II. H
les uns aux autres. Du reste elle était séparée de la mer par les colonies grecques; ses marais, ses forêts , la rendaient plus froide qu'elle ne l'est au^ }Ourd'hui que la culture a généralement adouci le climat de l'Europe. %
Il paraît que l'expédition de# Berses contre le» Scythes fut pour beaucoup dai^s la formation de l'état des Odryses : d'abord le séjour des gouverneurs persans accoutuma les Thraces à un gouvernement régulier; en second lieu cette expédition refoula les montagnards vers leurs siéces primitifs. Le nord de la Thrace était alors occupé par les Gètes et par les Triballes ; plus tard , les Gètes se rapprochèrent du Danube. La partie méridionale du pays appartenait, .vers l'Ouest, aux Pébniè^s et aux Mceâens ; vers TEst , aux Odryses. ^Quand les Perses furent obligés à la retraite, les Odryses s'étendirent , se rendirent indépendans et se liguèrent avec les Athéniens, qui avaient' établi leurs colonies dans la Chersonèse, et qui étaient maîtres de la plupart des villes grec(][ues de' la côte. Athènes, d'ailleurs , entretenait dans ses murs un corps de Thraces auxquels était confiée la policé de la ville. Nous avons déjà parlé de ce Térès, au sujet duquel Thucydide croit nécessaire d'avertir ses lecteurs de ne le point confondre avec le Térée de la fable , qui vécut plusieurs siècles auparavant. Ce soin prouve combien peu on savait de choses sur les Barbares
dé ce temps-lsL Térès eut pour successeur Sitalcès , dont l'alliance fut importante pour les Athéniens pendant la guerre du Péloponèse. Le fils de Sitalcès lut &it citoyen d'Athènes^ Thucydide étend son royaume depuis Abdère jusqu'au Danube; il en évalue le revenu à douze cents taléns. L'armée qui marcha contre la A|acédoine sous la conduite de &talcès, était composée de Thraces libres, de Gètes et de soldats des nations voisines, qui n'avaient ni ordre ni discipline; mais il eût. été facile de l'instruire. Les Triballes vainquirent ce roi, qui périt dans Tactioife Seuthès, son neveu, lui succéda dans le gouvernement des Odryses; il trouva l'empire teUement afTaibU par cette défaite qu'il ne put empêcher la défection des Mélandeptes, des Thynes et des Traniptes, peuples soumis aux Odryses, et qui bientôt retombèrent dans leur premier état de barbarie , ainsi que nous le voyons dans le 7/ hvrç de Xénophon , où cet auteur nous dit comment il prit du service^ chez. les Thraces. Alors Seuthès était mort , Médocus , que d'autres appellent Amadocus, régnait sur les Odryses-; Ijs fils du souverain qui avait gouverné laThrace méridionale, et qui était également appelé Seudiès, cherchait à ressaisir Ja puissance de son père ; mais les peuples par lesquels il avait été chassé , et surtout les Thynes, montraient
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beaucoup de répugnance à se soumettre. Seuthès eut recours aux mercenaires grecs * qui étaient en si grand nombre , et c'est ce qui amena au service de Tbrace Xénophon avec les hbnmies qu'il avait ramenés d'Asie. ^
Nous manquons de renseîgnemens pour suiVre l'histoire de ce Seuthès; la fortune augmentait parfois le nombre de ses troupes, puis les revers le diminuaient Le récit de Xénophon nous apprend seulement qu'il demeura dans la dépendance des Odiyses; ensuite; cet empire méridional subsiste à côté de celui des Odiyses, et peu d'années après ces mêmes Thraces du sud se réunissent aux iiabitans
1 Xénophon , jénabas,, liy.'VII, ch. 3 , le prince de Thrace dit à Xénophon : f tti/ rai OS^vo'Sv Trùdy/JUtTaL iveanviv* —
a On peut Toir dans Thucydide , liy. II , chap. gS - 98 , ce qui a rapport à tout cela. On aurait tort d''appeler du nom d^armée les i5o,ooo hommes qui accompagnaient Sitalcés; c^était tout an plus une bande de Gosaques et de Tartares : aussi voit- on les rois, ses successeurs, dans 1a dépendance des mercenaires grecs et de leurs généraux. Il en est autrement de«. revenus publics. « Le tribut des Barbares et des yilles K grecques, tel que le recevait Seuthé^, qui a succédé à Sital- <i ces', et qui Ta augmenté, -pouvait être estimé à quatre cents «t talens d^argent, en comptant ensemble Targent et For. Les M présens en or et en argent ne s^élevaient pas à moins, sans a compter ce qu^on payait en étoffes et en ustensiles de diffé- « rentes espèces. Ce n^était pas seulement au roi que Ton faisait <i de «es présèns , mais aux Odryses les plus en Cf^it et les a plus distingués par leur naissance. *
^'Abdère pour fiâre la guerre aux Triballes, que la fidm Êîsait sortir de leur patrie. Soutenu parles aventuriers grecs et par des troupes que des chefs de cette nation avaient disciplinées , le roi Cotys devint puissant : peu de temps avant le règne dé Philippe il ^totinàit les "Grecs par le luxe de sa tablée Timothée trouva noLoyen de lui arracher douze cents talens qu'il imposa sur son territoire ; Iphicrate préféra l'alliance de ce Thrace à ses devoirs envers sa patrie^; et, quand il ne voulut plus l'assister dans la guerre qu'il faisait aux Athéniens, Cotys le récompensa à la manière des Barbares. Le prince trouva ensuite dans Charidème et dans ses mercenaires des forces à opposer à Iphicrate et au;x Athéniens^; enfin, lorsque Cotj3 eut poussé au dernier point la débauche et la cruauté, il fut tué par Python et par Héraclide, citoyens d'iEnos, ville fondée en Thrace par les Grecs. Non -seulement ceux-c5i furent protégés par Athènes, mais elle Ibur décerna des couronnes d'or et les fit citoyens. L'esprit démocratique n'était pas
1 Athénée , Deipnosopk, , Ut. XII > pag. 53 1 . Il ^r a Ik un passage de Théopompe, où il est question de la marche de Philippe Ters la Thrace. Onocarsis , y est- il dit, était Tune des résidences que Cotjs , le plus yolnptueux et It plus efféminé des rois de Thrace , ayait choisies pour Tété : il aimait à donner %t» repa6 a Tombre «t an bord d« Teaa ^Mtntxwtiotv
a Pémosthénes , in j4ristp€r., pag. $9 5, édit. deBekker.
