LIVRE SOIXANTE ET UNIÈME
DE LA TRANSLATION DE l'emPIRB d'oCCIDENT AUX PRINCES d'aLLEMAGNE (962) JUSQu'a LA TRANSLATION FINALE DE LA ROYAUTÉ, EN FRANCE, DE LA SECONDE DYNASTIE A LA TROISIÈME, VERS LA FIN DU DIXIÈME SIÈCLE (991).
■.•es Papes transfèrent l'empire d'Occident aux princes d'Allemag'ney dont le premier, cédant à de manvais conseils, commence par faire un antipape. — Grands et saints pcrsunnagres par toute l'Égalise. — lia nonne Roswitfa) au fond de l'Allen)ag:ne, écrit, en latin élég^aut et correct, des comédies clirétiennes. — lie moine Cierbert d'Aurillac étudie et euseîg^ne les sciences, avec l'applaudissement de tons ses contemporains. — Lies Russes se converlissent avec leur g'rand-duc IVladimir. — La troisième ilynastie de France succède à la seconde d'une manière peut-être unique dans l'iiistoire. — Révolutions beaucoup moins fréquentes et moins sang^lantes ciiez les nations catlioliqnes de l'Occident <iue cliez les Grecs de ConstautinoplC} les musulmans de Bagdad et les peuples de la Chine.
Comme nousl'avons déjà vu, lesempereurs d'Occident étaient les défenseurs titulaires de l'Église romaine contre les infidèles, les hérétiques, les schismatiques et les séditieux. Défendre l'Église romaine, voilà ce qu'ils promettaient avec serment à leur sacre. Dès lors il était toutnaturel que le chef de l'Église romaine, le Pape, choisît celui des princes chrétiens qu'elle devait avoir pour protecteur. Cette réflexion, l'historien Glaber la faisait déjà dans le onzième siècle. «Il paraît très-raisonnable, dit-il, et très-bien établi, pour maintenir la paix, qu'aucun prince ne prenne le titre d'empereur, sinon celui que le Pape aura choisi pour son mérite et auquel il aura donné la marque de cette dignité ' . » Ce que dit ici Glaber avait été reconnu comme un principe fondamental par Charlemagne et ses descendants, en particulier par l'empereur Louis II, dans sa lettre à l'empereur grec de Constantinople, où il pose pour base de son droit de régner comme empereur que c'est de l'Église romaine que sa famille a
> Glab., Li, suL fin.
reçu d'abord l'autorité de la royauté et ensuite celle de l'empire Nous voyons la même chose dans la translation de la dignité impériale aux princes d'Allemagne. Olhon I" la demande d'abord au Pape Agapit II et ne l'obtient pas ; le Pape Jean XII l'y appelle, mais aux conditions suivantes, jurées par le futur empereur : qu'il conserverait au Pape Jean XII sa vie et sa dignité ; que, sans sa participation, il ne ferait à Rome aucune ordonnance concernantles Romains ; qu'il rendrait au Pape tout ce qu'il récupérerait des terres de saint Pierre ; qu'il exalterait selon son pouvoir l'Église romaine et son chef *.
Les empereurs d'Occident étant les défenseurs titulaires de l'Église romaine, les habitants de Rome leur prêtaient un serment de fidélité ; mais cette fidélité était subordonnée à celle qu'ils devaient au Pape, leur véritable souverain. La formule du serment que firent les Romains aux empereurs Louis et Lothaire, l'an 824, sous le Pape Eugène II, contient cette clause : « Sauf la foi que j'ai pro-
* Baron., ann. 871, n. 63. — > Id., ad aun. 960.
(De 9C2 à 991
mise au seigneur apostolique. » On en voit autant, l'an 895, dans le serment à l'empereur Arnoulfe, sous le Pape Formose. 11 n'y a aucun doute qu'au couronnement d'Olhon on ne fit la même chose, ni plus ni moins.
