‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 6 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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chacun recevait un droit d'assistance de trois oboles (environ dix sous). C'était le principal moyen d'existence de beaucoup de gens; car il suffisait alors d'un peu plus de quatre cents francs de notre monnaie pour l'entretien annuel d'une famille. L'orgueilleux citoyen d'Athènes aimait à entendre des discours , à prononcer sur le sort d'autrui , à être sollicité : ainsi que nous le fait voir Aristophane dans ses Guêpes, il préférait ces avantage^ aux douceurs de la vie privée. Les frais de justice et les épices perçues à différens titres, constituaient une forte partie des revenus de l'état. On peut en juger par les amendes que l'on payait en instance d'appel, en cas de con-

Hëlia5l€s : au complet, c^étaientles six mille citoyens désignés par le sort; mais ils siégeaient en deux ou trois sections, dont la moindre était de 5oo membres. Venaient eilsuite les tribunaux pour les meurtres; estaient, outre Faréopage et les Éphè" tes, 1 .^ Tépipalladium , pour meurtre prémédité; !i° Tépidelphinium , pour meurtre sans préméditation ; 3.** Pemphréattium , pour ceux qui avaient été exilés pour meurtre et qui n'étaient pas encore purifiés ; 4*^ répiprytauium , pour les cas où la cause de la mort était un être inanimé ou un animal ; 5.° Pépithalattium ou tribunal de Tamiranté , pour les crimes commis sur mer. Ce tribunal deyenait incompétent ^ès que le vaisseau avait mis à Pancre. Suivent les tribunaux présidés par les archontes; i.® celui du premier, de Téponyme, qui avait deux assesseurs et un secrétaire : c'était un tribunal de famille et de tutelle; a." celui de Tarchonte ( jSafl-iAeJç ) , qui connais^ sait des impiétés commises dans les cérémonies ; 3.^ celui du polémarque ou troisième archonte, pont les simples habîtaos

damnation. Les deux parties déposaient trois drachmes pour une valeur de cent à mille, trente poyr une valeur de mille à dix jmille : celle qui succombait renibdursait la somme kTautre, et le tribunal gardait les deux consignations. Que Ton considère l'esprit processif des Athéniens, et Ton se fera une idée des produits de cette taxe. On conçoit aisémem; que les vingt mille citoyens fussent plus en étal; de se gouverner que ne le seraient aujourd'hui ceux d'une ville de commerce; car le grand nombre de tribunaux, la quantité de places, et le renouveUement annuel, appelaient à peu près tous les Athéniens à la connaissance des afiaires publiques et les initiaient aux principes de l'administration. L'institution des mystères n'était pas moins impo;rtante pour l'état : c'est pourquoi le deuxième de;s archontes

et pour les étrangers; 4*^ les thesmothètes, cités dans le texte ^ 5.** les once {y compris le greffier) : c^étâit un tribunal de police. Ils siégeaient dii^is Le parabystum j ils connaissaient dtt vols conuDois le jour, jusqu'à la concurrence de 5o drachmes, etsartoat de ceuxxïommis la nuit. La sunreillance des prisons et Texécntion de la peine de mort leur appartenaient. Ajoute» à tout cela les çfita^èmes {^katûL fi/ÂOVç), au nombre de ^o^ désignés par le soit dans chaque commune athénienne , pou^ juger les affaires qpi ne dépassaient pas dix drachmes. Pui# les diœtètes on arbitres , dont le nombre yariiible s^éleyait parfois jnsqa''à laop. Il 7 avait au pirée des nautodîces , tribunal devant lequel les marchands , les étrangers , les marins , pou- Taitat porter Uvlts difliécciiâ «n première instunce.

était à la tête des hommes qui les conduisaient (g^//uêAifraî rSv lÀvcrrtiçiûov) ; ces hommes étaient au nombre de quatre, dont deux étaient choisis dans le peuple. Les mystères étaient purement religieux et appropriés aux idées populaires et générales de la Grèce; aussi l'un des deux autres chefs appartenait-il à la race sacerdotale des Eumolpides, et l'autre à celle des Céryces (ou hérauts). ^

1 Afin de faire voir comment la démocratie était, pour ainsi dire, dans toutes les veines de Pétat et comment, par de continuelles mutations , les citoyens étaient les uns à Féçard des antres tantôt supérieurs, tantôt subordonnés, tantôt égaux, nous allons énumérer les emplois. Nous ayons déjà parlé, dans le texte, des archontes, des sénateurs, des proédres. Suivent, i.° les éphétes; ce sont 5i sénateurs désignés par le sort pour former Fépipalladium , Pépîdelphinium, Femphreattium, répipiytanium ; 3." les nomophjlaces ou gardiens des lois et des yôtes dans rassemblée^ 3.** les nomothètes choisis parmi les Héliastes ; 4*° ^^^ orateurs publics , dont Solon ayait ûxé le nombre k 20. Us deyaient, dans le sénat et dans rassemblée , défendre les intérêts du p«uple j 5.° les syndics , orateurs au nombre de- cinq, choisis pour défendre les anciennes lois dont on proposait Pabrogation ; 6.° les péristiarques , chargés de la propreté et de la pureté d.u lieu de rassemblée ; 7.^ les lexiarques, au nombre de 36, qui tenaient note des présens et des absens à rassemblée ; 8.° les S3mgfaphes, au nombre de trente , qui réunissaient les suffrages ; 9.° les apographes, qin distribuaient les procès; 10.* les écriyains, deux par tribu; ii.* un surveillant de l'horloge aquatique, qui, d'après elle, annonçait l'heure ; enfin les hérauts (KnpvKiç). Les employés des finances : 1.^ les antigraphes, qui reyisaient les

Le conseil des quatre cents, et plus tard des cinq cents, était tenu à la vérité de traiter certaines affaires en assemblée générale ; mais , dans la réalité , Padmihistration proprement dite n'appartenait qu'à un dixième des membres de ce conseil, renouvelé dans son sein tous les trente-cinq jours. On appelait prytanie cette section prépondérante, dont le président changeait tous les jours. Cette prylanie de cinquante

comptes soumis à rassemblée da peuple^ a.** les apodectes, institués par Clisthdne, qui remplissaient, au nombre de lo, les mêmes fonctîoiks dans le sénat j 3.*^ les épigraphes, qui inscri- Taient les comptes y 4*^ les dix logistes qui les revoyaient \ 5.** les. douze euthjrnes y aussi chargés d^uae réyision , et jouissant de la faculté de prononcer des amendes; 6«** les mastères ou la commission do reliquat^ 7." les zétéfees ou la commission des coutraventions. Ces deux sortes d^emplojés n^étaient pas peraa^ nens^ on les créait de temps à. autre pour faire rentrer les deniers dus à Pétai; 8.*^ les crénophylaces ou surveillans des sources ; 9.** les épistates ou inspecteurs des eaux ; 1 o.** les commissaires des chemins ; 1 1 «^ les surveillans de la réparation des murailles. La charge de directeur général des finances {TùL/xiaç tÏç SiomiffUd^) y. qu'^Aristide et Lycurgue eurent pour cinq ans , était une commission extraordinaire. On choisissait les trésoriersdans la classe la pins riche; la.? les polètes ou- les. douze com- BÛssaires pour Tendre les choses appartenant à Fétat ou. qui lui étaient dévolues ; 1 3." les.démarques , administrateurs et préposés^ des tribus; 14»^ les addiinistrateurs des specîtacLes; iS." les ûtophjrUtces , dont cinq, en ville , cinq aut pirée , veillaient au prix des crains ^ 16.° les practores». qui élevaient les impôts et percevaient les anuendes. Il y avait dix employés du port qui dirigeaient les prépanitifiB d'^embarquement et faisaient la police^

sénateurs gouvemans mangeait aux frais du publiô au prytanée, et avec elle quelques citoyens qui avaient rendu des services à l'état. Tout ce qui devait être porté devant le peuple, passait d'abord sous les yeux du sénat ; et lors même que le peuple accordait le titre de citoyen, celui qui était l'objet de cette faveur

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da Pirée. Ceux-ci avaient sous leurs ordres : i.^ les apostoles, 3.** les gardiens des vaisseaux; 3.° les employés des poids et mesures : cinq au Pirée , dix à Athènes ; 4**^ ^^^ agoronomes ou sunreillans du marché : cinq au Pirée , cinq à Athènes , 5.° les syndics pour confisquer au Pirée les marchandises prohibées ou introduites en fraude des droits. On ne fut pas long -temps .ayant de révoquer Finstitution des œnoptes y qui surveillaient le luxe des tables. Làtsgjrnœcocosmes étaient chargés d^emp()cher que les femmes ne se livrassent à des excès de luxe dans leur toilette. Les «o/y^ronûtei ■ s^occupaient de la conduite et de Péducâtion de la jeunesse. Les orphanistes prenaient soin des orphelins. Les phratores faisaient inscrire les enfans sur les registres de leur tribu. Au Pirée , cinq astynomès, cinq à la ville, tenaient la police des charlatans et des musiciens 9 etc. Quant aux KXtipov^ot , ils étaient créés k Poccasion de la fondation des colonies pour la distribution des terres. Les episcopes étaient de temps k autre envoyés dans les villes alliées pour rendre compte de leurs dispositions et' de leur conduite. Les pjrlagores étaient des envoyés aaùuels à rassemblée des amphictyons à Delphes et aux Termopyles. Les stratèges ou généraux étaient tous les ans créés par le peuple au nombre de dix, et parfpis ils avaient le droit de le convoquer. Le peuple élisait enfin les taxiarques ou lieutenans - généraux , et les deux colonels de cavalerie ou hippêirifues , qui avaient sous leurs ordres dix phylarquesy aussi nommés par le peuple.

(8?) ne parvenait que difficilement à en jouir, s'il n'y avait pas à cet égard de proposition du conseil, comme nous le voyons par l'exemple du célèbre rhéteur Lysias. Le peuple ayan^ seul la puissance législative, on le réunissait régulièrement quatre fois par chaque période de trente -cinq ou trentesix jours. Cette assemblée confirmait ou rejetait les nominations et les lois , et sur la proposition des ihesmoihètes j c'est-à-dire, des autres archontes, ou de l'aréopage, elle punissait les crimes d'état et prononçait les confiscations. Elle connaissait en outre des pétitions, des cérémonies religieuses, des fêtes, conférait des distinctions honorifiques, et recevait les ambassadeurs. Pendant la tenue de l'assemblée toutes les portes restaient fermées , et les citoyens trouvés dans les rues étaient, sans autre forme de procès , conduits au pnyx. La prytanie et le conseil assistaient à l'assemblée présidée par neuf proèdres^ désignés par le sort dans la partie du conseil qui n'était point dans le moment revêtu de k prééminence. L'un d'eux ^ appelé épistate^ portait la parole. Si, dans l'assanblée, on Êdsait une proposition qui heurtât une loi existante, il fallait que Ton des namophyhices fît remarquer ce qu'elle avait de contraire à cette loi qu'il devait défendre. Le changement était-il trouvé nécessaire, on choisissait parmi les héliastes une conunission de mille personnes , au moins , pour examiner de nouveau

le projet Ensuite on chargeait cinq syndics de défendre, encore une fois, dans l'assemblée la loi à abroger , ce qui n'empêchait pas qu'il ne fallut encore une proposition du conseil pour absoudre de toute punition celui qui avait fait la motion.

