‹ Histoire universelle de l'antiquité, trChapitre 9 sur 17 · III · texte numérisé non relu

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chemiu pouvait s'accomplir en neuf jours , il ap* parut subitement.

Mais cette fois encore l'esprit inventif d'Eumène déjoua son plan. Malgré les ordres d'Antîgone, ses soldats avaient allumé des feux sur ces âpres sommets : cela dévoila sa marche. Eumène, une fois averti, se servit à son tour de feux alluipés pour tromper son adversaire sur le nombre de ses troupes, et de la sorte il se donna le temps de les réunir. Alors il résolut de se tirer, par une bataille, de la position difficile où le plaçaient à la fois l'incapacité , la ^ssesSjB de ses amis et la présencç de l'ennemie Ce combat fut douteux co^nme le premier; mais Antigone s'empara des bagages, du trésor, ^es femmes et des enfans des Argyraspides , dont le camp fut surpris par sa cavalerie pendant qu'ils poursuivaient son infanterie. ^ Il s'ensuivit une négociation , entre Antigone et les troupes d'Eumène 9 et surtout avec les Argyraspides, qui^ par Je conseil de Teutamus , vendirent leur général à son ennemi et se rangèrent S9US son commandement Peuceste, Teutamus et les Argyraspides avaient trop la conscience de leur infamie pour

1 Au moment de livrer la bataille , Euméne apprit que Peuceste , Teutamus et d'autres avaient formé le complot de lai ôter la vie, mais que d'abord ils voulaient user de son habileté pour v&incre Ahtigone. Eumène se mit avec Mithridate de Pont h Taile gauche , en face d'Antigone.

( 179) souffrir que celui qu'ils avaient trahi demeurât le prisonnier d'Andgone, ou même qi^'il devint son ami, comme \e voulaiei)it Néarque et Démétrii^ La mort d'Eumène fut donc ordonnée pour leur compl^re^ Mais le jour de )a vengeance ne se fit pas long-temps attendre. A peine Antigone fut-il revenu dans le pays aujourd'hui désert de Jley (Ragas), dans le voisinage des portes Caspiennes, qu'il licencia les Argyraspides , les distribua par compagnies dans l'Arachosie, et chargea Sibyrtivs, lé gouverneur de ces provinces lointaines , de les appliquer aux services les plus pénibles.

Antigone paraissait désormais le maître absolu de l'Asie ; il laissa d'abord les provinces éloignées dans l'état où il les avait trouvées. Il se défît d'Antigène , d'Eudamus et de Python ; les deux premiers étaient des ennemis dangereux, le troisième était un plus dangereux ami. Il emmena Peuceste , qui depuis lors disparait entièrement de l'histoire, et lui substitua, dans le commalndement de. la Perse proprement dite , Asclépiodore , l'un de ses favoris. .Celui qui fut le plus indignement trompé par Antigone, fut Séleucus, le plus rusç de tous, les généraux aipiès fl^mèjae. Ne pov&vmt, sans lui, s'em-parer de la citadelle de Suze ni des trésors qui y étaient déposés, il lui promit de réunir pour lui

i Janyier 3i5.

la Suziane à la Babylonie ^ Mais dès qu'il eut atteint son but , dès qu'il fut de retour à Babylone , il saisit tin prétexte de se brouiller avec Séleucus et finit par lui demander compte des sommes dépensées par lui. Séleucus jugea bien où Ton en voulait venir : il prévint son arrestation par la fuite , et trouva un accueil favorable en Egypte chez Ptolémée^, qui envoya une ambassade à Cassandre et a Lysimaque. C'étaient les seuls hommes qui pussent alors se dire indépendans , si l'on en excepte Asandre , qui se maintenait encore et ^ur mer et dans les montagnes de Carie. Devenu puissant dans cette province et en Lycie , il avait aussi pénétré dans 1 ■ Asie mineure.

Dans le dernier partage de l'empire, Lysimaque n'avait obtenu que la partie méridionale de la Thrace , en-deçà de THaernus , province peu importante par elle-même, mais qui letait d'autant moins que fcs villes maritimes, telles que Périnthe et Byzance, étaient indépendantes. Dès que Lysimaque fiit installé dans cette province, on vit Seuthès marcher

1 Diodore, liy. XIX, ch. 4^. Il y arait pour a5,ooo talens de valeur dans ce qu^Antigone rassembla tant à Saxe que dans la Médie. On peut juger au suiplus des ressources de ce général , quand on le voit , en Cilicie , tirer i Oyooo talens du trésor de Quinda , puis en imposer ii,ooo aux satrapes de Test.

a Dans Pété de Tan 3 1 ^

contre lui avec vingt mille fantassins et huit mille ciavaliers : comme il n'avait à opposer à cette armée que quatre mille fahtassins et deux mille cavaliers j il iiit vaincu; mais bientôt il se créa une nouvelle armée et constitua les provinces méridionales en un état régulier; cependant ses guerres continuelles avec les Barbares l'absorbaient au point qu'il ne put être d'un grand secours à la ligue qui se formait contre Antigone.

Celui-ci mit à la place de Séleucus le fils d'Ageflor, Python , qui ne pouvait lui être redoutable comme l'homme du même nom qu'il avait fait tuer. Antigonje résolut de marcher en Syrie et d'en chasser Ptolémée ; il inonda ce pays et la Phénicie de ses tFÔupes, et il occupa les places importantes de Byblos , Sidon et Tripolis , le prévoyant Ptolémée n'ayant pas jugé à pro'pos de venir à sa rencontre en rase campagne. Tyr, Joppé et ôaza étaient suffisamment approvisionnées pour soutenir un siège, et même on ne pouvaiten entreprendre de régulier sans flotte. Les maigres extraits d'auteurs contemporains que nous a transmis Diodore , ne disent pas même ce que devînt la flotte d' Antigone par laquelle Clitus avait été battu; on voit, au contraire, cet Antigone employer en Syrie tout ce qu'il a de moyens pour en former une nouvelle. Non -seulement il mit a contribution les forêts de la Phénicie , non -seulement il eut recours aux chantiers les plus

cofinus , mais eticore il fit construire à ses (rais des vaisseaux à Rhodes. Sa marine ne pouvait manquer d'être bien dirigée; car Néârque^ l'ami d'Alexandre j le plus habile marin de cette époque, servait sous lui. Les sciences mécaniques» la construction des vaisseaut, l'application des mathématiques eii géhéiral, avaient fait déjà d'imm^ises progfc^.

