‹ Histoire universelle de l'antiquité, trChapitre 12 sur 17 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

État politique de la Grèce et de F Asie mineure jusqu'à Varrivée des Romains.

§. 1." Macédoine. — Grèce.

L'art de la giœrre décida, pendant cette période, de la destipée.des^états, car ils demeurefent tous en la possession de chefs militaires, et leur sort dépendit uniquement des mouvemens des armées. Cet art donna naissance à une multitude de professions , et bientôt devint une profession lui-même. Dès-lors la science des finances consista 'seulement à se procurer beaucoup d'argent, sans égard aux moyens de l'acquérir. La décadence du système militaire devait donc amener celle des finances , et cet effet devait être réciproque.

-Nous avons fait remarquer déjà que, depuis Iphicrate, les Grecs, et surtout les Athéniens, remplacèrent leurs armées de citoyens par des mercenaires, tandis que'Pélopidas et Épamitiondas, profitant des découvertes nouvelles de la tactique, durent leurs victoires surtout à cette circonstance qu'ils continuèrent à combattre à la tête de leurs concitoyens. Après la bataille de Mantinée, après celle d'Agis contre m. 20

Ântîpater, le peuple cessa d'être belliqueux dans les états libres de la Grèce, et quoique la guerre la^ rniaque inspirât aux Athéniens un dernier mouvement d'enthousiasme , quoiqu'ils s'y soient montrés dignes en quelque sorte de leurs aïeux, Léosthènes; leur chef, commandait plus de mercenaires que de guerriers libres. Les troupes de Philippe et d'Alexandre composaient une armée permanente, dans le sens que nous attachons a ce mot. Cependant le noyau de cette armée , formée de Thessaliens et de Macédoniens , représentait toujours une force nationale, qui ne servait que pour un temps donné, ou pour une expédition déterminée. Toujours la phalange apparaît comme peuple, la cava» lerie comme noblesse : en cette qualité , ces deux coips prennent patt à la décision des affaires. Mais tout change à la mort d'Alexandre : il naît autant d'armées qu'il y a désormais d'empires, et chacuiie appartient à celui qui la paie. Qn peut attester de la vérité de ces réflexions, et la conduite des éfrgy-' raspides envers Eumène, et la manière tout-à-Ëdt orientale dont s'y prit Antigone pour se défaire de ce corps. L'expédition de Thymbron contre Cyrène prouve qu'en Europe les choses en étaient au même point Le cap Ténare était un véritable marché d enrôlemens ; il y en avait un autre en Crète. Thymbron leva son armée au Ténare, comme Léosthène y avait pris la sienne, et ce fut encore au Té-

nare qu'il recourut quand il lut &llut des renfortA.

Les seuls Étoliens alors possédaient une force nationale , et ce fut ce qui leur assura une grande prépondérance dans les guerres de cette époque. Quoique nous ignorions Forigine de cette petite ligue, qui, plus tard, devint la fédération étoliennet nous la voyons déjà redoutable quand Antipater vient l'attaquer ^. Son séjour sur le territoire de la ftdération , ses menaces de transférer en Asie toute cette population , eurent pour eflGoc de resserrer les liens des cantons entre eux. On ne voit pas que les Étoliens aient eu des machines de guerre ou des forts construits avec art, et cependant, à l'arrivée des Gaulois, ils occupent toutes les citadelles des défilés de Thessalie. Enfin , au ^ temps d'Aratus , cette confédération comprend déjà la plupart des Arcadiens.

Antipater et Démétrius Poliorcète exercèrent une grande influence sur la science militaire. Antipater rassemUe les débris de l'armée de Cratère et de Léonnat , il en compose une nouvelle de ces mercenaires, et lui confie la garde d'Athènes, pour empêcher les citoyens de cette ville d'exercer leur milîœ ; mais le noyau de l'armée de Macédoine resta composé de troupes nationales. Elles comprirent fort bien que le p^ys leur appartenait , et que le

1 Vojei aaui Manso . Sparta^ toL III , pag. 39a et 393.

souverain , quel qu'il fût , était placé dans leur dé* pendance. Aussi Polysperchon , que Pyrrhus regardait comme un des meilleurs. généraux de son temps 1, ne peut -il absolument rien, dès que les soldats refusent d'obéir ; et c'est vainement qu'Antipater Ta nommé son successeur. 'On pourrait s'étonner qu' Antipater , si profond en tactique, et qui possédait une excellente armée , ait cependant ihtroduit en Europe l'usage des él^hâns à la guerre ; mais il parait qu'U les amena moins pour s'eà servir que pour en faire parade : quant à ses successeurs, ils les employèrent friquemment Nous citerons surtout Pyrrhus. TouteCois ce prince lui-même et les autres généraux reconnurent bientôt que ces animaux étaient fins nuisibles qu'utiles. Dans les guerres de' Pyrrhus, le mouvement des éléphans est deux fois arrêté par des espèces de chaussesr trapes, et,. sous la porte d'Argos, la chute de l'un d'eux empêche^ de prendre cette ville ,• en faisant obstacle Tau passage, précisément dans le moment dont il fallait profiter.