La caisse pubUque d'Athènes, s'alimentait au moyen de l'impôt foncier ^ , puis par les impots sur les. professions et sur les consonmiations , par des péages considérables , par le produit des mines fort abondant dans les premiers temps , en* fin, par les confiscations, et, avant tout, par les tributs des alliés , qui , au temps d'Aristide, étaient de 460 talens, lesquels furent élevés par Périclès à 600, et par Alcibtade à 1000. Tant que la guerre du Péloponèse n engloutit pas des trésors immenses, ces revenus étaient d'autant plus .satisfaisans que les plus fortes charges étaient imposées aux riches seuls. Us ne se plaignaient pas trop de cette répartition , qui était pour eux un moyen de se faire de nombreux amis, sans exciter les soupçons, et de posséder de grands' biens sans encourir la haine et sans s'exposer à des persécutions. Nous comptons parmi les chaînes des riches,

rimpot foncier, qui les frappait plus particuliè-

1 Sar toat cela roret Tout rage de Bœckh, auquel noas TenTOjtvBS ime^fois pour toutes. Consultei aussi le iS.* snpplêment du second Tolumede la Sparta de Manso^ on y trouTô des expUcaùoas sar les tcibats des «Uiéi»

rement, le soin et les dépenses des cérémonies et des spectacles. Chaque tribu confiait à l'un de ses membr.es, choisi parmi ceux qui possédaient plus de trois talens de fortune , la conduite des chœurs (choragie). Il devait fournir les maîtres, les ornemens, les décorations pour les pièces tragiques, comiques ou satyriquesj il donnait un local pour les exercices, et, pendant leur durée, nourrissait les acteurs de ces chœurs. Ainsi Thomme riche qui avait l'honneur d'être gymnasiarque , était chargé de la surveillance et de l'enseignement des champions, et devait l'huile nécessaire aux jeux et la nourriture. Les repas dans les fêtes des tribus étaient aussi a la charge d'un de leurs membres. La Iriérarchie^ qui obligeait à équiper un vaisseau construit par l'état, devint, pendant la guerre du Péloponèse , un sujet de ruine pour beaucoup de familles. On n'en était exempté que pour deux ans, après quoi il fallait de nouveau pourvoir à l'entretien d'un .navire à trois rangs de rames et de ses équipages. ^ Si l'on réunit ces principaux traits de la cons-

1 11 faut consulter sur les obligations imposées aux riclies ^ns les différens temps , le discours de Démosthène sur les ipnmories , les notes de Wolf et les recherches de Bœkh , Economie politique, ii.* yol. , pag. 69-1 aa. Nous reyiendrons plus tard sur le théoricon , moyen de faire participer au plaisir dts spectacles les pauviei citoyens.

titution de Solon , si l'on considère que Taréopage et une multitude de fonctionnaires veillaient à la conservation de§ mœurs publiques , on comprendra que les anciens avaient raison quand ils disaient (Platon en fait la remarque dans son Menexenus) que la démocratie de Solon renfermait en elle-même des élémens oligarchiques et aristocratiques déguisés avec soin. Les changemens faits dans la §uite détruisirent toute espèce de frein; les mœurs firent place à la. corruption 5 du reste, le germe de ces changemens était inhérent à cette constitution, qui de sa nature voulait des factions et des chefs de parti, non -seulement afin que le faible acquît quelque importance par son suffrage , mais encore pour qu'une ambition se trouvât toujours contenue par une autre ambition. La division entre Clisthène et Isagoras fut le premier pas vers le bouleversement total des anciennes institutions de Solon; jusqu'alors elles étaient seulement cachées sous les nouvelles. Clisthène fit pencher la balance du côté de l'élément démocratique, aU moyen de la multiplication des tribus, anéantissant jusque dans leurs racines les restes impuissans de l'aristocratie. Cela changea tous les rapports de clientèle, toutes les relations antérieures ; le conseil devint plus nombreux, plus mélangé; son élection fut soustraite à l'influence des grandes familles. Avant cette innovation , l'homme qui tenait le premier rang dans

une Emilie, pouvait agir sur toute une tribu; chaque tribu avait trois phratries ou irittys; chaque trittys avait trente subdivisions , et même les naucrares y qui conduisaient toutes les affaires des démes , étaient pris dans les anciennes Êiinilles. Mais dès qu au lieu de quatre tribus Clisthène en eut fait di^, dès qu'il eut substitué le^ démarques ^ aux naucrares j tout fut bouleversé ; car tout dépendait de l'organisation des démes et des tribus. Les phratries^ les démes, les tribus existaient par elles-mêmes; elles avaient leurs employés, leurs assemblées, leurs fêtes : les diviser, c'était donc multipUer les associations particulières , c'était créer une démocratie. Sans nous arrêter aux détails ^ , nous allons poursuivre la marche qui conduisit Athènes à la dégénération du gouven^ément populaire. Ce qu'on fit ensuite, eut moins pcfur objet de contrarier une faction au profit d'un chef, que d'augmenter le nombre de ceux qui devaient contribuer de leurs deniers à la défense de la patrie ; mais ce fut là ce qui entraîna les suites les plus fâcheuses. Aristide,

1 Haipocration, v, f)ifjLetp^0Ç'0VT0i S'i riç etTroypet^otç gVo/-

ovno tSv nttfffTée) <)Vftâ> ^eùpicàv^ tn Si Kett ret At^tetp^inÀ

yfAfjLjLMLTtîet 'TTctpÀ Tûvrétç tiv ^ JCflt/ ffvviyov rotjç S)i/jLovç

OTroTt Sïio^tty, Keti -^n^ov etvroîç iiii^ffetv» Ici comme ^n

beaucoup d^endroits, Harpocration nous a conservé des ren-

seignemens puisés dans la Politique dTAristote.

a Tittmann, sur les constitutions grecques, pag. 370. Mais

il T^y a ni clarté ni précision.

directeur général des finances, fit rendre une loi qui donnait des droits égaux et imposait des devoirs pareils aux quatre classes de citoyens. Il voulait par là récompenser la bravoure déployée dans la guerre des Perses par ceux des classes inférieures ; il voulait aussi se procurer les moyens de solder ceux qui n'avaient point de revenus assurés. Cela lui donna , sans contredit , la Ëiculté de fi*apper sur les professions et sur les consonunations des impôts qui ne s'arrêtaient plus au riche et au propriétaire ; mais aussi les classes inférieures pénétrèrent dans les emplois les plus élevés, et dictèrent la loi dans les diverses corporations. Alors il se fit une scission entre les partis; il s'établit une lutte à laquelle Athènes dut ses plus belles actions, ses premiers oriteurs, ses hommes d'état les plus éminens. Cimon , qui prit le gouvernement des affaires immédiatement après Aristide , et qui se mit à la tête de la faction aristocratique, était jiche par son mariage, plus riche encore par le butii> fait dans ses expéditions. Il était d'un naturel doux , il était populaire par principe. Sa table, ses jardins étaient ouverts à tous j il allait jusqu'à faire distribuer des vétemens à ceux qui paraissaient en avoir besoin * : le butin même lui fournissait la' faculté

1 II arait épousé ane femme de Thrace , et les mines de Scapte Hyle» auxquelles Phistorien Thucydide eut part dans la suite , étaient en grande partie exploitées pour son compte.

(95) de conserver quelque considération à ce qui restait de Taristocratie. Les fêtes à l'occasion de la solennité dans laquelle les restes de Thésée furent rapportés à Athènes, avaient été illustrées par la lutte d'Eschyle et de Sophocle, entre lesquels les juges ordinaires n'osèrent prononcer. Tolmidas et Thucydide, fils de Milésias, marchèrent' sur les traces I de Cimon ; mais ils étaient loin d'avoir le même mérite; d'ailleurs ils i*encontrèrent dans les démagogues Éphialte , Léocrate et Myronide des adversaires plus violens. Les partis étaient engagés dans une anîmosité mortelle : Périclès se fraya un chemin entre eux. La démocratie fut pour lui un moyen et non pas un but. Il fit élever les droits d'assistance des juges, ce qui lui gagna tous les ans plus de six mille individus. Il fit décréter trois oholes pour chacun des citoyens qui viendraient à l'assemblée du peuple, et par là rempht le pnyx de pauvres, pendant qu'il en éloignait les hommes aisés qui , selon la remarque d'Aristophane, ne voulaient pas, pour un si vil prix, s'engager dans cette cohue. Enfin Périclès favorisa secrètement les menées de la action d'Éphialte , qui d'abord enleva à l'aréopage la sm'veillance du trésor public, puis la révision

— Comme eUes araient aujfarayant appartenu aux Thasiens, Cimon , qui possédait des terres dans le voisinage , pouvait les avoir achetées des Athéniens ou tenues d^eux à titre d^emphjthéose.

des injustes décrets du peuple, et qui, en général, réduisit la dignité de ce corps à tel point , qu'après la guerre du Péloponèse il ne fut plus qu'une ombre de ce qu'il était auparavant.

A Athènes^ le soin des fêtes publiques était aussi important que Test dans nos grandes villes la vileté du prix du pain. Ce fut encore un moyen pour Périclès. Nous citerons aussi les dispositions qu'il fit relativement au ihéoricon : c'était une caisse destinée à fournir aux dépenses des fêtes , puis à procurer aux citoyens indigens l'entrée des spectacles et les moyens de subvenir aux sacrifices et aux devoirs de l'hospitalité^ enfin, on en employait les fonds à des repas publics ^. Cette caisse , qui reçut de Périclès une autre organisation et des revenus plus riches, avait ses surveillans particuliers : le peuple y tenait tant, que, même en cas de besoin, il était défendu d'en dépenser les deniers autrement que pour ses plaisirs. Il y avait peine de mort contre quiconque proposerait de les appliquer à la guerre.* Tous ces changemens qui, après la mort de Périclès

1 On payait deux oboles , ou*, selon Philochore cité dans Harpocration , une drachme.

a Voyez , dans Bœckh , ce qui est dit de cette institution (Économie politique des Athéniens, I." toL, paç. 196}. On y Yoit que les préposés de la caisse appelée théoricon , aTaieni beaucoup d^importance : entre Tolympiade 110, 2, et ii3r 3 , tout cela fut abrogé.

eurent pour l'état des suites si fâcheuses, Favaient mis à même de faire des choses qui n'auraient point réussi aux plus puissans monarques. Aussi donnat-il un tel caractère à l'existence des Athéniens , tant de splendeur à leurs arts , tant de noblesse à leurs sciences , que les fiers Romains eux-mêmes avouaient qu'au temps dont nolis parlons , le citoyen Le plus ordinaire d'Athènes égalait, pour le goût, la finesse et l'esprit des arts, les hommes les plus éclairés de tous les siècles.

Selon les remarques de Bœckh sur la population d'Athènes et de l'Attique, la ville se composait de plus de dix mille maisons , qui renfermaient une population de 180,000 habitans. D'après Démosthène il n'y avait que 20,000 citoyens. Bœckh évalue la population*employée aux mines à 20,000 , et le reste de l'Attique à 5oo,ooo. S'il fallait prendre cette p6puladon pour base de l'importanpe d'une cité, Athènes serait sans doute un très-petit état; car les esclaves, dans les nombres indiqués, sont dans la proportioli de quatre à un. Mais il faut considérer les choses sous un autre point de vue : Athènes était, comme Londres, un point central de commerce, un siège de gouvernement, auquel ressortissaient près de quinze à vingt milUons d'hommes libres et Grecs (je ne tiens pas même compte des Tbraces). Parmi les états qui étaient soumis à la métropole, il y en avait qui la surpassaient de

(96) beaucoup en population. Il est -fort difficile, vu le» variations de la puissance athénienne, de détermi*ner d'une manière fixe, son attitude militaire et ses revenus publics. Les particuliers eux-mêmes, possédant des domaines éloigoés, étaient soumis aux mêmes vicissitudes et privés souvent d'uhc" partie de leur fortune par la défection d'une ile ou d'uneprovince maritime. Toutefois l'évaluation qu'on peut faire des revenus d'Athènes , en tenant compte de la valeur des monnaies , fait voir combien cette

cité était florissante sous le rapport des richesses. ^

1 Quelque eoiisidération que nous ayons pour ce que nous apprennent les recherches de Bœckh, nous ne pensons pas qu^il soit parvenu à bien réfuter Tidée généralemeni reçUie, selon laquelle la proportion de Fargent^iux besoins de la vie- serait dix fois moindre aujourd'hui. Nous croyons plus à la bonté de la méthode suivie par Gillies, par Hume çt par les meilleurs auteurs en statistique. Ceux-ci fondent leur avis sur ce que , depuis la conquête de rAlnérique, il y a en circulation une plus grande quantité de métaux précieux. Cette quantité peut être appréciée par le calcul, et les prix progressivement élevés des denrées eu fournissent un double moyen. Si Von en retranche; ensuite cq qui sVst écoulé sur Tlnde et sur la Chine , on obtiendra un résultat assez juste. C'est ce qui n^a point lieu en suivant la méthode de Bœckh. Il veut établir ses résultats par les prix comparés des maisons | des grains , des bestiaux , des terres. C'est tout au plus ce qu'on pourrait faire , si Ton avait des prix moyens décennaux , et s'il était possible de s^arréter à un milieu dans les'prix de bonnes ou de mauvaises terres , et dans les chertés commandées par 'des circonstances extra^ ordinaires. Dans un petit espace , la différence des biens pour

