HISTOIRE H
travailler qu'à se rendre petit et humble dans la religion. Plus il avait été élevé dans le siècle, plus il cherchait à s'abaisser au-dessous de ses frères. La première leçon qu'il se fit à lui-même en entrant dans le monastère, c'est que la vraie grandeur d'un religieux consiste dans l'amour de l'humiliation et du mépris, et il lamitconstammenten pratique. Richard, son abbé, l'ayant un jour mené avec lui à la cour de l'empereur Henri, ce prince fit de grands honneurs à Frédéric, qui était son parent, et, par distinction, il le fit asseoir auprès de lui dans un cercle de seigneurs; mais Frédéric, ayant remarqué que son abbé occupait une des dernières places, quitta la sienne, et, prenant le marchepied qui était sous lui, il alla s'asseoir dessus aux pieds de Richard, disant qu'il était peu séant qu'un simple moine fût placé plus honorablement que son abbé. L'empereur, édifié de cette humilité de Frédéric, fit donner une place plus honorable à l'abbé Richard.
On rapporte plusieurs autres exemples de l'humilité de Frédéric. Le duc Godefroi de Lorraine, son frère, l'ayant trouvé un jour servant les maçons et portant l'oiseau, lui en fit des reproches. Frédéric répondit que tout ce qu'on faisait dans la maison de Dieu, et pour le service de saint Pierre et de saint Paul , dont on bâtissait alors l'église, était d'un mérite si grand qu'il ne s'estimait pas même digne d'y être employé aux plus vils ministères. Il ne pouvait souffrir que les moines lui rendissent le moindre service, disant qu'il était venu pour servir les autres et non pour s'en faire servir *. Voilà jusqu'où, dans ces siècles que nous appelons de fer, la religion adoucissait le caractère de ceux que nous regardons comme des Barbares.
Si elle ne les transformait pas tous en des modèles d'humilité comme le comte Frédéric, elle savait modérer du moins les plus indomptables; on en voit un exemple dans Foulques Nerra, comte d'Anjou. C'était un des seigneurs les plus puissants, mais des plus violents de France. Vers l'an 993 il entra à main armée dans le cloître de Saint-Martin de Tours, en viola l'asile et fit enfoncer les
ÎIVERSELLE [DeSDiàios*
portes de la maison d'un chanoine. Les autres chanoines, voulant témoigner l'horreur qu'ils avaient de cet attentat, descendirent toutes les châsses des saints et les mirent à terre avec le crucifix, qu'ils ôtèrent de sa place, et jetèrent des épines autour des châsses, du crucifix et du tombeau de saint Martin ; après quoi ils fermèrent les portes de l'église, avec défense de les ouvrir à personne qu'aux pèlerins étrangers. Le comte Foulques, frappé de cet appareil lugubre, voulut réparer avec éclat la faute qu'il se reprochait; il se rendit à la maison de Sicard, qui présidait à l'école de Saint-Martin, s'y déchaussa et alla pieds nus, avec quelques seigneurs de sa cour, faire une espèce d'amende honorable, premièrement devant le tombeau de saint Martin, ensuite devant les châsses qu'on avait déposées, et enfin devant le crucifix, promettant que, dans la suite, il aurait plus de respect pour ce qui appartiendrait à saint Martin. Rainald, évêque d'Angers, etun évêque espagnol qui était venu en pèlerinage à Tours, furent ses cautions *.
Plus tard, vers l'an 1007, le même comte, touché de la crainte de l'enfer pour avoir répandu beaucoup de sang en divers combats, fit le pèlerinage de Jérusalem, et, au retour, résolut de bâtir un monastère dans une de ses terres, où les moines priassent jour et nuit pour le salut de son âme. Il fonda donc le monastère de Beaulieu, à mille pas de Loches, et l'église, qui était très-belle, ayant été promptement achevée, il envoya prier Hugues, archevêque de Tours, dans le diocèse duquel elle était, de venir en faire la dédicace. L'archevêque répondit : « Je ne puis offrir à Dieu les vœux d'un homme qui a pris à mon Égliseplusieursterres et plusieurs serfs; qu'ilcommence parrendreauxaulres ce qu'ii leur a ôté injustement. » L'archevêque aurait peut-être mieux fait d'accueillir avec plus de condescendance la prière d'un homme violent qui était eu voie de retour; il eût peutêtre obtenu par douceur ce qu'il manqua par rudesse. Le comte, choqué de la réponse, résolut de faire dédier la nouvelle église indépendamment de l'archevêque. Il fit le voyage
* Labbe, Uiblioth. nova, t. f .
> Annal. Bened., t. 4, p. lOS.
de l'ère ehr.]
de Rome, et, à force de présents, c'est du moins ce que dit le moine Glaber, il obtint du Pape Jean XVIII un légat, qui fut le cardinal Pierre, lequel vint faire la dédicace de la part de Sa Sainteté. Les évêques de France, au rapport du môme Glaber, trouvèrent fort mauvais ce procédé, et ils se plaignirent de ce que le Pape donnait par là atteinte aux droits del'évôque diocésain. Le légat ne laissa pas de faire la dédicace avec un grand appareil; il ne s'y trouva cependant que les évêques des États du comte Foulques, et un accident imprévu troubla la fête. Un ouragan qui s'éleva tout à coup renversa une partie de cette église, ce qui parut juslifler les plaintes des évêques; mais Foulques ne s'étonna pas de cetévénement; il fit rebâtir l'église, et obtint du Pape un privilège pour exempter le monastère de Beaulieu de la juridiction de l'archevêque de Tours. Ce prélat alla à Rome pour défendre sa cause et il la plaida avec chaleur; on lui dit qu'il était libre au ctomle de soumettre immédiatement au Saint-Siège un monastère qu'il avait bâti sur ses terres'.
Foulques Nerra était un des plus grands guerriers de son temps ; les victoires qu'il remporta sur Odoti, comte de Tours, et sur les Bretons, lui firent donner par quelques auteurs le surnom de Martel, et les divers voyages qu'il fit à la Terre-Sainte lui firent donner par d'autres celui de Palmier, à cause des palmes que rapportaient les pèlerins de Jérusalem. On voyait en efîet dans ce prince un mélange assezsingulier d'une férocité martiale et d'une tendre dévotion. Le temps qu'il ne donnait pas à des expéditions militaires il l'employait à des pèlerinages ou à faire des établissements de piété. 11 fonda dans la suite deux autres monastères : celui de Saint-Nico« las, à Angers, pour des hommes, et celui de Ronceray, pour des filles. Il fit jusqu'à trois fois le voyage de Jérusalem et mourut à Melz en revenant dutroisièrae ; son corps futtransporlé et enterré au monastère de Beaulieu, qu'il avait fondé ».
Un prince tout à la fois plus puissant, plus religieux et plus pacifique que Foulques d'Anjou, était le duc d'Aquitaine, Guillaume V,
» Gl»b., I. 2, c. 4. Hist. de l'Église gallic, 1. 19.— :Glab., I. 4, c. 9.
VU
que plusieurs nomment le Grand. C'était le
défenseur des pauvres, le père des moines, le protecteur des églises. Dès sa jeunesse il prit la coutume d'aller à Rome tous les ans, et, s'il y manquait une année, il allait à Saint- Jac(|ues en Galice. Soit qu'il marchât, soit qu'il tînt sa cour, il paraissait un roi plutôt qu'un duc; aussi était-il absolu dans toute l'Aquitaine. Il était lié d'amitié avec le roi Robert et avec les princes élranf^ers : Alphonse, roi de Léon; Sanche, roi de Navarre; Canut, roi de Danemark et d'Angleterre, et l'empereur saint Henri; ils se faisaient réciproquement des présents. Le duc Guillaume était surtout chéri du Pape et des Romains ; quand il arrivait à Rome il y était reçu comme un empereur, et le sénat lui faisait des acclamations comme à un père. S'il trouvait un clerc recommandable par sa science il en prenait un soin particulier; ainsi il donna l'abbaye de Saint-Maixentau moine Rainald, surnommé Platon. Le duc avait été bien instruit dans s jeunesse; il avait quantité de livres dans son palais, lisait lui-même, et, à l'imitation de Charlemagne, y employait ses heures de loisir, principalement dans les longues nuits de l'hiver. Il n'était guère sans quelques évêques auprès de lui. Il donna des terres à plusieurs monastères, entre autres à Saint-iMartial de Limoges, à Saint-Michel en l'Herm et à Cluny; car il honorait singulièrement les moines réguliers et les abbés, et se servait de leurs conseils dans le gouvernement de son État. Il chérissait surtout saint Odilon, abbé de Cluny, qu'il s'attacha par de grandes libéralités, le considérant comme uti temple du Saint-Esprit, etluidonnaàréformer plusieurs monastères de son obéissance'.
