‹ Histoire universelleChapitre 67 sur 79 · PREMIÈRES EXPÉDITIONS ET ORGANISATION CIVILE DES GRECS · texte numérisé non relu

PREMIÈRES EXPÉDITIONS ET ORGANISATION CIVILE DES GRECS

Des immigrations si variées durent apporter aux Grecs indigènes des connaissances, des arts et des institutions sociales ; mais il n'est pas aisé de distinguer les vestiges de ce qui leur fut transmis du dehors, tant Tadmirable nature de ce peuple s'assimilait facilement tout ce qu'il recevait, et lui imprimait un caractère d'originalité. Il sembla réellement que le pays fût créé pour le progrès des arts, des sciences et de la sociabilité. Si une nation grandit au milieu d'une enceinte infranchissable de montagnes, sans contact, ni lien, ni sympathie avec d'autres peuples, elle conservera toujours ses lois, et ses habitudes, mais sans faire de progrès. Regardez autour de vous, et vous verrez au contraire comment, dans les pays sillonnés de fleuves, entrecoupés de golfes, entourés par la mer, l'industrie et les arts sociaux se sont développés et perfectionnés de bonne heure ; comment le despotisme et les constitutions tyranniques n'y ont eu que peu de durée.

La Grèce proprement dite est située entre le 36* et le40^ degré de latitude; la mer la baigne de trois côtés. Au nord, l'Hémus, prolongement des Alpes Garniques, se divise en trois chaînes, dont l'une protège les provinces illyriques, l'autre entoure la Thrace, et la troisième forme le plateau élevé de la Macédoine : pays où les souvenirs de grandes commotions naturelles étaient récents, et qui offrait des aspects variés et pittoresques.

Grande à peine comme le tiers du Portugal (1), la Grèce était située au centre des pays les plus riches ; elle avait l'Italie en face, et communiquait facilement avec l'Égypte, l'Asie Mineure et la Syrie. Couvert à l'occident par les lies Ioniennes , à l'orient joint à la Crète qui touche aux lies de Rhodes et de la mer Égée jusqu'à l'Hellespont, le Péloponèse est rattaché au continent par un isthme étroit^ et divisé par la chaîne de rOSta en deux moitiés presque égales. Des plaines fertiles

(I) Au mèridiea de Hle de Fer, sur lequel noue nous réglons.

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succèdent à des hauteurs délicieuses; à défaut de grosses rivières, les côtes, découpées de golfes et de baies, offrent de faciles mouillages. Le Péloponèse paraît destiné à un peuple pasteur; il offre des pâturages humides et frais, une végétation puissante, surtout dans la patrie occidentale, où les anciens plaçaient le dieu Pan, et qui aujourd'hui même sous le nom d'Arcadie, nous rappelle des idées de paix et de bonheur. Les rivières qui descendent des montagnes baignent les sept provinces environnantes. Au midi , on trouve Taustère Laconie; vers Toccident, les plaines de Messénie; TArgoIide, rÉlide sur la côte occidentale, où les jeux faisaient accourir toute la Grèce ; TAchaïe , Sicyono , Corinlhe sur deux mers ; puis, par l'isthme, on passait dans THellade, et par Mégare on arrivait dans TAttique, langue de terre sur TÉgée, qui, large d'abord de douze lieues, va se rétrécissant jusqu'au cap Sunium : cette langue de terre, quoique peu fertile, et très belle par le sol et le climat, mais surtout favorable au commerce. Venait ensuite la Béotie, entre les monts Ptoiis, H6licon, Cithéron, et le Parnasse, qui la séparait de la Phocide; puis on apercevait la double Locride, où les gorges des Thermopyles se dressaient contre l'étranger. Au couchant de l'Élide sont la sauvage Étolie et la sombre Acarnanie, séparées par rAchéloiis. L'Œta sépare THellade de la Grèce septentrionale, où l'on voit, au levant, la riche Thessalie avec les monts Ossa et Olympe , et la délicieuse vallée de ïempé ; au couchant est l'Épire, où la race commençait à se mêler. Une série d'îles forme une couronne autour de ce petit pays.

