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2 piodore nous abandonne povr cette partie de lliUtoire de Sjrracuse^ Plutarque seul nous en dit quelque chose dans le commencement de sa Vie de Timoléon. Il paraît que la Sicile n^ayait presque plus de yilles (et'^oXtç TretvretTretffsyJy tant les dérastations étaient faraudes \ la plupart étaient occupées par itê barbare de toutes les nations et par des soldats isans paie» (pi natureUement deyaient toujours souhaiter un changement de maîtres.
pêcher, par des voies cachées, la métropole d'accorder un secours que lui-même avait sollicité., l^e» Corinthiens saisirent avec joie cette occs^sio» de terminer enfin une querelle qui divisait leur propre cité. Ils choisirent Timoléhn,*partisfldQ de la liberté jusqu'à l'enthousiasme; car ils voulaient qu'il pût, en délivrant la Sicile, ressaisir l'estime de sa femille et de ses concitoyens, qu'il avait perdue par le meurtre de son frère Timophanes ^ Tipioléon pa^sa en Sicile comme général envoyé par la métropole , arec quelques volontaires , sept cents mercenaires et dix vaisseaux. A son arrivée les choses avafent complètement changé : Icétas s'était alUé aux Carthaginois ^ • , — ^-^ , —
1 II eat plus raisonaablè d^admettre arec Platarqne que Timolëon avait tué son freie vingt ans auparavant, due de supposer avec Diodore que ce fait avait eu lien imniéflîatemeBt avant Tambassade de Sjiracuse. Au surplus on voit biei^ que Cornélius Népos et Plutarque veulent faire de Tîmoléon un béros de théâtre ; l'un dit : Ipse non modo manus non attulit, sed ne adspicere t^uidem fr^ternum aanguinem vohtii ^ Fautre lui courre les yeux de son manteau.
a Dîodofe, liy. XYI, cb. 67, dit qile les Gartiuigiopû envoyèrent cent cinqnante vaisseaux, cinqiMiite miUe koimne* 4e pied; trois cents cbars et plu» de deux mille chariots à deux chevaux. D^abord ils attaquèrent Entellef , TÎUe f ai déjt avait été occupée par les troupes campunicanes dn premier Dcnys (Diod., liv. XIV, eh. 9, à la fin). EUes s'y défendirent vaillamment , quoique personne en Sicile ne ^.e sosciât 4e secourir ces brigands, excepté leurs frères, qui s'étaieot ftft des repaires sur PEtna et dans les montagnes.
mais par bonheur il avait agi séparément : ils de» yaient attaquer par mer et lui par terre; déjà ses troupes occupaient une partie de la ville, Denys tenait encore le reste et la citadella On dépédiA une divbion- de la flotte carthaginoise pour prendre Timoléon ou. pour arrêter sa marche. Cependant tout pb qui s'était élevé de petits tyrans en Italie et en Sicile , comprenait combien* était grand le danger de laisser tomber Syracuse entre les mains des Carthaginois. Us secondèrent donc Femreprise de Timoléon , et le firent heureusement aborder à Tauroménium , ville formée des débris de Naxus et devenue déjà très-importante. Plutarque ne voit que son héros Timoléon ; mais Denys et Icétas ont droit aussi à notre admiration. Timoléon fut renforcé par les citoyens de Tauroménium, et par les Adranites , après avoir défait les troupes dlcétas auprès de leur ville, enfin, par les Tyndaritains , qui se joignirent également à lui. Il fiit assez heureux pour pénétrer dans Syracuse avec les fiiyards d'Icétas. Depuis lors Denys occupa l'île \ Icétas Achradine, et Timoléon tout le restée Icétas, res-
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1 n faut se rappeler que, dès le temps de Thucjdide , Syracuse ^tait composée de trois villes distinctes : Acradine, Tjrthë et Ortygia , qui est Ttle. Dans la suite elle s^augmenta de deux autres , qu^on devait principalement k l'ancien Denys , Épipoles» et Néapolis. L'une d'elles, an temps de Cicëron, n'était déjà plus digne d'être citée; c'est pourquoi, dans son
serrant son. alliance avec les Carthaginois , leur promit l'entrée de la ville, ce qui effraya beaucoup les possesseurs des châteaux forts, et particulièrement Manunercus de Catane ; car tous redoutaient plus Carthage que Corinthe, et tous se dédarèrent pour.Tin;ioléon. *-
Denys fut alors assez généreux pour ne pas vouloir régner sur les débris de sa patrie; il aima mieux voir les Syracusains libres que soumis à un joug étranger; il entra en négociation avec Timoléon. On lui assura la liberté de partir avec ses trésors pour vivre tranquillement à Corinthe. Toutefois, et malgré le soin que les auteurs prennent de la r^utation de leur héros et de ses républicains ^ on voit à travers le peu de docuQiens que nous avons sur ces événemens , que la capitulation fut mal observée. Plutarque lui-même indique le modeate costume sous lequel Denys fut conduit à Corinthe; il donne à entendre que dès le principe il y. vécut sans éclat et même sans dignité. Cependant ce même Plutarque n'avait pas trouvé assez d'expressions
disGOfin contre Verres . il n^est ^ejBtion que ée quatre : Em tanta est urbs , tU ex qaatnor urbibus maximis constare dieatur, — Quorum est una , quant dixi , insula, -<* citera autem ss^ urbs Sjraçusis y eut nomen ^cradina est, — Tertia est urbt tfuœ , quod in eu parte Fortunœ fanum antiquum fuit , Tjcha nominata est, — Quarta auiem est urbs quw , quia poHrem^ ^dijicata en^ KeapoUs nominatur^
