III
avec Ptolémée une trêve de dix ans , au moyen de laquelle il récupéra ses possessions d'Asie et de Syrie , notamment la ville de Damas , qa' Antiochus avait conquise sur l^s rois d'Egypte.
Bientôt il eut à soutenir une nouvelle guerre contre son frère Antiochus , qui , secondé par les mercenaires gaulois , voulait, agrandir son territoire dans l'Asie mineure. Un monument qui nous est resté' de ces temps obscurs , prouve que Smyme et Magnésie profitèrent dès circonstances ^ et qu'dles reçurent de Séleucus le bienfait de leur indépen-» dance ^. Cependant nous les voyons, imnvédiatement après, occupées par les troupes de Ptolémée. D'abord Séleucus fut assez heureux-; déjà il a'étail avancé jusqu'en Lydie , quand tout à coup Mithri* date de Pont , Tallié d' Antiochus, entra en Phrygie , et , par le secours des Gaulois , le battit tellement près d'Ancyre , que son armée fut entièrement dispersée , et que pendant quelque temps on ne sut ce qu'il était devenu^. Cette dé&ite de Séleucus
1 Cha ndler , Marmara Oxoniensia , pag. 5 <t saÎT.
a Eoftébe, Chrom., vers, arm,} Venet.^ 9 t. în-4'*> part. I/*, pag. 34^ ^'^ hjfàia , uhi primum certame» contructum /kit , Séleucus vicit , sed neque Sardes eepit » fieque EphesUm , PtO' lemaus entra urbem tenebat, Quum vero in Cappadocia aduersus 3fithridatem secundus congressus fuisset , duœ myriades ex suis a harbaris eœsa ipseque occisus periit. Les choses sans doate ne firent pas pouts^ts à ce poiac^ mais PoipH)rrC| auquel ce
contribua beaucoup à donner aux petits djnastes de Pergame un rang distingué parmi les potentats de cette époque. On avait vu , déjà , un roi de Syrie périr sous les coups des Gaulois ; on vit son fils , Antiochus Hiérax , triompher tant qu'ils demeurèrent ses amis. Eumène , successeur de Philétère à Pergame ^ fut le premier cpii eut la gloire de les battre dans une action générale. Ils furent encore défaits près de Sardes par Attale , successeur d'Eumène. Depuis cette bataille , Attale prit le titre de roi , qui resta aux souverains de Pergame.
Antiochus cependant ne fut pas aussi heureux ; il était bien plus embarrassé de sa victoire que son frère ne l'était de sa défaite. Séleucus , en effet , rétablit bientôt son armée; pour lui, il était traité en prisonnier par ses Gaulois. Il parvint enfin à leur échapper, se fit appuyer par les troupes de Ptolémée qui gardaient Magnésie, gagna une bataille, et épousa la fille de Zeilas , roi. de Bithynie ; mais sa violence le précipita bientôt dans de nouveaux dangers. Il se prit à la fois de querelle avec son frère et avec le roi de Pergame , et finit par perdre aussi l'appui des Égyptiens , Séleucus ayant conclu avec Ptolémée un traité. Antiochus fut, dans une même an-
passage est emprunté , mêle souvent ces sortes d'errears à ses vécits, et noas ayons mieux aimé rapporter les résultats obtenoi par M. Niebubr, ^e suivre Porpbjrre lui-même.
née ^ 9 trois ibis battu en Lydie, et la défaite qi^e lui fit essuyer,. près de Sardes, Attale de Pergame, fta si complète, qu'abandonné de ses gens il se retira chez une parente en Cippadoce^, et s^apercevant
i 137/ Qljrmpiade , 4** année; a^g aTant J. C.
2 JVssigse à rexpédidon de Séleacos chez les Parthef^anc aatre époqae qae Bajer, Re§num Bactrianum , chap. 34-37» pag. 60-67 ' '^^^ aTait eu sous les jeax des donnée^précises, je ne lui préférerais pas sans donte les hypothèses les plus ingénieuses de Niebuhr. En lisant ce que ce sayant a écrit sur cette histoire si embrouillée, on se conyaincia ^''il est idH possible que Séleucus soit demeuré prisonnier des Parthes depuis la 2^ année de la i36.* oljrmpiade , jusqu^âi la 3.* de la i38.* Voici le passage de M. Niebuhr. « La victoire d^Ata taie sur les Gaulois , celle qui mit fin à la ^rannie 'qu^îls <( exerçaient depuis si long- temps si|r PAsie mineure; est.TCs- « tée glorieusement empreinte dans la mémoire des hommes, (t Je suis couTaincu qu^ils ne perdirent pas la bataille commt (( nation, mais comme mercenaires d'^Antiochus (yojr. Justin , <i XXYII, chafT. 3 : il attribue, par une double erreur, cette (c yictôire à £umène, roi de Bithjrnie). (7est sans doute une <c de% batailles dont parle Porphyre. Ce fut après cela qp'Atc taie prit le titre dé roi de Pergame. Or, dans les quarantea quatre ans de son règne on comprend aussi les onze ou « douze qui sVcoidèrent à pa'rtir de Toljmpiade i35, 1 , pena dant qu''il n'était que djnaste ; car il ne faut pas que per^ n sonne s'a-vîse'de mettre cette .TÎctoire à Tannée 1/* de la iB5.' Q olympiade. Par ce moyen nous obtenons aussi Tindication « de Fépoque de la moct de Zeilas et des commencemens de a Prusias le boiteux. D'après le prologue de Trogne Pompée» a liy. XXVII , il faut fixer Pnn et Pautre après, la «nctoire d'At' tt taie y c'est-à-dire enriron à l'olympiade i38» 1/*^ aa&éc.J '
bientôt qa^on se disposait à le livrer à son frère, il s'enfuit chez un général du roi d'Egypte , lequel le fit renfermer, conformément à un article du traité conclu avec Séleucus ; mais il s'évada de sa prison et vint en Thrace , où il fut tué par des Gaulois.
L'opinion générale est que Séleucus fut encore plus malheureux : on veut qu'il ait été dix ans prisonnier des Perses. Il est permis cependant de douter de cette captivité, car Porphyre, autant que nous pouvons le savoir par la traduction arménienne de la chronologie d'Ëusèbe , ne disait absolument rien de tout cela. Mais lors même que Ton en accorderait la réalité , il convient du moins d'en réduire la durée à une année. A l'exemple de son aïeul , Séleucus bâtit beaucoup de villes ; il agrandit d'un quartier Antioche, sa capitale : or, ces travaux supposent une longue paix , et elle ne put exister qu'après le traité conclu avec l'Egypte. Comment ferait-on accorder cette supposition avec une captivité de <lix ans ? Il se peut donc qu'il soit tombé entre les mains des hordes parthes qui inondaient l'Hyrcanie dans le temps où il était en guerre avec son frère à la fois et avec le roi d'Egypte. ^
On ne sait combien de temps Séleucus demeura
1 Bayer cite à tort Posidonius (dans Athéncc) au sujet de U captiTÎté de Séleucus^ c^est d^Antiochus qu^il s^agit dans ce
passage.
prisonnier y mais d après ce q[ue dit Jiistin cela nf peut avoir été long ^ , car cet auteur parle de k formation de Fempire parthe, de la construction d'un fort dans les montagnes, de la défiâte de Séleucus , sans dire un seul mot de sa captivité. Oi| voit, au contraire, à la simple lecture de Polybe, que Séleucus, à ré|KM]ue où une chute de cheval le priva de la vie^, se trouvait dans la situation la plus brillante. Cet auteur cite expressément Séleucus , père d'Anliochus lU , parmi ceux qui vinrent au secours de la ville de Rhodes, alors cruellement dévastée par un tremblement de terre qui avait renversé le colosse. ^
Séleucus laissa deux fils ; Taîné , qu'on nomme Séleucus m , lui succéda. Dans la troisième année de son règne, les conquêtes du royaume de Per-
1 Justin , Ut. XLI , chap. 4* ^^^ muho posé ( Arsaee$ ) cwii Seleuco re^e, ad perseguendas defhctor<s veni0rUe, cor^ressus,
Victor fuit : quem diem Patthi exinde soUmncm , velut inàium libertatis observant, Reyocato deinde Seleuco novis metibus i» j4siam dato laxamento , regnum Parthicum format , militem le» git , castella munit y civitates Jîrmat , wbem quoque Daram in monte Zapaortenon condit-, etc.
a Oljrmpiade i38, a.* année; 327 ayant J. €.
3 Poljbe, Hist.y liy. Y, ch. 89. Outre que Séleucus affranchit les yaisseaux de commerce des Rhodiens de tout tribut, il leur enyoja dix bâtimens À cinq rangs de rames et deux cents milliers de grains, une immense quantité de bois df construction, et 5 1,4^2 liyres de crins.
game le déterminèrent à venir dans l'Asie mineure, où il fut tué par la ruse du Galate Nicanor '. Alors on proclama souverain de toute la monarchie Andochus ni, qm jusqu'alors a^vait habite Séleucie sur le Tigre 3. Séleucus Callinicus et Séleucus Ceraunus ^ avaiàit déjà , dans leurs dangers , invoqué l'assistance des Romains , mais sous Antiochus lU ils prirent définitivement pied en Asie.
U Egypte et les Lagides.
Nous ne serons pas surpris si l'Egypte , plus florissante alors que tous les autres états, éleva des monumens qui rivalisent avec ceux de ses temps primitifs. Au milieu des tempêtes qui dévastaient rOrient et la Grèce , et pendant que FOccident était en proie à Tambition des Romains , cette contrée seule jouissait d'une paix profonde et d'une prospérité non interrompue. Lé premier des Ptolémées passait pour le fils naturel de Philippe , quoiqu'il se dît fils de Lagus. Il réunissait l'art de gouverner aux qualités du général : il fut l'ami d'Alexandre , et , comme nous lé dit Arrien , il fiit le meilleur
1 Olympiade iSq, i.'* année; saS avant J. C.
2 Olympiade idQ, 9.* année; automne de 3a3.
3 Nlebuhr, tnr la tradaction de la Chronique d'^usèbe.
histoiten de ses exploits. Perdiccas ne s'opposa point à ce qu'il prit FJÊgypte ^ car il était bien aise d^éloigner ainsi le seul homme qui lui fut aussi redoutable qu'Andpater. Le premier soin de Ptolémée fut de se débarrasser de son rival , que les fragmens historiques qui nous sont restés de ces* événemens , disent avoir été un sous-satrape. Cétait ce déomène qu'Alexandre y avait laissé et dont il avait toléré les exactions. Rien n'était plus propre à gagner à Ptolémée l'affection des Égyptiens, que l'expulsion de cet homme ; elle le mettait d'ailleurs en possession de tous lès trésors qu'il avait extorqués. Il est difficile de croire qu'il ne trouva que huit mille talens.
