peupla la Phthiotide , d*où ses descendants se Èount. répandirent à Touest de la Grèce, dans l'Acarnanie, TÉtolie, la Phocide, la Locride, TÉlide, le Péloponèse et les îles occidentales. Hs n'y dominèrent pas; mais ils fleurirent à tel point qu*Homère compare déjà la richesse d*Orchomène à celle de la Thèbes égyptienne, et donne à Gorinthe le titre d'opulente.

Dorus, s'arrètant d'abord dans l'Hestiéotide, d'où il fut Doriam. chassé par les Perrhébiens, transporta les siens dans la Macédoine et la Crète; mais une partie d'entre eux, rebroussant chemin, franchit TOEta, et vint se fixer dans la Tétrapole dorique, qui prit depuis lors le nom de Doride; ils y demeurèrent jusqu'à ce que les Héraclidés les conduisissent dans le Péloponèse.

Xuthus, dépossédé par ses frères, chercha un refuge dans ,oni«».«i Athènes, où Créuse, fille d'Érechthée, lui donna deux fils, ^àhé«aï». Ion et Achéus. Le premier, banni de l'Attique, se fixa dans l'Égialée du Péloponèse, qui prit de lui le nom d'Ionie, et plus tard celui d'Achaïe. Les descendants d'Achéus demeurèrent dans l'Argolide et dans la Laconie jusqu'à l'invasion des Doriens.

C'est ainsi qu'est personnifiée l'histoire des quatre races, non pas uniques, mais principales de la Grèce : races qui restèrent constamment distinctes par leurs dialectes non moins que par leurs habitudes et leur organisation politique (i).

(1) L*ère des Hellènes, c*est-i-dire Tère de la ciyilisation et de Thistoire, est marquée, à trois moments successifs et correspondants, par Tin- ▼asion des Thessaliens dans la contrée pélasgique, qui prit leur nom • par celle des ÉolienS'>Béotien8, qn*il8 expulsèrent dans la Béotie, qui prile nom de ces derniers ; par celle enfin des Doriens^ déraeinés de leurs montagnes du nord, et fondant comme une avalanehe tur le Péloponèse,

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ColonlM Ces mouvements intérieurs étaient modifiés par l'arrivée irangèret. colonies méridionales, qui ne furent jamais assez nombreuses pour altérer le fond des populations primitives, quoiqu'elles y introduisissent des arts nouveaux et des institutions étrangères. Quand les Hyksos envahirent TÉgypte, et lorsqu'ils en furent expulsés, diverses tribus, nationales ou étrangères, la quittèrent et se rendirent en Grèce, soit directement, soit après avoir erré dans la Libye et ailleurs. Quelques modernes ont nié tout à fait ces immigrations (i) ; mais, d'un côté, la tradition en est si constante et si uniforme que l'historien n'ose la repousser ; de l'autre, les Grecs eux-mêmes, tout vaniteux qu'ils étaient, se reconnaissaient redevables envers l'Egypte de beaucoup d'institutions ; nous avons nous-

dans les domaines des Achéens, qu*ils refoulèrent sur les Ioniens, et ceuxci bientôt, avec une partie d'entre eux et des Éoliens, sur TAttique, sur la Béotie, puis au delà des mers et les Doriens à leur suite, sur les côtes de TAsie Mineure, où s'échelonnèrent les colonies de tous ces débris des tribus héroïques, y retrouvant ceux des Pëlasges et des Lélèges. Ce fut alors, après ce bouleversement passager, un renouvellement de tou^s choses en Grèce. Tandis que dans les colonies asiatiques le passé se transfigurait pour ainsi dire, et prenait cet aspect idéal de la vie des héros qu'il revêt sous l'inspiration de la muse d'Homère, le présent dans la Grèce d'Europe s'organisait sur le plan de cette vaste et diverse unité dont les Grecs n'eurent conscience que quand ils la contemplèrent dans ce miroir magique du passé, quand Homère et Hésiode leur parlèrent des Achéens et des Panheiiènes, formant une même race, une même grande famUle de peuples opposés aux barbares. C'est dans un fragment de l'un des poèmes perdus d'Hésiode qu'apparaît pour la première fois cette généalogie mythique des Hellènes, ayant pour père Hellen, fils de Deucalion, l'homme sauvé des eaux, et donnant lui-même naissance à trois fils, Ëolus et Dorus, c'est-à-dire les Ëoliens et les Doriens , présentés comme les aînés, parce qu'ils sont les vainqueurs, et Xuthus, qui n'est là que pour amener sur une seconde ligne Ion et Achéus, les Ioniens et les Achéens vaincus, réellement plus anciens dans l'ordre de la civilisation. On reconnaît donc dans cette construction, artificielle encore plus que mythique quant à la forme, au fond reposant sur les différences de dialectes qui correspondent aux variétés de race, le résultat d'un grand travail de fusion d'abord, puis de classement des tribus grecques, retrempées en quelque sorte dans l'esprit nouveau de l'âge héroïque, et s'opposant, non pas seulement aux barbares, mais à leurs propres pères, les vieux Pélasges désormais confondus avec eux. Voy. Véritable origine de la }.opulation des GrecSy par Guigniaut dans le t. II des Religions de Vantiquiié, p. 4059-1068.