pour dépeindre la splendeur avec laquelle vivait Dion alors qu'il était aussi exilé en Grèce, à une époque où nulle capitulation n'établissait sçs droits, ou iL touchait sa part des revenus de la famille régnante par la seule grâce que lui faisait ce même Denys. S'il en faut croire Athénée, ce prince se livra exclusivement à la boisson, passion qui lui avait déjà été funeste, et il tomba dans une profonde misère. Timoléon fut serré de près par Icétas et par les Carthaginois , et, ceux-ci tenant la mçr, la garnison de la citadelle éprouva la disette la plus complète. Gatane. devenait une place ii^portante pour les ap^* provisionnemens qu'on pouvait en faire partir secrètement Toutefois il y avait bien peu d'e^oir de délivrer Syracuse , quoique Corinthç eût envoyé deux mille hommes de troupes fraîches et deux cents cavaliers. Heureusement que, se méfiant encore plus de son allié que de son ennemi , le général carthaginois gâta ses propres affaires.. Voyant que des relations amicales s'établissaient entre les troupes d'Icétas et les citoyens de Syracuse, il se crut entouré de traîtres ; et des qu'il cessa de coùipter sur Icétas, son armée ne fut plus de force à se mesurer avec celle des Grecs : il se retira donc vers la partie carthaginoise de l'ile. Après' son d^ part, l'accomplissement des projets de Timoléon se trouva facilité beaucoup par l'arrivée des troupes de Corinthe , par la possession d'Achradine , qu'il
avait prise et fortifiée antérieurement, enfiba par l'alliance des Messéniens, qui se déclarèrent contre Icétas^. Immédiatement après ta prise de la. citadelle, Timoléon la fit démolir de* fond en comble pour anéantir le souvenir de la tyrannie : il déclara aux Syracusains que son intention était de créer une entière démocratie, et de feire proposer par Corinthe la révision et l'améliorsition de leurs anciennes lois. Il commença par rétablir la dignité toute démocratique de grand-prétre, appelée amptUpoUe de Ju^ piter olympien : cette charge était annuelle, et celui qui l'occupait avait l'honneur de donner son nom à l'année, ainsi que cela se pratiquait à Athènes pour les archontes. On^ne songea que plus tard à repeupler la capitale et à ranimer les autres villes, qui étaient ou désertes ou occupées par des cheft die brif^ds qui se disaient chefs de troupes militaires. On ne peut ni adopter ni rejeter ce que Plutarque raconte à cet égard ^^ mais il mérite plus de
a Plutarque, Vie de Timoléon., ch. 22. « Timoléon, deyena ce mattre de la citadelle, s'y prit tout autrement que Dion; u il ne la conserva point par la raison qu^elle était belle et fc bien fortifiée : il voulait éviter les soupçons qui perdirent a Dion , et fit annonisçr que chacun pouvait apporter ses outils «r et prendre part à la destruction de la demeure du tjrran. (( Tous les Syracusains comparurent, regardant cette procla- (( matîon du héraut commente commencement de leur liberté. « Ce jour-là on détruisit non ^ seulement b citadelle, mais
confiance dans ee qu'il dit sur la manière dont s'y prit Timoléoa pour repeupler le pays. Il lui fallut d'abord détruire xow les ennemis de la civilisatipn ; ce 4^ n^ pouvait. '§e faire qu'en conservant sur pied un grapd nombre de mercenaires, ft ce qui, par conséquent, exigeait de grosses dépenses. On ven* dit, pour remplir le trésor public,. iQutes les sta-^ tues inutiles , et c'est à la pluralité des voix qu'on décidait de leur plus ou moins d'utilité. On céda pour mille talens des maisons vacantes à ceux quQ Timoléon avait engagés à s'établir à Syracuse; enfin, on organisa contre le territoire carthaginois de l'ii^ des expéditions régulièrement destinées au piUage. On eut bon marché de quelques-uns des petits tyrans ; d'autres , tels qu'Icétas de Léontimn , Mamer* eus de Catane et Hippon de Messëne, se maintinrent jusqu'après la défaite des Carthaginois, qui avaient envoyé des forces formidables pour.se ven-
« encore les maisons du tjran et tous les monumens qui le « rappelaient-, on anéantit même les fondations. Timoléon ff fit ensuite débarrasser le terrain et j établit les tribunaux , « pour plaire au!K citoyens et leur montrer que la démocratie (T était établie sur la destruction de là tyrannie. Il n^j ayait <r pltts, de citoyens, la plnpurt ayant péri dans les guerres et a dans les séditions , d^antres ayant fui le tyran. La place (f publique était chargée de broussailles, les cheVàux y pais- « «Aient, et leurs gardiens étaient couchés dans Pherbe. On (t Toyait des cerfs et des 'ihagllefii dans les en<9eintes désertes « des autres Tilles , etc. ^^
ger de ces brigandages ^. Magon , qui , par trop de précaution, avait quitté Icétas et Syracuse, fut condamné à mort; mais l'on ne fui pas plus content de ses successeurs. U est bon* de remarquer que Timoléon, à l'exemple de Denjrs et de Dion, ne feisait point la guerre avec une nûlice prise parmi les citoyens , mais qu'il entretenait à ses (rais des mercenaires grecs , dont la solde le jetait parfois dans de grands embarras. Si l'on compare l'armée rassemblée par les Carthaginois à la sienne, si l'on réfléchit que daiis le même «temps PhiUppe put compter assez sur ses quarante mille Grecs pour songer à la défaite de l'empire persan , il n'y aura plus rien de miraculeux dans la victoire de Crimessus. Timoléon avait des Grecs de toutes les contrées, des Grecs qui disaient métier de la guerre : c'étaient les restes des armées de Denys et de Dion ; les soldats, dans la guerre sacrée, avaient indifférenounent combattu contre les dieux et contre les bontunes.
i Quand on compare les récits de Diodore à ceux' de Platar^e, 01^ Toit combien ce dernier savait. faire dé Phistoire une chose 'intéressante, sans quV^ puisse même Taccuser dHn- Tenter. Cette* remarque s^applique à ce qu^il dit d^Icétas et d^autres tyrans^ mais elle s^applique surtout à la yictoire de Crimessns , où , selon Plutarque , Timoléon battit a^ec 5ooo bommes Fimmense armée carthaginoise , tandis que dans Siiodore il a ta, 000 hommes. Il en est ainsi de tout le reste. Voyez Diodorty liv. XVI, oh. 73, pour tout ce que nom nV ▼ons pas pris à Plutarque.