Cliarlemagne comprit parfaitement, et par l'esprit et par le cœur, ce que les empereurs d'Occident étaient et devaient être aux Papes, et ce qu'il comprit si bien il l'accomplit de même. Il fut le défenseur, l'ami, le confident des Pontifes romains ; il veillait à leur honneur et à leur sanctification non moins qu'à leur sûreté ; il savait, avec les ménagements délicats de la piété filiale, leur suggérer les avis convenables pour conserver l'humilité et les autres vertus dans une dignité si éminente. Pour le bien de l'humanité chrétienne,et parla même de l'humanité entière, il acheva de fonder l'indépendance même temporelle de l'Église romaine. Ses descendants, s'ils n'eurent pas la même intelligence, eurent généralement la même volonté;tousilsmanifestèrentet se transmirent, pour le chef de l'Église, pour le centre de l'univers chrétien, uneaffection sincère et filiale. Aucun empereur issu de Charlemagne n'occasionna ni ne favorisa de schisme ou d'antipape. Cette gloire si belle et si pure, les évèques et les peuples de France la partagent avec eux. Nous verrons si les empereurs, les évêques et les peuples de Germanie sauront l'acquérir de même.
L'empereur Othon, nouvellement couronné, était encore à Rome quand il obtint du Pape Jean XII l'érection de la ville de Magdebourg en métropole. Il y avait fondé un monastère dès l'an 937, et l'an 961 il y fit apporter le corps de saint Maurice et ceux de quelques-uns de ses compagnons. Dans la bulle d'érection le Pape Jean XII dil entre autres choses :
«Notre très-cher et très-chrétien filsOthon, ayant, par le secours de Dieu, vaincu les nations barbares, est venu à la Chaire souveraine et universelle à laquelle nous présidons par l'autorité de Dieu, afin de recevoir par nous, du bienheureux Pierre, prince des apôtres, la couronne triomphale, le faîte victorieux de l'empire, pour la défense de la sainte Église de Dieu. Nous l'avoJis accueilli
avec une affection paternelle, et, pour la défense de la sainte Église de Dieu, l'avons sacré empereur avec la bénédicfion de saint Pierre. Et comme, dans l'église du prince des apôtres, nous traitions ensemble de l'état et du gouvernement de toute la chrétienté, le très-pieux empereur Othon apprit à notre Paternité comment, aprèsavoirvaincu les Slaves, il les avait amenés à la foi chrétienne, nous priant de ne pas les exposer à retomber, faute de pasteur, sous la puissance du démon. C'est pourquoi nous ordonnons que le monastère de Magdebourg, bâti en Saxe, sur l'Elbe, comme étant plus proche de ces nations, soit érigé en siège archiépiscopal, qui puisse gouverner tout ce troupeau par sessuffragants. Nous voulons aussi qu'en exécution du vœu fait par le très-pieux empereur, pour avoir défait les Hongrois, le monastère de Mersebourg soit érigé en siège épiscopal soumis à celui de Magdebourg, parce qu'un seul pasteur ne peut suffire pour tant de nations. Nous voulons que le cens et la dime de tous les peuples qui ont été baptisés par l'empereur, ou qui le seront par les soins de ses successeurs, puissent être distribués aux sièges de Magdebourg et de Mersebourg et à tel autre (ju'ils voudront. Nous voulons aussi et nous ordonnons, par le commandement de saint Pierre, que les archevêques de Mayence, de Trêves, de Cologne, de Salzbourg etde Hambourg, favorisent de tout leur pouvoir ces deux érections. Et quand Dieu, par le ministère de l'empereur et de ses successeurs, aura amené au Christianisme les Slaves voisins, nous voulons qu'ils établissent des évêchés aux lieux convenables, dont les évêques soient consacrés par l'archevêque de Magdebourg et deviennent ses suffragants. Les contrevenants seront frappés d'anathème. » Cette bulle est du 12 février 962 ' ; mais elle ne fut exécutée que six ans après.
Cette bonne harmonie entre l'empereur Oihon et le Pape Jean XII ne dura guère. Dès l'année 963 il survint une dissension politique qui eut des suites fâcheuses, mais dont nous ne savons pas bien au juste les causes
« Acta SS. Ord. S. Bened., secl. 5, p. 575. Mansi, Concil.yi. 18, p. 401.
de l'ère chr.]
ni les circonstances ; car le récit le plus détaillé que nous en ayons est de Luitprand, dontnous connaissons le caractère passionné, satirique et partial.