2 Démosthènes, L c.
(574) sans doute le seul mobile de ces récompenses décernées à Python et à Héradide ; Athènes venait de disputer à Cotys la possession de, la Chersonèse, et sa mort apiportait dans les afiaires de Thrace une confusion dont on ne pouvait manquer de profiter. Contre les intentions de son père , Cersoblepte , l'aîné des fils de Cotys , voulut , à l'aide de Charidème, s'emparer de toute la Thrace; mais les Athéniens favorisèrent l^risades et Amadocus; Charidème enfin consentit à la cession de la Chersonèse, et Cersoblepte au partage de la Thrace méridionale. Cependant, avant que les Athéniens eussent pris possession de la Cherçonèse y Philippe apparut et prit à Cersoblepte la plus grande partie de son territoire ^ Les Athéniens envoyèrent alors Charèâ^qui,
1 Aussitôt après la mort de Cotys , Céphisodote vint en 'ilirace ayec une armée athénienne pour soutenir plus TÎgou- TeuseiBent Milto(r|rtfae$ y qui s^était rérolté contre lui. Céphisodote cmt qu^l ne pourrait tenir conAe Charidéme, qui commandait lea mercenaires de Cersoblepte j en conséquence il conclut uu armistice qui déplut aux Athéniens. Avant que de Aottvelles troupes pussent arriver d^Athènes, Miltocjthes fut livré à Çhaiidème par Sencythion , chef des soldats ^recs, €C Chandème à stm tour le livra de suite aux "oitoyens de Caxdie qui, par halne'^our Adiénes, le mirent croeUement à mort. Mais ce fut précisément ce qui fut cause jque Chaxidéme manqua son but. Les Thnices furent exaspérés par la mort de leur prince. Il n^était pas dans leurs mceurs -de se tuer les un» les autres pour des désordres cîviU. {je général athénien , Athénodore , prit le parti des adversaires de Cexsa'
k la vérité, occupa pour eux la Chersonèse, mais qui ne put entrer dans Cardie. Philippe, maître du pays qui s'étend au nord de cette ville, nourrissait en elle la haine qui l'animait contre les Athéniens , afin de pouvoir les harceler de temps en temps dans la Chersonèse. Néanmoins, et pendant quelque temps encore, il laissa les Odryses en repos. Le voyant ainsi occupé en Thrace, les Athéniens, de concert avec les habitans de Méthone, seule ville qui fût encore indépendante entre la ThessaUe et la capitale de Phihppe , se livrèrent à de nombreuses hostilités contre la Macédoine ^ Philippe parut prompt^nient
blepte , Amadocus . et Bérisade , et il le força de partager la Thrace. Peu aj^rès les Athéniens envoyèrent Chabrias , mais il n^avait pas pins qu^Athénodere de quoi payer ses soldats ; ils se séparèrent et Charidème refusa la paix. Les Athéniens, irrités y dépéchèrent alors Charès, qui conclut un traité qui fut rompu à la mort de Bérisade , lorsque Cersoblepte courut Fëspérance de chasser et les fils de ce Bérisade et Amadocus. Mais bientôt la guerre prit une mauvaise tournure pour lur ) car Athénodore commandait Farmée d«8 fils de Bérisade . çt Simon ayec Bianor celle d^Amadocus. Charidème , embarrassé , conseilla à son mattre de céder aux Athéniens la Cberspaèse , oà ils« n^ayaient eu jusqu^klors que pea'dv places ^ il disait que les chefs grecs n^oseraient porter lèt armes contre Athènes. De. la sorte Athènes et Cersoblepte atteignirent également leur but. Aussi vit-on. dans la suite les deux Amadocus «^attacher à la cause deJPÏiilippe (Harpoeration, subv. JifJLot^ lôKOç)^ qui chassait toujours Cersoblepte d^un lieu à Tautre.
i Ulpien , dans les Scolies sur Démosthènes , éd. de Wolf, Aurtl. Mlobr,^ 1607» ia-£bL% pag. 21 et a 3. Il dlfau mot
devant Méthone et la prit après un siège long et t)pîniâtre, dans Ifequel il perdit un œil. Malgré leur résistance , qui l'avait fort irrité , il permit aux habitans de se retirer; et quand il rasa letv ville en distribuant leurs terres à des colons macédoniens, il leur assigna de nouvelles demeures. Pagée fat réunie à Tempire de Macédoine en même temps que Méthone, c'est-à-dire en la 4-' année de la 106.* olympiade, 543 ans avant notre ère.
A peine Philippe s'était ainsi frayé le chemin de la Thessalie , que la guerre sacrée lui fournit Toccasion de rattacher à son empire. toute cette contrée, et de faire en même temps une tentative sur
où les Thébains envoyèrent leur jeunesse ^mbattre dans d'autres contrées. Il sembla d'abord que les
Pagasœ sur lK)l3rnth. I. « Un descendant d^Hercnle , Aleuas (c le Thessalien , régna sur la Thessalie , et après lui ses entt fans. Les Thessaliens ne pouvant souffrir roppression et nt 4( sachant comment s^ soustraire , ils appelèrent Philippe. 4i II parut et chassa les Aljeuades. Par reconnaissance on lui if donna les i^eyenus publics de Pagases et les produits des « ports et des marchés de la Thessalie. * Plus loin , en pai^ lânt de M^gnésia , il est dit : « Philippe la soumit aux Thésée saliens et y bâtit ensuite une forteresse , sous prétexte dVm- A pécher la. défection des habitans , mais en réalité pour cob<« m tenir les Thessaliens eux-mêmes. Ce qu^ajrant aperçu, ils «I arrêtèrent Texécution des constructions projetées. *
Phocldiens voulussent renoncer a celte guerre malheureuse ; mais Onomarque , frère de Pliilomélus , en souhaitait la continuation. Il parvint à persuader ses concitoyens, qui le firent- général en lui conférant unepuisssmce illimitée; alors il leva dcnouvelles troupes et demanda des secours en Thessalie; mais Philippe y avait déjà noué des relations ; déjà les aristocraties de Larisse, de Pharsale et d'autres villes lui avaient cédé des impôts et des revenus dans leur propre pays , en récompense de ce qu'il les avait délivrées de la domination d'une fadiille et pi^tégées contre le puissant tyran de Phères. C'était l'usurpateur Lycophron^j il avait, ainsi que les Athéniens, reçu des sommes considérables «ur les trésors du temple ,' monnayés par ordre d'Onomarque, qui avait converti en armes le fer et l'airain. Appuyés en Thessalie , d'intelligence avec les Athéniens et les Spartiates, les mercenaires phôcidiens occupèrent Thronium chez les Locriens épicnémidiens , et AmpKissa chez les Locriens ozôles; ils pénétrèrent dai^s la Dori.de et prirent enfin Orchomèn^ en Béotie. Les aristocraties de la Tliessalie en fiirent tellement épouvantées, que Philippe fut aussitôt appelé. Il ne se fit pas long-temps prier. Il vint dans le temps même où Phayllus accourait au secours de Lycophron avec sept mille hommes, et les battit tous
