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CHAPITRE XXX

DES RELIGIONS EN GÉNÉRAL

Noos avons désormais pris assez connaissance des religions antiqnôs, pour nous élever à quelques considérations générales ; mais, nous déclarant tout d*abord convaincu que Tespèce humaine n*a pas tant de goût pour les subtilités de la métaphysique que le supposent les philosophes, nous écarterons autant que possible les abstractions pour suivre le cours des faits et des révélations de l'histoire (1).

(1) Les travaux des anciens sur les religions méritent à peine qu*on en parle. Le siècle passé chercha à les expliquer matériellement. Dupuis acquit une grande célébrité par son ouvrage sur V Origine des cultes, dans lequel il entreprit de démontrer que toutes se réfèrent à la science des astres, et que les mythologies de tous les peuples ne sont que des légendes calendaires. Le Christ, par exemple, est le soleil ; les apôtres, les douze signes du zodiaque, ayant à leur téte Janus, porteur des deux clefs; Marie est le signe zodiacal de la Vierge ; la naissance de son fils est le solstice d^hiver; sa mort, Téquinoxe, et ainsi de suite. Son livre fit d^autant plus d*impression, qu*il se produisait avec cet appareil de science qui éblouit facilement le vulgaire, et qui ne saurait se réfuter aussi promptement. Beaucoup de travaux partiels furent faits sur ce sujet par Heine, Gatte- RER, PusssiNO, Voss, BoBiTiaBR, Mytholog, Vorsetzung; Meiners, dans AUgemeine kritische Geschichte der religionen (Hanovre, 1806-7, 2 vol.); et par d'autres encore. Tout ce quUls avaient écrit fut résumé par Fr. Meier dans AUgemeine Mythologisches Lexicon aus Original Quellen bearbeitet; Weimar, 1803-14; il se borne toutefois le plus souvent à commenter la mythologie grecque et romaine.

Le progrès dos études orientales amena pour ces recherches une ère nouvelle. Voir J.-J. Wagner, Ideen zu einer allgemeine Mythologie der alten Weli; Francfort, 1808. G. Arn Kannb, Ei^ste Urkunden der Geschichte oder allgemeine Mythologie, 1808 : il donne aux fables une signification astronomique et Torigine asiatique, ainsi que Buttmann, Mythologus; Berlin, 1828. Frbd. Schleoel, Ueber die Sprache and Weisheit der Indier; Heidelberg, 1810. G.-L. Hua, Untersuchungen ûber den Mythos der beràhmten Vœlker dar alten Well, 1812; il rapporte tout à TÉgypte. Gœrrbs, Mythengeschichte der asiatischen Welt, Heidelberg, 1820. Surtout F. Crbpzbr, Symbolik und Mythologie der alten Volker, besonders der Griechen; Leipzig, 1810-12; Auifsbourg, 1819-22; Guioniaut en a fait une traduction française ; il a refondu le texte, et ajouté à Timmense érudition de Tauteur tout ce qui s* est découvert de nouveau, à tel point qu'on peut considérer la traduction comme un ouvrage original. Il a été imprimé à Paris, sous le titre de Religions de l'antiquité considérées principalement dans leurs formes symboliques et mythologiques (11 vol., 1825-51).

Son système trouva beaucoup de contradicteurs ; Voss, d'abord, com-

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• Au premier éclat de la foudre, rhomme soulève de terre son front abniti, reconnaît un Être supérieur, se fait un dieu de ce qui lui est utile ou Tépouvante, et adore les objets les plus grossiers (fétichisme)^ ou bien il adresse aux astres ses hommages {sabéisme) ; il assimile ensuite à lui-même les puissances de la nature {anthropomorphisme) , ou révère après leur mort les personnes qu'il chérit ou redouta, jusqu'à ce que peu à peu il crée la mythologie perfectionnée : c'est