Cette division naturelle de peuples, qui avaient chacun leur résidence distincte et défendable, empêchait la formation d'une grande monarchie et la prédominance de l'une sur l'autre; propres à l'agriculture, comme à la vie pastorale et au commerce, ils pouvaient, dans la variété de cette existence, développer toute leur activité. Le grand nombre des côtes y favorise les communications; aussi l'industrie, le mouvement, une impatiente diversité dans les arts , dans les mœurs, les colonies, les traditions, les formes politiques, contraste essentiel avec la civilisation uniforme et stationnaire de l'Asie, devaient entraîner la Grèce, d'excès en excès, à des résultats inattendus. Beaucoup de faits semblent attester qu'elle reçut de l'Orient la population ou la civilisation et c'est dans les Doriens et Jes Ioniens qu'on en trouve les traces les plus sensibles ; mais bientôt elle conçut pour lui

une si grande aversion qu'elle en devint la barrière. A Torîgine, elle eut des institutions orientales : des rois patriarches (1), des successions à la manière asiatique, Jupiter hospitalier, le droit d'asile, le sacerdoce héréditaire, la distinction des tribus, l'organisation des fratries, la classe des héros. Ces fornaes ne tardèrent point à céder au progrès individuel. Dans toute l'Asie persistent le mystère, les castes, la monarchie fondée sur la croyance, symboles de l'unité inflnie; mais là les coutumes exotiques succombent devant la nature du pays. Les rois sont remplacés par des gouvernements nationaux, où triomphent l'éloquence et Thabileté ; le lituus du prêtre est brisé; la science s'échappe du temple pour se communiquer à tous, et enseigner que dans le monde comme dans l'homme tout est mouvement; c'est ce qu'enseigne la mythologie elle-même par les fréquentes révolutions des éléments, par ses divinités anciennes et nouvelles, supérieures et surbordonnées, en guerre avec les géants et les héros. L'unité n'y est pas; mais chaque peuple^ chaque prince, est indépendant. Les pasteurs ont renversé là caste sacerdotale, et de cette révolution il sort une religion nouvelle, qui dirige le culte vers l'unité nationale.

Entrons donc dans la civilisation européenne ; recherchonsen les éléments chez un peuple qui devint bien vite plus habile que les Phéniciens dans les arts du commerce, plus valeureux que les Perses; peut-être moins hardi et moins gigantesque que les Indiens et les Égj^ptiens dans ses édifices, mais plus varié et plus gracieux ; moins original dans la science, mais plus pratique que ses devanciers. La marche de l'humanité chez les peuples de l'Asie intérieure et de l'Afrique ne s'olfre à nous que par échappées, comme les souvenirs d'un songe apparu à notre esprit, lorsque dans ses rêveries il se sent plus dégagé de la matière, ou comme le récit d'un homme de l'antiquité se réveillant de son tombeau, après deux mille ans, avec ses idées et son langage d'autrefois. Mais à l'heure qu'il est nous allons quitter l'indéfini pour trouver l'histoire véritable sous le voile attrayant dont la revô-

(1) Da sacerdoce du roi il se conserva quelques traces à Athènes, où le second archonte, qui présidait au culte, s'appelait roi parce qu'il faisait les sacriiices dont les rois étaient chargés; il avait des assesseurs, et sa femme, à laquelle étaient confiés les sacrifices secrets, devsdt être de mœurs irréprochables. Voir Démosthènb dans Nearc, Le rex sacrificuhis exerçait 4 Rome les mêmes fonctions.

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tit un peuple doué au plus haut degré du sentiment du beau.

Les premières tribus, repoussées au milieu des montagnes de la Thessalie et de TÉpire, descendaient de temps en temps dans la plaine pour la ravager; ces luttes sont figurées dans les combats d*Hercule, de Thésée, de Méléagre, de Bellérophon ; en partie , ces tribus finirent par triompher de leurs vainqueurs, et détruisirent la caste sacerdotale symbolisée dan$ les serpents, les sphinx, les chimères, ou bien s'y associèrent pour la modifier.

