III
vememens des autres rois dont le trône reposait sur les débris de Tempire d'Alexandre. Loin de là : Séleucus abandonne, à son fils Antiochus, sa femme Stratonice, lui assigne une résidence royale à Séleucie, sur le bord du Tigre, et l'harmonie la plus entière règne entre le père et le fils. Cependant Antiochus n'eh agit pas aveb la même douceur : l'un de ses fils, Ptolémée, se révolte, attente à sa vie et subit la peine due à son crime. Ce même Antiochus éprouva humiliation sur humiliation. Pergame, la Bithynie, le Pont, la Cappadoce, se détachèrent de son royaume ; les républiques de la mer Noire rompirent les liens créés par Séleucus; les Égyptiens occupèrent toutes les provinces de la côte , et les Gaulois poussèrent leurs invasions jusqu'au mont Taurus et en Cappadoce. Enfin , pour comble de malheur, on négligea entièrement l'éducation d' Antiochus le dieu, héritier du trône, qui donna l'exemple de tous les vices ^ et dont le gouvernement fiit vraiment déplorable. Il passait sa vie dans le sommeil et dans le vin. Thémison et Ariston, de Cypre , étaient les instrumens de ses plus honteuses voluptés, et ces deux fi:ères gouvernaient en son nom. Au lieu de déguiser sa conduite scandaleuse et la leur, ils en faisaient gloire. Les sujets poussaient la flatterie plus loin encore envers ce prince sans pudeur que ne le firent leurs voisins et les Athéniens à l'égard de Démétrius. Sans parler
(370 de rhistorien Phylarque, qui aime à charger ses tableaux, nous pouvons à cet égard nous en rapporter à ce que dit Pytherme d'Éphèse, ville où la cour séjourna long- temps ^ Dans ses. expéditions contre les P^rthes, Antiochus traînait à sa suite des troupes de courtisans : le luxe de la table surpassa celui des rois de Perse , et il devint la risée de l'ennemi. ^ JN^ous ajouterons encore unirait qui caractérisera les folles dépenses des rois de cette époque ; c'est que celui d'Egypte envoyait par mer de l'eau du Nil renfermée dans des vases d'or, afin d'abreuver à Antioche la fille de sa chère Bérénice, tandis que dans le voisinage d' Antioche se trouvait Daphné, célèbre pour la bonté de son eaui II ne faut pas s'étonner de voir, sous un pareil gouvernement, régner des courtisanes, et mettre à l'ordre du jour le meurtre et l'empoisonnement Les satrapes imitaient le maître, et bientôt la moitié de l'empire fiit démembrée. Ce qu'Arrien nous dit de la défection des Parlhes est loul-à-fait conforme aux mœurs du temps. Selon lui, ils auraient afri;anchi leur patrie du joug de la dynastie macédonienne, pour venger -ï '
1 AtKénée, Deipnosop, , Ijv. VU, pag. 289 et "290. On sacrifiait à.Thémison sous le nom d^Hercule Thémison. Étendu sur un coussin , il reoerait ainsi les offrandes des grands : il était yétu d^une peau de lion , portait Tare des Scjrtbes et une massue.
2 Athénée, liv. XII, pag. S^q.
l'outrage fait à la pudeur d'un Arsaclde par un satrape, qu'ils tuèrent ^ Quoi qu'il en soit, Ântiochus avait mieux mérité le surnom de dieu de -la part des Ioniens que Démélrius de la part des Athéniens.; il leur rendit des droits qu'ils conservèrent jusqu'à l'empire romain; et même encore sous Auguste, Agrippa respecta ces privilèges , quand les Ioniens voulurent en exclure les juifs ^. On ne peut, attribuer au mérite d'Antiochus ni la prise d'Éphèse, ni l'affranchissement de Rliletj car il dut ces succès à cette circonstance, que ses adversaires aussi se livraient h la débauche et faisaient la guerre avec des troupes mercenaires indisciplinées 3. La prise d'Éphèse nous offre encore un sujet d'observation quant aux moeurs du temps : une fille publique est la seule qui reste fidèle au fils du roi d'Egypte 4; une fille publique encore est la confidente de cette
1 Arrien, Parthica, apud Photium , col. 5i.
a Josèphe , Anticj, Jud, y livrXII , chap. 3 , §. 3. x^es Juifs gagnèrent leur. procès.
3 Nous supposons, avec M. Niebuhr, que Timarque et Ptolémée périrent ensemble.
4 Athénée, liv. XIII , pag. 593. La plupart des troupes que Ptolémée , fils de Ptolémée Philadelphe , avait dans Éphèse , étaient des Thraces \ ils se révoltèrent : Ptolémée fut obligé de fuir dans un temple. La courtisane Cirène se fit tuer plutôt que de quitter les portes du temple auxquelles elle sMtait attachée , après avoir arrosé les autels du sang de Ptolémée pour implorer la vengeance de la divinité.
Laodice, qu'après la^mort de Ptolémée Philadelphe Antiochus reprend pour femme. Dans ces temps, il n'est question dWcune forme, d'administration : les choses ne vont bien que là où le satrape a de l'énergie. Les villes se régissent elles-mêmes et n'obéissent que quand il y a des soldats nombreux et bien payés. A la fin de ce règne, le meurtre succède au meurtre,, et l'insurrection est partout. Antiochus périt par le poison que lui donne sa femme; après lui sa première femine et ses enfans périssent de la même manière. Les villes de l'Asie mineure se révoltent , et la régente Laodice elle-même trouve la mort en Syrie. Nous avons déjà parlé des désordres qui signalèrent le règne de Séleucus Callinicus et celui de son successeur. -
Posidonius, qui était d'Apamée, et qui devait bien connaître les mœi^rs du pays , rapporte un usage particulier aux habitans de la Syrie. Il dit qu'après les travaux des champs ils se réunissent en grand nombre pour se livrer aux plaisirs et goiiter les douceurs de la table. Lies écoles de gymnastique, dit-il, ressemblent à nos bains, elles sont plus propres à développer le luxe qu'à exercer le corps. Les Syriens passaient là vie dans des auberges, qu'ils appelaient grammatéia. Us y mangeaient beaucoup de mets recherchés , qu'on leur^ servait avec une telle profusion qu'ils en emportaient chez eux. La cithare se Faisait entendre sans cesse. . . . •
État politique de VÉgypte jusqu'où Ptolémée IV^
Philopator.
Les Lagides, et surtout les trois premiers, n*ont pas moins influé sur les sciences, les arts, le commerce et l'industrie de l'antiquité que les Athéniens. Us n'ont rien négligé de ce qui est propre à encourager les progrès de l'esprit, et l'on peut dire que l'étal des connaissances humaines au temps des Ptolémnes nous fournit la mesure de la civilisation de l'antiquité, les Romains, si l'on en excepte quelques branches de la science où ils se sont montrés supérieurs, étant en général demeurés fort audessous des Égyptiens devenus Grecs.
Depuis l'impulsion donnée par Alexandre, depuis les constructions de Démétrius le poUorcète, on jugea qu'il était de la magnificence royale de bâtir des édifices * et de rassembler des objets d'aits et des bibliothèques. Ptolémée Soter avait à ler-
1 Moschion , cité par Athénée à propos de la description du vaisseau qu^Archiméde faisait construire pour le roi Hiéron, nomme encore des mécaniciens dignes de figurer avec Archiméde. Ce sont Diognète d^Abdôre , auteur de VHélépolis de Démétrius j Timée, célèbre par le bûcher de Denys de Sicile; Hiéron)'me, qui fit le char sur lequel voyagea It corps d^Alexandre, etc.
miner sa capitale; il lui fallut construire des flottes, entretenir des armées, et surtout opérer la fusion des deux nations au moyen de l'union du culte grec avec le culte égyptien. On a trop écrit sur Alexandrie, sur son port, sur ses rues, sur ses aqueducs , etc. , pour qu'il soit nécessaire de nous y arrêter ici ^ Une anecdote peut faire juger des moyens dont on se servait pour tromper le peuple et pour mêler les superstitions de la Grèce et de l'Asie mineure à celles de l'Egypte. Il y avait un quartier appelé Bruchium , qui tout entier était consacré aux palais commencés par Alexandre, à ceux des grands de l'empire et aux é^lifices publics. On y avait déposé le corps d'Alexandre, destiné au temple de Jupiter Ammon. Le musée était aussi dans ce. quartier. Le quartier voisin^ appelé Rhacotis, était rempli d'édifices magnifiques : c'était le siège du commerce; c'était en même temps le lieu où il y avait le plus d'édifices sacrés. Le dieu du commerce n'y pouvait manquer ; Sérapis était bien fait pour réunir l'un et l'autre culte. Sinope l'avait disposé de façon que ses symboles pussent faire accorder les choses les plus opposées. Mais il fallait un prophète, une révéla-
1 On peut consulter une dissertation de Manso , Alexandrie sous les Ptolémées. Elle se trouye dans ses Mélanges ; Leipz. , 1 8oo. Il y a aussi deux dissertations de Bonamy , mais il faut lire surtout la Description de FËgypte et les voyageurs qui ont écrit depuis M. Denon jusqu'*k M. de Minutoli.
tion, un initié, qui se chargeât d'interpréter et de diriger toute cette mystérieuse affaire. Le prophète fut Ptolémée, la révélation lui vint par le sommeil, et Timothée, savant Athénien, de la famille sacerdotale des Eumolpides, fut le prêtre qui se chargea d'accomplir le miracle. Ptolémée éleva un temple, qui fat ensuite apjl>elé Sérapéum^. Il feignît de ne savoir à quel dieu le dédier; alors la. nouvelle divinité lui apparut en songe, et lui apprit qu'il fallait la faire venir du Pont. Timothée, à son tour déclara que Fou trouverait à Sinope et le dieu qui était apparu et ses mystères , et il y fut envoyé avec un vaisseau. Les choses demeurèrent trois ans en suspens; car Sinope ne voulait pas livrer son dieu; enfin celui-ci s'impatienta, et se rendit de lui-même sur le vaisseau, qui courut rapidement à Alexandrie. Le roi vint le recevoir au milieu des acclamations du peuple.