battit toute sa yie Heine et Creuser, soutenant que les dieux ne représentent pas des pouvoirs naturels et moraux, mais bien des êtres indépendants qui agissent de pur caprice. En ^utre, il fut contredit par Técole historique, par Lobbck principalement, qui écrivit sur les mystères ; Hkr- MANN, de Mythologia Grgcorum antiquissima, Leipsig,, 1827; Outarof, Ueber dos vorhomerische Zeitalter, Pétersbourg, 1819; Rh(m>b, Beiirxge xur Alterthumshmde^ etc.; Berlin, 1819; Otfribd Muller, Gtschichte Hetlenischer Stâmme und Stadte; Breslau, 1820 ; et Proiegomena xu einer WissenschafUichen Mythologie; Gœttingue, 1825. Selon ce dernier, les fables racontent les actions des personnages antérieurs aux temps historiques, et les noms des héros ont des significations correspondantes à leurs exploits ; quelques-unes sont de pure invention. Les premières ne furent pas importées, mais puisées dans la tradition vulgaire, de sorte que chaque mythe offre Thistoire réelle dans ses circonstances locales. La difficulté consiste à écarter du fond de la légende primitive ce qui est ornement du poète, préoccupation nationale chez Thistorien, et interprétation du philosophe. Il semble pourtant que les hellénistes qui voudraient croire que tout est indigène en Grèce succombent à la peine à mesure que Ton acquiert de nouveaux renseignements sur TOrient; car on y trouve non seulement la substance, mais bien encore les formes des mythes helléniques.

Prbllbr, Griech, Mythologie; Berlin, 3« édit., 1872-75, 2 vol. in-8. A. Maurt, Hist. des religions de la Grèce antique; Paris, 1857-60, 3 vol. in-8.

Parmi ceux qui se sont occupés de ces recherches sous un point de vue différent, nous citerons :

Baur, Symbolique et Mythologie, ou Religion de la nature chez les ancienSf 1822 (allemand).

ScHWBiGBR, IntrodiÂciion à la mythologie grecque^ avec un Euai pour r expliquer au moyen de la physique, 1836 (allemand).

~ Parmi les publications les plus récentes relatives aux religions de Tantiquité, il faut surtout compter la troisième partie du tome II de fa Symbolique de Crbuzbr, traduite et refondue par Guioniaut, partie qui contient les notes et les éclaircissements sur les livres IV, V et VI, et qui a paru en 1849, puis la troisième partie du tome III, qui a paru en 1851, et qui termine cette œuvre importante, véritable encyclopédie mythologique, où Térudition la plus solide et la plus saine critique ont été mises à profit par le savant mythographe français pour faire comprendre au lecteur Tessence de cette forme symbolique et mythique qui fut Texpression spontanée autant que nécessaire des antiques croyances, et qui est inhérente à toute religion.

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ainsi qu'il compose pièce à pièce les religions d'éléments isolés et sans yie, sans principe organique et commun. Voilà un développement d'idées tout à fait opposé à la marche ordinaire de l'esprit humain, et démenti par l'histoire.

La religion suppose toujours quelque chose de supérieur à l'homme, et la forme ne peut exister avant l'idée.

Le fétichisme n'est pas le degré le plus infime dé la religion ; car peu importe quels soient les objets de son adoration, si l'homme y rattache déjà l'idée d'une cause prédominante, et. ne les considère que comme des instruments de magie. Comment croire ensuite que les religions soient une invention des prêtres, si, dans presque toutes, des privations leur sont imposées, des jeûnes, des austérités, et parfois d'horribles mutilations? S'il n'est pas un peuple, quelque grossier qu'il soit, qui n'ait adopté une religion, comment ce peuple songea-t-il à se la donner, tout occupé qu'il devait être de satisfaire aux besoins urgents de son existence? Quel objet, parmi ceux qui l'environnaient, put lui enseigner à adorer, si les systèmes les plus perfectionnés ne suffirent pas à amener l'homme par le moyen du moi et de la raison à la notion de la Divinité?

n faut donc commencer par avoir la connaissance de Dieu pour retrouver ses vestiges dans la nature et dans l'intelligence. Purgeons les religions du mélange des fictions et des erreurs, de tous les traits qui tiennent à l'intuition de la nature, à son symbolisme, et leurs traits fondamentaux s'accor* deront tous avec la vérité, témoigneront de l'origine commune des idées les plus élevées, et nous donneront la conviction que l'homme n'aurait rien compris ni de la nature et de ses forces occultes, ni de sa propre vie intérieure, si, dès le principe, il n'avait pu en pénétrer immédiatement les secrets.

L'unité de Dieu est la source d'où émanent, à laquelle re- unité de dim. tournent toutes les religions. Sans nous enfoncer dans les ténèbres de celles qui sont moins connues, et passant sous silence la Chine, qui, toute patriarcale, rendit un culte pur à la divinité jusqu'au temps où Lao-tseu y propagea le rationalisme, la trimourti indienne n'est qu'une décomposition de Brahma : en Égypte, Hom existe avant les dieux; en Perse, Ormuzd et Arihman sont engendrés par Zervane, l'étemel, l'excellent; en Grèce, les sages et les initiés considèrent les divinités comme des représentations des forces de Dieu.