Antigone s'empara de Gaza et dfe. Joppé sans flotte;. Tyr fut assiégée durant quiilaé mois, pendant les((Uels il otccupa , dans l'iitimehse espace que Couvrait l'ancienfié Tyr» le lieu même où Salmanassàr et NabucodoAosor avaient campé autrefois. ^ Cette guerre ne borha point ses ravages à l'Asie; Pôlysperchon fut enfin réveillé de sa léthargie 2, et plus tard (en 5i5) Ptolémée, géttéral d' Antigone > mit eti mouvement d'une part le Péloponèse, la

1 Diodore, liy. XIX, chap. Sq et 61.

a Idem , liy. XIV, chap. 64' Parmi les généraux envoyés par Antigbhe, Àrfstodèmè alla en Lacobie, obtint des Spartiates la fkbrÀ^issi^n de faire. des recrues, et levÀ ainsi Soeo soldats. Puis il s^aboucha avec Alexandre et Polyspérchon , donna le cornmandement en chef du Péloponèse à celui-ci, et détermina Alexandre k venir avec lui trouver Antigone en Asie. Antigone Te rëbVbya avec cinq cents tâlehs, après sMtre servi de lui pour iibknper 6t>ii àMiée et les satrapes de TOrient. L^armée étant réunie , il fallut qu^ Alexandre accusât Cassandre à raison de sa conduite envers la famille royale : un décret de cette armée ordonna k celui-ci de mettre en liberté Roxane et son fils , d^obéir a Antigone et dé laisser tous les Grecs libres. On voit que ce A^élait q^^an infoyien d^e^oitor partout des troubles.

Grèce et même TÉpire et rillyrie , et de l'autre les ÉtoKens. La dévastation et des pertes de tout genre furent , en Europe , les seules suites de cette guerre. Alexandre ;- le fils de Polysperchon , trahit ses amis pour un peu d'or, et se fit rallié de Cassandre, qui était en guerre avec son père. Mais il fut tué à Sicyone , et sa femme livra la ville au vieux Polysperchon, qui habitait Corinthe.

En Asie, Tyr venait detre prise j mais là flotte d'Antigone-, quelque grande qu'elle fut , netpouvant tenir la mer contre celle de Ptolémée, qui était souvent commandée par Séleucus, on ne tenta point d'entreprise contre TÉgypte. On se tourna donc vers FAsie mineure, où Asandre, soutenu par ses alliés, avait dans la première année de b guerre étendu ses conquêtes jusqu'à la mer Noire. Il bloquait alors Amisus , mais il se vit contraint de se retirer dans sa province, même avant larrivée d'Antigone. Bientôt néanmoins il fut' tellement. appuyé par la flotte de Ptolémée et par ses alliés JEtirope , qu'il fallut bien qu'Antigpne marchât en personne contre lui (3i/|). Celui-ci prit son camp à l'endroit où Eumène avait long-temps eu le sien; c'était à Célè^es en Phrygiej il donna la direction des opérations à Ptolémée, son neveu, que plus tard nous Verrons figurer dans Thistoire comme libérateur de la Grèce. Deux ans se passèrent avant que ce Ptx)lémée pût soumettre Asandre : il le réduisit à sa province, la

Carie, et le contraignit à fournir des otages. Mais dans la suite, ce gouverneur de Carie ayant violé les conditions auxqueUes il avait consenti , Antigone lui-même marcha contre lui et l'éloigna entièrement du pays (3i3).

Pendant qu'il était en Phry gie , Antigone fit , par l'intermédiaire de ses généraux , les expéditions les plus heureuses. Il soutint contre Lysimaque nonseulement les Thraces, mais encore Odessus, Calatis et beaucoup d'états grecs que ce gouverneur avait subjugués j et qui sont situés à l'embouchure du Danube , ou plus loin vers le Nord. Aussi Lysimaque eut-il tant d'affaires chez lui qu'il ne put songer à seconder ses alliés. La Syrie était administrée par Démétrius, connu depuis par le titre glorieux de poliorcètey preneur de villes; c'était le fils aine d'Ântigone : rien ne l'empêchait d'augmenter à loisir la flotte et l'armée; le roi d'Egypte faisait alors la guerre à Cjrpre. Déjà Antigone pouvait tenir la mer, déjà l'armée de terre, commandée par Démétrius, était capable d'attaquer Ptolémée. H paraissait évident que l'Egypte succomberait dès qu' Antigone et son fils entreraient en campagne. Ptolémée, fidèle à son système de prudence, semblait disposé à attendre l'ennemi derrière le Nil, mais Séleucus le poussait à marcher contre Démétrius avant que celui-ci eût opéré sa jonction avec son père. Cet impétueux jeune homme était

aigri au dernier point par la conquête de Cypre, que Ptolémée venait d'accomplir presque sous ses jeux; il l'était encore par la dévastation des contrées septentrionales de la province soumise à son pouvoir ^ Tandis qu'il s avançait vers la Qilicie, Séleucus et Ptolémée conduisirent leur armée vers Ga^. Démétrius accourut avec une rapidité telle qu'il ne lui Êdlut que six jours pour accomplir un trajet qui en demande ordinairement vingt-quatre. Deux hommes que son père lui avait donnés pour conseils, employèrent tous leurs efforts à le dissuader d'attaquer ces deux généraux expérimentés d'Alexandre et leur petite armée d'élite. L'impétuosité de son âge , soutenue par le désir des troupes, ne se laissa point arrêter; il y eut près de Gaza une bataille sanglante et décisive : toute l'armée de Démétrius fut dispersée ; les vainqueurs entrèrent dans .Gaza pèle mêle, avec les fuyards : tous les bagages et tous les trésors qu'on y avait apportés tombèrent en leurs mains. La suite de cette victoire fut J' occupation immédiate de toute la côte de Syrie : Ascalon, Acre, Joppé, Sidon, ouvrirent leurs portes , et le commandant de Tyr, place qui

I Diodore, liv. XIX, ch. 79, à la fin. Après avoir institue Nicocréon gouyerneur de C^pre , Ptolémée s^embarqua luimême et fit une descente dans la Syrie dite supérieure, où il fil faire à ses soldats un riche butin. Il prit aussi Mallus en Cilicie.

venait de couler à Antigone tant d'hommes et tant d argent , fut contraint par les habitans à se rendre à Tennemi.

