‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 11 sur 18 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

y a plus de mouvement. Cependant on y chercherait en vain Faction dramatique , la dialectique et le sophisme. Beaucoup d'anciens et de modernes ont refusé de reconnaître Tauthentidité du discours sur la paix ; de leurs contestations il résulte du moins que , sous le rapport du sujet et des fiitô eux-mêmes, il y a bien des choses à reprendre, et qu'il serait peu sûr de chercher des-argumens dans ce morceau. Le discours contre Alcibiade est fort important sous le rapport historique 3 on ne peut y méconnaître Thomme qui, en toutes choses, n droit au but; il n'y a point d'effet de rhétorique, point d'antithèses. Ce fut cependant vers ce même temps que l'art des Gorgias , des Polus , des Protagoras et de leurs semblables, s'introduisit dans les affaires des tribunaux et du peuple. La nouvelle philosophie pénétra jusque dans les conversa* tions , elle changea la vie privée comme la vie pubhque.

Euripide avait absolument les talens et l'éducation du rhéteur; mais, n'osant se hasarder sur le terrain gUssant de la vie publique, il jeta tout son art oratoire dans ses tragédies , et de là , cette manière passa dans la société; car on apprit ses pièca par cœur et l'on cita ses scènes comme des modèles de conversation. Les antithèses, les tournures fines, le pathos vrai ou faux, les périodes aiTondies, les sentences morales et spéculatives, devinrent indis-

peofiables : c'étaient pour le discours des beautés de convenûon généraleiueui adoptées.

Nous ne pouvons pas nous taire sur le Byzantin Théodore , comme l'oni iait Fabjicius et ^uhnkemus ; car Cicéron , Quintilien et d'autres encore , lui donnent un cole important ^ D'après le peu qu'on ei) sait , il réunissait à la dialectique une sorte de plôlasophiç morale , à laide de laquelle il suppléait à l'inâHffisas^e de l'ancienne religion. Ne voulant ps s» montrer en public, il rédigeait ses discours ï chee lui. tl iUt le propiier qui réduisit en système propreoLent dit lik science des mots.

Lysiaft était à la fois><*héteur et orateur. U ensfiignail le chemin qui ndène à ces somimités , sur lesquelles nous apercevrons plus tard Démosthènes, Eschine, Hypéride etieurs contemporains. Gcéron, qin nous apprend que Lysias est, de tous les orateurs, celui qui a fait le plus de discours, voudrait lieo le donner exclusivement aux Athéniens 3; et,

1 ^oas Ht citeroiu point Gicëroo : quand Atticus ni Yarron M sont là ^our le soutenir, il est aussi mauvais historien que

Murais poète. Quintilien , Instit, III , cap. i , dit :

tUam Poijrcrates , a quo scriptam in, Socratem diximus oratio* Met Theodorut Byzantius , ex i<>^ et ipse quos Plato appellat l<»y^4tsfyLXûVÇ' Benys d^Halica masse juge fort sévèrement I])éo49re. JPelstfQJudic,, éd. Tauchnitz , p. 33 o. QîéShnfOV Sk thf t^^dmop cif^euoif rivot it^ octri iv reiiç ré^vAtç ittftfSij «WTi i^irùiffip hùirnP iv to7ç ivAyuvioiç J^J^jw't* Xoyoïç» ; 3 Bimw, cb* ]^VI* -r- -r- quamtfuiftn Timaus.^um, quasi

dans le fait, son langage est entièrement attique Mais Cicéron ignorait, ou voulait ignorer que Lysias s'était formé à Thurium, et que la grande Grèce, siège alors de Fart oratoire , Favait fait rhéteur. ^ Lysias suivit les leçons de Socrate : il prit dans sa. philosophie* ce qui y avaient puisé Euripide et Xénophon; on le vit toujours s^'àttacher de préférence aux choses pratiques et réelles. Ses* services au temps de la lutte des républicains contre les oligarques institués par Sparte, lui donnaient k droit d'exercer quelque influence dans sa patrie : un décret du peuple le lui reconnaissait; mais les circonstances l'éloignèrent de^ affaires : il établit ce que nous appellerions un cabinet de consultation. Les anciens disent qu'il en sortit plusieurs centaines

Mueia et Licinia lege , repetit Sjrracusas, Et quodam moi» est nonnulla in iis etiam similitudo. uicuti sunt , élégantes, faceti, brèves : sed ille Grœcus ab omni laude felicior, Habet enini certos sui studiosos , qui non tant habitus corporis opimos, quain gracilitates consectentur ^ quos , valitudo ntodo 'bona sit, tenuitas ipsa delettet. Quamquam in fysia sunt etiani lacerti, sic ut Jieri nihil possit v aient ius : verum est certe génère toto strigosior, sed habet tamen suos laudatores , qui hac ipsa ejus subtilitate admodum gaudeant,

1 Le témoignage de Plutarque est consigné dans la Vie des dix orateurs. Il dit qu'à Page de quinze ans , aprèi la mort de son père, Lysias suivit son frère atné, qui était polémarcnie, pour partager avec lui un lot dans les terres de SjrbftifSy alors Appelée Thurium. C'était sous Parchontat de Praxitèle. Ljrsias 7 resU et prit des leçons de Tisias et de Nicias.

•: de discours : il nous en est resté quarante-quatre^

et Denys d'Halicamasse nous a laissé sur cet auteur

un jugement , auquel nous renvoyons les lecteurs

qui veulent plus de détails que n'en comporte l'hi»-

toire générale. Si on pouvait, à bon droit, lui

attribuer Toraison funèbre dont Valkenaër, ReisLe

et Sluiter contestent lauthenticité , il en faudrait

conclure qu'il n'a pas toujours dédaigné les folies

des rhéteurs^; mais, en général, les maîtres* de

l'art, loin de lui reprocher un abus de figures, ont

^ jugé son style simple., sévère, naturel Le discours rédigé pour Euphilète, au sujet du meurtre d'Ératosthène, est un modèle de narration : l'art ne s'y montre point; il n'aurait pu que nuire à l'affaire, et le principal but du rhéteur est de faire parler son client de manière a ce qu'il se peigne lui-même en exposant clairement son sujet. Le discours contre Ératosthène, qui avait été l'un des trente tyrans y devait être plus animé et plus véhément que tout autre. Lysias saisit cette occasion pour manifester son aversion contre ces cruels oligarques et pour demander vengeance du meurtre d'un frère diéri. Mais ici même on chercherait en vain ce £aras d'antithèses, d'hyperboles^ de pathétiques