Pendant tout son règne,' Ptolémée demeura bien convaincu que ce qui était avantageux aux Égjrptiens l'était à lui-même. U favorisa leur commerce, mit leur reUgion en harmonie avec son système de gouvernement, créa une flotte et se fit une armée considérable. Nous avons vu Anùgone obligé de - s'enfuir en Europe dès que. Perdiccas marcha contre lui :' non -seulement Ptolémée soutint son attaque, mais il sut la faire tourner à son propre avantage. Ce fiit encore une circonstance favorable à Ptolémée, que le grand nombre d'aventuriers qui affluaient en Afrique à cette époque; cela mit en son pouvoir, à l'Occident, toute la côte jusque vers Carthage, et au Sud, toute la contrée qui s'étend \ers
le désert On se rappelle la fuite d'Harpalus avec ses trésors et huit mille hommes ; on sait comment il vint à Athènes, où il gagna une partie des orateurs, et où îl se serait mis à 1^ tête des affaires sans les menaces d'Ântipater et d'Olympias , et sans la nouvelle du retour d'Alexandre de son expédition de rinde ; enfin , on n'a point oublié que ces trésors , reçus à titre de dépôt, avaient cependant été dépensés dans la guerre Lamiaque. Harpaluâ avait laissé sa flotte et ses mercenaires au Ténare : il les rejoignit par mer et fit voile pour l'île de Crète , qui depuis long- temps offrait à tous les pirates et à tous les aventuriers de sûrs abris. Un Lacédémonien , appelé Thimbron , qui occupait dans cette troupe un rang distingué, voulant s'approprier son argent et le commandement, le fit tuer, ou du moins profita de ce meurtre pour se mettre à sa place ^ Il était impossible que Thimbron se . maintînt long -temps en Crète avec ses six mille hommes , mais il trouva là beaucoup de bantiis de Cyrène qui l'engagèrent à les rétablir dans leur patrie.
Cyrène était alors dans sa plus grande splendeur; cette cité avait chassé ses rois et repoussé les Perses 2 : depuis cent ans elle vivait sous une aristo-
1 Pansanias diffère ici de Strabon , de Diodore et d'^Arrien ) mais son aatorité est de peu de poids, a Olympiade 87, 1/* année j 4^3 ayant J. C.
cratie de richesses qui l'avait élevée presque au ranj; de Carthâge. Les cinq villes de la Cyrénsaque riva* lisaient d'opulence avec les principales de l'Asie mineure. Cependant, et trente -deux ans après la débite des Perses devant Cy rêne , des disséntions entre les riches et les pauvres avaient déterminé cette cité à demander une constitution à Platon , qui eut la sagesse de s'y i:efuser. Dans cette circonstance , les Cyrénéens eurent recours à des mesures de rigueur et à des exils , qui ne firent qu'augmenter le mal , et qui aplanirent le chemin à Thimbron. Ses troupes furent reçues dans Apollonie , qui est le port de Cyrène ; dabs Barca , dans Hespéris , enfin , dans Ptolémaïs , port dç Barca : Cyrène offrit de^l'ai^ent et propos. une capitulation; la peitite Tauchirà fui la seule qui prît une attitude menaçante. Pejà Carène avait payé une partie, de cet argent , quand , au sujet du partage du butin Eût dans les magasins d'Appllonie, Thimbron offensa l'un des avides cheft qui servaient sou^ lui. C'était }e Cretois Mnasiclès, qui offrit, son bras aux Cyrénéens : la capitulation fiit rompue, et Thimbron se vit ol^igé de fiiire le siège d(B Cyrène; mais il ne put y rester, les habitans poHrsuivirent son armée et même allèrent le chercher dans les villes qu'il occupaiit : ils àttar quèrent Barca et Hespéris. Thimbron étant sorti d'ApoUonie pour porter du secours aux siens , les Cyrénéens profitèrent de son absence pour ressaisir
leur port el leurs magasins. ApoUonie fbt prise , et Thimbron se vit couper b retraite; néanmoins il se rendit maître de Tauchira , qui d abord n avait pas voulu le recevoir. Cet avantage ne l'aurait pas mis à même de tenir sa position , s'il n'avait été rejoint par 5ooo hommes venus du Ténare ^ , lieu où se rassemblaient ordinairement tous les gen# sans aveu qui cherchaient du service.
Cependant les habitans de Cyrène avaient réuni une année; ils se fiaient à leur nombre et ne réflé* chissaient pas qu'une poignée d'hommes endurcis à la fatigue , habitués à tous les forfaits et conduits par un Lacédémonien , devait nécessairement l'emporter sur des armées entières de commerçans efféminés , de Lybiens sans force et de mercenaires cap-
thagïnois^. Us furept complètement battus et la ville fut cernée , tandis que le port tomba de nouveau au pouvoir du vainqueur. Les riches négocians , réduits au désespoir, voulaient traiter avec Thimbron; mais les pauvres, d'accord avec Mnasicjès, qu'ik avaient mis à la tête des troupes après la perte de la bataille , voulaient se défendre à toute outrance. Cette querelle finit ^ar l'expulsion des riches , dont
& Biodore , liv. XVIII , chap. a i , dit que T&imbron envoya aa Ténare pour se procnrer des troapes , comme on enyerriiît dans nne maison 'de recrnteînentj t£v l^ivoùV •—•—«— tT/ àfxt^oir^v ytvoLUVùtv TrpXXot iitTtXeivZvram
a Ibidem. Les Cyrénëens avaient 3oyOoo hommes.
les uns conmrent chez Thimbron» les autres en Egypte chez Ptolémée. Ce dernier les renvoya avec une flotte et une année commandée par Ophellas, et ceux qui s'étai^it réfutés auprès de Thimbnm tachèrent de rejoindre cette année; mais il les fit tuer avant qu Us pussent accompUr leUr projet En général, l'arrivée d'Ophellas changea tellement k face des choses, que les défenseurs de Cyrène, ceux qui jusqae-là avaient été les ennefnis de Thimbron, le reçurent dans leurs murs pour qu'il les protégeât contre les bannis et contre le général égyptien. D'après Arrien, il y eut beaucoup de combats, beaucoup de marches et de contre-marches ; tantôt Thimbron était vainqueur, tantôt il était vaincu : un jour il fut piis par quelques Libyens qui avaient des chars de guerre. On le conduisit à'Épickle d'Olynthe, qu'Ophellas avait chargé de garder Tauchira. Les habitans de cette ville commencèrent par mutiler ce général , puis ils renvoyèrent au port de Cyrène^, où il fut crucifié-^. Mais Cyrène continua à opposer la même résistance ; il Ëdlut que Ptolémée vint en personne : il ne repartit qu'après avoir tout remis dans- l'ordre. Cette conquête fit de Cyrène et de la Pentapole une province d'Egypte ; plus tard, elles constituèrent un royaume séparé
1 M. Champollîon , dans ses Annales des Lagîdes, doline anssi la préférence an récit 'd'Arrten ^ar cehii de Diodore. Voyez la Bibliothéqne Se Photius, e6d. KCII.
et gouverné par \m prince de la famille des Ptolémées. Ophellas cependant s'était déclaré indépendant; mais ce pays revint à l'Egypte quand il eut péri avec toute son armée à Cartha^ge, où l'avait attiré Agathocle.
Sur ces entrefaites, Ptolémée, s'étant ligué. contre Perdiccas avec d'autres généraux, fit apporter en Egypte le corps d'Alexandre ; mais il le plaça dans un édifice particulier, et ne l'envoya point au temple de Jupiter Anunon. Nous avons déjà parlé de l'haï- Inleté avec laquelle* ce roi paralysa l'entreprise de Perdiccas ^ j nous avons dit avec quelle adresse, il évita tout ce qui pouvait donner de l'ombrage , en laissaiit à d'autres et la tutelle et la régence. Dans* k suite, pendant qu'Antigone combattait Eûmène , pendant que Laomédon , gouverneur de Syrie, était abandonné à ses propres forces , il le chassa et s'emr para de la Syrie 2. Jos^he dit qu'il prit Jérusalem un ]our de sabbat, et qu'il emmena beaucoup de Juiâ. Il en attira encore d'autres à Alexandrie, et leur accorda dès privilèges importans. 5
I M. ChampoUion Fi^ac a poiisaerd. Jine dissertlitlom (»ar«^ ticnliére aux passages dWtears qui. ont pour objet Tentreprisede Perdiccas contre l^Égypte.
a Dans les derniers mois de -la 3.* année de la i*i4** oljm-^ pîade: Cette année commençant le 3 JoiUet'Saa » cet éTénc* ment se rapporte au mois d^Ayrii Ssi.
^ Josèpbc porte à 120,000 le nombre d£ ceux tpii^ sous
Cyrène de l^gypte et se déclara indépendant ; luimême , néanmoins , fournit à Ptolémée l'occasion de reconquérir ce pays. Il se laissa tromper par Agathocle , tyran de Syracuse , qui était devant Gurthage; il traversa le désert. et sç réunit à lui Agathocle le fit tuer 9 incorpora ses troupes dans les siennes , et de la sorte Cyrène dçvînt pour Jtolémée d'une facile conquête. Dans la suite il réunit de nouveau à son empire là Syrie, la Palestine et la Phénicie. Tout le commerce de ces contrées, de l'Assyrie et de l'Asie supérieure était alors entre ses mains , et il comptait Damas même 'parmi ses pos-^ sessions de Syrie.
Avant la bataille dlpsus, Démétrius Poliorcète, maître de Tyr et de Sidon , avait chassé du Péloponèse les garnisons de Ptolémée; mais Lysimaque ayant resserré les Hens du sang qui l'attachaient au roi d'Egypte , Démétrius jugea convenable ^ d^ se lier étroitement avec lui *. Ce n'était rien pour Démétrius que d'ajouter à ses nombreuses femmes une femme de pl^us; d'ailleurs c^les n'avaient chez lui qu'une place secondaire a|)i:ès ses concùlunes plus nombreuses encore. Il épousa donc Ptolémais. Cependant ni les mariagei, ni le3 traité&^ni lea.ser-
1 II y ^ayait long- temps tfvte. son fils Agntli6cle ayait épousa . une fille de Ptolémée y Démétdhu en épousa encore une antre , nommée Arsinoê* '
mens ne purent jamais arrêter ces ambitieux , qui ne perdent aucune occasion de se nuire et de s'agrandir l'un aux dépens de l'autre. Ptolémée gagna Pyrrhus , qui se trouvait alors parmi les otages donnés par Déinétrius; il lui fournit de l'argent, des troupes, et lui prêta le secours de sa flotte , afin qu'il pût aller soutenir ses prétentions au gouvernement de l'Épire. De son côté Démétrius, sans égard pour les liens du sang, combattait les alliés de Ptolémée dans le Péloponèse, où il prit presque toutes les villes et finit par assiéger Sparte, tandis que Ptolémée s'emparait de Cypre, et que Phila défendait cette île pour son infidèle époux. Cette femme ne céda le terrain que pas à pas et se maintint fort long -temps dans Salamine , qui était fortifiée; mais Démétrius renonçant à la secourir pour conquérir la Macédoine , il fallut bien qu'elle se rendit Phila ,^ prisonnière, fut traitée avec beaucoup d'égards ; on la reconduisit à Corinthe , où elle arriva tout à propos pour seconder son mari dans ses vues, sur la Macédoine.