Séleucus jugea le moment favorable pour ressaisir son gouvernement;, il courut à Babylone avec trme cents hommes d'éUte , choisis tant parmi les siens i que pamii les soldats de Ptolémée. Ce fl^ la le < commencement d'un nouvel empire, et l'on regpirde généralement le jour correspondant au i." Octobre de cette année 3 1.2 comme marqviant la naissance de cette dynastie, qui régna sur le Tygre et l'Euphrate jusqu'au temps des Romains ^ Après le départ de Séleucus, Ptolémée perdit la Syrie de nouveau : son général Cillés s'était laissé surprendre par Démétrius , et lui-même était trop prudent pour aller à la rencontre d' Antigone, qui s'appro^ chait. U abandonna donc ces conquêtes et se retira derrière le Nil. Cependant Antigone occiipait ses troupes à des expéditions très -difficik» contre les hordes de Bédouins de l'Arabie pétrée, d'où il lui fallut se retirer non sans éprouver des pertes considérables.

Pendant qu'il dispersait ainsi ses forces dans le désert, Séleucus, non content d'avoir repris la Babylonie, la Susiane et tout ce qiii était autrefois

1 Voyez Ideler, Manuel de la chronologie mathémad^e et technique, tom. î", pag. 44^ "4^^*

somnis à son administration , réunit encore à ces provinces et la Médie et d'autres contrées. Démétrius arriva trop tard pour Tempèclier de s'établir. A la vérité> ce tils d'Antigone prit Babylone, que la pluprt de ses habitans avaient abandonnée ; mais les cniautés qu'il tommit n'eurent d'autre effet que d'attacher de plus en plus le peuple à Séleucus, son ancien maître, dont la douceur contrastait étrangement avec les excès de Démétrius. D'ailleurs Antigène se hâta de rappeler son fils en Syrie. Il faut bien en croire Diodore sur parole , quand il nous dit que dans la première année de l'ère des Séleucides une paix fut conclue entre Lysimaque, Cassaiidre, Ptolémée et Antigone, sans qu'il y fut ques- , don de Séleucus ; car nous n'avons rien à opposer au témoignage de Diodore. ^

Partout Anligone , pour mieux venir à bout de ses ennemis, avait fait reconnaître pour roi le jeune

Alexandre Mgas , et les Macédoniens , répandus dans

1 Cassandre deyait exercer le pouvoir suprême en Europe {rrfstrnyov uvst$ rrç EvoeiTrnç) juiqu'k ce ({u'^Alexandre , fils (le Rozane , pût gouyerner^ Lysimaque devait régner sur la Thrace 5 Ptolémée sur FÉgtpte, la Libye et l'Arabie. On abandonnait à Antigone la souveraineté de tonte TAsie ; enfin , tous les Grecs devaient être libres. Diodore ajoute : ils n'exécutèrent pas le traité (ov jmriy iviy.uvciv yt Toiîç c jUioXc) isttç TnvTAtç). Je douterais volontiers qu'une telle paix ait jamais clé conclue, c'était peut-ctrc un armistice. Ce fut Cassandre <ïni en profita le plus.

les diverses armées, ne voulaient que lui pour maître. Or , ces Macédoniens constituaient le noyau de la puissance militaire. Antigone et Ptolémée crurent donc devoir se défaire d'un rival aus^i dangereux. Ce projet ne pouvait être accompli qu'au moyen de Cassandre et par un lâche assassinat Dans les articles ostensibles du traité, tous proclamaient les droits d'Alexandre .£gus, mais en secret Cassandre fut chargé de le &ire périr. Ce fut daucias , commandant du fort où il était enfermé avec Roxane, qui accomplit cette honteuse action; il les fit tuer, leurs corps disparurent et leur fin demeura inconnue tant que l'exigea l'intérêt de Cassandre. ^

Depuis la mort d Alexandre Mgus jusqu^à la

bataille dipsus.

La destruction de toute la famille royale suivit immédiatement le meurtre du seul héritier reconnu d'Alexandre. Polysperchon , qui était vieux et usé , appela près de lui Hercule , le fils de Barsine , qui était à Pergame. U espérait le conduire en Macédoine par le secours des ÉtoUens. Cassandre alors offrit à Polysperchon le Péloponèse, pour lequel ils avaient si long-temps comhattu , à condition

I 3ii.

qu'il sacrifiât le jeune prince qui s'était confié à lui. Polysperchon le tua * , mais cent talens furent le seul prix de ce farfait. Les Péloponésiens , aidés des Béotiens , opposèrent une vigoureuse résistance à Polysperchon; Tymphée et Éthicé , lieux inconnus de rÉpire, demeurèrent les sièges de son empire^ Il ne restait du sang des rois de Macédoine que Cléopâtre et Thessalonice , femme de Cassandre. La première fut assassinée à Sardes l'année suivante (309), en apparence contre le gré d'Antigone , mais probablement d'après ses instigations ; la seconde périt misérablement seize ans plus tard.

Antigone étaitf-il encore en guerre avec Séleucus? c'est ce que nous ignorons ; le traité ne parlant pas de ce dernier, On peut le supposer; mais ce qui démontre qu'Ântigone ne fît aucune, entreprise remarquable , c'est que Séleucus soumit successivement toutes les provinces de l'est jusque dans l'Inde. La suite de l'histoire nous en instruit , sans cependant qu'antérieurement à la bataille d'Ipsus nous sachions rien -de précis sur aucune de ses expéditions. Au surplus la paix fut si peu observée , que Cassandre ne retira point ses garnisons de Mégare ni d'Athènes , et que Ptolémée ne renonça à aucune de ses expéditions sur mer et sur la côte. Nonseulement il continua à secourir ses amis en Grèce

( '9o) et à se maintenir dans les îles, mais dès l'année suivanie nous le revoyons en guerre ouverte avec Andgone , auquel il avait voulu prendre tous les pprts de Y^iie mineure ^ , assiégeant même Halycamasse , jusqu'à ce qu'enfin Déùiétrius arriva avec une flotte supérieure, le chassa des cotes de Carie et reprit toutes les villes 4ont les Égyptiens s'étaiept emparés peu auparavant.

Dans ce» temps de malheur où les généraux d'Alexandre , devenus les fléaus; de la terre , s'arrachaient la puissance p^r la yioleuce et par toutes sortes de crimes et de fourberiiss, un ^ul h^iP™^ parut enthousiastie de 1^ liberté d^ Grecs. Qs fut Ptolémée , le nevw d'Amigpne , qui couçut la noble ambition de sa faire le restaurateur de toutes les constitutions des petites répuhhq^c^* Aprè$ ^voir rendu de grapds services à son ouçle dan$ la guerrç que celui-ci soutenait eu Asie.cputre As^gçucji'e, il fut envoyé en Grèce, en la premièrç-^anué^ 4e ^^ 117.® olympiadç. Jl débarqua çn ^otie ci c}é}ivr£( Chalcis et Thèbe^ du joug macédonien ; bientôt il affranchit toute la Béotie, la Lo(5ride et toutes les contrées qui ^'étendent jusqu'à l'Étolie. Dans la vue de rendre Athènes indépendante , il s'approcha des frontières d^ l'Attiqu^ : quelques mouvement se manifestèrent dans la ville. NéwmQins Ptoléméç

i Diodore > liy. XX, chap. 27.

