‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 3 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

malheurs de tout genre firent périr ses misérables soldats. Il ne resta en Grèce que trois cent mille hommes, sous le commandement de Mardonius. Avant la bataille, les Athéniens avaient quitté leur ville avec leurs femmes et leurs enfans ^ ils s'étaient réfugiés à Salamine; l'année suivante, à l'approche de Mardonius (la seconde de la 76.* olympiade), ils furent contraints une seconde fois d'abandonner leurs murs. Dans cette circonstance les Spartiates se conduisirent mal : sourds aux prières des Athéniens, ils ne voulurent défendre que l'isthme. Néanmoins Pausanias , qui gouvernait ' alors pour le fils de liéonidas, leur enleva un décret qui mit en marche quarante mille hommes. Mardonius alors, voyant Athènes secourue, se retira vers la Béotie, et sous le commandement d'Aristide, les Athéniens se joignirent à leurs aUiés, dont l'armée, forte de cent vingt mille hommes, cherchait à engager la bataille. ^ Les Perses étaient trois fois plus nombreux; mais ils avaient parmi eux beaucoup de Grecs, sur lesquels ils ne pouvaient trop compter ; de plus , ils ne savaient pas employer leur cavalerie contre un ennemi qui n'en avait point. Les deux armées se rencontrèrent à Platée; les Perses vaincus apprirent alors ce que c'est qu'une défaite essuyée en pays étranger, au milieu de peuples qui n'obéissent qu'à regret. Artabaze ne parvint à l'Hellespont qu'avec quarante

1 Je suis le9 calculs de Mitford.

mille hommes; tout le reste périt Le jour même où Pausanias remportait à Platée cette éclatante victoire, Léotychides battait k Mycale la flotte et farmée persane, qui, forte de 60,000 hommes, avait débarqué sur le promontoire , où elle ne put se défendre contre une poignée de Grecs qu'en s'en*tourant de palissades. Désormais les Perses se virent menacés dans leur propre pays : Tlonie et les îles n'attendaient pour les chasser que l'apparition de forces navales. Des trésors considérables tombèrent au pouvoir des Grecs , et surtout des Athéniens.

Il ne fallait plus à ceux-ci qu'un port vaste et fortifié, celui de Phalère étant trop étroit et peu sûr. D'un autre côté ils' attendaient aussi l'occasion de substituer leurs chefs à ceux de Sparte dans le commandement contre les Perses. Thémistocle accomplit leurs vœtix quant au port; la confiance inspirée par la droiture d'Aristide fit le reste; car il sut gagner l'esprit des Éginètes , qui possédaient dans la flotte le plus grand nombre des vaisseaux doriens. Thémistocle avait jeté les yeux sur le Pyrée pour en faire un port. Jusque-là c'était une baie commode, à deux lieues d'Athènes, et qui pouvait contenir une flotte assez considérable de petits bâtimens. Déjà il l'avait fait creuser antérieurement, et dès l'année qui suivit la bataille de Platée, lorsque cette ville était encore en ruines, il fit construire à la hâte ces robustes murailles de pierres de taille ,

que, dix-huit ans plus tard, Cimon réunit à la ville au moyen des longs murs. Ce fut à la fois une nouvelle citadelle et le meilleur port de la Grèce. Sans lartifice de Thémistocle, les Spartiates eussent empêché l'exécution de ces travaux. Pausanias, après avoir pris Byzance, traita les alliés en sujets. ^ Aristide et Cimon étaient alors dans Athènes à la tête des affaires ; leur caractère , entièrement opposé à celui de Pausanias, se distinguait par la douceur , la bonté , la justice. Les habitans de Samos , de Lesbos , de Chio -, les prièrent donc de prendre le commandement de leur flotte; cet exemple ayant été suivi par d'autres, Sparte eut la prudence de renoncer à une suprématie à laquelle il était impossible de prétendre sans déployer de grandes forces navales : elle rappela donc Pausanias. Mais, accoutumé à la domination, il ne put supporter le séjour de Sparte; il conçut le projet de supprimer l'éphorat, et, voulant faire de la puissance royale tout autre chose que ce qu'elle avait été jusqu'alors, il se ligua avec Thémistocle, qui s'était vu enfin obUgé à quitter Athènes ^ ; tous deux recherchèrent l'amitié des Perses ; mais ce fut pour leur malheur. Thémistocle fut obligé de s'enfuir chez eux, Pausanias perdit la vie. Ainsi, dans un

1 Manso, Sparte, tom. I.", pag. 365. On y trouve un tableau complet des éyénemens de ce temps. « La a.* année de la 77.* olympiade.