Déipétrius Polioi'cète appliqua les sciences et les

1 PluUrque, in i^rr&o »• rapporte une • anecdote fcfrt curieuse. On demandait à' Pyrrhus dans un festin , le^el , de Python ou de Caphisias , lui semblait le meilleur joueur de flûte. Il répondit que Polysperchon était à ses yeux le meilleur général ] mie c''étart là le Seul point dont un roi dût s^informer.

arts de son temps aux machines de guerre et à la marine. Il voulait reproduire en sa personne.Achille, Âlcibiade et Alexandre; il se faisait le protecteur des arts, et son luxe, ainsi que sa générosité, appelaient près de lui beaucoup d'hommes distingués et de machinistes habiles. L'art des batailles, la. stratégie proprement dite, était connu; mais Tart des sièges et celui du marin demandaient encore des perfectionnemens* H parait que les meilleurs chantiers de cette époque^ étaient , pour l'Orient , ceux de Rhodes , d'Egypte , de la côte de Phénicie et de la côte septentrionale de l'Asie mineure, et pour l'Occident, ceux de Sicile et d'Afrique; plus tard U s en forma quelques-uns en Espagne. L'Italie fournissait du bois de construction; mais ses ateliers n'étaient pas dignes d'attention. On en peut juger par les premiers vaisseaux des Romains. Antigone ^ avait - —

1 Diodore , lîy. XIX , chap. 58 , fait un long détail de tontes les opérations d'^Antigone , qui , s^étaut établi à Tjt, fit venir les princes de Phénicie et les gouverneurs de Syrie. Il donna aux premiers le soin de veiller à la construction de ses navires (car Ptolémée avait emmené tons les vàisseatix et tous les marins de Phénicie )> et il imposa aux gouverneurs 35o,ooo médimnes de froment ( c^cst ce qu^il lui en fallait pour Tannée). Antigone lui -même fit^venir de tous cotés des ouvriers pour façonner les bois : il fit amener les matériaux du Libanon âi la mer. Il y avait ^uit mille hommes pour couper et scier,, et mille attelages étaient sans cesse en mouvement. — — ^- Antigone établit en Phénicie trois chantiers principaux^ sa*

(5io)

départi le soin de sa marine à son frère Dioscoride, qui s'était instruit à Rhodes , ainsi que le dit Diodore. Néarque prit part aussi à cette organisation. Démétrius , qui fut investi du commandement dès rage de vingt -un ans, avait donc été formé à la meilleure école qui existât Dès-lors Démétrius faisait faire des vaisseaux à cinq et à dix, rangs de rames, ainsi que le rapporte Diodore.S et, dans la suite , il en augmenta encore la grandeur. Les renseignemens que Plutarque nous transmet sur les opérations de Démétrius en fait de marine, sont trop précis , trop concordans avec ce que l'on sait de Tétat de l'art chez les aqciens, pour ne les pas rapporter ici. Il dit qu'avant Démétrius on ne savait ce que c'était qu'un vaisseau à quinze ou à seize rangs de rames ; qu'étant roi de Macédoine , il fut le premier à en faire construire sous ses yeux. Plutarque n'a pas jugé convenable de pousser plus loin la description de ces navires; mais il dit. que la rapidité et l'aisance de leurs mpuvemens n'étaient pas moins admirables que leur dimension , et cependant ils occupaient tout autant de place

voir : à Tripolis , k Byblns et k Sidon ; il tn j^Uça «tan quatrième en Cilicie, où Ton conduisait les matériaux du mont TauTUS. Enfin il en créa un a Rhodes ^ où on lai avait permis de faire construire des vaisseaux en fournissant le bois iiéo€s* •aire.

t Diodore, liv. XIX , chap. 6a.

qu'aujourdlioi nos vaisseaux de quatre-vingts ca^* nons. Toutefois on peut douter que ces machines incommensurables aient été bien commodes pom* le genre d^ navigation des anciens et dans les mers où se faisait la guerre. Sans préjudice de Tinfention de Déinétrius^ nous ferons remarquer que son exemple ne fut imité ni par les Rho^ diens , ni par les Carthaginois , qui s'en tinrent tou^ jours à cinq. ou à sept rangs de rames. Noi^s ver«- Tons plus has que les gros vaisseaux des Ptolé<mées n'étaient que des épouvantails , et que dans la réalité ils ne pouvaient servir. Ceux d'Hiéron et de Ptolémée Pbilopator devaient seulement étonner l'univers, et prouver à tous la splendeur et la ri* chesse des princes qui Içs avaient fait construira Plutarque dit de celui de Philopator, qui était à quarante rangs de rames , qi/il ressemblait à un vaste édifice , tel qu'on en voit sur la terre ferme, n exigeait pour le servicer habituel trois cents ma* telots et quatre mille ramiisurs , et , de plus , il y pouvait tenir trois mille guerriers armés.

L'historien de la ville d'Héraclée, Memnon S rap-^

porte qu'Antigone Gonatas marchant contre PtOr

1 PhoUus, Cod. CCXXIV.

Voyes aussi Gatterer, Essai sur Thistoire univcnelle; on y trouTe, aux pages 3o6-.3i3 , des détails sur la focce^des flotteti •t pages 396-998, des tableaux sur oelie des armées ^t Va»* tiquité.

léméeCéraunus, qui avah envahi la Macédoine, ce dernier eut recours à la flotte de Lysimaque, et fut appuyé aussi par les Héracléotes. Les vaisseaux d'Héraclée étaient, dit-il, de cinq, de six rangs de rames, ou plus petits; cependant il y en avait un de huit: c'était un chef-d'œuvre, tant pour sa grandeur que pour sa beauté. Il y avait cent rameurs sur chaque banc; ce qui faisait huit cents pour chaque .côté, seize cents pour le tout. Il y avait deux pilotes et douze cents combattans. Memnon peut avoir raison, quand il attribue la victoire de.Ptolémée Céraunus aux vaisseaux d'Héraclée,- et surtout à celui-là. Un pareil navire, vu pour la première fois, devait jeter dans la flotte ennemie beaucoup d etonnement et d'effroi; mais, dans la suite, les Héracléotes eux-mêmes se contentèrent de trois rangs de rames ^ enfin, à l'exception de quelques bàtimens

où il y en avait sept, toutes les nations maritimes de cette époque s'arrêtèrent à cinq rangs de rames. Les machines de Démétrius méritent beaucoup plus d'attention; car les hommes formés par. lui servirent de modèles à toute l'antiquité. Il paraît que ce fut l'Athénien Épimachus qui inventa la fameuse Hélépolis dont se servit Démétrius ^ Ce guerrier fit

