CHAPITRE V
Philippe et Alexandre de Macédoine.
Syracuse et Car ihage jusque au temps d^Agathocle,
Autant la décadence des mœurs et la jalousie des états de la Grèce , les uns envers les autres , accéléraient la chute de républiques telles qu'Athènes et Corinthe , autant on voyait s'élever Rhodes , Syracuse et Carthagc. L'histoire de Rhodes se lie à celle du second M ausole de Carie , et à celle de la deuxième Artémise. Nous aurons occasion y plus bas, de rappeler la série des souverains de Carie, depuis Hecatomnus jusqu'à cette Ada qui se soumit à Alexandre.
Pendant la guerre du Péloponèse , Rhodes se donna une nouvelle capitale, du même nom que Tile ^ Les circonstances les plus favorables la por-
1 GilHes, History ofthe worldfrom Alexander to ^ugustus, vol. I, pag. 4^4» <^i^ ^uc c^ ^^^ quatre ans ayant la fin de la guerre du Péloponèse, et il cite Strabon; mais cet auteur, \iv. XIV, pag. 936, édit. Falcon-. , se borne à nous apprendre que Rhodes fut bâtie pendant la guerre du Péloponèse par rarchitecte qui ayait construit le Pirée. Si Ton consulte nne note de Wesseling sur Diodore, liv. XIII, ch. 75, on verra, sans que nous le fassions remarquer, qull faut un tour de force pour justifier la date précise indiquée par cet historien,
lèrent promptement à un grand degré de prospérité, [mmédiatement après cette guerre elle était étroitement alliée à Athènes , et si Démosthènes mérite confiance , la guerre qu'elle lui fit ensuite naquit de ce que Rhodes accusa les Athéniens d'avoir Voulu la subjuguer. Mausole était le principal instigateur de cette guerre : par son influence il fit changer la constitution de Rhodes ^ et selon toute appar^uce il voulait la réunir à son empire. Mais le parti démocratique, sQut^iu par Athènes, disait de grands efforts , pour renverser la nouvelle constitution , et Démosthènes y employa toute son éloquence. ^ Toutefois les Rhodiens firent leurs affaires par euxmêmes, et les lois qu'ils étabUrent alors durèrent jusqu'au temps de Strabon. U est à remarquer que depuis la fin de la guerre du Péloponèse jusqu'à La bataille de Chéronée , Rhodes servit d'entrepôt aux grains de l'Egypte, et que dans la suite encore cette exportation demeura Tune des principales affaires de cette cité. Ses relations comnterciales et l'état de la navigation des anciens , qui s'attachaient toujours aux côtes, firent de Rhodes le
et que cependast Gillies et Barthélémy (Voyages du jeune Anacharsis, ch. yS) ont adoptée. Il a évidemment raison , quand il dit qae la nouyelle -ville s^est formée de la réunion des trois
ancienniies , Jalysus , Lindus et Garni rus , quoiqu'elles aient
continué à- subsister toutes trois.
1 De Hhod, libert,, édit. Bekker, pag. 17a.
dépôt général des marchandises et le rendez-vous de tous les négocians ; car l'île se trouvait située à la croisière de presque toutes^ les routes maritknes. > Syracuse et Carthage partageaient presque tout le connnerce de l'ouest avec Marseille. Au temps de la guerre des Perses, Gélon avait mis fin aux hostilités entre Syracuse et Carthage. Ce Gelon et son frère Hiéron régnèrent glorieusement ; leur réputation se répandit même chez les Grecs libres, et les odes que Pindare se. fit payer -si chèrement, n'y fiirent pas pour peu de. chose. Ces tyrans , au surplus, étaient dignes des louanges du poète. Malt heureusement il avoue qu'il oél^)k% le plus celui qui le paie le mieux ;> mais l'on peut admirer ses chants divinement inspirés, l'on peut écouter ses admirables préceptes , sans > s inquiéter de savoir quels exemples il donna.
1' Cela me paraît résulter clairement de deux passages ^i discours' de Lycutgue contre Léocrate. D^abord il reproche i raccntfé ^e ^étre enfui à Rhodes après la bataille do Chëronée, et d^ arôir répandu qu"* Athènes était prise e^ le Pirée assiégé. fc Les Rhodiens y ajoutèrent tant de foi , qu'ils armèrent du ({ vaisseaux de guerre, et que les négocians et les bateliers (]ui a avaient des chargemens de grains pour notre ville et (jtii ^ allaient partir j firent mettre- à terre et leurs grains et leun (t autres marchandises. ^ On lit à la page 199 : a Les brdts « qu^il fit courir sur -votre compte , uint k -Rhodes que panai « les commerçans qni y sont momentanément, furent répandu (c dans le monde entier pendant leurs TO}rages : Si iùyMit^ a ttTTii'yysXXov» *
Après l'expulsion de Thrasybule , les tt*oui)les
recommencèrent dans Syracuse : les états ioniens et
les états doriens de Sicile étaient en querelles con*-
tinuelles. L'expédition des Athéniens , commandée
par vicias , Alcibiade ^ Lamaehus et Démosthènes ,
avait été la suite de ces perpétuelles dissentions ^
et la dé&ite de cette armée enti'mna entre Cardiage
et Syracuse une gueire cruelle. Égeste^ cettfe petite
cité çpn avait appelé les Atliéniens contre Sélinonte,
s adressa désormais à Çarthage, où sa demande .fut
. vigoureusement appuyée par le premier magistrat.