La première pensée des hommes d'État de la Grèce dut être de mettre les tribus éparses en relation entre elles ; c'est à quoi servirent la religion, les alliances, le commerce, les guerres, les gouvernements. La religion, sur Tessence de laquelle nous aurons bientôt à nous entendre, ne put y rester le privilège d'une caste ; quoique les prêtres qui l'introduisirent fissent tous leurs efforts pour exploiter le mystère au profit de leur domination, le peuple y fit entrer tant d'idées et d'institutions nationales qu'elle devint le patrimoine commun. Son office fut limité à propager les idées du juste et de l'honnête, à consacrer les sages entreprises par la sanction du ciel, à convoquer les diverses populations à des fêtes générales, afin d'encourager le commerce et les relations amicales. Rapprochées et réunies ainsi pour la prière et les divertissements, il était tout simple qu'elles traitassent des intérêts communs, que le sentiment d'un droit public germât dans leur cœur, et que des questions fùssent débattues, des alliances formées. La religion, n'étant plus ensevelie dans le sanctuaire, parla par la bouche des poètes, qui n'appartenaient pas au sacerdoce, mais qu'on appelait fils des dieuX; et qu'on disait montés au ciel ou descendus dans les enfers ; parce qu'ils inspiraient à des sauvages grossiers la piété et la clémence, ils passaient pour savoir apprivoiser les tigres, émouvoir les chênes, et faire que les pierres s'élevassent d'elles-mêmes en cités : cela voulait dire qu'ils éteignaient les haines sanguinaires, instituaient les associations et révélaient aux meilleurs esprits , du fond de leurs mystères, les secrets les plus importants de la vie morale. La religion inventa les asiles, opposition désarmée à la force brutale. Les jugements étaient aussi chose divine, puisque ceux qui les rendaient suppliaient les dieux de leur accorder leur pardon s'ils avaient violé la justice ; aussi le châtiment fut-il appelé suppltàe, comme on appela sacré le condamné et le

maudit. Cette idée se propagea chez les autres nations, et fit regarder la guerre comme sainte, les duels comme des jugements de Dieu, et les vaincus comme des gens abandonnés du ciel. Tant il est vrai que le premier pas de la civilisation est toujours Teffet d'une cause divine, lorsque tout se fait par les dieux et pour les dieux.

Le fait des conquêtes, que nous avons trouvé chez les na- ciatMf. tions les plus anciennes, domine encore ici et constitue une race puissante, plus ou moins éclairée, qui commande à l'autre, destinée à servir et à obéir : à la première les droits, les lois, les jugements, les religions, les armes, les franchises plus ou moins grandes; à Tautre, sous le nom de plèbe, de serfs, d'esclaves, Tagriculture, l'industrie, les bas offices. Seulement, dans la Grèce, les barrières entre les classes ne sont pas insurmontables ; du milieu des campagnards et des esclaves il peut sortir un sage illustre, un grand artiste, qui par d'autres moyens rivalise de gloire avec les hommes d'illustre naissance.

Plus tard, en opposition aux grands, aux familles patriciennes, surgit la plèbe, le démos, la commune, qui finit par obtenir des gouvernements humains et sa part dans la propriété des terres ainsi que dans la confection des lois, selon l'égalité civile. La Grèce n'arriva pas à ce dernier point; Rome seulement fonda, après une longue lutte, l'égalité de droits entre hommes libres, jusqu'à ce que le christianisme, en abolissant l'esclavage, proclamât tous les hommes égaux : loi inscrite désormais dans tous les codes des peuples policés, et qui bientôt, il faut l'espérer, sera un fait dans la société pratique.

Nous devions constater cela dès le début, afin qu'en parlant de gouvernements et de liberté en Grèce, l'on sache qu'il s'agit seulement de la race dominatrice. Les races héroïques, c'est-à-dire les conquérants, pourvoient à leur propre conservation au moyen d'un sénat, placent la justice dans la raison d'État, et font des lois mystérieuses dont la forme est inviolable. Telles étaient les amphictyonies, assemblées de plusieurs tribus ou cités dans un temple commun, pour délibérer sur les intérêts de la religion ou sur les affaires publiques.

