‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 4 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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part de Corcyre contre les Corinthiens et leurs alliés, contre les Éléens et leurs chantiers. Les C!orintIiiens se déterminèrent enfin à de grands préparatifs. Alors les Corcyréens eurent peur et recherchèrent Talliance d'Athènes. Conclure une telle alliance dans de pareilles circonstances, c'était nécessairement prendre part à la guerre j ef c'est ainsi que les Corinthiens , depuis long-temps aigris contre les Athéniens interprétèrent leur conduite. Quant aux Spartiates, ils prirent U chose autrement : ils hésitèrem k regarder comme une rupture de la trêve de trente ans, Tenvoi d'une flotte athénienne à Corcyre et sa présence à un «combat Enfin , la guêtre eût été encore différée, s'il n'était intervenu une circonstance qui força toute la ligue du Péloponèse à la déclarer à Athènes. "^

■ Potidée, ainsi qu? nous l'avons fait remarquer, était une colonie corinthienne en Macédoine , et , comme toutes les villes de la côte, elle était main* tenant sous la puissance d'Athènes. Corinthe, dans la vue de la rendre indépendante, était entrée en négociation avec Perdiccafe, roi de Macédoine, mécontent des Athéniens , qui avaient soutenu ses fi'ères dans les troubles suscités par eux. De leur coté, les Athéniens demandèrent à cette ville des garanties de son obéissance future. A cet effet , ils voulaient qu'on démolit la moitié des murailles, et qu'on supprimât toute liaison avec la métropole.

à raison du culte public et des sacrifices ^ Les Potidéens aimèrent mieui: faire défection avec les Bottiéens et les Chalcidiens, que de se soumettre à ces conditions. Alors les Athéniens cherchèrent à prévenir, par un siège précipité, l'arrivée des forces corinthiennes. Toutefois ce siège se prolongea ; mais les Athéniens battirent p«ès d'Olynthe les troupes qui venaient pour le faire lever, puis ils mirent tant de vigueur à leurs opérations , qu'il fallut que Potidée se rendit peu après le commencement de la guerre avec la ligue du Pâoponèse* Les Athéniens , n'ayant voulu accepter la médiation de Sparte , ni pour les affaires de Potidée , ni pour leurs diflScultés avec Mégare , les Spartiates furent enfin obhgés , en la première année de la 87.* olympiade, de se décider à cette guerre.

Nous ferons voir ailleurs quelles étaient les ressources des deux peuples, quelles étaient surtout les richesses d'Athènes, et celles dont elle pouvait annuellement disposer 2. Deux événemens d'abord appellent notre attention : le premier est le siïge

i Les Athéniena s'opposaient à ce qn'oir reçût désormais

ïepidtmiurgoi qae tous les ans on enToyait de Corinthe. A

en juger par analogie de ce qui se pratiquait pour Corcjrre

et pour l^idamne, ce personnage devait accomplir certains

sacrifices solennels.'

a On trouve , dans la Sparte de Mmso , des tableauJL synoptiques disposés pariannées.

de Platée; le second, est le cruel traitement fait k Égine , la plus ancienne puissance .maritime. Au mois de Mai de la première. année de la 87.* olympiade, les Thébains avaient cherché à surprendre platée i mais pour la plupart ils avaient péri sous les coups de la portion démocraticpe des habitans. Cet échec fpgagea les Spartiates, à faire une irruption dans TAttique plus tôt qu'ils ne l'auraient entreprise ^. L^s Athéniens n,'eu avaient pas. moins continué ^e siège de Potidée. Les Spartiates , afin de s'en venger, résolurent d'occuper Platée; ils bloquèrent étroitement la ville depuis le mois de Mars jusqu'à la fin de l'année (la troisième de la ^erre). Ce siège est he jamais mémorable par la patience et par les souffrances des assiégés, par la hardiesse avec laquelle ils firent une trouée à tra-