( '9» ) ne jugea pas convenable de $ altaquer à la faction aristocratique , parfaitement organisée par Démétrius de Pbalère , non plus qua la garnison macédonienne, avant d'avoir la certitude d'être secondé par le parti démocratique. Sur ces entrefaites son oncle }ui donna le commandement du Péloponèse et mit sous ses ordres Télesphore, qui jusque-là dirigeait l'armée. Ptolémée se conduisit ici comme sur le continent de la Grèce; il força ce Télesphore à rendre et l'Élide et tous les trésors qu'il y avait j^és , et rétablit aussi la liberté dans ce pays, comme partout ailleurs ; car il prenait au sérieux la clause du traité qui assurait l'indépendance de tous les Grecs d'Europe et d'Asie, et se conduisit d'après ce principe tant qu'il résida à Chalcis. Mais Antigone trouva fort mauvais qu il eût employé son armée à la délivrance des Grecs sans mettre de garnisons dans leurs villes ; il le rappela. L'oncle et le neveu se divisèrent , et ce dernier fut assez insensé pour se jeter dans les bras de Ptolémée roi d'Egypte, qui l'appela à Cos, attira tous ses soldats, puis se défit de lui, comme on brise un instrument inutile ^ Ce fut alors Démétrius qui entreprit le rôle de libéi'a-

1 Dio4pre, liv. XX, chap. 27. Voyant qu'il n'avait point Tesprit obéissant, et qu'il gagnait les officiers et les soldats par ses présens et par ses manières , Ptolémée craignit qu'il ne conçût le projet de le renverser lui-même. Jl le prévint done, U fit arrêter et lui £t boire du poison-

leur de la Grèce, qui avait 8i mal réussi au neveu d'Ântigone. Démétrius dîjOférait beaucoup de son cousin par les mœurs et par le caractère. Il singeait Alcibiade , et affectait pour la liberté un amour qui aurait difficilement trouvé place dans son ame à côté des passions d'un despote, des excès d*un débauché , et de l'arrogance d'un prince oriental. Les Grecs , et surtout les Athéniens , n'en prirent pas moins pour vrai tout ce qu'il disait ou faisait dire; toujours aussi légers, ils reçurent ccmune un demi-dieu l'homme qui non-seulement était l'ennemi de toute Uberté, mais qui l'était encore de toute vertu. Antigone secondait la bizarre entreprise de son fils pour chasser du Péloponèse le souverain de l'Egypte qui s'y était élabU. On se rappelle que Polysperchon avait eu une garnison dans Corinthe, et qu'il y demeura jusquau moment où, devenu riche par le meurtre du fils infortuné de Barsine, il alla s'étabUr dans un coin de l'Épire. On se rappelle aussi que la femme d'Alexandre , son fils , avait gardé la possession de Sicyone , mais que Polysperchon n'avait pu y conduire des renforts. Ptolémée acheta la place, que lui vendit cette femme appelée Cratésipolis ; il sut aussi s'emparer de Corinthe. Il voulait que les Péloponésiens eux-mêmes contribuassent à se donner des fers; Il annonça donc qu'il avait l'intention de les secourir; il dit qu'il expulserait toutes les garnisons étran-

gères, à condidon qu'ils fournissent à l'approvisionnement de sa flotte et de son armée. Mais les

Péloponésiens, qui le connaissaient trop pour s'en laisser tromper, n'en firent rien et le contraignirent aussi d'abandonner la côte, après avoir mis de& garnisons dans Corinthe et dans Sicyone. La volonté de Dénoiétrius était ^e chasser ces garnisons , son prétexte était la liberté de la Grèce : il apparut subitement dans le Pirée avec deux cent cinquante gros bâtimens et 5ooo talens. Ne pouvant défendre à la fois ce port et Munychie, le commandant macédonien se borna à tenir ce dernier poste , et Démétrius fut reçu au Pirée avec le même enthousiasme avec lequel , cent ans plus tôt, les Athéniens avaient accueilli Âlcibiade. Démétrius de Phalère, le protégé de Cassandre , fut obligé de fuir ; mais Démétrius lui donna un,e sauve -garde pour le préserver de la fureur du peuple et pour l'accompagner jusqu'à Thèbes. De là cet Athénien passa en Egypte, où il se rendit plus célèbre qu'il ne l'avait fait par son gouvernement d'Athènes. Nous reviendrons sur le séjour de Démétrius Poliorcète à Athènes, parce qu'il est très -important pour l'histoire des mœurs. Quant à présent , nous nous bornerons à suivre rapidement le cours des événemens. Mégare fut délivrée de sa garnison macédonienne même avant la prise de Munychie , qui fut ensuite assiégée. Démétrius obtint de son père des approvisionnemens de

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grains, qui furent gratuitement délivrés au peuple. Il n'est pas surprenant que les Athéniens aient porté aui nues un jeune homme de vingt-sept ans, qui, fils de roi, les enchantait en leur répétant le mot magique de liberté, et qui leur distribuait à pleines mains et sans travail pour eux, l'argent et les subsistances. Il n'est pas surprenant non plus que les démagogues, à l'envi l'un de l'autre, se soient évertués à inventer des décrets honorifiques; mais que les historiens lui attribuent l'intention sincère dé délivrer la Grèce , voilà ce qui doit étonner tous ceux qui connaissent les hommes , et qui jugeât Démétrius d'après ses actions et non d'après ses paroles.

Toutefois il ne fut pas mis à l'épreuve. Athènes et Mégare reprirent leur antique liberté, les troupes, les vaisseaux et Démétrius lui-même ajant été rappelés pour mettre un terme aux dévastations que souffraient la côte et les provinces maritimes, et les garantir par la conquête de l'ile de Cypre. Antigone à ce sujet s'était ménagé des intelligences arec Nicoclès de Paphos ; mais Ptolémée , qui avait laissé à Cypre son frère et une armée, prévint leurs desseins ; il investit la résidence de j^icoclès , qui , poussé au désespoir , préféra la mort à une honteuse captivité. Il se détruisit avec sa femme et son frère , et depuis lors l'île fut toujours soumise au joug étranger. Ce fiit pour l'arracher à son adversaire,

pour s'en emparer à son tour , qu'Anûgone fit revenir Démétrius de son entreprise contre Corinthc et Sicyone. A peine eut-il pris terre , qu'il vainquit Mënélas , le frère de Ptolémée , et qu'il fit , par terre et par mer, le siège de Salamine. Ce fut alors que pour la première fois il fit usage de ses connaissances et de ses vues profondes en mécanique , et qu'il fit exécuter ces admirables machines de siège auxquelles il dut le surnom de poUorcète.