Vers l'an 10041e duc Guillaume convoqua un concile à Poitiers. On y vit l'archevêque de Bordeaux, les évêques de Poitiers, de Limoges, d'Angoulême et de Saintes, avec douze abbés. On y fit trois canons, dont le premier, touchant la paix, fut reçu par le duc et les seigneurs, qui promirent de l'observer sous peine d'excommunication, et ils en donnèrent des otages. Il porte que, pour toutes les choses qui ont été usurpées depuis cinq ans
» Ex Chron, Adem. Dom Bouquet, t. iO, p. 119.
ou qui le' seront à TaTenir, on viendra demander justice au prince ou au seigneur particulier Celui qui ne voudra pas s'y soumettre, le prince oule seigneur en fera justice ou perdra son otage. Que s'il ne peuten faire justice /I assemblerales seigneurs etlesévêques ^qiii ont assisté au concile; ils marcheront con- ;tre le rebelle etferontledégàt chezlui jusqu'à ce qu'il se soumette à la raison. Les otages furent donnés etl'excommunication prononcée, conformément aux trois canons du concile de Charroux, tenu dans la même province en 989. Ils portaient anathème contre ceux qui briseraient les églises, pilleraient les pauvres ou frapperaient les clercs désarmés. Les deux autres canons du concile de Poitiers défendent aux évéques de rien prendre pour la Pénitence ou pour la Confirmation, et aux prêtres et aux diacres d'avoir des femmes chez eux'.
Le duc Guillaume fonda de nouveau, l'an 4010,1e monastère de Maillezais, en Poitou, qui fut érigé en évêché trois cents ans après. Il fonda l'abbaye de Bourgueil, en Anjou, dans une terre de son domaine. De son temps, et dans la même année 1010, Alduin, abbé du monastère d'Angeli, en Saintonge, trouva dans la muraille de son église un petit coffre de pierre fait en forme de tour, et dans ce petit coffre un reliquaire d'argent de la même (igure, avec cette inscription : « Ici repose le chef du précurseur du Seigneur. » On ne put découvrir ni par qui ni quand il avait été apporté en France. Il est vrai qu'on trouva marqué dans un écrit qu'un nommé Félix avait apporté cette relique d'Alexandrie sous le règne de Pépin, roi d'Aquitaine, et tandis que Théophile, à qui saint Luc adressa les Actes des Apôtres, gouvernait l'Église d'Alexandrie; mais un si énorme anachronisme fit dès lors mépriser cet écrit, et quelques auteurs du temps, comme Guibertde Nogent, opposèrent à ce qu'on publiait de la vérité de cette relique que le chefde saint Jean-Baptiste était alors honoré à Constantinople. Cependant on ne parut pas, en Aquitaine, révoquer en doute que ce ne fût le chef du Précurseur oui avait été trouvé à Angeli. Le
tDe 991 à 1024
duc Guillaume, ayant appris cette d écouverte à son retour d'un pèlerinage de Rome, on témoigna une grande joie et fit exposer la nouvelle relique à la vénération des peuples. On y accourut bientôt, non-seulement do toutes les parties de la Gaule, mais encore des pajs étrangers. Le roi Robert y vint avec la reine Constance et y offrit une conque d'or du poids de trente livres, avec des ornements précieux. Sanche, roi de Navarre, y vint aussi, le duc de Gascogne, le comte de Champagne, et tous les autres seigneurs, les évêques et les abbés, tous avec de riches offrandes. On yapportait en procession lesrcliques les plus fameuses, même celles de saint Martial, tenu pour l'apôtre de l'Aquitaine
On demandera peut-être ici : « Que penser de cette dévotion des peuples au cas où les reliques ne fussent pas du saint dont on les croyait ?» Le protestafit Leibnitz répond à cet égard, dans son Testament religieux : « En montrant que l'on peut avec justice honorer les saints, en se renfermant dans les bornes que nous avons assignées, nous avons montré que l'on peut vénérer de même leurs reliques, et, en leur présence, ainsi que devant les images, rendre des hommages aux saints à qui elles appartiennent. Or, comme il ne s'agit ici que des pieuses affections, peu importe, lors même que, par hasard, les reliques que l'on croit véritables seraient supposées *. »
Un ami cordial du duc Guillaume d'Aquitaine et de tous les grands personnages de son temps était le bienheureux Fulbert, évêque de Chartres. Il dut ces avantages et cette dignité, non à sa naissance ni à ses richesses, mais à son seul mérite ; lui-môme reconnaît humblement qu'on le tira de la poussière pour le faire asseoir avec les princes de l'Église. On ne connaît ni ses parents ni le lieu de sa naissance. Il fit ses études à Reims, sous Gerbert, d'où il passa à Chartres, pour présider l'école de cette ville. Son habileté lui attira de tous côtés des disciples, dont plusieurs furent élevés à l'épiscopat ou à d'autres dignités ecclésiastiques. Outre les lettres divines et humaines il possédait la
• Labbe, i. it, V ■'<*V %
^CIirOH- 4d«(»<ai'. — *L.i;ibiiiU, Sy^l. theol., p. 198,
ffe l'ère chr.î DE L'EGLISE
médecine ; on voit par son Traité contre les Juifs qu'il n'ignorait pas l'iiébreu. Comme il était estimé des rois, des évêques et des peuples, son mérite le fît élire évôque de Cliartres, après la mort de Rodolplie, quoiqu'il fut encore jeune. C'était l'an 1007. Il fut sacré par Léotheric, archevêque de Sens, son métropolitain. Les fonctions de l'épiscopat ne lui firent point discontinuer ses leçons publiques ; mais il cessa de se mêler de médecine. On voit, par le grand nombre de ses lettres, qu'il était regardé comme l'oracle de la France, et qu'on s'adressait à lui de toutes parts pour le consulter sur toutes sortes de matières. Au mois de mai de l'an 1008, qui était le second de son épiscopat, il assista au concile que le roi Robert avait assemblé à Chelles, et, quoiqu'il fût un des derniers suivant le rang de son ordination, on le fit souscrire, par respect pour son mérite, immédiatement après les métropolitains. U rebâtit son église cathédrale, qui, en 1020, avait été réduite en cendres avec une partie de la ville de Chartres.
Foulque, évêque d'Orléans, étant mort, Thierri fut élu à sa place. U était fils du seigneur de Château-Thierri-sur-Marne et petitfils de celui qui bâtit cette forteresse, dont elle a gardé le nom. Thierri avait été élevé à Sens, dans le monastère de Saint-Pierre-le- Vif, sous les yeux de l'abbé Rainard et de l'archevêque Séguin, ses parents. Sur la réputation de sa vertu le roi le fit clerc de son palais, et il suivait volontiers ses conseils. Ce prince crut que personne ne serait plus propre pour remplir dignement le siège (l'Orléans; mais un clerc de cette Église, nommé Odalric, y forma opposition par ses brigues, y ajoutant des calomnies qui allèrent jusqu'à Rome. Cependant l'autorité du roi et le mérite de Thierri l'emportèrent ; mais, au jour indiqué pour l'ordination, Fulbert de Chartres refusa de s'y rendre, parce que Thierri était accusé d'homicide par ses adversaires, et que le Pape, en étant averti, avaif défendu de l'ordonner ; de plus on se plaignait que son élection avait été extorquée par l'autorité du prince contre la liberté du clergé et du peuple. Thierri s'étant justifié de ces calomnies, Fulbert consentit à son ordi-
nation, qui fut faite par Léotheric de Sens. Pendant qu'on le sacrait Odalric entra dans l'église avec une troupe de ses partisans et
excita un grand tumulte pour empêcher l'ordination ; mais, malgré ce trouble,on ne laissa pas d'achever la cérémonie. Les partisans d'Odalricne s'en tinrent pas là; ilsdressèrcnt des embûches au nouvel évêque dans un voyage qu'il fit et le battirent avec tant do cruauté qu'ils le laissèrent pour mort. Cependant, après qu'ils furent retirés, on le trouva sans blessure. Il consulta Fulbert pour savoir s'il n'était pas à propos d'excommunier les auteurs de cet attentat. Fulbert répondit qu'il n'était ni avantageux ni sûr d'en venir à ce remède extrême, qu'il fallait plutôt attendre patiemmentles coupablf^s elles exhorter paternellement à venir à résipiscence. Le saint évêque Thierri suivit ce conseil et n'opposa que la douceur à la violencede ses ennemis. Sa bonté désarma Odalric, l'auteur de ces troubles. Cet ambitieux alla se jeter aux pieds de Thierri et lui demanda humblement pardon. Thierri le lui accorda, et, pour le convaincre qu'il savait oublier les injures, il lui donna la première place après lui dans l'Église d'Orléans, afin que, quand l'évêché viendrait à vaquer, il fût plus en état de l'obtenir, comme il l'obtint en effet après la mort de Thierri.
Au reste, si Thierri avait commis quelques fautes dans la recherche de l'épiscopat. Dieu les lui fit expier par les maladies dont il fut affligé le reste de sa vie. Malgré sesinfirmités habituelles il allait souvent au monastère de Saint-Pierre-le-Vif pour y reprendre l'esprit de ferveur et de recueillement. Il y eut un jour révélation que sa mort était proche. Pour s'y préparer ilvoulut faire le pèlerinage de Rome ; mais il tomba malade en arrivant à Tonnerre, et il y mourut le 27 janvier 1022. Il avait ordonné que son corps fût porté à Sens et enterré auprès de l'archevêque Séguin et de l'abbé Rainard, ses parents ; maisMilon, seigneur deTonnerre, s'y opposa, et le fit enterrer dans l'église de Saint-Michel de Tonnerre, oii il se fit plusieurs miracles à son tombeau. L'Église honore la mémoire de saint Thierri le 27 janvier, jour de sa mort*,
* Àcla Sà., -il iaur.