DEUXIÈME ÉPOQUE

Par suite d'une fausse interprétation des vérités primitives, on y associe Tidée d'un génie du mal représentant la lutte entre les ténèbres et la lumière, entre Tidéal et le réel, l'action et la passion, l'esprit et la matière, génie que l'on évoque ou que l'on apaise par la magie. C'est là l'idée dominante des croyances antiques.

La divinité unique eut souvent plusieurs noms. Ainsi, les Hébreux disaient Adonaï, c'est-à-dire mes Seigneurs; ou Ehhim, c'est-à-dire vénérables, adorables; ou, pour l'omnipotence Schaddaî; pour la hauteur Eltorriy l'élevé ; pour la force, Sabaoth. Le nom de Dieu révélé à Moïse fût Jéhova, c'est-à-dire celui qui est (1) ; mais on ne le prononçait jamais, et, lorsque dans l'Écriture son nom était tracé, le peuple lisait Elohim Adonaî. Peut-être en était-il ainsi des autres religions, et la. multiplicité des dieux ne fut-elle que la multiplicité des noms d'un seul. Un étranger pourrait voir une série de divinités différentes dans les titres que nos litanies donnent à la Vierge; si nous devons croire Golebrooke (2), une infinité de divinités invoquées dans un hymne des Yédas ne sont que les titres des trois divinités principales, ou mieux, en dernière analyse, du Dieu unique. Tant il était facile de passer de l'adoration d'un seul Dieu avec différents noms à celle de plusieurs dieux!

Une fois les nations formées, chacune eut son temple et son oracle distincts, que l'on attribuait facilement à des divinités différentes ; d'autant plus que selon la nature humaine, chaque peuple exaltait les siens propres et méprisait ceux du voisin. Puis, s'il arrivait qu'une nation en vainquît une autre ou fît alliance avec elle, elle lui imposait ses propres dieux, qui s'ajoutaient aux précédents. Cependant le polythéisme diffère de l'idolâtrie, puisqu'il peut être spirituel et matériel.

La prière a besoin d'être soutenue de pratiques extérieures qui frappent les sens ; l'imagination, qui demande à la raison quel est Dieu, le reconnaît dans la beauté et dans les forces do la nature, qui apparaît supérieure aux forces humaines, soit qu'elle les contrarie, soit qu'elle les seconde. Alors elle adore Dieu dans le monde qui le révèle ; puis, elle abandonne l'Être pour l'emblème, le sens caché pour le signe apparent,

(1) On bien la, que nous avons conservé dans le mot alléluia, louante à Dieu.

(2) Asiatic Researches, t. III, p. 395.

DES RELIGIONS EN GÉNÉRAL

et tombe dans Terreur capitale du paganisme, c'est-à-dire dans la déification de la nature. Étrangers aux conceptions de mécanique et de physique purement matérielles qui, dans la suite, devinrent dominantes, les anciens, dans toute la fraîcheur de leur imagination, se formaient de la nature une idée toute spirituelle ; ils ne voyaient pas dans l'univers une machine puissante, régie par une force attractive et répulsive, mais bien un tout vivant gouverné par des génies. Ces astres admirables dont la révolution invariable mesure l'espace et le temps, lois de la pensée humaine, leur parurent mériter un culte, et le soin que les prêtres apportaient à les contempler passa pour une adoration. Le sabéisme, en effet, est la religion la plus universelle et la plus semblable au monothéisme; c'est à lui que se rapportent les reliions des Babyloniens et de Zoroastre, ainsi que celles des Egyptiens et des Phéniciens. Ammon et Osiris figurent le soleil; Isis, la lune, très révérée parce qu'elle répand la rosée ; Anubis, l'étoile de Sirius, qui, se levant du côté de la source du Nil, annonce son débordement; les Cabires sont au nombre de sept, pomme les planètes; il y a douze grands dieux, autant que de constellations du zodiaque ; de même que celui-ci est divisé en trente-six parties, on compte aussi trente-six divinités du second ordre, et ses 360 degrés sont régis par autant de génies. Le soleil lui-même change de nom; après le solstice d'été, il est représenté par Horus, vigoureux et le visage barbu ; après le solstice d'hiver, il devient Harpocrate, dieu boiteux; aux périodes croissantes ou décroissantes de sa carrière se rappoi*tent les fêtes d'Isis et d'Osiris. Ailleurs la lune en croissance est appelée Bubaste, et Bouto lorsqu'elle est pleine. C'est ainsi qu'on séparait d^une divinité principale ses propriétés, ses manifestations et ses attributs.