Le plus célèbre de ces sénats aristocratiques qui, gardant Amphictyon* la loi secrète et sacrée, rendaient au nom des dieux les jugements dont la plèbe n'avait pas à connaître, fut celui des

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princes feudataires de la Thessalie, confédérés contre les barbares dans la ligue appelée amphictyonique, d'Amphictyon, fils de Deucalion, qui avait eu en partage le littoral des Thermopyles, des confins de la Thessalie jusqu'à la Béotie. Ce qui restait de Pélasges s'unit dans cette confédération aux Hellènes, et le culte de TApollon dorien fut associé avec celui de la Cérès pélasgique. Les assemblées se tenaient en automne, dans le temple de cette déesse, à Anthéla, près des Thermopyles; au printemps, à Delphes, dans le temple d'Apollon (1); leurs délibérations, portant le nom du souverain pontife delphique, étaient inscrites sur les colonnes des deux sanctuaires. Chacune des villes confédérées y avait deux votes, et se faisait représenter par autant de députés qu'il lui plaisait, comme en usaient les provinces des Pays- Bas dans leurs états généraux. Leur unique convention était d'abord de ne pas se nuire entre elles; c'est pourquoi elles prêtaient ce serment : « Nous n'abattrons aucune cité confé- « dérée; nous ne détournerons point, soit en paix, soit en (( guerre, les sources nécessaires aux besoins des peuples de « la confédération ; si tout autre l'osait, nous le combattrions « jusqu'à extermination. Si des impies enlevaient les offrante des faites à Apollon, nous emploierions pieds, bras, voix, « toutes nos forces contre eux et contre leurs complices. »

Comme les amphictyons s'étaient érigés en protecteurs du temple de Delphes, ils prononçaient sur les contestations qui, par hasard, s'élevaient entre les étrangers accourus à ces solennités : ce-qui les obligeait à posséder des notions de justice générale et à connaître les coutumes particulières. La prudence des juges faisait respecter leurs décisions, que la religion sanctionnait; il était donc naturel que l'on soumît encore à cette assemblée des questions de plus grande valeur.

Le temps seul lui imposa des formes régulières, et lui fit embrasser les douze cités de la Grèce septentrionale, appartenant aux Doriens, aux Ioniens, aux Phocidiens, aux Béotiens et aux Thessaliens. Quiconque avait violé le droit public

(1) TiTTMANN dit que les amphictyons se réunissaient au printemps à Delphes, en automne aux Thermopyles; mais Boekh suppose que les séances d'automne se tenaient aussi à Delphes. Il nous parait probable, selon Topinion de Heeren, que les députés s'assemblaient toujours aux Thermopyles, et se transportaient à Delphes après la célébration de certains rites. De là sans doute le nom de nûXoUcov, donné à toutes leurs réunions, et de TrvXaYÔpcdy aux députés.

pouvait en être exclu, et un autre peuple y être admis à sa place (1). Ce conseil ne constitua jamais une diète générale appelée à délibérer sur les intérêts de tout le pays ; mais, composée qu'elle était des députés de toute la Grèce et affectant un caractère sacré, on lui soumettait les questions de la plus haute importance et les difficultés entre États ; aussi c'était d'elle qu'émanaient les idées sur le droit public, et l'on veillait à t>c qu'il n'y fût porté sucune atteinte. Les amphictyons fai^ient, en un mot, ce que, dans les siècles catholiques, fit la cour de Rome avec ses cardinaux, élus dans chaque langue, investis d'un pouvoir sans armes, mais supérieur à celui du glaive, parce qu'il s'appuyait sur les règles éternelles de la justice; ou ce que font les congrès dans notre siècle, terminant par les discussions diplomatiques les démêlés qui autrefois se résolvaient sur le champ de bataille. Si l'on considère que les amphictyons siégeaient près de l'oracle de Delphes (2), de sorte qu'ils pouvaient lui suggérer les réponses convenables et lui faire sanctionner leurs décisions, on comprendra à quelle puissance s'éleva cette assemblée, cause principale de l'unité de la Grèce et de la résistance qu'elle put opposer à Xerxès. Elle déchut plus tard, lorsque des orateurs vinrent mettre le sophisme à la place de la vérité, et que les républiques, animées de l'esprit de chicane, en firent l'arène de leurs querelles, pour détourner sur des disputes particulières son attention, qui devait ne se fixer que sur le droit et l'intérêt commun ; d'autre part, les tribus doriennes et ioniennes, parvenues à une grande puissance, furent blessées de se trouver à égalité de suffrages avec les pauvres habitants de Phthia et du mont Œta et l'orgueilleuse Sparte avec les paysans du bourg de Citium; de sorte que cette confédération perdit toute vigueur et jusqu'à l'existence.