(549) Élevés à l'école dlphicrate ou d'Épaminondas , leur grossièreté cependant était accessible à l'honneur et à l'amour de la gloire. Les Carthaginois , au contraire, avaient formé en Espagne, en ligurie, dans le sud de la Gaule, en Afrique, un ramas de toute sorte de gens^. Lors même que Plutarque serait ?rai, quand il dit que, parmi leurs troupes, les dix mille hommes au bcfuclier blanc étaient Carthaginois, il résulterait de son assertion même que ceux-là seuls avaient de la discipline^ or, nous voyons dans Diodore que Timoléon avait des forces suffisantes pour leur résister. Sachant que les^ Carthaginois marchaient contre lui avec soixante-dix mille hommes, il conclut la paix avec Icétas, qui
i Diod. de Sicile, liv. XVI, ch. 73, pag, iSg. «Timoléoa ayant grandi en puissance et en réputation militaire, les TÎlles grecques de Sicile se rangèrent toutes librement sous Im , k cause de la liberté qu*il donnait à chacune de rirre selon tes lois. Beaucoup de villes sicules ou sicaniennes., on d'antres soumises aux Carthaginois, lui envoyèrent des dépntations, afin qu'il les reçût dans son alliance. Les Carthaginois ,' voyant que les chefs qu'ils avaient en Sicile faisaient la guerre mollement, résolurent d'en envoyer d'autres avec âe grandes forces. Ib choisirent donc les meiUeurs citoyens parmi les Africains , et les plus propres à la guerre. Ce n'est pas tout) mettant en avant des sommes considéral^les , ils levèrent des Ibères, des Gaulois f des Ligyens ; ils construisirent des vaisseaux de guerre et réunirent beaucoup de b&thnens de transport ^ en général, ils firent de tels pré" paratiCi qa'il n'eût pas été possible dt les suipas^er. ^
lui donna ses troupes : alors il marchd vers Fennemi à la tête de douze mille hommes , et le surprit précisément au moment où il se disposait à passer le Crimessust La victoire des Grecs fiit favorisée par une averse et par une tempête qui- grossirent la rivière ; l'armure et l'habillement des Carthaginois étaient d'ailleurs fort incommodes. Timoléon chargea l'ennemi quand les dix mille honmies de troupes régulières eurent passée Après une lutte mémorable, tout le bataillon sacré des Carthaginois, composé de deux mille cinq cents citoyens d'élite, tomba sur le champ de bataille; il y eut quinze mille prisonniers et dix mille morts.
Effrayée de cette défaite , Carthage se vit obligée de rappeler on homme que , par jalousie et par envie, le sénat avak ré(5emment banni. Il faut i^emarquer ici que, connaîssaût bien la supériorité des Grecs, Carthage cependant n'enrôlait de troupes de cette nation qu'à la dernière él&tréntité^ et les* congédiait toujours aussitôt que possible. Dans èette circonstance, elle attend, pour recruter en "Grèce, que son existence soit menacée , et nous verrons dans la suite qu'elle en agit de mémie à l'occasion de l'agression d'Agathocle , et particulièrement dans la première guerre punique, où c'est un général grec
t Jaillet 340, c^est- à-dire à 1« fin de Tbargélioa, 1.'* anné» de la 110.* olympiade.
qui sauve la cité d'une ruine entière. Toutefois les Carthaginois accordèrent en cette occurrence moins de confiance à leurs soldats qu aux négociations : la paix fut conclue à des conditions très-avantageuses pour Timoléon. U est vrai que. le fleuve Haljcus fiit toujours la limite des Carthaginois f mais ils renoncèrent à toute souveraineté sur les villes grecques 9 et promirent encore de ne plus soutenir les tyrans. Immédiatement après on détruisit tous ces tyrans, et même ceux avec lesquels Timoléon s'était d'abord allié : dans cette occasion la douceur et la justice ne furent pas toujours écoutées. Icétas, par exemple, et toute sa famille furent sacrifiés à la fiireur démocratique , et Plutarque ne le dit pas sans horreur^ les Messéniens tourmentèrent Hippon au point qu'il en mourut j Mamercus de Catane fut 9 comme un brigand , livré au supplice dans Sy» racuse j Nicodème de Centuripes eut recours à la fiiite; le seul Apollonides, tyran des Agyriens , ayant renoncé volontairement au pouvoir, fut reçu citoyen de Syracuse. Les Campaniens de l'Etna Rirent anéantis , et les Tyrrhéniens , qui , sous Posthumus , faisaient métier de piraterie , fiirent privés de leurs vaisseaux.
Alors seulement les lois et la constitution fiirent améliorées par Denys et Céphalus , envoyés de Corinthe *. On fit un appel à toutes les contrées de la
1^ 340 ayant J. G.