. 1 Athénée, De maohinis ^ \i9i^.s^ ^ parle de Torigine des machines en général. Philon^ De telorùm constructione , p. 5o, juge les machinistes d^Alexandrie. On cite Apollonius, sqq éUye Agcsistrate et Dias.

d'énormes dépenses au siège de Salamîne , dans llle de Cypre : il fit venir d'Asie le fer, le bois et tout ce qui était nécessaire aux travaux , et appela près de lui une foule de savans machinistes. Ce fut en celte occasion que l'instfument dont nous venons de parler fut inventé ^ son nom signifie qu'il prend les villes , et en effet il réunissait en lui-même tous les moyens de siège et d'assaut. Large de soixantequinze pieds ^ , il en avait cent cinquante de haut , et comptait neuf étages ; quatre roues de iquatorze pieds de diamètre servaient à mouvoir cette tour. Outre cette machine immense , Démétrius fit construire deux énormes béliers couverts de toits. H plaça dans les étages inférieurs de YHélépolis les machines destinées à lancer des traits et des pierres, qui devaient -retomber perpendiculairement. Le poids de ces pierres s'élevait jusqu'à cent cinquante-quatre livres. Les étages du milieu lançaient des projectiles horizontalement; enfin, ceux du haut renfermaient les machines qu'on employait à jeter des corps moins volumineux. Malheureusement Démétrius n'avait pas songé à préserver du feu cet édifice, dont le service exigeait plus de deux cents hommes. Ce ne fiit que. plus tard , au siège

1 Diodore , Ht. XX , chap. 4^. Nous supposons que Diodore parle ici de la coadée d^Égypte oa de Samos, dont on se servait le plus. Elle a vingt pouces de France et quelques lignes. Nous avons négUgé les fractions dans notr« calcul.

( 5i4 ) de Rhodes, qu'il avisa aux moyens de eorngér ce défaut : à Salamine il avait balayé déjà les murailles , il en avait &it tomber une partie , lorsque Ménélas , qui défendait la place , s'avisa de remplir de matières combustibles Tespaoe qui séparait l'en* ceinte et VHélépolis , et celle «• ci fut entièrement consumée. A Rhodes, Démétrius employa une seconde fois tout ce qui, dans son temps, pouvait servir à réfluire une ville. On put juger, dès les premiers instans du siège , quels seraient ses efforts. Il avait, tant en vaisseaux de guerre qu'en bâtimens de transport , trois ce]\t soixante-dix navires de grande dimension et mille petits , et il sut protéger sa station contre 1^ tempête par une digue, qui lut achevée en peu de jours; enfin, il plaça sur la proue de ses vaisseaux des n^achines qui lançaient les traits à la distance d'un quart de Heue. De plus, il construisit une sorte de batteries, des. tours flottantes et deux toits, dont l'un devait garantir des projectiles lancés d en haut, tandis que lautre devait arrêter ceux qui arriveraient horizontalement ^ Les ' ' < ■ I I II i^—^— 1 ■■

1 Où Toît, au chapitre 93, liv. XX, de Dîodore, que ce ne fut qu^aprés le siège de Rhodes que pémétrius s^arisa de la construction des grands vaisseaux dont nous ayons parlé. On^y trouve des détails curieux sur ractivité de ce prince, sur sa beauté, sur sa tenue à la guerre et en temps de paix. Il passait de la vie austère des camps à des orgies dignes de Bacchus et de la mythologie.

Rhodiens opposèrent machines à machines. I>émè» trius transporta bientôt son appareil sur terre; et là il construisit encore une Hélépolisy comme il avait fiiit à Salamine : on la fit mouvoir au moyen de huit roues et de quatorze cents hommes; mais les Rho^ diens, jetant beaucoup de traits enflammés et des matières combusti^^les sur les assiégeans, on se servit, pour la préserver du feu, de fer, de fer-blanc et de peaux de bétes , qu'on avait soin de tenir constamment niouillées. ^

Démétrius ne se montra pas moins habile dans l'art des mines : non-seukment il renversa les murs

en détruisant ]eurs fondations , mais il introduisit ses soldats dans la ville à travers un conduit souterrain. Les Rhodiens , néanmoins , déconcertaient toujours ses projets : un jour les huit toits qu'il avait feits , demeurèrent impuissans pour protéger ses troupes; et malgré tout le fer dont il l'avait revêtue^ son Hélépolis, s'il ne l'eût à l'instant retirée, serait devenue la proie du feu. Étonnés de la quantité de traits enflammjps lancés par les Rhodiens en une seule nuit, Démétrius les fit ramasser et compter : il s'en trouva huit cents de toute dimension., et il n'y en eut pas moins de quinze cents autres

1 Vitruye fait aussi mention de cette machine dans son X." lirre.

(Si6)

en bois )et à pointe de fer. Quant aux pierres, il ne fut pas possible de les compter.