Cependant Ptolémée , qui comprenait toute l'importance de la possession de Cypre , accourut avec toute sa flotte pour dégager Salamine et son frère. Démétnus avait cent quatre-vingts vaisseaux ; Ptolémée en amenait cent cinquante, comptant sur soixante autres qui se trouvaient bloqués dans le port avec Ménéias. Chacun avait à bord son armée de terre , chacun était suivi de nombreux bâtimens de transport : la bataille ressemblait plutôt à une affaire de terre ferme qu'à un combat navaL Ce fiit la plus marquante de l'antiquité. Démétrius demeura vainquent*; il prit quarante vaisseaux avec leur équipage, quatre-vingts furent coulés bas, huit mille hommes de ceux qui montaient les bateaux de transport furent faits prisonniers. Cypre fiit immédiatement occupée. Le flatteur Aristodème, en apportant la première nouvelle de ce succès , salua Antigone du titre de roi , que prirent successivement Démétrius , Séleucus , Ptolémée et Lysimaque. Quant à

Séleucus, depuis long-temps il s'appelait roi,!»! qu'il n'écrivait point à des Grecs. Gaasandreb^ seul qui ne s'attribua jamais ce titre.

. D'un autre côté , l'effet de cette journée foti raj^rocher Ptolémée et Gissandre : Ljsimafr même Séleucus vinrent prendre part à une Intte^ d'abord n'intéressait que Ptolémée. Les ruses doi d'Éjgyple 9 lès sommes immenses dont la nàé^ du pays. et le commerce du monde le nu même de disposer, détournaient toujours la péte de sa tête pour la faire gronder sur une il évitait les actions décisives , et quand W était trop fort^ il savait le faire combattre pari bras étranger. Après la conquête de Çypre, gone et Démétrius voulaient attaquer l'Égypltl liier et par terre : on destina à cette exi cent cinquante vaisseaux , cent bâtimens de port , quatre-vingis mille hommes d'infanterie,' mille de cavalerie , et tout ce que Démétrius etj amis avaient pu inventer de machines de soit à l'occasion de la guerre de Cypre , soit On fit en outre d'immenses préparatifs pour approvisionnemens ; malheureusement le retaidi casioné par les dispositions ne permit pas de lîl entreprendre avant l'automne (année 3o6), sm* pendant laquelle il était impossible à la flottt4 naviguer sur ces côtes dangereuses.

Antigone , néanmoins , s'avança par le

jusqu'à Péluse , et Démétrius , quoiqu'il eut perdu beaucoup de navires sur des écueils et des bancs de sable , ne négligea rien pour seconder son père et pour faire passer les bras du IN il à son armée. Mais Ptolémée avait fortifié tous les points où le passage pouvait s'opérer ; il les observait tous ^ Les tentatives de Démétrius échouèrent donc toutes. Déjà la disette commençait à se faire sentir, la désertion se mit dans l'armée , et pour ne pas éprouver le sort de Perdiccas, Antigone fut forcé à la retraite : ainsi s'évanouirent les projets dont tant de préparatifs avaient annoncé l'exécution.

Quoique cette retraite d' Antigone et' de Démétrius fut volontaire , Ptolémée la célébra comme s'il eût remporté la plus grande des victoires. Cependant on songeait à le combattre par d'autres moyens : le but qu'on se proposait était de lui arracher l'empire de la mer, d'anéantir le commerce de l'Egypte et de fermer tous les ports à ses vaisseaux. On comptait sur le secours de Rhodes, que sa neutralité avait

I Diodore , liy. XX, chap. 7$, dit qae Ptolémée faisait répaadre des proclamations parmi les «oldats d^ Antigone pour débattcher ses trompes par des promesses pécuniaires ; que ces proclamations eurent un grand effet et «jumelles agirent même sardes généraux qui avaient des raisons de souhaiter un changement. Antigone fut obligé de placer des frondeurs sur le rivage pour lancer des pierres sur les canots qui trayersaieiU leNiL

(^98) singulièrement enrichie pendant la guerre ^ Ses liaisons intimes avec FÉgypte faisaient toute sa prospérité, toutefois elle tachait de se concilier Ântigone et Démétrius » en leur érigeant des statues , en rendant pour eux des décrets honorifiques. Mais An- -Qgone exigea une rupture entière avec l'Egypte. Le* Rhodiens n'ayant pas voulu déférer à cette injonction 9 des croisières interceptèrent la navigation et firent la capture de tout ce qui venait de l'Egypte ou y allait. Le commerce- en était inquiété : les Ehodiens osèrent faire escorter leurs batimens et repousser à force ouverte les vaisseaux d' Antigone. Démétrius voulut en tirer vengeance; en vain on chercha à l'apaiser, en offrant de le seconder et d'armer la flotte de Rhodes contre les Égrpdens. U demanda cent otages ; il exigea qu'on admît sa flotte dans le port Les Rhodiens dès-lors comprirent qu'il se disposait à les traiter comme il avait traité Cypre. Ils résolurent de tout souffrir plutôt que de céder; de son côté Démétrius employa, pour les contraindre à l'obéissance , toutes les ressources de l'empire de son père. On vit bientôt paraître deux cents vaisseaux de guerre, cent soixantedix bateaux de transport et quarante mille hom-^ mes ; enfin les machines de siège ne fiirent pas

1 Diodore, liy. XX, ch. 8i. Il y a des détails très-importans sar la condaite des Rhodiens et/ sur les causes de lear {>rospëiité.

oubliées. À ces gigantesques préparatifs les Rhodiens opposèrent l'unité des mesures , le courage de h liberté, l'activité in&tigable des gouvernons et des gouvernés, des citoyens et des étrangers, des hommes libres et des esclaves ^ Pendant une année entière on essaya vainement de toute sorte de machines, onnenta sans succès de nombreux assauts. Cassandre, Lysimaque et surtout Ptolémée secouraient les Rhodiens de tout leur pouvoir, et Démétrius comprit qu'il lui serait fort difficile de soumettre la ville par la force. Il venait d'éprouver des pertes affreuses dans un dernier assaut entrepris avec la rage du désespoir, lorsque l'arrivée d'une ambassade d'Étoliens, qui se disaient pressés par CassaBçIre, lui fournit im heureux prétexte d'entamer des négociations avec les Rhodiens. De leur côté ceux-ci firent tous les sacrifices que leur permettait l'honneur, pour rendre possible la conclusion d'une paix qui devait seulement couvrir la honte de Démétrius.