I Non -seulement le style du discours sumominë BTrirei^ioç est apprêté y mais dés la seconde page Toratear fait Tenir les^ ■ Amazones, et de suite il occupe d^une guerre théâtrale d^A^ draste et Poljrnice ayec les Xhébains,.

apostrophes, enfin ce clinquant théâtral d'Euripide. ^ Lysias, toujours égal, demeure concis, serré, ner- ' veux. Il commence par le simple récit de sa destinée i ^t de celle de son frère; puis il passe à la conduite que les trente ont tenue envers tous les Athéniens; et, sans rien épargner, il rouvre les anciennes l)lessures , irrite de nouveau ses concitoyens contre les tyrans, et surtout contre son ennemi, et J)Our y parvenir il remonte jusqu'à l'histoire du temps où les trente ne gouvernaient pas encore. La fin de ce discours, et surtout les cinq mots qui le terminent, I sont bien propres à faire connaître la concision et la véhémience de Lysias. ^

Immédiatement après Itd, et de son temps encore, Isocrate compléta les règles de l'éloquence, de la construction des périodes et de tout ce qui regarde l'expression. Il créa une école, qui changea la direction, non -seulement de Fart de la parole, mais encore de toutes les sciences qui s'y rattachent. Ce ne furent point les seuls historieiis , les seuls prosaïstes grecs qui Se formèrenl selon les règles établies par lui. Il servit de modèle à Çicéron et à QuintiKen. Isocrate fut disciple de tous lés sophistes qui appliquaient leurs subtiliteis à «l'éloquence et qui lés faisaient passer pôiir d^s beautés;

1 Voici CCS derniers mots : innaéttrê -, é^ainetri^ îrerôy-

( ^79) depuis Pçodicus de Céos jusqu'au rhéteur Théra* mène, qu'il défendit au péril de sa vie, il les étudia tous. Les circonstances politiques , et 1 état de l'art théâtral et de la ph\losophie, expliquent conunent de tous les rhéteurs il fut celui qui put opérer le plus aisément une réforme. On fais^t alors , nous r&vons déjà dit, peu par les armes, tout par les négociations et par les discours. L^homme d!Qt«t avait donc plus d'influence dans son cabinet et dans les réunions des députés, ou mqme chez le^ princes, qu'il n'en pouvait exercer sv^r lia .place publique. «Ce fut sous l'empire de ces circonstances qulsocrate fonda son école. Après la mort d<Ép^«minondas , lorsqu' Athènes résistait sei4e au grand roi de Macédoine , il en sortit des hommes qui joigiltvent l'éloquence , apprise à celle que Ihémistode, Périclès, tenaient de la nature.

Les principaux avantages d'Isocrate, ceux qui lui ont valu l'admiration de toute l'antiquité, sopt préci^émenjt les mêmes que ceux qni distinguent la {dup^rt des écrivains i^^liens mod^me^. jlls reposent «iir l'usage habile d'une lapgue hairmonieuse , ;Sur desipéiiodes arrondies, sur J^ disposition. des mots, en un mot, sur la musique du discours. Aucune traduction ne peut se flatter de les conserver. .Du reste les harangues d'Isocrate ne sont que des chefe-d'œuvre de style : elles n'ont rien d'entraînant, et des vingt-une qui nous restent, nulle ne

paraît avoir pour but un objet extérieur; tout semble calculé pour faire admirer l'orateur plutôt que pour produire un résultat. Il en est de même de ses lettres. En général, le cœur, Tame, enfin ce que Cicéron appelle pectus , ont bien peu de part aux mouvemens que Ton y remarque de temps à autre. Toutefois Isocrate est bien loin d'être d'accord avec les sophistes. Reconnaissant la nécessité d'une rhétorique enseignée, il eut ce mérjite surtout, qu'il fixa bien les limites qui séparent des exercices de l'école de l'éloquence proprement dite. Dans les six premiers chapitres de son élpge d'Hélène il fait l'histoire du genre dès sophistes de son temps, et il montre en même temps avec quelle facilité l'esprit le plus ordinaire pourrait traiter ce genre. Les subtilités de la philosophie spéculative y sont peintes de couleurs aussi défavorables ^ que les forfanteries de la rhétorique 2; enfin Isocrate fait voir combien il est ridicule de choisir des objets si minces pour faire parade de son art aux yeux de la foule. Après une telle introduction devait -on s'attendre à un sujet également pris dans le vague? Sansr traiter aussi durement son panégyrique, qui est l'ouvrage de dix ans de travail, il nous est impossible de nous montrer beaucoup plus favorables à ce mor-

1 Hclenœ laudatio, édit. de Tauchnitz, pag. 275. a Loc. cit.

cean. Personne plus qulsocrate n'a possédé l'art des périodes, du rhythme, du nombre; personne n'a mieux observé la quantité dans les mots et dans les membres de phrases; personne, enfin, n'a fêdt une si bonne disposition des voyelles et des consonnes, ni mieux entendu Fart du mètre prosaïque. Néanmoins ce travail si poli , si limé , manque d'inspiration et ressemble à une statue artistement sculptée, mais qui serait demeurée dépourvue de vie et d'expression. Les anciens, malgré leur admiration pour ces chefs-d'œuvre de la langue grecque, ont été frappés de la pauvreté des idées. Ils reprochent à Isocrate d'avoir pris à Gorgias, à Archinus, à Thucydide, à Lysias, le sujet de son panégyrique, et malheureusement il voulut encore être ici l'émule de ce Gorgias y comme^ il l'avait été dans l'éloge d'Hélène.

Platon lui-même s'est distingué dans ce genre, quoiqu'au commencement de son Ménexène il se moque des panégyristes de son temps. On ne saurait nier que l'oraison funèbre qu'il place dans la bouche d'Aspasie, ne soit pour la richesse des pensées et pour la simplicité , de beaucoup supérieure au panégyrique de l'orateur qui avait mis dix ans à lefaire. Au surplus, l'enseignement et les exemples dlsocrate furent pour l'éloquence ce que l'enseignement et les exemples de Socrate furent pour la philosophie, bocrate, cependant, excerça une fa-

cheuse influence sur l'histoire : on ne la considéra [dus que comme un moyen oratoire, et les rhéteurs s'inquiétèrent peu de briller par des moyens vrais ou par de fausses apparences. On oublia dès -lors le but principal de. toute histoire, celui de conserver la mémoire des faits, et l'on sacrifia uniquement à cette déplorable manie.