Xes dernières années du gouvernement de Ptolémée furent entièrement consacrées à l'administration intérieure. Nul des successeurs d'Alexandre , sans même en excepter Séleucus, ne fiit aussi habile dans l'art de conquérir l'attachement des indigènes. Il est vrai que sous les rapports moraux et dans ses relations de famille, Ptolémée ne valait m. 17
pas mieux que Démétrius. Quand il s'agissait d'arriver à son but , le meurtre , la trahison y l'oppression étaient des moyens qu'il employait aussi volontiers que la justice, la douceur et l'hum^mité. On peut en attester sa conduite en Grèce et à Cyrène, et sa perfidie envers Ptolçmée, neveu d'Antigone. Il eut quatre femmes , qui lui donnèrent onze enfans; mais les seuls qui eurent part à sa succession, furent ceux de Bérénice, tant vantée par les poètes ^ Cependant cette succession revenait aux enfans d'Euridice, fille d'Ântipater, femme infortunée, qui avait elle-même amené sa rivale en Egypte, car Bérénice était fille de sa sœur. Ptolémée était absolument sous l'influence de Bérénice : ce dxi pour assurer le trône à son fils , surnonmié Philadelphe^, que Ptolémée chassa de sa patrie Ptolémée Géraunus. Il fit régner conjointement avec lui ce Philadelphe , qui avait épousé la fille de Lysimaque. La magnificence du couronnement dépassa tout ce qu'auraient pu faire les autres empires , sans
en excepter la Syrie , à laquelle obéissait tout l'Orient
Ptolémée Soter, quoique âgé de quatre-vingts ans,
régna encore près de deux années 5. Philadelphe ,
I Théocriu,.IdyU.'XY. É'yKeijjjov iîç UroXtfÀeusiVm a Id. ibid,
3 Depuis le 7 Noyeiob. a85 au 17 Octoh. a83. Remprunte cette fixation k M. de Saint-Martiii : Nouvelles recherches sur la mort d^Alexandre. Il suit Tautorité de Porphj^re.
son successeur, s'occupa pendant presque tout son rigne de dispositions intérieures , d'arts , de sciences, de constructions, d'embellissemens de la capitale et surtout de l'augmentaiion de sa flotte, car il voulait étendre ses possessions sur la côte. Quant à ce qui concerne Thistoire de ses guerres contre le gouverneur de Cyrène qui s'était révolté, contre Andochus I.*' et contre son successeur , nou3 ne pouvons puiser qu'à des sources fort incertaines et fort incomplètes. Probablement que le surpom de Philâdelphe {qui aime son frère) ne lui a été donné
que par ironie et à cause de ses continuelles dissentions avec sa famille. Sans compter Ptolémée Céraunus , banni à son sujet et tu^ ensuite par les Gaulois , un autre de ses frères , né aus^ de la fille d'Antipater, périt pour avoir tenté de prendre Cypre. Un troisième, Argaeus, fut aeéusé d'avoir ourdi un complot contre sa vie et fUt mis à mort. Enfin il fit une guerre fort dangereuse à Magas, fils que sa mère Bérénice avait eu d'im prethier lit. Magas avait été envoyé contre Cyrène par Soter, lorsqu'après le départ d'O^hellas cet état se révolta pour la seconde fois. Pendant cinq ans il avaii fait la guerre aut habitans ; il avait de nouveau isoumis la province : enfin Ptolémée l'en avait constitué gouverneur. On ne S£Ût comment s'alluma Ja guerre entre les deux fi*ères : toutefois Pliiladelphe la jugea assez dangereuse pour faire venir à Alexandrie quatre mille
Gaulois ; car la capitale était menacée. Cependant Magas fut obligé de rebrousser chemin avant d'arriver en Egypte, parce qu'il apprit que les Marmarides avaient fait irruption dans son pays. Ce sont des nomades qui habitent entre Sivrah ou FOase de l'Ammonium et la ville dé Catabathmus sur la cote. Quant à Ptolémée, il eut une si véhémente querelle avec les Gaulois ses auxiliaires , qu'il ne put le poursuivre. Magas , pour se faire un allié puissant,' avait épousé la fille d'Antiochus L*' : il eut, comme les autres souverains de son teihps, plusieurs femmes à la fois ; car indépendamment de cette Apamé de Syrie , on nous parle d'une Arsinôë qui gouverna Cyrène après sa mort Antick^bus fit la guerre pour secourir son gendre ; il prit Damas , mais il perdit les provinces de l'Asie mineure aussi bien que l'empire de la mér Egée ; le roi d'Egypte s'étabht en Thrace, et la merjNoire fut soumise à ses flottes ^. Antiochus II , auquel son père avait légué la suite de la guerre, la termina en épousant cette Bérénice dont nous connaissons. déjà le malheureijix sort Magas de son côt;é promit au fils du roi d'Egypte "sa filk unique, appelée aussi Bérénice ^ et avec elle la souveraineté de Cyrène; mais il
1 Ce que Polybe dit au liy. V, chap. 34, sur les conquêtes et les expéditions des rois d^Ëgypte , se rapporté surtout au régne de PHiladelphe ; Érei^éte - dirigea priucipàlemeiif ses cflorts vers rOrienjU .
mourut Àrsinoë, peu contente de ce projet, fit venir Démétrius , fils du poKorcète et célèbre pour sa beauté, et le donna pour époux à sa fille Bérénice, tandis qu'elle-même entretenait avec lui un commerce d'amour. Démétrius fiit surpris dans le lit de sa belle - mère par une épouse offensée , qui avait dans son parti les principaux citoyens de Cyrènej.il fiit tué, et Bérénice épousa l'héritier du trône d'Egypte ; elle réunit ainsi la Cyrénaïque à ce royaume , après qu'elle en eut été démembrée pendant cinquante^un ans.
Ptolém^ Philadelplie vit échouer plusieurs de ses entreprises sur la Grèce ; mais il conclut un traité d'alliance avec les Romains. Les flatteuses compositions du poète Théocrite seraient des guides peu surs pour juger de la population de l'Egypte, du nombre de ses villes et de l'étendue de la domination de Philadelphe, si le texte de Polybe et le monument d'Adulis ne venaient les confirmer.* Pendant tout le reste de la vie de Ptolémée Philadelphe on jouit de la paix avec la Syrie; mais dès qu'il eut fermé les yeux , Ântiochus le dieu répudia
1 Théocrite nomme toutes les proyinces énumérces par le
monument d^Adulis , excepté' Cyprc. Voss , par une note manuscrite faite à la marge d^une dissertation où M. Niehuhr s^en étonne , propose d'écrire Kti'Trfov ti là où , dans le texte de Théocrite , il y a ;^ tvpifiç ; l'un et Tautre lisent iyS)iK(ii)tç Tùtîç pour ivVisiS^ç»
^cripiion dont la lec- .savans ^ Nous savons lice de Ptolémée sur la .loii de la ligue achéenne.
^ rt'cs de V Europe jusqu^ à Araius.
onduîi rhistolre des Grecs jusqu'à .ysimaque , et jusqu'à l'avènement de Viaunus. Athènes était libre depuis le \ rrs essuyé par Démétrius, et depuis raclante d'Olympiodore et de Léocrite. Malgré . ;•( >ssièreté et leur rudesse, les Étoliens, à la .r d'une ligue plus étroite entre eux, étaient |)arvenus à jouer un rôle important dans les affaires de la Grèce. Tous les autres états gémissaient sous des tyrans , du bien sous une oligarchie , comme celle de Sparte. Il est vrai que les petites villes de rAchaie avaient conimepcé , même avant la mort de
1 GhishuU , jtntiquit. asiaticœ, pag. 76. On voit dans Fa- Bricint, Biblioth, ^raéc, ëdit. de Harles, le passage du moine Cotmas Indoplenstds. Compares le 3.* Tolame du Musée pour lliistoire de Pantiquité ^ Berlin,' 1 8 1 o. Buttmann , pag. loS- 1S8,. y soutient Tauthenticité du monument, et, pag. iSq à 166, il donne et le monument et }e récit de Cosmas avec des lotes. Voyez, quant à la seconde partlQ du monument, la*quelle est relative k un autre prince, .un Mémoire de M. de Sacy, dans les Annales des voyages, vol. XII, pag. 33o.
Bérénice, qui était sœur du nouveau roi Évergète ^ et mourut lui-même peu de temps après. L'expédition d'Évergèle ne put sauver Bérénice^, mais il vengea sa mort sur Laodice, qui tomba entre ses mains, et la fit périr. J:< armée se répandit sur toute l'Asie, elle en emporta un butiû considérable, et (ce qui fut surtout agréable aux Égyptiens) elle reprit tous les objets d'art qu'on avait enlevés de leur pays à différentes époques , et notanlment pendant l'expédition du cruel Ochus^. Des troubles intérieurs contraignirent Évergète à ramener son armée des bords de TEuphrate et du Tigre ^ çl plus tard , quandi il conclut avec Séleucus Callinicus une trêve de dix ans , il restitua de son plein gré toutes ses conquêtes lointaines, à l'exception de Séleucie en Piérie , qui était le port d'Antioche. On nous dit qu'JÉvergète poussa des expéditions vers l'intérieur de l'Afrique, qu'il pénétra jusqu'en Abyssinie, enfin, qu'il fit exécuter de grandes chasses aux éléphans : toutefois- nous ne connaissons ces
1 Le commencement de ce règne se rapporte k Vété de Tannée 346 ayant notre ère.
a On connaît rattachement des rois dT^g^rpte pour leurs sœurs. Les exemples ne manquent pas.
3 Ces objets^ disent les auteurs ,- étaient au nombre d^en- ▼iron deux mille. Cependant il est évident quIÊyergète n^a pas tout repris, et de nos jou'rs encore -on trouve dans les raines des capitales persanes des débris cpii appartenaient manifestement à des monumens égyptiens.
particularités que par une inscription dont la lecture a beaucoup exercé les savans ^ Nous savons mieux quelle a été l'influence de Ptolémée sur la Grèce et sur la régénération de la ligue achéenne.
Histoire des étals grecs de V Europe jusque à Aratus.
Nous avons conduit Thistoire des Grecs jusqu'à la mort de Lysimaque , et jusqu'à l'avènement de Ptolémée Céraunus. Athènes était libre depuis le dernier revers essuyé par Démétrius , et depuis Tactîon éclatante d'Olympiodore et de Léocrite. Malgré leur grossièreté et leur rudesse , les Étoliens , à la laveur d'une ligue plus étroite entre eux, étaient parvenus à jouer un rôle important dans les affaires de la Grèce. Tous les autres états gémissaient sous des tyrans, Ou bien sous une oligarchie, comme celle de Sparte. Il est vrai que les petites villes de rAchaie avaient commencé, même avant la mort de
1 GhishuU , jtntiquit, asiaticœ, pag. 76. On voit dans Fakriciuf , Bihlioth. ^raéc. , ëdit. de Harles , le pateage du moine Cosmas Indoplenstès. Compares le 3.* Tolume du Musée pour Phistoire de Tantiquité ^ Berlin,' 1810. Buttmann , pag. loSi58,.7 soutient Pauthenticité du monument, et, pag. iSq à 166, il donne et le monument et }e récit de Cosmas avec des notes. Voyez, quant à la seconde partie du monument, la*quelle est relative k un autre prince , un Mémoire de M. de SacjT, dans les Annales des voyages, vol. XII, pag. 33o.