Toute la Grèce s'était intéressée au sort de Rhodes; le camp était rempli d'ambassades. Ptolémée avait promis des grains et trois mille hommes; mais au lieu de satisfaire à sa parole , il écrivit aux Rhodiens de s'arranger avec Antigone aux meil-

1 Diodore, liy. XX, chap. 84' Qn y "yqU )es mefiirç^ extruoïdinairei prises par les Rhodiens pour soMtenJr oe si^gf •

leure^ conditions possibles. La paix fut donc arrêtée sous la condition que Rhpdes serait libre et n'aurait point de garnison , et qu'elle seconderait Antigone dans toutes ses guerres, excepté dans celle contre Ptolémée. Cent otages devaient être abandonnés au choix de Démétrius , qui pourrait les prendre parmi tous lés citoyens , excepté parmi les ma^trats. Après que le siège eut été levé , les Rhodiens s'occupèrent des arts , de l'erabellissenlent .de leur ville et de la prospérité de leur commerce; mais quoique libres, ils devancèrent dans leurs flatteries les Égyptiens eux-mêmes, et firent décerner par l'oracle le titre de sauveur (soter) à Ptolémée, qui le prit dans la suite. ^

De Rhodes , Démétrius passa en Grèce , où Cassandre et Polysperchon s'étaient unis pour opprimer les états encore libres et ceux qu'il avait émancipés. Cassandre occupait la côte orientale du Péloponèse et l'Arcadie ; Polysperchon l'Achaie et la côte occidentale. Il n'y avait plus de garnison égyptienne qu'à Sicyone; la citadelle de Corînthe avait

1 Diodore, liv. XX, chap. 106. Les Rhodiens envoyèrent une ambassade au temple de Jupiter Ammon pour demander son assentiment à leur prcjet d^honorer Ptolémée comme un dieu. L^oracle y ayant consenti, ils consacrèrent dans leur ville une grande place ^carrée, qu^ils entourèrent de colonnes. Cbacnne de ses faces avait un stade de long. Cet édifice fut appelé Ptoléméum. Ils rébâtirent aussi leur théâtre , etc.

reçu les troupes de Cassandre, qui tenait aussi Thèbes , Chalcis et toute la Béotie , tandis qu^ Polysperchon s'étendait sur la Thèssalie orientale et sur les pays voisins. Athènes ne devait son salut qu'à son alliance avec les Étoliens. Démétrius , débarqué en Aulide , n'eut pas de peine à chasser de la Béotie les troupes de Cassandre ; il força les Béotiens à renoncer à leur alliance avec lui , puis il en conclut une avec les Étoliens et fit son entrée triomphale dans Athènes. Il y a lieu de croire que son enthousiasme pour cette cité était réel j il n'avait pas moins de vanité que les Athéniens, ses mœurs étaient dignes des leurs. Il passa tout l'hiver dans leur ville ^ ; au commencement du printemps il chassa les troupes égyptiennes de Sicyone et marcha contre Prépélaûs et contre les garnisons que Polysperchon avait encore dans le Péloponèse. A Sicyone , des intelligences lui permirent de surprendre Philippe , général de Ptolémée , qui se réfugia dans la citadelle, d'où il capitula, à condition de retourner en Egypte , quand il vit que Démétrius se disposait à le serrer de près. Démétrius donna la liberté aux habitans de Sicyone, et les décida à bâtir toute leur vill^ sur la montagne où était la

citadelle. A cet effet il les fit aider par ses soldats

1 3o3 et 3oa. Ce que dit Plutarque sur ce second séjour de Démétrius à Athènes, importe beaucoup k Thistoire des mœurs.

ti par SCS ouvriers , leur procura même des secours d^argent, et fut divinisé a Sicyone comme à Athènes. Après la prise de Sicyone il marcha contre Corinthe, où s'était établi Prépélaûs, général de Cassandre, qui avait formé la résolution de défendre non -seulement la ville, mais encore l'emplacement d'un ancien temple appelé Sisyphium , et TAcrocorinthe , la citadelle. Plutarque dit vaguement et en termes généraux, que Démétrius délivra Argos, Sicyone et Corintlie , en donnant cent talens aux garnisons de ces places. Cependant il est de toute invraisemblance que Prépélaûs , qui commandait à Corinihe, se soit laissé corrompre j Polyen , d'accord, avec Diodore , atteste que les citoyens introduisirent Démétrius dans leur ville par une petite porte, et Diodore y ajoute que même après la prise de la ville là garnison se défendit vaillamment ^ Le Sisyphium et TAcrocorinthe ne purent tenir contre l'habileté de Démétrius à inventer des machines ; il fallut que Prépélaûs quittât le Péloponèse. Immédiatement après, toutes les garnisons ^le Polysperchon furent chassées de l'Achaïe ; Argos et toutes les autres places furent délivrées , et la liberté fut proclamée partout. Sans précisément violer la promesse qu'il avait faite de la donner à tous les Grecs , Démétrius sut se maintenir avec beaucoup de finesse

1 Diodore, liv. XX, chap. loB.

en possession de la clef du Péloponèse : il se fit prier par les Corinthiens de garder leur ciladelle jusqua la fin de la guerre avec Cassandre. Voulant faire cette guerre au nom de toute la Grèce, il fit comme Philippe et. Alexandre, il convoqua dans risthme une assemblée générale de députés. On y vit siéger ceux de seize états qui étaient libres en apparence; ils nommèrent Démétrius chef de la Grèce contre le despote de Thessalie et de Macédoine, et ils firent plus pour lui que leurs pères navaient jamais fait pour Alexandre. Démétrius porta son armée à 60,000 honmfies, les Grecs à eux seuls lui en ayant fourni !25,ooo. Agathocle, qui tenait alors à Syracuse la même place qu'autrefois Denys le tyran, était recherché à la fois et par Cassandre et par Démétrius; mais il ne se déclara ni pour l'un ni pour l'autre , ayant assez à faire avec les Carthaginoise Cassandre, dépourvu d'alliés, s'adressa à Antigone pour en obtenir la paix; mais celui-ci lui répondit qu'il se regardait comme le seul héritier d'Alexandre, et qu'à ses yeux tous ses rivaux n'étaient que des vassaux. ^ Cette déclaration frappait Séleucus, Ptolémée et Lysimaque aussi bien que Cassandre lui-même; il espéra donc les attirer à lui, et sans attendre que Démétrius l'attaquât: il imagina à cet effet de trans-

1 Biodofe, liy. XX , chap. loS, an commencement.

2 fbidem.

porter le théâtre de la guerre en Asie : il comptait pour cela sur la coopération de Lysiraaque; quant aux deux autres, ils ne seraient appelés que plus tard et quand le passage de Lysimaque aurait été effectué.