1 Ce fut en Juillet suWant, et par conséquent au commencement de la seconde année de la 87/ olympiade , 4^ 1 ans avant J. C. Depuis la bataille de Marathon, Platée était restée étroitement unie avec Athènes^ il y avait une démocratie, contrariée naturellement par un parti aristocratique. Celui-ci voulait réunir Thèbes k la Béotie , à laquelle elle appartenait par sa ^tnation. On cherchait k profiter pour cela de Faristocratie ide Thèbes. Par une nuit obscure, tons les citoyens de Thèbes marchèrent , précédés de trois cents hommes qui apparemment avaient le plus grand intérêt à cette réunion. Les aristocrates reçurent ces derniers, et tant que dura la nuit ïh furent les matées. Ils n^emplojèrent point la violence envers les chefs dvL parti opposé ^ au contraire , ils se oontentèrei^t de faire pro-

vtrs les ouvrages des assiégeans pour se retirer a Athènes, enfin par la constance de ceux des habitans qui étaient restés dans la place, et dont l'obstination la garda jusqu'à la cinquième année. Dans aucun des événemens de cette guêtre le caractère du temps, l'esprit d'indépendance, l'amour de la liberté et de la gloire, ne se développèrent avec plus* d'éclat; ces sentimens animaient jusqu'aux habitans des plus petites bourgades. Quant à la conduite des Athéniens envers Égine, elle fait la suite aux horreurs démocratiques que déjà ils avaient commises envers les habitans de Samosj et que plus tard ils poussèrent plus loin encore envers ceux de Mâos et de Lesbos. * D'abord, les dëun^ partis songèrent plus à se nuire et à commettre des dévastations, qu'à des entreprises décisives. Il est vrai que dans chacime des deux

clamer ane autre constîtation et TaUiance conclue arec Thèbes. Mais, au jour, les Platëens reconnurent combien était petit le nombre de ceux qui occupaient leur rille, et ils* se pr^« cipitérent sur eux. Malheureusement pour les Thëbains, un« forte pluie, tombée la nuit, rendait la fuite impossible, ea même temps qu^elle avait empêché leurs concitoyens de les saiyre , TAsope sVtant considérablement enflé. Cent quatrevingts dés principaux citoyens de Thèbes ftiremt épargnés d*abord et faits prisonniers. Athènes,, qui aurait voulu les sauver, envoya une ambassade j mais elle vint trop tard. Cet acte de cruautjé de la part des Platéens exaspéra toute la ligue du Péloponèse contre lés aUiés d^Athènes. 1 Thucydide, liv. IJ> chap. 37.

premières années les Spartiates entrèrent dans l'Attique; mais à peine y restèrent-ils un mois et demi. Périclès , au contraire , conseilla aux Athéniens de s'en tenir à la mer et d'abandonner leur pays au pillage ; puis , afin de. rendre le mal pour le mal , il leur conseilla encore de ravager les côtes de l'ennemi. Ce moyen était infaillible , les habitans du Péloponèse devant se fatiguer beaucoup plus tôt de ces incursions que les Athéniens ; mais la noblesse de l'Attique souffrait de ces dégâts plus que les autres citoyens ; il lui fallait , à l'approche des Spartiates , s'enfuir dans la viUe avec ses fermiers et s^s vassaux. Alors la place pubUque , où elle ne paraissait pas dans les circonstancesT ordinaires, retentissait de ses cris et de fecs plaintes. La faveur de Périclès en fut un instant "ébranlée; aussi ne voyons-nous pas son nom parmi ceux des dix chefs qui furent nommés de la troisième à la quatrième année de la 87.* olympiade. Malheureusement, dans la seconde année de la guerre, une pest€ avait causé les plus grands désastres parmi cette multitude ainsi refoulée dans Athènes. Périclès voyait contre lui et le sort et ses concitoyens. D'abord il fut frappé dans la personne de son ami Anaxagore , puis il fut luimême condamné à une amende. Néanmoins les Athéniens se repentirent bientôt de cet acte de rigueur : Us revinrent à lui * ; mais , avant qu'il put leur être

1 Thucydide y liy. II , chap. 65.

d'aucun secours , la mort l'enleva ( la troisième an* née de la guerre ). Il ne se fit ri^n de décisif dans les années suivantes , quelle que fut la violence des dévastations exercées par les combatlans.