Les recherchés de Bœckh , quoique fort utiles pour établir la proportion des i^evenus publics aux dépenses , ne fournissent pas cependant des résultats entièrement certains. Nous pensons avec lui qu'il serait difficile de prouver que le revenu fixe d'Athènes était de trente-six millions. Mais le rapport des péages, Timpot sur les esclaves et le tribut des alliés permettent de penser que cette indication n'est point trop exagérée. Il ne sera pas inutile de citer, en les comparant, les économies faites pendant certaines années dé paix ; cela fera- connaître la proportion des revenus aux dépenses. Parmi les revenus nous ne choisirons cependant que des branches secondaires, parce qu'on en cpnclura facilement (pielle pouvait être la masse de l'ensemble. Démosthène fixe à six mille talens la contribution de toute l'Âttique, et selon Harpocration, Philochore, dans son Âtthide, avait, par le calcul des détails, établi la jnéme somme. Le nombre des simples habitans était fort grand : or, d'après Isée, chaque homme payait douze drachmes , et chaque femme six. C'est une base facile d'évaluation ^ Il est encore

leur yaleor est souyent décuple. Ajoutez à tQut cela Piuexactilnde des anciens dans toutes ces choses, leurs indications n^ajant point été émises dans la rue de servir de base à des calculs. Malgré cela nous ayons, autant que possible,, suiyi dans notre texte les calculs de Bœckh.

1 Voyez Harpocration , v. jLMToiittov»

trois autres impôts, incertains de leur nature, mais qu'on peut porter à cent talens , et qu'il conviendra de multiplier par six ou huit fois leur valeur en monnaies actuelles , à raison du changement de proportion opéré par le temps entre les prix et les denrées ^ Selon Plutarque, Alcibiade aurait porté à 1 3oo talens l'impôt des alliés. Il est certain que cet impôt fut successivement augmenté : prenons pour terme moyen looo talens, ou cinq millions cinq cent mille francs^; puis multipliant aussi ce nombre par six ou par huit, nous arriverons à un produit qui à lui seul s'élève à une somme égale aux revenus de plusieurs des états de la confédération germanique, et cependant nous n'avons tenu compte que de ressources secondaires.^. La masse immense du numéraire d'Athènes sera bien mieux appréciée encore, si l'on réfléchit à ce qui entrait

de superflu dans les caisses de l'état, malgré les

■ ■III I . Il ■'■,,.

I NoQs ne nous étendrons pas pins 'sur les fortunes des particuliers j car il faudrait copier Bœckh , qui a dit sur ce sujet tout ce qu^on peut désirer savoir.

3 II est fâcheux que Bœckh n^ait pas donné plus d'attention à ce que dit Manso dans ses Appendices, et surtout qu'il ne se soit point expliqué sur la pensée de ce sayant, qui présume qu'il y a mésentendu , en ce qu'on appliquerait mal à propos le doublement au tribut de 65o talens payés par les alliés an temps de Périclès, et non anx 4^0 des temps antérieurs.

3 Ce seul article est égal à tons les rerenus du grand-duché de Weimar.

(99) dépenses occasionées par les fêtes et les jeux. En peu d'années, du temps de Périclès, on économisa 8000 talens, ou 44 milUoins de notre monnaie; et pour les porter à la proportion actuelle des valeurs, il convient aussi de les multiplier par six ou par huit Néanmoins, comme il- pourrait s'élever des doutes sur le nombre d'années qu'il fallut pour arriver à ces économies, nous citerons lassertion positive d'An* docide, au sujet d'une somme à peu près pareille, que l'on avait épargnée durant l'armistice de Nicias, et par conséquent dans un espace d'environ sept ans. Les calculs qu'on peut établir au moyen de l'organisation de 'l'armée conduisent au même résultat Thucydide nous aplanit le chemin de ces calculs, et nous saisissons cette occasion de faire remarquer que même dans notre siècle miUtaire il est peu de grands états qui puissent mettre sur pied des forces comparables à celles de cette petite république; soit qu'on l'envisage sous le rapport de l'organisation, soit que l'on songe à l'exercice et à l'aptitude de chaque soldat à remplacer sur-lechamp l'officier. Nous voyons chez les Athéniens treize mâle hommes pesanunent armés , capables de tenir la campagne , et treize mille autres dont on pouvait se servir pour les garnisons et la défense de la ville : tous ces hommes avaient de la fortune, et leurs facultés leur permettaient l'entretien et l'équipement d'un valet Ils étaient donc

( loo)

à peu près dans la même position envers l'ensemble de la population que le petit nombre des cheraliers du moyen âge. Il y avait douze cents cavaliers et archers à cheval, seize cents à pieds, et une flotte dont les équipages s'élevaient à soixante mille hommes. Il s'ensuit qu'Athènes pouvait mettre en campagne quatre-vingt-douzemille hommes, et nous ^itendons ici par Athèfies, non le petit, territoire appelé Attique , mais l'a capitale du vaste empire athénien. Nous manquons de données certaines sur la puissance de la ligue de Sparte; il fautnlonc se borner aux renseignemens de Plutarque, qui fixe à soixante mille hommes le noyau des forces de terre péloponésiennes. Mais on ne faisait pas marcher le tiers des Spartiates et des Lacédémoniens , et les autres états ne fournissaient guères que les deux tiers des hommes disponibles. N'ayant pas même cent vaisseaux à eux , les Spartiates comptaient sur ceux de Corinthe et sur d'autres encore; car Thucydide nous parle de leur espoir de rassembler cinq cents galères , ce qui supposerait des équipages d'environ 80,000 hommes. Jamais4es forces navales de Sparte n'atteignirent entièrement à- ce point > néanmoins il. ne s'en fallut pas de beaucoup à l'époque où elle était soutenue par la Sicile , où les Perses lui fournissaient des matériaui de construction, enfin dans les dernières années de la guerre du Péloponèse, alors qu'elle recevait près de vingt-trois millions de

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subsides. Il est facile de se convaincre que, de part ni d'autre, en nul autre temps on ne vit déployer autant de forces physiques, de moyens pécuniaires el de ressources intellectuelles. Ajoutons que Ly sandre, abstraction faite de ce qu'il dépensa avec Gylippe, de ce qu'il donna d'argent à ses parens et à ses amis, versa dans le trésor public au-delà de treize millions. Voyons maintenant quels abus suivirent à Athènes l'influence de Périclès. Plutarque nous révèle le secret de sa conduite, quand il dit qu'il avait toujours à sa disposition quelque spectacle, quelcpe festin, ou (juelqu:^ solennité publique, et qu'il entreprit, au' moyen d'amusemens nobles et élevés, l'éducation de ses concitoyens >. L'importation et la vente du bois, des pierres, du bronze, de l'ivoire, de l'or, des cyprès^ nourrissait une partie* de la population; une autre trouvait sa subsistance dans les métiersnécessaires à l'emploi de ces matériaux : il y avait des charpentiers, des sculpteurs, des tailleurs de pierre , des teinturiers , des orfèvres y des peintres et des tourneurs. Le transport entretenait encore une autre série d'individus, tels que voituriers, négocians, batelier^, charrons, cordiers, tisserands ,^ employés des grands chemins , mineurs. Ainsi , dit Plutarque , l'aisance se répandit sur toutes les classes ^

1 Yoyes Péricléft, ch. la. Il engagea les Athéniens à employer en embellissemens de la ville les tributs des alliés.

sur tous les âges; chacun contribuant pour sa part à l'embellissement de la ville. Notre but n'est pas de nommer et de décrire tous les édifices coipstruits par PériclèSy on peut recomirà Plutarque, à Paiisanias, ou même au Voyage du jeune Anacharsis ^ Ce qu'il y a de certain, c'est qu'Athènes ressentit bientôt après les suites d^ l'augmentation dunumérairej c'est que la nécessité d!entretenirun grand nombfl^d'ëtrangers devint funeste à l'état,- comme le furent depuis les possessions lointaines des Hollandais, qui de marchands devinrent tyrans, enfin comme le sera tôt ou tard cette nécessité de payer des soldats pour soutenir l'empire des Anglais dans l'Inde. L'or d'A.thènes fit de toute la Grèce une école militaire ; le

1 Pour prouirer combien d^artistes se sont 'formés à cette épo- «[ne et combien d'ouvrages ont été etécutés par eut , nous nous bqmtroiis à oiter «pielques noms contemporains. Pbidias et ses élèves ^ Alcamène et Agoracrite , sculpteurs ^ plus tard , Polycléte , Pbradmon , Gorgias , Gallon , M^ron , Parélius , Pythagore de Rbégium. Sculpteurs de Pécole de Polycléte : Alexis de Sicyone , Asopodore d'Argos , Aristide , Phrynon , ]>iiàon , Athémodore, Damias^ plus tard, Lyoias, fils de Myron^ Antipbane d'Argos, pqis Gantharus de Sicyone , Gléon, Myus et AcragaSy graveurs sur pierre. Les architectes sont : Gorœbe, Ménésiclés , Xénoclès , Métagénes , Callicrate , Ictinus , Carpion ; puis Myrmécide , sculpteur en ivoire. Peintres : Polygnote de Thasus; pliis tard,-Micon d'Athènes^ Démophile , Néséas , Gorgasus , Timaréte , Aglaophon de Thasus , Géphisiodore, Phryllus, Événor, Pauson de Colophon ; plus tard, Nicanor de Paros, Arc^ilaus de Paros, Lysippe dIÈgine, Briétès de Sicyone.

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métier des armes devint le plus lucratif. Dès la fin de la guerre du Péloponèse, les Athéniens trouvé^ rent plus commode de solder des mercenaires que de servir eux-mêmes ^: les riches se faisaient iûScrire dans la cavalerie, mais ils se faisaient ensuite remplacer par un homme auquel ils donnaient un chevaL Quant à la flotte, elle était continuellement chargée de matelots étrangers; c'est pourquoi ils passèrent à Ly sandre, Içrsque, soutenu par les Perses, il paya, par jour, une obole de plus (ju' Athènes^. A cette oecasion, il faut faire remarquer combien l'esprit de la démocratie se montrait dans l'organisation de l'armée et jusque dans la proportion de la solde des troupes. On supposait nonseulement que chaque soldat était propre à devenir général, mais encore qu'il possédait le sentiment

1 On connaît , par Cornélius Nëpos , quelles étaient , peu après la guerre du Pélopodése , les troupefl d^IpLicrate. Un passage de DémûSthdne, tout en réprouvant cette habitude de n^aToir que des étrangers k ïk soldé de Fétat , ne réclame pas cependant nue composition eMôlnsite d^ Athéniens, ftii même pour la cataleiit, puisquMl en demande seulement Sa sur aoo.

3 Les Athénien* payaient trois olroles , te qui , tfarprès les iadications qui nous sont parvenues , suffisait à entretenir II Athènes un citoyen pauvre. Les Spartiates payaient une drachme. Alcihiadé fit à Lysandre le plus grand tort qu^U put lui causer, en engageant les Perses à une diminution d'une obole dans là Solde. Cela finit d'an coup la désertion des Athéniens.