Chez les Grecs, les divinités sont aussi en rapport avec les révolutions sidérales, et les planètes y prennent des noms des dieux; au printemps, les Bacchantes célèbrent les fêtes de Dionysius, dieu solaire; les rites d'ÉIeusis ont pour objet le soleil et la lune ; l'hiérophante est la figure du premier, l'épibôme de l'autre. Les dieux de l'Italie étaient de même planétaires, ainsi que ceux de l'Arabie, du Thibet et de la Chine.

Il est certain que c'est de l'astronomie que dérivaient, en grande partie, les fêtes des peuples anciens, surtout celles dès Égyptiens, des Assyriens, des Perses, des Grecs et des

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Romains ; en effet, elles se divisent généralement en lunaires et solaires. La combinaison de ces fôtes, qui sont fixes, avec les mobiles, produisit une grande complication dans les calendriers. Les Grecs et les Romains avaient distribué six mois entre Jupiter, Neptune, Apollon, Mars, Yulcain, Mercure, et six autres entre Junon, Gérés, Minerve, Vénus, Diane, Yesta; c'est du nom de cette dernière qu'on a déduit celui de feita^ fête. Un grand nombre de fêtes ont leur origine dans le calendrier, quoique plus tard on les ait mêlées à des traditions historiques ou mythologiques.

idoiAtrie. Aux divinités planétaires s'associe le culte des phénomènes et des éléments comme puissances vitales et fécondantes ; elles sont vénérées d'abord sans avoir de simulacres, puis sous forme de cône, de cube, de disque brillant, de colonnes, de pierres tombées du ciel (1), et principalement sous l'emblème expressif du phallus ; car nous le voyons souvent figurer dans les cérémonies antiques; il] ornait, en petites amulettes, le cou des jeunes filles grecques et romaines et, avec d'énormes proportions, il se dressait devant les temples indiens et ceux de la mère déesse de Phrygie. Plus tard, par suite de cet éternel penchant de la nature humaine à tout assimiler à elle-même, les dieux furent représentés sous la figure de l'homme; leurs noms et leurs attributs se multiplient alors, et, avec eux, leurs histoires et leurs généalogies. Gette personnification aide à la diffusion des connaissances astronomiques et des cosmogonies ; puis le vulgaire exagère, le temps altère, les puassions corrompent, et de là les extravagances de mythes, les rites énigmatiques, les orgies féroces et licencieuses.

symboiM. Toutefois, quand les idées religieuses commencent à germer dans l'esprit du peuple, elles revêtent naturellement les formes du symbole et du mystère. Ghaque chose, dans la nature, put être envisagée et accueillie comme un symbole, grossier d'abord, jusqu'à ce que l'esprit eût découvert des rapports entre les choses et les idées qu'elles représentaient.

(1) BatTuXCa, BaitvXoC, du phénicien Bethei. Voy. Mubntbr, Ueber die vom Himmel gefcdlen Steine der Aiten. Nous trouYons dans la Bibl« Tautel de Béthel érigé par Jacob, la ville de Béthulie, etc. Les Chinois s*occupèrent aussi très anciennement de robserration des aérolithes, qu^ils appelaient sing yun tching chi, étoiles tombantes changées en pierres. Les païens continuèrent très tard à adorer quelques-unes de ces pierres, auxquelles on peut aussi rattacher la Kaaba des musulmans,

DBS REUGIOlfS EN GÉNÉRAL.

Le bouc fécondateur et générateur fut la victime expiatoire immolée par le pâtre pour le salut du troupeau ; la génisse représenta la terre par sa fécondité; le bœuf, le cheval, compagnons de rhomme, furent les animaux destinés au sacrifice; le ciel lui-même se peupla de symboles, comme les signes du zodiaque, les cent bras de Briarée, le double visage de Ganesa, Saturne dévorant ses propres enfants, les Danaïdes emplissant leur tonneau sans fond, les Parques filant la vie humaine; mais de môme que les mots eurent dans Torigine une valeur désormais perdue, ainsi se perdit la signification des symboles, et Platon et Zénon nous paraissent aujourd'hui plus ingénieux que vrais dans leur explication de ceux d*Homère, qui florissait peu de siècles avant eux.