Grèce pour obtenir des citoyens qui se joignirent aux cinq mille de Corinthe, à tous les bannis et aux fugitiâ de Sicile revenus avec eux ^ Timoléon avait géré le commandement pendant de longues années. Au fond il était maître comme ravaît été Denys; mab cela ne choquait personne, parce qu'il laissait un libre cours à l'action, des lois. U finit par. se retirer entièremient des affaires pour
i Diodore , liv. XVI , chap. Qa ( confr. Platarque }. « Ajant « déraciné tous les tyrans de File eTaffranchi les cités , il reçut « ces dernières dans Falliance de Syracuse. Il fit publier par « toute la Grèce ^*on donnerait des terres et des maisom « à ceux qui youdraient prendre part à la noayeUe répuUi* a que , et beaucoup de Grecs se rendirent à son appel \ enfin « on assigna quarante mille colons au pays de Syracuse , et « dix mille à la contrée d^Agyrinée, et cela k cause de la « beauté et de retendue de ces territoires. Timoléon rectifia «. tout aussitôt les ancienne^ lois de Syracuse, que Ton derait « à Dioclès ; il ne changea rien aux droits des conyentions « particulières non plus qu^aux successions , se bornant \ « adapter à son système les dispositions qui avaient pour ^ objet les affaires publiques. Géphalus, le Corinthien , homme « d^une science et d'une sagacité éprouvées, présida à ces js améliorations. " Dans la quatrième partie de son HUtorj af Greece , Mitford vante les deux Denys , excuse jusquli leurs extorsions, et blânie tout en Timoléon; tout est mauvais, tout est repréhensible> Get auteur tronque toutes les dispositions prises par lui, et présente méchamment et sous un mauvais jour Fadmission au droit de cité de ceux qui rayaient suivi. Mitfort ne craint pas de dire, contre Pautorité formelle de Diodore, que Timoléon maintint en son entier la constitation de Dioclès, etc.
vivre à une maison de campagne que les Syracusains lui avaient donnée , et qu'ils avaient magnifiquement pourvue de toutes choses. Néanmoins il conserva toujours la même influence.
La démocratie était à la vérité reconstituée en apparence, maïs dès que nul homme d'un mérite éminent ne«e mettait plus h la tête des affaires, elle ne pouvait manquer de périr. Il fallait un monarque aux mœurs de Syracuse , et ses habitans avaient besoin et d'un général et d'un chef permanent Cela fut démontré surtout par les vingt ans de troubles ^ui suivirent la mort de Timoléon , et qui amenèrent la puissance iHimitée d'Agathocle. Elnfin le besoin des monarchies se Élisait généralement sentir aux Grecs : depuis long -temps ceux de la mer Noire et de l'Asie mineure obéissaient à l'empire persan ou à des despotes isolés , et les événemens que nous allons rapporter prouvent que les choses étaient les mêmes dans la Grèce proprement dite. Quant à la suite de l'histoire de Syracuse et de Carthage, elle se lie d'une manière inséparable à celle de la première guerre punique.
Création de la puissance macédonienne par
Philippe,
Comme toutes les histoires primitives, celle de Macédoine se perd dans les fables et dans les mythes^
néanmoins, à en juger par ce que disent Justin el Dexippe, cité par la Qironique d'Eusèbe, enfin d'après ce que rapporte Velléjus Paterculus,*il n'y a point de doute que le noyau de la puissance macédonienne n'ait été d'origine grcccjue. Hérodote parle des Macédoniens dans Je même sensw Les. rois de Macédoine étaient admis aux jeux olympi^jues, par le motif qu'ils avaient jujstifie de leur descendance d'Hercule. Nous ne nous livrerons à aucune recherche sur cette généalogie^ mais nous connaissons une suite de rois dont Caranus est le chef, et Dexippus place ce Caraiius onze générations, et Velléjus seize après Hercule. Ceux qui veulent chercher des origines dans l'Inde et dans l'Egypte, trouveront chez Diodore * de quoi rattacher l'es rois de Macédoine à Osiris. Ce qu'il y a de certain, c'est que le nouvel état que les Téménides (tel est le nom de la Êimille régnante en Macédoine) voulureiît amener à la civilisation grecque, eût de continuelles- guerres à soutenir contre les indigènes Péoniens et Illyriens, et contre les Thraces. Les Grecs qui s'établirent sur la côte lui coupèrent toute communication avec la mer. Heureusement que la Thrace , l'Illyrie , la Péonie , étaient divisées en une multitude de petits états indépendans , et que les Macédoniens s'attachèrent fortement à leurs rois , dont tous les soins
1 Liy. ly chap. 3<k
furent employés à communiquer à ces voisins le bienfait de la civilisation.
Au commencement des expéditions des Perses, la Macédoine trouva en eux de nouveaux ennemis* U fallut qu Amyntas I." et Alexandre I." payassent le tribut^ en revanche le territoire fut agrandi vers la Thrace. Cela n'empêcha pas le roi de se jeter sur les Perses échappés à la bataille de Platée; et les Athéniens regardèrent cette action comme un bienfait envers toute la Grèce. Amyntas reçut d'eux le droit de bourgeoisie. Son fils, Perdiccas II, possédait le territoire qui s'éteQdait à l'Ouest jusqu'à TAxius, à l'Orient jusqu'au fleuve Nestus, et sans compter ses domaines de Thrace, il avait Dium sur la frontière de Thessahe. U établit des relations plus suivies avec les Grecs; aussi Démosthènes rapportet-il souvent à ce prince ce qui est le fait de son père^ Quoique citoyen d'Athènes, il prit violemment parti contre cette cité dans les discussions sur Potidée, et fut pour beaucoup dans les hostiUtés qui amenèrent la guerre du Péloponèse^. Il se lassait de plus en plus des progrès que faisaient les Athéniens sur ses côtes, et surtout de l'orgueil qu'ils affectaient Quand ils voulurent aussi s'emp^er de Potidée, Perdiccas ne se borna point k exciter contre eux les habitans, il soutint les Bottiéens, voisins de
i Démosthènes, in jiristocr,, pag« 617, édit. de Bekker. a Thacjrdide, liy. I, €faap. 35.
sa capitale, et les Grecs de Chalcîdie, dans lenrs efforts pour se soustraire à leur domination. Il était loin de soupçonner , sans doute , qu'en invitant les habitans de la Chalcidie à se réunir dans Olynthe pour la fortifier, il préparait à ses successeurs des ennemis bien plus terribles que les Athéniens ne l'avaient jamais été.