Il serait facile de démontrer que ce prince encourageait tous les arts capables de l'entourer d'un plus grand éclat, et de relever en lui la magnifioence royale. Diodore parle des superbes tissus et des étoffes brodées que Phila lui envoya de Cilicie à Rhodes. Plutarqùe décrit le costume' qu'il portait quand il fut roi de Macédoine : le soleil, la lune, les étoiles, brillaient sur un vêtement que. nul des monarques ses successeurs n'osa Ëdre achever ni portera Démétrius; il est vrai, regardait les voluptés et le luxe de l'Asie comme un élément constitutif de la splendeur à l'aide de laquelle il voulait éblouir l'univers ; cependant on se tromperait beaucoup en lui attribuant, à lui seul, la dépravation qui, vers ce temps, s'étendit sur toute la Grèce. Il chercha , nous l'avons dit ailleurs , à rappeler à la fois Alcibiade et le» dernières années d'Alexandre, et monn*a jusque dans la corruption . même , une sorte de grandeur; mais les. mœurs de l'Asie se seraient propagées en Grèce, lors même qu'il n'y eûf. été pour rien.

La Macédoine, fatiguée par le régime militaire auquel elle était soumise , avait été dépeuplée par

1 PluUrque ajoute : KoLiTreç ova oXiyav vttîùùv iv Mse-

l'expédition d'Alexandre et par les guerres qui la suivirent. Nous la voyons toujours devenir la proie de quiconque peut rassembler une armée; enfin, les invasions des Gaulois la mettent si bas , qu'Antigone Gonatas a besoin de mercenaires galates et illyriens, non-seulement pour ses campagnes , mais encore pour les garnisons des villes éloignées. Cependant l'emploi des troupes étrangères fit naître souvent des violences et des troubles, et notafnment à Mégare. La Thrace prospéra d'abord sous le gouvernement de Lysimaque : non*sêulement il fit construire des villes dans l'intérieur du pays , non^eulement il fonda Lysimacbie, sa capitale;- mais, il étendit encore l'empire des Grecs jusqu'au Danube. La Thrace gagna beaucoup aussi à son alliance avec Héraclée, tandis que cette alliance déplut aux Byzantins, dont le principal commerce se faisait avec les barbares de l'intérieur' du pays ; et les invasions dés Gaulois changèrent la- Êice ' des affaires : elles affligèrent les villes grecques, et surtout Byzance, qui fut en quelque sorte soumise au joug de cette nation. Peu après la chute de Fempire gaulois, voisin de Byzance, on vit les Thraces indigènes ressaisir leurs anciennes possessions, s'étendre jusqu'à cette ville et dominer toute la côte.

Pendant que la Thrace obéiasuit aux .Gaulois et aux peuples barbares , qui dé tout temps la menaçaient, la Macédoine ^' sous Démétrius II, sous An^

était encore plus pauvre : Polybe estime les biens de Mégalopolis et de Mantinée ; il ne les porte guère au-delà de trois cents talens. Corinthe ne put sauver ses richesses qu'en demeurant toujours esclave. ^

Rien n'est plus incomplet, jJus' vague, que les données éparses que les anciens nous ont laissées sur la statistique d'Atliènes. Oi^ prétend que Ctésiclès parlait d un dénombrement fait sous Demétrius de Phalère, peu après la mort d'Amipater, et que l'on aurait trouvé vingt et un mille citoyens actifs, dix mille autres, qui étaient propres à la défense de la ville, et' quatre cent mille esclaves. Mais ce résultat est retenu dans les écrits d'un compilateur sans discernement; en second lieu, il y a erreur manifeste dans l'indication de Tolympiade; puis, on semble avoir oublié qu'Antipater avait précédemment transféré douze mille citoyens en Thrace; enfin, on se demande comment il se fait que, pour aller à la rencontre, des Gaulois- aux Thermopyles , Gallipus ne puisse prendre que quinze •cents combattions valides parmi les citoyens d'Athènes. 2

1 Le passage d^Atbénée , où il est question de la population d^Athènes , porte k 4^0,000 le nombrcf des esclayes de Gprinthe. Ce qui ne peut avoir été vrai pour cette époque. Liv. yi, pag. 272. ^ •

a Athénée, liy. VI , pag. 272. Que Ton change, si TonTeal,

(5ai)

Les revenuâ de la yille, portés aussi haut qu'ils pouvaient l'être au temps de Démostliènes, ne s'élevaient qu'à quatre cents talens, ou 2,000,000 francs. Ils avaient depuis souffert des diminutions notables. Il ne faut donc pas s'étonner si les Athéniens se montrèrent plus favorables à des tyrans et à des princes prodigues de leurs richesses , qu'à leur pro-

aVec Càsanbon , Tolympiade , en substituant âeize à dix ; que » dank Diodbre, oti lise douce mille an lien de TÎngt-deux mille, on pairiendra, à mettre dVccord Diodore et Plntarqne', mais il restera d^autres difficultés insurmontables. Par exemple , on ne peut donner sa confiance au passage d^Atbënée , qu'en faisant revenir de Thrace les douze mille citoyens qui y avaient lié emmenés , ce tpd est' impossible à supposer ; car on les rtroit plus tard conduits à Antigonie par A^tigone. Bonamy (Vie de Démétrius de Phalôr^, Mém. de FAcad. des inscript. , tom. YIII, psg. 170} soutient qu^ils revinrent avec Alexandre, mais il se méprend ^ il n^est pas question ici des douze mille citoyens établis en Thrace cinq ans a%paravnit. Diodore , cité par Wesseling au même sujet, ne dit autre chose, sinon ^tt^Alexandre ramena des. bannis et Isur rendit leur part an gouvernement, ce qui est fort juste. La proposition d^Antipater d^aller en Tlirace , n^avait pas été acceptée généralement par tous ceux qui possédaient inoîns de mille drachmes ^ il est donc vraisemblable que ceux^q^i if étaient pas absolument sans ressqnrces' se dispersèrent pouf attendre de .meiUeurt temps , se srossirent encore d^autres bannis et revinrent avec Alexandre. Celui-ci, d^ailleurs , n^exercait aucun pouvoir en Thrace , et Von ne supprime pas d^nn seul coup un établisse* ment formé depuis six ans. Draille ars ritn n^indlque que cela ait eu lieUf