N'ayant point d'égards pour le vrai, les disciples d'Isocrate ne purent même atteindre à l'éloquence de leur maître. Cette remarque s'applique surtout à Théopompe, à Philistus,.à Nymphodore, à Diyllus, enfin , à Anaximène de Lampsaque. Psaon et ceux qui le 'suivirent, composent une classe à part. H ne nous est rien resté des deux historiens des rois de Macédoine, et nous avons d'autant plus de raison de nous taire à leur égard, qu'en ce qui concerne la critique historique , M. de Sainte - Croix a épuisé le sujet. On peut consulter ce savant et les écrits de Vossius , même pour ce qui regarde les autres auteurs; car leurs écrits ont également péri, et toute cette discussion devient dès-lors un objet de pure philologie. Toutefois il sera bon de remarquer brièvement quels furent les modèles des Romains, quand ceux-ci voulurent appHquer à l'histoire l'art de la parole, et quels furent aussi ceux que leurs maîtres, les Grecs, recommandaient comme les meilleurs. Plutarque, qui, en général, a sur l'histoire des idées à lui, se moque des discours

qu'Éphore, Théopompe et Anaximène mettaient dans la bouche de leurs généraux ^ . Denys d'fialycamasse n'en porte pas'tm jugemçnt plus favorable, et dit forttiellement que , sous le rapport de Féloquence, les disciples dlsocrate ne peuvent être comparés à leur maître^. A la vérité^ Denys, dans un autre passage sur Théopompe et sur Philistus, en parle diversement, et place l'un à côté de Xénophon et l'autre à «côté de Thucydide. Néanmoins^ un examen rigoureux de ce qu'il a voulu dire, démontre assez que ce rhéteur, malgré son goût j)our les périodes et les tournures recherchées, fait peu -de cas du mérite historique de ces deux écrivains 5. Au surplus, quelle foi peut -on avoir en

lAte

1 Plutatque, ReipubL gerend, prœcept.^ édit. de Tauchnitz,

^nropetZv Kj TrtptoS^v^ etç Tnpctivoufft i^oTrXto'a.VTiç rà ffrpoL- TfvfjtetTA ;îj 7rapotrei^ot)mç , tertv thruv : OJ/'g/ç vtfipov TttSrai fjuùpetivu ttîXaç»

a A^la fin èe sa Dissenation sur Isée : oJJV ydù exf/rtfi itflvéif^t TTfoç T^v ffl^^ffetTouç S)jvctjLiiv iiffh tTriniS^tôt»

3 I>ans le passage dont nous parloos , Denys dédaigne trop I^îlistns et loue trop Théopompe. Ce que les autres historiens Aons ont Gonseryé de fragmens de ces auteurs montre assez que ce JHgelnefit p^a pas été suffisamment miiri par le rhéteur {ad Cn, Pomp. de prœcip. historicis) , Tauchnitz, pag. 4^ — 4^* Dans la llevue des auteurs 'anciens, à la suite de la rhétorique, c^est TniTerse. Philistus prend rang immédiatement après Thucydide , «quelquefois même il a le pas sur** lui , quand il s^agit de Pusage jqif en:>peat faite un rhétevr. Gtlai qui chérehe dUias

l'opinion d'un homme que des faits habilement présentés ne contentent point, et qui condamne toute une série d'historiens , sous prétexte qu'ils sont illisibles faute de déclamations. Denys pense que personne ne pourrait achever la lecture de Phylarque, de Duris, de Polybe, de Psaon, de Démétrius Calantianus , d'Hiéronyme , d' Antiloque et de beaucoup d'autres. S'il y a quelque chose de vrai dans sa remarque, ce ne peut être qu'en ce qui concerne les Grecs et les Romains de son temps. ^ Les circonstances poHtiques appelaient sur un plus grand théâtre les rhéteurs formés par Isocrate : on comprenait généralement le besoin d'avoir des hommes d'état, et l'on appelait orateurs, ceux qui se vouaient à la science du gouvernement Toutes les idées se tpumèrent vers l'éloquence. Le roi de Macédoine lui-même attachait autant d'importance à posséder un écrivain dans son cabinet, qu'en

riiistoire des faits et non, des phrases, ne peut guère le juger plus favorablement que Q. Curce. Y^^^^^ comme le caractérise Denys. Ai»/>tapT« S)è k^ o fJuiXtffTot ivrèç TrpetKTtKiiç y netrà tÀç tSv TTotffKfieiffeùiV iTretffctyeàyaiç , )&| yeif '^tJ^fSç f viûU ij ettuftifeoç Xiyovrm* KoActTrig rà Trtfi tov iv MeutsSbviA laXnvov iffroptùévrct Jt^ rd Trtfi tov S^eiKOvroL tov ^rfiç ri

TfinfU VAV/JLet^ûVVTA»

1 II se plaint que* personne n^ait plus songé à la beauté da discours (oJJV ffUjUL^dWiffùeti rs t£ tuiXXu tSv Xoy»v)'y aussi, dit -il , ces écrivains firent des livres tels qu^il est ÎbkpoMible à qui que ce soit de les lire jusqu^aa bout.

meitaieiit les Athéniens à entendre nn orateur ca* psbîe d'attirertoute la Grèce. Aussi voit-on Eschine^ lorsque son adversaire Faccuse de diriger la plume de Philippe, r^>ondre que ce roi esi assez habile pour ne pas craindre de se mesurer avec Démosthènes; que d'ailleurs il avait Léosthène, fugitif d'Athènes , et Python de Byzance , qui étaient au moins égaux pour le talent à tous les pubUcistes de ]a Grèce K Beaucoup d'hommes alors.se distinguaient à la tribune et au barreau. ^

Plutarque bit remarquer qu'Isocrate séparait dans son art ce qui pouvait être utile aux affaires et ce qui n'était bon que pour les sophistes. U rédigea lui-même les ordres que Timothée envoyait à Athènes pendant qu'il avait le commandement suprême^. D'après Plutarque encore, Isée donna une