11 ne paraît pas d'ailleurs que Ptolémée-Lagus, ni Ptolémée-Philadelphe , aient élevé des temples aux divinités d'Egypte non plus que dans le style égyptien. Il est certain qu'Évergète honora les dieux du pays; mais il n'est pas démontré non plus
1 Manso renvoie, pour la description du Sérapéum , à Ruffin , Hist. II , a3. Ammien Marcellin , XXII ,, i6. Vpyez surtout une dissertation que vient de publier le sayant M. Gqi« gnaut, et qui est jointe aux notes du tome V du Ta^cite do M, Barnouf. (JYote du traducteur)
qu'il leur ail bâti des temples à 1^ manière des Égyptiens ^ C'était la tendance de ces temps de confondre les «élémens de la société grecque avec d'autres qui leur étaient étrangers. C'est ainsi qu'en agirent les Séleucides pour les religions de l'Asie et de la Syrie. Les Ptolémées avaient à leur disposition tous les. moyens de faire prospérer les arts. Pendant le règne pacifique de Philadelplie , les côtes de la Méditerranée et du golfe arabique lui obéirent ou du moins vécurent sous son influence. Toutes leurs richesses, toute leur activité, toute leur industrie, venaient s'absorber en Egypte. Sous Évergète , la guerre et la conqvuête achevèrent ce que ses deux devanciers avaient entrepris au sein de la paix.
Si nous portons nos regards sur la richesse du royaume d'Egypte, et que nous interrogions Ap-
1 M. Letronne n^a pu découvrir qu^une. seule ÎDScription de cette époque. Il dit : les Ptolémées ont construit des temples aux dieiix^ de l'Egypte — — — ils ont rendu cet hommage aux dieux de FÉgypte j nous savons que Soter construisit à Alexandrie le temple de Sérapis , qui n'était j^oint une divinité nouvelle en Egypte comme on l'a cru ; et quant à Évergète , l'inscription d'Adulis , dont l'authenticité est maintenant hors de toute atteinte, nous apprend avec quel zèle ce prince, etc. — — — ce trait nous annonce quelle dut être la conduite d'Éverçète à Téga-rd de la religion égyptienne^ et la fondation du temple d'Osirîs K Canope est un fait qui doit se lier à la politique de tout le règne de ce prince. Le style du temple était -il égyptien ou grec? Je dirai ailleurs les raisons qui rendent probables l'une et l'autre hypothèse.
de magnifiques offrandes ^ A l'avénemeni du second Ptolémée, on voulut que les fttes de Bacchus montrassent à l'univers quelle était la splendeur de cette maison royale. Les spectateurs accoururent de toutes les parties de la xerre ; et ces fêtes., qui se renouvelaient de temps en temps, n'étaient pas moins pro-» ductives, ainsi que l'indique une idylle de Théocrite> que ne l'est pour Rome le retour périodique du jubilé. Pour se- faire- une juste idée du luxe de la cour d'Égypie, il faut lire la description d'uBe ftte que le Rhodien Callixène a insérée dans son quatripme livre sur Alexandrie ^. On y voit clairement que toutes les facultés de l'Égyptè des Ptolétoées s'appliquaient aux arts des Grecs, cojnme toutes celles de l'Egypte des Pharaons avaient servi à la splendeur des arts des temps primitifs* Dans ces temps primitifs les bras de tout un peuple étaient à la disposition des prêtres j désormais ils appartenaient aux rois dépositaires des richesses. Les premiers Ptolémées se montrèrent grecs selon la véritable acception de ce naot; en honorant l'ancien culte, ils laissèrent à l'esprit humain, toute la libellé et toute l'activité de ses développemens. .
1 Posidonius nous dit dans Athénée , liy. XI » que -Lysimaque le Babylonien , ayant invité k dîner Himérus et trois cents convives , donna à chacun , après que les tables eurent lBté enlevées , un vase d^argent pesant trois livres de Perse , etc.
a On en trouve un extrait dans les Mélanges de Manso.
U y a dans Athénée un passage tellement obscur sur une contribution fournie par les villes, qu'il est difficile de s'arrêter à quelque chose de satisfaisant. U y est fait mention de vingt couronnes d'or que reçut Ptolémée Philadelphe. L'on ajoute que le premier Ptolémée et Bérénice en avaient eu vingttrois^, et que pour les faire, on y avait employé a,!i59 talens et 5o mines. Cette Somme avait été payée aux receveurs royaux avant la tenue des jeux, tant il y eut de bonne volonté de la part de ceux qui offraient ces couronnes 2. Pour les solennités, ce n étaient pas sans doute les temples seuls, mais encore les particuliers, qui fournissaient les tableaux, les vases et les objets précieux qu'ils possédaient C'est ainsi .que cela se pratiquait dans toute l'antiquité. Non-seulement les édiles et les préteurs de Rome s'adressaient à leurs amis quand ils donnaient des fêtes, mais ils priaient encore les provinces lointaines de les seconder dans cet étalage de luxe.
3 Ici Manso nous paraît se tromper; car, selon lui, an lieu de les recevoir, les employés de Ptolémée les auraient payés. Les villes envoyèrent, des couronnes d^or, ou plutôt l'argent qu'on devait y employer. Il pense que cette somme n'était pas destinée à couvrir les frais de la fête, non plus 4g[u'à des couronnes \ mais que c'était le prix d'un double téménos\ temple en bois sacré, acheté à Dodone pour honorer les parens du roi. Gillies a mieux entendu le sens de ce passage; il dit> tom. I.", pag. 498 : This soUmnitjr "was succeeded bjr the sacred
Les causes de la prospérité de l'Egypte étalent la fertilité du sol, l'état florissaut de l'agriculture et du commerce, que les Ptolémées avaient soin de favoriser de toute leur puissance ^ L'exemple des Pays- Bas au 17.* siècle nous apprend quelle importance le cpmmerce donné aux états, et l'Angleterre, de nos jours, en fournit une preuve non moins évidente. Il suffit d'un coup d'œil sur la carte, pour se convaincre que l'Egypte devait être l'entrepôt du monde entier. L'intérieur de TAsie et l'Afrique lui envoyaient leurs produits ^ , llnde et l'Arabie communiquaient avec elle par la mer Rouge; enlin,les Ptolémées occupèrent les ports, de la Célé-Syrie et de la Palestine. Leur bras puissant s'étendit jusques sur Tadmpr ou Palmyre, et sous Évergète cette limite
games , •which like the games of Olympia lasted Jive dap. Vases, talents and tripods were distributed hy the Ptolemies to the conquerors. But thèse princes were rewarded in their turn bjr offerings fron\ their wealthy subjects or strangers; and bjr the Grecian deputies , the elder Ptolemjr and his Queen Bérénice were honoured with présents inestimable to superstition or vanitjr, the assignement of grottes and altars within the precincts of the temple of Dodona. The offerings tnade to the Ptolemies consisted as usual in crowns of gold whith the eagerness of the donors had announced to the royal treasurers before the commencement - of the games*
1 Athénée, ou plutôt le rhodien Gallixône. Voyez aossi Manso, pag. 38 1.
a Voyez, pour ce qui concerne la Palestine, AgatharchidaS; De mare rubro , liv. l, chap. 44 (Photius', col. iSôy).
même fut dépassée. Ils rétablirent le canal d'Arsinoë au Nil; ils conatruisirent deux ports au sud de la mer Rouge; enfin, ils organisèrent des moyens de transport de là jusqu'au Nil. Les relations anciennes de rÉgypte avec l'intérieur de l'Afrique furent renouées , et les expéditions militaires, ainsi que des (fetes instituées à cet effet, en créèrent de nouvelles. L'on se trompe beaucoup quand on nous représaste rÉgypte comme dépourvue d'or; elle avait à sa portée des mines fort riches. Chacun sait que la poudre d'or est encore de nos jours l'un des principaux articles de commerce de l'intérieur de l'Afrique. Agatharchidas parle des nations des côtes du détroit de Babel- Mandel. Les Dédèbes, dit-il, habitent des montagnes arides, ils ne savent pas eux-mêmes séparer le sable de l'or ; mais il vient chez eux des étrangers, et surtout des Grecs du Péloponèse, qui s'acquittent de ce soin ^ On trouve presque tous les jours de For dans les pays des Aliléens et des Cassandres : les morceaux varient de la grosseur d'une olive à celle d'une noix.