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de dignité personnelle nécessaire au commandement. On payait en conséquence le simple cavalier comme un oflScier d'infanterie, et les oflSciers à

pied ou à cheval ne recevaient que le double de la paie du soldat, et le général n'avait que le quadruple. Le cavalier touchait par jour environ quatre-vingts centimes, et tout autant pour se défrayer; le fantassin n'en avait que la moitié. Pour resàîsir la proportion des valeurs dont nous avons déjà parlé, il ne faut pas oublier de multiplier ces quantités par six ou par huit Ainsi la guerre mettait des milliers d'individus à même. de subsister, à peu près aussi bien que le font aujourd'hui les employés de la classe moyenne. Ajoutez que dans beaucoup de circonstances les hoplites recevaient aussi quatrevingts centimes, et tout autant pour leur valet '. La facilité avec laquelle on gagnait cette solde, et la prééminence que donnait le service, eurent bientôt

1 Nous n^indiquons que deux passages de Thucydide , relatifs à la guerre du Péloponèse. Le premier, liy. III, ch. 17 ; le «ecoud, liv. VI , ch. 3i. Au liy. YIII, chap. ^^\ Alcibiade explique à Tissapheme pourquoi les Athéifiens ne payaient que 3 pboles à leurs marins. Il dit : « Que c^était moins par pauvreté, a que poi)r empêcher leurs matelots de devenir insolens par Il trop d^aisance , et dan$ la crainte que les uns ne se rendis- K i^ent ipoiiis propres au service , en dépensant leur argent k f( de$ plaisirs qui énervent le corps, et que d^autres ne né- ^ gligeasAent les vaisseaux, en laissant pour gage de leurs 0 personnes le décompte qui leur reviendrait. ""*

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rempK le pays d'orgueiUeux fainéans, et FinégaUté des fortunes créa en même temps le despotisme de la ca3te dépravée des riches sur les pauvres; tandis que ceux d'entre ies riches qui étaient bons, et animés de sentimens plus nobles, demeurèrent pour la foule un objet de persécution.

L'iiîstoire d'Alcibiade et la franche hardiesse de son orgueil, font assez connaître à quel point déjà les choses en étaient venues dans la guerre du Péloponèse. Il avait, disait -on, profané les mystères, et décapité les statues de Mercure à la suite d'une orgie. Monarchie ou république, quand la loi est observée, tout marche bien; mais quand la multitude ouïe despotisme font prévaloir leurs caprices, on voit triompher la superstition, les passions et FesjMrit de, parti : tout alors peut être qualifié de conspiration, et l'on enveloppe dans cette accusation tous ceux qu'on veut perdre. Les affaires de ce genre étaient susceptibles d'être soumises indiféreiiunent à»plusieurs tribunaux; c'est ainsi qu'on avait perdu Anaxagore^ Eschyle, Dlagoras de Mélos, Prodicus de Céos. Les ennemis d'Alcibiade pouvaient douQ, comme le firent ensuite les accusateurs de Socrate*, invoquer des précédent,. Cependant

1 L^impiété était jugée , soit immédiatement par le peuple , soit par le tribunal du 3.* archonte) appelé roi, et président des Héliastes. Quant à la -violation des mystères, c^était aux Ëamolpides ou au conseil à en connaître. Eschyle manqua

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TafTaire fut, selon les .règles, portée devant le peuple : c'est ce que voulait Alcibiade lui-même; en conséquence il demanda que l'instruction . du procès se fit encore avant son départ II connaissait son influence ih. jeunesse le divinisait , les autres craignaient que les Mantinéens et les.Argieas, qui n'étaient venus qu'en sa considération, ne s'en retournassent et n'abandonnassent l'expédition de Sicile; innocent ou coupable, Alcibiade était sûr de Tabsolution. Ses adversaires obtinrent que Faffaire fiït remise, et lui donnèrent ensuite la plus odieuse tournure. En pesant bien toutes les turpi-^ tudes de ee procès, on serait disposé à croire que, parmi les accusateurs et les accusés, Alcibiàde était l'un des meilleurs; mais on ne peut s'empéchér de frémir à la vue de ces actes tyranni^ues, qui| dans le sein même de l'arbitraire, conservaient cependant une apparence légale. ^

Tandis que l'esprit de parti et la soif de la domination perdaient une partie des Athéniens, le

d''étre lapidé. Anaxagore et Prodicus furent formellement condamnés : le crime de ce dernier était d^avoir dit que les hommes avaient' divinisé des choses qui leur sont utiles. Diagoras de Mélos fut déclaré hors la loi comme athée , et Ton mil sa tête k prix. Protagoras fut obligé de s^enfuir pour avoir émis un doute sur Texistence des dieux. Ses livres furent brûlés.

1 Plutarque, sans doute , copie Ctatippe, qui avait écrit des TTûLùOLXiiTrô/Jisvct de Thucydide. On peut voir aussi Sluiter dans les Lectiones Andocid,

luxe et les richesses influaient sur les autres; enfin, raccroissement du nombre des esclaves bouleversa les rapports sociaux. Quelle prépondérance ne donnait point à Nicias la propriété de mille esclaves! Combien Alcibiade ne s'éleva-t-il pas au-dessus de TAdiéiiien des premiers temps, lui, dont les affranchis pouvaient jouer un rôle dans Tétat? Au temps dont < nous parlons , il Êdlui que le plus grand nombre des citoyens renonçât aux professions; elles demeurèrent abandonnées aux esclaves. On vivait alors de la solde miUtaire, et du droit de présence, et l'on attendait, pour s'enrichir, le partage d'un état étranger. Cimon avait déjà commencé à grossir le patrinkoine des citoyens par le pilkge et les distributions : Périclès alla beaucoup plus loin , ainsi que le prouvent les exemples de TEubée , de Samos et de Naxos. On se rappelle quel fut, pendant la guerre du Péloponèse, le sort de Mélos et de Lesbos. La vileté des prix, comparée aux moyens d'acquérir une existence, laissait aux Athéniens la faculté de se livrer aux arts , au théâtre , aux entretiens philosophiques, et à toute espèce de divertissement intellectuel , sans que leurs affaires domestiques en souÔnssent de préjudice. Il est vrai que nous prenons pour base les prix du temps de Selon; mais quand même on admettrait avec Bœckh ^ une hausse du quintuple, notre remarque subsis-

i Tom. I.", pag. 66.

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terait encore. On, comptait à Athènes un chénix de grains par homme et par jour ; il en fallait quarante-huit au médimne ; or , un médimne tout entier ne valait pas un jour de solde, du cavalier^ un iQputon ne coûtait pas plus que, le tiriédimne de froment, un bœuf nç coûtait que cinq .fois autant. Le prix des figues et de Thuilç était dans la même proportion, et quant aux poissons, ils né manquaient pas. Qu'on juge d'après cela combien était grande, pour cette époque, la dépense de plusieurs milliers de talens appliqués aux fêtes publiques. Jusque bien avant dans, la guerre .du Péloponèse le particulier vivait en génécal fort modestement; mais Pjériclès,,pour la seule construction des Propylées^ puisa dans le trésor près de vingt-trois millions, et trois à quatre millions sortirent de la bourse des citoyens, pour les vases sacrés; enfin quarante talens d'or fiirent employés à la statue de Minerve. Sur la place publique, dans les boutiques, sous les portiques, QÙ l'on se. rassemblait comme aujourd'hui dans les cafés , on. s'entretenait des arts, et sur vingt citoyens il y en. avait bien trois que leur position sociale mettait dans le cas de s'en occuper. Il en était, de même de la science de la parole et de celle de la poésie, de la dialectique et de la grammaire. Chacun pouvait être appelé à rendre^ compte des affaires les plus difficiles et les plus embrouillées; chacun en-

( 1Û9) tendait prononcer les discours les plus éloquens: la place publique, les affaires journalières, les tribunaux , suffisaient à Tétude. U n'était pas besoin de langue étrangère , ni d'autres connaissances que celles qui se liaient à la vie commune de l'Athénieit II ne faut donc pas s'étonner que l'on eût la prétention de bien juger les arts, la poésie, l'éloquence.

Etat de la littérature.

Tout ce qui jusqu'alors se trouvait isolé et dispersé sur la surface de\la Grèce vint se réunir dans Athènes; et de la, la vie intellectuelle de la plus ingénieuse des nations se répajidit de nouveau sur toutes les contrées , à l'exception de Sparte et de la Béotie. Au temps de la guerre des Perses, les grandes créations de l'esprit avaient plus ou moins de rapport avec cette lutte gigantesque, dont le principal effort menaçait Athènes. Aussi y a-t-il lieu de croire qu'il y eut uniformité dans la marche de la littérature et dans celle des affaires publiques. Les poètes et les prosateurs opposent constanunent à l'imagination délirante, à l'aveugle obéisssaice^ à la brutale violence de l'Orient, l'amour de Tordre et de la liberté, l'obéissance aux dieux, aux lois, aux magistrats légitimes. Peu à peu l'abus de la victoire et la décadence des mœurs se font

sentir, et si les assertions tranchées ne nous répugnaient pas, là où la démonstration historique pourrait n'être pas complète, nous oserions avancer que depuis Tinspiration et la vigueur de la belle époque jusqu'aux formes polies et gracieuses d'un temps où déjà les conceptions manquaient de nerf, on peut dans les auteurs reconnaître chacun des pas qui conduisent vers cette dégénération. Les ouvrages marqués des premiers de ces caractères, sont émanés d'hommes de génie; leurs créations suivent les lois de la raison, sans que l'imagination en soit affaiblie. Les ouvrages qui portent l'empreinte de la seconde épbque , ne sont que des discours et des idées arrangées par, le talent plutôt que par le génie.

Nous diviserons en cinq parties ce que nous avons à dire de la littérature , et nous nous occuperons: 1.^ de la poésie dramatique, 2.*" de l'histoire, 5.° de la philosophie, 4-° de l'éloquence proprement dite, 5.^ des mathématiques et des sciences. Les quatre premières parties appartiennent plus spécialement aux Athéniens, la cinquième au temps d'Alexandre, des Ptolomées, des Séleucides. Deux des quatre premières se rattachent à la période qui nojis occupe; les deux autres doivent être réparties sur l'époque qui s'écoula de la fin de la guerre du Péloponèse jusqu'à Philippe, et sur celle qui la suivit jusqu'à la mort d'Alexandre.

Si nous ne nous bornions pas à demander aux principales productions dramatiques ce qui concerne plus spécialement Içs mœurs, un tas te champ de recherche s'ouvrirait pour nous : avant qu'il nous fût permis d'aborder les tragiques, il serait naturel de parler d'abord de la danse, et de dire comment , dans les fêtes, l'art des mimes se joignit à la poésie. Nous pourrions recourir à Athénée * et aux interprètes ; mais il suffit à notre objet de répéter avec cet auteur que, peu avant la guerre des Perses, ou au commencement de cette guerre, la tragédie reçut une nouvelle forme à Athènes, et que la danse prit dans les pièces de Sophocle un autre rapport à la tragédie que dans celle de Thespis, dePratinas,.de Carcinus, de Phrynichus.^ Le défaut d'espace ne nous permet pas de dissertations sur ces poètes, non plus que sur Mélanip* pide. Dans le Minos, faussement attribué à Platon, il est dit que c'est à tort qu'on donne pour origine

1 Liy. I, chap. 38-4^, ëdit. Schweigh.

3 Athénée, L c. , chap. Sg. ïl y est dit que les anciens poètes Thespis, Pratinas, Carcinus, Phiynichus, étaient appelés op^tiirrtltot , danseurs , non-seulement parce que leurs chœurs étaient adaptas aux danses des sacrifices , mais encore parce qn^ils enseignaient cet art à ceux qui ne Tayaient point appris. Vojes, sur les annciennes tragédies, Fabricius, BibL grmea, tom. II, pag. 279, sous la rubrique Notifia Tragi" corum Grœcorum , quorum fahulœ perierunt , digesta ordine alphabeti , cum suppiementis Harles.