1 De/aUa Ugatione, pag. 356, ^t. de Bekker.

3 Voj«s , poar *cer qui concerne les orateur» célèbres dm

cette ^oqne, Fabricius, Bibl. grœca, yoL'il., ch. o6, n.^. 6}

mais pour bien juger, il conyient de yoir dans les Orateurs

de Reiske , tom. VII , pag. 1 6 1 - 167 , les passages des anciens

qa^il Tapp<iTte. On peut y prendre d^autres notions, et Pou

apprend à considérer les choses sous un autre point de rue

que les modernes , qui ne s^oecupent que du beau et du

mérite littéraire/

3 Plutarque, F'itœ decem orat,, éd. de Tauchnitz, p. i4o : ;^pifl'tfç TTùSiroç rovç tpimtiotjç Xoyouç rSv ttoXitsuSv» Il eut prés de cent* disciples , et entre autres Timothée , le fils de Gonon , avec lequel il parcourait plusieurs villes , faisant

todème fut chargé d'une aiobassade par les Athé-* niens, par cela seul que Philippe faisait beaucoup de cas de son talent , et que pour la tenue , la dignité, la convenance des manières, il ne le cédait en rien à ce roi lui-même^. A Athènes, où quinze talens passaient pour une fortune .considérable, l'acteur Polus se vante envers Démosthènes que pour en gagner un, il ne lui faut que deux soirées. Connaissant l'importance des gestes, Démosthènes se fit instruire par Satyrus et par Ëunomus , les deux premiers acteurs du temps ; mais il fît si peu de progrès dans leur art , qu'un autre acteur célèbre, ayant entendu ses premiers discours , dit qu'à la vérité ils étaient bons , mais que l'orateur péchait beaucoup trop par l'action. Dén^osthènes se soumit à cçtte opinion; il suivit T^cole de cet acteur, appelé Andronicus^. Dans plusieurs de ses discours, Eschine parait, quoique avec ironie, indiquer l'action animée et les mouvemens significatifs de Démosthènes à la tribune.

1 Eschine, de falsa legatione , édît. de Bekker, pag. 3 19-:/

7^ Tri fATFOVO'l TTfîtr^îVTflV jiftffToS'tlIULOV ToV V7r0tlfiT9lf TTùiç

^iXtTTTrov, S)fot riv yvSfftv ij ^tXetvdpoTrieiv jHç TBp^vtiç» Et plus bas , pa^. 33 1 : £JVxe/ KTnffttpZvTt tmV O'^iv Xet/jujrfiç UvAty ifjLot Si Qtj ^ti^eùv ÂftrToSitjULoç 0 VTroKfiTtiç»

2 Plutarque , vit, X Orat. , édit. Tauchniu , pag. 1 38. -Dans la suite on demanda à Démosthènes quelle devait être la principale qualité de Torateur, il répondit, Vaction* LaqueUe après ^e ? l4actiqn» Quelle sera la troisième? Vaetion.

Si Eschine et Démosthtees eussent prononcé leurs discours sur Tambassade à Philippe, tes deux adversaires se seraient trouvés deux fois en présence; mais il y a lieu de croire qu'ils se sont bornés à les rédiger. La harangue de Démosthènes pour la couronne, celle d'Eschine contre Ctésiphon, ont été réellement prononcées. N'ayant pas réuni le nombre de voix nécessaire pour se sofistraire à la punition d*une accusation téméraire , Eschine fut obligé de quitter sa patrie. U est difficile de décider entre les deux rivaux quant au mérite des discours relatifs à l'ambassade; chacun est grand à sa manière. Eschine avait bien compris les avantages de Démosthènes ; aussi avait-il insisté, pour obtenir de ses juges que son adversaire fût tenu de répondre ï ses attaques séparément et de point en point II commence par invoquer les anciennes lois, les an-^ eiennes mœurs. Démosthèneé , au contraire , commence par les dieux, et dès les premières paroles il transporte les Athéniens de l'assemblée du peuple vers ces sièges, où les chefs-d'œuvre dé la poésie i^ et l'excellence du jeu des acteurs, rappelaient un tout autre monde» Souvent aussi, trop souvent, selon nos mceurs actuelles , il appelle à son secours les moyens de la scène comique. C'est ici surtout que sa supériorité se fait sentir : nul jamais n'a su, plus <jae lui, donner au discours la vie et le mouvement; nul n'a possédé mieux le talent de mettre en scène,

tantôt le peuple, tantôt son adversaire, ei de les transformer en personnes agbsantes et parlantes, de muets auditeurs qu'ils étaient. Démosthènes s'écarte tout à coup du chemin suivi par Eschine. U ne s'applique point à discuter s'il tiendra compte de la construction d'une muraille; il passe de suite à de plus grands intérêts ,^ à ceux qui agitent et Philippe et toute la Grèce, >5t bientôt ils deviennent l'objet d'une vive apostrophe, en ce que Philocrate, celui qui rédigea le traité et qui vendit ses services, était du parti d'Eschine. Cet orateur avait aussi dans son discours parlé de la politique du temps; mais quelle différence! Chez Démosthènes toutes les causes sont développées, ses argumens sont clairs et serrés j on dirait qu'il veut faire de chaque Athénien un homme' d'état U rétablit les principes oubliés, il démontre tout par pièces authentiques. Souvent, après un long récit, il commande subitement de lire les titres : alors le greflSer s'avance, l'orateur respire, et la scène change d'aspect Eschine, dans son discours , avait fait de même à l'égard des inscriptions honorifiques, toujours rédigées en vers. Tout à coup Démosthènes accable son adversaire sous le sarcasme, puis, s'adressant aux Athéniens, comme par forme de dialogue, il leur demande s'ils regardent Eschine comme l'hôte d'Alexandre ou comme son mercenaire. « Cet insensé, n'a-t-il «( pas dit quelque part que je lui reprochais l'a-

( 291 ) (( mitié d'Alexandre? Non, je ne me méprends pas c( ainsL Je n'ai jamais dit que tu fusses l'hôte ni ([ l'ami de Philippe ni d'Alexandre. Toi. Comment? (( à quel titre? Les esclaves, les mercenaires s'ap- (( pellent-ils les hôtes et les amis de leurs maîtres ? ft J'ai dit que tu avais été d'abord le mercenaire « de Philif^, et que tu étais aujourd'hui celui « d'Alexandre. Je l'ai dit , et tous les Athéniens le a disent. Veux -tu savoir ce qu'ils en pensent? ose K les interroger. Tu ne l'oses pas. Eh bien! je vais « les interroger moi-même. Athéniens , que vous « en semble? Eschine est-il l'ami d'Alexandre, ou « son mercenaire? Entends -tu leur réponse? ^

Revenant enfin à un genre plus élevé , il dit qu'il a voulu bien mériter de toute la Grèce et non de la seule Athènes. Il semble, à la manière dont il arrange les choses , qu'il ne soit plus question que du choix du Ueu où on le couronnera. U s'écrie (( J'aurais pu gouverner l'état de différentes maniè- K res , mais je m'attachai au pr&icipe qui , sauvant

Athènes , sauvait toute la Grèce. * ** Après une courte digression , après une nouvelle apostrophe à Eschine , Démosthènes s'abandonne à toute son éloquence, et le feu de son discours ne pouvait

1 Démosthènes, pro corona, édition de Bekker, pag. 918. H'T« ij TretfjLTToXXSv TrfoatififfHêV ovffZv t»ç TroXtrtietç rctç ixxnyttaiç TTfci^uç fiXofÀtiy iyd*