pre aristocratie. L'amour de l'argent ne permettait pas au gouvernement platonique de Pho<^on de soutenir la comparaison avec la conduite d'un Démétrius de Phalère , d'un Démétrius Poliorcète ou d un Lacharès tyran, qui ne rougit pas de piller les temples et d'enlever l'or qui décorait la plus belle statue que l'on, coni^ût Les Athéniens alors étaient en possession de distribuer la louangjB» et il n'y avait en Grèce si misérable petit chef qui ne se sentit pour elle un penchant tgut-à-Ëùt asiatique Si les citoyens, si les généraux avaient dégénéré à Athènes, il n'en était pas ainsi des poètes, des spectacles, des fëtes, des philosophes, des. initiations, des mystères, enfin des courtisanes, dont la réputation était toujours la même. Quiconque procurait des plaisirs, était bienvenu, <]u'il fût tyran comme Lacharès, rhéteur comme Démétrius de Phalère, ou prince de^Syrie, comme Démétrius Poliorcète. C'est à dater de cette époque que les Athéniens et les Grecs en général ont commencé à s'attacher aux riches et. aux puissans, soit comme professeurs, soit comme poètes ou comme parasi^es.^ Démétrius de Phalère , successeur de Phocion , fut étabh et soutenu par ce même Cassandre qui, plus tard, se fît râppui de Lacharès , et , dans le fond , Démétrius n'était qu'un tyran comme lui : il n'en dlfferait que par l'emploi des moyens. Tant que Phocion vécut, il ne joua qu'un rôle secondaire^; et

quand ce grand homme eut été banni , Démétrius s'enfuit près de Nicanor, général de Cassandre, qui l'accuâllit^ tandis que Phocion fut sacrifié par Alexandre , fijs de Polysperchon , auquel il s'était confié. Rétabli dans l'exercice du pouvoir, Démétrius rendit aux pauvres une ombre de participation Jh gouvernement , ce qu'il pouvait faire sans danger, car, d'une part, ces pauvres redoutaient la garnison macédonienne, qui l'appuyait, et de l'autre , c'était précisément à leur profit que tournaient ses prodigalités. Cicéron nous apprend que Démétrius improuvait les dépenses que Périclès avait Eûtes pour les temples , les portiques , les théâtres et les spectacles. Sa première loi était le jiesoin ou l'utiUté du moment ; il ne voulait dans les fêtes que les plaisirs des sens , et ne s'occupait point de ce sentiment du beau que font naître les arts; Ces principes , que ses admirateurs mêmes lui reconnaissent , conviennent parfaitement au por- ' trait que nous en a fait Carystius de Pergame. Démétrius, dit-il, faisait dans ses lois le régénérateur des mœurs ^ mais il les perdait par son exemple Antipater avait fait périr son frère ; il n'en rechercha pas moins la faveur des Macédoniens; puis^ en sa qualité de sophiste , il imagina une excuse à son adulation, et gagna entièrement Cassandre. Les subsides de Macédoine, ceux d'Egypte et le^ revenus d'Athènes lui rapportèrent annuellement

douze cents talens, ou 6,606,000 fran.cs; soHime trifle de ce qu'Athènes recueillait durant sa plus grande prospérité. Il ne faudrait pas trop s'en rapporter à Duris de Samos, qui cherche à rabaisser ce célèbre Athénien; mais d'autres auteurs encore parlent de la manière dont s'y prenait Démétrius pour capter la faveur de ses concitoyens, qi#, dans la suite, lui reprochèrent eux-mêmes d'avoir négligé leurs lois ^ D'abord il mena une vie très-frugàle, ne mangeant à sa table que des olives et du fromage des îles;- mais, dès qu'il fut maître des affaires, il y appHqiia les subsides d'Egypte et de Macédoine, aU lieu de les employer au profit de la ville et à l'entretien des soldats. U donnait des repas^\ visitait assidûment les courtisanes célèbres , et leur trouvait des noms plus jolis que ceux qu'elles avaient apportés de leur patrie , enfin , il inventait* des modes qui lui procuraient l'honneur d'être nommé avec celles de ces femmes cpi passaient pour des modèles de goût et d'élégance. JVéanmoins il gardait une certaine mesure, et quand il débauchait des femmes ou de jeunes garçons, il tachait de sauver les apparences. Son cuisinier acheta des domaines considérables des seuls profits de la table dont on

1 Diogéne de Laè'rte,,!/» vit, Demetrii ; tc %'%/i tHç ciûySlç

2 YoytB Duris , dans Athénée y liy. XII , pàg. S43.

lui abandonnait les restes. Lorsqu'après son repas Démétrius s'allait promener, on voyait accourir tous lés jeunes Athéniens qui faisaient trafic de leur honneur et de leur corps ^ Théognis, le favori de Démétrius , était pour tous un sujet d'envie. Lea tapis de ses salles à manger étaient fort précieux ; il faisait usage des onguens les plus chers, teignait ses cheveux en blond , et se fardait . le visage. Démétrius savait choisir ses expressions et construire ses périodes; il était l'ami du poète comique Diphile. Ménandre, autre comique du ménie temps,, était tellement lié avec lui, qu'il eut peine à échapper aux persécutions des Athéniens,' quand ceux-ci devinrent ennemis de Démétrius, au lieu d'admirateurs qu'ils étaient ^

Un des caractères propres à cette époque, c'est qu'au milieu de la corruption générale des mœurs, le besoin qui se fai^^ le plus vivement sentir à toutes les classes de la société et aux personnes de tout àge^ était celui des arts usuels, de la philosophie, de la poésie, ou du moins de ce qui ep portait le nom. Déniétrius encouragea par ses exemples et les arts dissolus de son temps , et les sophismes de l'érudition^ et les spéculations politiques. Ar-