1 Diodore , liy. XYI , cliap. 3 5.
deux dans une affaire décisive. Averti de la défûte des siens, Onomarque s'avança avec toutes ses for-r ces : Philippe fut vaincu à son tour dans deux batailles. Forcé d'abandonner la Thessalie à ses prch
près ressources , il ne put sauyer le resté de son
armée que par l'habileté de sa retraite. Hefireusement pour lui qu'Onomarque laissa les affaires de Thessalie au tyran de Phères et se tourna vers la Béotien Pendant qu'il prenait Coronée, les Thessaliens , pressés par Lycpphron , rappelèrent encore Philippe et réunirent tous leurs efforts cpntre Onomarque , qui revenait à la tête de 2000 hon^^^ Les Athéniens comprirent désormais que leur sort dépendait de celui desj^hocidiens; ils appliquèrent une grande somme à l'aiinement d'une flotte dont le commandement fut confié à Chârès, et d'une armée dont la conduite fut donnée à Diophantus.^ Il était trop tard pour sauver Onqmarque. L'infanterie phocidienne , soutenue seulement par cinq cents cavaliers , ne put tenir tlâns les plaises de Thesialie contre la grosse cavalerie j elle fut vaincue dans . deux batailles , Onctnarque lui-méiiie périt dans la dernière 5. Lycophron et Pitholaûs , souve-
1 Quatrième année de la 106.* olyippiade , 4^^ ^^* ^' ^' 21 Dëmosthènes , de faîsa légat»
3 Que Philippe ait on non fait mettre en croix le cadayie d^Onomarque , c^est ce qui nous imparte peu. Mais Mitfort
(579) ains de Phère», ne voyant plus de r^ùjea de se outenir , abandonnèrent leur ville à Philippe et se étirèrent en Phocide avec leurs deux mille mermaires.
Pendant que Pliayllus , frère des chefs tués , conbosait une nouvelle armée d'Athéniens , de LacédéloniejEis, puis des gens de Lycophron et d'autres icore qui affluaient de toutes parts , pendant qu'il iss^t la guerre en Béotie, Philippe disposait des ïairos de la Thessalie^ Il ne jugea pas alors con^ snable de se mettre avec les Athéniens en gue^i:^ uverte; il n'essaya point non plus de s'emparer es défilés de Thessalie, car U apprit que leurs 'oupes les tenaient. Il mit seulement des garnisons ans les forts ^, constitua les gouvememens et raticha aux intérêts de la Matédoine non-seulement ïs patriciens des vUles , mais encore toute la contrée.
Personne ne pourra nier qu'à dater de ce mo-
roît encore devoir Ten défendre , sous prétexte que Démotlènes n^en dit rien. Avec de pareils argumens on peut tout émontrer.
a Démosthènes, ou Fauteur du disconn Trip/ /Cxoriffou, quel [«*il soit« met une importance particulière à la citadelle àt Chères {^ifetiiàV fuv d<pvififiT(it riv TroXtv Xa p^ovfetv iv rif VLfù7ré\ts KetTfffTnff€v)> Nous parlerons pliis bas des institutions de Thessalie , et nous aurons égard au passage de Théopompe y ^^Harpociatien nous a conserré sous le mot Tf-
ment Philippe n'ait redoublé d'activité , ni que $^ manière d'user de la fortune ne. Tait rendu £giie de ses Ëiveurs. U fit diligence pour arriver en Thiacei et, la trouvant divisée entre difiërens petits princeif il chassa les uns , et particulièrement CersoUeptei prit les autres sous sa protection , disposa tout pov créer une flotte , et ne se laissa arrêter , d^ns Taocomplissement de tous les préparatifs contre .Olpthe*, ni par sa maladie^, jii par l'affaiblisseme^ qui la suivit II faut compter parmi ces pr^iaratK ^ son expédition d'Eubée , où des discordes civihi ^ lui donnèrent l'occasion d'établir des tyrans; il faut y comprendre aussi le soin qu^ eut de cor- 1^ rompre Lasthène et Euthycrate. Malgré la parade L que les partisans de Phitippe disaient publique- l ment de ses présens, les Olynthiens destituèrent j du commandement Apollonide, qui était ami d'A- . thènes, et ponfièrent leur cavalerie à Lasthène, qui , la vendit Les amis de la liberté tardèrent trop à . demander une alliance avec les Athénien^ : *il était trop tard quand Démosthènes fit accepter la ligue ^ par ses concitoyens : ceux-ci mettaient de la len- j teur à secourir, tandis que Philippe était prompt a attaquer. I^a - conclusion de cette alliance ne fit
a Olynth. I, pag. i3, édit. de Bekker. \ojtz aussi Haipoeration, sub v. ûcùiroLç»
pe redoubler son ardeur pour la guerre; il enleva es petites villes unies à Olynthe; puis, s'étant aproche à quelque distance, il somma les citoyens ; quitter leurs demeures comme les infortunés jbitans de Méthone , les menaçant de leur faire nfiiir un sort plus cruel encore. Démosthènes Feilla les Athéniens; ils secoururent les Olynlens , et , s'il en faut croire l'orateur , des armées pt considérables furent envoyées vers cette ville âégée. Mais les mercenaires étaient commandés p un Obaridème, que le discours de Démosthès contre. Aristocratç nous représente comme un >inme vénal, appartenant tantôt aux Athéniens^ ntôt à un satrape persan s tantôt enfin aux Thraces. tiéopompe nous en parle comme d'un homme fort îréglé K D'ailleurs le misérable Charès était à la tète *s troupes nationales , pendant que Phocion était M^npé dans l'Eubée. La première année se passa ^ute entière ^ en préparatifs , et lorsqu'eniin Charès nta le combat pour sauver la ville , il fut battu eux fois de suite. Alors les traîtres qui déjà avaient mdu leur patrie , secondèrent d'autant mieux Phi-
1 Athénée,' Déipnos., liy. X, p. 4^6. Il bayait sans cesse, et . insultait les femmes libres , enfin il poussa la débauche si loin , [nll ne craignit pas de demander ouvertement aux magistrats POlynthe Textraditiou d^un jeune homme d^une grande beauté ^ni avait été pris avec le Macédonien Déodas, et fait esclave, a En 349*
lippe. Rien de plus déplorable que le son cf ûljrmhe: i elle fut rasée et ses habitans vendus ou donnés e&L^ esclavage Au milieu de ces tableaux d'affliction il n'y a qu'une seule consolation pour le lecieor : c'oit la punition des traîtres ^ L'esprit aime aussi à se r^ poser sur un autre Eût; l'on ne sait -ce que l'on dok le plus admirer, ou de la noblesse de la demande adressée à Philippe par un acteur, ou de la violence que ce prince se fit à lui-même en l'aceordant' lies filles d'Apollophane de Pjrdna, qui avait participé au meurtre du firère de Philippe, étaient dm Olynthe ^ l'acteur- comique , Satyrus , venu pour prendre part aux jeui auxquels ce roi avait convoqué tous les artistes de la Grèce ^, mérita son suffrage par-dessus tous les autres. Satyrus s'iiité ressa vivement aux filles d'Apollophane : au liai* de récompense pour lui-même , il dema|ida har liberté ; mais ie roi crut qu'il était de son honneur de s'y refiiser : alors Satyrus déclara que noïi-seu* lement il ne voulait tirer aucun avantage d/e ce don, mais encore qu'il doterait ces filles de ses propres deniers. Phihppe n'osa point , en présence de
1 Démosthènes y de Cherton,, pag. 90 et 91. 'SjU'ifeiffBMAf
a UeivTûbç rovç rt^ffrùtç tnjviyûLyw.