(37) espace de soixante ans, nous voyons tous les rois de Sparte condamnés pour crime : Léotychide même. Je vainqueur de Mycale, fut exilé pour s être laissé corrompre en Thessalie. Athènes, plus heureuse , put se confier sans réserve aux grands hommes que la destinée faisait naître les uns après les autres. Si elle condamna Miltiade , Aristide , Thémistocle , du moins on ne les avait convaincus d'aucun crime, et la seule jalousie natureUe aux démocraties exigea le sacrifice d'un homme pour maintenir Fensemble de cet ordre de choses. ^

Il parait qu'Aristide abandonna le commandement ifiilitaire à Cimon; car, à partir de la troisième année de la 77.*^ olympiade (la neuvième après la bataille de Platée), nous voyons à chaque année reparaître Cimon comme stratège , et chacune aussi est marquée par une action d'éclat de sa part. Aristide fit placer sous l'autorité d'un Athénien les contingens en numéraire de tous les états désormais délivrés des Perses 2. D'abord Cimon servit

1 Les Spartiates firent accuser Thémistocle , disant que rinfonnation contre Pausanias avait prouyé qu^il était son complice : en conséquence ils demandèrent qull fût puni des mêmes peines.^ Thucydide , Uy. I, ch. i3-5.

3 D'après le conseil d^Aristide, on réunit à Délos une sorte de congrès de toutes les cités, à Teffet de continuer la guerre. Ce lieu, d'après Pusage antique, était destiné aux marchés-^ aux solennités , et le temple deyenait ainsi une espèce dm bourse^ Jl^e» sommet auxquelles on s'imposa , s'éleyérent annnati^

avec Aristide sous Pausanias , puis il prit le commandement suprême, occupa Éjon et Suymon, établit une colonie athénienne à Scyros, et soumit Caiystus, dans l'Eubée, et Naxos. Ces conquêtes augmentèrent la puissance d'Athènes aux dépens des autres Grecs. Dans l'année même où Pausanias fut condamné, où d'Argos Thémistocle fut obligé de iiiir chez le roi des Molosses, et de là chez les Perses, Cimon remporta près d'Aspendus en Pamphylie et 3ur les bords du fleuve Eurymédon, une éclatante victoire de terre et de mer, comme autrefois Léotychide et Xanthippe près de Mycale. Dans cette journée il prit deux cents vaisseaux aux Perses; La guerre alors parut terminée , car il n'était pas possible d'aller chercher l'ennemi sur son territoire. L'influence des Athéniens sur le congrès de Délos fut telle néanmoins qu'on résolut de la continuer, et que, pour se dispenser d'envoyer sans cesse des citoyens et des vaisseaux, la plupart des alliés convinrent de subsides pécuniaires , au moyen desquels les Athéniens seraient chargés de pourvoir à tout C'est là principalement ce qui constitua la prépon-

lement k 460 talens , ^i iiirent déposés dans le temple.- Cependant naus ne TOyons pas quelle fat , dans la suite , Tinfluence de ce congrès, ni même s^il en eut aucune. On permit aux Athénkas d^tablir un trésorier général sans CAnsulter leurs alliés, et comme s^il n^âtait facstion que de la nomination d^un de kiui magistraU : c'était déjà pasalyser Tcffet dtt congrès.