IVERSELLE
IDe 991 h. <02t
Fulbert témoigne lui-même, dans une petite pièce de vers, la crainte qu'il avait de n'avoir pas été bien appelé à l'épiscopat. « Mon Créateur, dit-il, ma vie, mon salut, mon unique confiance, donnez-moi votre conseil et la force de le suivre dans l'incertitude où je SUIS. Je crains qu'étant entré témérairement dans l'épiscopat je ne sois plus nuisible qu'utileau troupeau ; c'est pourquoi je crois devoir céder à ceux qui en sont plus dignes. Mais quand je pense que, sans appui de richesses ou de naissance, je suis monté sur cette chaire, comme le pauvre élevé de son fumier, je crois que c'est l'effet ordinaire de votre providence, et je n'ose changer de place sans votre signal, quoique j'en sois sollicité par le reproche de ma conscience. Vous savez. Père saint, ce qui vous est le plus agréable et le plus utile pour moi ; inspirezle-moi, je vous en supplie, et aidez-moi à l'exécuter » Fulbert fut rassuré dans ses craintes par saint Odilon de Cluny, avec lequel il était lié d'une étroite amitié et qu'il estimait au point de le nommer l'archange des moines. Odilon lui conseilla de demeurer évêque ; après quoi Fulbert concluait amicalement qu'il était obligé de lui donner ses prières, ses conseils et ses secours dans toutes ses peines
Les lettres de Fulbert sont écrites avec beaucoup de grâces et d'esprit, d'un style aisé et délicat. Ses discours ou son traité contre les Juifs montrent également beaucoup de sagacité et de justesse. Pour échapper à cette prophétie de Jacob : « Le sceptre ne sortira point de Juda, ni le chef d'entre ses descendants, jusqu'à ce que vienne Celui qui doit être envoyé, et il sera l'attente des nations, » les Juifs du onzième siècle recouraient à divers subterfuges. Les uns disaient : «Ne peut-on pas dire que ce sceptre est entre les mains de ces Juifs sages et puissants qui gouvernent leurs maisons et leurs familles avec la verge de la prudence ? — Si cela est, leur répond Fulbert, combien les Juifs ne sont-ils pas fortunés dans leur infortune ! Tant que vous aviez une patrie vous n'aviez qu'un roi ; mais depuis que vous avez perdu
* Bibi. pp., L Itt. p. 61. — > ilMUt EpùU «6, «8.
l'une et l'autre, vous avez trouvé des rois pai milliers ! Par malheur nul d'entre eux n'est sacré suivant la loi, nul n'est suivi du peuple ; par conséquent nul n'est ni roi, ni pontife, ni prophète, ni chef de la tribu de Juda ; car où il n'y a plus de cause il n'y a plus d'effet. Juifs aveugles! en multipliant à l'infini les rois ils prouvent qu'ils n'en ont aucun. Enfin, si la prophétie s'entend de rois pareils, il s'ensuit que le Messie non-seulement n'est pas encore venu, mais ne viendra que quand tous les Juifs auront péri ou qu'il ne s'en trouvera plus un seul capable de gouverner sa famille ; c'est-à-dire le Messie ne viendra qu'à la fin du monde, non pour guérir les malades, mais pour ensevelir les morts ! Et voilà quelle serait l'attente des nations ! et voilà comment cette grande promesse se réduirait à néant ! Non, non ; Dieu ne saurait mentir, lui qui a promis qu'à une cev'taine époque, avant la fin du monde, son Christ viendra pour sauver le genre humain. »
D'autres Juifs disaient : a Le sceptre n'est pas sorti de Juda ; car qui sait si quelque roi juif ne règne pas quelque part, peut-être dans l'Inde ? » Fulbert répond : « Ce qui est d'abord certain, c'est que nul n'a entendu dire que, de nos jours, il règne quelque roi juif dans aucune partie du monde. Ensuite, y eût-il un roi juif dans l'Inde, le sceptre serait toujours ôté de Juda ; carie royaume de Juda est un royaume distinct de tous les autres, ayant sa terre, son peuple et son roi propres. Pour une maison il faut trois choses ; les fondements, les murs et le toit. Pour un royaume il faut également trois choses : la terre, le peuple, le roi. Où, de ces trois choses, il en manque une, il n'y a plus de maison, il n'y a plus de royaume ; à plus forte raison si toutes les trois viennentà manquer. Or la terre du royaume de Juda est la province de Jérusalem, et le peuple de ce royaume est la tribu de Juda ; les rois de ce royaume ont été de cette tribu jusqu'au Messie. Depuis ce temps le royaume de Juda a perdu sa terre, qui est occupée par les étrangers; il a perdu son peuple, qui a été dispersé parmi toutes les nations; il n'a plus de roi légitime, n'en ayant plus eu uiCme assez longtemps auparavant. Le royaume de
de l'fcre chr.]
Jufla, ayant ainsi perdu toutes ses parties, a donc cessé d'être, et les royaunries étrangers n'ont rien à prétendre au sceptre qui a été ôté de Juda. D'appeler royaiitne de Juda tout paysoùun Juif règne sur des Juifs, c'est une extravagance réfutée parle fait et par l'Écriture. Lorsque lesJuifs avaient deux rois, l'un à Jérusalem, sur deux tribus, l'autre à Samarie, il n'y avait de roi de Juda, et par le fait et parle nom, que celui de Jérusalem; l'autre était et s'appelaitroi d'Israël. Si donc le sceptre de Juda ne regarde en rien celui qui règne sur dix tribus à Samarie, combien moins regardera-t-il celui qu'on suppose faussement qui règne sur quelques Juifs dans l'Inde!»
Enfin d'autres Juifs disaient: « 11 n'est pas surprenant que nous soyons réduits en captivité, et que, ne possédant plus la ville de Jé rusalem, nous n'ayons point de roi de notre nation. Il en aété de même dans le temps de la captivité de Babylone, et nous avons espérance de retourner en notre patrie quand il plaira àDieu. » Fulbertrépond que «la situalion de la nation juive, telle qu'elle est aujourd'hui, n'a rien de semblable à ce qu'elle était à Babylone; qu'alors le peuple juif était réuni, qu'il avait avec lui son roi, ses prêtres et ses prophètes, et que le terme de son retour à Jérusalem était fixé ; qu'en attendant sa terre demeurait déserte, sans être donnée à des étrangers ; au lieu que, depuis la mort de Jésus-Christ, lesJuifs sont dispersés, n'ont ni roi, ni prêtre,niprophète, ni aucune promesse de Dieu de retourner jamais à Jérusalem. Au contraire, le Seigneur a prononcé la sentence que celte désolation serait perpétuelle, et les mille ans que déjà elle dure montrent assez qu'elle durera jusqu'à la fin »
On voit que, pour la doctrine, Fulbert de Chartres mérite de compter parmi les Pères de l'Église. Ce qui l'en rend encore digne, c'est son zèle à la fois prudent et ferme pour le maintien de la discipline ecclésiastique. Le roi Robert lui ayant fait demander son consentement pour l'élection de Francon à l'évèché de Paris, il répondit à son très-débon-
' Btbl. PP., t. 18, p. 42-46.
naire seigneur et roi qu'il y consentait, en cas que ce fût un homme de beaucoup de lettres et qui prêchât facilement ; à quoi, dit-il, tous les évôques ne sont pas moins obligés qu'à l'action. Il suppose encore que l'élection ait été jugée canonique par l'arche* vô(|ue de Sens et par les évêques de la province. Depuis que Francon fut ordonné évêqne Fulbert l'aida de ses conseils en diverses affaires, le consolant dans les persécutions que les églises souffraient de la part des seigneurs, et l'exhortant à ne pas céder à son ressentiment jusqu'à prendre les armes, « de peur, ajoute-t-il, que, si vous employez un glaive étranger, vous ne fassiez qu'on ne craigne plus le vôtre. » Il l'exhorte à retirer, en faveur des pauvres, l'usufruit des autels que ses prédécesseurs avaient accordé à des laïques Toutes ces lettres respirent l'amitié de la piété la plus tendre.