Séleucus , à former celte ligue , à laquelle dans la suite Aratus assura la prépondérance sur tout le Pé^ loponèse ; mais alors Corinthe , Sicyone et les principales villes de l'Àchaïe étaient encore au pouvoir d'Antigone , que Ton appelait Gonatas , pour le distinguer de son aïeul. On se rappelle que Démétrius l'avait laissé dans le Péloponèse lorsqu'il alla chercher eu A'sie sa dernière aventure. L'Épire, étal presque inaperçu jusqu'alors, vçnait d'acquérir par son roi Pyrrhus ime grande influence sur les affaires. S'il en faut croire Plutarque , il y avait peu, de temps que les moeurs, la langue et l'écriture djes Grecs s'étaient répandues dans ce pays ; ce ne fut probablement que sous le règne de Pyrrhus que des écrivains à gages imaginèrent , à la faveur de son nom 9 une généalogie qui le faisait naitre du sang des dieux, en donnant à sa monarchie Néoptolème, fils d'Achille,. pour fondateur. Dé plus, on arrivait par Lanassa , femme de Néoptolème , jusqu'à Hercule. Malgré cette origine divine, on concède qu'a-» vant Tharrytas tous les princes de ce pays furent des barbares'. Celui-ci eut pour successeur AÏcé^' tas , qui partagea son royaume entre ses fils Arybas
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1 Plutarqnç , dans U Pyrrhus', dit qu*Achille , adon U langqe du pay^y s^appçlait A^petus. Àtprrroç eVi;^Aipiî» (p^Vf* Il ajoute TA»v ij ^tvcjuLsmv rSi rt ^VâL/Xu jtj roiç Aiu^ ifxau^ tùtiùedv ^a^^&rdtv ttùStov iffroùoS^i , k. t» A«
et Néoptolème ^ iSacide, fils du premier, n'arriva au trône qu'après qu'Alexandre , son cousin , eût péri dans la guerre contre les Lucaniéns et contre d'autres peuples d'Italie. Cet iEacide épousa la fille du brave thessalien Menon, de:celui-lù m^me qui, dans la guerre Lamiaque, combattit si vaiUamment avec Léosthène contre la puissance macédonienne. De ce mariage naquit^nt Pyrrhus et sa soeur Déidamie , mariée à Dé'métrius le poliorcète^ . Nous avons dit déjà qu'acide se déclara pour Olympias et pour le jeune Alexandre .£gus , auquel sa fille , encore enfant, avait été fiancée; mais l'expédition qu'il entreprît pour rétablir Olympias lui coûta le trône. Cassandre , dèsT qu'il fiit maître de la Macédoine , seconda en Épire le parti qui voulait faire régner la famille de Néoptolème , fi*ère d'Aryhas. JEacide fut chassé , et Pon ne parvint qu'avec beaucoup de peine à sauver Pyrrhus , alors encore enfant. D'abord
I Vojres , SUT l^pire , les Mémoires de PAcadémie. des inscriptions, tom. XII, pag. 339. Le mot H^eipoç est vague, comme presque tons les noms de la géographie ancienne. Il comprend ici tout le pays qui est à Test du Parnasse , au nord du Péloponèse', k Pexclusion de TAcamanie et de l^tolie. On cite comme habitans de ce pays les Chaoniens , les Thesprotes > les Molosses-, les Cassopiens et d^autn^s peuples encore. Cest ainsi que de nos jours ils sont habités par des peuplades dont les mœurs ne diffèrent que sur quelques particularités, et qui souvent sont ennemies les unes des antres. Parmi les anciens hfthitans de l^ire , les Molosses tenaient le premier rang.
Glaucias , roi d'iUyrie , qui craignait Cassandre, eut beaucoup de peine à le recevoir ; mais dans la suite il refusa les sommes considérables que lui ofirait celui-ci pour obtenir qu'il le lui livrât, et le rétablit en Épirç dès qu'il fut âgé de douze ans. Pyrrhus resta sur le trône tant que les Épirotes eurent à craindre Glaucias , mais quand les lUyriens furent occupés ailleurs , Néoptol^ne reprit le gouvernement , et Pyrrhus , transformé en aventurier , fut obligé de se refuser près de son beau-frère Démétrius , qu^ lui apprit fart de la guerre. A l'âge de dix-sept ans il assista a la bataille d'Ipsus, et suivit Démétrius jusqu'à ce que celui-ci l'envoya pour . otage à Ptolémée Soter. Souvent Pyrrhus accompagna ce prince à la chasse , et bientôt il devint meilleur courtisan que tous les flatteurs égyptiens; il s'attira la faveur de Bérénice, mère de Ptolémée Philadelph^, épousa sa fiUe Antigone, reçut des secours en argent, et fut ramené dans ses états par la flotte d'Egypte. Connaissant trop bien Démé- .trius , qui désormais était son ennemi , pour ne pas craindre qu'il ne soutint Néoptolème contre lui, il ne chassa point ce prince. sur-le-champ, il sut attendre l'occasion et s'en défit pour toujours. Pyrrhus profita des dissentions des fils de Cassandre , et toujours secondé par TÉgypte ^ , il prit ^»^^^— — ■^— '■ ■ ■ ■ t '
I II donna le nom de Ptolémée à son premier né , et bâtit
Ambracie, rAcamanie et Amphilochie , et même il osa toucher à la Macédoine. Quand Démétrius se mit en possession du trône, Pyrrhus sut de son côté garder ses conquêtes. Il entreprit plusieurs expéditions dans la seule vue du pillage , provoqua au combat singulier un général macédonien qui avait fait irruption sur ses terres , puis , ayant appris la maladie de Démétrius à Édessç , il couvrit la Macédoine de bandes qui furent dispersées et chassées dès que Démétrius put marcher contre lui.
Cependant Pyrrhus revint quelques mois plus tard dans le royaume de Macédoine ^ que la fierté et la D[iauvaise administration de Démétrius, la fausseté de Lysimaque et l'argent de Ptolémée avaient de nouveau livré entre ses mains ; il s'en empara dans le moment même où il venait de conclure la paix avec Démétrius ^. Ptolémée fournit une flotte , Lysimaque entra dans le pays par le nord , et Pyrrhus y pénétra lui-même par les montagnes qui le
snr la Chersonése dlËpire une ville qu'il appela Bérénice. Ptolémée lai écrivait toujours en le traitant de fils; auss^ Pyrrhus reconnat-il facilement la fraude de Lysimaque, quand celuici essaya de le trojnn^r par de fausses lettres de Ptolémée.
I Lanassa , femme de Pyrrhus , avait appelé Démétrius à Corcyre, où elle demeurait avec son enfant, et lui avait livré nie après avoir passé dans son lit : c''était vers le temps où Démétrius préparait son expédition d^Asie , et Pyrrhus lui céda Corcyre par le. traité.
séparent de rÉpîre. On était tdlement Êitigué de l'administration de Démétrius, que l'année passa du côté de Pyrrhus , qui se comptait d^à seul maître du royaume , quand Lysimaque parut et le força à partager avec luL Pendant les six mois que dura son gouvernement, il fut toujours en mouvement : tantôt il courait à Athènes / taiftôt il cherchait à s'emparer des villes qu'Antigone Gonatas tenait encore , tantôt il comprimait le peti de liberté qui restait aux Th'essaUens. Mais dès que Lysimaque eut appris la mort de Démétrius , là domination de Pyrrhus en Macédoine fut terminée. Il len chassa comme lui-même ea avait chassé Démétrius.
Le meurtre de Séleucus fit concevoir à Pyrrhus de nouvelles espérances : Ptolémée Céraunus se voyait menacé à la fois et par lui et par Antigone Gonatas ; mais ce fut dans ces temps -là même que les Tarentins inriièrent Pyrrhus à vcfnir en Italie, où Ptolémée s'offrit à le faire passer avec neuf mille hommes et cinquante éléphans. La proposition fut acceptée avec d autant plus d'empressement, que Pyrrhus ^vait déjà pu juger une première fois de Faversion des Macédoniens pour lui et .ses Épirote&/ Après son départ , Antigone Goi^tas fut battu sur mer par Ptolémée Céraunus , qui régna sur la Macédoine un an et cinq mois , et qui trouva ensuite la mort dans la guerre contre les Gaulois.
Ces migrations des Celtes commencèrent vers la
fondation de Rome ou cent ans plus tard ; car toute indication chronologique à cet égard demeurera toujours une simple hypothèse. Elles eurent le mime caractère que, six cents ans plus tard , celles des Germains et des Scandinaves , sans que nous puissions cependant deviner pourquoi ces nations jetèrent sur des pays lointains toute la masse de leur population. Les uns et les autres , avaient l'es* prit guerrier; les uns et les autres "i^taient animçs du désir qui pousse vers le midi les peuples du noid. Il Êiut y ajouter l'impulsion donnée peutêtre par des peuples plus septentrionaux encore; enfin un concours de causes fortuites ; c'est jà tout ce que nous pouvons dire sur les raisons de ces migrations , qui s'attaquèrent d'abord au nord de l'Italie et à l'Étrurie. Rome les empêchant de pénétrer plus avant , elles se dirigèrent vers la Hongrie et la Servie. Il y avait, au temps d'Alexandre, des troupes de Celtes dans cé$ pays ^ ce furent leurs ambassadeurs qui le firent sourire >par la. fierté de leur réponse^ en lui disant, quand il eut passé le Danube , qu'ils ne craignaient rien dans le monde ({ue la. chute du ciel. Lysimaque fit constamment la guc^r-re aux-Thiraces et aux Gétes, et pec^dant son règne des hordes gauloises vinrent jusqu'au mont Hœmus, sous le commandement de Gambaule, mais elles furent repoussées. Sous, le règne de Ptolémée Céraunus , elles se firent passage à travers la Thrace
se dispersa, mais sa principale force se précipita sur la Macédoine : Sosihène et toute son armée périrent ^ La Macédoine et toutes les plaines de Thessalie furent dévastées , et désonnais la Grèce devint le but des invasions de barbares, qui espéraient s'enrichir par le pillage des temples. Ui| commun danger réunit enfin les Grecs si long-temp divisés. I^ausanias indique le nombre. de troupes que fournit chaque état Les Béotiens envoyèrent cinq cents cavaHers et dix mille hommes pesamment armés , les Phooîdiens cinq cents cavaliers et trcHS mille hommes d'in&nterie, les Lbcriens, sept cents Ëintassins , les Mégaréens donnèrent à peiné quatre cents hommes tant à pied qu'à cheval; les ÉtoUens firent marcher toutes leurs forces. Pausanias n'in* dique pas le npmbre.de leurs cavaliers, mais il croit devoir citer quatre-vingt-dix archers. Les Athéniens , dont Cratippe était le chef, concoururent avec Ptolémée à la formation dé la flotte. . Ils envoyèrent tout ce qu'ils .avaient de vaisseaux à trois rangs de rames -capables de tenir la mer. Us donnèrent en outre mille hoj>lites et cinq cents cavaliers. Quoique ce contingent fût loin d'égaler celui qui avait jadis marché à Marathon, on leur laissa le commandement par égard pour leuirancienne ^plen-
1 Selon Porphyre, ce fut a^S ans arant notre ére^ en automne.
deur. Si l'on en excepte les citoyens courageux de là petite ville de Patrœ , il ne vint point de PélQponésiens , parce qu'Antigone , non moins craint que les Gaulois, régnait sur la plupart. des villes et des peuples Cependant Antigone Gonsttas fit marcher des troupes auxiliaires sous les ordres d'Aristodème, qui iut rejoint par cinq cents Macédoniens ; enfin , Antiochus Soter fit -partir des contrées de TOronte Télésarque , qu'il mit à. la tête des troupes syriennes et ^ grecques. €6 Télésarque mourut en héros , en fermât aux Gaulois, le passage du mont OEta qu'ils eurent Faudace de tenter, après avoir été battus aux Thermopyles et refoulés dans un marais. La position n'en fut pas moins bien gardée après sa mort ; mais il existait ùb autre chemin par lequel Hydame avait' tourné autrefois Léonidas. Celui-ci était confié à la garde des JSnianes et des Héracléotes : or 9 ces derniers n'étaient entrés dans la ligue étolienne qme par force*, ces deux peuples cherchèrent à se dé&ire des Gaulois aux dépens; des autres Grecs. Ils les conduisirent donc par ce passage à travers le pays des Drydpes , d'où ils pénétrèrent dans les défilés du Parnasse, taudis que les .Grecs se retirèrent et s'embarquèrent pour -aller chacun défendre scm pays. Les Béotiens-, les Pbocidiens et les auxiliaires étoliens occupèrent la contrée de Delphes et les montagnes plus éloignées.