(59) dérance maritime d'Athènes, en lui donnant une flotte exercée, entretenue aux frais d'autrui^ D'un autre côté , les colonies des îles et des côtes étaient comme autant de postes avancés, qui observaient tous les mouvemens des barbares et même ceux des alliés. Ces colonies devinrent entre Athènes et Sparte la première occasion de discorde. Les Athéniens s'étendirent de plus en plus vers le Strymon, où déjà les Pisistratides possédaient de grands biens ; ils envoyèrent dix mille colons sur le lieu où, plus tard, fut bâtie Amphipolis. A cette occasion ils se brouillèrent avec les habitans de l'île de Thasus , qui possédaient des mines dans ces contrées. Les Thasiens furent battus dans un combat naval; mais les robustes murailles que, pour obéir aux Perses, il leur avait fallu démolir, étaient alors rétablies : ils se préparèrent donc à une vigoureuse résistance. Les Spartiates qui promettaient de Ëdre une incursion dans l'Attique; furent arrêtés dans lexécution de ce projet par l'insurrection des Ilotes et des Messéniens, qui les occupa dix ans entiers. Pendant trois années ^ Cimon tint Tile étroitement bloquée; il fallut à la fin que les Thasiens, désespérant d'obtenir aucun secours de la part des Doriens , subissent les dures conditions que leur imposait Athènes.

1 Yfjjez Thnejdîde, Iît. I, ehap. 99.

a De la 4.* année de la 78.* olympiade, k la 3/ de la 79.*

Cimon était le chef du parti qui cherchait à ranimer les faibles restes de l'aristocratie. En son absence, Périclès hasarda ses premiers pas dans la carrière, et se déclara l'appui des démagogues, qui devaient lui aplanir le chemin du pouvoir. Cimon , de retour, fit pendant quelque temps prévaloir son influence, et quand les démagogues, qui avaient fait à' la constitution plusieurs changemens, lui reprochèrent d'avoir négligé la conquête de la Macédoine, il daigna à peine leur répondre : même il fit décréter, pour les Spartiates, un secours de troupes de siège. * Un horrible tremblement de terre ayant ébranlé tous les édifices de Sparte, et porté le désordre dans tout le pays, les Ilotes et les Messéijiens en avaient profité pour fortifier de nouveau Ithome, les Spartiates les y assiégeaient en vain. Les Athéniens amenés par cimon , ne furent pas d'abord plus heureux , et les Spartiates attribuèrent à mauvaise volonté ce peu de succès. Mais les Athéniens se vengèrent de ce soupçon outrageant, et rompant PalMance, ils en conclurent une avec les Argiens, étemels ennemis de Sparte. ^

Athènes alors était parvenue au plus haut degré

i . II.

1 Thucydide, liv. I, ch. loa, dit que les Spartiates eurent recours aux Athéniens, principalement à cause de Thabileté de ceux - ci dans les sièges. «

a Thucydide , 1. c. Craignant que les Athéniens n^entrassent fin relation ayec les assiégés , les Spartiates les Tenvoyèreut.

de spl^ideur^ Péridès s'empara du gouvernail : il fit tomber rostracisme sur Cimon (en la quatrième année de la 79.^ olympiade), immédiatement après son retour dti Péloponèse. L'exil de Cimon dura jusqu a la quatrième année de l'olympiade 80. Dans cet intervalle, Athènes se mêla des querelles de Mégare et de Corinthe , qui , toutes deux , faisaient partie de la ligue de Sparte ; elle huniilia et soumit Égbe. Cependant les Spartiates demeurèrent tranquilles jusqu'à ce qu'ils fussent provoqués à une guerre formelle par les Athéniens , qui venaient de violer la terre où se trouve le berceau dés Doriens. Voici à quelle occasion : les Phocidiens démocrates, comptant sur l'appui d'Athènes , avaient attaqué les Doriens et pris une petite ville dans les montagnes. Dès que. les Spartiates l'apprirent,- ils volèrent au secours de leurs frères; il en résulta une guerre qui commença, la quatrième année de Folympiade 80, par la dé&ite des Athéniens à Tanagra. La suite

1 Elle eiiToyait-200 yaisseaux en Egypte^ elle intervenait puissamment dans les affaires de Chypre j elle battait les Ëgenètes et leurs alliés, et leur prenait 70 vaisseaux; elle soutenait Mégare dans ane querelle de limites contre Corinthe, et la changeait en démocratie , en même temps qu^elle aidait à élever le long mur qui envelopp\e Mégare et Niséé. Plus tard, toutes les forces militaires étant à Égi.ne , qui avait reçu un secours de trois cents hoplites du Péloponèse, la jeunesse d** Athènes se porta , avec les vieillards , vers Mégare , pour la défendre d'uQe attaque dont la menaçaient 1^ Corinthien».