Dans les premiers temps de la guerre des Athéniens contre Potidée, il fut obUgé, à la vérité, de se ranger de leur parti , afin d'échapper à des maux plus grands; mais bientôt il s'en sépara, et dans la suite il ne *dut qu'à la mé(^ation de Sitalcès, roi des Odryses, qui régnait sur tout le midi de la Thrace, la faculté de se réconcilier avec eux à de dures conditions. Perdiccas fut obligé d'abandonner la Chalcidie aux Athéniens ; mais il n'observa pas cette clause du traité, et ne s'acquitta pas davantage de la récompense promise à Sitalcès. Cela lui valut une attaque de la part des Thraces, dont les Athéniens d'ailleurs avaient le projet de se servir pour réduire la Chalcidie. En nous énumérant toutes les bandes et toutes les peuplades de montagnards que Sitalcès fit marcher en Macédoine , Thucydide nous apprend qu'il y^vaifalors fort peu de villes dans ce royaume, et que le successeur de Perdiccas fiit le premier qui s'occupa d'en fonder et d'en fortifier. Perdiccas prévint le malheur dont il était menacé, en donnant une princesse macédonienne à Seuthès^ neveu de
Sîlalcès. Puis il chercha à se venger en se lîguanl avec lesSpardates, et quand Brasidas tenta d'enlever aux Athéniens leurs villes de la côte de Macédoine et de Thrace, Perdiccas vint au-devant de lui jusqu'à Dium , à là frontière de Thessalia II promit même de prendce à sa solde la moitié de son armée, sHl voulait le seconder pour soumettre Ârrhibée, prince des Lyncestiens ^ D'abord Brasidas voulut Êdre le médiateur; mais, ayant ensuite marché avec Perdiccas, celui-ci et ses Macédoniens, saisis d'une terreur panique, abandonnèrent lâchement les Grecs et Brasidas en pays ennemi. Le châtiment infligé aux Macédoniens 2 exaspéra Perdiccas contre Sparte. La guerre alors se faisait principalement sur la côte de Macédoine; aussi les Athéniens acceptèrent-ils avec plaisir la réconciliation offerte par le roi : il promit d'appuyer Nicias dans son expédition contre la Chalcidie; mais, les Athéniens voyant qu'il ne tenait point parole, les hostilités recommencèrent Toutefois Thucydide nous laisse dans l'incertitude sur^ce que furent ces hostiUtés; il se sert d'une expression obscure. ^
i Peuple de la haute Macédoine , Toisin des Éordes et des Taolantiens.
a Thucydide, liy. IV, chap. laS. Les Spartiates pillèrent et cavagèrent tout sur leur passage.
3 Livre V, chap. 83 : XATtKXuvAV x^ lAdLKtS^via^ Kdnveuot ïliffiHKAVy expression dont le sens est fort conteste. M. Gail
Immédiatement après la paix de Nicias, Sparte et Ârgos s'étant unies d'un lien qui eut peu de durée , on comprit Perdiccas dans cette ligue argienne, et la Macédoine se serait beaucoup élevée dans ce moment y si Olynthe, à l'exemple d'autres états, n'eût réuni dans ses murs une armée considérable de mercenaires. Les troubles qui éclatèrent dans le royaume après la mort de Perdiccas , Êicilitèrent l'accomplissement des projets des Olynthiens sur la côte macédonienne; enfin l'héritier légitime fut tué : Archélaûs, fils naturel du dernier roi, monta sur le trône. Si l'on en excepte Philippe , ce roi fut le plus célèbre de tous ceux qui ont gouverné la Macédoine : il accomplit une révolution que âept de ses prédécesseurs n'avaient pu opérer, en ayant toujours été empêchés par les guerres et les discordes civiles. Il bâtit et fortifia des villes ; il construisit des grandes routes, et organisa son armée selon les principes des Grecs ; enfin , il fit sentir à son royaume rinfluençe de la poésie athénienne et de la civilisation en généraL *
a dit dans la versioii latine de Fédition de 1807 : Perdiceam usu maris etiam in Maeedonia intercluserunt ^ mais lui-même» dans le tome V de ses Observations, traduit ainsi : le mène hii^er les jithénieru exclurent Perdiccas même de la Macédoine* 1 II j a , dans Thistoire de la Grèce de Mitford , d^ezcel** lentes remarques sur Pétat des villes grecques de la côte de Macédoine : il les compare aux villes maritimes anglaises » à Hampshire et à File de Wight.