Après avoir dit que le nouvel empereur, ayant reçu du Pape Jean et des principaux de Rome, sur le corps de saint Pierre, le serment que jamais ils ne donneraient secours à Bérenger ni à son fils Adalbert, se hâta de retourner dans sa patrie, Luitprand continue en ces termes: «Cependant le Pape, oubliant le serment qu'il avait fait au saint empereur, envoya vers Adalbert pour qu'il vînt à lui, l'assurant avec serment qu'il l'aiderait contre la puissance du très-saint empereur ; car le saint empereur avait tellement épouvanté Adalbert, le persécuteur des Églises de Dieu et du même Pape Jean, qu'il abandonna l'Italie et se réfugia chez les Sarrasins du Frayssinet. Le juste empereur, ne pouvant assez admirer pourquoi le Pape Jean aimait alors Adalbert, que précédemment ilhaïssait si fort, appela quelques-uns de ses familiers et les envoya à Rome pour en savoir la vérité. Les envoyés reçurent cette réponse, non de pcrsonnesquelconquesou enpetitnombre, mais de tous les citoyens de Rome : Le Pape Jean hait le très-saint empereur qui l'a délivré d'Adalbert par la même raison que le diable hait son Créateur. L'empereur ne cherche qu'à plaire à Dieu et à procurer le bien de son Église et de l'État ; le Pape Jean fait tout le contraire ; témoin la veuve de Rainier, son vassal, à qui, par la passion qu'il a pour elle, il a donné le gouvernement de plusieurs villes, et, de plus, des croix et des calices d'or de l'église de Saint-Pierre ; témoin Stéphanie, qui vient de mourir en se délivrant de ce qu'elle avait conçu de lui. Que si tout le reste gardait le silence, le palais de Latran, autrefois l'habitationdessaints, maintenant un heu infâme, ne tairait point son amie, la femme de Stéplianas, sœur de la concubine de son père. Témoin l'absence des femmes étrangères, qui n'osent plus visiter l'égUse des Apôtres, sachant que depuis quelques jours il a abusé par force de quelques-unes, mariées, veuves et vierges. Témoin les égUsesdes apôtres qui tombent en ruine, qui laissent pénétrer la pluie, non plus par quelques gout-
tes, mais par torrents, jusque sur les saints autels. Quelle peur ne nous font pas les poutres quand nous allons prier Dieu ! La mort qui règne dans la toiture nous empêche de prolonger nos prières et nous force d'abandonner bientôt la maison du Seigneur. Témoin les femmes quelconques, belles ou con)munes ; car elles sont pour lui les mêmes, soit qu'elles foulent de leurs pieds le caillou, soit qu'elles se fassent porter par de magnifiques montures. Voilà pourquoi il y a la même discorde entre lui elle saint empereur qu'entre les loups et les agneaux ; c'est pour oser impunément tout cela qu'il cherche à se faire un défenseur d'Adalbert. » C'est en ces termes que Luitprand fait parler les Romains aux envoyés et les envoyés à l'empereur. Il continue :
« L'empereur, entendant ces choses, dit en parlant du Pape : ail est jeune, il pourra se corriger par les exemples et les avis des gens de bien; mais allons d'abord nous emparer de Montfeltre, où Bérenger s'est enfermé. Nous irons ensuite trouver le seigneur Pape, nous lui ferons des remontrances paternelles, et, si ce n'est pas de son plein gré, au moins par respect humain, il deviendra un homme parfait. » Pendant que l'empereur assiégeait ladite forteresse, le Pape lui envoya Léon, protoscriniaire de l'Église romaine, etDémétrius,le premier des grands de Rome, promettant de se corriger de ce qu'il avait fait par emportement de jeunesse, et se plaignant que l'empereur avait reçu un évêque nommé Léon et un diacre-cardinal nommé Jean, qui étaient infidèles au Pape. Il se plaignait encore que l'empereur manquait à sa promesse en se faisant prêter serment à lui-même, et non au Pape, dans les lieux qu'il réduisait à son obéissance.