Pendant qu'à Athènes Démétrius s'oubliait dans les fêtes, dans les débauches, dans les initiations, Cassandre envoya un corps de troupes considérable pour accompagner Lysimaque en Asie, et fit en même temps occuper les Thermopyles ; puis tous deux envoyèrent de concert vers Séleucus et Ptolémée pour les avertir du danger, et les exciter à une active participation à leur entreprise. La position de Lysimaque n'était plus ce qu'elle avait été dix ans auparavant, à l'époque où du fond de l'Asie Antigone le serrait en Thrace. Non -seulement il avait subjugué cette vaste contrée, mais encore l'Illyrie et les montagnes de la Dalmatie. S'il ne se fût conduit en despote, sa puissance eût été encore plus grande; mais il était devenu odieux aux Grecs de la côte , qui avaient refusé de se soumettre , bien qu'ils implorassent himniblement sa protection. Un mariage mit en sa possession Héraclée , la ville la plus florissante des bords de la mer Noire*; il s'empara

1 Héraclée , nous Pavons déjk dit, ayait perdu sa liberté au temps d^Artaxerxe II et de Cléarque , que Ton compte pour lë premier de ses tyrans. Ce Cléarque était disciple de Platon ; il avait étudié Féloquence sous Isocrate pendant quatre

âcilement aussi de la Phrygie voisine deTHellespont, Docimus , le général d'Anligone , s'étant volontairement donné à lui.

ans ^ enfin il ayait fondé la plus belle des bibliothèques antérieure^ à celles des Ptolémées. Ce fut un cruel tyran : après douze ans il fut tué par quelques hommes de cœur; mais ses meurtriers périrent , les uns sous les coups de sa garde , les autres dans les tourmens. Satyrus , son frère , en qualité de tuteur de Timothée et de Denys, régna plus cruellement encore que Cléarque , dont il n^avait pas les facultés. Cependant on Tojait s^accroître la prospérité et la richesse de la ville , ou , si Ton yeut, de Pétat des Mariandyns. La population se composait des cheyaliers maîtres du pays de ces Mariandyns, qui étaient plus à plaindre que les îlotes ; en second lieu, elle se composait des négocians et des entrepreneurs de pèche. Les rois de Perse favorisaient par politique les princes d^Héraclée. Satyrus mou-* rat après un règne de sept ans; il fut le contemporain de Texpédition d^Agésilas en Asie. Son successeur fut Timothée , dont le caractère était bien différent de celui de son oncle. Il était sage et doux, il aimait la liberté, il rétablit les anciennes institutions et ne fut que le premier des citoyens; enfin, sa valeur était égale k sa justice , et partout on Faimait, on Fadmirait. Étant mort sans enfans, la principauté revint à Denys, son frère , qui prit le titre de roi : tous ses efforts tendirent à anéantir la puissance persane ; après la bataille du Granique il étendit beaucoup sa domination. Cependant quand Alexandre affranchit tous les Grecs d'Asie , ceux d'Héraclée lui envoyèrent aussi une députation, et la position de Denys à son égard devint fort équivoque. 11 eut beaucoup de peine à se soutenir par rintérvention de Cléopâtre, sœur d'Alexandre, et le plaisir <[ae lui causa la mort de ce conquérant fut si grand , qu'il éleva nne statue k la joie [tvèufjiieiç ciyetXfXct). Après cela il épousa U nièce de Darius , qui d'abord avait été destinée k Cratère ;

Tandis que Lysiinaque se fortifiait ainsi vers le Nord et promettait la liberté à beaucoup de villes opprimées par Antigone , Prépélaûs , le général de Cassandre, parcourait l'Ionie et TÉolide, où il annonçait les mêmes desseins. Il prit Éphèse et renvoya dans leur patrie les cent otages des Rhodiens qu'on y gardait 3 puis , s'emparant de Téos et de Colophon , il marcha vers la Lydie. Ayant gagné Phœnix, le général des troupes d' Antigone, il occupa Sardes ; mais la citadelle resta entre les mains de Philippe qui était entièrement dévoué à son maître. Les rapides progrès de Lysimâque effrayèrent enfin le vieil Antigone. Il célébrait des jeux dans le voisinage d'Antigonie, qu'il avait fondée près d'un petit lac , à deux lieues et demie environ du lieu où dans la suite on vit s'élever Antioche. Antigone marcha de suite vers la Cilicie , et donna plus d'un million de gratification aux acteurs qui avaient figuré dans ces jeux; ses soldats reçurent chacun trois mois de solde , afin de les mieux dis-

il sut se faire valoir auprès d^Antigone , par le contingent ^^il donna à Démétrius, son fils, pour la prise de Cypre , et par Tamitié qu^il témoigna à Ptolémée, son neveu, quand celuici vint combattre Asandre. Aussi Antigone se déclara-t-il \% protecteur d^Amastris, sa veuve, et de ses deux .fils ^ mais^ âgé de soixante-dix-huit ans, préoccupé des affaires de Sjriei il songeait à tout autre chose qu^à Tadministration d^Héraclée. Amastris se pourvut donc d^un autre protecteur : Ljsimaque Tépousa y et de la sorte il prit pied dans le pays des Mariandjms.

poser aux longues marches qu'il leur fallait entreprendre depuis les environs de TOronte, et par le Taurus , jusqu'au Méandre. Ces sommes furent tirées du trésor de Quinda. Les adversaires d'Antigone ne supposaient pas tant de rapidité à ce vieillard octogénaire , Lysimaque se replia sur Dorylée , où il fortifia son camp ^ Mais Antigone vint le chercher jusque dans ce camp ; il Tenferma , Tas^ siégea comme une ville, et devint bientôt fort redoutable à son ennemi au moyen de ses machines de guerre. Lysimaque profita d'une nuit sombre et orageuse pour sortir de son camp. Il courut en établir un autre dans la plaine de Salonia en Bithynie^ à près de vingt- ciïiq lieues de celui qu'il abandonnait Cela le mettait en rapport avec la principauté des Maryandins, et en cas de besoin il pouvait se retirer à Héraclée. Il était d'ailleurs protégé par les marais qui l'entouraient. Antigone ne jugea pas prudent de l'attaquer pendant la saison des pluies , il mit donc son armée en quartiers d'hiver en Phrygie, et résolut d'entrer en campagne au printemps suivant avec toutes ses forces.