Les mythes découlent de sources innombrables. L'étranger MytiMt. qui apporte de loin les arts et les habitudes sociales, qui acquiert la domination par des qualités brillantes, par de grandes entreprises, se conciliera Testime de la foule, qui ne sait jamais échapper aux exagérations; sa mort cause les plus vifs regrets; Téloignement le grandit, et Tadulation ou la reconnaissance Tinvoque ; on en fait un dieu ou un demidieu, et bientôt son histoire est toute miraculeuse. Un animal extraordinaire, un phénomène physique viennent-ils à saisir Timagination, un mythe s'en empare et les perpétue; les souvenirs mômes de la plus haute antiquité, vus à travers le brouillard des siècles, prennent un aspect vague et prodigieux, se compliquent de légendes calendaires et s'accumulent sur un seul personnage qui, dépassant la mesure humaine, va se placer au rang des immortels. La langue elle-môme^ figurée, capricieuse et toute sensuelle chez les premiers peuples, produit de nouveaux mythes en multipliant les personnifications et les faits; puis, lorsqu'elle passe chez d'autres peuples, elle prend un aspect étranger qui ne permet plus de reconnaître son origine. Les noms significatifs auxquels l'Asie confiait les idées qu'elle voulait consacrer, perdirent leur signification en arrivant parmi les Grecs, étymologistes prévenus et peu instruits (1), d'autant plus

(1) Parce que Ton aura dit, comme éloge, Pélops à Tépaule d'iroire, la foule, pour expliquer ces mots, aura fabriqué la fable du forfait de Tantale. Mugé yeut dire pommeau; on partit de là pour dire que Mycënes fut bâtie par Persée, au lieu où il avait perdu le pommeau de son épée, et qu*elle prit de là son nom. Ainsi Ëgisthe dut avoir été allaité par une chèvre (jegos), et la Béotie fut nommée ainsi du bœuf que Cadmus y ren-

DEUXIÈME ÉPOOOE.

que la religion, qui d*ordinaire s*appuie sur les traditions, conserve avec jalousie le souvenir du passé, et maintient encore Tancien langage lorsqu'il est tombé en désuétude. Nous trouvons partout, en effet, une langue sacrée, qui n'est autre que la langue primitive avant qu'elle eût été modifiée par l'usage ; ainsi le latin que parlaient les Romains, est conservé dans la liturgie.

Le vulgaire, ne comprenant pas, supposait des mystères, et, dans son ignorance, ou il se trompait lui-même, ou il aidait à l'imposture d'autrui.

Aussitôt que l'on a personnifié un être quelconque, il faut lui attribuer des idées, des sentiments, des affections humaines, des plaisirs sensuels. Une petite rivière, qui a reçu en grec le nom d'Io^ indiquant sa propriété, est qualifiée de cornue à cause de ses nombreux détours ; puis, on en fait une génisse, animal qui porte des cornes, et son cours fournit bientôt la trame d'une fable complète. L'imagination grecque, éprise du beau, ne se contentera plus de pierres grossières tombées du ciel ; elles les nommera Yulcain ou Phaéton, et dira alors que l'un a été lancé d'en haut par la colère du maître des dieux, et que l'autre est tombé victime de son imprudence. Antée, personnification des sables africains qui confinent à l'Égypte, sera le fils de Neptune et de la Terre, géant dont la tête s'élève vers le ciel comme ces sables eux-mêmes lorsque le vent les soulève en tourbillons. Tous les efforts sont vains pour arrêter les progrès désastreux de leurs dunes ; car ces dunes renversées se reforment et reprennent vigueur en touchant la terre, leur mère, jusqu'à ce que l'on pense à creuser au pied de la chaîne Libyque de larges canaux que les sables^ne peuvent franchir; ce sont là les bras robustes d'Hercule étouffant le géant suspendu dans les airs.

Les symboles eux-mêmes donnaient origine aux mythes; en effet, l'imagination, peu satisfaite de représentations qu'elle ne comprenait pas, forgeait pour les expliquer des récits à sa manière : c'est ainsi que nous voyons se répandre

contra; Homère dut être aveugle, les Cyclopes n^avoir qu*un œil. Dans la mythologie indienne, Ikchvâku, nom du chef de la dynastie solaire, fit dire qu'ils étaient sortis d'une citrouille, parce que ce mot est synonyme de tumba, cucurbita lagenaris. Hermann, de Mythologia Gracorum antigtnssima^ et de Hisiorùe grmcm primofdiis, fait de Taliégorie et de la personnification les éléments uniques de la mythologie.

DES RELIGIONS EN GENERAL

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