3 Diodorty liy. XVI , cliap. 55.
FassemUée, renvoyer Satyrus sans rétribution; en conséquence il lui sacrifia sa haine. D autres Grecs toutefois ne rougirent point d'afficher leur basse eupiditç, et de recevoir de Philippe les citoyens d'Olynthe devenus esclaves , et qu'il donnait à tous avec prodigalité.
Cette corruption, qui afBigeait le^ états libres, lui rendait tout accessible ; il se mêla même des affaires du Péloponèse , et les Arcadiens envoyèrent Atrestidas, en qualité d'ambassadeur, en Macédoine* Eschine fi;émit d'hprreur lorsqu'il le . rencontra suivi de femmes et d'enians du butin d'Olynthe. Vers le même temps la guerre sacrée prit une tournure telle qu'on put bien prévoir qu'en possession de la Thessalie , le roi serait tôt ou tard un médiateur armé qui déciderait des affaires de toute" la Grèce. Depuis cet instant tout le soin de Philippe lut d'endormir les Athéniens, de détourner leur attention , de les occuper ailleurs pour les empêcher de garder le» défilés. La prise d'Amphipolis avait créé une inimitié que le? affaire^ d'Olynthe convertirent en guerre ouverte. Philippe suscita des affaires à Athènes en Eubée et en Thrace, où il menaçait la diersonèse. Les Athéniens comprenaient bien que la suite d'une guerre- plus longue serait la perte totale de l'Eubée, et que Philippe avait des relations dangereuses pour eux jusque dans le Péloponèse. Ses pirates inquiétaient leur commerce j ils faisaient des
descentes jusque dans f Auique. On cnu donc devoir &ire la paix , et Démosthènes lui-ménie la c(nseillait D^aJbord les elioses furent ménagées par des histrions qui allaient et menaient sans cesse de h <■ Macédoine à Athènes , et que Philippe traitait avec une rare bonté. Ensuite les propositions furent fiâtes par des Athéniens considérés , auxquels le roi raidît ce que lefur avaient pris ses corsaires, sachant bien ce que pouvaient a Athènes les influences panicih lières. Bientôt on envoya une ambassade (brmdle, composée de dix membres, parmi lesquels étaient rhistrion Aristodème , et les orateurs Elschine et Démosthènes. Les Athéniens ne tenaient pas autant à préserver la Chersonèse, Imbros , Lésbos et Scjros , qui étaient incessamment menacées , qu'a enn pécher que Philippe ne fît'd'ultérieurs progrès dans lEubée; ils voulaient surtout sauver Cersoblepte, dont le fils était alors otage, et comprendre les Phocidiens dans le traité. Mais ce dernier point était précisément ce que Philippe ne voulait pas; son but était de rassurer les. Athéniens jusqu'à ce qu'il n'eut plus rien à craindre de leur union avec les Phocidiens ; et pour y parvenir, il employa toute sorte de moyens. Il commença par diviser les ambassadeurs, les retint long-temps à son quartierr général , témoignant la plus haute considératicm à
Philocrate et à Eschîne ' ; enfin il les renvoya avec
i Eichine lui-même ta conTieat et s^ea vantf } wuùm W*
n projet de traité. Tandis qu'on disputait et qu'on élibérait, il poursuivait ses conquêtes en Thrace; . fit partir pour Athènes ses meilleurs généraux, LUtipater, Parménion et Euryloque, en apparence our y jurer la paix, en réalité pour faire naître e nouvelles difficultés. Les Athéniens nommèrent ine seconde ambassade solennelle ; mais elle tarda i fort que Philippe eut le temps d'anéantir Ceroblepte , d'occuper en Thrace les monts sacrés , e réunir Cdrdie à son empire, et de conquérir Dûtes les places fortes ^ Il marchait sur les Phoidiens quand vint l'ambassade qui devait recevoir on serment : elle le rencontra en Thessalie. Alors l ne pouvait plus être question de Cersoblepte; e roi rendit la Chersonèse^, mais il exclut du raité les Phocidiens et les habitans de Halos, qui
lOsihhïtSyide/aUa Ugat.,j ajoute Faccusation de s^^tre laîsso ^nompre.