1 Agatharchidas, ap. Phot,^ col. iS^o. Il y a là un fleuve divisé en trois bras , la poudre d^or y est si abondante que de loin on voit briller la vase amoncelée à Pembouchure. Ceux qui habitent le pays ne savent pas séparer Tor des autres matières ; mais ils accueillent fort bien les étrangers , non pas tous, k la vérité, mais ceux qui viennent du Péloponése et de la Béotie ^ ils doivent cet accueil aux mythes relatifs k Hercule.
Selon cet Âgatharchidas , les grossiers habitans de ces contrées ne ramassaient l'or que pour en faire des parures , qu'ils échangeaient volontiers pour dautres métaux. Les valeurs dans leurs rapports entre elles sont «toujours déterminées par l'abondance ou la rareté des objets 3 aussi ces' pieuples cèdent-ils leur or à fort bas prix. L'or, à leui's yeux, ne vaut que trois fois plus que le cuivre, ou deux fois plus que le fer, tandis qu'en effet il a dix fois plus de valeur que l'argent.
Si l'on se refusait à reconnaître que l'or est un produit de l'Egypte , quoique les peuple^ dqnt il s'agit appartiennent au territoire égyptien, nous rappellerions qu'il y avait des mines au-delà des cataractes , à Tendroit où le Nil se rapproche le plus de la côte , et dans la contrée où Ton -a coutume de chercher les Blemmyens. Agatharchidas nous dit qu'on les exploitait depuis la. plus haute antiquité Les anciens rois les avaient établies; mais quand les Éthiopiens vinrent envahir l'Egypte et qu'ils la conservèrent; quand les Perses y fixèrent leur domination, on cessa de s'en occuper. Les rois grecs
firent reprendre ces travaux. ^
1 Agatharchidas , k cette occasion , décrit les procédés des anciens, que Ton pourrait ici comparer méthodiquement arec les nôtres ; mais cela n^entre pas dans notre sujet. Il regarde les esclaves employés aux mines d^or, comme les plu» malheureux de. tous les hommes. Il ajoute que d^ahord oa cherche
U paraît que les rois d'Egypte voulurent marier ensemble la musique grecque et celle de TOrienu On en peut juger par ce qu'on nous dit des fêtes
k Taiacre par le feu la roche où est le minerai, qu^ensuitè on en enléye des morceaux ayec des outils de fer et à force de bras, travail qui est réservé aux plus jeunes et aux plus vigoureux. On pratique des ^alefies, en déviant toujours selon les filets de la yeine. Chaque mineur a une lampe attachée a son bon-net. Ils sont obligés de travailler dans toute sorte d^attitudes et selon que le surveillant Fentend ; ce surveillant les accable de coups. Les enfans sVn yont chercher les masses brutes arlâchées au rocher par les ouvriers y et les portent, en rampant, au dehors de la galerie : les hommes âgés et, infirmes les portent plus loin aux employés surveillans (to7ç ttetXoufJUiVoiç i'jroTTTWO't)» Ceux-ci sont tous des hommes vigoureux audessoas de Tâge de trente ansj ils pilent dans un mortier les piètres qu^on leur apporte , et les réduisent à la grosseur d^un pois. Les femmes font le reste : des moulins qu^elles font mouvoir réduisent les matières en poudre aussi fine que la farine de froment. Ensuite . une autre classe d^employés jette cette poussière sur une table polie et inclinée, y répand de Teau et frotte le tout de la main , d^abord légèrement , puis avec plus de Cprce : c'^est sans doute pour procurer Técoulement des parties terreuses, tandis que les parties plus lourdes restent à leur place. On tamponne souvent cette matière avec des fponges, qui enlèvent daps leurs pores ce qui est léger et sans valeur, tandis que les parties brillantes et pesantes demeurent sur la table , ce métal étant difficile à enlever à cause de sa pesanteur spécifique. On le remet après cela ■ aux fondeurs, en y mêlant du plomb, du sable, de Fétain et du son d'orge,, et plongeant le tout dans un vase dont on ferme hermétiquement l'orifice avec du mastic. Cinq jours entiers et cinq nuits ces casseroles demeurent à un feu toujours soutenu^
du couronnement du second des Ptolémées, et de celles qu'on célébra pour les noces de Bérénice, sa fille, quand elle épousa Antiochus le dieu; enfin la description que nous fait Théocrite des solennités consacrées à Adonis , confirme, cette observation. Le caractère bruyant et tumultueux de l'Orient semble avoir dominé dans ce mélange. Les péans, composés et chantés à Athènes, sur la divinité de Démet rius poliorcète, à Rhodes ', sur celle de Ptolémée Soter, furent bientôt la musique à la mode.^ Hermoclès était l'auteur du péan d ».thènes ; à Delphes , on en avait précédemment chanté un que le poète Alexinus avait composé en l'honneur de Cratère. Le chant devint plus ronflant, l'accompar gnement plus compliqué, et l'on vit pour la première fois la musique instrumentale se séparer de la musique vocale. MénéchaiToe dit que l'Argien Aristonicus, qui vivait à Corcyre, fut le premier qui joua et fît jouer de la cythare sans l'accompagner de la voix. Phylochore en dit autant de Ly sandre de Sicyone; celui-ci changea toute la disposition de cet instrument, et réunit en deux
le sixième jour, après les avoir laissé refroidir, on rerse ce qu^elles coDtiepnent daDS un autre vase-, et de tout ce qu^on y a mis il b^jt re^te que For, qui n^a perdu que très-peu du poids de la poussière broyée qu^on j a mise.
1 Le nom d^iihyphalles que ces péaiis portaient, ainsi que d'autres hymnes bachiques , suffît pour en faire juger le caractère.
parties la flûte et la cythare ^ Vers le même temps » le irigonon^ instrument de Phrygie, qu'ensuite les Romains connurent à Alexandrie, devint à la mode à la cour des rois d'Egypte et à celle des rois de Syrie. Il se forma à Alexandrie d'habiles facteurs d mstrubiens de musique */ Sotis Ptolémée Évergète^ la Pamphilie appartenant à l'Egypte, Gtésibius, bar* bier d'Âspendus, inventa l'orgue aquatique, et vint à Alexandrie, où son instrument et son talent lui donnèrent de la célébrité. La musique alors était; un mélange, comme l'étaient les mœurs elles-mêmes. On y reconnaissait des-élémens égyptieils , grecs et syriaques. Quant à l'ancienne musique nationale, ce n'était qu'un vain bruit, ainsi que toutes celles des temples de l'Orient 5. Une chose digiie de remarque, c'est que pou^ la première fois Içs progrès que faisait l'antiquité vers le luxe étaient dirigés par une seule cour, et surtout par les dames de cette cour. C'est un- fait qu'il est possible d^obser- Ter même dans les plus petites choses; les vases parfumés 4, par exemple, venaient de l'Egypte, et
1 Athénée, liv. XIV, p. 637. Vlfirov /xrrtffTtifft riv '>J.iAoxtèetptffTtKèv /Liecufovç TOiÀç rivcvç imifaiç i^ riv ^eoi^y moy-
a Idem, liv, lY, pag. i83.
3 Idem, liy. III, pag. 174*
4 Idem, liy. XI, p. tfi^. On faisait ces Tase4^â^Ule argile pétri« avec de Peau dans laquelle od jetait des plantes odoriférantes.
s'exportaient non-^seulement par Coptos, mais encore par d'autres plaoçs de commerce. En Grèce on appelait ces vases 4u nom de Rhodes, parce qu'ils y arrivaient au moyen du commerce de Rhodes; on ne les recherchait pas înoins que ceux de Naucratis, auxquels un vernis donnait l'apparence de l'argent Arsinoë et Bérénice aimaient ^surtout les baumes et les parfums : de leur temps, l'Egypte en fabriquait de supérieurs, à tous les autres. ^
Parmi les choses plus sérieuses, la ^ mécanique, dans son application aux arts usuels, est celle qui mérite le plus notre attention. On cite les automates de cette époque comme ayant marqué une ère nouvelle en ce genre. On vit au couronnement de Ptolémée Philadelphe une statue colossale représentant la nourrice de Bacchus. Cette statue , haute de douze pieds, se leva, répandit le lait qu'elle tenait dans un vase d'or, et se rassit^. U parait qu'une grotte , surmontée de herre , et promenée sur un chariot, renfermait aussi quelque machine ingénieuse : les colombes et les tojfirterelles qui eu sortaient, étaient vivantes, il est vrai: mais le vin et le lait que ses sources laissait^nt échapper en jaillissaient sans doute par quelque moyen arti-
1 Athénée, Deipnos,, liv. XV, pag. 688-690. On fabriquait à Cyrène une essence de rose délicieuse dans le temps où Bérénice lUifJ^itait.
a Athénée y JDeipnos,, lir. Y, pag. 198.