(1) Raoul-Rochette, entre autres, nie les colonies égyptiennes. Petit- Radel ne croit pas Inachus Égyptien, contrairement à l'opinion de quelques autres, et il suppose que le premier Égyptien qui aborda en Grèce ,Âit Danatls; cependant Inachus ressemble tout à fait à Énach, qui, en phénicien, signifie prince, et Phoronée, son successeur, rappelle singulièrement les Pharaons.

GRÈGE. — PREMIERS HABITANTS

même indiqué tant de points de ressemblance qu'il serait difficile de les croire accidentels.

On raconte donc que sous le règne de Gélanor, c'est-à-dire lors de la neuvième descendance du Pélasge Inachus, Danaiis, banni de TÉgypte par les Chemmites, aborda en Grèce; après avoir détrôné ce roi, il fonda le royaume d'Argos, où il introduisit les arts égyptiens, et donna aux habitants le nom de Danaens. Sa fille institua les Thesmophories, fêtes de Tagriculture, célébrées sur le Nil en Thonneur d'Isis, et rattachées ici au culte de Cérès, que les Pélasges adoraient sous le nom de Thesmophore ou législatrice. Une longue suite de rois descendit de Danaûs jusqu'à Acrisius, sous lequel Uus, fils de Tros, et Tantale, père de Pélops, se battirent dans la Mysie; le dernier, obligé de passer d'Asie en Grèce , y acquit, à prix d'argent et par la force, l'Apia, qui de son nom fut appelée jmo. par la suite Péloponèse; il en chassa les Hellènes, qui s'y étaient établis au milieu des Pélasges.

Les Mégariens faisaient honneur de leur civilisation à l'É- ita. gyptien Lélège. Cécrops était déjà venu de Sais dans TAttique (1), où demeuraient les descendants d'Ogygès, roi mémorable, puisqu'un déluge particulier était arrivé sous son règne (1382) . Cécrops trouva les naturels tout à fait sauvages, sans mariages légitimes ni connaissance de la Divinité. Il leur donna des lois, les façonna à la vie sociale, abolit 1» promiscuité des femmes et tout sacrifice sanglant (2) ; il régla les rites funéraires, dont faisait partie un banquet où l'on chantait les louanges du défunt; mais aussitôt que le corps était rendu à la terre, on devait ensemencer la glèbe qui le recouvrait. Il persuada aux Athéniens de fortifier leurs villes

(1) L*origine saïtique de Cécrops ne serait, d'après Ott. Mûller, qu'un sophisme historique. Psammétichus ayant appelé dans Sais, à la défense de sa dynastie nouveUe, des Cariens et des Ioniens, la Neith égyptienne, sage et belliqueuse déesse, aurait été rapprochée par eux de Pallas-Athéné, et de là, chez Platon, cette parenté de Sais et d* Athènes. Athènes aurait d*abord passé pour avoir colonisé Sais, et plus tard, sous les Ptolémées seulement, Topinion contraire aurait prévalu : Sais aurait été regardé comme la métropole, et Cécrops, le héros national des Athéniens, héros dont les pieds de serpent sont le symbole de Tautochthonie, n'aurait plus été, contrairement aux plus anciennes traditions, qu'un émigré de Sais.