Le projet de Sparte, d'occuper l'île de Sphactérie dans le golfe de Pyle, et d'y metire des troupes choisies dans les familles oligarchiques, avait pour but d'empêcher les Athéniens de fomenter des troubles en Messénie. Néanmoins ce même projet parut bientôt offrir à ceux-ci l'occasion d'obtenir de Sparte ime paix avantageuse; mais les démagogues effrénés, qm, pour lors, guidaient Athènes, paralysèrent tout» ce -que l'on aurait pu entreprendre à cet égard. Voici le fait : les soldats de Nicias» pour employer leur temps , s'étaient occupés à construire un fort à Pyle ^ : bientôt on y travailla plus sérieusement , et ce fort devint le refuge des Ilotes et des Messéniens. Alors les Spartiates vou*lurent le prendre : en se postant à Sphactérie, ils espéraient mettre obstacle aux incursions des nar vires athéniens et les empêcher d'entraver le siège de Pyle; mais ils se trompèrent Les Athéniens n'en furent-que plus affermis dans la possession du fort; car leur flotte enferma tellement Tile et les quatre

1 I/ancienne et la noavelle Nayarine ont acquis une grande célébrité de nos jours. Voyez , sur les détails de localité , le 16.* supplément au 1/' yolnme de Manso, Sparte , pag. 3S8 et 359. '

cents hommes d'élite, que Sparte proposa la paix à des conditions très,- acceptables, dans la crainte de voir tomber au pouvoir de l'ennemi les citoyens les plus considérés. Par malheur Cléon menait alors l'assemblée du peuple athénien.

Ce démagogue sans mission se mêlait de tout , il persuada aux Athéniens que Sparte, réduite au désespoir, consentirait aux plus dures conditions^ puis il accusa l'aristocratie de ce^que»Sphactéirie n'était pas encore prise. Cléon n'avait au pouvoir ni le • droit que donne le mérite , ni celui qu'on lient de connaissances acquises. Platon et Aristophane l'appellent tanneur, parce qu'il faisait exercer celte profession par ses gens. Si les anciens riaient du tanneur qui gouvernait l'état, c'est qu'alors, comme aujourd'hui, on n'af^elail ordinairement au maniement dés affaires que les honunes qui se vouaient à l'administration, et qui s'y préparaient par des études convenables. A la mon de Périclès , il n'y eut plus d'orateur capable par son influence de conduire à la fois le bas peuple , maître du gouvernement , et les gens sensés. Le caractère calme et réfléchi de Nicias en faisait, pour certains cas, un bon général d'armée 5 mais il était peu propre à diriger la nation. On en peut dire autant de Démosihène, quoiqu'il fût un général un peu plus impétueux. Quant à Lamachus , il était trop entiché de sa parure et de son panache, et en même temps trop pauvre, pour

plaire à d'autres qu'aux îeunes officiers qui s'assemblaient autour de lui^ Oéon profita de ces circonstances : selon lui, tous les généraux voulaient prolonger la. guerre pour se perpétuer dans le commandement, ou bien Us ne songeaient à conclure la paix que pour établir une aristocratie avec le secours des Spartiates.

Ces vociférations produisirent leur effet : Cléon passa pour l'ami du peuple , ses cris pour de l'élo- (pience, ses invectives pour de la prévoyance. Les généraux savaieiit bien, dans leur sagacité, qu'il faudrait que tôt ou tard Sphactérie se rendit; ils résolurent donc d'attendre le moment De leur côté les Spartiates n'épargnèrent rien pour approvisionner llle, dont la garnison, composée de quatre cent vingt hoplites, fit preuve d'une incroyable constance, déon profita de ces retards pour calomnier dans l'assonblée du peuple , Démosthène et les autres généram. On finit par lui crier d'accepter le commandement; mais il déclina cette proposition, disant que ce n'était point lui , que c'était. Nicias qui était général d'armée. Plus Cléon s'excusait, plus le peuple le pressait , afin de l'embarrasser ; enfin JVicias offrit de lui céder sa place. Alors U fallut

I PlntarquQ , BeipubL gerend, prœcept. ; édition Tauchnitz ,

Moral., tom. Y, pag. 108. AeifJLet^oç tv ToTç riç rrpATtiyietç

tut irfoaiyfoL^t iwoXoytv/xoTç dpyvfs^v t)ç xptiTriSbiç eLtn^

xati l/juirtov^

bien partir; mais l'impudence de Cléon ne l'abandonna pas même- en cette occasion : il promit au milieu des éclats de rire du peuple, qu'en moins de vingt jours, il exterminerait les Spartiates, ou les amènerait tous tsaptifs à Athènes. Pour cette fois le hasard le servit bien; car Démosthène, que Ûéon s'associa dans le commandement, avait déjà réduit l'île aux. abois. On se disposa donc- à une attaque à force ouverte ; les ^artiates se rendirent, et Cléon rentra triomphant dans Athènes avec deux cent quatre-vingt-douze prisonniers, dont cent vingt étaient Spartiates appartenant aux premières familles. Ces événemens sont de la septième année de la guerre*. L'année. suivante le port de Mégare, qui était fortifié, et Nisée, se rendirent aux Athéniens, fls occupèrent aussi Cythère^ ; ils poursuivirent jusque dans Thyréa les malheureux Éginètes, qui fiirent massacrés dans cet asyle. Mais parmi tant de prospérités les Athéniens faillirent se peindre par l'ivresse ou elles les plongèrent Cléon, se croyant désormais un guerrier (consommé, engagea ce peuple

léger dîins une suite d'entreprises inconsidérées.