Après la mort d'un sous-doyen de l'Église de Chartres, Robert, évôque de Senlis, demanda celte place pour lui ou pour Gui, son frère. Fulbert répondit qu'elle ne convenait ni à Robert, parce qu'il était évêque, ni à Gui, parce qu'il était trop jeune, et il la donna à un de ses prêtres nommé Évrard, savant et vertueux. L'évêque de Senlis et sa mère en furent si irrités qu'ils firent de ter ribles menaces à Évrard, en présence de plusieurs témoins. En effet, quelques-uns de leurs domestiques vinrent à Chartres, où, s'étant tenus cachés pendant le jour, ils attaquèrent de nuit le prêtre Évrard, comme il allait à matines, et le tuèrent à coups de lances et d'épées, dans le parvis de la grande église. Ses clercs, qui vinrent un peu plus tard, le trouvèrent qui, en expirant, priait pour ses meurtriers, à l'exemple de saint Étienne. Quelque soin qu'ils eussent pris de se cacher, le crime fut découvert par des indices qui, joints aux menaces précédentes, faisaient une entière conviction. Fulbert en écrivit à Adalbéron, évêquede Laon, comme au plus ancien de la province de Reims, dont apparemment le siège était vacant, l'exhortant à faire justice d'un tel crimeetàexcommimier les coupables. Pour lui il les exconi-
« Epist., 88, 11, 12, 20.
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munia et refusa ce qu'ils offraient pour se faire absoudre, nonobstant les conseils et les instances de l'archevêque de Sens. Quant à l'évêque de Senlis, il ne voulut faire aucune satisfaction de ce meurtre ni avouer qu'il en fût coupable
Le siège de Reims ayant vaqué quelque temps après la mort de l'archevêque Arnoulphe, Ébale, encore laïque, fut élu, pour lui succéder, parle clergé et le peuple de la ville, du consentement du roi et de la plupart des évéques delaprovince; mais Gérard de Cambrai s'y opposa, insistant sur ce qu'Ébale était néophyte, et prétendant qu'il n'était pointinstruit de la discipline et ne savait qu'un peu de dialectique, pour imposer aux ignoi ants. Gui, nouvel évêque de Senlis, faisaitdifficullé de prendre part à son ordination, craignant d'être réprimandé par le Pape. Fulbert le rassura, lui citant les exemples de saint Ambroise et de saint Germain d'Auxerre, et lui disant que le Pape ne le trouverait pas mau- "vaisquand ilsaurait que c'était le moyen de releverl'Église de Reims, notablemeni déchue. Ébale fut, en effet, sacréarchevêquel'an 1024, et remplit dignement ce siège pendant neuf ans. Fulbert le consola dans les traverses qu'il souffrait de la part d'Eudes, comte de Champagne, et le reprit amicalement de ce qu'il voulait abandonner son troupeau, disant que ce ne serait pas agir en pasteur • .
A la fin du dixième et au commencement du onzième siècle tous les princes de l'Europe chrétienne étaient en paix et en relations d'amitié les uns avec les autres ; mais dans chaque pays les seigneurs particuliers se faisaient ou pouvaient se faire la guerre. La cause originelle était le naturel martial de ces jeunes nations; une cause occasionnelle fut l'irruption des Normands, ainsi que nous l'avons vu. Charles le Chauve, ne se trouvant pomt assez fort pour défendre contre eux toute la France, autorisa formellement les villes, les comtes, les seigneurs, à se fortifier et à se défendre eux-mêmes. L'humeur guerrière ainsi réveillée, ne trouvant point d'issue au dehors, s'exerçait au dedans ; le roi n'était pas toujours assez puissant pour la
>fi>iW. 29, (iO, 48, 4». — *fipi>/. 38, &4. Chnm, Albtr.f ftuu. lO'ii. Marlot, 1. 1, c. 2U.
contenir ; les évêques, qui étaient en même temps seigneurs temporels, avaient souvent à souffrir de ces guerres particulières. Plus d'une fois les contestations étaient déférées au Pape. Nous en verrons un exemple, l'an 1024, dans une lettre de Fulbert au Pape Jean XIX.
L'intervention pontificale remédiait presque toujours à ces violences particulières ; mais enfin, pour apporter un remède universel à cette manie militaire, nous verrons les Papes, dans ce même siècle, lui donner un emploi légitime, utile à la chrétienté et à l'humanité, en la dirigeant contre l'empire antichrétien et antihumain de Mahomet.
Au commencement du onzième siècle on vit quelques erreurs, mais qui, pour le moment, n'eurent point de suite. Léotheric, archevêque de Sens, était dans l'erreur touchant le corps de Notre-Seigneur et s'en servait quelquefois pour éprouver les coupables. Le pieux roi Robert en fut extrêmement indigné et lui écrivit en ces termes ; <« Je suis surpris de ce que vous, qui passez pour savant, quoique vous n'ayez pas la lumière de la véritable sagesse, vous efforciez, par des ordres iniques et pour satisfaire votre haine contre les serviteurs de Dieu, d'établir une sorte d'examen par le corps et le sang de Notre-Seigneur. Pourquoi, au lieu de vous servir, en donnant la communion, de la formule ordinaire.* Quele corps de Notre-Seiijneiir Jésus-Christ soit le salut de votre corps et de votre âme, avez-vous la témérité de dire : Si vous en êtes digne recevez-le, puisqu'il n'y a personne qui en soit digne? Pourquoi attribuez-vous à la Divinité les misères du corps, aussi bien que les infirmités elles douleurs de la nature humaine ? J'en jure par la foi du Seigneur, si vous ne venez à résipiscence vous serez privé de répiscopat,el vous serez condamné avec ceux qui ont dit au Seigneur : Retirez-vous de nous *. » On voit que le roi Robert ne manquait pas d'énergie et de fer meté pour la cause de Dieu. L'archevêque profita de cette réprimande et cessa d'enseigner sa mauvaise doctrine, qui commençait à s'étendre dans le monde. On ne sait poial au juste quelle était cette dccirine,
> Uelyaldi Vitu Hoi,
fle l'ère chr.]
DE L'EGLISE CATHOLIOIIE;
Vers la fin de l'an 1000 il y eut clans le diocèse de ChàloDS un fanalit|ue assez étrange. C'était un homme du peuple, nommé Lcutard. S'étant un jour endormi de lassitude dans les champs où il travaillait, il s'imagina qu'un essaim d'abeilles lui entrait par le bas du corps et lui sortait par la bouche, puisle piquait, lui parlait et lui donnait des ordres. Il se crut prophète, entra dans l'église, brisa la croix et l'image du crucifix, et persuada à quelques paysans simples qu'il faisait tout cela par révélation ; il parlait beaucoup et voulait paraître un grand docteur. Gébuin, alorsévéque de Chàlons, vieillard très-savant, le fit venir et l'interrogea sur tout ce qu'il -avait ouï dire de sesdijcoursetde ses actions. Leutard voulut cacherseserreursetemployer des autorités de l'Écriture, qu'il n'avait pas étudiée ; mais l'évêque le convainquit de contradiction et d'extravagance, et désabusa le peuple qu'il avaitséduit. Le malheureux Leutard, se voyant confondu et abandonné, se précipita dans un puits *.
Jers le même temps que Leutard il parut à Ravenne un autre fanatique nommé Vilgard, grammairiende profession, suivant l'usage des Italiens, qui préféraient alors cette étude à toutes les autres. Une nuit il crut voir en songe les trois poètes Virgile, Horace et Juvénal,qui lui rendaient grâces de l'affection qu'il avait pour leurs écrits et du succès avec lequel il publiait leurs louanges, lui promettant qu'il aurait part à leur gloire. Enflé de cette vision, il commença à débiter plusieurs dogmes contraires à la foi et à soutenir qu'il fallait croire en tout ce qu'avaient dit les poètes. Ce fanatisme pour Virgile, Horace et Juvénal, prouve au moins qu'on les connaissait. Enfin Vilgard, étant convaincu d'hérésie, fut condamné car l'archevêque de Ravenne. On en trouva plusieurs autres en Italie infectés de cette erreur, qui périrent par le fer et par le feu. Vers le même temps sortirent des hérétiques de l'île deSardaigne, fertile en semblables maux, qui corrompirent une partie des chrétiens d'Espagne et lurentaussi exterminés par les catholiques *.
Cependant une femme venue d'Italie avait
iGlah., 1.2,0. 11.— *id.,c 12,
formé à Orléans une société secrète où l'on professait les erreurs les plus monstrueuses des manichéens et des ^nostiques. Cette femme artificieuse s'attacha d'abord aux principaux du clergé par une apparence hypocrite de piété et elle (it semblant de les prendre pour ses directeurs; mais, quand elle eut gagné leur confiance en leur donnant la sienne, elle commença elle-même à les diriger, s'appliquant à corrompre les cœurs pour séduire les esprits, et elle ne réussit que trop. Depuis plusieurs années les principaux du clergé étaient infectés des erreurs les plus absurdes et adonnés aux pratiques les plus infâmes du manichéis me, et rien ne paraissait au dehors, lorsque la Providence permit que ce mystère d'iniq uité fût dévoilé de la manière suivante.
Un seigneurnormand, nommé Ar éfaste, de la famille des ducs de Normandie, avait chez lui un clerc nommé Herbert, qui était allé achever ses études à Orléans ; mais, au lieu de la vérité qu'il y cherchait, il y suça le plus su btil poison de l'erreur. Deux ecclésias ti(iues d'Orléans, Étienne et Lisoie, auxquels 'il eut le malheur de s'attacher, lui eurent bientôt inspiré les pernicieux sentiments qu'ils avaient. Lisoie était chanoine de Sainte- Croix, qui est la cathédrale ; Étienne, qu'on appelait aussi Herbert, présidait à l'école d'un monastère. Le clerc normand, séduit parla réputation de ces deux hérétiques, devint un des plus entêtés de leurs disciples. De retour en Normandie il tâcha adroitement de gagner son maître à la secte.