Le besoin et le luxe amenèrent bientôt des relations entre comm«re« les peuples de la Grèce, puis entre la Grèce et les nations éloignées. Il semble même que les premières expéditions desGrecs eurent pour but d'établir des rapports de commerce; celle

(1) Pausanias, X, 8, 3. On assigna deux votes aux Macédoniens, Thessaliens, Béotiens, Phocidiens, Locriens, ainsi qu*aux villes de Nicopolis et de Delphes, un aux Athéniens et aux peuples doriques de la Doride, ainsi qu*aux Eubéens. Pausanias ne parle pas des autres.

(2) Voir à ce sujet C.-P. Wilster, De religione et oraculo Âpollonis Del' phici; Copenhague, 1827.

L. Zandbr, in Eichin. ~ GRxmBR, Encyclop, art, et littér., sect. I,

t. xxm.

HIST. DKIV. — T. I. 36

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d*Hellé, qui donna son nom à THellespont, et celle de Phryxus, qui aborda à Colchos sur un navire portant la figure d*un mouton, sont racontées sous le voile de Tallégorie. Le rapt d'Europe indique encore que les ports de la Méditerranée étaient déjà fréquentés. Le cheval ailé de Bellérophon, la Chimère qu'il vainquit, les ailes de Dédale et le dauphin d'Axion, ainsi nommés de la figure sculptée sur leur proue, furent aussi, selon nous, des bâtiments à voiles.

fonMtM. L'expédition des Argonautes en Golchide est la plus mémorable de toutes les expéditions tentées par les Grecs. Cette Hollande des anciens fut favorisée dans son commerce par les deux mers sur lesquelles elle est assise, et qui peut-être se réunissaient autrefois vers le nord . Le climat en est pluvieux, le sol marécageux,au point que les maisons,bàties sur pilotis, étaient séparées par de nombreux canaux. Ses habitants, au langage rude comme leurs manières, étaient industrieux, et leur roi Ééta avait amassé d'immenses richesses. Désireux de s'en

1)80. emparer, comme aussi de fonder des colonies et des comptoirs, Jason fit construire au pied du Pélion le navire Argo; il prit pour ses compagnons la fleur des braves de la Phthiotide et de Sparte : Tiphys, pilote expérimenté ; le médecin Esculape; le poète Orphée; Zéthès et Calaïs, fils de Borée; Castor et Pollux, du sang de Jupiter; Autolycus, né de Mercure ; Thésée, Hercule enfin, le plus grand des mortels et le premier des demi-dieux. Ils partent de la Thessalie, visitent Lemnos et la Samothrace, siège du culte des Cabires, entrent dans l'Hellespont et côtoient l'Asie Mineure. Hercule, Hylas, Télamon, s'arrêtent sur la plage de la Troade, où ils fondent Abdère; les autres, poursuivant leur route, touchent à Cyzique, à la Bithynie, aux Symplégades, découvrent et franchissent le détroit qui mène au Pont-Euxin, puis arrivent à Aria Mandyni et à Ééta en Colchide. On ignore s'ils s'emparèrent des trésors d'Ééta; mais il est certain qu'ils établirent des colonies sur le Pontos^ qui prit le mom d'Exenasy hospitalier, au lieu de celui d'Axenos, inhospitalier, qu'il avait dû d'abord aux pillages exercés par les Caucasiens sur les navires qui abordaient ces parages. De retour en Grèce, les Argonautes, pour conserver la mémoire de leur expédition, instituèrent les jeux Olympiques et mirent le navire Argo au rang des constellations (1).