E Les astucieux Cartliaginois^offrirent leur médiation
: entré Égeste et Sélinonte, qui refusa de l'accepter,
: s'en rapportant à son alliance avec Syracuse. Alors
ils mirent une gamisoQ, dans, Égeste ^ La suite
' immédiate de cette entreprise .fut l'augmentation
du territoire de cette ville. Sélinonte essaya de
f^ttaquer, mais sa milice fut dé&ite. pendant qu'elle
s'était dispersée pour se livrer au pillage.
Immédiatement après ces premiers engagemens, On résolut -a Carthage de soutenir les Égestains de
t Diodoire , lÎY. XIII y chap. 44-9 dit «que les G*rthagmois ^nwoyèroat an^ mille Lybiens et huit cents; Campaniens. Geax--- ^ arraient été pm k la solde des «lats chaJicidienS' pour servir ««s Athéniens.: Après la 'déroute de ces derniers, ne. sachant ^«î servir,! ils avaient' passé en Afrique. Les^ Carthaginois leur ^dietèTeatdes chevaux, leur donnèrent une forte solde (fjLSffiouç ^^teXij^ovç) et les établirent à Égoste.
1 369 ^^ '^^^ ftTant J> C.
à Dioci* de Sicile > XIII, ch. 44* « ^^^ ^té et i^hirer snirant « ÀDiiibal rassembla beaucoup d^trangers de ribérie ; il leva « une grande quantité d^hommes parmi les citoyens , et, Toya- « ' géant' en Ly bie , il réunit dans toutes les Tilles les hommes « les plus propres à la guerre , etc. ^ G^est biea ici qa^on peat appliquer ce que Plutarque , pour se moquer , dit des armées d^phore et d^autres écrivains.; Éphore'fait passer Annibal en Sicile avec ao4>ooo hommes; Timiée àh qu41 n^en avait pas tout-à-fait 100,000. A Fattaque d'Himère , Éphore en fait périr 30,000 mille) Timée 6000. Pour la seconide expédition, ren
toutes les ressources que l'on avait à sa disposition. Annibal , qui peu auparavant avait occupé la première place de l'état et qui était d'une des familles les plus considérées, leva une immense armée, dam laquelle il y avait , outre -les mercenaires espagnot», des Campaniens , que nous reverrons ensuite au service de Denys. Ce qui démontre combien Syracuse et Garthage levèrent de troupes* tïans tous les pays de la terre , c'est * que deux années de suite * Denys put envoyer, au secours des Spartiates, et faire débarquer sur l'istlime de Corinthe, quelques miniers de Gaulois et d'Ibères. Les Toscans et les Grecs de Campanie étant trop énervés poui: le* service militaire étranger, il y a lieu, sans doute, d'entendre par Campanien» les Sàmnites dégénérés, qui s'étaient violemment établis dans ce pays. Quoi qu'il en soit, il est certain que depuis iong^ temps Carthdge n'avait point fait de pareils préparatifs.^
(5i7) [j'armée se grossit encore en Sicile^ de beaucoup le gens sans aveu. Sélinonte et Himère éprouvèrent ^'horribles ravages , mais on ne songeait pas alors k la conquête de Tile; car après le pillage Annibal s'embarqua avec ses Africains et ses Ibères , et renvoya les Campaniens et les Siciliens, fort mécontens du peu de butin qu'ils avaient reçu pour leur part à la destruction des deux villes les plus florissantes du pays.
A peine les Girthaginois étaient -ils partis, que d^à le Syracusain Hermocrate rebâtit Sélinonte et la fortifia. Il avait été envoyé au secours de Sparte rfeC une flotte^, puis banni pendant son absence par Aioclès et par sa faction , par le motif qu'il nsait au pouvoir supi:én)e. Hermocrate s'entoura de tous les Siciliens victimes de l'expédition cartha- ^oise : Sélinonte devint sa place d'armes, et les hostiUtés qu'il commit contre les villes occupées par les. Carthaginois ou contre celles qui étaient leurs alliées, le rendirent bientôt célèbre. Il y avait peu de temps (ce fut immédiatement après le départ des Athéniens) que Dioclès s'était appliqué à rétablir les anciennes mœurs et les anciennes institutions, au moyen de quelques améliorations dans les lois. Les Syracusains l'admiraient , ils honoraient ses
4o6, Éphore porte rarmée carthaginoise k 3oo,ooo tfombattans; Timée se contente de lao^ooo.
1 4^9 ayant J. C.