Cependant, quand Brennus se fut approché de m. 18
(276) disputèrent l'empire : Ptolémée, fils de, Lysimaque , Arrhidée et Antipater ; c est ^^e ,demier qui remporta Tavantage ; il se maintint jusqu'à ce qu'Antigone Gonatasr vint s'emparer du trône. ligué avec Nicomède de Bithynie,'cdm-ci força Ajitiochus à se départir des prétentions qu'il fondait sur. la victoire remportée 'par Séleucus Nicator, et le contraignit à lui donner en mariage .sa sœur Phila ; mais alors reparut un formidable rival : c'était Pyrrhus qui avait achevé son rôle en Italie et en Sicile. U était d'autant plus aigri contre Antigone, que celui-ci avait refusé de lui envoyer des- -troupes auxiliaires au-delà des mers ^ Il revint en-Épire et voulut (aire valoir ses prétentions sur la Macédoine. Pyrrhus avait, quand il commença l'attaque, huit mille hommes de pied et cinq cents cavahers. Il ne pouvait les nourrir des revenus de son royaume : il y avait donc nécessité pour lui d'envahir la Macédoine , lors . même qu'il n'aurait eu pour cela
jostM) il conviendra de £aier le oommencemcnt du régne d^Antigone à l'an ^976 ayant notre èce, (iiemiére moitié, de la première année de la 1 26/ olympiade, commençant le aS Jain 977 et finissant le i4 Juillet* 376.
1 Justin , Ht. XXY, ch. 3. — — in SicUim Pjrrrkus a Pmnis navaJU prœlio v ictus , ab j^ntigono nege Maeedoniœ ^uppiementiun militum per Ugatos petit , denuntians : ni mittal redire se in regnum necesse habere , incrementa rerum, quœ de Romanis voluerit , de ipso quœsiiurum, Quod uhi negaium legati retulerunt, dissimulaiis causis repenti nam Jingiî pro/ectioiUm.
(^77) aucune raison. Son expédition flit plus heureuse qu'il ne a'y. attendait lui-même; il fut plusieurs fois vainqueur, débaucha les officiers de son adversaire « lui prit. ses éléphans, et soulevant enfin toute la nation , il obUgea Antigone à se retrancher dans les villes maritimes et surtout à Thessalonique. ^ On ne peut imputer qu'à son orgueil militaire rindifierence avec laquelle il souffrit les excès de la garnison gauloise qu'il avait mise dans £ges. Il n'est sorte de vexation qu'elle ne se permit envers les habitans : elle pilla les tombes ro^kles et en dispersa les os , sans que l'on s'inquiétât d'en tirer vengeance.
Ce guerrier courut à de nouvelles aventures : il convoitait le Péloponèse et surtout Sparte, qui alors était bien déchue. Les Spartiates en étaient réduits à quelques centaine^ de chevaliers , qu'il faut considérer comme tout autant de chefs de clephtes. Les rois étaient sans pouvoir,- les f<*mmes sans mœurs, Cléonyme , fils du second Gléomène , fut exclu de la succession de son. père au profit d'Areus, qui n'était pas moins corrompu ; il vivait d'une manière plus dissolue que les satrapes de Perse. . Son fils Acrotatfis entretenait pubUquement un commerce avec la femme de Ûéonyme. D'autres Spartiates les surpassaient encore' pour le luxe et la folie des
I 3/ année, oljmpUd« laG, 3^4 ^y*^^ J- C-
dépenses. Les rapines n'étaient pas moins pratiquées que les débauches ; on peut en attester l'expédition de Ûéonyme en Italie : il fut battu dW>ord par le consul M. .£milius près de Thuriiun, puis dans ritalie supérieure par les Gaulois.* Le roi Areus était en Crète pour une expédition de même nature, déonyme imagina de s'adresser à Pyrrhus , et ce prince , sous prétexte de déUvrer les villes duPéloponèse oii Antiochus avait mis gamisoiDi S aceourat avec :2 5,000 hommes de pied, 3000 cavaliers et ^4 éléph&s. Une seule nuit de retard fit échouer son entreprise : les Spartiates eurent le temps de creuser un fossé , qiie des deux cotés ils bordèrent de chariots. Tous s'excitèrent à une défense désespérée , et les femmes-mêmes ^ tes y exhortaient
1 1.'* année, oljmpiade 127, ^j2 ayant notre ère. Plutarqne dit qu'il alla ju9qa''à nier aot ambassadeurs lacédémoniens qui vinrent le trouver à Mégalopolis , qn^il eût aucon dessein contre Sparte.
a On remarquait surtout Chélidonis , femme de Cléonjrme et maîtresse d^Acrotatus, qui était le mari de to|ites les femmes. Elle courait ça et là une corde au cou , annonçant qn^elle se pendrait si Pjrrhus était vainqueur, parce qpMle aimait mitu^ mourir que de tomber.au pouvoir de Cléonjme. Ac)K>tatus fut le héros de cette action/ Phjrlarque , ami de toutes les exagérations , force beaucoup les dimensions du fossé creusé par les Spartiates en une seule nuit; mais Plutarque, quoiqu^il aime les choses à effet et qu^il vante volontiers les républicains, laisse entrevoir qu^Hiéronjme rapportait It fait plus modestement.
( 279 ) en leur rappelant la valeur de leurs ancêtres. Apres un asssiaut qui se prolongea fort avant dans la nuit, Pyrrhus (ut repoussé : il tenta une seconde attaque, dans laquelle ce roi lui-même pénétra à cheval dans la viHe; mais cette atu^que ne fut pas plus heureuse. Sparte cependant eût été prise^ peut-être, mais voyant son cheval tué sous lui et sa suite repoussée , pensant d'ailleurs. que les Spartiates, qui étaient k plupart blessés ,. ne manqueraient pas de se rendre., Pyrrhus eut le tort de rappeler ses troupes. Par un singulier concours de circonstances , on vit arriver presque en même teihps Ameînias , qui commandait à Corinthe pour Antigone , et Areus , qui ramenait à Sparte ses deux mille hommes de l'expédition de Crète. Pyrrhus ne renonça pas immédiatement à ce siège ; il ravagea pendant quelque temps encore les pays voisins.
Dans Argos, deux hommes se disputaient l'avantage d'opprimer leurs coficitoyens^ Aristippe s'appuyait sur Antigone , Aristias aj^da Pyrrhus. Ce fut pour les deux rois une occasion de se reiicontrer ; car Antigope, qui avait reconquis la Macédoine après le départ de Pyrrhus, était venu promptement au secours de ses garnisons i il occupait les hauteurs de My certes à Tiryns , tandis que Pyrrhus campait dans la plaine d'Argos.' Celui-ci marcha vers Nauplie, et, seloA ses habitudes d'aventurier, il défia Antigone de le venir trouver dans
la plaine ^ Les Argiens , cependant , suppliaient les deux rois d'aller vider leur querelle ailleurs. Cette demande fut bien accueillie en apparence, et même Antigone se retira ; mais Pyrrhus sut profiter dp la nuit , la faction d'Aristias devait le recevoir. Cependant Feutrée ne fut pas facile : on combattit dans les rues ; Areus accourut de Sparte avec mille honune^, et les généraux d' Antigone revinrent sur leurs pas. L'audace de Pyrrhus ne se déconcerta pas ^ il trouva dans les rues d'Argos une mort digne de sa vie. ^ Les Argiens u'en retirèrent d autre avantage que. de préserver leur ville du piUage. Il leur importait d'ailleurs fort p^ d'obéir à Aristippe , qu' Antigone leur imposa, plutôt qu'au favori de Pyrrhus.
Sans la politique de l'Egypte, Antigone aivmt
1 Antigone dit que , si Pyrrhus était fatigué de vivre , il pouvait choisir entre mille moyens de se donner la mort.
3 373 ans avant notre ère. Plutarque nous dit qu^une lance perça sa cuirasse et le blessa légèrement; il allait poursuivre FArgien, auteni'de sa blessure, mais la mère de cçlui-ci, arrachant une tuile, la jeta sur Pyrrhus et lui cassa la nuque. Quand ce roi revint de son étourdissement , Zopire se disposait à lui couper la tête : le regard de Pytrhùs Teffraya au point quMl hésita et s^aoquiita fort mal de son opération. La tête de Pyrrhus lui fut enlevée par Alcyonée, fils d^Antigone, qui courut la jeter aux pieds de son père. Mais Antigone, indigné, en fit de graves reproches à son fils, et versa même des larmes au souvenir des vicissitudes de fortune qui avaient affligé sa propte famille, car il se rappelait. Antigooe , son grand -père, et Démétrius, son père.
accompli son projet, qui était de réunir à son em« pirc'^ toute la Grèce. Mais Ptolémée Pfailadelphe possédait beaucoup d'iles dans la mer Egée , ses flottes , et au be^in ses armées , appuyaient les Grecs mécontens, et son argent suscitait des enneBCMS formidables au roi de Macédoine jusqu'en Épire. Antigone, cependant, croyait avoir soumis le Péloponèse , il avait subjugué Thèbes , et après une longue guerre il avait vaincu les Gauloise U résolnt de prendre possession d'Athènes ,. mais cette cité., plutôt que de recevoir la garnison macédonienne , soutint un siège opiniâtre. Ptolémée , sans y être provoqué , envoya sur la côte de l'Attique une flotte et une armée commandées par Patrocle^ avec, ordre de dégager la ville; il sut aussi détermina* Areus de Sparte à venir au secpurs d'Athènes, mais celui-ci se retira dans le moment décisifs, les Égyptiens ne purent rien faire à eux seuls , et il y eut force pour les Athéniens de recevoir la garnison macédonienne au Musée , où se tenait autrefois celle du pèce d'Antigone.
Ce roi désormais devait croire sa puissance assurée, il fut 'cependant obligé de voler au secours de la Macédoine , dans laquelle Alexandre ^ fils de Pyrrhus , venait de faire une. invasion \ Les sou-
1 Justin , liy. XXVI , chap. a.
3 Pansanias, Laconic, liv. III, chap. 6.
•^ a." année y oljmpiade i8a, 367 ani avant J. C.
veraîns ne s'appuyaient alors que sur clés mercenaires , et leur sécurité ne dépendait que de la fidélité de ces soldats, qui faisaient trafic de leur vie. Dès qu'Aptigone entra en Macédoine ; les siens passërent à Tenneoii : le roi d'Épire régna en Macédoine et perdit son nouveau royaume aussi promptement qu'il Favait acquis ; car Démétrius , jeune fils d'Antigone , profita de l'absence momentanée de son père pour attaquer audacieusen^en|, les bandes indisciplinées d'Alexandre : il les battit près de DerdiuuKi lieu qui nous est aiujourd'hui inconnu, poursuivit le roi d'Épire jusquie sur son propre territoire, et fiit assez Heureux pour l'en chasser. Ces' guerres perpétuelles entre la Macédoine et TÉpire , la remuante inquiétude des petites villes du Péloponèse, la multitude des tyrans qui s'élevèrent dans quelques cités ^, enfin les ruses des rois d'Egypte chan-
1 De Taii 267 k a Sa on n^a, sur Ffaistoire , que dei fragmens et des conjectures^ Antigone , pendant que son fils coinmandait en.Épire, eut à combattre ses propres troupes à Mégare , puis Arens , qui vint à sa rencontre à Cor^nthe avec ses Lacédémoniens. La garnison de Mégate , composée principalement de Gaulois , ayait youlu s'emparer de cette yUle , et il fut obligé de marcher contre elle (Justin, Prol. , liv. XXYI). On ne connaît, pas la cause de la gijerre contre Arevs, on sait seulement qu'Alexandre , fils de Cratère , qui était frère d' Antigone , s'était emparé de Corinthe. Yojes IVL Niebuhr sur la traduction de la Chronique d'Eusèbe, pag. 29 k 3o. Nous pensons qu'Areus voulait l'appuyer. Celui-ci périt dans un combat
gèrent dans- les années suivantes la face des affaires^ au point que les ligues étolienne et achéenne s'élevèrent au rang des prei^iers états 9 quoique le peu d'étendue de leur territoire et le petit nombre de ' leurs citoyens ne parussent pas comporter ces accroissemens extraordinaires.