(1) Deux anciennes chroniques citées par Clbment d^Alezandrie fixaient

La seconde entreprise des Grecs fut le siège de Tbèbes. fï|£,î* Nous avons dit qtie Gadmus avait été le fondateur de cette ville, oîi sa dynastie sembla livrée aux plus cruelles infortunes. Après lui régnèrent Polydore, puis Labdacus, enfin Laïus, qui, marié à Jocaste, eut pour fils Œdipe. Instruit par les oracles que ce fils lui serait funeste, La!us le fit abandonner dans les forêts du Githéron; mais, recueilli par des bergers, il grandit sans savoir 11 qui il devait le jour; enfin, par une suite d'accidents étranges, il tua son père, épousa sa mère, et mourut de douleur lorsqu'il reconnut à quels crimes l'avait vpué le destin.

De son inceste naquirent Étéocle et Polynice, ennemis dès le berceau. Le premier ayant usurpé le trône de Tbèbes, Polynice, avec l'aide d'Adraste, roi d'Argos, son beau-père, vint réclamer sa part du pouvoir. Il avait pour auxiliaires ^ Tydée, roi d'Étolie, Gapanée, Ampbiaraûs, Hippomédon,Parthénope et les guerriers les plus vaillants de la Messénie, de l'Argolideet de l'Arcadie, pays déjà constitués, mais indépendants l'un de l'autre. Les sept chefs, s'étant réunis dans la forêt de Némée, oîiils instituèrent les jeux Néméens, portèrent la guerre sous les murs de Tbèbes; les deux frères s'entretuè- «3« rent et tous les chefs périrent, à l'exception d'Adraste. Mais, dans une seconde expédition, les fils de ces premiers cham- ^pigonet. pions, plus braves que leurs pères, s'emparèrent de Tbèbes et la détruisirent.

Ces guerres fraternelles, les atrocités qui les accompagnèrent et les horreurs dont furent le théâtre les palais d'Argos et de Mycènes indiquent des temps barbares. Ici Tantale égorge et fait cuire son propre fils Pélops ; là Acrisius expose sur la mer sa fille Danaé, pour la punir de ses amours ; son fils Persée tue son aïeul et fonde Mycènes, oîi régnent ensuite les deux frères Atrée et Thyeste. Ce dernier, dépossédé, se venge en violant la femme d'Atrée; l'époux outragé bannit les ^enfants nés d'adultère. Thyeste, dans la suite, abuse

le voyage des Argonautes, Tone à Tan &3 et Tantre à Tan 84 avant la prise de Troie. Eusèbb, qui parle en divers endroits de cette expédition, y attache, à chaque mention qu'il en fait, une date différente, tantôt 77 ans, tantôt 84, tantôt 99 àvant le désastre d^Uion. Aussi Fréret déclarai tril que c*était là un des événements du cycle héroïque dont il était le plus difficile d*établir la chrônologie. La date, en tous cas, est relative et dépend de celle que Ton assigne à la prise de Troie^ qu'elle aurait précédée de 99 ans au plus et de 77 au moins. Voy. sur ce sujet la ChronoL relir gieuse de Daunou dans ses Études historiques, t. V.

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de sa propre fille, qui se tue lorsqu'elle est plus tard informée de la vérité. Égisthe, né de cet inceste, égorge Atrée et rétablit Thyeste sur le trône; celui-ci est attaqué par les Atrides, Ménélas et Agamemnon, devenus rois, Tun de Sparte, Tautre d'Argos. Agamemnon immole aux dieux Iphigénie, sa fille, puis il est assassiné par Glytemnestre, qu*Égisthe a séduite et qui reçoit la mort de la main de son fils ' Oreste. Traditions féroces d'une génération de poètes antérieurs au siècle homérique, sombres comme les mœurs du temps, et destinées à détourner du vice en mettant -en relief ce qu'il a de plus hideux.