(2) C'est ainsi que la plupart l'entendent ; mais il nous parait démontré que cela ne fut que pour l'autel de Jupiter Hypatus,où, comme dans le Latium,il était seulement défendu d'immoler les bœufs. Cette compassion nous parait d'ailleurs tenir de l'égyptien, comme il y a de l'indien dans la défense faite par Triptolème de mettre des entraves à l'animal qui laboure les champs.

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pour se garantir de leurs voisins, et de se soumettre au gouvernement d'un seul; par lui commença une série de dixsept rois, qui finit avec Godrus (1132).

Gadmus, venant de la Pbénicie, établit une colonie dans la Béotie, où il trouva les Hyantes et les Aoniens, arrivés dans le pays après une terrible contagion qui avait exterminé les indigènes; il y institua des oracles, bâtit à Thèbes la citadelle Gadméenne (1), et apporta en Grèce récriture qui fut substituée à celle dont les Pélasges se servaient d'abord.

(1) Cadmus pouvait venir de la Phénicie et être Égyptien. Ce qui nous confirme dans cette opinion, c^est de voir combien la Thëbes grecque ressemble à celle d'Égypte. L'une et Tautre eurent leurs tles des bienhetr veux; elles croyaient toutes deux avoir donné le jour à Jupiter Ammon et à Osiris Bacchus, et possédaient le tombeau de ce dieu. Mûller trouve tout à fait étrange que les Phéniciens se soient établis dans un lieu si peu propre aux courses maritimes. — Voss et 0. Mûller ont supposé que Cadmus n'était pas Phénicien, et ce n'est pas non plus à TÉgypte qu'ils attribuent son origine. Le fondateur de Thëbes était, selon Voss, chef de la tribu antique des Cadméiens ou CadméenSy qu'il croit originaires de la Thrace. Le mythe qui lui donne pour père un roi de Phénicie, et pour sœur Europa, à la recherche de laquelle il passa de Tyr en Thrace et de Thrace en Béotie, serait une invention des prêtres consacrés au culte des Cabires dans la Samothrace, et cette fable aurait été accréditée par eux, d'accord en cela avec les navigateurs phéniciens. Quant à l'opinion d'O. Mûller, Cadmus appartient, selon lui, à la race des Pélasges. Son nom, où Ton a voulu voir la preuve de son origine phénicienne, soit qu'on le fit venir de Kadm, l'Orient, ou Kadmon, l'Ancien, serait un nom essentiellement grec, qui se compose dans Eucadmos, qui est analogue à Cosmos, et qui signifie l'ordonnateur. « Cependant, dit Guigniaut {Rel, de font, II, 1048), si Cadmus n'est pas dès le principe le symbole des Phéniciens et de leurs établissements, il faut qu'il se soit formé entre eux et les Cadméens ou les Pélasges-Tyrrhènes, à Samothrace ou ailleurs, une liaison étroite qui ait fini par donner ce tour à la tradition. Quoique pélasgiques et locales, la religion et les légendes mythologiques de Thèbes sont, comme celles de la Crète, où se retrouvent les noms d'Europe et de Cadmus, mêlées d'éléments qui nous paraissent incontestablement étrangers et phéniciens. C'est ce qui fait que nous ne saurions admettre l'hypothèse de M. Welckbr, d'après laquelle Cadmus et les siens auraient fondé une colonie crétoise à Thèbes. L'opinion de M. Rûckbr {Trojà's Ursprung, p. 53) satisferait mieux, tout en excluant l'influence directe des Phéniciens, aux conditions du problème, en faisant des Cadméens une peuplade pélasgique, passée de bonne heure dans l'île de Crète et de là en Lydie, d'où, mêlée aux Cariens, aux Lélèges, à toutes ces tribus demi-orientales de l'Asie Mineure, elle aurait apporté dans la Orèce centrale, avec son chef mythique Cadmus et la divine Europe, qui donna son nom de proche en proche à notre continent^ un« religion, une civilisation, des arts, des lettres j empruntés immédiatement À la Phénicie, et justement qualifiés, cet dernières du moins, de cadméennes et de phéniciennes à la fois. »

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