Histoire de la Grèce européenne au temps d^Aralus \ et de Cléomene^ et jusque h la querelle qui s'éleva entte Philippe et les^'Romains.
Pour entretenir nos lecteurs de la ligue achéenne, nous ne remonterons pas avec Pausanias aux temps &buleux. Cet auteur montre si peu d'esprit de critique 9 il étrangle si étrangement ses récits, il les étend si inconsidérément , en passant l)rusquement
qoe lu liyràreat les généraux d^Antigottf , maïs Alexandre se maintint dans Corinthe. Antigone retira sa garnison d^Athènes. Selon le Qanon chronologique d^Eusèbe , cela ne peut avoir eu lieu qn^en a53; cependant, à en juger par Fexpression de PausaniaSy cet événement serait* arrivé beaucoup plus" tôt; car, •près avoir rendu compte de Poccupaûon du Musée par Antigone , il dit i^ Toîç iJit¥ ivai^povova.ti'roç i^iyttytv eKovvitiç Tfiv (pfovfciv AvT^yovoç^ mais comme les mots elvÀ ^ivov sont vagues , nous ne déciderons point la question , et d^autant plus qu^il ne se contenta pas ensuite d^occuper le Masée, et qu'il mit des troupes au Pirée , à Munychie , k ^aUmiiie et m^me au Sunium.
des temps primitifs aux derniers érénemensi que nous abandonnerons entièrement sBs traces pour nous attacher de préférence à Polybe *. Cet auteur , après une courte introduction sur l'origine des Achéens , nous apprend que dès les siècles les [dus reculés , douze villes de leur pays composaient une confédération démocratique, etqu'Olénus et HéKce, qui appartenaient à cette ligue , avaient été submergées antérieurement à la bataille de Leuctre3' Les autres villes étaient Patrae, Dymes, Pharae, Tritaia, Léontium, Égire, Pellene, JEgium, Bur^ et Céraunîé. Depuis la mort d'Alexandre jusqu a la 1 34.* olympiade 2, ces villes , jteur la plupart fort petites, ; avaient été en proie aux plus grands désordres. Grâce . aux intrigues des généraux d'Alexandre et de leurs , fils, la ligue s'était dissoute, et chaque petit état cherchait à saisir des avantages acquis aux dépens des autres. Enfin , quelques-unes de ces villes furent = obligées de recevoir les garnisons de Démétriuç et \ de Cassandre, les autres se créèrent des tyrans. ( Pendant Tannée où Pyrrhus passa en Italie, elles Ifevinrent à des sentimens d'union. Les premières qui s'unirent de nouveau , furent Dymes , Patrae , Tritaia et Pharae. Peu à peu chaque ville chassa ses garnisons ou se défit de ses tyrans,* et rentra
t LÎY. II, chap. 41* n remonte- au retour des Héraclides. a Cette olympiade court du 3 Juillet a84 au 19 Juin aSi.
dans la ligue. Après l'accession d'.£giuni , qui eut fieu vers le temps où Antigone retourna en Macédoine ^ , on créa pour l'alliance une formule , et l'on, grava sur des colonnes chaque nouvelle alliance et' les conditions auxquelles elle avait lieu ^. £gium avait expulsé les Macédoniens , Bura tua son tyran \ Iséas , qui l'était à Carynie , traita librement avec les Achéens^ et, renonçant au pouvoir, se contenta de ses domaines particuliers; enfin lés trois autres, des villes que nous avons nommées, se rangèrent aussi de l'alliance avant qu'Aratus s'en mêlât ^. D'abord la ligue eut un secrétaire et deux chefs annuels , prie tantôt dans l'une tantôt dans l'autre de ses villes; mais cette orgamsation fut abrogée, et, depuis cinq ans , on obéissait à un seul chef, élu par l'assemblée générale, quand Aratus , de Sicjone , par ses liaisons avec le roi d'Egypte, éleva au rang des premières puissances -de la Grèce une petite fédération de villes insignifiantes, et qui ne s'étaient unies que pour la
1 376 ayant notre ère.
2 Polybe dit qa^il n^ eut point de colonnes pour Dymes , hxnd , Tritaia et Pharae , et donne pour motif leur prforité. Gronore a fort mal entendu ce pass^g^, en se fondaiit sur le Tnité de la ligue acfaéenne. qn^on doit à son père.
3 Ce^furent les Achéens qui secoururent les Buréens. Pôljbe ^it : ATToX^hcTûL TGV fjLovoLf^ov JW MoLfyou itj rSv fi.^(stiSvm
4 Dans le chapitre suivant, nous parlerons ayec plus de ^tail de la ligue achéenne et de la ligue étolienneu
conservation de droits qui ne valaient pas la peine de leur être enlevés. Aratus était le fik d'un citoyen ^ considéré ; chassé de sa patrie dès l'enfance , il fiit élevé à Argos. Depuis la seconde -expédition de Dé^ métrius Poliorcète, Sicyone, qui était célèbre d^*à comme le siège antique des rois , comme le berceau des arts de la Grèce, le devint encore par ses fortifications. Aratus songea, dès que son âge le lui permit , non-seulemoit à la délivrer de 6on tyran Nicoclès , mais encore à assurer à jamais sa liberté. Le seul moyen d'y parvenir était de laiaire entrer dans : cette ligue , où chaque ^ille devait être protégée contre ses oppresseurs par les forces réunies de toutes les autres. Aratus aurait pu choisir ou du secours d'Antigone Gonatas ; ou de celui de Ptolémée Philadelphe , qui tous deux étaient liés avec son père par les droits . de l'hospitaUté ; mais il n'implora le secours d'aucun roL Ce fut presque sous les yeux des gardes du tyran qu'il 'escalada les murs de Sicyone avec ses amie ^ Il aj^la le peuple à la liberté sans effusion de sang, ni violence. Plutarque remarque à. ce sujet, qu'abandonnée aux tyrans depuis cinquante ans, voyapt ses citoyens opprimé^, exilés, appauvris, Sicjone ressemblait à une m^iison royale déchue, et dont la misère est d autant plus choquante que sa splen- ■ Il I ■ ■ ■ ■ 1 1 ■ 1 1 I ■ ■ ■ ■ ■ ■
1 i/*-année de la i3a." oljrmpiade, a5a ayant notre ère.
deur a été plus grande. Aratus lui rendit son antique idat en la Êdsant entrer dans la ligue achéenne , ce qiii était également nécessaire pour conserver la liberté intérieure et pour échapper aux Étoliens et aux Macédoniens. Déjà les Étoliens , réunis à des 'peuples -barbares , avaient fait une audacieuse tentative pour passer le détroit et piller la ville, àratus j les craignant encore , appela à son secours Alexandre y cpii était à Corinthe à la tête de troupes macédoniennes; car Corinthe était si voi^e, que de cette' ville on avait pu voir Tincendie de la maiison dii tyran ^ Les richesses et la Ubéralité d'Aratus lui donnèrent bientôt une grande influence : il s'était fait inscrire parmi les cavaUers, et les stratèges de ces petites villes furent trèsflattés de voir un homme qu'honoraient les rois , le ranger ainsi sous leurs ordres, en appelant ses concitoyens au service miljitaire. .Ptolémée, qui avait été Tami du père d'Aratus , lui fit cadeau de vingt-cinq talens, qu'il distribua à se$ compatriotes; et plus tard , quand il vint en Éjgypte 2, il reçut de
1 M.' Nîebabr fait remarquer aussi qn^alors Alei^andre possédait encore Corinthe , et que sa femmb , Nicée , ne perdit cette villa que plus tard. Le roi de Macédoine n^a d'ailleurs occupé Corinthe que fort peu de temps. •«
3 On peut inger, par un passage de Plutarque, de Tattention ATec laquelle les rois observaient les 'hommes marquans les petits états qui ne leur étaient point soumis. Une tem*
ce roi un secours de cent cinquante talens, ce qui le mit à même d'apaiser tous les différends et de ramener dans ses foyers l'ancienne aisance dont om y jouissait Aratus obtint* le premier rang dans hk ligue , et fut à peu près l'égal des. rois. Quand ^ délivra Siicyone, il n'était aigé que de vingt mtt Jusqu'alors, dit Plutarque-, il s'était bien pIa&.a|H' pliqué aux exercices des adilèt«» qu'à suivre Idl rhéteurs , les sophistes et les philosophes : toutefiâl on put juger par les mémoires qu'il laissa sur M vie et sur l'histoire de son temps , que les scienedfe de l'école se peuvent apprendre sans maître. A Im cour d'Egypte sa conversation plaisait aux savatfB et aux homknes qui se piquaient d'avpir l'espr&l cultivé. Sicyon^ avait eu des arts dans une hauM antiquité; elle vantait ses rois et ses prêtres, qol se rattachaient' au temps des Pélaàges, et AraliiA parlait de 'tout, cela ayec cette confiance et oett# assurance qui distinguent à la fois les courtisans. 0C
péte forciB Aratiu à desc^mlre sot uxie côte oà 4^tigotte mât
un petit fort. Sachant ^ue les Macédoniens le poursuÎTentf
il se cache dans le hois , et tout aussitôt paratt le commiii'
dant du tort auquel déS gem âpost^s^ répondent qn^l à plut
en Eubée. Le Macédonien s*empara alors 'du navire et de 1%
quipage. Aratus ne seyait plus que devenir, qutfnd un faenvsii
hasard amews un yaisseàu romain destiné' pour la Syrie. Aratii
obtint du patron d^ëtre débarqué en Carie, mais sûr mer il
courut de nouveaniL dangers. Ce ne fut qu^aprés un tempi
fort long qu^il put faire la traversée de Carie en Egypte.
ks artistes; Doué d'un amour sincère pour la liberté, il ne recherchait le pouvoir et ne voulut dinger les affaires que par suite des suffrages libres de ses concitoyens. Malheureusement il manquait 'de toutes les quaUt^s du général Dans les affaires 3 était rusé, mais. la politique des âmes nobles et élevées lui était inconnue. Il fut nommé stratège fort jeune >,- et depuis ce temps y à peu d'exceptions près, on lui conféra toujours cette dignité, en lorte que son histoire est réellement celle de la ligue achéenne.
Peu de temps ayant qu^Aratus eût été nommé
itntége, Antigone Gonatas avait su s'emparer de
.'Corinthe, au préjudice de la veuve d'Alexandre^^
BUS il se vit enlever cette clef du Péloponèse^
1 n ayait yingt-fix «115 dans la 3/ année de la i33.* olym* {jade; a 46 avant notre ère.
s Quand Aiatns revint à Sicyone , Alexandre vivait encore , wb U ne fut lîen entrepris contre lui, parce ^u^il venait «Tatrer dans la ligne achéenne.