( ^9»> manquer d'enflammer les Ainénîens. « Que pouce vait, que devait faire noire ville, Eschine, quand « elle vit que Philippe se disposait à s'emparer « de la domination? Que devait dire un orateur, ti quelles paroles devais-je prononcer dans Athènes^ {( moi qui savais que depuis un temps immémorial ce jusqu'au jour où je montais à la tribune, ma K patrie avait toujours combattu pour le premier « rang et pour soutenir l'éclat de sa gloire, qu'elle (c avait prodigué le sang de ses concitoyens et ses ce trésors pour le bien général et pour l'honneur de « tous , plus qu'aucune autre cité de la Grèce ne tt l'avait jamais fait pour sa propre existence. Que t( devais- je faire? Ne voyais-je point ce Philippe (c dont il s'agissait, sacrifier pour le pouvoir Tun c< de ses yeux, se faire casser l'épaule, ne point tt craindre d'être estropié du bras et du pied; enfin, ce exposer volontairement au péril toutes les parties ce de son corps, afin de vivre honorablement avec « ce qui lui restait de lui-même. Et cependant qui ce oserait soutenir qu'un homme né et élevé àPella, ce lieu obscur et peu connu , doive avoir fortement « conçu de grandes idées , que le désir de régner ce sur tous les Grecs le doive tourmenter, que toutes Il ses pensées, enfin , doivent tendre à ce but; tandis « que vous , nés à Athènes , vous qui tous les jours « contemplez les monumens de vos ancêtres , et qui « par là même vous rappelez sans cesse et leur vâ"

« leur et kur grandeur d'ame , vous seriez cepen-

« dant frappés d'une telle lâcheté , qu'allant au de-

« vant de Philippe vous lui soumettiez de vous-

« mêmes la liberté de toute la Grèce, sans même y

« être provoqués. Nul, sans doute, n'osera tenir un

« pareil langage. • Démosthènes pénètre ensuite de

plus en'phis dans les détails de l'histoire du temps;

enfin il retrace tout dans un tableau rapide et frappe

coup sur coup. Il s'écrie : « Quand Philippe s'ap-

K propriait FEubée , quand il élevait ses retranche-

ir mens pour assiéger l'Attique , quand il occupait

K Oréum et qu'il détruisait Porthmus , quand il

t imposait à Oréum Philîstide pour tyran et à Éré-

« trie Clitarque ; quand il soumettait lllellespont

« à sa domination, quand il assiégeait Byzance,

c renversant de fond en cpmble d'autres villes de

« la Grèce, rainenant au milieu d'elles les exilés et

il les fugitif, violait -il le traité^ anéantissait -il la

« paix ? ou bien ne le faisait-il pas ? Fallait-il qu'un

R des états de la Grèce se levât pour l'en empêcher ?

K on ne le fallait -il pas ? Diras-tu qu'il ne le fallait

« pas? Il convenait donc que le pays dfes Grecs

« deidnt, comme on dit, la proie des Mysiens*, et

t cela Athènes étant enccNre debout , et du vivant

m de ses citoyens. Cest donc en vain que j'ai fait

« tant de travaux , que j'ai tant parlé de ces événe-

^mmmfm

i MarUand a rappelé à ce sujet VU. y tiv. I, y*

ce mens; en écoutant mes avis, la cité s'est donc ce occupée de choses inutiles et vides de sens, enfin ce toutes ces fautes et tous ces crimes sont donc « mon ouvrage. Mais s'il fallait . . ^* Ici Démosthènes reprend la suite des événemens, et s'avance de conclusion en conclusion; il fait lire les décrets de Périnthe et de Byzance, et s'en sert comme de témoins vivans : il anime ses auditeurs et rappelle les hauts faits des temps passés , et parmi ces tableaux si énergiques , parmi cette n^ultitude de décrets et d'explications sur ce que commande la science du gouvernement, il adresse à propos de véhémentes apostrophes à son adversaire. Souvent même ces mouvemens sont trop violpns pour nos moeurs, le ton trop fort pour nos habitudes ^ : Démosthènes parait descendre plus bas que ne le permettait la scène comique de son temps ; le contraste qui en résiJte avec ce qui suit, n'en est que plus fortj l'orateur se relève par degrés, jusqu'à ce qu'il arrive au moment où, jetant le masque, Philippe occupa Élatée. Démosthèi^e dépeint vivement ce qui se passa dans Athènes, l'impression qu'y fit la prise d'Élatée, sa propre activité, l'abattement et l'embarras des autres, ce Vous vous souvenez quel tu- « miJte remplit la ville , lorsqu'un courrier vint

1 II ya jusqu^à lui reprocher des fautes de son père et de sa mère.

(c la nuit apprendre aux prytanes que Philippe était

(( dans Élatée. Au point du jour le sénat était as-

a semblé; vous étiez accourus à la place publique :

a le sénat s'y rend , produit devant vous le courrier

m et vous reiid compte de la funeste nouvelle. Le

(( hérault demande qui veut parler? Personne ne

(t se présente. Tous vos généraux, tous vos orateurs

t étaient présens ; personne ne répondait à la voix

ff de la patrie, demandant un citoyen qui lui in-

fic diquat un moyen de salut; car le hérault, pro-

c nonçant les paroles que la loi lui met dans la

«. bouche, est -il autre chose, en effet, que l'or-

« gane de la patrie? S'il n'eût fallu, pour se lever

« alors , qu'aimer la république et désirer son

a salut, vous l'eussiez fait tous. Athéniens, tous

« vous vous seriez approchés de la tribune; s'il

(t eut fallu être riche , le conseil des trois cents

« se serait levé; ceux qui, réunissant l'amour de

« la patrie et les moyens de la servir, vous ont

(c depuis prodigué leurs biens, se seraient levés

« aussL'Mais un pareil jt>ur, un pareil moment ne

ft demandait pas seulement un bon citoyen, un

tt homme sage, un homme opulent; il fallait quel-

(( qu'un qui connût à fond le caractère , la poUtique

0 et les vues de Philippe. Je fus cet homme , je

R parus , je parlai ; j'exposai les desseins de Phi-

fc lippe et ce qu'il fallait ùire pour les combattre ;