L'empereur répondit aux envoyés du Pape : « Quant à ce qu'il promet de changer de conduite, je lui en rends grâces ; quant au reproche qu'il me fait de manquer moimême à mes promesses, examinez vous-mêmes si cela est vrai. Nous avons promis de rendre à l'Église toutes les terres de saint Pierre qui viendraient en notre puissance, et c'est à cette fin que nous travaillons à chasser Bérenger de celte forteresse ; car
IVERSELLE
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comment pourrions-nous lui rendre cette terre si auparavant nous ne l'arrachons aux mains des ravisseurs et ne la soumettons à sa puissance ? Quant à l'évêque Léon et au cardinal-diacre Jean, infidèles à son égard, qu'il nous accuse d'avoir reçus, nous ne les avons ni vus ni reçus en ces temps ; mais nous avons appris qu'on les a arrêtés à Capoue, comme ils allaient à Constantinople, où le Pape les envoyait à notre préjudice. On a pris avec eux un Bulgare, nommé Salec, élevé chez les Hongrois, ami très-familier du Pape, et Zachée, méchant homme et ignorant, que le Pape a, depuis peu, consacré évêque et a envoyé chez les Hongrois pour leur prêcher, mais de nous attaquer. Nous ne l'aurions pas cru, si nous n'avions pas vu les lettres du seigneur Pape, scellées en plomb avec son nom ^ »
Ce récit de Luitprand mérite une attention particulière. Le Pape se plaignait que l'enipereur, contrairement à sa promesse, se faisait prêter serment à lui-même, et non pas au Pape, dans les lieux qu'il réduisait à son obéissance. L'empereur ne répond à cette plainte que par un sophisme, qu'avant de rendre les terres à l'Église romaine il fallait bien les prendre aux usurpateurs. Sans aucun doute ; mais la question était de savoir pourquoi, en les prenant, il se faisait prêter serment à lui-même, et non pas au Pape. On voudrait plus de franchise dans le premier empereur de Germanie. H y a plus ; on voit, par ce récit de Luitprand, que le Pape Jean XII envoyait deux ambassadeurs à Constantinople, deux autres chez les Hongrois pour y prêcher, et que, contre le droit des gens, l'empereur Othon fit arrêter ces ambassadeurs du chef de l'Église et leur ôta leurs papiers. A notre avis ces manœuvres décèlent un oppresseur de l'Église bien plus qu'un protecteur. Enfin, comme le Pape accuse d'infidélité les ambassadeurs destinés pour Constantinople, il paraît que la trahison y fut pour quelque chose, et que la politique du premier empereur de Germanie, à l'égard du successeur de saint Pierre, ressemblait quelque peu à lapolitiquedes Grecs,
> Luitpr., 1. C, c. 6. Labbe, t. 9, p. 648. Baron., aiin.
qui avaient coutume de corrompre les légats du Saint-Siège. On conçoit alors sans peine que le Pape cherchât ailleurs un appui contre une politique aussi peu loyale et aussi peu chrétienne.
Luitprand, alors évêque de Crémone, continue : «Après cette réponse, l'empereur envoya Landohard, archevêque de Munster, et Luitprand, évêque de Crémone, à Rome, avec les envoyés du Pape, pour justifier auprès de lui la conduite de l'empereur, avec ordre aux vassaux de ces évêques, qui les accompagnaient, de prouver son innocence par le duel si le Pape ne recevait pas ses excuses. » A coup sûr voilà un expédient fort étrange, que deux évêques proposent le duel au Pape pour prouver l'innocence de l'empereur. Cela seul suffirait pour rendre cette innocence suspecte. « Les deux évêques envoyés par l'empereur, étant arrivés à Rome, continue Luitprand, qui était l'un des deux, virent bien, à la réception que leur fit le Pape, combien il était dégoûté du saint empereur. Il ne voulut recevoir sa justification ni par le serment ni par le duel, mais demeura dans son opiniâtreté. Cependant, huit jours après, il renvoya avec eux Jean, évêque de Narni, et Benoît, cardinal-diacre, pour amuser encore l'empereur pendant qu'il invitait Adalbert à revenir. Celui-ci partit donc de Frayssinet et vint à Cenlumcelles et de là à Rome, où le Pape le reçut avec honneur, au lieu de le chasser, comme il devait.
« Le saint empereur, c'est Luitprand qui parle, ayant passé tout l'été au siège de Montfeltre, vint avec son armée à Rome, où les Romains l'invitaient en secret avenir. Que dis-je, en secret ? La majeure partie des grands de Rome, s'étant saisis du château de Saint-Paul, invitèrent le saint empereur jusqu'à lui donner des otages. Bref, l'empereur vintcamper auprès de Rome ; le Pape et Adalbert s'enfuirent. Les citoyens reçoivent le saint empereur dans la ville avec tous les siens, lui promettent fidélité, et jurent de ne jamais élire ou faire ordonner do Pape sans son consentement ou celui du roi, son lils. » Voilà ce que dit Luitprand. Le continuateur de Réginon ajoute qu'à l'arrivée de l'empe-
de J'ère chr.J
reiir les Romains se divisèrent : les uns favorisaient l'empereur, se plaignant d'être opprimés par le Pape ; les autres soutenaient le Pape, et toutefois reçurent l'empereur avec les honneurs convenables et lui donnèrent des otages'.