I 3.* et 4** années de la 88/ olymp. ; ayant J. C, 4^S, 4'4* 3 Cytbère avait pour les avides Spartiates une grande importance , en ce que les vaisseaux de transport de Lybie et d^Égypte , destinés k la Laconie , y mouillaient : c^ëtait d^ailleurs le meilleur poste pour résister aux pirates. On y envoya à cet effet un gouverneur avec une garnison.

En même temps s'élevait à Sparte mi de ces hommes si rares, capables d'allier avec Tàpre vertu de cette cité mi caractère doux et bienveillant : c'était Brasidas, fils de Tellis, le premier que Sparte eut loué publiquement dans la première année de la guerre ^ Il paraissait aussi destiné à la terminer. Il arracha Mégare à l'influence athénienne en y introduisant l'oligarchie ; il cimenta son alliance avec Sparte^. Peu après il conçut le projet d'enlever

1 Thacjdide, liv. II, chap. a 5.

a Voici an trait qui'fera juger delà dureté de Foligarchie Spartiate. Thucjdide, Ht. IY, ch. 8o. « Les Lacédémoniens n^étaient n pas fâchés non plus d^ayoir un prétexte de faire partir un ce certain nombre d^Ilotes \ ils craignaient de leur part quelque « rérolutiony dans la triste conjoncture de la prise de Pylos. c Toujours les premiers de leurs soins araieift eu pour objet de c se tenir en garde contre les Ilotes , et Toici ce qujon leur « aTait YU faire dans la crainte que leur inspirait la jeunesse a de ce peuple nombreux. Ils leur ordonnèrent de faire entre « eux un choix de ceux quMls jugeraient ayoir montré le plus « de Talenr dans les combats, promettant de leur donner la « liberté. Cétait un piège quUls leur tendaient, persuadés a que ceux qui croiraient mériter le plus d^étre libres, de- « yaienrt être , par Féléyation de leur caractère , les plus caa pables d^agir contre eux. Il y en eut deux mille k qui fut c accordée cette funeste distinction; ils se promenèrent autour Il dtê temples ,• la tête ceinte de couronnes , comme ayant n obtenu la liberté) mais, peu après, les Lacédémoniens les c firent dispar^ittre , sans que personne ait su de quelle man nière on les avait fait périr. Ce fut ayec beaucoup d'em- K preMcment qu^iU en firent partir sept cents dan» -U senrice

aux Attiéniens les colonies de Thrace et de Macédoine. Il commença par Acanthos, qu'il réunit à la ligue du Péloponèse, avec quelques autres villes* Le sort même favorisait ce Brasidas, si noble, si vaillant, et dont toutes les actions répondent si bien aux discours que lui prête Thucydide : dans la même année où il occupa Acanthos, puis Amphipolis 1 , les Athéniens fiirent complètement' battus sur terre. Les petites villes de Béotie, excitées par les Phocidiens, voulaient se constituer en démocraties : à cet effet, elles s'étaient liées avec Athènes, qui, afin de soutenir cette révolution, devait occuper un temple fortifié et consacré à Apollon sur le territoire de Tanagra; mais ce projet fiit déconcerté, et les gouvememens de Béotie r>éunirent leurs forces avant que les démocrates fussent en mesure, et que les Athéniens eussent achevé leurs travaux. Ceux-ci se retirèrent donc à l'approche des troupes béotiennes; ils n'en furent par moins poursuivis et battus par une levée en masse. Cette défaite rendit à Nicias son ancienne influence, et l'on conclut une trêve d'une année. Le mauvais état des aj/Faires de Thrace et de Macédoine fut la principale raison pour laquelle Nicias conseilla cette trêve ; Brasidas