(( personne ne contredit , tous applaudirent II fal-

n laît un décret ; je le rédigeai Le décret ordon- « nait une ambassade vers les Thébains ; je m'en fc chargeai. L'objet de Fambassade était de leur perce suader qu'ils devaient oublier toute division et <t se réunir à vous ; je les persuadai. Eh bien , « Eschine , quel fut ton rôle ce jour là ? Quel fut « le mien. Tu ne fis rien, je fis tout Si tu avais c été en effet un bon citoyen , c'était là le" momentr « de parler; il fallait proposer un avis meilleur qae « le mien , et ne pas att^idre à ce jour pour l'atta- «c qoer et m'en faire un crime; mais telle est la V différence de celui qui conseille à celui qui cafc lomnie : l'un se montre avant l'événement et ^'exce pose aux contradictions , aux revers , aux ressenle timens , il prend tout sur lui ; l'autre se tait quand ce il faut parler, et attend le moment d'un désastre n pour élever le cri de la censure et de la haine. fr Mais y enfin , puisque tu as été muet ce joui^-la, ic dis-moi donc du moins aujourd'hui quel autre ce discours j'ai dû tenir, quel était le bien que je ir pouvais faire et que j'ai négligé , quelle autre K alliance j'ai dû proposer, quelle autre conduite ^ j'ai dA conseiller ; car c'est par là qu'il faut juger c de mon administfation , et non pas par l'événett ment L'événement est dans la volonté des dieux, n l'intention est dans le cœur du citoyen. Il n'a « pas dépendu de moi que Philippe fut vainqueur ce ou non ; mais ce qui dépendait de moi c'était de

(t prendre toutes les mesures que peut dieter la « prudence humaine. ^

L'ordteur fait valoir ensuite les avantages qui sont résultés de Tarmement des Thébains et des Athéniens , quoiqu'il n'ait pu sauver Athènes. « Si , la « bataille se donnant à trois journées de marche u de TAttique , notre ville a cependant couru tant R de danger, éprouvé tant de terreur; qu'eût -ce ft donc été si la lutte s'était engagée dans l'Attîque tt même? ÏPenses-vous que nous durions eu le temps « de nous arrêter, de nous reconnaître, de respirer? <( Un jour de repos , deux et même trois , nous ont « donné beaucoup de moyens de salut ^

Démosthènes, après cela, considère les choses sous un autre point de vue ; il fait voir avec quelle promptitude il gagna la confiance des Thébains , cite les décrets et poursuit avec feu l'histoire du temps. Partout il compare son activité , son influence gvec ce que faisait Philippe ; mais à ces choses si sérieuses il mêle encore du bas comique ; il invective Eschine et s'abandonne à une véhémence qui ne conviendrait nullement à nos idées ^ Quand il revient au genre grave, c'est par une contemplation philosophique de la marche de l'ensemble. Pour ne

I Kflei itoLniv KctJtSç fft fjulxiffret fjUv ol S^s tTrtnA ovrof vimç à'TToXfcetetv , 'yrovnpov ovret Zj TTùXirnv i^ rpirat^^-

blesser personne , il n'indique que fort légèrement les causes de Fissue malheureuse de cette lutte : ce sont l'inexpérience et la corruptibilité des chefs militaires. L'orateur passe délicatement sur les fautes de la génération à laquelle il a a6faire ^. Mais s'il se borne ici à toucher les points essentiels sans approfondir un sujet si délicat, comme il expose avec force la situation de la Grèce ! comme il relève l'abattement des amis de la liberté ! comme il signale le malheur de cette monarchie universelle qui menace le monde! enfin, comme il encourage ses concitoyens à persister dans leur noble résistance! Puis , quand il en revient à son activité , quand il parle de lui-même et de sa destinée , c'est avec une noble fierté , qui cependant a quelque chose de modeste. Démosthènes , traite son rival avec amertume et mépris; il veut en faire la risée de l'assemblée.

1 Paç. 990 et 991 . n ronrre , il est ^vtaA , les plaies de la Grèee , et nomme les tiattre^ de tous les états : cependant il ne donne à Athènes qae la mohidrc part dans la corruption générale ; encore Tattribue-t-il à sa partie adverse. Avec ^elU habileté il cache cette intention. <r Le jour ne serait pas assez a long, dit-il, si je yonlais nommer tous les traîtres; mais (I ceux que j^ai nommés sont les hommes qui, dans leur patrie, <c tenaient la même conduite que mes adversaires ont tenoe (t parmi vous. Ce sont des hommes couverts d^ignominie, des ce flatteurs qui ont mutilé leur patrie , qui ont bu aux dé- « pens de la liberté , d'abord k Philippe et maintenant à « Alexandre , etc»*

Il finit par dire que ses adversaires cherchaient

à sauver Tétat par des moyens autres que ceux de

Tétat même, par des moyens pris en dehors; mais

que pour lui, il n'avait voulu sâuvm* Athènes que

par Athènes. Enfin il termine par ces mots : « Dans

(( la commune infortune des Grecs, un autre

a éprouve les faveurs du sort^ mes adversaires

a vantent son bonheur; ils souhaitent une étemelle

fc durée à ce bonheur. Gardez ^ dieux immortels!

« gaicdez de prêter jamais l'appui de votre puissance

Cl à ces vœux! Changez plutôt, changez le cœur

(T de ces hommes. Que, si leur démence est sans

« remède, ils périssent seuls; détruisez- les et sur

« terre et' sur mer; frappez- les d'une mort pré-

« maturée. Quant à nous , délivrez-noi:\s^es maux

« suspendus sur nos têtes, et pour l'avenir donnez*

fc nons une destinée heureuse qui ne soit troublée

€( par aucune calamité. ^'

Celui qui sut disputer la prééminence à Démosthènes, ne pouvait être un orateur ordinaire; aussi le témoignage unanime de l'antiquité est-il Êivorable à Eschine , et ses discours démontrent son mérite. Il nous est resté de lui quatre harangues et quelques lettres. Gçéron recommande à l'orateur futur, à celui qu'il veut initier à la connaissance des modèles de l'éloquence grecque, la lecture du discours d'Eschine contre Ctésiphon. Eschine n'a point, comme Démosthènes , la véhémence , la hardiesse ,

( 5oo )

la richesse des tournures , des considérations. H ne conduit pas inopinément à travers ce labyrinthe de beautés jusqu'au but qu'il se propose ; mais tous deux ont emprunté à la comédie de leur temps , et aux images de la vie privée , des caractères bien tracés , des peintures de mœurs et de passions , et surtout l'amertume de l'invective. Tous deux se connaissent parfaitement eux-mêmes. Démosthène» ne recherche pas les portraits, parce qu'il les charge trop 'y Eschine ne vise point à l'esprit : sans doute il avait la conscience que là pointe s'émoussait entre ses mains. Démosthènes, supérieur pour le trait et la sagacité, se complaît dans les récits, et apostrophe volontiers son adversaire ; il aime les situations , les reproches , les invectives. Eschine comprend son siècle autrement que Démosthènes : sans qu'il fut peut-être ni cotrompu ni corruptible, les voies de douceur, les négociations amicales avec la Macédoine ont pu lui paraître désirables. U ne faut donc point le juger tel que Démosthènes le représente. Mais Eschine ne pouvait emprunter à la seule prudence ce noble feu , cette vérité , cet héroïsme d'expression qui distinguent Démosthènes, si fort déjà de ce que son opinion rappelait les beaux temps qui n'étaient plus. Les deux orateurs se rapprochent bien plus dans leurs discours sur l'ambassade en Macédoine, que dans ceux prononcés pour ou contre Ctésiphon.