Après sa mort il y eut encore de nouveaux changetnens ; cinq prétendans se disputèrent l'empire : Amyntas II l'emporta à l'aide des Thess^ens. Sur ces entrefaites , la puissance d'Olynthe s'accrut au point que cette ville conçut le plan d'une ligue de toutes les villes grecques de la côte de Thrace et de Macédoine. Les Macédoniens avaient à craindre d'être repoussés de tout le littoraL Déjà ils avaient évacué Pella, leur capitale, quand ApoUonie et Acanthus invoquèrent contre Olynthe le secours des Spartiates. Nous avons parlé de la guerre qui s'ensuivit Amyntas et son frère Derda les soutinrent vivement Les Macédoniens recouvrèrent à la vérité PdUa ; mais une fois alliés de Sparte , les Olynthiens n'en furent pas des voisins moins incommodes. Après la mort d' Amyntas, il y eut de nouveaux troubles dans le royaume^ déjà Euridice avait essayé d'attenter à la mort de ce roi , son époux , et de faire régner son amant au lieu de ses proprés fils. Il est difficile et peut-être impossible de déterminer avec précision les événemens et la chronologie des onze années qui suivent ^ Tout ce
i Nous ATons autant qae possible suivi Diodore ; mais voici commefit Gillies donne la sénw de ces rois , à partir d^Archélaûs, mort en 4o5. — Oreste , ^o$^ £rope II, 4^3; Arckélaûs Ily 394 9 Amyntas I.*", Sga ; Pausanias; 391 ; Am^mtas II, 390; Argasus II, 385; AmjTBtas II réubli, 383 ; Alexandre II» 37a ^ Perdiccas III, Syi; Ptolomée Alorite, 870^ Perdicoas;
que nous en savons , c'est que les Thessaliens , les Athéniens, les Thébains et les Thraces influèrent tour à tour sur les affaires macédoniennes. Nous ne pouvons faire accorder, d'une manière satisfaisante, le passage d'un discours d'Eschine, où cet orateur rappelle les bienfaits des Athéniens envers Philippe, 'avec les textes des auteurs , selon lesquels ce jeune prince , déjà livré en otage par son père aux Blyriens , aurait été remis entre les mains des Thébains, soit par son père lui-même, soit immédiatement après sa mort, et serait ensuite resté neuf ans à Thèbes ^ Il est impossible de tout concilier; que
Philippe soit demeuré à Thèbes neuf ans , ou bien qu'il n'y en ait passé' que trois, comme le veut Justin , c'est ce qui ne sera jamais décidé.
Amyntas avait laissé trois fils : Alexandre , Perdiccas et Philippe ; l'âîné lui succéda , mais il eut
avec les Thébains une querelle au sujet de la Thes-
368; Ptolomée, 367; Perdiccas 365. L^autorité de Gatterer contrarie aua^i la version adop^tée dans notre texte. { Essai d^histoire uniyerseUe, 17929 pag. 128.) '
1 Eschîne , de falsa légations, Diodore et Platarqne font venir Pelopidas en Macédoine au temps d^Alexandre, qui ne régna quVn an ; ils le font médiateur entre cet Alexandre et Ptolomée , et Philippe est emmené k Thèbes en otage , avec trente fils d« familles distinguées. Il est vrai qu^ailleuvs Diodore, en citant Théopompe (sa source principale pour le 16.* livre), avance que Philippe avait été envoyé' à Thèbes par Amyûtas.
salie : Pélopidas y mit fin. S'il en faut croire Justin, Eurydice, mère de ce prince, aidée de son amafit Ptolémée Alorite, se défît de lui, et causa par ses intrigues les plus grands désordres dans l'état Les Macédoniens ne voulurent point se soumettre à Ptolémée et à Eurydice ; ils se déclai'èrent pour Pausanias, dont les droits à la couronne ne nous sont pas bien connus. Celui-ci fut deux fois chassé, d'abord par Iphicrate , ensuite paf Pélopidas. Il parait que les Thébains décidèrent de tout; car Pélopidas , ayant laissé d'abord le pouvoir aux mains de Ptolémée Alonte , reparut encore' une seconde fois , quand Perdiccas , après s'en être débarrassé , éprouva . des difficultés nouvelles pour régner. Au surplus , Ptolémée * ne gouverna jamais que comme tuteur du jeune roi; il soutint Amphipolis contre Athènes , à cause de ses relations avec Thèbes. Cette conduite irrita d'autant plus lets Athéniens que, par un traité, Amyntas et les Spartiates leur avaient formellement abandonné cette ville. Perdiccas une foi^ à la tête des affaires, les hostilités continuèrent; il fut battu par Galli»trate : néanmoins on conclut ipunédiatement après un armistice, dont on fit un crime à ce Callistrate. Toutes ces choses n'empêchiaient pas que; Perdiccas n'entretînt des Uaisons dans Athènes , et surtout
avec Platon. Sur la foi d'une lettre de Speusîppc, Caiystius de Pergame veut qu'à la demande de ce philosophe, Philippe ait obtenu de son frère une petite principauté à gouverner selon son bon plaisir. Néanmoins cette assertion , pour n'être pas invraisemblable, n'eil reste pas moins erronnée; si elle eût été vraie, Eschiœ aurait -il manqué de rappeler ce service parmi tî)us ceux que les Athéniens rendirent à Philippe ? Il ne règne pas moins d'obscurité sur ce que l'on dit du séjour de ce roi à Thèbes , de ses rapports- avec Épaminondas , et de la doctrine de Pythagore qu'il y aurait apprise. Que l'on admette , si l'on veut , que son père l'y avait envoyé en otage , ou bien que l'on dise que Perdiccas l'avait livré au sujet de la médiation de cette ville, ou enfin qu'on soutienne qu'il ne le fût que plus tard , cela ne décide rien. Il, y a de l'incertitude, aussi sur son retour en MacédoiDe. Pourquoi supposer, comme on a côutiune de le feire, qu'il y apparut tout^ coup comme un dieu de théâtre , en s'enfuiant de Thèbes à point, nom* mé pour sauver sa patrie des mains de Qardyliis et de ses Illy riens', qui venaient de, tuer et son firèrc et toute l'armée , et qui occupaient déjà, la majeure partie du pays? Ce qu'il y a de mieux à &ire,^x;'fst de s'en tenir à ce que dit Carystius' def^ergame» en faisant ^straction toutefois d^ l'an^dote relative à Platon : ce Carystius fait revenir PhUippe avant
là mort de Perdiccas, et lui donne un petit territoire.