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à la tragédie les chariots de Thespis , les chants et les danses de Phrynichus^ on ajoute que le drame est, à proprement parler,. d'institution athénienne.^ Dans Phrynichus , et plus tard dans Eschyle , le drame se retrouve àu§si comme une institution adaptée à l'organisation politique et aux mœurs. Ces deux poètes mettent en scène^ l'histoire récente ; leurs chœurs et leurs dialogues réveillent les sentimens qu'ils jugent convenables d'exciter dans la circonstance présente. Cest ainsi que Phrynichus fit représenter la prise de Milet , afin d'humiUer ceux qui avaient si peu fait' pour leurs frères d'Ioniç, et pour assurer un accueil amical aux fugitifs. Cette pièce fit tant d'impression, que le parti qui avait empêché de secourir Milet, en supprima les représentations, et que l'auteur fut puni d'une amende de mille drachmes 2. Aristophane peut donc en être cru, quanjd il dit que les chœurs de Phrynichus sont la poésie sublime de la nature , et quand il afi&rme ailleurs que la plus grande difficulté qu'EIschyle

1 « La tragédie , enfin , est u« vieil usage <lans notre yllle a eUe ne yient point de Thespis , comme on le croit ; elle ne t, yient pas non plus de Phrynichus. Non, en y regardant de « près, yous reconnaîtrez que c^est une antique inyention de « notre cité ; c^est la branche de la poésie qui plaît le plus à a PunÎTersalité du peuple, et qui fait sur lui le plus d^impres- « sion. "

a Hérodote , liy. VI , ch. 3 1 .

eut à vaincre , fut de s'élever dans ses chants sans paraître imiter Phrynichus '. Aristophane et les comiques en général sont d'ailleurs des témoins irrécusables, quand il leur arrive de dire du bien d'un poète tragique.

Nous n'avons à -nous occuper ni des tragédies perdues d'Eschyle, ni de leur caractère particulier, ni de la liaison de ses pièces entre elles. Fabricius a réuni tout ce qui a été dit par les savans sur le premier objet; et quant au second, Welker, dans son livre sur ks Trilogies d'Eschyle, a épuisé tout ce que la sagacité et la vraisemblance pouvaient nous apprendre 2. On voit dans toutes les pièces de ce tragique l'image d'une grande époque; chacune de ses conceptions est élevée à une hauteur plus qu'humaine. Le culte secret, qui alors n'était pas établi depuis long-temps , paraît dans ses ouvrages revêtu d'une couleur antique, il semble lié étroitement aux premiers pas des Grecs vers la civilisation. Il n'est presque aucune de ses tragédies qu'on ne puisse rapporter plus ou moins aux entreprises des Perses , aux victoires des Athéniens , à l'importance du triomphe, aux sentimens qui différencient les Perses

1 Grenouilles, yers 1289.

2 Fabricius, Bibl. grœca , tom. II, p. 176. Il y a là beau* coap de titres, dont quelques-uns pourraient bien pe se rap-

« porter à aucune tragédie. M. Welker n^a pas seulement réuni des- notions y il a raisonné, il a établi un système.

d'avec les Grecs. Lorsque le poète veut rendre sensible une idée dominante, il chaisit ou cette vérité que la liberté ue succombe jamais, ou bien cette autre que la grandeur réelle l'emporte sur la. force et brille sans tache même au sein du malheur; enfin, il enseigne qu'au-dessus du tyran, fût-il puissant comme Jupiter, règne un destin vengeur'*. Quelquefois aussi Eschyle représente les liens sacrés des peuples et de la religion, et leurs effets politiques, comme il le fait dans les Suppliantes. Si nous passons à des rapproehemens particuliers, nous verrons dans Prométhée la lutte d'une raison tranquille et éclairée^ d'une ame forte et vigoureuse, contre le despotisme aveugle et la puissance insensée. L'héroïsme qui s'attache aux biens intellectuels que le poète veut recommander à sa nation, contraste* ici avec la bassesse de Yfd- <^n 9 esclave du despote, qui, pour de l'argent, est prêt à tout exécuter, et qui^ par sa naissance même et par son éducation , a voué sa haine à tout ce qui est noble et grand. L'élévation d esprit est mise ensuite en opposition avec la mollesse d'une ame douce et compatissante, qui déteste la tyrannie, mais qui n a point de vocation à la résistance, point d'énergie pour secourir l'infortune, et qui n'oserait enfin ni prononcer ni entendre des paroles menaçantes. On dépeint aussi ces âmes vulgaires ,

1 Prométkée.

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qui ont pour tous les cas imaginables des consolalions et une morale apprise , morale qui soumet chacun à sa propre n\esure, et qui fléchit devant chacun*, pourvu qu'elle puisse se tirer d affaire dans ce monde. Si Ton oppose le héros Prométliée à la souffrante lo , victime d'un tyran d autant plus méprisable qu'il e^t l'esclave de sa méchante femme , cette opposition produit un contrasta d'un tout autre genre: lo sera guérie de ses maux dans cette vie , tandis que Prométhée , image idéale de l'indé* pendance et de la noblesse du caractère grec, subira des épreuves jusque dans la mort, afin de briller dun plus bel éclat II fallait qu'Athènes fût brdlée par Xerxès pour renaître à Salamine. 'Pour être vainqueur de la mort dans la mort même, pour apprendre au tyran oii sont les bornes de sa puissance, il fallait que Prométhée pérît par l'arrêt de celui qui dispose de la foudre , et dont l'ordre ensuite lui ouvre les gouffres de Tenfer.

Dans les Sept chefs contre ThèbeSj l'action ne roule pas uniquement sur OEdipe et sur sa famille , comme cela arrive dans les pièces d'Euripide, où ce sujet est traité. La principale affaire, c'est le danger de l'état et de la religion en présence de l'étranger, de l'impie Capailée. Cette pensée domine toute la tragédie, et si dans Euripide on rencontre à chaque pas OEdipe et sa famille, dans Eschyle il ne s'agit que du danger de la ville et de sa délivrance par

le secours des dieux. Le langage des interlocuteurs, qui, dans chacun de ces deux ouvrages, parlent les derniers*, en est la preuve la plus claire.

^ous avons dit ailleurs de la tragédie des Perses qu'elle étah de celte époque luie belle image, réfléchie dans Tame d'un Athénien doué d'un grand g^nie. Uadministration légale de l'état , Tordre , l'esprit pijd)lic, le sentiment de la dignité individuelle y sont opposés à cette masse obéissante, aveugle* et à Farbitraîre d'un homme dont le pouvoir est fondé stu- l'anéantissement de tous ses snublables; mais la pensée principale du poète pajait placée dans la bouche du messager qui annonce à Alossa la bataille de Salamine, et le cri de liberté des Grecs.

- Dans les Suppliantes , le poète veut &ire comprendre au peu|4e la rdigion, les mystères, les sacrifices, les oracles, les traditions, le sacerdoce héréditaire; aussi cette pièce a-t-elle moins le caractère d'une création que d'un mvthe.

Il y a dan^ Agameninon plus de pohtique que de rehgion. Dès le commencement de la pièce des signaux annoncent la victoire de la Grèce sur l'Asie, vrictoire qui occupe toute Faction. Le poète montre aussi aux Athéniens , ivres de leurs succès, quelles

1 Dans fairpide c'est Œdipe qui parle le dernier ; il s'occupe de sa destinée. Dans Eschjle , c'est le peuple «pii ne songe ^'k Féut et an boahenr d*être deliTié de rétonger.

(•17) sont les suites de l'orgueil , et dans la seconde partie de la pièce il leur apprend a résister à toute espèce de tyrannie. ^

La tragédie des Céphores est intimement liée à celle d'Agamemnon ; c'est le triomphe de la justice sur l'injustice, de la légitimité sur l'usurpation, de la volonté divine sur Taudace humaine. Mais ce triomphe ne peut être, obtenu qu'en violant les lois étemelles de la nature. C'est pourquoi les exhortations du chœur s'arrêtent au point qu'Eschyle regardé comme étant déjà du domaine de la religion. Il approuve le meurtre du tyran, il y voit la juste expiation des crimes qui pèsent sur la maison des Atrides^. Mais ■ lorsque Clytemnestre tombe sous les coups de son fils, le chœur déclare qu'il ne le regarde point comme innocent; il ajoute que ce qui s'est fait de l'ordre des dieux ne peut être expié que par leur volonté. Dans les Eaménides^ qui font la suite nécessaire de ces deux tragédies, régnent

encore les idées de répartition du juste et de Tin-

1 Le chœar , dans toutes les autres pièces où il est composé du peuple, et dans un temps où le peuple était tenu encore k une certaine distance par les classes élevées (il en était ainsi même après les innovations de Glysthène), le chœur, disonsnous, s'^exprime avec humilité) il se soumet, il est religieux , craintif. A la fin de cette pièce c''est tout le contraire. Égjsthe est tyran , le choeur lui résiste avec une fermeté que rien nei peut ébranler : il méprise ses menaces.

a VciB 796.

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juste, répartition qui appartient aux dieux, dont les vues s'étendent plus loin que celles des faibles mortels; et, par conséquent, ceux-ci doivent s'adresser à eux pour toutes les notions de droit et de distribution de la justicfe. Eschyle voulait montrer à ses démocrates que la vieille organisation de l'état, celle qu'ils cherchaient à renverser, était sacrée, indestructible, inséparable du bien du peuple. La déesse protectrice apparaît elle-même entourée de tout ce qui est vénérable aux yeux des Athéniens : eUe dit que le but de toutes les institutions est l'ordre, le maintien des lois, des mœurs> et l'absence des violences qui caractérisent les barbares. Les dieux seuls sont les auteurs de ces biens, et malheur à l'impie qui s'attaquerait à leur existence. C'est surtout l'aréopage qu'il s'agit de protéger et d'entourer de ce prestige : toute la pompe théâtrale est mise en œuvre pour augmenter encore la terreur religieuse qu'inspirait aux Athéniens ce tribunal inexorable, incorruptible. A la représentation le cortège* des Euménides effraya tellement le peuple qu'il ne voulut plus le revoir. L'apparition de Minerve et d'Apollon, principales divinités d'Athènes, et leurs débats judiciaires, jetaient sur les formalités des tribunaux une apparence de sainteté, qui rattachait* tout aux dieux et à leur histoire , en consacrant les institutions légales ,. les usages et les fêtes. C'est ainsi que la poésie sacrée s'emparait des mythes ,

et même les créait quelquefois ; c'est ainsi qu'Eschyle voulait^ dans des vues d'intérêt général, conserver à certaines familles le sacerdoce et le culte qui leur appartenaient. *

Eschyle et Sophocle se disputèrent pendant quelque temps la scène ; ils étaient contemporains , et cependant on reconnaît dans leurs ouvrages une autre physionomie, d'autres principes. Dans Sophocle, cest le siècle de Périclès et sa tendance vers les arts. Il ne conserve de vestiges ni de l'aristocratie d'Eschyle, ni de l'antique monarchie. Quand il introduit sur le théâtre un maître unique , c'est un tyran selon les idées grecques, ou bien c'est un exécuteur de la volonté du peuple ou de la noblesse patricienne. Dans Eschyle la reUgion est grande et terrible ; dans Sophocle elle garde un caractère d'aménité et de sérénité , même là , où il est question desEuménides. Dans Eschyle les femmes sont étrangères à l'état et aux entreprises importantes ^ dans Sophocle elles soutiennent le rôle que leur avaient donné Aspasie et d'autres courtisanes. Si nous jetons un coup d'œil sur les deux OEdipes^ le sujet^ nous paraîtra conçu tout autrement que ne

1 Eaménid., Ters 676.

a La pensée fondamentale de Touvrage est moins cellà da temps , moins nn mythe fourni par la religion et mis en ttuTr* par le poète, quWe création du poète, un trayail de Tart.