1 Caiystiirs , dans Athénée , L c.

3 Diogène de Laêite dans la vie' de Dém^étrius. Ct fût Té« lesphore , le neyeu de Démétriut , qv saura MénandrCi

dbonte, il célébra les fêtes de Bacchus avec une rare magnificence : aussi le chœur des Athéniens chanta qu'il était beau conune le soleil , et qu'il descendait de la plus noble race (il était fils d'un esclave de Timothée) , etc. Ce chant populaire fiât connaître le caractère des Athéniens. U n'est pas besoin de parler des trois cent soixante statues qu'on éleva à Démétrius, et qu'on brisa après sa chute. La conduite d'Athènes envers lui explique assez la bassesse avec laquelle se conduisit le peuple envers Démétrius PoUorcète.

A Athènes, à Alexandrie, à Antioche, les arts et les sciences s'étaient tellement mêlés à l'existence des sociétés, que les tyrans dans les petits états et les riches débauchés, qui étalaient leur luxe dans les grandes villes , en avaient un égal besoin : c'étaient désormais les instrumens de leurs voluptés. On-'en cite plusieurs exemples m'arquans , et particulièrement celui de Sicyone. ]\falgré l'état d'op pression dans lequel on y vivait, l'ancienne école de peinture s'y trouvait jouir d'une considération telle , qu'Apelles crut avoir besoin d'y demeurer quelque temps , pour qu'il fût dit qu'il y avait été ; c'est ainsi qu'aujourd'hui nos artistes vont à Rome. La réputation de Sicyone survécut même à la formation d'une nouvelle école à Rhodes et en Asie. On y faisait des collections de statues et de tableaux. Si Aratus gagna la Ëiveur du second des Ptolémées, ce

fiit surtout par les présens qu'il lui fit de tableaux anciens et rares , et surtout de ceux de Pamphile et de Mélanthe. Sicyone, à cette époque, avait souf^ fert tout ce qu'une ville peut éprouver de maux. Quoique Polysperchon , son ^ fils Alexandre et sa veuve y eussent long-temps résidé avec leur cour, de nouveaux sièges avaient affligé la ville , et même on en avait démoli la partie inférieure , pour la reconstruire sur la hauteur. Les tyrans s'étaient succédé dans l'exercice de toutes sortes de vexations. Tous les hommes animés de l'esprit de la U» berté avaient été bannis, ou s'étaient éloignés. Cependant les ^rts ^''étaient conservés au milieu de ces désastres, et ces tyrans eux-mêmes les cultivaient , comme l'avait fait le premier Denys , comme le firent depuis les tyrans italiens du moyen àga Abrantidas, l'un de ceux qui s'étaient emparés du gouvernement peu de temps av^tAratus,. craignait toutes les. grandes réunions; néanmoins il ne put s'abstenir du commerce des savans, il suivait, assidûment les exercices de dialectique que Démias et. un certain Aristote, qualifié de dialecticien, tenaient habituellement sous le portique. Le tyran argumentait avec eux; et leurs disciples profitèrent, pour le tuer, du moment où, ^ans son ardeur philosopl^ique, il se trouvait sans gardes sur la place publique. Rien n'était plus fréquent à Athènes que de voir les courtisanes se former l'esprit par Tétude des arts.

Nous en possédons une liste fort grande,* et il semblerait que les rois et les poètes se fussent donné le mot pour leur assurer Timmortalité. Ce que nous savons par le comique Machon de l'esprit des courtisanes, de leurs plaisirs, de leurs amans, surpasse tout ce qu'on lit dans- Juvénal. Nous aurons occasion de parler de quelques-unes d'entre elles, et surtout de Lamia, la plus impudente de toutes, quand il sera question du séjour de Démétrius Poliorcète à Athènes. On cite de Gnathaina, maîtresse de Diphile, une piquante raillerie sur^les prologues de ce poètes Les plus célèbres -comiques de cette époque, Philémon, Ménandt'e et Diphile, se disputaient Glycère , immortalisée par les vers de Ménandre et par ceux de Térence^. Beaucoup de ces femmes fréquentaient l'école philosophique de StUpon. Un jour, qu'à table il reprochait à Glycère qu'elle et ses pareilles corrompaient la jeunesse, elle . répondit fort à propos : « On nous fait à tous deia (( le même reproche ; vous , Stilpon ^ vous perdez, ft dit- on, ceux qui vous fréquentent, en meublant

1 Athénée, Ht. XIII, pag. $97. Diphile s^étonnait an jour de la fratcheuT de la hoisson (Gnathsna y avait mêlé de la neige que lai avait envoyée un de ys amans de Syrie ). Il faut, dit Diphile y que votre citerne soit bien profonde et bien fraîche. Non» répondit - elle , mais nous avons mêlé à votre vin quelques-uns des prologues de vds piècei.

9 Athénée, /; e,, pag. 594*

(3^9) «leur esprit de subtilités et de disputes de mots. «: De votre côté, vous prétendez que je perds ceux c qui viennent chez moi. Mais puisqu'il faut qu'ils c se perdent , qu'importe que ce soit par une cour- ^tisane ou par un philosophe. ^' Slilpon ne le cédait à Glycère ni en esprit ni en amertume. Plutarque a conservé de lui quelques mots qui lui font honneur* Seul, parmi tant d'ames viles et basses ^ il osa di|-e la vérité à 'Démétrius , et ne voulut de lui ni présens , ni repas , ni dignités.