Les actions et l'éclat du règne de Philippe sont en raison inverse de l'obscurité de ces conunence* men3. Il lui Mlut sauver l'état et reconstituer ladministration ; car les dernières années avaient anéanti tout ce que ses prédécesseurs avaient tenté pour introduire chez eux la civilisation grecque. L'empire ^ paraissait approcher de sa dissolution. PhiUppe fut %
mis à-la tête des affaires comme tuteur de soîn neveu, /
5oit-c[ue son frère eût péri dans le combat, soit qu'il eût été assassiné : les Ulyriens alors menaçaient d'une noijvelle irruption ; c'était la l\? année de la io4-* olympiade. Alors aussi les Thraces voulurent placer sur le trône ce Pausanias chassé par Iphicrate , puis par les Thébains ; de leur côté le» Athéniens protégeaient un Argseus, petit-fils d'Archélaus. Phihppe se défit des Thraces avec dé l'argent, et dès -lors ses plus formidables ennemis furent évidemment les Athéniens qui, pour soutenir Argœus, avaient envoyé Mantias à la tête de trois mille honmies. Le roi gagna Amphipolis, qui depuis long -temps luttait contre Athènes pour conserver sa liberté ; il reconnut l'indépendance de cette ville toujours contestée par ses devanciers; en même temps il voulut séduire les Athéniens par la grandeur d'ame avec laquelle il traita leurs prisonniers. Argaeus avait manqué son entreprise j per-
sonne à ^gae , où il était venu , ne voulant se dé* clarer pour lui : il fut enveloppé par PhiKppe dam sa retraite : le roi laissa libres tous les Athéni ns, en leur rendant même les effets pris sur eux ; enfin il leur donna uiie lettre pour la république, annonçant rintention de renouveler avec elle l'amitié qui Punissait à son père.
En guerre avec Amphipolis, d'ailleurs liés par k reconnaissance S les Athéniens acceptèrent ses offres dès qu'il eût promis de ne plus soutenir cette viDe contre eux. A peine Philippe se fut -il débarrassé de ses plus dangereux ennemis , qu'il tourna son attention contre les Barbares. Le roi des Péoniens mourut. Philippe profita de l'occasion , battit ce peuple en bataille rangée, et marcha de suite contre les^Ulyri^ns qui occupaient une partie de son territoire. Si Pon peut en croire Théopompe , il avait dès-lors commencé à former le noyau de la puissance macédonienne , en organisant dix mille hommes de pied et six mille cavaliers. Quoi- qu'il en soit , ce fut ici pour la prepiière fois que les Macédoniens firent preuve dç constance dans la bravoure, et que Philippe déploya ses talens militairest De leur côté, les Illyriens avaient été exercés à l'art de la guerre par Bardylis. On nous dit qu'après un combat opiniâtre, PhiUppe dut l'avantage qu'il rem-
1 Démofithénes , dans Aristote , pag. 69a , édit. de Bekkei.
'pwz à l'habile emploi qu'il sut Êdre de sa cayalerie»
^^^D possession désormais de la Péonie , et délivré
^lal^nte des Illyriens, ce roi songea à l'afiran-
^ ^sfaissement des côtes de son empire : il voulut don-
*^ fter à son royaume une administration civile , et
^' iMistituer son état militaire selon les modèles qu'il
tmi vus en Grèce; car lors même qu'il ne serait
"^ Itsté à Thèbes que trois ans , il aurait pu étudier
les arts, ses sciences, ses institutions.
Les Macédoniens n'avaient pas attendu cette vic-
> toire pour le reconnaître seul roi; déjà ils voyaient
^ en lui le seul sauveur de leur liberté : il n'est plus
question désormais de ce neveu , véritable héritier
du trône , dont Philippe était le tuteur ; il disparaît
tout-à-fait de l'histoire, sans- qu'on sache ce qu'il
est devenu.
Dans ce temps les Athéniens qui , sous le titre de protecteurs , possédaient Potidée , Pydna , Méthone et d'autres lieux , se trouvaient en querelle avec Olynthe et en guerre ouverte avec Amphipolis. *
1 JLes Aihênieiis ayant perdu la Chersonése et Amphipolis ,
ils nommèrent Iphicrate pour commander. Il mit plusieurs an-r
nées à conduire cette guerre; son plan était de s^emparerd^abord
de U Chersonése. Ce qui prouve la durée de ses opérations,
cW cette circonstance qu^il eut trois ans entiers Faventurier
Charidèmç à son service. La conduite suspecte d^Iphicrate et se»
relations singulières en Thrace le firent destituer, et Timothée
^at mis à sa place. Celui-ci jugea aussi qu'*il était convenable
de commencer par reprendre la Chersonése , et chargea Cha*
L'Eubée devenait pour eux un sujet d'hostilités enyers Tlièbes, et de plus ils étaient menacés d'une guerre de la part de Chlo, de Byzance, de Rhodes et des dynastes de Carie. Ils se réjouirent donc de voir Phihppe prendre Pydna en échange de ce qu'il se chargeait de leur vengeance contre Amphipolis, dont il anéantissait l'indépendance ^ Démosthènes c fait à ce sujet un injuste reproche à PhiUppe, qu'il I accuse d'avoir trompé les Âdiéniens. Tous les au- '.; teurs fixent la prise d'ÂmphipoUs à la 3.® année de la io5.® olympiade, 568 ans avant Jésus-Christ, i c'est-à-dire trois ans après Favénement de Philippe. Les circonstances ne pouvaient être plus favorables à ce roi; les Thébains protégeaient l'Eubée contre les Athéniens. Themison d'Érétrie établissait j les bannis d'Athènes a Orope , place frontière qu'il I mettait sous la protection de Thèbes ; d'un autre -
ridème de mener à Athènes les otages d''Amphipoli« que lui avait confiés Iphicrate. Mais Charidéme Tendit ces otages v et se mit au service de Cotys , prince de Thrace. Quant ï Amphipolis , elle se' mit sous la protection des Olynthien» (dXvvdiotç Toîç vfxsTffotç i^bfolç'i Toîç e^ovfftf Afju^hoKif itcir intivov TOV ^pévov)* Timothée fit la guerre à Amphipolis jusqu^à ce que sa présence fut nécessaire ailleurs. Dam la suite, et au sujet d^ufie nouvelle expédition contre Amphipalis , les Athéniens mirenif encore leur confiance en ce Charidéme qui les avait si souvent trompés.