l'eût fait Eschyle. Que dire après cela de la forme et des développemens ? Les dieux et les insiitutions d'Alhènes figurent dans les deux pièces; mais quelle différence d'avec ces Euménides , si terribles , si sanguinaires, si menaçantes. L'OEdipe à Colonne, de Sophocle, nous représente aussi une solennité mystérieuse : il est délivré des maux de la terre dans le bois sacré des Euménides. Nulle Furie n'apparaît: on entend gronder le tonnerre; mais on ne voit pas luire l'éclair. Les doctrines d'Eschyle sc^nt explicites; sa Minerve parle : Sophocle, au contraire, ne fait qu'indiquer. Le peuple et la ville y paraissent sous un jour tout différent. Dans Eschyle, l'état est composé de vieillards, de patriciens, de prêtres; dans Sophocle c'est un public confus d'Athéniens, dont la vanité recherche toutes les occasion^ de s'applaudir lui-même. Les objets d'effroi et d'horreur s'éloignent de la scène; car ils seraient désagréables à ce peuple trop déKcat : il faut donc qu'au lieu d'effrayer, Sophocle attendrisse. Pour Euripide, il a substitué les choses lamentables aux choses touchantes : chez lui les mendians produisent un effet auquel Sophocle ne songeait pas. Pour en revenir aux OEdipes, nous ferons remarquer encore qu'ici, comme dans les autres pièces de Sophocle , les femmes ont un rôle important. Si nous passons à Electre, la même observation se reproduira; non pas précisément parce qu'une femme y fait le principal personnage,

Eschyle lui-même ne craint pas de l'abandonner à des caractères conmie celui d'Electre ; mais parce qu'on retrouve dans Chrysothémis la mollesse féminine et les traits dune société raffinée. La noblcjsse et la délicatesse appartiennent plutôt à l'ensemble de la société qu elles ne sont ici des qualités individuelles ; d'un autre côté on y rencontre cette grandeur qui n'apparaît que rarement ou même point du tout dans la réalité. Les allusions à la liberté dégénérée en licence, et à l'abus de la victoire, sont beaucoup plus fréquentes que dans Eschyle. ^

Ajax renferme une leçon au sujet du sort éprouvé à Athènes. par plusieurs grands hommes; ce qui n'empêche pas que le but marqué dans les derniers vers, ne soit de montrer par l'exemple de ce héros quelle est l'incertitude et l'inconstance des- choses humaines. Il y a, au surplus, deux caractères qui dans cette pièce nous ramènent aux mœurs d'Atliènes; l'un est celui de Tecmessa, l'autre celui dTJlysse, qui est un véritable rhéteur. Les tragiques ont pris ce personnage aux, siècles héroïques, et toujours ils le revêtent du caractère de leur propre époque. Euripide en a fait un méchant sycophante, un démagogue effréné. Nous le voyons aussi dans Sophocle sous ce double aspect : d'abord lorsqu'il suit à la fois les lois de la morale et les conseils

1 Y. ce que dit Oreste au mopient de tuer Égûtbe , vers ^358.

de la prudence; une autre fois, lorsqu'il sacrifie la morale à la raison d'état Dans Ajax, Ulysse est homme d'état prudent et moraliste : c'est au nom du bien public qu'il se fait médiateur entre ce guerrier et les Atrides ; il étouffe la voix des passions sous l'autorité de la sagesse ; mais dans Philoctète il sacrifie la morale à la raison d'état. Tecmessa est un de ces caractères délicats qui distinguent toutes les pièces de Sophocle, à l'exception de Philoctète. A la vérité , nous ne voyons ici rien de semblable à ce que l'époque romantique appelle amour. Les anciens avaient sur ce point des idées différentes des nôtres ; mais la délicatesse du sentiment se montre dans Tecmessa sous un autre jour, avec non moins de charmes. Dans Antigone le caractère d'Haemon a bien quelque chose de l'amour des modernes : à l'occasion de sa mort, les deux sexes paraissent être, l'un à l'égard de l'autre, dans ces mêmes rapports qui depuis sont venus ennoblir les liens de la société. Du reste, le but principal de la pièce est manifeste pour tout le monde; le poète veut avertir les Athéniens de ne point opposer aux ordï-es des dieux les lois himiaines. ^

Dans V Hercule furieux , Déjanire a un caractère qui appartient nécessairement à une -époque civilisée, où déjà les circonstances favorisent les déve-

I Cela est dit formellement Teis 9a a.

loppemens de cette délicatesse de sentimens , de

cette modestie , qui ne se démentent pas même au

milieu des accès de la plus violente jalousie. C'est

Touvrage du poète; mais du moins cela suppose

qu'en imaginant de la sorte, il avait la conscience

de se faire comprendre , et qu'il donnait ainsi des

I formel idéales à des choses réelles pour te fond.

En ce qui concerne les mœurs grecques , n'oublions

1^ pas de remarquer que Déjanire sacrifie sa jalousie

ï même , et que , par amour pour son époux , elle

l accueille sa rivale.

Philoclète fournit moins d'occasions de faire des ;. remarques générales sur les mœurs. Ce n'est pas, ■ à proprement parler , une tragédie; mais il règne t dans la pièce entière un sentiment noble, sem- ! blable aux idées chevaleresques des siècles modernes. Le but moral est d'enseigner aux Athéniens à mieux traiter les vaincus. ^ '

Euripide et Aristophane nous montrent la société sous un aiitre aspect L'un est le panégyriste, l'autre le détracteur de son temps. Bien que nous n'ayons pas à considérer les poètes sous les rapporta littéraires , nous rappellerons , en parlant d'Aristophane , ce qu'en a dit un savant, dont les idées s'accordent d'ailleurs avec les nôtres 2. En divisant par genres

I Vers i44o*

3 II s^agit du critique qui A rendu compte dans VEdinburgh iUptew de la traduction anglaise d^Aristophane , publiée par

ies comédies de cet auteur, les Grenouilles appartiennent à la critique j lés Nuées à la philosophie, et tout le reste à la politique. Toutefois celui qui a établi cette division , a senti lui-même ce qui lui manquait en précision ^ Abandonnant donc toute classification , nous reconnaîtrons que chacune des pièces d'Aristophane oppose le tableau des mœurs dégénérées du temps à la pureté des anciens , puis les arguties des sophistes au sens commun, enfin les vains bruits de mots à la véritable poésie. Il ne faut point s'attendre à trouver dans ces pièces de l'action, un nœud, ou de l'histoire^ il ne s'agit nullement non plus de développer une aventure aux yeux du spectateur.

Plutus a servi de type à un poète romain et à un comique français : cette pièce est , dès le corn-» mencement, dirigée contre Euripide, qui substituait , au défaut de vigueur dans ses créations , le romanesque et le sentimental du sujet, le fini et l'art de la diction. Cela est visible surtout dans l'oracle d'Apollon , qui guide Chrémylus , et dans les vers d'Euripide , mêlés à la pièce si fréquemment, qu'ils reviennent presque dans la proportion — , . . ^

MitscheU (Novembre i8ao). Voyez, pour les pièces perdues, Fabricius, Bibl. grœca, tom, II, pag. 367 et suiv.

1 Reuiew , pag. 3o4- — — ^"t thèse différent qualities are 80 interwoven in the tissue of each indit^idual pièce , that it •would be silljf , to lajr much stress upon any such arrangement.

d'un à vingt De plus, on jette du ridicule sur ses scènes à eflFet^, et Ton va jusqu'à lui emprunter la formule de salut de ses interlocuteurs^. La scène entre Chrémylus et la Pauvreté est propre à faire bien apprécier la différence des fortunes, d'autant plus choquante à Athènes , qu'il y avait pour tous égalité de droits politiques. Chrémylus voit les choses sous leur aspect vulgaire; il regarde les plaisirs des sens et les richesses comme les récompenses de la vertu: la Pauvreté enseigne, au contraire, les véritables rapport^ entre l'homme et les choses , et comment

l'inégale repartition des richesses est la première

1 Vers i6i - 190.

3 dffTri^Qfjyan au lieu.de ^ât/pg* On ne s^attendra pas, sans doute, à trouver ici des elplications sur le Plut us prior et sar le Plutus posterior, sur la première esquisse de cette pièce et sur son exécution^ ces explications se trouvent dans d^autres ouvrages. Le commencement de la pièce est la parodie d^utfe tragédie d^uripide que nous avons perdue. Dans Ion , Toracle répondait à Xuthus , que sou ûls serait le premier qu^il rencontrerait en sortant du temple. C'est ainsi quTApollon répond à Chrémylas de suivre le premier homme sortant du temple, pour faire le bonheur de son fils. Quant aux vers d^Ëuripide , on les reconnatt aisément. Nous en transcrivons trois ici , dont les deux premiers sont entièrement du genre de ce poète , et pour la mesure et pour la terminaison \ la transition au 3/ est aussi brusque pour le sens que pour la mesure.

Ti^feu ii ttS^ols Steii ci Kett ffO^ifffXaLTet 'O fÂiv yÀf dCrZv ffKUTOTQ/Mt KatBnfJuvoç*

condition de la réunion des hommes en société.^ - Le poète en prend occasion pour opposer au faste actuel l'antique simplicité de la Grèce. Il faut, ditil , que Jupiter soit pauvre lui-même, puisqu'il ne donne aux jeux olympiqi^es qu'une branche d'olivier^ tandis que les hommes sont aujourd'hui si prodigues de couronnes d'or. Dans là scène où le bon bourgeois ^ Diffeeopolis compare sa condi- ** tion avec celle du chicaneur qui couvre ses vice* i d'une apparenise de zèle pour le bien pubUc^, le ii but du poète est d'éclairer sur les suites fâcheuses de la démagogie , et surtout d'une mauvaise orga- nisation judiciaire. Il démasque aussi ^le charlatanisme sacerdotal; enfiïi, à l'endroit où il est parlé du temple d'Esculape et d'une guérison miraculeuse , il fait voir comment les prêtres attribuaient aux dieux leur propre bassesse et leur avarice. ^

' Athènes, changée par les prqgrès de la civilisation , de Faisance et de l'industrie , paraît dans les Nuées sou^ un autre aspect : le poète y^ fait surtout la critique de l'éducation; puis de cette manie d'apprendre à parler de tout, de tout intervertir au moyen de la dialectique et du sophisme.

1 Vers 653.

3 Vers 90a.

3 Mercare Tient annoncer la colère qac ressent Jupiter de ce que la richesse clainroyante ne sacrifie plus aux dieux- Voyez surtout le vers 1119.

( 1^7 ) Ce n'est point ici le lieu de rechercher si Aristophane eut tort ou raison de jouer Socrate, et s'il lui nuisit ou ne lui (yiisit pas. Nous nous bornerons à reconnaître avec le savant Écossais que nous avons cité tantôt, qu'à juger de la méthode de Socrate par la forme qu'elle a reçue dans les écrits de Xénpphon y Aristophane ne pouvait mieux choisir son principal personnage ^ Sous le rapportde l'enseignement et de l'éducation , Socrate était pour le poète dans la même ppsition que Oéon pour la politique ; e'^était le plus célèbre parmi les honmies qui cherchaient à substituer de nouvelles idées à l'ancienne reUgion , une nouvelle morale aux anciennes mœurs. Aristophane lui oppose un caractère rude, mais naturel, celui du campagnard Strepsiade. Ce qu'on fait dire à Socrate tead à ridiculiser ses critiques contre le culte et ses explications des mythes. On le représente adoptant pour divinité les nuages et les brouillards ; enfin sa

froide manie de moraliser et ses hautes idées ^ spé-

^— ^-^— ^— ^^— ^■^— ™— ^^'■^■^— ^■■.— ™*^-^^— — I ' "—"^^ ■■ ——i^— ^— ^.^1 II

i It is not our purpose to ling^r upon this part of the subject : 'ive ha^e a propoâition to make out , front whick M, Mit-ckelU eoura^e has shrunk , thou^h he has collected such ampU nunter Jbr supporting it : and in despite ofthat halo of glory, which virtues and intellect , that form an epoch in the history Qf man, hâve throwft areund the son of Sophroniscus , we can iee enoMig to helieve that j4ristophanes ^^as as happjr in selecting the central figure for his pièce , as he ^¥as in the other tonstituent parts ofthis his greatest production,

a Vers 4^3.

culatives sont couvertes de railleries. D'un autre côté , Strepsiade , sans le vouloir , montre combien les croyances populaires ^ont favorables aux mœurs et au bien-être de l'état. On ne sç borne point à Tallégoriè : il y a entre le juste et Tinjuste un dialogue, où l'éducation ancienne et la nouvelle sont opposées l'une à l'autre , où le vieux temps est pour la mode un sujet de dérision. ^