1 Dëmosthénes en accuse ses collègues d^ambassade, qui l'ariDgérent fvbien qu^il fallut yingt-deux jours pour arriver en [acédoiiie , et qu^n tout il s^en écoula cinquante jusqu^k Tins^ int où Philippe 'revint à PeUa. Pendant ce temps il arait »umis Dorisque , la Thrace , le pays qui est prés de la mu-> tille de Thrace, les monts sacrés, et tout cela par des traités^
3 Philippe amusait les Athéniens de promesses qu^il leur lisait faire par ses affidés , et qui , par conséquent , ne le [aient pas. Voye* Démosthénes, de pace, pag. 55, édit. de leVker, et pour ce qui concerne la Chersonèse^ TOjr. de faba «gottone, pag. 3a8 , «dit. de Bekker.
étaient à la fois leurs alliés et ceux d'Atliènes. Les Athéniens voulurent protester contre cette exclusion par une troisième ambassade : elle anÎT» beaucoup trop tard. "
On a vu déjà qu'immédiatement après la mort d*Onomarque, Phayllus, pillant le temple de Ddphes, se mit à même de rassembler une armée considérable. Il s'en servit pour chasser les Thébainsde la Phocide , pour raser Aryca , et pour lier étroitement les Locriens épicnémidiens aux Phocidiens^; cepen- r dant Diodore dit que toutes les fois qu'il essaya de t tenir la campagne contre les Béotiens , il éprouva i des perles \ Phayllùs mourut de consomption en \ la même année*, et Mnaséas, tuteur de Phalaecos, [ le fils d'Onomarque, fut tué par les Thébains dans ' une surprise nocturne^, en sorte qu'il n'y eut plus ; k la tête des affaires que ce Phalaecus lui-même. Ses forces ne suffisaient pas à conduire un peuple en | fermentation et une armée de mercenaires com- t posée de diverses nations. Malgré les succès qui '
• 1 Ces événtmeiis s.e rapportent à Tannée 346 et an coomencement de Taimée 345 ayant J. C. . '
3 II y a, sur Ta guerre sacrée, une snlta de^dissertationi .T de M. Valois dans les Mémoires de FAcadémie des inscrîp* tions et belles -lettres.
3 A en juger par le nombre des morts, les combats 4I00I ])arle Diodore n^étarent que de simples escarmouches.
signalèrent la troisième année de son comm(;nde* ment , il fut deslilué et on lui demanda compte du pillage du temple de Delphes. Il est probable qu'on en agit de la sot te à cause des Athéniem» et des Spartiates , qui voulaient un prétexte honnête pour prendre plus activement le parti des Phocidiens; il convenait donc d'écarter le reproche de la profanation du temple. Plialascus cependant garda ses * n^ercenaires j il conserva dans le peuple un parti puissant ; on le rappela bientôt au commandement , et l'attitude de sa faction envers celle qui favorisait Sparte et Athènes, causa la ruine totale des Phocidiens. En Béotie ils possédaient Coronée , Orchojiiène et Corsiœ, d'où ils ravageaient tout le pays. Depuis long -temps les Thébains suppliaient Philippe de secourir le dieu du temple de Delphes. Démosthènes loue les ambassadeurs qui , refusant toute espèce de présens pour eux, insistèrent fortement pour obtenir à leur patrie des avantages dont le roi cependant n'accorda qu'une partie. Avant qu^il conclut la paix avec Athènes , des ambassadeurs phocidiens étaient venus dans cette ville pour demander du secours ; ils consentirent à l'occupaûon des trois forteresses locrierines , Alponus , Thronium et Kicée , voisines des défilés de Thessalie, Les Athéniens commirent Pro;sénus pour les recevoir, et pour cela ils armèrent cinquante vaisseaux, voulant faire partir pour la même destination tous
les Càioyens au-dessous de l'âge de trente ans. Phala;cus et ses officiers mirent obstacle à Texécution de cette convention ; ils allèrent jusqu'à maltraiter les députés qui avaient conclu le traité. Mais le danger croissant toujours, les Spartiates offrirent de se charger de la défense de ces places. Phalœcoâ leur fit une réponse injurieuse , et les Spartiates et leur roi Arcliidamus abandonnèrent les Phocidiebs à leur destinée. Quand Philippe s'approcha, ils furent trahis par leurs propres compatriote^.
Il faut surtout recourir à Eschine sur ce qui arriva aux Phôcidiens : quel que soit le rôle qu'il ait joué dans cette occasion, il y a dans ce qu'il dit une vraisemblance intrinsèque qui donne de la valeur à son témoignage ^ D'abord Philippe n'envoya que peu de forces ; mais quand il eut terminé sa négociation avec Phalaecus^, et que celui-ci, après s'être campé près de Nicée et après avoir &it quelques fausses démonstrations, eut livré au roi toutes les forteresses, en se ménageant une retraite dans le Péloponèse , il fallut bien que les pauvres Phôcidiens se rendissent à discrétion et se soumissent à payer les fautes d'hommes qui ne leur avaient pas été moins à charge qu'à leurs voisins. On ne saurait nier que Philippe ne les ait traités avec cruauté ■ il en réduisit des milliers en esclavage, les trois
1 Defalsa le^atione, pag. 358, çdit. de Bekker.
places principales furent rasées , les dix-neuf autres villes furent \idées par leurs habitans, les armures et les chevaux furent livrés ; eniin , on imposa a cette contrée désolée soixante talens d'impôt jusqu'à restitution entière des trésors du temple. Ces cruautés néanmoins étaient plus conformes à la politique de Philippe qua son caractère ^ LesThc^ sahens et les Thébainâi étaietit irrités au dernier point contre les Phocidiens qui,- pendant dix ans, avaient transformé leur pays en repaire de brigands, et Phihppe avait besoin des uns et des auti*es ^ pour l'accomplissement de ses projets; il voulut, donc leur complaire. Eschine , ambassadeur à l'assemblée des amphictyons convoquée par Philippe , soutient qu'il eut beaucoup de peine à préserver les Phocidiens de la fureur des OEtéens^, qui proposaient de précipiter du haut d'une roche tous les hommes adultes. Il s'attribue l'honneur de leur conservation. Il était facile de voir que Philippe visait h la souveraineté de toute la Grèce. Les Spartiates furent exclus de l'assemblée des amphictyons , et Phihppe se fit adjuger les deux voix que perdaient les Phocidiens, chaque peuple ayant le droit d'y apporter
1 Mitford nie absolument que Philippe ait écrit cette lettre lui la dëyastation des villes de la Phocide , dont cependant Bémosthènes fait mention.
a Cest pour cela qu^il céda aux patriciens de Pharsale Halos, qn,^il arait assiégée et prise à. grand» frais.