Le séjour de Démétrius Poliorcète à Athènes est plus propre que toute autre chose à faire juger de l'incapacité où était alors le peuple de se gouverner ki-méme et de l'oubli dans lequel étaient tombées les lois, les bonnes mœurs et même les plus simples convenances;. Il parait que le principe des rois était qu'un despotisme mihtaire ne peut se soutenir — ■— III. I I h ■ ^

1 Yoyes, sur les conitisanet, Athénée, liy. XIII, pag. 583. n fait remarquer qu^Athènes en a produit plus qu^aucune autre Tille ; il dit qu^Aristophane de Bjrzance en nomme cent trente-dinq , et qu^il les fait connaître ; qu^ApoUodore en désignait encore un plus grand nombre. Gorgias remarque qu^Aristophane en a omis beaucoup de célèbres, et parmi plusieurs aiitres il dte Paroinon, nom qui indique. que sa gaieté ne se manifestait que dans le vin; Lampyris, Euphrosine. Gorgias lui-même « oublié Mégiste , Agallis , Thaumarion et Théocleia , qui fut nimommée Goroné ; puis Lénatocystos , Astra, Gnatbaena et la petite -fille Gnathainion ; enfin Sigé, Synoris surnommée Lyebnos , Euçleia , Gamuaia , Thryallis , Chimaira , Lampas.

que par la force des armes , sans aucune des mstitutîons que réclament les états. Ils voulaient inspirer la crainte et non l'estime. Cette règle de gouvernement avait reçu en Asie la sanction de l'expérience; mais elle déplut en Europe : Démétriu^ dès qu'il eut enlevé aux Macédoniens leurs droits nationaux, $e perdit lui-même paf sCa fierté et ses vices. Si son fils et ses successeurs restèrent sur le trône qui lui avait été enlevé, c'est qu'ils respectèrent les droits de leurs sujets; c'est qu'ils surent mettre un frein à leurs débauches. La bassesse des Athéniens avait beaucoup contribué à égarer comr plétement Démétrius : elle le fortifiait dans^ son mépris pour l'humanité; car il se sentait bien supérieur à ces hommes qui passaient pour les premiers des Grecs, quoiqu'aucun , à ses yeux, ne fut capable de quelque chose de grand ou de nobla ^

— — ^— ■ ' I ■ I II I , I I n I I

1 Athénée, Deipnos,, liy. VI, pag. a Sa. Démocharès qui, par sa mère^, était iieyeu de Démostliéiies , dit dans son XX.' liyre d'histoire , que les Athéniens poussèrent la flatterie , à l'égard de Démétrius Poliorcète , beaucoup plus loin qu^il ne Faurait youln lui-méilie (oTi roîtr ovx, nv iiuivcji lèovXofJuve^)* Ils faisaient toutes sortes de choses plus yiler les unes que lei autres (e&AAee i^ aXT^^ayt ,7retVTtX£ç tûff^fùi i^ TtVTru^et)* Entie autres ils éleyèrent des temples aux courtisanes Léama et Lamia , sous les noms de Vénus Léaena et de Vénus Lamia. Burichos , Adimante , Oxythémis , qui étaient sts flatteurs , en eurent aussi. On fit pour eux des autels et des chapeUes (ififi^h on ordonna des libations , on leur chanta des hjrmnes commt

Les Athéniens saluèrent Antigone et Démétrius du titre de roi plusieurs années avant les flatteurs de Milet Les Rhodiens n'avaient pas encore qua- Efié.de dieu le souverain de FÉgypte, que déjà^ et sans consulter Foracle y ils honoraient Démétrius et son père; comme des dieux sauveurs. On rétablit pour ces dieux la dignité de grand-prêtre, et leurs actions furent brodées sur les riches tapis de Pallas , qu'on exposait dans le temple de cette déesse tous les cinq ans , aux Panathénées. On dressa un autel à l'endroit où Démétrius avait .mis pied à terre ^ on créa- une onzième et une douzième tribu, et' on les appela du nom d' Antigone et de Démétrius. Désormais le démagogue Stratoclès gouverna à la place de Démétrius de Phalère , et fit au peuple les plus absurdes propositions : par exemple , de nommer Dâmétrion un mois de l'année , et de Mre passer ce même nom aux fêtes de Bacchus.

Le premier séjour de Démétrius à Athènes ne fut pas de longue durée. Il ne paraît pas qu'il ait été signalé par un autre scandale que celui de son mariage avec une Athénienne, veuve d'Ophellas de Cyrène,, qu'Agathocle avait tué. Démétrius l'épousa , quoiqu'il eût déjÀ plusieurs femmes. Ce qu'il

à des dÎTinités tutélaires. Démétrius , étonné de tout cela , s^écria que nul Athénien de son temps n'avait de. grandeur d^me (oTi ovSïiç tTT oLVTOv KdtivcUùiV yiyovî fMyetç a^ dS'pGç rnv

j a de plus dé&vorable à dire sur le compte de ce prince , c'est qu'il accorda de Tiiiflueift^e sur le peuple à un vil flatteur tel que Stratodès ^ ^ c'est qu'il toléra un ordre de choses qui amenait ce misérable à la tête des affaires. Le séjour que Démétrius fit à Athènes après le siège de Rhodes ^ fut bien plus i fâcheux : cette ville fut comme la capitale d^m nouvel empire créé par lui en Grèce, sous prétexte d'affranchir tous les états. Ses moeurs avaient, en trois ans, éprouvé un changement considérable: il vint entouré de tout ce que le luxe aôatique put^ imaginer de plus efféminé et . de plus méprh sable, et trouva les Athéniens plus corrompus que