« d'hoplites, soas les ordres de Brasidas. Ce général leya le

a resle de son armée dans le Péloponnèse. Il avait montré lui-

xf m<îme une grande envie dVtre chargé de cette expédition.'*

3 4.* année de Tolymp. 88 3 1 ." de la 89.* : 4^4 > 4^^ ^^' J* ^*

et Perdiccas s'étaient réunis dans ces contrées. Mais Ûéûa s'éleva contre cette proposition, comme il FaTait fait contre les délais du blocus de Sphactérie. n n'y avait ^orte de bravade qu'U ne se permit ; aussi les démocrates , comme les aristocrates, le nommèrent tous unanimement parmi les stratèges de l'année sui-^ vante ; les uns comptant sur les avantages que leur procurerait sa victoire , les autres espérant qu'une défaite les en . débarrasserait. On rompit donc la trêve, et Cléon fut envoyé en Thrace. Il y livra bataille à Brasidas , fut vaincu et périt en fuyant : quant au héros de Sparte, il finit par une mort glorieuse sa trop courte carrière.

Les Spartiates et les Athéniens appelèrent désormais de leurs vœux une paix à laquelle s'étaient opposés Brasidas et Cléon; mais c[ue. Nicias et Plistoanax cherchaient à rétablir avec une égale ardeur. ^ Cependant Corinthe, la Béotie, TÉlide, la Mégaride, se refusèrent à participer à la trêve d'un au qu'on fit en cette occasion, et que communément on appelle du ncnn de paix de Nicias ; mais les Athéniens prétendirent que les Corinthiens y étaient compris, les Béotiens traitèrent séparément, et les autres firent comme ils purent Cet événement se rapporte au mois d'Avril de l'année ^20 avant J. C , à la fin de la troisième année de la 89.* olympiade. Peu après

i Thucydide y lir. V» chap. iG.

les Athéniens tirèrent une vengeance sanglante des malheureux habilans de Scione, sur la presqu'île de Pallène^ ils les détruisirent plutôt qu'ils ne les punirent Ils chassèrent aussi de Délos hommes, femmes etenfans; mais la superstition dupeuplélesy rétablit.^ Le repos était une chose impossible , vu la diversité qui existait en Grèce entre les constitutions, les opinions , les affections et les répugnances : le mouvement même était nécessaire , autrement les forces sans action seraient devenues languissantes ou même nuisibles. Ce sont là des causes générales^ mais Tamhition d'un jeune Athénien , dont les relations s'étendaient sur toute la Grèce , y en ajouta d'autres. Alcibiade, beau -frère du riche Callias , s'immisça pour la première fois dans les affaires publiques; il sut profiter admirablement de la disposition des esprits de ses concitoyens pour les grandes entreprises. Comme Périclès , il était d une ancienne noblesse ; il était fier de sa naissance autant que de

sa fortune'2. Cependant il choisit le rôle de Cléon, — — • r- ■

1 Thucydide, liv. V, chap. 3a.

a Le grand-pére d^Alcibiade était le compagnon de Clisthène; sa mère était fille de Mégaciés. Quant à l^i, il ayait déjà brigué la faveur du peuple en instituant des jeux quand il était chorage^ et même, afin d^exciter Tattention de toute Ja Grèce , il avait un jour fait courir sept chars aux jeux olympiques, et remporté en même temps le premier, le second et le quatrième prix. Son grand-père était Thôte {TrpéEtVOç) des Spartiates j mais il avait renoncé à ce lien qu^Alcibiade

seulement il y mît plus de dignité et s'y prit diffé remment. Élevé sous la tutelle de Périclès, il avait, par son mariage, acquis de telles richesses, que de nos jours encore on les eût remarquées même en Angleterre. Âlcibiade était recherché par tous les philosophes : il avait de l'esprit , du génie , du courage j il avait un excellent coup d'œil sur le champ de bataille^ enfin, dans Topinion de Platon, c'eût été un second Périclès, s'il eût consacré

quelques années de plus à son éducation. Mais la marche ordinaire des choses ne satisfaisait point son impatience : il de\int subitement homme d'état,

et le peuple se réjouit de pouvoir confier sa destinée à un jeune homme aussi extraordinaire dan^ les méfaits d'une vie déréglée , que dans le maniement des affaires par lesquelles il commença sa carrière ^ Sa première négociation fut un traité entre

essaya, de renouer, en traitant bien les prisonniers faits a Sphactérie. Cependant les graves sénateurs de Sparte aimèrent mieux avoir affaire k Nicias et à Lâchés. L^ambitieux jeune bomme vit avec peine la paix se conclure par leur moyen.