dans ce qu'il rapporte , mais .c'est parce que , pour complaire à ses Qisi& compatriotes, il s'est attaché à l'autorité d'un Grec qui était ami du merveilleux. Il faut convenir cependant que, pour les choses essentielles , les ruines de cette cité et le témoignage des Romains confirment les assertions de Diodore. ^ Quoi qu'il en soit, les Syracusains, les Camarinéem | et les citoyens de Gela , dont Agrigente était la colonie, accoururent à son secours. La ville assiégé prit à son service un Spartiate qui se trouvait par hasard à Gela, avec la troupe enrôlée par lui. Les Syracusains de leur côté avaient recruté en. Italie; ils furent soutenus par les Messéniens ', et mirent sur pied cinq mille hommes de cavalerie, c^ose inouïe dans ces temps -là, -
Les Carthaginois firent marcher une partie de leur année contre celle de Syracuse ; mais ils furent complètement battus. Cependant Agrigente ne fiit point dégagée , les Syracusains n'ayant pas su profiter de leur victoire. Le siège contini^t donc, et la foule innombrable renfermée dans les murs de la ville ne pouvait désormais subsister qu'au moyen des arrivages de Syracuse. Quelques traîtres , parmi lesquels se trouvait aussi le chef Spartiate Dexippus» n'attendaient que le moment favorable de couvrir leur crime du prétexte de la disette. En autonme, une flotte de transport ayant été prise par l'ennemi, on cria qu'il serait impossible de se maintenir du-
(3ai)
nnt rhiyer.; et l'on se rendit^. Les habitans émi' grèrent à Gela, puis ils obtinrent des Syracusains la ¥ille de liéontium que ceux-ci avaient auparavant d^)euplée. Tous ceux qui restèrent, et la ville eller* même, devinrent la proie des hordes carthaginoises : le pays fut ravagé, les édifices furent rasés et les taUeaux et les statues furent emportés à Carthage. Le sort funeste de cette viUe si grande et si riche , jeta une telle terreur en Sicile, qu'une partie no^ table 4e ses habitans s'enfuit en Italie, tandis que dWtres s'enfermèrent dans Syracuse. Là le peuple accusait les chefs d'avoir trahi Agngente : deux honuQes également entendus dans l'art de la guerre et en administration , mais qui jusqu'alors étaient restés sans influence, profitèrent de ces dispositions pour renverser le gouvernement : c'étaient Denys
1 Diodore , Ut. XIII ,' ch. 88. Les espérances et la fortune se tournèrent tellement de Tautre côté (il s^agit du moment où Haailear prit le conyoî de grains) , que les Cfùnpaniens qnî étaient an seirice d^Agrigente , sf laissèrent gagner ponc qnînse talens et passèrent aux Carthaginois. Quant aux Agrigentins , ils n^avaient pas ménagé dans le commencement leurs piDTÎsions, pensant que le siège tirait k sa fin. Mais quand les affaires de Tennemi se relerèrent, quand on ent dans la TiUe tant de myriades d^indiiàdns à nourrir, les Tirres mandèrent tout à coup. On dit aussi que le Lacédémonien Dexippe se Tendit alors pour quinze talens. Il déclara aux chefs italiens qu'il T|ilait mieux porter ailleurs le théâtre de la guerre. Ceuxd prétextèrent que le temps de leur service était écoulé , et nmenèrent lenci troupes an détroit.
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et rhistôrîen Philislus. fls se dirent les protecteurs du peuple , et le sachant facile à aigrir contre Taristocratie , ils excitèrent ses soupçons en la représentant comme d'intelligence avec les généraux qu'ils appelaient en justice. Le peuple approuva l'astucieux conseil de Penys : tous les honunes d'un rang distingué furent éloignés du commandement^ De nouveaux chefs furent élus, Denys était du nombre : il avait fait preuve de courage dans la «guerre contre les Carthaginois. Aimé du peuple, il possédait l'art de lui rendre ses collègues suspects : il ne lui fallait plus, pour s'aplanir le ch^nin au pouvoir, que renforcer son p^rti et se créer une troupe de mercenaires. Denys proposa donc le rappel des bannis, et parmi eux se trouvaient tous ceux qui, SQus la conduite d'Hermocrate, avaient voulu envahir leur patrie. La réussite de cette proposition eut pour effet la division des citoyens : uue psirtie d'entre eux «e uùt compl^étement à sa discrétion par hm^ contre Vautre. Cependant Dexippe le Spartiate avait pas^é au service de Syracuse et commandait à Géla, où il ne pouvait parvenir à payer ses soldats. Penys y fut envoyé : il fit conçUmner \e^ riches et payer les mercenaires du produit de leurs i>iens ; enfin il leur promit double solde, s'ils voulaient le servir au lieu de servir l'état : Dexippe éluda ses propositions.
I ^ Il If n.wiiii
1 Diodore, liy. XIII , otiap, 91, pag. 6r5.
Mais Denys revint à Syracuse, ou il repandit contre ses collègues les mensonges les plus manifestes; otfin, il se conduisit avec tant d^adresse que» sur la demande d'un homme sorti de la foule et par une résolution précipitée, le peuple lui conféra le commandement suprême à lui seul, en lui donnant des pouvoirs illimités. En même temps on décréta double paie pour les mercenaires. Il ne manquait plus à Denys qu'une garde pour être le maître de tout sous un titre modeste; et dès qu'il l'eut, il la distingua et par son armure et par des avantages de solde, en sorte qu'elle fut tout à lui. Il eut grand soin de &ire sortir de Sicile le seul homme qui aurait pu contrarier ses proj^s sur cette troupe.^ D^uis lors Denys fut le souverain militaire de Syracuse; et quoiqu'il se fût hé par le mariage à la fiomlle d'Hermocrate, qu'il avait autrefois servi, il conserva toujours en apparence le rôle de protecStetir du peuple^. Denys goi|vema avec prudjsnce
3 On ne saurait nier que Den^s ne 9oit devenu un personnage important pour la Sicile et même pour rhnmanité. Nous ^QBcéàMMpus aussi qu^il ne faut pas juger d^aprè^ ks tèfjiçg de U mpralii Qxdinaire Us mesures h^rpïqiiei quUl c^^ 4eToir |i9ii4Te ) n^fif notre maïuAre 4e Toir ^ lefu^e ^ Popinion des AngMs i|iiî 9iit entrepris de le défendre : ja^^s nogs fk^appwuTffOsS un Homme qui justifie les moye^ par le . but. QiUÂes, dont Tesprit faible est coi^na, n^est p^^ éloigné d^^dr mirer Denyi^, M lUtifoid Ifit T^u^, j«^fa'|i ef^ iU% p^^onU,
et fermeté; il était habile à la guerre , et quoicp'il ne fôt pas toujours très-bien inspire dans ses productions, il se livra à tous les exercices de Tesprit Son premier soin fîit de se faire reconnaître par une grande puissance : il sut donner à son usurpation l'appui de la politique de Carthage , et ne craignit pas pour cela de sacrifier Géla. Après le pillage de cette ville , rien ne pouvait être pli» agréable à Hamilcar qu'une paix qui assurait à s$i patrie* le tiers de la Sicile, en laissant les. deux autres absolument sans défense contre toute attaque future. Les Carthaginois, gardèrent toutes leurs anciennes possessions ; de plus , on leur soumit les Sicaniens, Sélinonte,* Agrigente et Himère. Géla et Camarina devaient demeurer sans fortifications et payer un tribut Quant aux Léontins et aux Sicules, ils seraient libres : à ce prix la domination de Syracuse fiit assurée à Denys. Il fortifia ensuite et em* bellit la ville , le port et toute la contrée ; il repeupla les quartiers dévastés par les troubles, et donna les terres abandonnées aux citoyens et aux étrangers dans une égale proportion.