(390) deux suffrages. Il obtint en même tentps la préséance pour la consultation de l'oracle de Delphes et la présidence des jeux pyihicns. Quoiqu'il célébrât luimême en Macédoine des jeux olympiques en l'honneur des itauses , et qu'il y déployât une magnificence autre que celle de ses délégués aux jcui pythiens, il se servit des moyens que lui offrait cette solennité pour gagner , en flattant leur vanité et leur goût pour les spectacles , les Grecs qu'il ne pouvait vaincre par les armes. Toutes les vertus et tous les vices du temps étaient réunis dans Philippe. Ce n'est pas le lieu de parler de son amour pour les afrts et pour les sciences , ni jde l'honneur .qu'il fit aux Grecs en confiant une partie de Téducation d'Alexandre à Àristote , qui étaif en quelque sorte le représent^pt de toutes leurs connaissances. Enfin nous passerons sur ce qu'il accorda' de distinctibn aux artistes, aux poètes, aux acteurs, aux orateurs , et sur cette civilisation que dès villes de la côte de Thraçe et àe Macédoine il importa dans l'intérieur du pays en y transportant leurs citoyens. Nous ne parlerons ici que de ses vices : ils tournèrent tous au. profit de sa politique-, parcç qu'ils lui servirent à gagner les Grecs. Théopompe, qui BOUS entretient de son penchant à la boisson, dit qu'il s'en fiait à la sobriété d'Antipater : ce même auteur ajoute, que Pni^ippe redoutait le regard de cet Antipater^ quand il se livrait hors de propos
âux plaisirs d'introduire à sa cour ces chanteurs , ces
danseurs et ces acteurs qui la rendaient si agréable
aux Grecs et aux Macédoniens eux-mêmes ^ Le roi
aimait la plaisanterie, et son humeur était gaie r d'ail •
leurs il fallait bien converser avec les Grecs à leur
manière^. Il parait que Philippe s'abandonna beau-
|COup aux honteuses voluptés qui étaient ordinaires
aux Grécs-et que pratiquent aujourd'hui les Turcs;
mais peut-être fut- il. moins coupable en cela que
les Athéniens, qui défendaient par Jeurs lois ces
vices abject», dont cependant ils se vantaient aVec
impudence. ^
Dernières entreprises de Philippe.
La prépondérance de ^Philippe était établie par la possession dé la Phocide et par la part qu'il avait eue aux derniers événemens. Démosthènes le reconnaissait, et lui-même conseilla la paix aux Athéniens dans un discours que nous avons encore. Toutefois le roi ne crut pas devoir encore développer le plan
1 Athéaée, Ht. X, cli. lo, pag. 4^5, cdit. de 1597.
^ ThiBO^orape nous dit qne cela lui gagna toatf la noblesse de Thessidie; Athénée, Ht. VI, pag. a6o.
3 Philippe ne souffrit point de femmes h. son armée. Voyez ses ordonnanOes dans Alhénée, Hy. XIII, p. 557. On y trouTe aussi rénnmération de ses nombreux mariages <pn tous avaient été conclus dans des vues politiques.
qu'il avait conçu de tourner contre la Perse loutcs les forces militaires de la Grèce, au lieu de les consumer par des guerres intestines. La Thrace devint son objet principal : il y passa toute l'année qui suivit son expédition de Phocide * ; il y établit des exilés 'de ce pays- et d'autres contrées, y bâtit des villes et donna son nom à plusieurs anciennes ci-| tés 3. La Thrace était doublement importante pour Philippe : maître de l'intérieur du pays /les villes de la côte ne pouvaient lui résister long-temps; la perte de Byzance , de Périnthe et d'autres cités devait anéantir la puissance d'Athènes ; en second lieu, la Thrace était propre à fournir au roi des troupes légères à pied et à cheval.
L'oisiveté n'approchait jamais de ce prince : à peine eut-il'fini les afiaires de Thrace. qu'il' se tourna vers riUyrie pour s'assurer des montagnards avant de rien entreprendre contre la Perse. Ses flottes et ses
3 Démosthénes , Philipp. III, p. 107. «Je ne parlerai pas a d^Olynthe , de Méthone , d'Apollonie , ni de yingt-deax TÎUes « de Thrace qu^il a si cruellement d^mites , que le yojagear « ne pourrait même affirmer qu^elles aient jamais existé." Il paraît que la plus riclie des villes de Tbrace n^éprouta point ce sort funeste. Selon Harpocra^on, c^était Datus {s,v* AcLTOç) qui avait donné lieu au proverbe (Aatoç etyctBSv)» Harpocration est fort embarrassé de voir ce nom employé dans les trois genres, mais il cite Éphore etPhilochore, qui attestent qu^après la oonquéte de Fbilippe elle reçut le pom de ce prince.
( SgS )
liaisons avec l'Eubée * , avec Mégare ^ , avec le Péloponèse, et avec Ambracie, le servirent beaucoup dans ces expéditions. Démosthènes répète souvent que dès-lprs Philippe avait pris pied sur tous les points qui entourent la Grèce ^. Immédiatement après il fît un mouvement en Tixessalie pour assurer la domination des familles qui s'étaient données à lui, et surtout pour humilier Phères, qui ne pouvait s'accoutumer à l'obéissance.
Dans les aimées suivantes, la Th race 'fut encore le théâtre de ses entreprises ; il ne se borna point aux peuples grossiers qui s'étendent jusque *sur les bords du Danube , il sVtaqua ménié aux alliés d'Athènes et à leurs possessions de la Chersonèse. U convient dans sa lettre aux Athéniens , que nonseulement il a privé de sa souveraineté ce Cersoblepte qu'il avait déjà vaincu, mais encore Xérès « son propre aUié. Les Athéniens alors commencèrent à prêter l'oreille aux insinuations de Démosthènes , dHypéride et d'autres orateurs qui conseillaient la guerre. I)iopithe , général athéniei^ , envoyé dans ia Chersonèse , tira vengeance du secours que Philippe avait donné à Cardie contre Athènes , en pénétrant
1 L^histoire de ces années, si importantes pour la Macédoine, ne se trouye point dans Diodore. Il faut recourir k Bémosthénes , et surtout à la 3.' Philippique, pag. io3-i07.