1 Platarqae dit qa^en fait de légèreté et d^impadence il snrpassait encore Cléon. Un jour les Athéniens ayant épronté une défaite nayale , il courut k la place publique et ja.tinonçt une victoire. Cette nouvelle fut suivie de fêtes et de distributions de viande aux pauvres , mais bientôt vint ane nouvelle contraire^' On' murmura contre Stratoclés , qui s^élança à li tribune en s^écriant : Quel mal j a-t-il donc à oe que vom TOUS soyez bien amusés pendant deux jours ?

a C^est à cette époque qu^Antigone essaya de ramener son fils a un autre genre de vie,) et qu^il dit ces mots retenus par Plutarque; mais il ne sVn tint pas aux paroles et devint furieux, quand Démétrius lui débaucha la courtisane Démo, qui , après avoir été la maîtresse du père et du fils , eut encore du petit- fils (Antigone Gonatas) Alcyon^e , le même qui, dans Argos, apporta la tête de Pyrrhus. A roccasion de cette Démo , Antigone s^emporta surtout contre Oxythémis', auquel les Athéniens bâtissaient des temples.

jamais par la* domination de la multitade et par les ' démagogues qui se disaient hommes d'état Néanmoins ce fut vers ce temps que Démétrius enrichit le plus les arts mécaniques de ses inventions, et qu'il -fit le plus de dépenses pour exécuter à ses frais les idées des autres. Il donna par là une tout autre direction à l'art militaire ^ Non content de fidre consti^re des machines et des vaisseaux- dV près des' procédés nouveaux , il voulut encore perfectionner les armures, et s'adressa principalement, sous ce -rapport, aux ouvriers de Cypre. Zoïle, qui •était de ce pays, fit lés deux plus lourdes armures que l'on ait jamais connues : ordinairement elles ne pesaient que cinquante livres. Âlcime d'Épire était, dans l'armée de Démétrius, le seul qui en portât >mie d'un poids double de celui-là.

Pour cette fois Démétrius fiit réellement le libérateur des Athéniens, que Cassandre menaçait de sacrifiera sa vengeance;* aussi se surpassaient -ils eux-mêmes en inventions de flatterie. On l'accueillit

par un hymne appelé IthyphalLus, que l'on ne chantait qu'en l'honneur des divinités les plus révérées; enfin on le logea dans le temple de Pallas, qui, à

I Les Ahodiens, pour en perpétuer la mémoire ^ lai demandèrent ^el^es-unes des grandes machines qu^il avait fait construire. Plutarquè parle encore de Fétonnement de Lysima^e au siège de 9oli, où son ennemi Démétrius fit manœuvrer à «sa prière ses vaisseaux et ses machines.

criptîon d'un portique dont les peintures étaient l'ouvrage de la vieille école de Sicyone , nous apprend que les Thébains aussi élevèrent un temple à Venus Lamia , qui régnait avec Léaena sur Fesprit de Démétrius. Democharès dit que les Athéniens se montrèrent les flatteurs des flatteurs^ et qifau retour de Démétrius de l'expédition de Corcyre, ils le reçurent avec des chants et des démonsu^ations qui étaient pour leurs dieux de véritables outrages ^. La corruption , la dépravation , pénétraient partout avec lui, et nous verrons plus bas qu'à cet égard les choses n'allaient pas mieux à Sparte que dans le reste de la Grèce.

Les Étoliens, les seuls qui eussent conservjé leur liberté, les, seuls qui combattissent encore les rois avec avantage, n'avaient pas cependant des moeurs plus pures : ils étaient à la fois grossiers et corrompus. On pourrait les comparer à des bandes, de brigands, tandis que les autres villes grecques présestaient l'image de cours débauchées. Les Étoliens,

1 Athénée, liy. VI, pag. a 53. Ce ne fut point asses àes parfums , des couroniles , " des libations dont on a contoms d^honorer les dieaz , on lui chanta dee chœnrs et des itbjph^Uies; on alla à sa rencontre en exécutant des ganses et des cantiques où on lui disait : Toi seul es le Téritjibla dieo , les autres donnent ou vo/agent , o^ même n^existent pas. Ta es le fils que Neptune a eu de Y^nus ; tu surpasses tous lei hommes par ta beauté ^ tu es, par ta- bonté ^nverit toAs, rani sincère du peuple \ c^est à toi enfin que s^adresse sa prière.

de l'état de nature avaient subitement passé à celui de dégénération. Toutes leurs jouissances étaient dictées par la brutalité; les autres du moins avaient sauvé du naufrage des lois et des mœurs , la poésie et la philosophie. Polybe, dans un fragment de son treizième livre, rapporte que les Étoliens distribuaient tout leur temps entre des guerres interminables et des débauches sans fin, et qu'ils étaient tous accablés de dettes ^ Âgatharchidas dit qu'ils sont aussi disposés aux déportemens et à la vo^ lupté , qu'ils sont prodigues de leur vie ^. Ils étaient devenus tellement odieux par leurs rapines, que, dans les louanges chantées à Démétrius y les Athéniens vantaient comme le plus grand de ses bienfaits le frein qu'il avait mis à ces rapines 5. La valeur et la discipline distinguaient les officiers étoliens, et les fois de Syrie et d'Egypte les recherchaient beaucoup. On dit qu'en Egypte chaque chef de corps

1 Polj-be , Fragm, de virtutibus et vitiis ,. édit. d'Ernest , tom.'III, pag. 48.

9 Athénée, liy. XII, pag. 527. ToffOVTOV tSv XoiTrZv irot^

3 Atliénée, liy. yi , pag. a 53. Voyez Fallttsion ingénieuse

da sphinx qui, du haut de son rocher, se jette sur toute la Grèce. On dit k Démétrius dans cet hymne ou plutôt dans cet îthyphàllus, que, s'il ne peut combattre plus long -temps ee sphinx étolien, il cherche du moins un OEdipe qui le jette à bas de son rocher* ou le réduise par la faim-. •

Page 1