Les Grenouilles sont à la dégéjiération de la poésie ce que sont les Nuées à la dégénération des mœurs ; toute la pièce est dirigée cpntçe Euripide et contre le mauvais goût. De grands^ mots ; des locutions et des expressions qui peuvent indifféremment, signifier tout ou rien ; tels sont les défauts qu'on commence par reprocher à ce tragique, «isuite on parodie ses vers 2. On raconte à X/ijnthias comment Euripide est parvepu à prendre la place d'Eschyle dans l'esprit d'un public sans goût Alors

le poète introduit comme interlocuteurs Eschyle

'■ ■ ■ ' I ■ ■ Il

1 Vers 978.

a La plaisanterie commence à ce vers (j) yXSffff eo/LLouoy i Jli 9pwV elvofJLOTOç). Bacchus dit qu'il cherchera Euripide auK enfers, parce qu'il n'y a plus sur la terre de |>oète capable de lancer de grands mots {offTiç ùYifXtz yivv%iov X^koi). Hercule demande quels sont ces mots \ on lui répond , r«ther, appartement de Jupiter {càdépet Aïoç S)!t)juLoiTiov) ^ le pied du temps i^fovov ttcS^ol)» L'ame, qui ne veut point dans les sacrifices préUr lia serment, tandis qu'à spn insçu la langue le prononce.

et Euripide , chacun dans le caractère qui lui appartient; ailleurs les prologues et les chœurs d'Euripde sont présentés comme un travail factice , étranger à l'inspiration poétique. Si Ton oppose à ces railleries l'approbation du monde et des enfers^ si l'on dit qu'un insensé peut seul élever la voix contre ces conceptions, le poète répond aussitôt qu'au;^ enfers c'est comme à Athènes, qu'il s'y trouve peu d'esprits droits et. d'un goût sûr; qu'enfin le grand nombre n'approuve que ce qui est poli et recherché.

Les Oiseaux s'attaquent aux sophistes , aux poètes, aux prétre&, aux interprètes des songes, aux juges. Il faudrait par conséquent 4e grands développemens pour établir dans quels rapports cette pièce se trouve avec les mœurs du temps. Passons de suite aux Chevaliers; le peuple athénien y est mis en scène lui-même : il est évident que les adversaires de Cléon se servirent d'Aristophane pour faire comprendre aux citoyens ce que sa démocratie avait de ridicule. Cléon en fut frappé. Après la première représentation, ou bien au sujet des Babyloniens , où il était aussi joué , il fit appeler le poète au conseil ; là il l'accabla de reproches , et lui dit avec menaces , qu il av^t rendu le peuple ridicule aux yeux des alUés qui venaient aux fêtes de Bacchus pour apporter leur tribut. C'est le poète lui-même cpû nous l'apprend dans les Acharniens. Enfin dans II. Q

qui, jointes aux exemples, ouvraient aii talent un chemin qui, sans elles, n'était accessible qu'au gé^ nie. A cette époque ce- n'est point l'élite^ du peuple qui est profondément civilisée^ c'est la masse entière qui prend pour du sentiment ses faibles impressions, pour de la civilisation ses notions superficielles, et qui, trop paresseuse pour s'appliquer à penser, veut que toutes les images soient élaborées, toutes les idées délayées par la rhétorique, ,toutes les propositions développées par h, dialectique. Euripide était l'homme qu'il fallait pour cela : rhéteur , philosophe, poète, du moins dans un sens plus moderixe , il était parfaitement propre à ce que demandait de lui son temps. Jamais son talent n'est en défaut; mais trop sQuvent le génie lui refuse ses clartés. Combien de vers insignifians les éditeurs n'ont-Us pas rejetés comme interpolés ! mais ce sont des passages où le poète, abandonné par l'art, est resté nu. Ce n'est pas ainsi que pèche Ëschjle, lorsqu'il est emporté au-delà des bornes. Le défaut de naturel , le sophisme , l'ampoulé , enfin le larmoyant substitué au<pathétique : tels sont les dé&uts qu'Aris- «Ojj^bane signale dans Euripide.

Un coup d'oeil sur quelques-unes de ses pièces démontrera que l'éloquence du sophisme , lliabi* tude de moraliser, enfin le scepticisme et la manie d'assister aux débats judiciaires, s'y manifestent partout. Dans Hécubey Polydore commence par dire

qui il est, selon Finvariable et monotone usage du poète qu'Aristophane réprimande dans les Grenouilles. Puis il y a deux sujets menés de front : Fun est la mort de Polyxène , l'autre la punition de Polymestorj tous deux fournissent l'occasion de mettre en scène les occupations favorites des Athéniens, les long» discours, l'art des avocats et les discussions judiciaires. Ulysse est un véritable sycophante, habile à tourmenter le sens des paroles, à produire .des sophismes ; enfin , dans la seconde parâe de lar pièce, Agamemnon écoute les plaidoyers de Polymestor et dliécube, ils sont pleins de sentences et de maximes faites pour une époque de rhéteurs, et pour un peuple plus gouverné par la réflexion que par le sentiment Ces maximes, une -fois apprises , pouvaient s'appUquer en beaucoup de circonstances. Dans les chœurs, on ne peut se refuser à reconnaître que la plupart des choses sont artificieus^ment calculées pour flatter l'oreille. »

Oreste n^est pas vraiment une tragédie ; c'est un drame d'un autre genre que Philoctète. Le terme de ses maux n'est pas dans la pièce même , il n'est qu'annoncé. Cette fois encore c'est un procès qui

I Aristophane désigne cela par ces mots : T/ ri ^XetTTOtp«r % et plus loin il s^écric : ti Iw fiâLfiXtv > T^ Xt^H^ '^^^^

nàitièf 09ùf^

occupe le théâtre , et ce procès est accompagné de tous ses accessoires. Rien n'e^t épargné aux! spectateurs : dans le discours du messager qiâ annonce à Electre sa condamnation et celle de son frère , le poète a tout ^apporté , depuis les plaidoyers , qu'il donne en entier- et qu'il mêle de considérations politiques, jusqu'à l'audition des témoins. Tâchons de retrouver quelques vestiges de l'influence de la philosophie raisonneuse sur les croyances populaires et sur la Hberté de l'aihe , restreinte par le sentiment des besoins extérieurs. Nous verrons aussi comment , en rabaissant la tragédie à la vie commune, les mœurs et les caractères perdirent de leur élévation. Un seul vers suffira pour donner un exemple des doutes -émis sur la divinité : Nous sentons les dieux y quels que soient ces dieux. Ménélas est un personnage qui appartient à une époque où les professions déjà sont devenues la principale affaire de l'homme. Une chose encore plus choquante , c'est la proposition faite par Pylade à Oreste, de tuer Hélène pour se venger de Ménélas. Oreste, le héros de la pièce, au milieu des plus sérieuses délibératiims, suppose qu'Sélène, sa plus proche héritière, s'occupe dès à présent de prendre possession de son héritage, et d'y mettre le3 scellés.

Bien que. de pareils traits marquent la décadence de3 idées héroïques , la différence des temps et des

mœurs est encore bien plus prononcée. entre les Sept chefs coiUrt^Thebes d'Eschyle, et les Phéniciennes d'Euripide , dont ie sujet est absolument le même. Nous ayons déjà dit que dans Esdiyle l'état et la religion sont toujours au premier rang; que les intérêts et les malheurt particuliers sont toujours secondaires. Chez' Euripide c'est précisément l'inverse : l'action repose sur des intérêts privés; elle se poursuit avec une espèce de sentiment propre au sexe féminin. Voilà pourquoi ce tragique, ennemi des fepimes , fait cependant rouler toutes ses pièces sur ce qui les concerne. C'est Jocaste qui prononce le prologue; >après elle, les Phéniciennes parlent en choeur : le destin de Ménœcus devient bientôt l'objet principal du poète, qui retourne ensuite à Jocaste et à ses filles. La moitié de la pièce se compose de sentences, dont les plus nombreuses sont celles qui renferment une pointe, ou des allusions, ou d'autres jeux de mots significatifs. La tragédie descend ainsi aux choses les plus vulgaires. Enfin « les procès ont aussi leurs droit»; car Étéocle et Polynice parlent absolument comme deux sophistes occupés à soutenir un caractère donné. Tout l'art des rhéteurs a été mis à contribution, toute la finesse , tout l'esprit des interlocuteurs ont été épuisés dans les discours et dans les dialogues des deux frères. Leurs oraisons sont entièrement conformes aux règles : il y a exorde, discussion

pathétique du sujet, et péroraison. Les r^pnsçs brèves se font par sentences, se coupent ^r vers ou même par demi-vers. Néanmoins , en comparant avec les Phéniciennes la tragédie de Sénècpe, on reconnaît la supériorité du siècle d'Euripide; (m voit combien 1 art oratoire était encore au-dessus des déclamations ampoulées de cette autre épo({ue d'exagération.

Dans les Troyennes^ le personnage qui fait le prologue commence aussi par se notniner^ Sans aucune nécessité oh voitparaître les deux divinités de la cité. Immédiatement après , Hécube, avec la moitié du chœur, chante la chute d'Uion. Le talent poétique d'Euripide se montre avantageusement dans les belles scènes entre Hécube et Cassandre, Andromaque et Talthybius; mais le fond de ces scènes prouve aussi qu'il traitait le pathétique en rhéteur et non en poète. Ç|ui reconnaîtra le poète accompli dans ces tétramçtres oatalectiques qui se résolvent en dactyles, dans ce3 terminaisons, dans oe$ jeux

de mots^? Et dans les adieux d'Andromaque, qui

1 Neptaoe rappelle absolumoiit les paroles de Polj'dore; ildil;:

HxA) hvfmy Aiyauov iX/jLvpov fictÙQç Hçyrov TlofftfJiSv -— -^ — a Nous prendrons le discours de Cassandre pour odontrer nvee quel art les yers sont faits :

n'ifieroevra pas la tournure oratoire, la disposition artffîcieUe des discours, et ces imitations d'Homère rabitem^it amenées pour flatter à la fois et Fo- RÎlle et l'esprit des Grecs? Mais en même temps comment ne pas voir que le temps de la haute et yéritable inspiration était écoulé, et que dans les endroits les plus élevés le travail et le sophisme percent de tous côtés. Eschyle et Sophocle, qui ne visaient point à l'effet, étaient, par l'inspiration même, à l'abri des choses puériles. Une scène absolument sans couleur 1 entre Ménélas et Hécube

H xxuLoç KêuiiSç rat^natt vvxrcç, ovk if ijLiupùL^ Ci J'oKSr o-f/JLviy rs TrfOLTTttv^ ùetueuS'Su d^^nyiTOL. Ka/jU tos ytKpûv ÇaLpetyytÇj yufjivei S'tKfiefiXnfJiiytiVi TJW/ ^îSfÀeipfid fiovffâu yvfjL^iov TriXetç rai^ou , BnfVt fèivowi J'dffciffÛAS , mv Â7ro\Xa>voç XetrptVm ti rrifti Tou ^iXtcLtov fJLOt &tSp^ elyaiX/jLeiT tvïot^ XaJptTm iKXiXoip* ioprà^y aiç TreLpoA^ ^yetXXofé^nv» Ir ear tfjuou ^poÊToç vwetpA'y/jiotç * coçir 'ovo' etyvti ^poa ùS 9ûéûç cujpouç (^ptà6ai a^ot riS^y u putirru etra^. Tlov tmdpoç ro rov ^rpecmyou y TrotTror ifjilidUfuy fxt XP^y OviUT ctv ^Beiyosç av tvjpctv içrioiç KûtfaJkKSv, XÏç fjLieiv rptSv Ep/yywV tÎ^-JV /jl i^ei^eùV ^èovoç»

I Tf ynç iyepQ etàtX^ot^ ^eo rtiu^v n/jutç Trartip^ Ou fjutxpetv S^^tffdi /A* ii^cû (T* eïç vtupovç viKu^opoç , Keiê J^fLMVç iripvttff Àrpfif&V'i ^v eiTredXofÂiffii* vtto»

1 Les plaintes d^Androixiaque sur son fils sont un exemple de la faiblesse tragique dn poète.

succède à un chœur sublime. Ici Ménélas se présente avec cette formule usée des prologues , el qu'en Vain le nouvel éditeur a voulu défendre i en s'appuyant du commencement de la tragédie des Perses d'Eschyle. Hécube, quand elle discute, en l'invoquant, l'essence de Jupiter, joue absolument un rôle de sophiste. Dans la scène entre Hélène, Hécube et Ménélas, celui-ci est juge, Hécube accusatrice', Hélène accusée ; les plaidoyers habiles ne manquent pas : le tout .est suivi d'ua dénouement d'opéra, tant pour la forme que pour le sujet.