autant d^admiration qu^anx autres tyrans. Lors même gafl pourrait repousser le témoignage de Cicéron et des autres Bomains, il resterait toujours un passage de Diodore, le^el ayait sons les j-eux tous les liyres perdus pour nons ; et a passage montre que , pour le plaisir de se singulariser ptf cette admiration , il ne faut rien moins que heurter^ropîaio' unanime de Tantiquité. Lir. XIY , ch. a , pag. 640.
Denys fît tourner au profit de son ambition et cette mesure ^ et les troubles qui s'élevèrent dans Syracuse quand il marcha contre ceux des Siciliens qui Yenâient d'être déclarés libres par le dentier traité avec Carthage. Mais soit qu'il s'agit de dissentions intérieures, soit* qu'il s'agit de guerres telles que celles contre Naxos, Gitane, Léontium, Enna, etc., il gardait les apparences de la popula* lité, se servait d'un parti pour écra^r l'autre, et jamaù ne commettait plys de cruautés qu'il n'en fidlait pour parvenir à son but A l'occasion de la construction d'ouvi'ages autour de la portion de la ville' appelée d'abord Épipole, puis Hexapyle, il excita tellement le peupH pdr%son exemple et par son activité, qu'à en entendre le récit, pn croirait Hre ce que fit Thémistocle pour éUver le Pirée* En ¥ingt jours on ac]ieva une muraille fort haute en pierres dé taille et longue de deux lieues. Peu après Denys dirigea toute l'activité des Syracusains ▼ers le^ machines, les armes, les vaisseaux : il ne
lui fallut que peu de temps pour en mettre en mer trois cent dix.
Carthage venait d'ét^re ravagée par une peste : le moment parut favorable. Denys voulut lui enlever ses possessions de Sicile et soumettre aussi le sud
1 Diodore, lir. XIV, chap. 7, pag. 644- Il 7 fit/ paiticipei aussi les esclaves mis en liberté (viOTroAiVâtç)*
de Flialie. D'abord il évita les moyens violens, auxquels il ne recourut que quand il vit son alliance repoussée. Pendant les troubles, sa «femme, qtd avait été maltraitée par la populace, s'élait donné la mort i pour agrandir le cercle de Ses relations politiques , Denys imagina d'en épouser. dcRix en même temps. RhégiunL ne voulut entendre à aueune alKance avec lui; mais Locres lui donna la fille d'un de ses citoyens, qui fut dès «-lors conâdérée comme celle de l'état Outns cette . Locrienhe il épousa encore une Syracii3aine de distinction , fifle d'Hipparinus et sœur" dé Dion; ^
La guerre contre Gàrtiuige, qui suivit de près ce mariage, fait voir combiei^; daiis ces temps, il était aisé de réunir des années considérables quand on avait de quoi les solder. Tout en repoussant les nombres exagérés d'Éphôre , nous ne pouvons nous refuser à reconnaître que pendant lés ^deux années que dura cette guerre ' , il y eut souvent , - ssois y «omprendre l'équipage de la flotte, deux ou trois
1 Diodore, qui partout ailleurs copie mot k mot Philistas, Tami ^é Denys, et qui ne ti'ôuve point àsséz d'exptessîons pour là loaange, mêle à son récit de la doublé solennité nuptiale oe^ paroles (liy. XIV, ch. ^5, pag. 678} : « Il dépouilla a pour un moment la dureté de la tyrannie et régna avec plus « de douceur, ne faisant périr et ne bannissant personne ^ «r ^omme il avait coutume de le faire. * . ' . .
cent mille hommes sur pied. La Sicile fit bien connaître alors qu elle servait à regret un maître imposé : dès. que jia fortune devint contraire à DenySy ses armées se dispersèrent, ses floues se laissèrent battre , ses villes firent défection; enfin 9 sa capitale fut assiégée, et lui-même serait devenu la victime de la fureur pqpulaire, sans les Spartiates qui étaient avec lui ^ Si Ja guerre ensuite reprit subitemmt une tournigre favorable à sa cause, on y reconnaîtra plutôt l'arrêt du destin que l'effet des combinaisons. humainjes.