1 Démosthènes, loc. cit., pag. 107.
3 Philipp. m y pag. 108 ec 109.
en Thrace pendant que Philippe était occupé dans le Nord contre les Odryses. Les Athéniens refusérent de l'en punir, et firent toutes sortes d'hostilités que Philippe leur reproche dans sa lettre ; enfin ils envoyèrent Démosthènes sur la côte de Thrace, où il conclut une ligue avec de petits souverains , et avec Périnthe, Sélymbrie et Byzance. Philij^e marcha promptement vers la côte , il bloqua Sélymtrie et attaqua de suite Périnthe avec une armée de trente mille l^ommes. Les satrapes persans se disputèrent J rhoi^neurde secourir Périnthe; les Athéniens vou- 1 liirent approvisionner Sélymbrie. Philippe fit cm* I mener leurs vaisseaux en Macédoine , et quand il 1 les rendit à- leur ambassadeur, il leur écrivit ûnç lettre ironique ^ Bientôt cependant il s'aperçut que ses adversaires l'emportaient dans Athènes ; ks ef- \ forts des satrapes soutinrent Périnthe. ^^ ^ Les Athénien!» couvrirent le nord dç 1^ merJÉgée dfli cprsaireç , ou du moins ils les y laissèrent agir.
1 Demos th en es, pro corona , pag. aaa-3a4 ^^ Pédition d^ Bekker. L^afTaiFe y est rapportée tout an long et appajée de ^ pièces justificatives. Amyntas, géaéralde Philippe ^ fit emmener j en Macédoine rnigt-deux petits navires (ffxa^»). Les Athc- J siens déprclièrent trois ambassacieurs à Philippe, cpi fut bieo ^ aise de pouvoir. continuer le siège sans ocaindre dVttaque àt la part des Athéniens. «
a Orat, XI, pag. i4o, éd. de Bekker, Démosthènes y f<J^ espérer atin Athéniens que, s'ils envoient des renforts, I^ Perses les seconderont encore plus vigoureusement.
Byzance se refusa à traiter avec Philippe contre Athènes. Dans ces circonsunces , le roi écrivit une lettre qui est un véritable manifeste * , et se déterii)ina enfin, à attaquer Byzance« Ces événemens soxK tous de la 4'' année de la 1 09.^ olympiade , et ce fut encore en la même année que Démosihènes/obtint de ses concitoyens qu'ils secourussent ^zance. Pendant que Philippe poussait avec une vigueur ettraordinaire-le siège de cette ville et celui de Périnthe^, les Athéniens chassaient ses garnisons de fEubée^; ils rétablissaient Tinflu^ice de la faction qui leur avait 'toujours été ÊivcM^able^ enfin ils envoyaient des flottes jet des armées pour délivrer Byzance. C'est daits cette occasion surtout qu'on voit combien les Athéniens étaient devenus ^aspects à leurs alliés, p'our avoir, à l'exemple de Philippe, autorisé de la pajt de leurs généraux , toute espèce de perfidie. Quelle que fut la position des Byzantins, quelle que fût leur reconnaissance ^es secours envoyés , ils ne voulurent recevoir les troupes ^fuxiliaires dans leurs murs, que quand Phocion fut arrivé avec cent vingt vaisseaux, parce que son caractère inspirait la confiance. Rhodes, Cos, Chio, anciennes alliées de Byzance et d'autres villes libres,
1 Démosth. , Orat, , édit. de Bekker, pag. 144**49*
a Ayant J. C. 34( et 34b.
3 Voyez, svr TEubée, £sehîne in Cttêiphont, <, p. 409*4*^*
(596) prirent aussi parti pour elle. Philippe se redra cependant il nest pas établi qu'il eût dès-lor^&k la paix avec Athènes, comme le veut Diodore. Deux fois contraint 'd'abandonner une entreprise bien combinée, le roi regagna la confiance de ses troih pes par une expédition chez les Scythes. U perdil dans la retiaâte le butin qu'il avait &it, les TribsUes l'ayant subitement attaqué. ^
On pensait d'autant moins qu'alors Philippe pàt avoir des vues sur la Grèce, qu'il avait été blessé dans sa dernière campagne et qu'U était encore mahde; mais les députés qu'il avait gagnés à l'assemblée des amphictyoï^s prirent pojur prçtexte de l'appeler une seconde fois, dan^ le désir de mettre ûfi k queltfues misérables querelles avec Amphissa. Selon Déolos- j thènes , Philippe fit faire cette proposition non par | ses affidés, mais par des. étrangers^. Eschine nat- <
1 Sar tovt ceci Yoytt Jastib , , Itv* I^» ch. a. C'est )a seole antonté que nous ayons.
a Pro corona, p. a4^ et a47- Blschine, in Ctesiph. , p. 4^0 et SUIT. , éd. de Bekker. Après M. de Sainte-Croix ef d'autres encore qui ont traité ce sujet, M. Letronne a décidé ce point avec sa sagacité et son érudition ordinaires, toI. Vi, pag. aai des Méyn. de TAcad. des inscriptions et beUes- lettres : Éclaircîsscmens sur les fonctions des magistrats appelés mnémonSf hiéromnémons , promnémons, etisur la composition de Passem- Uée amphictjroni^ue. Il dit i « Les Pylagores étaient ceux qui « s'occupaient exclnsiyement de. tontes les questions de droit « public ) iU récompensaient les ^rrices rendus 'à la Grèce,
tribue cet appel à Philippe qu'au seul hasard y ainsi ^e la querelle élevée contre Âmphissa, qui priva la Grèce de sa liberté.' Eschine rapporte qu'irrité pu* les déclamations d'un député d'Amphissa , il se précipita dans l'assemblée , et que du Ueu même où elle se tenait, il inontra les champs sacrés que des Locriens ozoles , citoyens d'Amphissa » habitaient, cultivaient et convertissaient en pâturages. Ikiissitçt un décret fut rendu ; les hiéfomnémons eux-mêmes marchèrent avec les habitans de Del-* phes, munis de toute sorte d'instrumens ; on dé- DU^U les maisons, on ravagea les propriétés. Les Locriens- accoururent, les habitans de Delphes et les ambassadeurs eurent peine à échapper à leur (iireur. On convoqua une assemblée générale ^ com- [X>sée 1.^ des pyjagore^» 2.^ des hiéromnémons ,
condamnaient à des amendes les peuples qui yiolaient le
droit des gens. Les hiéromnémons luisaient , en oe qui
regardait la religion , ce que les Pjlagores faisaiei^t pour
les affaires de droit public j ib étaient les sacrorum cura-
tores, " ' .