Aréfaste était homme de probité, de bon conseil et éloquent ; par cette raison il avait été souvent employé dans des négociations auprès du roi de France et des autres seigneurs. Ayant donc aperçu l'erreur de son clerc, il en avertit Richard, duc de Normandie, et le pria d'écrire au roi Robert pour lui découvrir le mal caché dans son royautiie, avant qu'il y fît plus de progrès, et pour l'exhorter à donnera Aréfaste lui-même le secours nécessaire pour y remédier. Le roi, surpris d'une si étrange nouvelle, manda qu'Aréfaste se rendît à Orléans en diligence avec Herbert, son clerc, lui prometianl toute 4 sorte d'a^iâlauce.
[De 991 h 1024
Aréfaste se mît en chemin, suivant l'ordre du roi, et, passant à Chartres, il voulut consulter sur cette affaire l'évêque Fulbert, célèbre pour sa doctrine; mais il apprit qu'il était allé à Rome par dévotion. Il s'adressa an trésorier de l'église de Chartres, nommé Évrard, liomme sage, et, lui ayant découvert le sujet de son voyage, il lui demanda conseil sur les moyens de combattre ces hérétiques et de se garantir de leurs artifices. Evrard lui conseilla d'aller tous les matins à l'église faire sa prière, pour implorer le secours de Dieu et se fortifierpar la sainte communion ; puis, Ayant lait le signe de la croix, d'aller trouver ces héJi'étlques, de les écouter sans les contredira (2n rien et de faire semblant d'êli e Jeur disciple.
Quand Aréfaste fut arrivé à Orléans il pratiqua de point en point tout ce qu'Evrard lui avait conseillé, et dans la maison de ces nouveaux maîtres, auprès desquels il fut introduit par son clerc, il se tenait assis le dernier, comme le moindre de leurs disciples. D'abord ils lui donnaient des exemples et des comparaisons tirés de l'Écriture, et l'exhortaientàrejeterlamauvaisedoctrinequ'ilavait crue jusqu'alors, pour recevoir laleur,comme venant du Saint-Esprit. Le voyant qui rendait grâces à Dieu de tout ce qu'ils lui disaient, ils crurent l'avoir gagné et commencèrent à luidécouvrirleurdoctrine sans l'envelopper, comme auparavant, d'expressions de l'Éci iture. Ils traitaient donc de rêveries tout ce qu'on lit dans l'Ancien et le Nouveau Testament touchant la Trinité et la création du monde, disant que le ciel et la terre avaient toujours été comme nous les voyons, sans avoir niauleur ni commencement. Ils niaient que Jésus-Christ fût né de la Vierge Marie, qu'il eût souffert pour les hommes, qu'il eût véritablement été mis dans le sépulcre et qu'il fût ressuscité. Ilsdisaient encore que le baptême n'effaçait point les péchés ; que le corps et le sang de Jésus-Christ ne se faisaient point par la consécration du prêtre ; qu'il était inutile de prier les saints, soit martyrs, soit confesseurs; enfin, que lesœuvres de piété étaient un travail inutile, dont il n'yavaitaucune récompense à espérer, ni aucune peine à craindre pour les voluptés les plus criminelles. Ils
condamnaient le mariage et défendaient de manger de la chair.
Aréfaste leur demanda alors en quoi donc il devait mettre sa confiance, puisqu'ils lui défendaient de croire la Passion de Jésus- Christ et l'efficacité des sacrements de Baptême et d'Eucharistie. Ils lui répondirent : « Vous avez été jusqu'ici dansl'abîme de l'erreur avec les ignorants, et vous venez d'ouvrir les yeux de l'esprit à la lumière de lavérité. Nous vous ouvrirons la porte du salut, et, quand vous y serez entré, vous serez purifié de tous vos péchés par l'imposition de nos mains, et vous serez rempli des dons du Saint-Esprit, qui vous fera pénétrer la profondeur des Écritures. Ensuite, étant nourri" d'une viande céleste, vous verrez souvent avec nous les anges, et, par le secours de ces visions, vous pourrez en un moment vous transporter où il vous plaira, et vous ne manquerez jamais de rien, parce que Dieu sera toujours avec vous. »
Ce qu'ils appelaient la viande céleste se faisait en cette manière. Ils s'assemblaient certaines nuits dans une maison marquée, chacun une lampe à la main,etrécitaient les noms des démons, en forme de litanie, jusqu'à ce qu'ils vissent un démon descendre tout à coup au milieu d'eux sous la forme d'une petite bête. Aussitôt ils éteignaient toutes les lumières, et chacun prenait la femme qu'il trouvait sous sa main pour en abuser. Un enfant né d'une telle conjonction était apporté au milieud'eux,huitjoursaprès sa naiscjnce, mis dans un grand feu et réduit en cendres. Ils recueillaient cette cendre et la gardaientavec autant de vénération que les chrétiens gardent le corps de Jésus-Christ pour le viatique des malades. Cette cendre avait une telle vertu qu'il était presque impossible de convertir quiconque en avait avalé, pour peu que ce fût.
Sur les avis d'Aréfaste le roi Robert et la reine Constance se rendirent à Orléans, avec plusieurs évêques, entre autres Léotheric de Sens, et, le lendemain, on tira tous les hérétiques de la maison où ils étaient assemblés, et on les amena dans l'église cathédrale de Sainte-Croix, devant le roi, les évêques et tout le clergé. Aréfaste fui amené avec eux
«el'èrechr.I DE L'EGLISE
•«omtne prisonTifor, pt, prenant lepremierla parole, il dit au roi : «Seigneur, je suis vassal du duc de Normandie, qui est le vôtre, et c'est sans sujet qu'on me tient enchaîné devant vous. » Le roi lui répondit : «Dites-nous pourquoi vous êtes venu ici, afin que nous voyions s'il faut vous garder ou vous renvoyer comme innocent. » Aréfaste répondit : « Ayant oui parler de la science et de la piété de ceux que vous voyez ici avec moi dans les fers, je suis venu en cette ville pour profiter de leurs instructions. C'est aux évêques qui sont assis avec vous à voir si en cela je suis coupable. »
Les évêques dirent : « Si vous nous expliquez ce que vous avaz entendu de ces gensci touchant la religion, nous en jugerons facilement.» Aréfaste répondit: «Commandezleur, le roi et vous, de dire eux-mêmes en votre présence ce qu'ils m'ont enseigné.» Le roi et les évêques le leur ordonnèrent ; mais les hérétiques nevoulaient point s'expliquer ; ils disaient autre chose que ce qu'on leur demandait, ils n'entraient point dans le fond de leur doctrine, et plus on les pressait, plus ils employaient d'artifices pour échapper. Alors Aréfaste, voyant qu'ils ne cherchaient qu'à gagner du temps et à couvrir leurs erreurs de belles paroles, leur dit : « J'ai cru avoir des maîtres qui enseignaient la vérité et non pas l'erreur, vu l'assurance avec laquelle vous me proposiez cette doctrine, que vous nommiez salutaire, soutenant que vous n'y renonceriez jamais par la crainte des tourments ni de la mort même, et je vois maintenant que vous n'osez l'avouer et ne vous mettez pas enpeine du péril où vous me laissez. Il faut obéir au roi et aux évêques, afin que je sache ce que je dois rejeter. Vous m'avez enseigné que, par le baptême, on ne pouvait obtenir la rémission des péchés; que Jésus-Christ n'était point né de la Vierge, n'avait ni souffert pour les hommes, ni été enseveli, ni ressuscité, et que le pain et le vin, qui, étant mis sur l'autel par les mains des prêtres, deviennent le sacrement par l'opération du Saint-Esprit, ne pouvaient être changés au corps et au sangde Jésus-Christ.»