Il est donc démontré que le siècle d'Euripide s'était trop éloigné du vrai et de la vigueur du génie, pour comprendre un* poète qui se fut montré robuste dans ses conceptions. Un homme aussi distingué qu'Euripide ne pouvait pas rester sur l'ancienne scène tragique. Dès qu'il eut ouvert une nouvelle route , il Êillut que tous les autres le suivissent; mais, comme cela arrive ordinasroinent , ils s'égarèrent. Le genre fut donc épuisé; la comédie cependant ne l'était pas ; il lui restait d'autres voies. Nous reviendrons à l'une et à l'autre, et^ passant à l'histoire, nous tâcherons aussi de signaler la transition de la simplicité , du naturel , de l'inspiration , à l'art, à la philosophie, à la perfie^ction, puis de cet état à la manie de moraliser et à l'élégance des conversations polies.

En parlant des poètes cycliques, nous avons dit coament , au moyei^ des progrès de la civilisation, b géographie et rhistoire passèrent , ainsi que la philoftophie , de la poésie à la prose. Si nous suivions ici les progrès de la littérature , il faudrait sans doute rechercher les traces qui , de cette transition ; nous mèneraient jusqu'à Hérodote ; mais notre hut n'est autre que de présenter la marche de la civilisation sous ses différentes faces ^ Pour rhistoire , Hérodote est à nos jeux ce qu'est Eschyle pour la tragédie : âa pensée dominante est celle qui règne aussi dans la conception des Perses : non qu'Hérodote ait voulu mettre en pratique ces idées que nous Itd prétons; mais telle était en lui la tendance déterminée par l'expérience qu'il avait acquise, qu'on croirait que c'est à dessein qu'il a écrit dans ce sens. L'esprit d'ordre des Grecs est mis en opposition avec la délirante confusion des mythes, la chronologie régulière avec ces espaces sans homes des peuples barbares , le discernement qui choisit, avec la masse indigeste des histoires

1 On trouTe des notions sur les ouyrages historiques antérieais à Hérodote , dans les Recherches de Dahlmann ; puis àuu ce ^*on a écrit snr Pancienne géographie , où il a été fuettion nécessairement d^Hécatée , de Charon , d^Uellanicas et de Daitiaste. Yoyes surtout Voss (Journal dUéna , 1S04) etUkert, dans ce qn^l a publié à Weimaf, en 181 4 > sur la Géographie d^Hécatée et de Damaste.

oriéniâles. Dans les Perses d'Eschyle on vok aussi une innombrable multitude d'hoijimes et de peuples ■ succomber sous Teffort d'une poignée de Grecs \ disciplinés. C'est le même contraste. Hérodote J abandonne à l'Oiient l'avantage de rimaginaâcn et de l'antiquité, et, comme Eschyle, il s'effoïrce . de relever la dignité des mystères et du culte que, t^ depuis quelques siècles, on avait emprunté à la Phrygie, à la Syrie, à la Phénicie, à l'Egypte Son principal dé&ut est de chercher à tout les origines les plils arbitraires et les *plus éloignées. Son témoignage est donc suspect, quand il parle de prêtres, de mystères, de foi aveugle ; il : ne voulait pas tromper, mais il partait d'un'e opinion à laquelle il adaptait tout, comme l'a fait d^uis, au sujet de l'Inde, sir William Jones. Hérodote se proposait de faire ressortir le triomphe de la liberté grecque, de Tordre et de la pauvreté de sa {Patrie sur l'esclavage, sur les pompes et les richesses de TAsie et de l'Âfiîque , enfin "J*^ sur ce chaos de natioi^ et &ur les projets phantastiques de leur imagination exaltée ^ Doué d'un jugement exquis, il s'inquiète peu de l'histoire telle que

1 Vojez Gatterer dans la Bibliothèque historique. Sa Dissertation, traduite en latin, est jointe à Tédition d^Hérodote donaée par BorheL en 1781. Voyes aussi . Geinos , Défense d^Hérodote, 3/ Mémoire (Acad. des inscript., tom. XXCI, pag. io3).

nous la donnent les traditions; il ne s'engage. pas dans les époques primitives des Babyloniens, des Assjrriens et des Égyptiens, plus qu'il ne le faut pour Texplication des narrations qu'il doit faire. Dès le sixième chapitre il commence à parler de cette lutte, à laquelle il revient enfin dans ses der« niers livres, après une multitude d'épisodes, qui tous s'y rapportent; alors il en poursuit le récit jusqu'aux batailles de Platée et de Mycale , où s'arrête son ouvrage.' Il y a dans ses épisodes deux intentions esseiitielles : la première, c'est que le livre devienne une sorte d'épopée en prose,. à l'usage de la jeunesse^; la seconde, c'est que, plus la prospérité des barbares parait étonnante, plus on voit briller aussi l'excellence des institutions grecques. Cette- intention est visible dans ce qui est raconté des rois de Phrygie et - de Lydie. Ici les offrandes apportées dans les temples par . les Phrygiens et les' Lydiens , les unissent aux Grecs, Hérodote se trahit à son insçu , en ce que par là les temples grecs l'emportent sur tous c^x qui sont répandus dans le nord de. l'Asie mineure, a même sur ceux des Grecs qui étaient devenus asiatiques en Asie^. On peut faire la même remarque

I Dahlmann a traité la question relative à la lecture des ouTrages d^I^érodote aux jeux olympiques.

3 Crésas soumet facilement les Grecs d^Asie. mais il recherche Famitié de ceux d^Europe.

au sujet de Thaïes et de Solou, quand on oppose | leur expérience et leur modeste sagesse à la célèbre philosophie primitive de l'Orient L'histoire même de la Perse est présentée, de manière à nous montrer comment la simpUcitp^ la modération, la force, prospèrent sous la protection des dieux; tandis que, dW autre côté, les masses. qui doivent écraser les Grées, sont faibles de leur immensité même. Quoi de phis naturel, pour faire comprendre la grandeur de Tempire , que d'y faire entrer k description de cette Egypte si ancienne, si puissante, si populeuse! Dans le troisième livre on y ajoute encore une partie de l'Afrique; 'mais, afin que le lecteur ne perde jamais de vue les Grecs, on les lui rappelle au moyen de Polycrate de Samos.^ De là on en vient à la prépondérance militaire des • Spartiates, ce qui amène naturellemenjt l'explication de leurs lois et de celles de Gorinthe. Passant ensuite aux révolutions de la Perse , Thistorion fiât connaître le caractère et l'esprit de son temps , et surtout par rapport aux Grecs. Il vivait à une époque où les querelles de l'oligarchie , de la démocratie , de l'aristocratie , occupaient tous les états, et quelquefois faisaient répandre beaucoup de sang. La monarchie n'était point encore oubliée; les choses nouvelles luttaient avec les anciennes.

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1 Chap. 39-61.

Hérodote place dans la bouche des grands de Perse , qui disputent entre eux sur la meilleure forme de gouvernement, les pensées des hommes les plus sensés du temps. Les idées monarchiques remportent, il est vrai; mais Fauteur n'en met pas moins dans le discours d'Otane , dont il fait le défenseur de la démocratie, le principe fondamental , la base sur laquelle elle doit reposer. Immé<Ëatement après, nous voyons par ce qui est dit de Démocède, ce que c'était que 1» science grecque ; puis Scylax est employé par Darius dans les mers de Flnde, etMandrodès jette un pont sur le Bosphore. Les choses les plus simples sont parfois accompagnées de merveilles. Dans Hérodote le climat du Sud inspire ces fables , et de nos jours encore les pays méridionaux de l'Europe s'attachent plus au culte des saints et à leur légende qu'à Dieu même. L'historien hasarde souvent un doute par la tournure même de son récit: on diij j^ai entendu raconter; jamais il n'est trompeur : sa simplicité est touchante, et son style est sans apprêt. Parmi ces fables et ces contes mythologiques , la prose seule nous rappelle que nous sommes sur le terrain de l'histoire. Les deux derniers livres sont exclusivement consacrés au dénouement; et de la sorte tout, depuis le commencement jusqu'à la fin , est calculé de manière à servir de leçon.

L'histoire de Thucvdide nous fait reconnaître

une époque où la masse entière des citoyens avait cessé d'être uniforme , qù l'éducation avait introduit entre eux des différences telles, que l'auteur, ami de la vérité, devait choisir le public auqud il voulait s'adresser ^ Thucydide comprenait que le moment était venu où l'esprit , qui avait conduit la civiUsation à son apogée , où la force qui l'avait entretenue» allaient peu à peu s^évànQuir. Souvent, sans le vouloir, Hérodote montre dans

toute leur grandem* les efforts généreux qui signalent la lutte contre les Perses; il fait ressortir surtout les effets d'<une liberté sagement retenue dans les bornes de la religion, des' lois, des mœurs; mais Thucydide' rend palpables les- causes de décadence. Nous dirions volontiers que dans Hérodote c'est le siècle qui parle et que Thucydide est au-dessus de son temps : fort de sa philosophie, de son expérience, de 3a connaissance des hommes, il n'adresse qu'è un petit nombre d'individus ses récits et ses observations graves e^ concises sur le bien que l'on pouvait encore faire ^. La variété

1 Cest ce que Gicéron paraît avoir senti, liv. Y, de Finib,^ il dit -: Ista studia ,. si ad imitandos summos viros spectant , ingeniosorum sunt , si tantummodo ad indicia veteris memoriœ cognoscendœ — — curiosorilm. Il ne regardait Phistoire que comme un moyen , tandis que chaque science , à nos yeux , peut être un but pour celui ;qui la saisit bien.

a Platon regarde comme incurables les folies du temps et

des objets , leur mouvement , donnent à l'ouvrage d'Hérodote beaucoup d'attrait pour le goût; Thucydide parle plus à la raison. L'expérience offre partout ses richesses, et les caractères sont d'autant plus admirables, que lart se fait moins sentir. Cela est vrai pour les discours comme pour les narrations ^ Dans Hérodote ils sont naïfs et portent r^npreinte du temps auquel ils appartiennent : c'est l'éloquence du cœur; dans Thucydide, c'est l'expression d'une énergique philosophie, d'une philosophie dans laquelle rien jamais ne sent l'école* Xénophon ,est déjà plus moraliste ; on reconnaît dans son livre une époque où il fallait suppléer à ce qui manquait à la rehgion par l'art des rhéteurs. Les discours de ce genre ont ensuite passé chez les

les préjugés des hommes ; il ne veut point s^appliqner à les guérir; Aristote abandonne Pidéal, qui est en trop grand contraste areo la réali{« , et chercbe d^autres chemins pour par* venir à cette réalité ; Thucydide passe entre les deux philosophes. Au suiplus Thucydide , dans son penchant pour une aiistocratie bien entendue, dans son éloignement pour la démocratie dégénérée en tyrannie , exprime sérieusement la pensée des meiUeyrs citoyens , comme Aristophane par ses plain sauteries, comme Platon par sa philosophie. Il est loin de U fausse idée de Xénophon , qui Toit cette aristocratie dans Voligarçhie de Sparte.

1 L^ép#i}ue de Thucydide. est, sans contestation, celle qui remporte par Fexcellence des discours sur toutes ceUes où les historiems ont jugé à propos d'en mêler à leurs récits.

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