La Sicile était conquise prçsque en entier par
1 Ceci étant d'atie grande importance 'pont les S^tdates
de ce temps y noua dirons comment Dîodore •*axpnme à cet
égard. D'^abord il dit qu^en . Tabsence de Denys les S^racn-
sains remportèrent des avantages sur la flotte carthaginoise ^
qa'*ensuite Théodore en profita pour exciter le peuple k la
rfrolte ett présence miÉme de DenyA. Il cite tmit soti discOun
(Ur. XIV, chap. 65 - 70) ^ puis il comtiaue en ce» termes :
« Théodore ayant parlé de la sorte, les Syfacusains tournèrent
a leurs regards vers les alliés, et quand le Lacédémonien Phar
a racidàs se dirigea vers la tribune (c^était le chef de la Eotte
« envoyée par Sparte) , tout le- monde CTtit qu^l allait rétablir
« la liberté. Mats celai-ci, qai était fort i)ien avtec 1« tfcao ,
« déclara qu^il avait été envoyé au secour» de Sy rat^se et de
(( Denys, mais non pour enlever le pouvoir à celui-ci. Les
a mercenaires étaient tous pour Denys ^ les Syracusains ,
« abattus, maudirent mille fois les Spartiates. Précédemment
« déjà le Spartiate Aristus, tjui «''était «««once -comme le
« saaveur^de la liberté, avait trahi ses promesses.'*
les Caitha^ois : Hinûlcon était devant Syracuse; il ne paraissait plus y avoir aucun espoir de salut Tout à coup la peste se déclare , les ennemis tombent par milliers : Diodore évalue le nombre des morts à cent cinquante mille; une partie de la flotte est incendiée, et le reste ne s'échappe qu'avec peine Dans ces circonstances Himilcon se -sauva comme il put, et les peuples d'Afirique et les alliés, quand ils apprirent ce désastre, se soulevèrent contre Carthage. Quoiqu'il n'y eût pas de paix conclue, il se passa plusieurs années s^s que les combattans se remissent en {présence ; car les uns et les autres étaient octcupés ailleurs, les Carthaginois, ayant à se débattre contre leurs mercenairies et lçurs> Africains, et Denys cherchant à envahir la Sicile et à soumettre les petits états itaUques. Mais quand Magon vint, quatre ans après ^, avec une nouvelle armée , le tyran préféra les avantages certains d'une prompte paix à Tissue chanceuse d'une longue guerre. Il abandonna aux Carthaginois tout ce que le derniei: traité leur assurait en Sicile. Ceux-ci en revanche lui laissèrent les Sicules, que ce traité déclarait libres : ils eurent aussi la lâcheté de lui livrer Tauroménium, qui s'était élevée des ruines de Naxos, détruite par lui.
Denys ne pouvait pourvoir à l'entretien de vingt
mille fimtasins et de plusieurs milliers de cavaliers qu'au moyen de la guerre; il tourna donc immédiatement ses armes contre les Grecs de lltalie in«> fërieure. Ces Grecs se liguèrent contre lui : Denys ne craignit point de s'aUier aux féroces Lucaniens, et , de concert avec eux , il exerça des cruautés inouïes et commit des dévastations horribles contre des hommes qui n'avaient d'autre tort que de vouloir conserver leur liberté. La guerre s'ét^t terminée à son avantage^ nous le voyons encore se conduire comme il le &isait quand ses principes et la force des circonstances ne l'entraînaient pas à un parti contraire : il se montra reconnaissant enVers ses amis^ et le fut surtout envers Locres, à laquelle il donna le territoire de Caulonia. Quant à ses ennemis, il les traita avec douceur; il épargna dix mille prisonniers , et consentit à la paix sou des conditiotis très - équitables ^ On serait tenté de croire cependant que sa vanité eut grande part à cette générosité ; car elle fait un contraste bien tranéhé avec la dureté et la perfidie dont il fit preuve dans le même temps envers les habitans de Rhégium.
1 Diodore, Ht. XIV, chap. io5, k U'.fin, pag. 733. Il renvoya toQS les prisonniers sans rançon , fit la paix avec la plapart des TÎUes, et les laissa dans une entière indépendance, n en Mçnt des couronnes d^or, et ee fut en effet la plus glorieuse action de sa yie.
Denjs briguait alors les éloges de la Grèce libre; il fit paraître son frère aux jeux olympiques et, quand il alla disputer en son nom le prix de la poésie et de la course des chars, il l'entoura d'une pompe royale. Mais, excités paf le rhéteur Lysias, 1^ Grecs assemblés n'en sifflèrent pas moins les vers du tyran , qui ^vait choisi pour les réciter^es plus habiles déclamateurs 1 le peuple se permit ! même de mettre en pièces^ les magnifiques tentes j de Denys^ Pour comble de n;ialheur, le bàtimeit : qui avait porté l'ambassade fit naufrage au retour, ^ et les railleurs syraciisains en prirent occasion de ; dire que les poèmes de Denys étaient si mauvais, que le navire même et l'ambassade en avaient souffert Lucien nous apprend que ce prince acheta chèrement, la table sur laquelle^ écriv^f. Eschyle , mais que ses tragédies n'en furent point, meilleures.
Denys fut plus heureux dans ses' entreprises politiques. Rhégium éprouva sa colère , et quand sa
1 Diûdore de Sicile, l. c.,,çh. 109, pag. 724*.^^^^^^^ ^ ^^^ de dire c[ue ces poèmes ne furent mal accueillis que parce ' qu^ils étaient d^un tyran; car il résulte du texte de Diodore j que d'^abord on écouta très- favorablement les iliApèôdcts :'lt peuple acconrait en fouie à leur excellente ^éckinHitioB 5 m^ bientôt on s^aperçut que ces poémeft étaieùt vtaimeilt u^séra' hltB : Où se moqua de Denys ^ et le ibépris aU« fti loin ^ quelques «-uns se permirent ^e déchirer ses tentes.' On irduvt des échantillons de ces Te» dâtls Photkis et 4aas Lucien » édit. de Tauch'nitz, yol. IV, pàg. 10.