«Trois jours après, continue Luitprand, à la prière des évêques romains et du peuple, on tint une grande assemblée dans l'église de Saint-Pierre. L'empereur y assista avec environ quarante évêques. Angelfrid, patriarche d'Aquilée, étant tombé malade à Rome, où il mourut quelque temps après, un diacre tenait sa place. Valbert, archevêque de Milan, y était en personne, avec Pierre de Ravenne et Adaldague de Brème, qui avait suivi l'empereur. Après ces (rois archevêques étaient trois évêques allemands ; les autres étaient des diverses parties de l'Italie. » On peut remarquer qu'il n'y en avait pas un seul qui ne fût sous la domination de l'empereur. 0 II y avait en outre treize cardinaux-prêtres, trois cardinaux-diacres, plusieurs autres clercs officiers de l'Église romaine, et quelques laïques des plus nobles, avec toute la milice des Romains. » On peut ici remarquer encore que, sur plus de quarante prêtrescardinaux, il ne s'y en trouve que treize, et sur sept diacres, que trois.
«Quand on eut fait silence, le saint empereur dit : 1 1l serait bienséant au seigneur Pape Jean d'assister à un si illustre et si saint concile. 0 vous, saints Pères, qui travaillez en commun pour l'Église, dites-nous donc pourquoi ill'a évité. » Alors les pontifes romains et les cardinaux, les prêtres et les diacres dirent avec tout le peuple : a Nous sommes surpris que votre très-sairite prudence nous demande ce que personne n'ignore, pas même en Ibérie, à Babylone et dans l'Inde. Il n'est pas de ceux qui viennent avec des vêlements de brebis, et qui, au dedans, sont des loups rapaces ; il fait si ouvertementles œuvres du diable qu'il n'use d'aucun détour. » L'empereur répondit : « Il nous paraît juste que l'on propose les accusations en particulier, pour délibérer ensuite en commun sur ce qui est à faire.» Alors
' Pagi, ann . 9fJ3.
Pierre, cardinal-prêtre, se leva et dit qu'il l'avait vu célébrer la messe sans communier. Jean, évêque de Narni, et Jean, cardinaldiacre, dirent qu'ils l'avaient vu ordonner un diacre dans une écurie et hors des temps solennels. Benoît, cardinal-diacre, lut une accusation au nom de tous les prêtres et les diacres, portant que le Pape Jean faisait les ordinations des évêques pour de l'argent, et qu'il avait ordonné pour évêque, à Todi, un enfant de dix ans. Quant à l'adultère, ils dirent qu'ils n'avaient pas vu des yeux, mais qu'ils savaient pour certain qu'il avait abusé de la veuve de Rainier, de Stéphanie, concubine de son père, d'une autre veuve nommée Anne et de sa nièce ; qu'il avait fait du sacré palais un lieu de débauche; qu'il avait été publiquement à la chasse ; qu'il avait fait crever les yeux à Benoît, son père spirituel, qui était mort aussitôt; qu'il avait fait mourir Jean, cardinal-sous-diacre, après l'avoir fait eunuque ; qu'il avait fait faire des incendies et avait paru l'épée au côté, portant le casque et la cuirasse. Tous, tant clercs que laïques, déclarèrentqu'ilavait budu vin pour l'amour du diable; qu'en jouant aux dés il avait invoqué le secours de Jupiter, de Vénus et des autres faux dieux ; qu'il n'avait dit ni matines, ni les heures canoniales, ni fait sur lui le signe de la croix *. »
Gomme les Romains n'entendaient pas la langue saxonne que parlait l'empereur, il fît dire à l'assemblée par Luitprand, évêque de Grémone : « Il arrive souvent, et nous le savons par expérience, que ceux qui sont constitués en dignité sont calomniés par leur.« envieux, ce qui me rend suspecte cette accusation qui vient d'être lue par le diacre Benoît. C'est pourquoi je vous conjure, au nom de Dieu, qu'on ne peut tromper, et de sa sainte Mère, et par le corps de saint Pierre, dans l'église duquel nous sommes, que l'on n'avance rien contre le seigneur Pape qu'il n'ait effectivement commis et qui n'ait été vu par des hommes dignes de foi. » Les évêques, le clergé et le peuple de Rome dirent tout d'une voix : « Si le Pape Jean n'a pas commis ce que le diacre Benoît vient de lire et en-
• Labbc, t. 9, p. 648. Luitpr., 1. 6, C 7.