3 Antigone avait profité de la vanité d^nne femme et de
ioa penchant pour le mariage ; il loi avait envoyé son fils
Déméiiios, qui fit semblant de vouloir Pépouser. Nicée, qui
jsVtait plus de la première jeunesse, se laissa tromper par
Pamoar d'un jeune -homme et par Pespoir dVne alliance royale.
Des fêtes splendides furent préparées par Antigone ; ce n^était
que jeux publies, spectacles et festins. Au jour marqué pour
l'flfxéctttion du projet, Antigone accompagna Nicée au théâtre,
mais chemin faisant il se dirigea vers la citadelle, se la fit
ouvrir, etc.
pap Aratus , qui , après avoir combattu avec acharnement et répandu beaucoup de sang pour prendre la ville et la citadelle y rendit aux Corinthiens les clefs de ce fort , dont ils se retrouvaient en possession pour la première fois depuis le règne de Philippe ; il les détermina , dé plus , à accéder à la ligue achéenne. Mégare, ville dorieîme, comme Sicyone , entra dans cette ligue avant la mort d'Antigone^, et après s'être affranchie de la garnison macédonienne : Trézène et Épidaure s'y joignirent aussi dans la suite. Eji vain les Étohens s'allièrent avec Antigone Gonatas pour empêcher l'accroissement de cette nouvelle ■ fédération , qui recevait indifféremment toutes les villes grecques , et qui ne voulait ni faire de conquêtes') ni souffrir de rapines. Aratus s'unit avec Sparte, et sut résister aux Étoliens , sans même leur livrer de bataille. Le sort fut encore bien plus favorable à la ligue achéenne , ou plutôt à Aratus , pendant les dix ans que dura le gouvernement du second Démétrius^,
1 II 7 a beaucoup de différence entre les ëpoqires assignées à la mort d'Antigone par Eusèbe et par PorpJbjrre. Le {premier, dont on suit généralement les calculs , fixe cet érénemeat à la seconde année de la i34-* olympiade ^ c^st-li-dit^ a 4^ ans avant J. ,C. Porphyre, au contraire, le met k la i.'* année de la i35.' olympiade. Voyez Fourrage de M. ^iebuhr sur la traduction arménienne de la Chronique d^Eusèbe, pag. 29.-
a On compte ordinairement pour la durée de ce rdgne tout
( ^90 car les hostilités dommises par c€( dernier contre les Étoliens, les contraignirent à conclure un traité avec les Achéens ^ Nul doute que, si Aratus eût été an meilleur général, il n'eût dès -lors réuni Argos à la ligue. Mais il ne fut jamais heureux les armes à la main , et ne put empêcher qu'après le meurtre des deux tyrans, Aristomaque et Aristippe, un trpi*^ sième encore ne s'emparât du pouvoir. Néanmoins y après la mort de Démétrius , la seule force des cir> constances amena le résultat que n'avait pu atteindre Aratus ; car le successeur de Démétrius eut autre chose à faire ^que de souteti'ir ces petits tyrans. Ce successeur fiit Antigone, surnommé Doson, fils du beau Démétrius, qui était mott à Cyrène. Il ne fut, à proprement parler, que le tuteur de Phihpfie, fils du Démétrius qui venait de mourir. Les tyrans , voyant que ses principes ne leur étaient pas favorables , j^iigèrent convenable de renoncer au pouvoir pour conserver leur fortune et leur influence. Ly*
le temps qui Vécoula depuis la a.* année de la i34** olym* piade jusqu'à la 4^* de la i36.*, cVst-k-dire de Fan a 4^ ayant J. G. à Pan a33 ^ mais, selon Porphyre , il faudrait partir de Foljmpiade i35, i/* année , pour afrirer à rolymt>iade 137, 3.* année, de a4o à a3o. La durée est la même, toutefois ceci ne cadre point du tout ayec ce que dit Polybe , liy. 11 , chap.
43; sayoir : qu^Antîgone mourut da^kis l'année qui suiyit la
prise de Corinthe.
I Polybe , liy. Il , chap. 43 et 44*
(^92) siadas qui régnait à Mégalopolis, la ville la plus populeuse du Péloponèse , donna l'exemple ; Cléonyme de Phliunte et Xénon d'Hermione Fimitèroit; nuds ce dernier, ainsi qu'Aristomacpe d'Argos, se laissèrent devancer par tous les autres, et ne prirent cette détermination qu'en la I\? année de la iSy.* olympiade', au moment ou après la mort du second Démétrius, les Athéniens entrèrent aussi dans la ligue achéenne. Sous le gouvernement de ce prince, les successeurs efféminés des guerriers de Marathon et de Platée , après avoir obtenu précédemment de la faveur d'Antigone la retraite des garnisons macédoniennes, avaient été de nouveau contraints d'en recevoir au Pirée, à Munychie, à Salamine et. au cap Sunium. Non-seulement les Athéniens avaient pris part à la guerre que la Macédoine faisait à la ligue, mais la nouvelle de la mort d'Aratus. ayant été faussement répandue, tout le peuple s'était livré à des démonstrations de joie. A peine Démétrius eut-il cessé de vivre , que cette cité , implorant le secours d'Aratus , accepta vingt talens , qail prit sur sa fortune , pour compléter les cent cinquante que le conunandant macédonien exigeait comme prix de sa retraite. Athènes conclut, immédiatement après le départ de la garnison , une alliance avec les Achéens; mais elle les méprisait , et ne manqua point de s'en séparer, dès que les circonstances eurent changé de nouveau.
Cependant la ligue était arrivée à son plus haut point de splendleur. Elle comprenait Athènes et Mé* gare; Égine et Salamine, tout le Péloponèse, excepté Sparte, l'Élide, Tégée, Orchomène et Mantinée , en disaient partie. Mais Aratus n'avait point ces qualités <jui sont à Tépreuve du danger, et probablement aussi il manquait de courage ^ Sa vanité l'empêchait cependant d'abandonner sa place à un homme plus fort pour le commandement C'est dans ^>arte que prirent naissance les événemens qui ôtèrent au libérateur de Sicyone la gloire qu'il s'était acquise. Nous avons dit ailleurs combien les mœurs avaient dégénéré en Laconîe , surtout s.ous Aréus et Acrotatus : le luxe était poussé au dernier degré , loUgarchie était devenue insupportable ^. Le rétablissement de Tàncienne discipHpe paraissait ab scdument impossible , quand Agis m , excité sans doute par l'exemple d' Aratus, son ami, entreprit de rendre à sa viljie natale la considération dont elle jouissait autrefois.
Parmi les principales causes de décadence on cite une loi qu'au temps de Philippe l'éphore
1 Polybe élude ce yngement avec beaucoup de finesse , lir. II y chap. 4S. Voyez aussi ce que dit Plntarque sur Tattitude 4e ce chef dans les combats.
9 Dès le temps d^Aristote la plupart des biens avaient passé dans ses mains.
Épitadëus avdit fait passer. Cette loi permettait à chacun de disposer de ses biens comme il l'entendrait^ et sans aucun égard pour sa famille. Il en arriva que cent maisons à peu près furent en possession de tout, et que six cents autres, qui cependant avaient les mêmes droits politiques, demeurèrent sans moyens pour les exercer, et vivaient dans une honteuse dépendance : le peuple était devenu la proie des oligarques. Telle était la situation de Sparte, peu après l'union de Côrinthe avec la ligue achéenne, lorsque Agis, âgé de vingt ans, remplaça le roi Eudamidas , son père. Agis s'habilla, mangea, se baigna conformément aux anciens usages 'y il annonça hautement l'intention de les rétablir. Ce prgjet fut accueiUi par l'enthousiasme de la jeunesse , mais il fallait une révolution . pour l'accomplir. Agis la conçut, et fit entrer dans le conseil des éphores, qui exerçaient à Sparte la puissance tribunicienne , Lysandré, l'un de ses affidés. U fut encore secondé par son oncle et par quelques andens citoyens^ Une fois éphore, Lysandré proposa au peuple assemblé une loi sur Texiinction des dettes et sur un partage général des tef res. Il ne s'agissait pas de rétablir les choses en leur ancien état; on ne fit donc que la moitié- des lots qu'avait autrefois créés. Jjycurgue : il y en eul quatre mille cinq cents pour les Spartiates, et quinze mille pour les Périèces,
(:>95) Les manbres du conseil et Léonidas, qui était l'autre roi, s'opposèrent à ce décret, et pour la preniière fois depuis long-temps la discorde s'introduisit dans la république. L'approbation du conseil était indispensable; mais, avant qu'il en fut délibéré, Agis et ses amis s'adressèrent au peuple lui-même; ils firent valoir les avantages qui en résulteraient pour lui. Non-seulement Agis annonça qu'il saçrifîei*ait ses champs et ses pâturages (sa fortune s'âevait à six cents talens); il dit encore qu'il était chargé par tous ses amis d'offrir leurs biens à l'état Le conseil, ayant ensuite rejeté ce projet, les éphores cherchèrent un prétexte pour se défaire de Léonidas. Il fut destitué par le peuple, et on lui substitua Gléombrote , qui était favorable au projet d'Agis. L'audace de ce jeune rei s'en accrut, et comme les éphores de l'année suivante se disposaient à renverser l'ouvrage des précédens, il déclara qu'il allait rétabUr'la royauté dans ses anciens droits, et qu'il empêcherait bien à l'avenir ces éphores d'attirer à eux les affaires de l'état; et en effet il les chassa et en établit d'autres. Rien ne semblait plus &cile alors que d'accomplir ses projets; mais ce noble jeune honune fut trompé par Agésilas, son oncle maternel. Cet homme astucieux avait beaucoup de dettes : il sut persuader à Agis qu'il fallait commencer par l'annulation des créances , et séparer de ce décret celui de la distribution
des terres. Sur ces entre£dtes , Antigone Gonatas et les Étoliens entrèrent dans le Péloponèse. A^s fut obligé de faire tine campagne pour secourir Aratus son allié. En son absence, une contre-révolution s'opéra : Agésilas employa le pouvoir qu'il lui avait confié au profit de sa cupidité; et à son retour, Agis trouva tous les esprits aigris contre lui Les oligarques prirent les armes ^ et le peuple, qui avait été déçu dans ses espérances, ne défendit pas ses rois. On rappela Léonidas, qui était exilé. Agis et Cléombrote furent obligés de s'enfuir dans les temples, Plutarque nous apprend comment Cléombrote, que sa femme avait sauvé , se retira avec elle et ses enfans , et subit un exil , auquel son beau-père lui-même le fit condamner. Quant à Agis, U tomba victime dé coupables embûches. Le misérable Agé«silas, qui avait su appliquer à son, profit ses plus généreuses conceptions, fut le seul qui échappa à la persécution. Quelques années plus tard, Géomène, fils de ce même Léonidas qui avait fait tuer Agis et sa famiUe, conçut les mêmes projets; mais plus âgé qu'Agis, il fut plus habile dans l'etécution. Il ne pouvait triompher des oligarques que par la force militaire, et pour se faire une armée, il profita des circonstances dont nous allons parler.