( 589 ) ficiel. U y a lieu de croire aussi que* les nymphes couronnées d'or se mouvaient par quelque invention mécanique. L'Egypte a beaucoup influé sur le génie d'Ârchimède, qui, par l'invention d'une machine» rendit perceptible aux sens le mouvem^it des corps célestes, et qui fut l'auteur d'une foule d'inventions dont on fait encore usage aujourd'hui S et dont on ne peut se passer , quoique les anciens Égyptiens ni les Grecs ne s'en soient jamais servis. Nous avons vu déjà PtoléméePhiladelphe armer une grande flotte et y Êiire. entrer "des vaisseaux d'une dimension extraordinaire 3. Hiéron, pour lui donner un gage d'amitié et de déférence , lui envoya un bâtiment à Vingt rangs de rames, fait par Ârgias de Corinthe, qui l'emporta sur les constructions de rÉgj^te-par beaucoup de dispositioiis ingénieusement ménagées et par la grande mobilité de cette ûnmense machine. Le vaisseau arriva heureusement de Syracuse en Egypte, où on le fit entrer dans le Nil comme un sujet d'admiration. Les procédés de nos chantiers étant encore inconnus, on commenta par metlre à flot la moitié de ce vaisseau, et quaiid
1 Cicéron, De natura deorum, édit. d« Creuset, pag. 347* a Athénée, liy^ V, pag. ao3. Noas^ avons déjà indiqué les forces navales de Ptolémée , mais il faisait encore faire le commerce pour son compte , comme Font fait depais les Médicis ; plus de quatre miUe patrons naviguaient poar loi duns les tles et sur les côtes de Lycie.
(Sgo)
elle fut en mer, on y adapta l'autre. Ce fut^ dît-on, pour cet effet qu'Ârchimède inventa la vis sans fin, dont l'usage eist devenu si fréquent pour les choses les plus ordinaires. Ce n'était ppint assez qu'il y eut dans le vaisseau des appartemens splendides ,. «une bibliothèque , des bains , des galeries de tableaux , des écuries, des magasins, des cuisines, des fours; on y voulait un appareil guerrier. On eut donc recours à l'esprit inventif d'Archimède * : le bâtiment fut entouré d'une sorte de muraille avec des meurtrières, et pourvu d'une machine qui lançait des poutres de vingt pieds de long et des pierres de cent vingt-cinq livres pesant à uùe distance de cent vingt-cinq pas.
Dans tous les ouvrages de ce temps oi^ cherchait à unir l'agréable à l'utile. Tel fut aussi le. caractère qui présida à la construction d'Alexandrie ^ de ses rues, de ses canaux et même de. ses éditées particuliers ^. On remarquait surtout le [^re placé sur
1 Moschion a consacré un Iîteq spécial à la descriptiop dt ce Taisseau. Voyez Athénée, lir. V, pag. 3 06. Il y avait hah tours , dont deux à chaque extrémité , quatre au milieu. Il 7 avait sur chacune quatre hommes armés de toutes pièces et deux archers : IHntéfieur était rempli de pibjectiles. Le vaisseau était bordé de pointes de fet^pour empêcher d^ monter. Des poutres en fer pouvaient se mouvoir par le secouis de la mécanique , «t remorquer les bâtimens enneniis , etc.
a Dans le Ertedifiim, nous trouvons, outre le temple d'Isli, le musée , le théâtre , Fécole de gymnastique , oeil» de eava-
(391) une île, à l'entrée du port ^ Cette tour immortalisa son architecte .Sostrate; la structure en était telle* ment belle, qu'on la jouta aux merveilles du monde. Sa haateur permettait d'apercevoir le fanal à quinze lieues en mer^. Le Musée était un édifice uniquement consacré à la bibliothèque et aux savans. Nous savons positivement que ce fut Ptolémée Philadelphe qui l'institua; ce qui n'empêche pas que le premier des Ptolémées n'ait ^t déjà des collections de
lerie, le foram^ où siégèFent depuis les jttges romains; Tamphithéêitre , le gjmnase ; enfin , le soma ou sema.
I L^eptastade , digue construite de pierres énormes , est de- Tenu un isthme assez large , sur lequel est bâtie la ville moderne.
a Des raitons 4^^optique nous font douter de Pexactitude de cette donnée. Bonamy, Description de la rille d^Alexandrîe telle qu^elle était du temps de Strabon , Mémoires de rAcadém. des inscript, et des belles lettres , vol. IX , pag. 4^6 et sniy. , a rassemblé tous les passages d'auteurs qui parlent du phare. On sait que Ton commença à le construire en la a.* année de la lai.* olympiade, -et qu'il fut achevé en la a.* de la ia4** Cette promptitude, serait encore plus étonnante qne la hauteur, surtout si Ton réfléchit k ce qu'il fallut de temps pour, élever les tours de nos églises. Quoique ce phare ait été commencé sous Soter, l'inscription en fait hoVineur au seul Philadelphe. Voyea M. Letronne, Recherches pour servir à l'histoire de l'Egypte, pag. ^o. Vofci comme il l'explique : l^TTpotroç KviSieç At^i^eivovç , Sostrate le Gnidien , fils de Dexipbane , ^«oTç Sftrrïptf'i vW^ rSv 7ry<mÇ^fMifàiV , éleva ' cette tour aux dieux sauveurs (Ptolémé« tt Bérénice) pour le salut des navigateurs. ' / - ^
livres. Le Musée renfermait tout ce qui constitue de nos jours une aqadéniie des sciences, une université. U y avait de vastes péristyles, où rinstrucdon se donnait en marchant; car elle se communiquait plutôt par les entretiens que par des leçons formelles ^ Néanmoins il y avait des salles spécialement destinées aux cours publics et des appartemens propres à l'étude. Le Musée avait ses.biens, .ses revenus et son administration. U^st certain que plusieurs savansy logeaient et y mangeaient; mais Torganisation de l'établissemejit nous est inconnue dans
1 Voyez la Dissertation de Kûster, sur le Mosée d^Alexandrie , dans lé Thésaurus de Gronoye , vol. VIII. Voyez aussi Bonamy, Dissertation sur la bibliothèque d^ Alexandrie, Mémoires de PAcadémie des inscript., yol. IX, pag. 397. Celuici Remontre clairement que les auteurs chrétiens. lès plus ré« cens' sont en contradiction formelle avec les auteurs païens, qui ne savent pas du tout que Démétrius de Phalére ait jamais été directeur du Musée, tandis que les autres,' comme c^est l'ordinaire, eu sont positivement informés. Démétrius -a pn, a dâ exercer beaucoup dHnfluence sur les sciences d^Alexandrie quand il s'y réfugia, mais Scaliger a déjk déclaré l'insuffisance des témoignages qui le mettent à la tête du Musée. Les auteurs oublient que Démétrius était haï par Philadelphe, à cause des conseils qu'il ayçit. donnés à Soter sur la succession au trône. On cite Aristéas sur les Septante ; Aristobule , juif qui vivait sous Philomctor, et dont les écrits sont perdus ^ Josâphe, Tertullien. Clément ^Alexandrie, S. CyriUe de Jérusalem, S. Epiphane , S. JérftniB , S. Augustin : il ne faut pas compter ses autorité!^ jpljliijw peseç.
(395) ses détails^ elle prit peu à peu le caractère de rÉgypte ancienne, ainsi que la religion et la monarcliie elles-mêmes. On cite les plus grands savant comme ayant été les directeurs du Musée. Nous croyons, du moins, pouvoir donner ceue qualité à Zénodote, à Ératosdiène, à Apollonius; mais dès le temps de Strabon tout avait déjà repris sa couleur sacerdotale : les prêtres étaient à la tête de toutes les institutions. Cela devait être ainsi : le culte s accommodait parÊdtement de la volupté qui régnait à la cour, et la reconnaissance animait les coUéges de prêtres envers les Ptôlémées, qui ne cessaient de les protéger. ^ Le Musée exigeait nn personnel nombreux; car les anciens attacliaienl aux bibliothèques tous les ouvriers qui doraient et ^missaient de métal les bâtons sur lesquels on roulait le papyrus, et en général tous ceux dont la besogne est aujourd'hui abaur donnée aux relieurs; puis venaient des centaines de copiste» et de correcteurs. On ne nous dit pas comhiea de savans on y entretenait; mais il parait que duis la suite on se confoima surtout à ce qui se pratiquait dans les temples de l'Egypte, où Ion réunissait aussi toutes les professions et tout le savoir possible ^. Cela dut arriver surtout quand un prêtre fiit mis à la tête de rétablissement
1 Yojes toatct les in»criptloo& expliqua par M- Letronne. 9 TimoD dit ironiquement qae le Muaijp êlA Bne Tolicre
Strabon dit que Ptolémée Philadelphe s'appliqua beaucoup à Thistoire naturelle, parce que sa santé ne comportait pas les plaisirs bruyans. Il est déjà Ëdt mention, à. l'occasion de ce couronnement célèbre dont nous, avons parlé , d'une collection d'animaux étrangers réunis par Ptolémée Soter. H y avait deux milk chiens de toute espèce , depuis ceux de l'Inde jusqu'aux molosses. Cent cinquante hommes portaient chacun un arbre, et l'on y avait attaché des oiseaux et des animaux rares, tels que perroquets , paons , faisans , etc. Il y avait des taureaux et des moutons de différentes races , un ours blanc, quatorze léopards, seize panthères, trois jeunes panthères, quatre lynx, un caméléopard et im rhinocéros d^Éthiopie. Philadelphe augmenta beaucoup les collections de tout genre, et le second Éyergète leur consacra un chapitre ^édal dans ses Mémoires. Athénée lui reproche, il est .vrai, d'avoir cité des Êiisans parmi les oiseaux les plus rares; mab Athénée se trompe : il s'agit de fidsans des niontagnes de là Médie, qu*il était fort difficile de conserver vivans dans le climat brûlant de l'Egypte.