( Soi )

La harangue d'E&chine contre Tîmarque a rapport à dés év^emens akitérieurs : elle offre des traits qui sont propres à cette épocjue. D'abord Escliine montre sous son jour le plus avantageux la politique et la théorie qu'il prétend suivre en tout. Il l'établit sur cette base , que sans morale il n'y a point de r^ublique possible. Cest sur ce principe, trop oublié à Athènes , qu'il fonde son accusation contre limarcpie. On voit par tous les discours d'Eschine et de Démos^ènes , qu'on entendait alors par ora* tenr un homme possédant toutes les connaissances pratiques et théoriques qui font le publiciste de nos Jours, c'est-à-dire la statistique, la politique^ les finances, l'administration et le droit Dans le discours contre Timarque , Eschine prouve qu'il a fait de profondes réflexions sur l'essence des états , et qu'il s'est créé un système de gouvernement : aussi sa définition revient-elle mot à mot dans celui qu il prononça contre Ctésiphon* Quoiqu'il juge mal de l'aristocratie et de la inonarçhie , il considère la démocratie sous son véritable point de vue : il ne connaît que trois formes de gouvernement : ou c'est un seul qui règne, ou le pouvoir appartient à un petit nombre d'individus , ou enfin la masse entière du peuple se gouverne immédiatement elle-même* Cbacune de ces formes, dit-il, a d'autres sources d'où ses lois découlent. Dans les monarchies et dans les oUgarchies elles naissent de la volonté variable

«les mœurs des citoyens. Le législateur ne s'est c point inquiété des esclaves; mais pour mieux c détruire ce vice, il l'a défendu même envers eux. » Eschine alors démontre que Timarque ne s'en est pas moins livré publiquement à toute sorte de dépravation, et qu'il en faisait métier. Démostliènes, défenseur de ce Timarque, ne peut rien répondre, sinon que les Athéniens adjugeaient publiquement la plus honteuse des professions , et que les fermiers ne se laissaient guère tromper; que par conséquent ce n'était point assez qu'Eschine produisît des témoins de l'immoralité de l'accusé ^ qu'il eût fallu apporter les registres de ces fermiers ^ Cet honune méprisable , que ne put sauver l'éloquence de son ami , était mêlé à toutes les affaires pubUques. C'était un des personnages les plus importans de l'état. Et quel était ce Timarque I ^ On pourrait croire , c dit Eschine , que Tin^rque , ayant vendu la mai^ c son paternelle , en a acheté une autre en dehors « de la ville ; qu'au Ueu de sa maison de campagne « et de son bien du déme alopéeien , enfin de sa K manufacture, il a placé ses fonds dans les mines c d'argent Non , il n'a ni maison à la ville , ni maic son de campagne, ni terres, ni esclaves , ni capim taux , enfin il ne possède rien de ce qui fait vivre « les gens qui ne se livrent point à la rapine. U a

1 Eschine, in Timarch,, pag. 28S et 289.

« remplacé l'aisance paternelle par une TÎe dissolue ,

a par Timpertinence , la débauche , la lâcheté , Fim-

oc pudence ; il s'est fait un front qui ne rougit jamais*

(t Cependant il ne s'est point borné à dissiper les

< richesses de son père, il a entamé la fortune de

« l'état partout où il a pu le Êdre. Vous le voyez

<r assez avancé en âge ; il a occupé beaucoup d'em-

c plois. Eh bien ! il n'en doit pas un au sort ou

c à l'élection ;^ il les a tous achetés contrairement

« aux lois. Je n'en citerai que trois ou quatre.

or Chargé de recevçir les comptes de la ville, ne

ff lui fit -il p^s de tort en tenant quittes pour

a l'arge&t qu'il en reçut quelques-uns de ceux qui

« avaient malversé? Ne lui ût-il pas plus de mal

(t encore en cherchant à punir par tous les moyens

c possibles des hommes qui n'avaient rien à se re-

« prêcher ? Timarque fut l'un de nos plénipoten-

a tiaires à Andros ; il paya cette mission trente

a mines , donnant neuf oboles d'intérêts pour cha-

et cune : ainsi il se faisait de vos alliés un moyen

« d'acquérir et de subvenir à ses débauches. Mais

c quelle fut sa conduite quand une fois il fut en

« possession dé cette charge, ne le vit -on pas,

« dans ses voluptés, s'adresser même aux femmes

« d'hommes libres ? ^*

Athènes retentissait sans cesse du bruit des désordres de Timarque; jeunes et vieux, tous en avaient ks oreilles frappées. Combien ces vices ne durent-

ils pas nuire au principe républicain. Phocion et d'autres, qui étaient purs et bons, l'avaient bien senti. Eschine le sent de même. Si ses mœurs privées n'étaient pas exemptes de reproches , du- moins il comprend en homme d'état qu'il faut que les mœurs publiques soient intactes. En même temps il voit ce que peut , pour la conservation de la morale , un orateur tel que lui; il connaît l'importance de sa position sociale , le public qui l'entoure et l'influence qu'il exerce sur lui. C'est pourquoi il dit : « Je veux que la seconde partie de mon discours « renferme une exhortation à mes concitoyens, afin (( qu'ils s'attachent à la vertu ; car je vois le tribunal <c environné de jeunes citoyens , j'en aperçois de a plus âgés; enfin, une foule d'étrangers de toute la (( Grèce est réunie pour nous entendre. Ne croyez ce pas qu'ils soient tous accourus pour me voir; a non, ils veulent savoir si ces Athéniens, dont on a vante les institutions et les lois , savent distinguer a celui qui les observe de celui qui les viole; celui (c qui fait bien , de celui qui fait mal ; ils veulent a savoir si vous honorez les bons et si vous êtes « disposés à punir ceux dont la vie est une tache « pour votre cité. '*

Si la littérature nous occupait plus spécialement, nous pourrions citer encore une foule d'orateurs qui nous sont connus , soit par des fragmens , soit par les notices qu'on nous a laissées sur eux. Par-