1 Dans la Dissertation que nous Tenons de citer , M. Le-
tronne a fait les plus exactes recherches. Il dit que le mot
hurowutfmon , dans son acception la plus générale , signifie i .*
vne sorte de notaire chargé d'enregistrer certains actes relatifs
à la* religion ) a.'* *in prêtre chargé de la surveillance des
tichiYes sacrées; 3.** ^intendant du temple^ 4*^ ^^^^ certaines
"villes le grand -prêtre. M. Letronne ajoute à sa Disseitation
vas traduction du passage d'Eschine relatif à ces faits.
(59») 5.^ des théores. li y fut résolu qu'avant la prochaine réunion des amphictyons , on en tiendrait une extraordinaire , à laquelle les députés de chaque état, viendraient avec des pouvoirs suffisàns pour \ juger Amphissa. Le peuple athénien , sur la proposition de Démosthènes , défendit à ses députés d*y assister. Les autres vinrent , 'Amphiss^ fut condamnée 9 et l'on marcha contre les^-Locriens* sous la conduite de.Cottyphus, président des hiéronmémons. Ceux qui avaient pris part aux derniers évé- ^ nemens , furent punis ; on rétablit dans leur ptrle | les hommes exilés pour avoir improi^yé les vio- l lences de leurs compatriotes ^ enfin on frappa ce ^ pays d'une contribution qui élevait être acquittée dans un délai déterminé. Philippe revint en Macédoine après son expédition de Scythie , précisément dans le temps où ces diSerends prenaient un caractère graye. Soutenus par les Athéniens, les Locriens ne payèrent points loin de là , ils chassèrent de nou- j veau les exilés qu'on leur avait ramenés. Philippe ' exerçait deux suffrages aux amphictyons, tandis v que les petites tribus thessaliennes qui lui étaient soumises, formaient la majorité;. on le mêla donc à cette affaire^. Un décret lui dépécha Cottypbus^
■ ■ ■ ■■ ■ I ^ >!■ I I I II I I m p • '^
1 Ce Cottyphas est qualifie d^Arcadien daiSs !• décret des amphictyons , xïité par ï)émosihèiies , de corona , pag. 9^9 i / de Pharsalien^ dans le discours d^Eschine contre Ciéêiphon,
Pag-4a4- ' "
(599) pour le prier de se charger de la vengeance du dieu et pour lui déférer le commandement suprême.^ Philippe ne se fît pas long-temps attendre j il vint en Thessalie , et manda tous les députés aux Thermopyles, afin de paraître agir au nom de toute la Grèce. Néanmoins il manifesta sur-le-champ des vues bien différentes de l'objet qui lavait amené. Au lieu d'Amphissa , Thèbes et Athènes devaient être le but ^de ses hostilités; il se souciait peu de la divinité offensée : il voulait régner sur la Grèce ^. Pès qu'il fut sorti des défilés de Thrace , ses premières opérations trahirent ses intentions. Les Athéniens avaient envoyé au secours d'Ampbissa un certain nombre de mercenaires : Philippe les battit et les chassa. Il sembla s'attaquer encore plus sérieusement aux Thébains , avec lesquels il était en inimitié cachée depuis sa dernière invasion de la Phocide; car il avait conservé Nicée dans les défilés desXocriens, et de plus trompé l'espoir des Thébains , qui comptaient qu'Orchomène leur serait livré. Philippe désormais ■ee déclara le protecteur de cette ville contre Thèbes,
et dans le même moment il occupa Élatée , place
1 Mot à mot : (c Le prier de secourir Apollon et les am- « phictjrons , et de ne point souffrir que le dieu soit outragé « par les impies Amphisséens , etc. **
a II appela tous les Grecs, sous des peines grares , k yenir le joindre en Phocide les armes à la m^iliy en prenait dù$ ▼ivres pour quarante jours.
( 4oo )
de la Phocide , aussi importante pour la Béotie que Nicée pour le pays des Locriens. Ge £dt cependant n'eut lieu qu'après que les Athéniens offensés eurent envoyé une ambassade à Philippe pour lui dire de s'arrêter jusqu'après le résultat des négociations qu'ils voulaient entamer avec luL Cette tentative était risible; Philippe la qualifia telle dans sa ré^ ponse ^ écrite dans le temps même où , pac Tint lettre amicale et par l'intermédiaire de. Python, son plus habile orateur, il cherchait à empêcher Thèb» de se liguer avec Athènes.
Démosthènes peint vivement la terreur qui se répandit à Athènes quand on y apprit l'occupation d'Élatée^; il se vante d'en ^voir profité pour obtenir un décret qui armait toute la jeunesse sous le commandement de Charès et de Lysiclès. Quant aux'Thébains, ils laissèrent passer quelque temps en hésitations. Les Ath^iens et les Macédoniens se présentèrent deux fois le conibat dans l'arrièresaison et pendant l'hiver de la même année , sans qu'il y eût rien de décisif. Ce ne fut qu'au printemps que l'éloquence de Démosthènes décida enfin Thèbes à renohcer à ses mauvaises dispositions envers Athènes et à se déclarer contre la
1 Démosthènes, pro coràna , pag. a5a. Il demandait poui condition la punition des orateurs qui donnaient an ptupl^ de maurais conseils.
a 339 en automne.
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lédoine. Après des négociations inutiles , les éniens et les Thébains se mirent en campagne, liaient secondés par ]es Eubéens, les Mégariens, Corinthiens ^ les Leucadiens ; leui* armée était piarante à cinquante mille hommes. Le roi de îédoine ne pouvait guère leur en opposer au- I de trente ïnille et de deux mille cavaliers; s la victoire devait pencher du* côté où se ivaient des chefs tels que Philippe, Parménion, ipater et Alexandre. Une armée comme cielle MLacédoine devait l'emporter sur une multitude née à la hâte et sans expérience de. la guerre,* tout quand cette multitude n'avait pour' conduors qu'un Charès,. qu'un Ljsiclès. Le seul tort de nosthènes est de n'avoir pas aperçu l'inégalité .forces et des talens, çt d'avoir, trop compté l'amour de la Ubertéi La bataille de Chéronée ida .du sort de la Grèce ^ Quoi que Philippe pu dii*e ou faire dans l'ivresse de la victoire, conduite fit bien voir qu'il était réellement ad , qu'il voulait conserver les institutions de la îce et de la ThessaUe, et que, loin d'opprimer la rté, il ne briguait que le commodément sume d une nation réellement indépendante. Qu'il été heureux pour la Grèce s'il eût pu réunir s ses états en imje ligiieî mûisiarchique , et fonder
a Août 338.