Sous les trois premiers Ptolémées^ les mœurs de l'Egypte n'étaient pas meilleures que dans les autres états de cette époque : toutefois les convenances y
( Tfl^Aâcpoç ) • •€ •• moque des philosophes qa^oB j noarrit. II les appelle 4jj|jpi^dflH|ratteiirs de papier {/itfiXiotKo) ^etfoxh^i)»
étaient mieux suivies. Déjà commençait Tinfluence des. femmes sur le gouvernement, influence qui, dans la suite, eut des effets si funestes. La courtisane Agathoclée fut entièrement maîtresse des affidres du royaume sous le quatrième roL L'un des Ptolémées nous a laissé des remarques asses curieuses sur la conduite de ses prédécesseurs à cet égard. U nous dit qu'après la mort d'Alexandre, Ptolémée prit pour maîtresse Thaïs, la plus célèbre des courtisanes, si l'on en excepte Âspasie. C'était celle qui avait déterminé ce conquérant à brûler le palais des rois de Perse. Ptolémée l'enunena en Egypte, où il en eut deux fils, Lagus et Léontiscus, et une fille appelée Irène, qu'il doqna en mariage à l'un des petits souverains de Cypre. Philadelphe eut un harem complet, composé d'indigènes et d'étrangères; il s'y trouvait jusqu'à une de ces misérables filles qu'à Alexandrie on désignait par le titre de déicténadesK Son successeur paraît avoir été moins débauché; mais il se mit entièrement sous
1 Athénée, liv. XIII, pag. 576, cite Didyme et Bilistiché, Agathocléa et Stratonice, dont le tombeau était à Eleusis, au bord de la mer. Il cite encore Myrtium. Polybe dit quMl fit élever dans Alexandrie beaucoup de statues k Cleino, qui lui versait k boire. Il ajoute qu^on citait comme les plus beaux palais ceux de Mjrtium , de Mnssis , de Potheina. Myrtium notait, ainsi que Potheina, qu^unedanseiue^'maiso^était aussi ane fille publique.
( 396 ) rautorité de sa femme Bérénice, fille de Magas de Cyrène : c'est cette même Bérénice, qui a été illustrée par Conon lastronome et par les poètes qui se sont eQiparés de son idée. Nous voyons encore, grâce à eux-, la chevelure de cette reine briller parmi les astres. Elle lavait suspendue daiis un temple, mais cette olFrande disparut pendant une longue expédition que son époux faisait vers ^l'intérieur de 1 Asie. Conon tii^ de peine tous les courtisans consternés; il retrouva les cheveux de la reine dans la voûte céleste. Callimaque chanta cet événement, et Catulle revêtit cette conception grecque des formes de la poésie latinç.
£tat de la liilérature.
La poésie exerça peu d'influence sur cette époque
toute positive, toute prosaïque : l'histoire fut mieux
cultivée 5 mais les mathématiques et l'histoire naturelle remportèrent sur toutes les autres sciences, comme si les études exactes s'étaient^ ressenties déjà des premiers pas que firent vers la dominatioii universelle ces Romains dont toutes les fiiciiltés étaient sans cesse appliquées aux choses réelles et extérieures^ On put alors remarquer un faitque l'histoire de
1 Gillies a donné de bons aperças sur Thistoire littéraire de ce temps. Mamo y a consacré une de ses lettres. Vojez
(597) Tesprit humain présente souvent à nos réflexions. Une société civilisée s'occupait à satisfaire son ima*^ gination et sa curiosilé^ elle mettait cette manie et l'empire frivole de la mode à la place de l'inspiration qui.élève notre existence, et l'anime d'une plus vive énergie. La. cour et les places de la. bibliothèque devinrent le but des efforts des savans à. Alexandrie, comme en Syrie et à Pergame. Il en fut de même à Rome , après Tibère : la nature seule est source d'inspiration pour le poète comme pour le philosophe : les cercles ne nous montrent Thomme que sous un masque^ les livres ne ré^échissent son image que comme un miroir dont elle prend la
un ardolc de M. Letronne sjir une inscription importante , Journal des savans, Dec. i8a3. On y voit que Fexpression £ K M-OvatUv . est Téquivalent de membre de Plnstitut ou de rAcadémie. On y voit aussi comment cette institution fut maintenue sous les Romains, et ce que c'est que le Claudiannm. L'empereur Claude y ajouta les mots (JjunftKOç TrottiTfiç , qui sont appliqués k ceux qui rassemblaient des vers d'Homère : c'est aii^ que les Latius eurent leurs P^irgilianos et même leurs Ovidianoiè C'est ainsi que cbez les premiers chrétieus les centonistes composaient des poèmes avec des vers d'autres auteurs. M. Letronne emprunte aux inscriptions des exemples de l'existence de ces VirgilianL Les poètes d'Alexandrie faisaient donc des centons , des acrostiches , des anagrammes. Les vers de Simmias « eu forme de coins, d'œufs , d'ailes, et mi^me les petits Ters de Th'éocrite , prouvent que les jeux d'esprit remontent assez loin. Il en est de même de l'Odyssée de Tcyphiodore 9 où la lettre S ne figure pas.
nuance. Aussi, si l'on en excepte Théocrite, tous les poètes d'Alexandrie manquent de vigueur et de vérité. U n'y a dans leurs ouvrages ni liberté ni concision : ils ne respirent que le travail et l'érudition. Le désir d'être connu à la cour, le besoin de protection, l'utilité d'une réputation qui donnait un traitement annuel, devaient nécessairement produire tous ces efforts dépourvus de talent et de vocation. Dans les ten!ips de décadence, on s'applique toujours, d'une part, à réunir des faits et des dates insignifiantes, tandis que de l'autre on donne à son imagination le cours le plus^ désordonné. Les .historiens de- la cour ont soin damasser des anecdotes scandaleuses et se complaisent à des exagérations dégoûtantes , et dans ce temps-là même , des Grecs de Syrie et d'Egypte, ou des nationaux qui écrivaient en grec, nous rapportent l'histoire du monde primitif, comme s'ils nous récitaient un conte des fées. Les caractères proprés à cette époque sont une grande faiblesse de raison, des divagations extraordinaires, l'abus des citations et la scandalAse fâbrication d auLorités imaginaires^ mais on excellait dans la science de la grammaire, on pénétrait profondément dans le génie de la langue, et l'on expliquait à merveille les auteurs anciens.
La comédie eut encore quelques beaux moméns, tant à Athènes qu'à Alexandrie, oîi elle* changea enfin de caractère. Nous avons déjà parlé de Mé-
(399) nandre, de Philémon, de Diphile, qui brillaient au temps de Démétrius poliorcète, et nous y ajoutons Alexis, Strattis, Antiphanes, Anaxandrides, Nicostrate. Nous aurons de la, sorte une pléiade de poètes comiques ; mais nous avons si peu de ,fragmens de leurs ouvrages , qu'il nous est impossible de les juger. On ne saurait nier que le genre d'esprit convenable à leurs pièces ne dut se trouver plus aisément à la. cour et dans une capitale que dans le peuple, qui toujours est plus près de la nature : aussi la comédie cessa d'être un divertissement populaire , elle devint l'amusement des cercles : on la lisait ou on la jouait en bonne compagnie. Cest ainsi qu'on la retrouve chez les Romains, qui nous ont conservé des scènes et des vers isolés de cette époque.
Les grammairiens nous parlent aussi d'une pléiade de tragiques^ mais ceûe constellation est bien obscure, et lors même que nous en écarterions la Gissandre de Lycophroxi , comme appartenant à un genre mixte, elle n'y gagnerait pas beaucoup d'éclat
Les auteurs de poésies mêlées n'ont manqué ni de soins ni d'érudition; mais, si l'on en excepte Théocrite, ils ne sont bons qu'à faire mieux entendre leurs prédécesseurs. Leurs ouvrages ont eu d'ailleurs le mérite de faire entrer dans l'éducation la connaissance des mathématiques , de la physique et de l'astronomie. Nous n'entrerons dans aucune
(4oo)
discussion pour essayer de démêler quels étaient dans ce genre les auteurs dont on avait fait une pléiade ^ Nous ne nommerons ici que Théocrite et Callimaque, qui. ont influé sur la poésie en général Nous indiquerons encore Lycophron, son exemple étant plus propre que toute autre chose à montrer jusqu'où Ton en était venu déjà en fait de recherche et d'affectation d'obscurité. Aratus et Nicandre ap partenaient plutôt aux sciences exactes qu'à la poésie. Lorsque Théoerile parut, le genre. auquel il se livra était formé; mais il le ramena plus près de la nature*. TJiéocrite enrichit ses sujets du charme de ses vers; il opposa aux pompes de la couf les idées simples et populaires, afin de surprendre par le contraste ceux qui n'avaient jamais connu la nature, et de relever l'éloge des fêtes en le mettant dans la bouche d'interlocuteurs de la classe inférieurfj. Ce poète n'est pas entièrement de i^école d'Alexandrie : son genre est sicilien, aussi bien que sa. diction. Il -i emprunte ses formes aux rijimes , qui étaient indigènes dans sa patrie. Peut-élré, dans ses idyUes, a-i-il mis en scène plus d'une anecdote dé la cour. Cette
1 On peut se reporter aux ouvrage^ de Fabricijis et de Uarles, qui rendraient cette discussion plus aisée. Isaac Tzetzes nomme ^antides, Apollonius de Rhodes, Aratus, Homère, fils de Myron ; Lycophron, Nicandre, Théocrite.
a Théocrite, Idylle VII, v. 39, ^i, ^oschus, Idylle IIIi ▼. 98 - 1 o 1 .