.out, dans ces fragmens, on trouve la preuve de ractivité avec laquelle on cullivait toutes les sciences qui ont des rapports avec Tart oratoire. Démade jouit d'une des plus grandes célébrités ; Lycurgue passe pour l'homme d'état le plus consonmié. Nous ne pouvons plus juger de l'éloquence de Démade , pvrce qp'on a des raisons de suspecter l'authenticité du fragment de son discours où il rend compte de sa vie ^ Nous avons de Lycurgue ime harangue qui est l'expression de son caractère sévère et qui appartient aux. meilleurs exemples de l'art oratoire chez les anciens, quoique l'on y voie bien que ce que Démosihènes faisait sans effort, Lycurgue le travaillait péniblement et sans hardiesse dans la maciière. Ajoutez-y que son discours contre Léocrate j'approche plus encore de la forme théâtrale que ceux de.Démosthènes. Non-seulement il mêle beaucoap de vers à son texte , et par conséquent il a dû les débiter avec laction et les gestes usités; mais le coinnpi^icement même de sa harangue a quelque chose de scénique. Ce commencement est une prière. « L'accusation que je porte contre Léocrate « est juste : c'est un devoir que je rempUs envers

i Bekkery qui Ta trouvé dans six ipianuscrits , lui a donné place dans sa collection. On le rencontre aussi dans les orateurs deReiske^ mais du moins on lit dans Tintroduction et dans les notes <pii sont de Hauptmann, les motifs ^uc Ton a de contester TtathcAtieité de ce morceau.

«les dieux et envers vous. Athéniens. Je supplie a donc Minerve et tous les dieux, et tous les héros c( dont les temples sont dans notre ville et dans notre <f contrée, de vouloir bien , si c'est à bon droit que « je lui reproche d'avoir trahi , déserté leurs autels, tt leurs bois sacrés et les sacrifices nationaux, me <r donner la force nécessaire pour mettre dans tout « son jour les méfaits qu'il a commis. Puisse cette « accusation devenir utile au peuple et à l'état! Et <c vous qui veillez sur vos pères ,' sur vos enfâns, « sur vos femmes , sur vos temples , enfin sur la « patrie, vous dont la sentence fait le destin du (( coupable , puissiez-vous maintenant et dans tous ce les temps, vous montrer juges inexorables de c< ceux qui, comme lui, méconnaîtraient leurs de- « voirs envers le» choses sacrées que je viens de <t nommer! Mais si ce n'est point un traitre à la « patrie, un déserteur de ses temples que j'amène « devant vous., puissent les dieux et vous-mêmes, « qui êtes ses juges, le sauver de ce danger! "

Dans tout ce discours règne la dignité de ce caractère qui mérite une place à côté de celui d'Aristide. Les invectives, les ironies et les moyens démagogiques ne s'y 'trouvent nulle part. En revanche on est frappé toujours de cette inflexible sévérité qui fit du nom de Lycurgue la terreur de tous les criminels publics et des nombreux spoliateurs des deniers de L'état. Le même càiactère

domine dans le fragment du discours par lequel il engagea les Athéniens à frapper de la peine de mort Lystclès qui commandait l'armée à Cliéronée. Diodore rapporte ce fragment. « Tu commandais , ce Lysiclès , mille citoyens périrent , deux mille n tombèrent au pouvoir de l'ennemi, des trophées ce de victoire furent élevés à la honte de notre ville ; ce la Grèce entière est réduite en esclavage, et tout (( cela n'est arrivé que parce que tu étais à la tète t< de l'armée, que parce- que tu t'étais en quelque « sorte imposé pour chef. Et tu as le oourage de ce vivre! et tu supportes la lumière du jour! et tu ce oses marcher sur la place publique, toi qui es (( devenu pour ta patrie un monument d'ignominie ce et d'abjection ! " On pensera sans doute que l'homme doué d'un caractère aussi inflexible, ne pouvait pas réussir dans Athènes : il arriva précisément le contraire^ ses concitoyens reconnurent qu'il était le seul dont les actions répondissent aux discours. On lui confia la poUce et les finances de letat, et des décrets . pubUcs le remercièrent de son administration. Trois fois de suite il fut réélu trésorier pour cinq ans, et toujours avec une extension de pouvoir. Pendant sa gestion, il eut le maniement de 14,000, selon d'autres, de i8,55o talens ; il. fit construire des vaissçaux, il institua l'école de la lutte au lycée et en fonda une autre encore ; il planta des bosquets ; il acheva le grand

(5io)

théâtre, enfin il éleva l'arsenal. Ce n'est pas tout; Lycurgue enrichit la ville d'une multitude d'objets d'or et d'argent, et fît exécuter en or de petites statues de la victoire. Outre cela, d'innombrables travaux publics furent entrepris sur sa proposition ; sa police fut exacte , et le système des douanes fut amélioré. On nous dit quelque part qu'il reporta à 1200 talens les revenus extraordinaires delà ville, mais cette donnée est si yague qu'on ne peut deviner de quel genre d'impôt il s'agit. ^

On prétend que l'un des discom*s d'Hypéride s'est égaré parmi ceux de Démosthènes. Si , pen^ dant un si grand nombre de siècles , une foule de sàvans et de gens de goût ont pu s'y tromper, cela prouverait que l'orateur n'était pas resté à une trop forte distance de ce grand homme.

Après Démosthènes, Eschinel, Hypéride et Lycurgue , l'art oratoire cessa d'être ce qu'il avait été jusqu'alors. Dinarqué, que cependant l'on xîompte encore parmi les grands orateurs de TAttique, faisait métier de la rédaction do ses discours. L'éloquence , dans la sidté , se lia étroitement à la philosophie; les philosophes étabhrent.de^ écoles de droit publie , et plusieurs sectes s'arrogèrent le

1 iPlutarqae , Vitœ déoem orat,, pàg. i53. Voici le texte: râ jjLtyKTTOV ;^/A/a S^tettcocfct TctXetVTei ttùoco^cv t? ttcXu

(3ii)

privilège de l'art de la parole. ^ Nous réservons ce sujet pour la période qui va suivre : peut-être un aperçu de Tétat de la scène grecque à cette époque eut-il été convenablement placé ici; mais nous joindrons ce tableau à celui de la philosophie, qui ne fut jamais plus florissante' qu'à 1 époque que nous allons aborder.

1 Selon Plntarque, yitœ decem orat,, Eschine aurait fondé à Rhodes Técole de rhéteunr qui brilla plus tard sous ce nom. Cependant , si Ton eu croit Targument du dernier discours d^EIschine, il n^aurait point voulu enseigner. A en juger par ses lettres , il rerut à Rhodes un accueil fort distingué.

(5iO

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