Gu«iT« 4« Agamemnon et Ménélas, que nous avons nommés les derniers, nous amènent à parler d'une autre expédition, qui eut la plus grande influence sur la Grèce, et dont la renommée ne doit jamais périr. Troie (i) s'élevait oîi l'Asie Mineure fait face à l'Europe, tout près du détroit d'Hellé; c'était une ville pélasgique, bâtie par les dieux, c'est-à-dire à une époque très reculée, et qui dans l'espace de trois siècles avait étendu sa domination sur toute la Mysie occidentale. Les traditions poétiques citent au nombre de ses rois Scamandre

iMMiti. et Teucer; puis Dardanus, qui venait de l'Étrurie, de Gorin-

(1) Y a-t-il eu réellement une guerre de Troie? Troie même a-^elle existé? Ces questions paraissent moins étranges lorsqu*on songe combien de poèmes et de romans ont pour sujet une guerre de Charlemagne avec les Arabes et un siège de Paris par ces derniers, événements qui n*ont existé que dans Timagination de leurs auteurs. U semble toutefois moins croyable qu*une guerre qui devint une gloire nationale et fut le point de départ de toutes les histoires et généalogies grecques , comme pour nous les croisades, soit de pure invention. D*un autre côté, cet événement est parfaitement en rapport avec la nature des temps héroïques. Selon Chevalier et ChoissuL-GouFFiBR, Troie était située sur la colline que domine le mont de Bounar-Baschi, autour de laquelle coule le Simols; peu éloignée des sources du Scamandre et d*un grand nombre de tombeaux et de constructions cyclepéennes, découvertes en 1816 par Firmin Didot, au lieu oii Ton suppose que 8*élevait la citadelle pergaméenne. Le tombeau d* Achille était au cap Sigée. Heynb a joint de bonnes notes à. la Description du pian de. Troie, par Chevalier, dans l'édition de 1794. Leur opinion fut cependant révoquée en doute par Clarke, Travels, 1. 1, n. 4-6. James Rbnnbll crut aussi qu'ils avaient été induits en erreur, et proposa un autre emplacement. Maclarbn réfuta Rennell par un nouveau système, qui attend qu'on le batte en brèche à son tour. A rien ne sert de prétendre qu'Homère ait été absolument exact et infaillible. Il suffit de savoir que Troie s'élevait près du cap Sigée et de l'Hellespont, dans la plaine du Mendère, entre l'Ida et la mer. M. Schliemann 9. cru découvrir en 1877 l'ancienne Troie ; mais les résultats très curieux des fouilles qu'il a entreprises n'ont pas entnûné la conviction du monde savant.

PREMli^RES EXPÉDITIONS DES GRECS.

the et de la Samotbrace, indice d*une origine pélasgienne, Érichthonius; Tros, de qui Troie prit son nom; Ilus, qui la fit aussi appeler Ilion; Laomédon et Priam (i). La haine entre les deux races pélasgique et hellénique s*était manifestée par des outrages réciproques. Tantale, bîsaïeul d'Agamemnon, avait enlevé le Troyen Ganymède; Hercule avait saccagé Troie, tué Laomédon et ravi sa fille; en revanche, Pâris, fils de Priam, enlève la belle Hélène, femme de Ménélas. Agamemnon appelle à la vengeance les chefs des cités grecques, qui réunissent dix mille