Après qu'Aréfaste eut ainsi parlé, Guérin, évèyue de Beituvuin», s'adressa àEUeuoe et à
CATHOLIUOE. 2W
Lisoie, comme aux docteurs des autres, et leur demanda si c'était là leur créance. Ils déclarèrent hardiment qu'ils croyaient ainsi et depuis longtemps. « Et nous nous attendons, ajoutèrent-ils, que vous et tous les autres embrasserez cette doctrine, qui est la pure vérité. »L'évê(iue leur dit : « Jésus-Cliri'-t a voulu naître de la Vierge, parce qu'ill'a pu, et il a voulu souffrir en son humanité pour notre salut, afin de ressusciter par la vertu de sa divinité et nous montrer que nous ressusciterons aussi. » Ils répondirent : « Nous n'y étions pas présents, et nous ne pouvons croire que cela soit vrai. » L'évêque de Beauvais leur dit: « Croyez-vousavoir euun père et une mère ? » Ilsen convinrent,et il reprit: « Si vous croyez être nés de vos parents, lorsque vous n'étiez pas, pourquoi ne voulezvous pas croireque le Dieuengendré de Dieu, sansmère, avant tous les siècles, soit né d'une Vierge, à la fin des temps, par l'opération du Saint-Esprit ? » Ils répondirent : «Ce qui répugne à la nature ne s'accorde point avec la création. » L'évêque reprit : « Avant que rien se fit par nature, ne croyez-vous pas que Dieu le Père a fait tout de rien par son Fils ? » Ils répondirent : « Vous pouvez dire ces contes à ceux qui ont des pensées terrestres et qui croient les inventions des hommes charnels, écrites sur la peau des animaux. Pour nous, qui avons une loi écrite par le Saint- Esprit dans l'homme intérieur, et qui n'avons d'autres sentiments queceux que nous avons appris de Dieu même, c'est en vain que vous nous parlez ainsi ; finissez et faites de nous ce que vous voudrez. »
On disputa contre eux depuis la première heure du jour jusqu'à trois heures après midi et on fit tous les efforts possibles pour les tirer de leur erreur. Comme on les vit endurcis on leur déclara que, s'ils ne changeaient, ils seraient aussitôt brûlés par ordre du roi et du consentement de tout le peuple. Ils direntqu'ils ne craignaient rien et qu'ils sortiraient du feu sans aucun mal ; ils se moquaient même de ceux qui voulaient les convertir. Alors on fit revêtir à chacun les ornements de son ordre, et aussitôt les évêques les déposèrent. La reineConstance, par ordre du roi, se lenuil a la porte de l'église, de peur
[De 991 à 102 V
que le peuple ne se jetâl dedans pour les tuer ; mais quand, au monient où on les faisait sortir, elle aperçut Étienne, qui avait été son confesseur, elle en fut si indignée qu'elle lui creva un œil d'une baguette qu'elleteiiait à la main. On les conduisit hors de la ville, sous une cabane où on avait allumé un grand fou. Ils y allaient gaiement, disant tout liant qu'ils ne désiraient pas autre chose. De treize qu'ils étaient il n'y eut qu'un clerc et une l'eligieuse qui se convertirent; les autres furent brûlés avec la poudre abominable dont il a été parlé. Quand ils commencèrent à sentir le feu ils se mirent à crier qu'ils avaient été trompés et qu'ils avaient eu de mauvais sentiments de Dieu, Seigneur de l'univers.
Quelques-uns desassistants, touchés de leurs cris, voulurent les retirer du feu; mais il n'était plus temps, et ils furent tellement réduits en cendres qu'on ne trouva pas même leurs os. On découvrit que le chantre de l'Église d'Orléans, nommé Théodat, mort trois ans auparavant, était de la même hérésie, suivant le témoignage des catholiques et des hérétiques mêmes ; c'est pourquoi l'évêque Odalric le fit enlever du cimetière et jeter à la voirie. Cela se passait en 1022.
On brûla de même ceux de cette secte qui furent trouvés ailleurs, particulièrement à Toulouse, comme le témoigne Adémar, évêque d'Angoulême, auteur du temps. Il ajoute que ces émissaires de l'Antéchrist étaient répandus en différentes parties de l'Occident else cachaient avec soin, séduisant tousceux qu'ils pouvaient, hommes et femmes. Il les nomme expressément manichéens et dit qu'ils commettaient en secret des abominations qu'il n'est pas même permis de dire, et toutefois, à l'extérieur, ils feignaient d'être vrais chrétiens. On voit encore que c'étaient des manichéens ou gnostiques parles raisons qu'emploie le moine Glaber pour réfuter leur doctrine. Il montre premièrement la nécessité de croire en Dieu, souverain auteur do toutes les substances corporelles et incorporelles. Il marque la source du mal, en ce que la créature s'est écartée de l'ordre prescrit par le Créateur. Il dit que l'homme, étant placé au milieu, entre la créature pureuienl spirituelle et celle qui n'est que cor-
porelle, s'est abaissé au-dessous de lui ; que Dieu, pour le relever, afait de temps en temps des miracles et lui a donné les saintes Écritures dont il était l'auteur; que quiconque blasphème contre l'ouvrage de Dieu ne connaît point Dieu ; que par les saintes Écritures nous connaissons la sainte Trinité, particulièrement le Fils de Dieu, de qui, par quiet en qui est tout ce qui est véritablement. Il vient ensuite à l'incarnation, dont le dessein est de rétablir en l'homme l'image de Dieu effacée parle péché, et enfin il montre que le mérite des saints n'est que de s'être attachés à Jésus-Christ par la foi et la charité
Dans le même temps l'Église de Rouen était affligée, non d'aucune hérésie, mais delà vie scandaleuse de son premier pasteur. Après la mort de Gunhard, successeur de Francon, le duc Guillaume I" donna cet archevêché à Hugues, moine de Saint-Denis, plus distingué par sa noblesse que par sa piété et les autres talents propres del'épiscopat. Hugues oublia qu'il avait été moine ; mais il n'oublia pas qu'il était homme de qualité, et il vécut en grand seigneur. Cependant son faste ne fut pas son plus grand crime ; il se livra avec tant de scandale à l'amour des femmes qu'il en eut plusieurs enfants. Robert, son successeur et fils de Richard 1°', duc de Normandie, lit d'abord autant d'honneur à l'épiscopat par ses vertus que par sa haute naissance ; mais il se démentit bientôt de cette piété, et, tout archevêque qu'il était, il prit une femme nommée Herlève, dont il eut plusieurs enfants, auxquels il donna des comtés. Ayant eu ensuite de grands démêlés avec le duc Robert, il se retira sur les terres de France, d'où il jeta un interdit général sur toute la province de Normandie. Le Seigneur lui fit la grâce de se reconnaître avant sa mort; il pleura ses péchés et n'employa pins ses biens qu'au profit de son église, qu'il fit rebâtir. Il mourut en 1037, après avoir tenu ce grand siège durant quarante-huit ans *.
Les ducs de Normandie montraient plus di; zèle pour la religion que les archevê(|ucs de Rouen. Le duc Richard I" avait fait réla-
' Glaber, Adém., Chronic. S. Pétri. Dom Bouquet, t. 10. — *GnH. chriH. Hist. Arch. Rotk. Orderic Vit., l. Guill. GuiiieU, 1. 6,c 13.
de l'ère chr.l DE L'EGLISE
blir le monastère et l'église de Fécamp et y avait placé des chanoines à la place des religieuses pour lesquelles cette célèbre abbaye avait été bâtie d'abord. Mais, comme déjà nous l'avons vu, la vie relâchée des chanoineslui fit naître l'envie de mettre des moines à leur place Son fils Richard II suivit ce projet, et pour l'exécuter il jeta les yeux sur le saint abbé Guillaume, qu'il manda à sa cour. Le saint abbé accepta ce monastère et y plaça une colonie de ses religieux, qui donnèrent autant d'édification au pays que les chanoines auxquels ils succédèrent yavaient donné de scandale. Le duc Richard allait souvent s'y édifier de la vertu de ces saints moines. Il les servait lui-même à table, après quoi il prenait la dernière place au réfectoire
Près de trois ans après, l'an -1000, ditGlaber, dans presque tout l'univers, surtout dans l'Italie et dans les Gaules, les basiliques des églises furent renouvelées, quoique la plupartfussent encore assez belles pour n'en avoir pas besoin; mais les peuples chrétiens semblaient rivaliser à qui élèverait les plus magnifiques. On eût dit que le monde se secouait et dépouillait sa vieillesse pour revêtir la robe blanche des églises. Les fidèles l'enouvelèrenl donc presque toutes les cathédrales, les monasières et jusqu'aux moindres oratoires- des villages. Entre autres l'église de Saint-Martin de Tours fut abattue et rebâtie par les soins d'Hervé, son trésorier',
Hervé était des plus nobles d'entre les Français etavait commencé d'étudier les arts libéraux, quand le désir d'assurer son salut le fit entrer secrètement dans un monastère; mais les moines, à cause de sa noblesse, craignant le ressentiment de ses parents, n'osèrent le recevoir, et lui promirent seulement de le faire s'ils n'en étaient empêchés par violence. Son père, ayant appris oii il était, vint toutfurieuxl'arracherdu monastère, et, après lui avoir l'ait de grands reproches, le mena par force à la cour du roi Robert, qu'il pria de le détourner de ce dessein par les promesses de ses bienfaits ; mais le pieux roi l'exhorta au contraire à persévérer dans sa bonne résolution et le fil trésorier de Saint-
ATHOLIQUE. Soi
Martin de Tours, se proposait de le faire ensuite évèque, ce qu'il tenta plusieurs fois; mais Hervé refusa toujoui's l'épiscopal.