immédiate de ce désastre fut le rappel de Gmon, proposé par Périclès lui-même. Tolmidas et Périclès ravagèrent ensuite les cotes et les villes maritimes du Péloponèse. Myronidas, deux mois après la. dé- &ite de Tanagra, en effaça la honte en battant les Béotiens à OEnophyta. Dans le même temps, les Âthéniiens donnèrent des établissemens aux Messéniens et aux Ilotes partis. Ils furent placés à Nau^ pacte, dans le golfe de Gorinthe, lieu où ils pouvaient faire le plus de mal possible aux Spartiates et à leurs alliés. Du reste, pendant cette guerre, qui dura sept ans, les Spartiates ne montrèrent pas beaucoup d'ardeur. En la deuxième année de la 83.** olympiade, Cimon conclut avec eux une trêve de cinq ans , pendant laquelle on se proposait de soumettre Chypre, comme on avait précédemment soumis Égine. Cimon partit donc avec deux cents voiles, et en même temps il soutint, par des forces envoyées en Egypte, Amyrtée, qui s'était révolté contre le grand roi (peu auparavant les Athéniens , alliés du Lybien Inarus, avaient souffert de grandes pertes dans ce pays). L'année suivante, la mort prévint Cimon : elle l'empêcha d'exécuter la conquête de Chypre. On a soutenu généralement qu'avant de mourir il avait forcé le roi de Perse à la paix avec les Grecs; mais les meilleurs auteurs

ignorent cette paix^ Bientôt après lui, la guerre

1 Olj-mp. 82 9 4** année, 449 ^^^nt notre ère.

se ralluma en Grèce, ou plutôt il n'y avait pas eu de véritable armistice; et même on vit, à propos d'une discussion sur les oracles, Sparte prendre le parti de Delphes, tandis qu'Athènes protégeait les Phocidiens. On menaçait de part et d'autre de se disputer par les armes l'honneiu* de la priorité dans la consultation de ces oracles. Les vicissitudes de la courte guerre entre Athènes et les alliés de Sparte, appartiennent à l'histoire particulière de la Grèce. En la troisième année de la 83.^ olympiade, on conclut, pour trente ans, un nouvel armistice, et depuis lors Périclès gouverna seul la république d'Athènes.

Coup JPœU sur T histoire politique (Pj4thènes et sur P administration de Périclès jusque à la fin de la guerre du Péloponise.

De tous les Athéniens célèbres, Périclès est le seul qui ait régné en monarque au milieu d'une démocratie effrénée. Ainsi que Thucydide le remarque, il l'avait instituée lui-même, ou du moins il en avait occasioné l'établissement II ne sera donc pas inutile de faire précéder l'histoire de son temps de quelques observations sur sa personne. Rien n'est plus propre à faire connaître le caractère de cette époque , et la liaison intime de tous les progrès de l'esprit humain avec les jouissances de la vie. Périclès était,

par sa mère^ Alcméonide et Mégaclide; il était fils de Xanthippe, vainqueur de Mycale, et il avait toute la beauté que Ton donnait aux têtes de Bacchus : aussi sa ressemblance avec Pisistraie le rendit -elle suspect aux démocrates outrés, cela le forçait à garder beaucoup de réservé. Appartenant à l'aristocratie par la naissance, Périclès ne pouvait plaire au peuple qu'autant qu'il favoriserait la démocratie ; le parti contraire avait pour chfef Ciraon.

Avant de se livrer aux affaires, Périclès demanda à la philosophie la connaissance des choses divines et humaines. Ses liaisons avec Anaxagore en firent un habile dialecticien. Dans sa première jeunesse il s'adonna aux arts , et se mit en relations d'amitié intime avec Phidias. Plutarque dit que, plus âgé, il rechercha beaucoup Damon, célèbre comme rhéteur et comme musicien. Tant qu'il n^eut pas encore affermi la faveur dont il jouissait , il fut assez prudent pour ne se jamais montrer chef de parti : ce ne fut qu'après la mort de Cimon qu'on parvint à diminuer l'autorité de l'aréopage par une loi qui lui enlevait la surveillance sur le trésor public. Périclès assurait sa puissance par l'emploi des deniers de l'état : quant au commandement militaire, il ne le prit que peu avant le temps où, conformément au vœu le plus ardent du peuple, Cimon fiit rappelé de l'exil; enfin, Périclès ne gouverna sans rivaux que pendant la guerre sacrée.