1 On ne peut s^en rapporter en tout point à Andocide , Vadversaire d^Alcibiade, dans ce que renferme son discours SOT les mystères; mais il cite deux anecdotes qui prouvenl ce que y dans une pareille démocratie, peut oser un homme puissant. Andocide, édit. Bekker, pag. i5o. Les voici, a Bien c qu^il eût reçu io,ot>o talcns pour la dot de sa femme, il A n'en réclama pas moins 10,000 autres immédiatement après <t la mort d^Hipponicus qui commandait à Délium» et cela

Athènes ^ Mantinée, FÉlide et les Argiens : il empêcha, par la ruse, que les envoyés de Sparte n'y missent obstacle. On ne sait ce qui doit le plus étonner, ou de l'impudence et du peu de conscience d'Alcibiade, ou de la simplicité des Spartiates, ou de la patience des Athéniens ^ Les suites

(c sous prétexte qu^ll les Inî avait promis pour le moment A où sa femme lui donnerait un fils. Il entretenait dans sa c maison des mattresses de toute condition , et contraignit , <i par ses «désordres, sa femme il ^abandonner et k le citer K en divorce devant les archontes. Alors il réunit ses amis, K enleva sa femme et Femporta chez lui , montrant ainsi (c quel mépris il professait pour les archontes, pour les lois K et pour ses concitoyens. Ce notait point assez , il 'dressa (I des embûches k la vie de son beau -frère Callias, pour se « mettre en possession de la . maison d^Hipponicus. ^* L^autre anecdote est encore plus frappante. « Il avait engagé le peintre « Agatharque à Faccompagner chez lui : là il le força à peines dre , mais celui-ci lui donnant pour raison d'excuse les enga- (( gemens qu'il avait pris avec d'autres, Alcibiade le menaça a des fers s'il ne continuait dès l'instant. Ce ne fut que le qua- (c trième mois que ce malheureux parvint à s'échapper à ses n surveillans : on eût dit qu'il était prisonnier d'un roi. ^

1 Dans le conseil d'Athènes , qui avait l'initiative des affaires, les envoyés de Sparte déclarèrent qifils avaient des pouvoirs illimités pour conclure un traité à quelque condition que ce fût. Il ne s'agissait plus que de porter l'afi'aire le lendemain devant le peuple ; mais Alcibiade alla trouver les ambassadeurs et leur dit que, s'ils parlaient de pouvoirs illimités , on les pousserait h. des conditions intolérables. Il leur promit d'en obtenir de plus favorables pour le cas où ils se tairaient. Les ambassadeurs comparaissent^ on demande quels

de runion d'Ai*gos avec Athènes , furent deux ré-* volutions dans la première de ces villes , Tinimitié des Spartiates, et le bannissement de trois cents aris" tocrates, que Ton emmena dans les îles sur vingt vais* seaux qu'AJcibiade fournit aux démocrates. Dans le même temps les Athéniens en usèrent envers les habitans de l'îlede Mélos , comme ils avaient fait quelques^ années auparavant envers ceux de Scione. U Ëdlut que cinq cents Athéniens vinssent repeupler rile. Tout «ela se passait au sein de la paix et dans le centre de la Gr^ce^ mais l'occasion de nouvelles

hostilités naquit en Sicile* «Périçlès vivait encore » que déjà les démagogues avaient donné au peuple l'espoir de la so'um)cttre : ce grand homme avait repoussé ces auteurs d'ambitieux projets. Dans la cinquième année de la guerre , les l^éontins implorèrent le secours d'Athènes, et depuis lors il y eut toujoi^ une flotte et une armée tantôt sur la côte d'Italie, tantôt sur celle de Sicile. Un patriote de Sicile fit comprendre enfin à ses concitoyens combien ils agissaient avec folie, en appelant ainsi les. Athéniens . dans leur pays ; il fit conclure une

sont leurs pouToirs : ils les tiennent cachés. Mais Alcibiade, ao lien de prendre leur parti , se tourne vers le peuple et s^éciie : Vous le TOjres, ils disent au conseil ce qu^ils rétractent ensuite deyant le peuple. — Le peuple, exaspéré, neyoulutplns entendre parler de traité avec Sparte , et conclut an contraire celui cpi^Alcibiade proposait ayec Argos.

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