Tengeance fut devenue une spéculation , les mal-^ heureux citoyens de cette ville lui donnèrent jusqu'aux trésors qu'ils âvaieht enfouis. Les Cartluiglr nois n'obèrent rompre la paix, et Denys resta d'au* tant |du6 sûrement aciàître de la mer qu'il se montra l'alfie très-chaud des Spartiates, et les soutint avec ardeur dails les querelles qui divisaient alor$ la Grèce. Occupant des îles dans la mer dillyrie , il contint Ifis pirates de ce pays • : il at^qua aussi ceux de Toscane, qui désolaient les côtes dltalie; mais luimême, en les poursuivant, ne craignit pas 'de piller à Agylla le temple très -ancien d'une déesse étrusque qu'Aristote compare à la divinité grecque nommée Leucothée, et Strahon à Ilithye. Ces ra^ pines l'enriehirent de cinq cents talens, et lui four* oirent les moyens d'une grande entr^rise contre Cuthâge. U y a lieu de croire que durant cette aéavellç guerre les états d'Italie se liguèrent avec les Carthaginois; ce qu'il y a de certain, c'est qu'ils envoyèrent des troupes dans ce. pays, tandis que dWtres marchèrent en Sicile contre Denys. ^
U paraît qu'^à Carthage le commandement et l'inflnence politique, étaient héréditaires dans certaines ËuniUes : en effet, la première guerre et la destruction de Sélinonte sont occasionées par le petit-fils de celui-là même que Gélon avait complètement
1 383 avant J. C
1 Diodore nomme deux -villes, Cabala et Cronin/n. Magon, selon lui, est mort dans la première, et la yictoir^ de son fils fut remportée prés de la seconde. Il est asseï indifférent de
déterminer leur position.
battu, et ce petit-fils ne manque pas de se venger: solennellement et de sang-froid il désigne des milliers de citoyens d'Himère qui sont immolés à la mémoire de son aïeuL Les chefs qui vinrent ensuite étaient tous de la même famille^ et dans cette nouvelle guerre c'est Magon qui d'abord commande l'armée; quand il est tué S c'^t son fils très-rjeune encore qui est élevé au conunandement d'une armée sur laquelle reposeîit les dernières espérances des Carthaginois en Sicile. Ce jeune homme obtient un succès brillant, malgré lequel il sait accepter une paix qui lui offre immé(fiatement les ' avantages qu'aurait pu lui procurer une longue* .'guerre. Le fleuve Halycos demeura là limite des Carthaginois, qui néanmoins se firent payer une partie dés firais de la guerre.
Syracuse fleurit encore vingt ans .sous le gouvernement de Denys comme autrefois spus cdoi de Gélon. Ceux qui ne s'inquiètent que du' succès, sans égard poui) les' moyens , ne peuvent .trouver assez de paroles pour louer la sagesse et l'énei^e que cet usurpateur déploya dans son administration. U ne serait pas difficile néanmoins d'opposer à* ces louanges une foule d actes arbitraires et de violences.
Dion, son beau-frère, qui avait eu l'art de se rendre nécessaire par les liaisons qu'il entretenait en Grèce et à Cartlfiige et par ses ambassades , fut à peu près le seiil qui demeura constamment en Ëiveur. Il est Traisemblable que ce furent les relations de Dion avec Platon et avec d'autres Athéniens , et l'influence de ses dons, qui, peu avant que le tyran moiu*ûty hn procurèrent le plaisir de voir sa tragédie rem» portw le prix au concours ordinaire des fêtes de Bacchns ; plaisir qu'au surplus il paya de sa vie ^ , car il trouva la mort dans les bacchanales par les-* quelles il célébra cette victoire poétique. Ce fut la première année de la io5.* olympiade.^
Xe fils 'qu'il avait eu de la citoyenne de Locres, odui que Ton appelle Denys II ou Denys le jeune, lui succéda sans contestation. Jusques-là son père Fsfvait toujours tenu éloigné des affaires; il le traitait comme tous les siens , ne craignant rien à l'égal des liaisons qui. pouvaient se former entre les personnes qui l'entouraient C'était pour lui une raison de plus d'aimer Dion , dont l'esprit sévèrement aristocrate avait quelque chose de repoussant. Au contraire, il avait banni son propre frère Leptine et
1 Lei Athéniens savaient si bien que Denys paierait leurs natales , qne Tan des acteurs des chœurs partit surrle-champ pour lui porter la nouveUe de son succèi , c% dont il fut ma* ^ifiqnement récompensé.
a 368-367 ayant J. C.
rbistorien Philîstus , quoique ce dernier fut ^ {>ar principe , attaché à la domination militaire. Dion résolut de réparer les fautes du père, en donnam au fils une éducation tràs-philQSOplUque, mais il ne prît pas pour cela la meilleure voie. Le père avait fait amuser ce jeuijie piînce'de puérilités, il lui avait inspire le goût de la menuiserie ^ enfin il l'avait livré à la boisson. Dion' voulut en faire d'ut seul coup un pythagoricien et un platonicien. Il appela donc Platon à Syracuse et éatoura le jeune Denys de ces nobles rêveurs qui exciudent, sous le nom dé pythagoriciens, l'attention de la Sicile et de l'Italie. On sait que Platon le$ appuyait, et qu^ls durent' beaucoup de leur considération aux connaissances de leur chef Archyus en mathématiques et en physique.^
L'aristocratie que Dion et Platon animaient pu introduire à Faide des Pythagoriciens régénérés, ne [faisait point aux amis de l'ancien gOÙver|l^ ment : ils rappelèrent Philbtua pour Toppoaer à
1 Plutar^ue, DîBn., cap, 9. Le père craignait que son fils, s*il fréquentait des gens sages , ne dertut dangereux pour lai et ne i^empàrât du gouyemement.