(1) La chronologie des premiers temps de la Grèce est tout à fait incertaine ; les émdits se sont donné beaucoup de peine pour Téclaircir, sans parvenir à des résultats positifs. Le meilleur ouvrage à ce sujet est VExa men analytique et tableau comparatif des synchronismes de Vhistoire des temps héroïques de la Grèce, par Petit- Radel; Paris, 1827, avec une table comparative des généalogies royales et des synchronismes des temps héroïques. Loin de rejeter comme fabuleux les récits des poètes, il regarde ceux-ci comme les seuls historiens d'alors, et, les dépouillant de Tenveloppe artistique, il établit d'après eux la généalogie des familles d*Argos, de Sparte et de TArcadie ; il les rapproche entre elles et avec les lignes d'autres maisons. En supputant ainsi les générations, il remonte de la guerre de Troie aux temps les plus reculés. Il place cette guerre en Tan 1199, comme Saint-Martin, et, partant de Tâge qu'Homère attribue aux héros qui y prirent part, il va jusqu'à Inachus, en 1920, époque à laquelle se rattachent, soit directement, soit indirectement, les souches princières de la Grèce. — Les indications données par les écrits ou les monuments de Tantiquité sur la date certaine de la guerre de Troie varient d'une différence d'environ deux siècles, entre 1300 et ilOO. Peu de points de chronologie litigieuse ont été soumis à plus de calculs et d'hypothèses, ce qui était bien naturel, puisqu'il s'agit d'un événement qui sert d'époque et sépare les temps mythologiques des temps héroïques ou semi-historiques. On a divisé en quatre grandes classes les systèmes sur la date de la prise de Troie : celui qui la fait remonter aux trente premières années du treizième siècle avant J.-C, de 1300 à 1270, et qui s'appuie sur l'autorité d'Hérodote et de Thucydide, autorité qui a entraîné Fréret parmi les modernes ; celui qui rapporte cet événement aux quinze dernières années du même siècle, de 1212 à 1200, et qui est fondé sur la date inscrite aux marbres de Paros, 1209; le troisième système, qui rapproche de nous cette date d'une vingtaine d'années en la plaçant vers 1183 ou 1184, et qui a pour lui l'autorité de Timée, d'Ératosthène, de Sosibius, d'Arétès, d'ApoUodore, de Diodore de Sicile, de Denys d'Halicarnasse, de Censorin ; et enfin le système qui se rapproche de la fin du douzième siècle, de 1126 à 1116, et qui a été soutenu par Clavier, s'appuyant sur le texte de Phérécyde cité par Marcellin, et sur les généalogies recueillies par Pausanias. Newton et Volney, par des calculs hypothétiques qui leur appartiennent entièrement, se sont placés en dehors de ces quatre systèmes, qui du mpins s'appuient tous les quatre sur des témoignages anciens. Newton assigne pour date k la prise de Troie Tan 904, et Volney 1022.

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voile en Aulide et s*embarquent pour l'Asie ; outre les rois de Sparte et d'Argos, les principaux guerriers qui les accompagnaient dans cette expédition étaient : Ulysse dlthaque» Nestor de Pylos, Idoménée de Crète, Achille de Phthia, Ajax de Salamine, Diomède de TArgolide, et d*autres chefs de tribu indépendants Tun de Tautre, mais réunis dans un but commun.Pnam, qui dominait depuis la Propontide jusqu'à la mer de Lycie, mais sans ravir Tindépendance aux peuples, oppose à la confédération des Grecs celle des montagnards voisins de ses États, et la valeur d'un roi qui défend la patrie (1).

II avait pour alliés la Troade, située entre la Propontide et le Bosphore au nord, TÉgée à Test et au sud, les pays phrygiens à Test, et qui comprenait, outre les Troyens propres, les Dardaniens au nord de Troie, sur la côte de THellespont, avec les villes de Dardanus et d'Abydos ; les Adrastéaniens au nord-est des précédents, avec les villes d'Adrastée et d'Apésus ; les Lyciens ou Aphniens à Test des derniers, avec Zéléia sur le Scamandre; les Lélèges au sud delà Troade, avec les villes d'Antandre et de Pédosa ; les Giliciens de Thèbes et de Lyrnesse, en face de Lesbos ; les Arisbes, qui avaient sur THellespont Abydos en face de Sestos, fameux par Héro et Léandre. Du sud de la Troade vinrent les

(1) TABLEAU DBS FORCBS ORBCQUBS DU PBLOPONÀSB BOUS TBX>IB.

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