Il eut môme de la peine 'v accepter la li ésorerie de Saint-Martin, et, quoiqu'il portât l'habit blanc de chanoine, il prati(juail, autanlqu'il pouvait, la vie monast'que. 11 avait un cilice sur la chair, jeûnait contiiuiellcment, veillait et priait avec assiduité, et faisait de grandes aumônes. Enfin il foi ma le dessein de rebâtir l'église de Saint-Martin plus grande et plus magnifi(|ue, et, l'ayant commencée l'an 1001, il l'acheva l'an 10U8. Pour en faire la dédicace il invita un grand nombre de prélats, et pria samt Martin de manifester son pouvoir pendant cette solennité par quelque miracle éclatant; mais le saint évêquelui apparutetlui dit : « Mon fils, les miracles qui ont été faits jusqu'à présent doivent suffire; vous pouvez demander à Dieu des choses plus utiles, savoir It salui des âmes. Pour moi je ne cesse de m'y uitéresser. Je demande surtout au Seigneur la conversion de ceux qui servent dans celle église; car quelques-uns d'entre eux se livrent trop aux affaires du siècle et vont même à la guerre. » La dédicace se fit le jourde la translation de saint Martin, le4 j uillet. Hervé se retira ensuite dans une cellule, près de l'église, redoublant ses austérités et ses prières. Quatre ans après il sut que sa mort étaitproche et tomba malade. Plusieurs personnes venaient le voir, s'attendant qu'à sa mort il se ferait quelque miracle; mais il leur dit qu'ils n'en verraient point et qu'ils ne songeassent qu'à prier Dieu pour lui. Il mourut saintement l'an 101:2, en répétant cette prière : « Seigneur, ayez pitié de moi * ! »
Ces cathédrales du onzième siècle et des suivants apparaissent aujourd'hui non-seulement comme des prodiges d'architecture, mais comme d'immenses poèmes. C'est la pensée, c'est la prière, c'est la piété chrétienne qui s'élance vers le ciel et qui tient à la terre le moins possible. L'ensemble de l'édifice s'élève à une hauteur telle que les demeures de l'homme disparaissent à côLé. Le
5 Vilu Ouilklmi, — Glaber, i. it, c. i.
i Glaber, 1. 3, c, 4.
[Oe d9l h 102^
portail, avec ses innombrables statues, offre d'un coup d'oeil l'ensemble des faits, des personnages, des mystères de l'Ancien et du Nouveau Testament; la tour, qui en sort comme une tige, avec sa flècbe, qui s'élève au-dessus des nuages, emporte la vue et la pensée du chrétien jusqu'au-dessus des astres. Cette tour n'est point muette; elle parle par le son des cloches, voix puissante comme celle du tonnerre, comme celle de l'Océan, mais sans inspirer d'effroi; c'est, pour le chrétien quil'entend, la voix de Dieu qui l'appelle. Dans l'intérieur c'est comme trois nefs, trois églises dans une ; c'est comme une forêt de colonnes qui ont hâte (J atteindre au ciel, mais qui s'épanouissent dans les hauteurs, qui s'unissent entre elles en ilrmament nouveau et semblent redescendre vers la terre, comme si elles avaient aperçu ce qu'elles cherchaient dans les cieux. En effet oùconduit cette trinité de nefs éclairées de ce jour mystérieux ? Vers le sanctuaire où est l'autei, oiiest réellement Dieu avec nous. Le ciel y est sur la terre, mais avec le jour mystérieux de la foi. Les saints avec leurs chapelles, leurs tableaux, leurs statues, sont le cortège visihle de ce Roi invisible. Les vitraux parlent aux yeux et racontent dans leurs peintures les mystères du Christ et de sa sain te Mère, les combats des martyrs, les vertus des confesseurs. Sous le pavé du temple reposent, en attendant la résurrection générale, les princes, les pontifes, les prêtres, les nobles, les bienfaiteurs de la basilique. Agenouillés sur la tombe des génér*ations et des grandeurs passées, élevant leurs regards vers la gloire future des saints, les fidèles unissent leurs voix et leurs cœurs pour louer ensemble le Dieu du passé, du présent et de l'avenir. L'orgue vient y mêler sa voix comme un écho du ciel. L'esprit s'élève, le cœur s'épure, les passions mauvaises sont mises dehors, comme ces animaux bizarres, ces êtres fantastiques qui servent de gouttières aux toits de ces cathédrales. Pour construire cette espèce de moudeles artset les métiers s'unissent en confraternité pieuse. Partout c'est la variété dans l'unité et l'unité dans la variété. Et l'architecte qui a conçu le de celte raei'veille, ou qui l'a exécuté,
reste à jamais inconnu ; il ne s'agissait pas de l'homme, mais de Dieu. Et puis cette merveille n'est pas la pensée d'un seul, mais la pensée de tous. Et ces diverses provinces, et ces divers peuples, qui rivalisent entre eux à qui aura la plus belle église, forment euxmêmes tous ensemble une Église vivante, animée par .un Dieu réellement présent, ayant ses âmes d'élite qui s'élancent vers le ciel comme des tours et des flèches aériennes.
Nous avons vu quels étaient l'empereur saint Henri et son époque; aux vertus d'un saint il joignait les qualités d'un héros. Il eut plusieurs guerres à soutenir; une première, en 1002, contre un de ses compétiteurs, Herman, duc de Souabe. Herman ayant surpris et pillé la ville et l'église de Strasbourg, qui tenaient pour Henri, on donnait à Henri le conseil d'en faire autant de la ville et de l'église de Constance, qui tenaient pour Herman. Le nouveau roi répondit avec douceur : « A Dieu ne plaise que, pour punir l'emportement d'Herman, je m'attaque à Celui qui m'a donné la couronne royale! En pillant Constance pour Strasbourg jene diminuerais point ma perte, je la doublerais. D'ailleurs c'est mal acquérir un royaume que d'y risquer son âme. Dieu m'a couronné, non pour violer les églises, mais pour punir ceux qui les violent. » Avant la fin de l'année le duc Herman vint se présenter à lui nu-pieds et lui demanda pardon à genoux ; ce qu'il obtint en cédant à l'église de Strasbourg une abbaye en dédommagement.
Henri eut à soutenir successivement trois guerres assez difficiles contre Boleslas le Grand ou le Brave, duc de Pologne. Dans la première Henri vit se tourner contre lui son propre frère Brunon, évêque d'Augsbourg, qui ne larda pas à reconnaître sa faute. Dans la seconde guerre Henri rétablitJaromir, duc de Bohème, que Boleslas avait dépouillé et chassé; en même temps, k la prière de Gothescalc, évêqucdcFrisingue, il pardonna au margrave Henri de Swinl'urt, qui avait fait cause commune avec Boleslas. Enfin la troisième guerre se termina, l'an lOiSi, par une pacification dura!)le. Boleslas porta aussi la guerre chez les Russes, remporta plusieurs
de l'ère chr.]
victoires sur leur duc Jaroslaf, fils de Wladiniir, fit se rendit maître de Kiow. Boleslas cherchait à obtenir du Pape le titre de roi; on ne sait s'il réussit dans sa demande. Ce /|M'il y a de certain, c'est qu'il payait tribut à l'Église romaine, puisque, suivant le témoignage de l'évèque Ditmar, qui écrivait dans ce temps, il se plaignit au Pape Benoît VIII de ce que l'empereur empêchait ses envoyés de porter à Rome le tribut ordinaire'.
Henri tit encore trois expéditions en Italie : les deux premières contre un compétiteur au royaume des Lombards, la troisième contre les Grecs. Le IS février 1002, trois semaines après la mort d'Olhon III, les seigneurs d'Italie, ou du moins une partie d'entre eux, élurent et couronnèrent roi, à Pavie, le marquis d'Ivrée, Ardouin ou Harlwic; mais il paraît qu'il ne sut pas se concilier les autres, qu'il s'aliéna même plusieurs des siens par ses hauteurs et ses brutalités. Les uns allèrent trouver Henri en Allemagne, les autres l'invitèrent par écrit à venir recevoir la couronne de Lombardie. En conséquence Henri entra, l'an 1004, par la frontière de Vérone, fut reçu sans combat dans toutes les villes, élu et couronné solennellement à Pavie, Ardouin s'étant enfui de la plaine et renfermé dans les forteresses des montagnes. Mais, le jour même où Henri venait d'être couronné roi des Lombards, il s'éleva une sanglante querelle entre les habitants et les troupes allemandes; Henri, qui n'avait avec lui que ses gardes, se vit assiégé dans son palais; son armée, qui campait hors de la ville, apprenant le péril où il se trouvait, escalada les murs, et, comme elle rencontrait de la résistance, elle mit le feu aux maisons, ce qui réduisit en cendres une partie de la ville. Henri retourna peu après en Allemagne. Depuis son dépari jusqu'à sa seconde expédition, en 1013, plusieurs villes de Lombardie se firent la guerre, les unes au nom de Henri, les autres au nom d'Ardouin, mais sans recevoir celui-ci dans leurs murs. Au fond, ce qu'elles avaient le plus à cœur, c'était leur liberté et leur indépendance.