a Les citations sont inutiles; il suffit de lire ènns le Dion 4è Plutarqne ee qui e&t relatif à ce yojage de Platon, à la Mrt qu^ eurent les Pythagoriciens,* an s«iQ» qu'ils se do«r Hèrent pour Vj fairs reyenîr, enfin au m^rstère aveo leq»^ ils communiquèrent à ce philosophe les lestea des dkodrines p)rthagoriciennes, mais seulement aprl» qu^ sa fàt fait iàiticT.
ces rêveurs. Cet homme, tout positif, pensait que le peuple n'aurait de garanties envers les riches, que qua>id un prince à caractère prendrait d'une main ferme .les rênes du gouvernement, tenant en respect les aristocrates , et protégeant le peuple. Ce qui démontre que tel était le principe de Philistus , c^est que , banni par Denys son ami , il passa le temps de son exil à rédiger une histoire capable de perpétuer la gk)ire de ce tyran.
Dès le retour de Philistus, la cour du jeune Denys devint le rendez-vous* des' plus célèbres philoso* phes : Dion avait appelé Platon , Philistus fit vçnir Aristippe. la théorie que celui-ci professait sur les jouissances de la vie, était directement contraire aux idées de temj)érance des pythagoriciens; car elle en faisait le but de la suprême sagesse. Le jeune prince, à la vérité, aimait beaucoup la philosophie et l'éloquence , mais il était, encore plus adoqné aux plaisirs bruyans. Souvent il se brouillait avec Platon, mais il se réconciliait toujours aveeîui : cependant il bannit Dion , dès qu'on lui eut prouvé par un billet de celui-ci à l'ambassadeur de Carthage qu'il voùhât jouer le rôle que .trente ans auparavant Lysandre avait tenté de soutenir contre Âgésilas. Quoique Denys et Platon se fussent deux fois sépa^ rés fort mécontens l'un de l'autre, le commerce djB lettres se poursuivait assez amicalement entre eux. Quaat à Dion , il avait, malgré son exil, conservé le
revenu de ses immenses biens. Il passa de l'Italie en Grèce. Sa magnificence, ses liaisons avec Platon et avec d'autres hommes célèbres, lui gagnèrent partout l'opinion publique; à Sparte même ^ chose étonnante à notre gré, il fut adopté au nombre des citoyens des familles dominantes. Denys ne pouvant considérer tout cela de sang -froid, confisqua les biens de Dion- et le frappa. d'autres peines encore. Ni les lettres de Maton, ni le troisième voyage qu'il entreprit en Sicile, ne purent rapprocher ces deux parens. Dion alors essaya de rassembler les exilés de Syracuse. Quoiqu'il y en eut quelques milliers, il ne s'en trouva que vingt- cinq qui voulyissent soutenir un.homime lié d'aussi près au tyran, et qui de plus était le soutien de l'aristocratie. Ayant gagné un certain nombre de Pâoponésiens déterminés, Dion partit de Zacynthe au opiois d'Août, et débarqua en Sicile ^ Cette entreprise était bien peu redoutable par le nombre de se» soldats , mais son nom, l'appel qu'il faisait à la liberté, la protection de Carthage , les amis qu'il avait à Syracuse , tout ^enfin suppléait à la. faiblesse de sa, troupe. U n'est donc. pas étonnant qu'il ait réussi, et que Denys ait montré dans sa conduite tant d'hésitatipn et d'incertitude.^
1 357 avant J. G.
v^ n Qtti croirait, Ht Diodore, Ht^XYI, chap. 9, «jaVec « d«ax Jt^âtimens d« transport il ait renversé un tywa f^
(35?) lâ fortune âvorisait Dion de tout point; le» petites villes da territoire syraciuain lui donnèrent leurs citoyens pour auxiliaires. Pendant que Denys et PlûUstus étaient absens avec la floue et l'armée, Syi^cose fut 'Surprise, et les citoyens que le tyran avait désarmés , furent pourvus d'armes , tandis que les mercenaires s'enfuirent dans la citadelle, où ils entretinrent des communications avec la mer. Après sept jeors seulement Denyç parut et se jeta dans la citadelle} mais d'autre part on vit arriver im banni : c'était Héraclide, qui vjnt du Péloponèse avec dix vaisseaux, et se mit à-k tét&du parti populaire » lequd n'ayàit jamais été favorable à Dion. U y eut doBC désormais trois fàcùons pour se partager cette malheureuse cité , et ce que Denys n'en occupait pas, était a^té par des discordes sur le gouvernement à établir. Toutefois, tant que PhUistus conunanda la flotte et que Denys fut en personne dans l'acropole, il y eut entre les ennemis de sa monarchie une sorte de concorde ; mais lorsque Philistus fut tconbé
, diipoMÏt ie ijnaue cenu raineaux de piETre , de cent inUlï ( hommet de pied et de dix mille OTnlieni ^ii de plut,
■ pow^dait dei arme* , de* grain* , de l'aTgcnt et de* appro- I TiiionnemeD* ^ il régnait, *ut U plu popolenie de toute*
■ le* ville* de la Grèce , etc. ■ Outre le* «lag^rettons qu» Kaferment ce* paiolei, Diodorc ajoute <jne la cau*e en fut dan* le* grand* talens de Dion , et dan* l'incapacité et la UehetJ de Denjs. Mi L'âne ni l'autre de cei piopotitioas ne lOBt CBUiiemcnt Ttaies.