(4oi )
cour ignorait entièrement les mœurs des bergers de Sicile; les tableaux qu en faisait Tliéocrite devaient avoir un double attrait, et par la nouveauté du sujet, et par l'opposition. qu'il produisait em le rapprocliant de la mollesse excessive et du luxe effréné, dont le poids se fait s^itir le plus ordinairement à ceux qui ne savent point s'en passer. Chaque fois que les sociétés humaines en sont reveimes au point où elles étaient alors , on n'a pas manqué de reproduire encore ces contrastes; mais il ne fut donné qu'aux seuls Grecs de montrer à la fois du naturel et de Fori^nalité. ^ "Tous les autres peuples ont voulu corriger la nature même : ils ont remplacé le sentiment par la sensibilité. Deux fois chez les Romains on a essayé de présenter aux citadins des images de la vie chamj^tre. Virgile commença sa carrière parules idylles; mais ses bergers sont souvent des rhéteurs. Plus tard, Galpumius et d autres poètes .cherchent à imiter Virgile et non la nature , et ils restent loin derrière leur modèle. Lorsqu'un rayon de lumière perça les ténèbres qui couvraient l'Italie , et que tous les genres de httéraiure furent essayés, on vit reparaître la poésie bucolique au milieu du luxe d'une nation
1 En Allemagoe, Voss et Hebel .ne se bornèrent point à rappeler une vie plus douce aux hommes que leur position en avait éloignés , ils rendirent à ceux qui étaient encore près de la nature le sentiment qui les devait animer, et leur inspirèrent un véritable enthousiasme pour leur genre de vie.
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corrompue; mais qu'il y a peu de naturel dans Sannazaro, dans Guarini! Nous ne parlerons pas même des Français. On lisait beaucoup Gesner à la cour de Louis XV; toutefois il créa aussi une nature sentimentale à sa manière, en ^orte que Théocrite demeura, comme Homère, une espèce de phare, vers lequel il fallait toujours revenir uinLe fois qu'on, s'était égaré. L'époque littéraire qui nous occupe a done aussi un genre spécial qui est demeuré modèle pour toutes les nations d'Occident
Ce chantre de la nature n'occupait pas cependant la première place parmi ^ les poètes de 'son temps : l'empire de Callimaque était tellement reconnu à Alexandrie, qu'il lui suffît d'un poème satirique pour exiler à Rhodes Apollonius, le meilleur dé ses disciples , parce qu'il n'avait ppiiît monr tré assez de Vénération pour l'origine d'un maître qui descendait de la famille royale de -Cyrène. L'érudition faisait le principal mérite de Callinîaque. Il commença par être professeur, et ce fut conune tel , et surtout comme érudir; qu'il se distingua le plus. De tout ce que lui a dicté sa muse féconde, il n'existe aujourd'hui que six hymnes et soixantedeux épigrammes. Nous n'avons plus rien de ses écrits en prose ^ ; mais en fait d'érudition , Callima-
1 II ayait essayé de rédiger le Canon des auteurs classiques, ^ue firent après lui Aristophane et Aristar^e. Tel derait être du moins le but de ses mvoiKtç ^ tabulœ auctorum , contre les-
que fut surpassé par Arbtophane. Quant à ses poésies ^ elles ont en grande partie pour sujet les faits les plus obscurs de la mythologie , Thistoire et la géographie. Ses hymnes n'attestent qu'une mémoire surchargée de lecture, et qui cherche un moyen de se dé&ire de son fardeau. En un mot , ses ouvrages sont l'expression fidèle du caractère des poètes du. temps des Ptolémées. Callimaque fait connaître à merveille les rêves fantastiques de la nouvelle école, et cette espèce de théogonie, k laquelle ses successeurs entreprirent de donner cours , quand il nous dit , dans un de ses ouvragés, qu'un songe l'a transporté sur l'Hélicon , où il a appiis la source de tous les mythes. Aussi une épigràmme de l'anthologie dit -elle pbôsamment qu'il y a dans les quatre hvres de GaUimaque sur les dieux et les héros, des choses qui, jusque-là, étaient restées complètement ignorées des hommes.
Apollonius est le seul des Grecs qui ail suivi avec quelque bonheur les traces d'Homère. Soit qu'on le considère coi^ime savant , soit qu'on l'envisage comme
quelles Aristophane écrivit un traité spécial. S^il eu faut croire Suidas , les auteurs de ces tableaux étaient diyisés en poètes , rhéteurs , historiens ', pfiilosophes , critiques , et chaque classe avait ses subdivisions; puis il j avait pour chaque auteur une notice biographique et un catalogue de ses ouvrages. Il «y avait aussi des recherches sur les ouvrages interpolés ou supposés. Voyez, 9U surplus, Fabricius.
poète, il aura toujours beaucoup de mérite. En effet, son poème est le meilleur commentaire que Ton puisse faire d'Homère. Il apprend à saisir les formes antiques, à distinguer la structuré simple ^du vers que dicte la nature, de Thabile facture dé ceux qu'on doit à Fart. Grâces àr la pureté de la diction d'Apollonius, à rharmonie de se$ vers, qui, tout en suivant le mouvement de ceiix d'Homère, appartiennent cependant à tme autre époque, les Romains ont pu s'initier plus facilement à Tétude du grand poète; car on voit reparaître dans le style d'Apollonius les périodes, les comparaisons et les caractères distinctifs d'Homère; et tout cela sous une couleur de rhétorique qui en facilitait l'accès aux Romains. Les poètes de cette nation , plus capables djs se rapprocher de' ceux d'Alexandrie que d'atteindre à la simplicité antique , ont tiré grand parti aussi des descriptions d'Apollonius, qui a dépeint, avec uiie juste sobriété , diverses contrées et reproduit les .mœurs de plusieurs peuples. Le témoignage imiversel de l'antiquité s'est joint au jugement des Rhodiens , pour accorder à cet auteur des facultés éminemment poétiques. Virgile lui a emprunté ses comparaisons et lui a pris beaucoup d'images, enfin il a su composer un bel ensemble de morceaux et d'épisodes qui se trouvaient dispersés dans les ouvrages d'Apollonius.
Lycophron est le dernier des poètes que nous
rangions dans cette série ^ La science qu'on appelait grammaire à Alexandrie , renfermait en ellemême toutes les connaissances que doit posséder le savant; nous lentendons dans un sens beaucoup plus restreint ; nous n'y conq)renons plus la critique , la philosophie du langage , la science des an-r ciennes mœurs , des usages des pays et des religions. Il y ^ dans les développemens de l'esprit humain des époques où . il est en quelque sorte contraint de s'arrêter et de revenir sur lui-même pour réfléèhir sur les temps écoulés. L'érudition d'Alexandrie et celle de Pergame en offrirent des exemples. Alors on vit naître un genre d'études convenable à l'époque de la domination romaine, convenable à toutes les monarchies ; on vit se fermer une science qui appartenait à- un siècle où les in^rations antiques n'étaient pas encore oubliées, et qui propagea à travers l'obscurité des écoles les lumières répandues par les auteurs classiques. On n'eût pas porté si loin la connaissance des finesses de la langue grecque, on n'eût pas si bien distingué ce qui était classique de ce qui ne méritait pas ce nom , si Quijitilien , si Aulu-Gelle n'avaient eu pour prédécesseurs des hommes tels que Zénodote, Aristàrque, Aristophane. Il serait injuste de
1 M. Niebuhr a récemment publié une Dissertation sur cet auteur.
leur reprocher leurs ridicules, ne sait- on pas qœ les subtilités naissent partout dans les écoles ? Les défauts de ces savans sont ceux de leur siècle : ils les ont reçus de leur temps et ne les ont point créés. Ce mode d'enseignement traversa toute la domination romaine ; le pédantisme ne se montra que sous les empereurs; il ne marcha que progressivement , à mesure que l'empire se rapprochait de la situation des états de la Grèce. Quelque obscurité qu'il y ait dans . l'ouvrage de Lycophron, quelque ennuyeuse que soit son érudition , nous nous serions abstenus de toute critique à son égard, si, dans un temps où la solution des énigmes était devenue un métier, où l'on s'occupait assidûment à changer en science l'intelligence de l'ancienne religion des Grecs et l'explication des mystères, ce poète n'avait eu la bizarre et fàc|;xeuse idée d'écrire pour les savans un poème rempli d'obscurité et d'énigmes. Lycophron appartenait à la. pléiade tragique , dont les membres , comme ceux des autres pléiades , étaient dispersés sur toute la Grèce. Né dans TEubée , il vint à Alexandrie , seule ville où l'on fît cas du calcul. Il excellait a faire des anagrammes et d'autres jeux d'esprit, et quand il s'emparait de quelque sujet héroïque ou mythique déjà traité par Euripide ou par Sophocle , il cherchait toujours à le rendre incompréhensible. Sa Cassandre , intitulée aussi Alexandra , n'est qu'ime énigme
( 4o7 ) prolongée : les dieux et les héros n'y paraissent pas §ous leurs noms , il ne les indique que par leurs attributs les moins connus ^ Une fois qu'on a deviné toutes les pçnsées de Lycophron , son ouvrage, plus que tout autre, parait propre à faire juger de la richesse de la langue grecque et de Timmense quantité d'inventions et dlmages que la religion présentait Toute l'érudition du temps e^t entassée dans ce poème, qui devinât ycomme une pierre de touche pour éprouver les savans.