1 Cest à cela que se rapporte le passage de Théopompe^ que Suidas nous a conservé : ti tort TO iv To7i« Voyei Dtmosthdnes, Ofy-ntk, JI , pag. 19.
côté la guerre des alliés occupait toute Fattentioil d'Athènes. Philippe sut admirablement profiter de tous ces avantages : quoiqu'il eût pris Amphipolb d'assaut y ce succès était plus apparent que réel; car il le devait surtout aux intelligences qu'il s'était ménagées, dl laissa subsister la constitution , respecta les propriétés , et ne chassa que les chefs de la faction opposée à la Macédoine. Les Olynthiens , à ses yeux, étaient d'anciens ennemis de son empire et des voisins dangereux ; il ne s'en ligua pas moins avec eux, afin d'expulser plus promptement les Athéniens de cette côte. Potidée, après une résîsr tance opiniâtre , fut prise par les Macédoniens et les. Olynthiens , et PhiUppe l'abandonna à ces derniers comme il leur avait précédemment laissé Anthème. En effet il se souciait moins de conquérir des villes que d'anéantir les places d'Athènes. En récompense les Olynthiens le secondèrent dans la prise de Pydna , où , comme partout ailleurs , il entretenait des relations avec un parti. ^
Philippe savait qu'Athènes était divisée en deux factions; l'une, qui lui était contraire, avait Démosthènes pour chef; il sut gagner l'autre, dirigée dans la suite par Eschine et qui l'était alors par Philocrate et par d'autres encore : c'est ce.paiti qui
1 Démosthénes, Oljrnth. I,p. 1 1. a Les Olynthiens sayaient « ce qu^il aTait fait aux Amphipoli tains , qui lui araient liTré, a leurTiUe, et aux Pydnéens qui Fayaient reçu dans la leur. ^
s'appliquait toujours à éloigner toutes les mesures décisives. Philippe lui fournit une occasion de le louer, en renvoyant la garnison athénienne de Pydna comme il avait renvoyé auparavant les soldats de Mantias.
Plutarque et Justin disent que le jour où PhiKppe prit Potidée, il reçut la nouvelle d'une victoire décisive remportée par Parménion sur les Illyriens, et, en même temps, celle de la naissance d'Alexandre. Ces historiens paraissent avoir sacrifié la chronologie à ce qi^e la coïncidence de ces événemens a de théâtral; néanmoins il ny a pas grand intervalle de lun à l'autre^ Il est probable que la prise de Potidée n'eut lieu qu'à la fin de la 4«* année de la io5.* olympiade. Méthone, la seule des villes grecques qui restât encore, fut épargnée jusqu'à ce que Philippe, après de vaines tentatives sur la Chersonèse, vint s'établir en Thrace. A cette époque l'armée était organisée; une capital^ nouvelle, portant le nom du roi , était peuplée de Grecs dépossédés dans ses dernières campagnes; des mines
1 Manso , tom. III, pag. 292 , place ^ Tannée 358 ay. J. C la prise de Pydna et de Potidée , et la naissance d^ Alexandre • à 356. Cela est évidemment en oppositon ayec Topiniâtre défense de Potidée. D^ailleurs c^est trop de la conquête de trois villes dans une année; car il s^agit d^Amphipolis, de Pydna et de Potidée. Sainte-Croix répartit ces événemens sur trois années diS'érentes^ il rapporte les opinions des chronologistes.
avaient été ouYertes ai divers endroits des monts Pangéens , célèbres ^r les jardins de Cotys ; For monnayé à TefSgie du souverain avait appelé de toutes parts des soldats et des officiers à son service.^ On voyait, affluer chez lui les artistes, les acteurs, les poètes^ les oratei^rs, les hommes d'état; en un mot, tous ceux qui, dans leur patrie, avaient encouru la peine de i exil , étaient reçus par lui à bras ouverts. Les présens qu'il faisait, les repas qu'il donnait, et sa constante affabilité, lui firent dans tous les états de nombreux partisans. Enfin les troubles de Thessalie et la guerre sacrée dont la Grèce était m^acée, allaient lui en assurer là suprématie ; mais un seul homme aiTêu ses progrès, et cet homme était Démosthènes.
la Thrace , Olynihe , la guerre sacrée.
A partir de ce moment, la Thrace prit, pour la première fois , une attitude imposante ; attitude ^'eUe .conserva, soit comme province de la Macédoine, soit comme royaume de Lysimaque, jusqu'en Tannée 379 avant notre ère. Cette contrée n'était encore connue que par la féroce valeur de
ses habitans , et par les guerres qu'ils se faisaient ^
1 Les Thasiens ayaient repris possession des mines que les Athéniens leur ayaient 6tces. Celles d'Amphipolis prodimai«nt aviron looo ultos. ^