Tolmîdas venait de tomber , et Thucydide , fils de Milésias , qui était ^ ta tête du parti aristocratique , fat obligé de cédçr, car Périclès le menaçait de lostracisme. Celui-ci soumit de nouveau les Mégariens, vainquit les habitans de TEi^bée, et leur imposa un joug plus dur; enfin, dévastant tout sur son passage , il' fit le tour du Péloponèse avec cent vaisseaux. Toutefois il ne devint véritablement grand qu'après la paix : alors il envoya mille colons dans la Chçrsonèse de Tht^ce, qu'il fit fortifier j il assigna des terres à Naxos et à Andros pour cinq cents Athéniens, et il en fit partir pour Sybaris, où l'on élevait Thurium, en leur adjoignant encore d'autres Grecs qu'il fevorisait Ce n'étaient point cependant les seuls moyens que Périclès employât pour se rendre nécessaire : le peuple comprenait combien il importait que l'état eût un tel chef, et bientôt il put jeter le masque de la popularité, et jouer en quelque soitele rôle de monarque, sans avoir rien à craindre de ses ennemis, ni des sycophantes. Cet affermissemelit de sa puissance était dû à ses expéditions , aux édifices pubUcs , aux fêtes et aux objets d'art auxquels il employait l'argent des alliés ^ Athènes devint ainsi

1 Platarque, dans la Vie de Périclès, dit : qu^il annonça pnbli<piement qme le peuple , faisant la guerre pour les alliés , les protégeant contre les barbares, et n>n recevant ni ca- Talerie, ni flotte, ni hoplites, mais uniquement de Pargent, ne devait aucan compte de cet argent, qui appartenait non à.

le siège de tous les arts et de tous les métiers, le séjour de tous les artistes et de tous les savans. Pour ne nous occuper maintenant que des choses qui influèrent immédiatement sur les entreprises extérieures , nous rappellerons d'abord le droit d'assistance payé à chaque citoyen <;omme indemnité de sa présence à l'assemblée du peuple ou aux tribunaux. C'était un appât pour le pauvre : l'administration , la justice, la législation même, tombèrent ainsi entre les mains d'hommes sans éducation , aveugles instrumens de quiconque savait les gouVemer. Périclès eut soin de tenir toujours en mer une flotte de soixante vaisseaux; ce qui donnait les moyens d'entretenir, aux frais de l'état, un grand nombre d'hommes, dont il ne pouvait se servir pour ses constructions* Nous passons, sous silence ses entreprises contre le Péloponèse et contre les pays occidentaux de la Grèce ; enfin ses courses maritimes. Après l'Eubée Périclès attaqua Samos : elle fut traitée plus durement : toute l'île fut dévastée et constituée en démocratie. Ces deux succès rendirent les Athéniens maîtres de la mer et des villes de la côte liguées avec les Doriens : par exemple de Potidée sur l'isthme de Pallène, qui était étroitement unie à

ceux qui le donnaient, mais à ceux qui le recevaient. Nous ne disons rien de la translation de la caisse de Délos k Athènes, Tépoque et les circonstances n^en étant pas bien, <ionnues.