Nous avons déjà parlé des historiens d'Alexandre, nous y avons ajouté .quelques remarques sur Onésicrite , sur Mégasthène , sur Déimaque ^. Au temps t ■ ■
1 Au lieu de décrire les pays dont.il parle^ il les signale par la mention de quelque fait des plus ignorés. Les ei^pressions les plus hardies lui sont familières; il entend Téclâir, il Tpit un cri. Lycophron fatigue Pesprit ^ on a' constamment sous les yeux un savant qui met à la tprture son lecteur et luimême , pour déployer plus d^érudition. L^histoire de la guerre de Troie est néanmoins plus complète dans la bouche de Cassa ndre , que dans Homèr/e ; . elle commence au voyage de Paris à Sparte, et, sans s^arréter à la < chute dllion, fait connaître encore les malheurs qui suivirent la conquête. Cassandre retrace , dans ses savantes divagations , les causes des dissenlions qui divisaient l'Europe de TAsie , et. ian?^ une série d'allusions obscures et compliquées , elle rappelle Venlèvement d'Europe et Fhistoire de Médée.
a Strabon a jugé ces trois auteurs en plusieurs endroits, et surtout dans son XV.' livre. Voici un plissage du livre II , qui réunit tout ce que Ton peut dire à cet égard* a En général j.
des Ptolémées, quelques hommes conduisirent J'iiistoire au même point où Callimaque et Lycopbron avaient placé la poésie. On ne s'attachait plus à reproduire les faits contemporains sous leur véritable couleur j car on ne pouvait les écrire 5ans s'exposer à perdre la faveur publique en déguisant lat vérité; lorsqu'au contraire on ne craignait pas de la dire, on se donnait pour» ennemis les rois et les graùds qui dispensaient les bienËtits. L'histoire remonta donc le cours des âges pour chercher , en quelque sorte hors de ses domaines ,' des fables et des contes; elle s'occupa minutieusement des dieux et des héros, ne parla que d époques primitives, de l'Inde, dé
<c tous ceux qui ont écrit sur rind« , - tout At^ menteun ;
« principalement Déimaque. Après lui viennent Mégasthéne^
(( Onésicrite , Néarque et les autres de cette tremipe , qui
« nous ont débité tant de contes friyoles. Cest ce dont nous
« nous sommes pleinement convaihcua, en rédigeant la par-
({ tie de nos Mémoires qui concerne. la vie d^Alexandre. Mé^
« gasthène et Déimaque sont indignes de toute cro.ycfnce. Gc
« sont eux qui nous parlent de ces tribus d^hommes envehp"
(1 pés dans leurs oreilles , d'hommes sans bouche , d*honunes
<( sans narines , d'hommes à^^n seul œil, d'hommes à longues
n jambes , d'hommes à doigts recourbés. Ils ont re«ouTelé la
« fable d'Homère ^r les Pygmées, qui combattent les. gniet
« et n'ont que trois empans de haut. Ils font niention de
ft fourmis quiyoui7/e/it les mines d^or, de paons à têtes en coin,
é de serpens qui avalent des cerfs et des bœufs avec leurs
ft cornes : faits sur lesquels ils s'accusent réciproquement de ft mensonge, comme Ératosthène l'a très-bien observé , ette.*.
l'Assyrie, de l'Egypte, et bientôt elle aperçut ced Juifs si méprisés jusqu'alors , qu'elle les avait à peine nommés. Timée lui-même ne fut pas exempt de ces défauts. Cependant Polybe et Diodore vantent son exactitude pour l'histoire de s!l patrie c il se fit haïr par la sévérité avec^aquelle il juge les hommes ^ j mais dès qu'il parle d'époques anciennes , il admet tout aussitôt des contes de bonne femme. On en remarque beaucoup* dans la description d'Alexandrie , qu'il rédigea sous le premier des Ptolémées. Évhémère , son contemporain, «st encore plus propre à nous faire connaître l'esprit des historiens d'alors. Il cherchait à combattre les inventions mensongères des auteurs qui voulaient transformer le culte çn mysticisme sacerdotal ; toutefois ses mensonges et ses ruses ne sont pas moins impudentes que les leurs 2. Il veut démontrer que Jupiter, Sa-
I Gicéron , De natura deorum, liy. II, chap. 27, a dit de Timée : multa concinne^dixit. Polybe lui reproche de s^arrëter au mal ayec complaisance et exagération , et de passer rapidement' sur le bien, ou de le taire entièrement. Toutefois il faut se rappeler que Polybe et Ister ayaient écrit des traités spéciaux contre Timée. Athénée ,' liv. IV, pag. 273 (tv Teuç TTùèç etVTOV dvTtyùctJ^ùbîç)» Diodore reproche ausisi de l'amertume à cet auteur, quoiqu'il le prise beaucoup pour Fexactitude chronologique et pour la variété de ses connaissances.
a Voyez Tiedemann , Histoire de la philosophie , pag. 88 , et Brucker, Hist. critica phiL, part. I.", liv. Il, chap. 3. De tecta Cyrenaica , yol. I, pag. 6o5. L'abbé Sévin, Recherches
(4io)
turne et tous les dieux ne sont que des personnages historiq^es , et pour cela il s'appuie d'inscriptions grecques et d'observations recueillies dans un voyage qu'il aurait entrepris de Tordre de Gassandre : son but était évidemment de jeter du ridicule sur la superstition. Plutarque, fbtbousiaste de Tantiquité de sa nation , traite Évhémère d'athée : il avait mieux saisi les traits de son ironie que les chrétiens qui prennent sa défensi^ Évhémère écrivit- selon l'esprit du temps; on enveloppait alors de ténèbres mystiques les origines des dieux et des hommes. U faut qu'Ennius ait regardé comme un conte du genre des Mille et une nuits ce que cet auteur rapporte de l'île de Panchaie , qui , par le moyen des marchands arabes , approvisionnait l'univers entier
sur la yie et les ouyrfiges d^Évhémére , Mémoires de rAcadémie des inscriptions et belles lettres, yoI. VIII, pag. 107 et snir. Banier, dans le V.* li^re de -sa Mythologie, a be^acoup suivi Éyhémère , et Fourmont , dans sa Dissertation ^ur TouTrage d^ËThémère , intitulé : iifet *dvei'yoct^n ^ snr la Pandiaïe doiil il parlait et sur la religion qu41 en ayait faite , Mémoires , etc., Toi. XV, pag. a65 et suiy., a pris vraiment le parti du rMUenr, pensant que ses sarcasmes tournaient au profit du christia* nisme. Non -seulement il cite, mais il transcrit. 21 est asseï singulier que les pèree de Péglise , Fourmont , et ceux des païens . qui furent les ennemis d^Évhémère , . aient raisonné comme les receveurs des deniers publics de Rome. Cicéron dit, dans son traité De natura deorum : Cum essent itgri in Bœotia deorum immortalium excepti lege cewtoria, negabant, immortales esse uUos, qui aliquando homines fuissent.
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d'encens , de myrrhe et d'épices ; car ce prétendu voyage est l'un des premiers livres qu'Ennius ait tcaduits du grec en latin. Depuis lors Panchaïe signifia , pour les Romains , un pays où le miel et le lait coulaient dans toutes les fontaines.
^ Nous- avons dit que l'on traduisit les livres juifs pour les placer dans la bibliothèque, qui devait contenir la littérature du monde entier : mais cette traduction avait encore un autre but.; les juifs, répandus déjà parmi les Grecs, ne savaient plus assez d'hébreu ; il fallait mettre les livres sacrés à leur portée. Cela explique beaucoup de fables accueillies avec un grand empressement par les auteurs chrétiens. Du reste, les livres juifs n'exercèrent probablement aucune influence sur la littérature ; ils étaient pour cela et beaucoup trop raisonnables et beaucoup trop vrais. La littérature énigiqatique des Phéniciens et des Égyptiens obtint plus de succès. Dans ces derniers temps on a recherché avec soin les fragmens épars des écrits. que la Phénicie et Babylone virent paraîtrç du teqips des Ptolémées. * Occupés imiquement des caractères généraux de la littérature, nous ne citerons que les deux écrivains
1 Outre ce qui s'en trouve dans Kabricius , on en a fait récemment de nouyelies collections. Uon i^e s^attend pas sans doute à nous voir di^sserter sur Fastipnome Bérose , sur sa fille Sibylle , sur ta différence qu^il faut faire entre Bérose Tastrologue et Bérose Phistorien.