Aratus, qui ne souffrait point de rival, étendait toujours la ligue achéenne, et s'approchait de plus , en plus du territoire de la Laconie, enfin, il tenta
de s'approprier toute l'Arcadie, ce qui fit naître à la fois la jalousie des Étoliens et celle des Spartiates, déomène tomba sur les troupes achéennes , qui étaient dans le voisinage de la Laconie. Nonseulement Aratus lui laissa tout le loisir de s'établir, mais il empêcha Aristomaque, l'ancien tyran d'Argos , qui avait été élu stratège par les Achéens , de marcher sur Sparte; enfin, quand il consentit à la guerre, les Spartiates avaient déjà établi «un fort sur les terres de Mégalopolis^ Pendant les trois premières années de la 1 38/ olympiade, les Spartiates et les Achéens ne firent auciine entreprise directe . les uns contre les autres : la guerre se bornait à secourir mutuellement leurs alliés. Aratus devint l'objet de la risée générale; il fut même accusé par Lysiadas d'avoir empêché Aristomaque d'accepter la bataiUe que Cléomène lui présentait sur le territoire de Tégée, quoiqu'il n'y eût -que cinq mille Spartiates, et que les Achéens fussent au nombre de vingt mille. Ces imputations n'empêchèrent point Aratus d'éti^e élu stratège pour. l'année suivante^ : son amour pour la liberté, lui attirait la confiance du peuple > tandis qu'on craignait, non sans quel-»
1 II était impossible que Poljrbe fût enUèrement impartial en parlant d^Aratas et des affaires de la Grèce. Nous aTons «quelquefois recours à Plutarque.
2 Olympiade i38, 9.* année.
que raison, le courage et Thabileté de ses deux concurrens , qui étaient d'anciens tyrans. Aratus iut battu près du Lycée. Il est vrai que, dans sa retraite, il surprit Mantinée , et rétablit pour un temps sa réputation ; mais il la reperdit encore en la même année : d'abord , pour avoir lâchement décliné le combat que lui offrait Oéomène dans les enviro^s de M égalopolis ; puis , pour ayoir abandonné à l'en- ' nemi son rival Lysiadas, qui, chargeait vigoureusement à la tête de la cavalerie , et qui mourut de la mort des héros, tandis qu'Aratus se couvrit dlgaor minie aux yeux des Açhéens. *
Cléomène.se hà^ d'aller à Sparte accomplir ses projets 2, et laissant près de Mantinée les mercenaires qu'il avait enrôlés avec l'argent de Ptolémée Évergète , il se mit à la tête d'une troupe d'élite , fit tuer ies éphores et leurs partisans , supprima leurs charges et chassa les quatre-vingts principaux chefs de. l'oUgarchie. Après cela, lui-même et ses amis firent à l'état le .sacrifice de leurs biens. On publia une nouveUe aboUtion des dettes, et tous les propriétaires furent obligés de consentir à un partage
1 On crut qu^il avait sacxifié Lysiadas k dessein ; les Achéem le quittèrent et il les suivit à .^Igium. A rassemblée tenue dans ce lieu, ils résolurent de ne plus lui fournir de troupes ni dVrgent. Aratus fut sur le point de donner sa déïnission de It dignité de stratège y mais il finit par la garder.
3 Olympiade i38 , 3/ année; aa6 ayant J. G.
(^99) général des iimnenbles. U reporta le nombre des Spartiates à quatre mille : c^était cinq cents de moins qu'Agis ne l'avait voulu. Gléomëne organisa Farmée sur le pied de celle de Macédoine. On ne nous dit pas combien de Péritces il admit au partage. Ce que l'on sait positivement, c'est qu'il donna luimême Texemple du retour aux anciennes mœurs.
Aratus avait entamé des négociations avec Antigone Do^on : toutefois le seul résultat d'une aml^assade que les Mégalopolitains envoyèrent en Macédoine , fut que le roi ne se montra pas éloigné de Êdre ^iarcher des troupes en faveur .de la ligue achéenne. Néanmoins il n'y eut pas encore de traité d'alliance , et Cléomène , après avoir opéré sa révolution à Sparte , revint chei'cher les Achéens dans f Achaïe même ^ il les battit non loin de Dymes , et leur armée {ut anéantie. Il leur offrit alors de le choisir pour chef, et de créer ainsi dans le Péloponèse, et sous la protection d'un roi, une puissante confédération d'états libres. Aratus , dont toute l'influence allait s'évanouir, renoavela la proposition d'opposer les Macédoniens à. Cléomène : ainsi, dans le temps même où sa timidité lui Élisait abandonner à un autre la place de stratège ^, sa jalousie lui faisait
1 C'était Timoxéne qui était stratège ; Plutafjjue fait uu loiiig détail des accusations dont Aratus était Pobjet, pour avoir laissé à des hommes incapables le gouyemail qu^il n^avait pu tenir lui-même.
(3oo)
préférer le monarque absolu de la Macédoine au roi citoyen des Spartiates, déomène eut encore recours aux armes , il marcha à travers le pays des Aryens jusqu'à Corinthe, qui lui fut livrée par les habitans, puis il entoura la citadeUe d'un fossé et d'une circonvallation , et vint devant Sicyone , où s'était rendu Aratus, qui continuait toujours à faire négocier avec le roi de Macédoine. De son côté ce roi temporisait; il exigeait qu'avant tout on lui livrât Corinthe et sa citadelle : or, le principale mérite d'Amtus était d avoir fait entrer cette ville dans la ligue ; on se refusa donc au vœu du roi de .Macédoine , et ce ne fut que quand les Corinthiens eurent chassé les troupes achéennes pour recevoir Cléomène, que 1 on consentit à sa demande ^. Aratus conclut le traité au nom des Achéens, donna son fils pour otage et promit de livrer cette citadelle. Vers ce temps Géomène se retira de Sicyone, pour s'établir entre les monts Onéens et l'Acrocorinthe.
Le sort de la Grèce dépendait désormais de l'issue de la lutte qui s'engageait entre le roi de Macédoine et le roi de Sparte. Aratus soutint dans Sicyone un siège de trois mois , puis il fut appelé \ £gium , où se tenait l'assemblée générale , qui le nomma stratège pour Tannée suivante , la première de la 1 59.* olympiade , en lui conférant des pou-
1 Polybe , liy. II > chap. Si.
(3oO
voirs illimités. Si ' Argos n'avait chassé les Spartiates , Antigone sans cloute n'aurait pas pénétré dans le Péloponèse. Mais après cet événement 3 y aurait en de la part de Oéomène de la folie à défendre l'isthme. Il fut obligé de se retirer, en Arcadie et en Lftcoïiie 9 et de se tenir sur la défensive. Nous juge-^ rions plus sainement de l'histoire de ce temps, si nous avions conservé l'ouvrage de Phylarque , qui était écrit dans un sens directement opposé aux mémoires d'Aratus. Il ùmi peu compter sur Plularque^ qui, dans la vie d'Aratus, calcule tout pour r^et qu'il se propose de prod\iire , et puise tantôt dans ces mémoires , tantôt dans l'ouvrage de Phylarque ^ , tandis que dans la vie de Cléomène il suit surtout ce dernier auteur.
Cléomène unissait à de grands talens miUtaires beaucoup de cruauté et de penchant au despotisme , et ^ général les Grecs se montrèrent pendant cette guerre entachés de ces vices de l'Orient Polybe et Phylarque ne sont pas d'accord sur les maux qu'on fit souffrir à Aristomaque , qui d'abord fut tyran d'Argos , puis stratège des Achéens , ensuite tyran d'Argos pour la seconde fois, enfin prisonnier d'Antigone et des Achéens. Ce qu'il y a de certain.
I Polybe, HisU, IW. II', chap. 55. A en juger par les pas* Mges recueillis par Athénée, Phylar^e n'était pas un écri- Tain trés-véridicpie.
(5oa)
c'est que cet homme infamnain fin puni à son tour des peines les plus cruelles ^* On ne se bornait pas alors à de simples actes de barbarie : des villes florissantes étaient détruites en entier : Mantinée le fut par un parti , Mégalopolis par Taiitre. Le seul Gléomène se montra grand : quoiqu'il eût ènvoyi sa mère et ses enfans pour otages à Ptolémée Éver^ gète, celui-ci lui retira les secours qu'il, lui avait fournis jusqu'alors , et traita avec Ântigone ; mais Ûéomène se procura de l'argent par un autre moyen; il permit à chaque ilote de racheter sa liberté pour cinq mines (un peu plus de cinq^cents francs), et ayant de la sorte recueiUi plus de trpis miUions, il paya un grand nombre de mercenaires, qu'il exerça à la manière des Macédoniens , et avec lesquek il surprit Mégalopolis. Les habitans s'enfuirent à Messène , ne voulant pas même accepter la tranquillité qu'on leur offrait en prix d'une alliance avec Sparte. La vente de leurs biens produisit à Cléomène des sommes considérables ; il se jeta eiisuîte dans l'Ar-
1 Nous né nous arrêterons point au récit tragique de Phylarque. Poly be dit , lir. II , chap. 5g , <jue , quand tout celt serait yiki , Aristomaque n^aurait pas expié encore l«s horreuit quMl commit le jour où Aratus fut repoussé d^Argos, après jr ayoii^ pénétré. Polybe dit plus loin qu^l ne fut pas tourmenté tonte une nuit à Cenchrés , comme l^rance Phjrlarqàe , mais qu^on se borna à le précipiter k la mer , en punition des exeèi qu^il avait comàiis contre les C en coréens. t
gofide. Dorant cette campagne, qui occupa la première moitié de la x* année de la i Sg.* olympiade , les Spartiates conservèrent la supériorité ; leur invasion inopinée avait frappé leurs ennemis de terreur ; mais rhiver suivant, tout se rangea autour d'Antigone, qui reprit l'ofTensive, et qui, au printemps, alla même avec les Achéens chercher Cléomène dans son propre pays. Les deux armées se rencontrèrent dans lesTnontagnes, sur le chemin qui conduit de Tégée vers les plaines de FEurotas ^ Les Spartiates furent complètement battus, et l'occupation de leur ville fiit le résultat inunédiat de leur défiûte. Cléomène s'enfuit en Egypte ;«t les Grecs couronnèrent Antigone aux jeux Néméens, où il fut proclamé vainqueur et hbérateur, uniquement parce qu'il eut assez de sens pour ne point signaler par
1 Poljrbe a indiqaë Avec son exactitude ordinaire la position des deux armées. Ayant qu^ Antigone pût arriver k Sellasie et au camp retranché de Cléomène , il lui fallut traverser un défilé entre le mont Eva et POlympe : POEnus y coulait y portant son onde hr PEurotas , et le long de POEnus se trouvait la grande route de Sparte. Cléomène occupait les hauteurs de POlympe \ Euclide , son frère , était sur TÉva , ^^ Antigone fit attaquer d^abord ; mais le but de ses efforts était de faire pénétrer sa cavalerie dans le vallon pour séparer les deux positions. Philopémen fit preuve du talent qui le distingua dans la suite. Sans lui, on laissait échapper Finstant favorable : au lieu d^attendre le signal convenu , il exécuta^ la charge dans le moment opportun .
des cmautës l'inflaeiice qae sa victoire lui donnait sur les affidres de la Grèce. Sparte ne fut point traitée avec bariiarie, et le triomphe ne fiit souiUéd'ancône oppression enTers ceux qui avaient aj^pelé ce roi à leur secours. Bientôt il retourna dans son pays, pour repousser une invasion des lUjriens. Ântigone mourut peu de temps après , en la 4-*' année de la 1 39.* olympiade , abandonnant le royaume de Macédoine à Philippe, à peuprès dans le temps où Annibal se disposait à passer en Italie. Les Romains jlors se trouvèrent mêlés aux aflbires de la Grèce, et de leur guerre 4X>ntre llUyrie naquirent des relations qui bientôt se multiplièrent et s'étendirent au point de confondre dans leur histxnre celle de ces contrées et de la Macédoine eUe-méme.