(47) Corinthe >. Lieur influence s'étendit jusqu'à Sinope, d'où le tyran fut chassé; on distribua ses biens , ainsi que ceux de ses courtisans , à six cents ci« tojens d'Athènes. Plutarque dit que Périclès triom* phâit par l'argent de ce qu'il ne pouvait vaincre autrement; il ajoute qu'il avait plusieurs de ses ennemis à sa solde. Quoi qu'il en soit, il fit si bien que les cliefi oligarchiques des Spartiates, recevant un tribut annuel d'Athènes , demeurèrent sourds aux remontrances des alliés , qui les pressaient d'attaquer cette puissance croissante tandis qu'il en était temps encore.^

Dans l'intervalle qui s'écoula de la conquête de Samos à la guerre du Péloponèse, on put voir

1 Voyez les a 5.* et 36.* supplémens k la première partie de la Sparte de Manso 9 on y donne cependant trop de poids k la compilation de Diodore, dont la chronologie ne mérite ancan égard.

a IVoDS arons déjà parlé de la corruption à lamelle plusieurs Spartiates se montrèrent accessibles. Plutarque en rapporte nombre d^exemples. — — Périclès rendant compte un jour des sommes dont il avait fait emploi , on laissa passer tout un chapitre sous le titre de dépenses nécessaires (f/ç T6 JVoy) , et cela ne donna lieu à aucune obserration , ni même à aucune question. Quelques auteurs , et notamment Théo* phiaste , racontent qu'annuellement Périclès envoyait k Sparte 60 talens pour gagner les hommes les plus éminens en dignité, et pour empêcher ainsi la guerre ou plutôt pour la différer^ car, en se donnant le loisît d^achever set préparatifs, il ne Toulait que la faire avec plus d^édat.

déjà quelle était la fierté d'un peuple arrivé subitement à ce degré de splendeur; d'un peuple qui obéit à son imagination et à Timpulsion du moment : dès -lors il rêvait la soumission de la Sicile; et même il ne croyait pas impossible de vaincre Carthage et les Étrusques. L'Egypte et les provinces maritimes de la Perse attiraient aussi les. désirs des Âthénieûs; mais Périclès, qu'ils craignaient , s'oppo^ sait avec opmiâtreté à tous les projets lointains. Bientôt naquit l'occasion de paralyser l'effet de 1^ ligue dorienne; il ne crut pas devoir la laisser échapper. Depuis l'établissement d'Égi4e, la marine de Corcyrç était la seule capable de résister aux Athéniens dans la mer Egée et dans celle d'Ionie; unie à celle de Corinthe, elle pouvait même les braver. Or, cette alliance semblait devoir exister par le seul fait des relations de métropole et de colonie, qui existaient entre Corinthe et Corcyre. Toutefois la jalousie du commerce et l'organisation intérieure de ces états avaient, depuis long - temps , rompu ce lien naturel' ; enfin ils se mirent en dissention ouverte,' au sujet de la querelle qui s^éleva entre Corcyre et Épidamne. Épidamne était une colonie de Corcyre; là, comme dans tous les autres pays de la Grèce, le peuple était en querelle avec la noblesse : celle-ci avait été chassée de la

1 Thucydide 9 Ht. I, chap. 2^^

ville, et cherchait, par le secours des Taulantiens , à Ëire aux citoyens d'Épidainne tout le mal possible. Us en furent tellement tourmentés, qu'ils implo-rèrent le secours de Corcyre, et ce secours leur étant refusé, ils s'adressèrent à Corinthe, tant pour obéir à l'oracle, que parce que Corinthe avait participé à fonder leur ville avec &)rcyre ^ Non-seulement les Corinthiens leur envoyèrent des colons pour augmenter la population, mais ils firent pro-téger Épidamne -par Leurs troupes et par celles dés Ambraciens et des Leucadiens. Les Corcyréens, au conti^ire, prirent le parti des bannis. A peine la garnison et les nouveaux colons furent -ils arrivés, que ces Corcyjéens, unis aux Ulyriens , marchèrent contre Épidamne, demandant la retraite des Corinthiens et le rétablissement des exilés dans leurs possessions (la première année dS la 86.* olympiade)* On refusa d'obéir à cette injonction. L'année suivante les Corinthien^ armèrent pour Épidamne soixantequinze vaisseaux et quelques milliers d'hoplites. De leur côté , les Corcyréens avaient équipé quatrevingts vaisseaux , et .déjà ils en avaient quarante devant Épidamne. Les Corinthiens furent battus, et quinze de leurs vaisseaux coulés bas : il fallut alors qu'Épidamne se soumît ; mais cela ne mit point fin à la guerre, qui n'en fut que plus acharnée de la *

1 Thucydide , Ht. I , chap. a 4-

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