qui sont à la tète de l'histoire de Babylone et de celle d'Égypie , et nous parlerons d'abord de Bérose. On dit qu'il dédia au premier Antiochus une histoire mêlée de mythes et d'astrologie 5 on prétend que, prêtre de Babylone, il consulta les archives du temple de Bélus : mais il règne sur tout cela ,^ f^ même sur l'époque où il écrivait , beaucoup de doute. Il parait évident qu'il fut au nombre des astrologues d'Orient, qui apprirent le grec après la fondation de Séleucie , et qui surent faire leur profit de- la crédulité du peuple. On sait qu'il enseigna, dans l'ile de Cos, la science des Ghaldéens,^si recherchée dans la suite par le peuple de Rome, et si violemment persécutée par le ^nat Ce Bérose, et Bérose le Chaldéen, que les Athéniens honorèrent d'une statue, ne sont -ils qu'un seul et même homme ?-nous ne déciderons point cette question. Les écrits de Thistorien ont assez occupé, les savans de l'école d'Alexandrie et les auteurs chrétiens; mais ce qui nous est resté sous son nom n'e^t pas de lui, c'est plutôt l'ouvrage d'un juif ou d'un
chrétien ^ Si Bérose démontra au roi de Syrie
1 On sait que Bérose faisait remonter Thistoire de'BaBjrlone à 473>ooo ans ayant la conquête du pays par les Macédoniens: tantôt il y mêle des fables et un merveilleux qui appartiennent plus ou moins aux systèmes religieux de la haute Asie, tantôt il s'*accorde avec les livres juifs. Selon lui, 74? ^^^ avant notre ère , Nabonassar aurait anéanti toutes les annales et tous les monumens du temps passé.
qu'il régnait sur la patrie primitive des dieux et des hommes , qu'il était maître des sources de toutes les sciences, qu'il présidait à tous les saints mystères, d'un autre côté Manéthon l'Égyptien , doué d'un même esprit , prouvait au roi Ptolémée Philadelphe que rÉgypte pouvait à cet égard former des prétentions bien plus élevées que la*Babylonie. Manéthon aussi était prêtre , et cela dans la ville du soleil. Josèphe nous affirme qu'il possédait tout aussi bien le grec que Bérose. Si celui-ci invoquait le temple de Bel et la tour qui produisit la confusion des langues , Manéthon- aurait pu se réclamer de toute la famille de Mercure; citer Thoot Âgathodémon et Mercure Trismégiste. Personne ne prétendra que Manéthon ait inventé tout ce (jp'il a puisé dans les archivas sacrées, et l'on ne peut que déplorer la perte des livres dans lesquels il expliquait les rites religieux. U est possible encore de reconnaître le genre de Manéthon dans ce qu'en a conservé Josèphe, et dans l'ouvrage mûlxjlë Apotelesmatica. La chronique d'Eusèbe et le Syncelle nous prouvent que ses noms , sçs djates , ses dynasties , ont été assez stériles pour la science. Il ne paraît pas qu'il ait jamais donné la clef de l'écriture hiéroglyphique , et quant à son mérite en mythologie, nous ne nous en occuperons pas.
L'élan de l'esprit humain semble avoir été retenu à cette époque , que déjà nous avons qualifiée de
prosaïque. On dirait qu'ayant épuisé ia connaissance de cette partie de notre être qui a peu de rapports avec les objets extérieurs , ThoDune se considéra lui-même désormais comnie appartenant a cette nature extérieure, comme soumis à ses loi& Les écoles de l'Orient s'appliquèrent entièrement à la physique , aux mathématiques , et les RpmaiBS ne firent pas faire Un pas de plus à ces sciences, dont Alexandrie demeura le siège jusqu'à l'arrivé des Arabes. Ceux-ci, si l'on en excepte l'algèbre, la chimie et quelques parties de l'astronomie , n'avancèrent pas non plus leâ sciences exactes au-delà du point qu'elles avaient atteint sous les Ptolémée& Ils nous enseignèrent ce qu ils* avaient appris dans les livres de la Syrie et de rÉgrpte> avant que nous pussions nous-mêmes remonter a ces sources. Aristote et son successeur Théophraste arvaient placé l'histoire naturelle au rang des sciences qui sont nécessaires à l'éducation : les rois d'Egypte réunirent à grands frais des collections d'animaux,et d'oiseaui rares. Les progrès de la science furent amenés par les besoins de la vie ^ et celles de 3es branches qui sont en contact avec la médecine marchèrent plus rapidement. Les préjugés des Grecs s'opposaient autrefois aux études anatomiques , mais l'autorité des Ptolémées, et le mode d'inhumation pratiqué en Egypte, levèrent tous les obstacles à cet égard. Ce n'est qu'en décomposant l'homme dans ses parties
intérieures , ce n'est qu'ep ouvrant le corps des atii« maux , qu'on peur s'expliquer les causes des rapports qui existent entre leur instinct , leur organisation et leur destination. Sans la physiologie; l'histoire na-^ turelle serait aussi défectueuse que la théorie de la nature sans la chimie. U ne faut pas oublier cependant que dès la fin de la guerre du Péloponèse, Hippocrate et son école avaient élevé les sciences médicales au même rang que les mathématiqvies.
Hérojdbile, médecin de Ptolémée Soter, fonda une école spéciale de médecine, et joignit à la pratique l'étude de la botanique ' et de l'anatomie. En dépit des superstitions des Égyptiens et des préjugés des Grecs , Hérophilje et son successeur Érasistrate obtinrent des Ptolémées qui ne pouvaient se passer de leurs services , l'extradition d'un grand nombre de corps. .On prétend même qu'ils firent de cruelles expériences sur des hommes vivans qui leur auraient été livrés à cet effet. Tertulhen., qui n'y rer garde pas de si près quand il s'agit d'accuser des païens , parle de plus de six cents personnes sacrifiées à leurs barbares essais. Ces accusations furent répétées contre Mondini et Vésalius , les restaurar
teurs de l'anatomie dans les tenlpà modernes. Cicé-
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1 Dioscoride a été, en fait de botanique, la principale autorité de Pline ; le Dante Pappelle il buan aecoglitor del ^uale. Le moyen âge et FArabie Pont choisi pour point de départ de leur science.
ron^.CelsuS} Pline et Pluiarque vantent beaucoup les expériences d'Hérophile ^' Érasistrate le remplaça après avoir été le médecin de Séleucus ^. Leurs principes différaient ': aussi faisaient-ils 5eçtie en mé* decine, comme e^ philosophie Aristote et Théo^ phraste , Zenon et Épicuré. Ces sectes se répandirent aussi sur les côtes d'Asie et dans les iles. Il y avait eu des écoles de médecine à Cos, à Cnide, il y eut désormais des institutions pour l'un et pour l'autre parti 3. En Egypte , Philinus continua heureusement les travaux de ses deux prédécesseurs ; il fit si bien voir les : avantages de l'expérienoe et de
1 FaUop dit que , pour Peicactitude deiT descriptions et la propriété des noms y la doctrine» d^Hérophile 'était fort remarquabl/e. Il ajoute, selon le style h^rperbolique de son temps, que contredire Héropfaile serait aussi téméraire mte de s^atutpiex à un évangile.
• 9 Appien , Sjrriac. , ch. 89 , parlant de la maladie capsée à Antiochus par son amour pour Stratotiiccf sa belle- Hièrey dit: ovS"* TrtftcdWiJLoç ictTfèç ^pctffl^foLTOç j i'^i fjnyia^ettç trufnrei^ifft IsXfUKta ffvvàv ^ u^s reKuiipAc^eti tou Traidovç,
3 Cette division dura jusqu^au temps de Strabon. Voici ce qu^il dit à la fin du Xtl.* livre : « Entre Laodicée et Caroan « est le temple de Men-Carus, qui jouit dVne graade véné- « ration. De nos jours op j a, établi une grande école ide mé- (c decins bérophiliens , qui a été dirigée, d''abord^ par Zenxis a et ensuite par Alexandre Philalèthe ^ comteé- du temps de « nos pères y* il en existait une à Smyme , qui était coAdaite ic par Hicesius, de la secte d^Érasistrate : mais aujourd^bni « elle ne subsiste plus dans le même état. *
(4i7) l'observation, que Ton fit scission dWec ceux <|m» par une>fausse interprétation du principe d'Aristotet prenaient leurs connaissances à la seule philosophie de l'école. Il fut donc le fondateur d'une secte eihpirique, c'est-à-dire fondée sur l'expérience. Serapion 9 son contemporain ,.et lion moins célèbre que lui, marcha dans la même voie.
Les mathématiques , dont l'histoire est plus liée à celle de la politique , ont été florissantes à Alexandrie pendant près de mille ans. Ëuclide est, du consentement unanime , le fondatei;^r de la science. Ce fut lui qui coordonna toutes les propositions. Il fît pour la géométrie, la stéréométrie et une portion de Farithmétlque ^ ce qu'Aristote avait fait pour la logique. Dans son dernier ouvrage, Delambre a prouvé jusqu'à l'évidence qu'Euclidq , non plus qu'Archimède , n'ont jamais songé ni à la trigonométrie rectiligne ni à la trigonométrie sphérique. ^
1 Les livres VII ^ YIII, IX, X des Élémens d^uclide, contiennent TariUiinfitique de Nicomaque (que Ton ne pourrait comparer à ce travail); il y a, dans le VU.*, une théorie des proportions qu'Aristote avait enseignée déjà dans son Y.* livre par rappo,rt aux grandeurs CQnstantes, etc.
a II faut voir, sur Ëuclide, un passage de Thistoire deâ mathématiques , par Bossut , qui dit : a Les anciens géomètres 4c s'attachaient à mettre toute la rigueur possible dans leur^ « démonstrations. D'un petit nombre d'axiomes ou de propo- « sitions évidentes par elles - menées , ils déduisaient, d'une « manière incontestable, la vérité des propositions secondaires