entre les mains des républicains et qu'ils Teurent cruelIeDient mis à mort ^ ; lorsque Denjs eut quitté la citadelle , abandonnant le commandement à son fils Apôllocrate pour se rendre en Italie, les querelles entre les deux partis dégénérèrent en dissention ouverte. Héraclide , marin consommé, qui avait pour lui les matelots, les pécheurs et le bas peuple, parla de distributions de terres, d'égalité, de démocratie , et fit si bien que Dion et les siens furent destitués et leurs mercenaires congédiés. Alors on nomma vingt-cinq nouveaux chefs , parmi lesquels était Héraclide : Dion eût été in&ilUblement tué dans sa rétraite, si ses mercenaires ne l'eussent protégé. La multitude ihsensée, qui prenait l'insolence pour la liberté, fut aisément mise en fuite par le peu de soldats qui l'entouraient. Bientôt cette multitude reconnut combien peu elle était capable de se protéger elle-même : la garnison de la citadelle causant de grands dommages par ses sorties , il fallut supplier Dion , qui s'était retiré à Léontium, de revenir, avec les siens. Bien que cette circonstance lui soumit l'autre faction, il né put obtenir d'être mis à la tête' des affaires par le libre suffrage des citoyens , et pour ne point mécontenter trop les démocrates , il lui fallut partager le com-
1 Plataicpie , in Dione , eap^ 36 , rapporte les diyeis témoi* ^ages d^auteurs sur Philistus, sur soa caractôfe^ sur sa mort
(539) mandement avec Héraclide^ Ce fut la source de nomvelles divisions : Dion songeait toujours à éta^ blir un gouvernement qui répondit à son caractère rigoureusement aristocratique et k ses principes philosophiques'; il se crut enfin autorisé ou même contraint à consentir au meurtre dHéraclide, que d^mis long-temps, on lui préposait, et ce projet fut accompli quand on eut pris là citadelle par une ca-^ pitulatiouy qui permettait la retraite du fils de Denjs. Quelle est donc la &ii>lesse de la nature humaine! Ce Dion y qui jusqùe4à avait professé la philosophie de Pythagore et celle de PÉaton , autant que le per-' mettait son goût pour la magnificence; ce Dion , qui avait, en tant d'occasions, fait preuve de noblesse , de' grandeur d'ame, de désintéressement, et qui ne devait combattre l'égarement de ses concitoyens que par des moyens approuvés par la ^lorale, change tout à coup de principes ^ il autorise un meurtre. Néanmoins son ami Calippus fit pis encore, il donna un exemple affreux de la corruption , de Tliypocrisie d'Athènes , et de l'abus qu'on y faisait dé Fé-» ducation philosophique. Calippus était l'un de ces mitiés auxquels Dion avait toujours eu soin de s'attacher; ils étaient devenus inséparables : et -même
1 Plutarque, in Dione, c. ifl. Uéraclide avait fait la propo* sition de donner le commandement suprême sur terre et sur mer à Dion.
a Plutarque, in Dione, cap, 53.
en entrant dans Syracuse, Dion marchait entre son frère Mégaclès et Callippus, qui tous deux étaient couronnés comme lui. Après la mort d'Héradide, Dion , devenu prince, donna toute sa Confiance à cet ami, qui fut chargé surtout de sonder l'esprit public , et de se faire rendre compte des opinions de chacun. CaUippus en profita pour gagner les mercenaires et tramer une con^iration contre Dioa Lorsque le complot etit été découvert par les femmes de la famille de Dion, il fit entre leurs mains les sermens les plus solennels; au milieu des cérémonies les plus mystiques, pratiquées dans im lieu mystérieux, il invoqua sa mystérieuse divinité; mais il n'en tint pas plus de compte que des devoirs de la fidélité et de l'amitié : il n^en fit pas moins égorger Dion S et fut assez heureux pour se mettre à sa place. Un jour qu'il marchait contre Catane, Syracuse lui ferma ses portes'.; alors il se vit obligé d'errer de ville en ville à la tête de ses bandes, jusqn'à ce qu'enfin il fut tué par ses amis, comme l'avait été Dion.
L'anarchie et le désordre régnaient sur toute la Sicile; les villes étaient en guerre entre elles, et partout, à peu près, des chefs mihtaires s'étaient emparés du pouvoir. Tandis que Denys , content
t Octobre 355.
a Janvier 353.
(54i) de ses domaines dltalie, paraissait abandonner Sjrs^cuse, cette cité voyait les despotes militaires se succéder sans cesse. Un des frères de Denys régna quelques années , puis ce fut un de ses généraux ; enfin 9* après dix ans d'exil % il surprit la ville, l'occupa, et contraignit de la sorte les citoyens du parti aristocratique à recourir à Icétas , tyran de Léontium, qui était originaire de Syracuse. Celuici fit ouvertement, la guerre à Denys ^ ; mais les choses restèrent en cet état pendant deux ans, après lesquels les Carthaginois firent de nouveaux préparatifs, et menacèrent d'employer toute leur puissance à soumettre la partie de l'île qu'ils ne possédaient pas encore. Alors les citoyens les plus considérés,- unis à d'autres Siciliens-, auxquels Icétas feignit de se joindre, demandèrent un arbitre à Corinthe. Le tyilEin ne pouvait guère se refuser à ce parti, de peur de s'attirer l'inimitié des Spartiates et des Corinthiens ^. Eki vain Icétas -chercha à em-