1 Dioâore, lir. XX, cfaap. 108. Antigone, dès qu'il aperçut Fénnemi, ptésenta la bataille, mais |)et&oïiné ne Pacceptant, il oectrjia le& contrées d'où Ton poiltàit tirer des subsistances. LyaiimqtM alors partit la nuit et fit tine marche d'environ qfiatre cetlts stades, jasqu'k Dorylée, où tout était en abon-. dance , et où il était d'ailleurs protégé par un fleure.

Cependant cet hiver ^ était celui qui devait décider de l'empire du mondé. Séleucus, qui accourait du fond de l'Asie , n'était pas le seul à le comprendre; Lysimaque pressait Cassandre de le rejoindre avec tout ce dont il pourrait disposer. De son côté Antigone rappelait Démétrius. Celui-ci, voyant que Cassandre avait fait occuper les défilés, s'était rendu la Béotie favorable, et de là il avait embarqué ses troupes pour la Thessalie ; mais Cassandre avait une forte garnison dans Thèbes; en Thessalie il avait fortifié Phères : il présenta donc la bataille à Démétrius le poliorcète dans le voisinage de cette place, avec vingt-neuf mille hommes d'infanterie et deux mille cavaliers ^. Mais Démétrius , quoiqu'il fût parvenu à s'introduire inopinément dans Phères, à occuper la ville et la citadelle, à gagner à son parti la garnison de Cassandre , il ne jugea pas prudent d'accepter le combat. Chacun des deux chefs était appelé en Asie, chacun cherchait k

i Celui de 3oa à 3oi avant notre ère.

a Diodore , liy. XX, chap. i lo. Ce passage peut donner mae idée de la manière dont se composaient les armées nombreuses. Démétrius était suiyi de 1 5oo cavaliers , il n^ayait pas moins de 6000 Macédoniens k pied ni de i5,ooo mercenaires; les contingens des villes grecques montaient à a5,ooo hommes armés à la légère ; enfin il faut évaluer k 4000 hommes les valets et tout ce qui suit une armée dans la vue du pillage. £q sorte qull y avait bien 56,ooo hommes d'infanterie*.

troinper son adversaire^. Cela facilita la conclusion d'un traité par lequel on renonça des deux côtés à s'immiscer dans les affaires des Grecs, et Ton garantit de nouveau leur liberté.

A peine Démétrius»fut-il paru, que Cassandre reprit les villes quil avait conquises; il envoya en Asie son frère Plistarque à la tête de douze mille hommes d'infanterie et de cinq cents cavaliers, avec ordre de se joindre à Lysimaque et de renforcer Prépélaùs. Néanmoins il ne put arriver à Héraclée que le tiers de ces troupes; un autre tiers fut retenu dans le Bosphore , et le reste périt par une tempête. Démétrius fut plus heureux; il s'empara de toute la côte, d'Éphèse à Calcédoine, et prit envers Lysimaque une altitude menaçante. Celui-ci. comptait surtout 3ur Séleucus, qui ne trompa point ses espérances : laissant derrière lui ses masses orientales, il apparut avec une troupe d'élite de douze mille cavaUers et de vingt mille fantassins ; il avait aussi cent chars de guerre et quatre cents éléphans. Jijsimaque et Séleucus firent leur jonction en Phrygie, où ils vinrent chercher leur ennemi.

1 Diodore, liy. XX, chap. m. Démétrius crut devoir obéir aux ordres de sou père j il coiiclut donc un traité avec Cassandre , traité qui ne devait être valable quVutant qu'Antigone le rati6erait. Mais Démétrius savait fort bien qu'Antigoee avait résolu de s'en remettre au sort des armes; il ne lui faUait qu'un prétexte à quitter la Grèce, afin que son départ a* ressemblât point à une fuite.

Ptolémée s'était retiré -de la Syrie dès Fautomne précédent et aussitôt qu'il eut appris la retraite de Lysimaque; dans la conjoncture présente il marcha si lentement qu'il lui fut impossible d'arriver à temps. Les armées de SéleMCus et de Lysimaque, celles de Démétrius et d' Antigone , se rencontrèrent près ^psus, au sud de Synnada. EUles étaient à peu près égales en forces. Antigone avait environ 7O9OOO fantassins, ses adversaires n'en comptaient que 64,000; il n'avait que 10^00 cavaliers, et ses ennemis en avaient 5oo de plus« Antigone possédait 70 éléphans, Séleucus en amenait 400 ou même 480. Cette bataille ^ décida enfin du sort de l'Asie ; mais il fallut encore trente ans à l'Europe pour prendre une assiette stable. Antigone fut vaincu; toutefois il ne pouvait , à l'âge de quatre-vingt-un ans , souhaiter une plus belle £n : il resta sur le terrain et mourut en combattant vaillamment Les auteurs varient beaucoup sur les raisons de la dé&ite de ce vieux général. Quelques-uns disent qu'il n'agit pas avec son assurance ordinaire, et qu'au lieu de tout disposer par lui-même, il tint conseil avec son fils. D'autres rejettent sur Démétrius la faute de ce revers: ils rapportent que, poursuivant avec trop d'ardeur l'aile qu'il avait battue, il négligea de venir au secours de son père. D'après une troi-

1 Soi.

sihme opinion , lapparition des élépbans de Séleueus aurait décidé de la victoire.

Ptolémée se remit désormais en possession de la Cœlé-Syrie et de la- Palestine ; mais ce fut en vain qu'il assiégea Tyr et Sidon : ces places demeurèrent à Démétrius. Lysimaque eut toute l'Asie mineure jusqu'au mont Taurus, aux frontières de la Cappadoce et au Pont. Tout ce qui ét^t au-ddà échut en partage à Séleucus. Plistarque , frère de Cassandre, eut la* Gilicie et les trésors qui étaient encore dans Quinda. Ce partage ne se maintint pas longtemps ^ ; aussi ne if ous y arrêterons-nous pas. Nous liions voir quel fut- le sort de Lysimaque et de Démétrius , et nous aborderons ensuite Thistoire des trois empires formés des débris de celui de Macédoine, en la poursuivant jusqu'au moment où leurs maîtres entrèrent en rapport avec les Romains.

t Mannèrt (pag. 303 -a65) a examiné cela de plus prés j il a détetnttné les limUes de ces ^t». Noos y j^enTojons.

( aia)

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