Nous avons vu que l'empereur Olhon I", à
•Baron., ann, 1000, n. l&jann. 101.Î, n. ?. Ditm., 1.6.
la sanglante bataille du Lech contre les Hongrois, avait fait vœu à saint Lauicnt, dont c'était la fête, de fonder un évéché à Mersebourg en son honneur s'il remportait la victoire. Il ne put accomplir sa promesse que vers la fin de sa vie. Son fils Othon II, oubliant ce qu'il devait à son père, défit ce monument de sa piété et de sa reconnaissance; il supprima l'évêché de Mersebonrg pour complaire à son ambitieux évêque Gisiler, qui passait à l'archevêché de Magdebourg. L'impératrice sainte Adélaïde en ressentit beaucoup de peine. Dans le dessein de réparer cette faute Othon III obtint du Pape Grégoire V des lettres qui ordonnaient le rétablissement de l'évêché de Mersebourg et la mise en jugement de l'évèque Gisiler; mais celui-ci eut toujours l'adresse d'en éluder l'exécution. En 1004, comme il était malade depuis longtemps, le roi saint Henri lui manda de rentrer en lui-même, de reconnaître la main de Dieu qui le châtiait si visiblement, de quitter le siège de Magdebourg qu'il avait usurpé, de reprendre celui de Mersebourgquiluiappartenaitlégitimement, et de réparer tout le mal qu'il avait fait en le détruisant ; mais Gisiler était si éloigné de le faire qu'il avait peine même à en écouter la proposition. Toutefois il répondit en peu de mots que dans trois jours il irait rendre au roi une réponse certaine. Il n'en eut pas le temps; car, s'étant mis en route tout malade qu'il était, il mourut au bout de deux jours
Le roi Henri, l'ayant appris, se rendit auprès du défunt pour accompagner le corps jusqu'à Magdebourg; en même temps il y envoya devant son chapelain Nipert, avec ordre défaire élire Tag mon pour archevêque. Cependant Waltherd, prévôt de l'Église de Magdebourg, assembla le clergé pour lui déclarer que l'archevêque était mort et que le roi venait les visiter, leur demandant en même temps leur avis sur l'élection d'un successeur. Ils déclarèrent tout d'une voix qu'ils l'élisaient lui-même, quoiqu'il refusât humblement. Le corps de l'archevêque Gisiler étant arrivé à Magdebourg, et le roi ensuite, il envoya le lendemain Arnoulfe, évê-
' Ditm., 1. 6. Chron. Sax., ann. 1003.
^De 981 à \01\
que d'Halberstadt, pour persuader au clergé et aux vaisaux de l'Église vacante d'élire Tagmon. Le prévôt Waltherd répondit qu'il renonçait volontiers à l'élection faite en sa faveur, fnais qu'il priait le roi, au nom de tous, de leur laisser la liberté d'une élection canonique et de ne pas souffrir que la dignité de leur Église fût avilie de leur temps. Sur cette réponse le roi fit venir le prévôt et les principaux de l'Église de Magdebourg séparément, et fit si bien, par prières et par promesses, qu'ils élurent Tagmon, à qui aussitôt il donna le bâton pastoral de l'évêque Arnoulfe pour signe de l'investiture de cette Éfilise, et il l'installa dans la chaire-pontificale avec les acclamations ordinaires. Ensuite on célébra les funérailles de Gisiler.
Tagmon était disciple de saint Wolfgang, évéque de Ratisbonne, qui l'avait élevé dès l'enfance comme son fils, et, quand il fut plus avancé en âge, il lui donna l'intendance de tous ses biens. Il le mit si bien dans l'esprit de l'empereur et du duc de Ravière qu'il ne doutait point qu'il ne fût un jour son successeur; mais, étant près de mourir, il le fit venir et lui dit : « Mettez votre bouche sur la mienne et recevez du Seigneur le souffle de mon esprit, pour tempérer en vous l'ardeur de la jeunesse par celle delà charité. Si vous êtes maintenant privé de ma dignité, sachez que dans dix ans vous en recevrez une plus grande. » Wolfgang mourut en 994, et Tagmon, étant élu tout d'une voix pour lui succéder au siège de Ratisbonne, vint trouver l'empereur ; mais il n'obtint pas son consentement, et ce prince donna l'évêché de Ratisbonne à Guebhard, son chapelain. Celui-ci traita honnêtement Tagmon, que l'empereur lui avait recommandé; mais la diversité de leurs mœurs ne permit pas qu'ils demeurassent longtemps ensemble; Tagmon s'attacha à Henri, alors duc de Ravière, qui l'aima particulièrement à cause de la pureté de sa vie, et qui, étant devenu roi, le fit archevêque de Magdebourg au bout de dix ans, suivant la prédiction de Wolfgang. Pour témoigner sa reconnaissance il fil de grands présents au roi et à la reine et à ceux qui les Bervniont ;iv(>c lui *.
Le roi Henri passa ensuite à Mersebourg pour consoler cette Église, veuve depuis si longtemps, et la rétablir dans sa première dignité. Ce fut là que Tagmon fut sacré archevêque de Magdebourg, le jour de la Tnrification, l'an 1004. U fut sacré par saii.i Villegise, archevêque de Mayence, du consentement des suffragfints de l'un et de l'autre, qui se trouvèrent présents, ainsi que du légat du Pape, qui y assista. Il aurait dû être ordonné par le Pape môme; mais l'état des affaires ne lui permettait pas d'aller à Rome. En même temps le roi donna l'évêché de Mersebourg à Vigbert, son chapelain, lui rendant tout ce que Gisiler avait injustement ôlé à cette Église, et, pour signe d'investiture, il luimiten main publiquement le bâton pastoral de l'archevêque Tagmon, qui sacra le nouvel évêque, ce jour-là môme, assisté de quatre de ses suffragants. Pour récompenser l'Église de Magdebourg de cette distraction le roi lui donna une terre de son domaine et une partie considérable des reliques de saint Maurice, qu'il tira de sa chapelle. On les transféra solennellement du Mont-Saint-Jean dans la ville, et, quoique l'hiver fût très-rude et la terre couverte de neige, le roi porta lui-même cette relique nu-pieds.
Vigbert, évêque de Mersebourg, naquit dans laThuringe et fut instruit par Olric dans l'école de Magdebourg. Son beau naturel étant cultivé par une bonne éducation, l'archevêque Gisiler le prit à son service, le tint longtemps auprès de lui dans une intime confiance et le fil archiprêtre. Enfin, ayant écouté contre lui de mauvais rapports, il aliéna tellement Vigbert que celui-ci quitta tous les avantages qu'il avait auprès de lui et s'attacha au roi saint Henri, dont il gagna les bonnes grâces. Vigbert était bien fait et de belle taille, avait la voix très-belle, était de bon conseil, éloquent, agréable en conversation, d'une libéralité sans bornes. Il enrichit son Église de plusieurs terres, de quantité de livres et d'autres meubles nécessaires au service divin.
Quant àl'archevôque Tagmon, il était d'une vie très-pure, plein de justice et de charité, doux, mais ferme et prudent; sousThabilde
de l'ëre chrj
chanoine il menait la vie d'un moine. Aucun évûque de son temps n'était plus familier avec son clergé; il les aimait et les louait devant le peuple. Il disait tous les jours la messe et Je psautier, s'il n'en était empêché par la maladie, et, ne pouvant jeûner, il y suppléait par de grandes aumônes. Ses veilles étaient très-grandes. Il était très-sérieux avant la messe et plus gai ensuite. Il aimait les nobles sans mépriser ceux qui ne l'étaient pas. Il acquit à son Eglise trois villes, une terre et des ornements épiscopaux magnifiques*.
Le saint roi Henri avait encore une autre chose plus à cœur : c'était d'ériger un évêché à Bamberg, en Franconie. Il aimait dès l'enfance cette ville, qui était de son patrimoine et qu'il avait assignée pour douaire à sa femme, sainte Cunégonde, et, quand il fut roi, il commença à y bâtir une superbe église et à y amasser tout ce qui était nécessaire pour le service divin. Gomme Bamberg était du diocèse de Wurzbourg, le roi pria l'évôque de la lui céder avec son territoire, lui offrant d'autres terres en échange. L'évôque y consentit; maisil prétendait y mettre une condition, savoir, qu'il deviendrait archevêque et que le nouvel évêché de Bamberg lui serait soumis. Le roi donc, célébrant la Pentecôte à Mayence, en 1007, déclara son dessein touchant l'érection de cet évêché. N'espérant point d'enfants, puisqu'il gardait la continence avec la reine, il voulait faire Dieu même héritier de son patrimoine et contribuer à la destruction du paganisme chez les Slaves, dont Bamberg se trouvait proche. Pour lui faire un diocèse il reçut de Henri, évêque de Wurzbourg, un comté et partie d'un autre territoire, lui donna en échange cent cinquante manses ou familles. Ce traité se fit du consentement des évêques, qui assistèrent à l'assemblée de Mayence au nombre d'une vingtaine. Ensuite le roi Henri envoya à Rome deux de ses chapelains, chargés de ses lettres et de celles de l'évôque de Wurzbourg, pour obtenir du Pape la confirmation de cette érection. Le Pape JeanXVIlI raccorda dans un concile et en écrivit à tous les évêques de Gaule et de Germanie. Dans
ses lettres, qui sont du mois de juin de la même année 1007, il marque que la nouvelle église, dédiée à saint Pierre, sera sous la protection spéciale de l'Église romaine, et toutefois soumise à l'archevêque de Mayence, son métropolitain; que, dans tout son territoire, nul comte ni juge n'aurait d'autorité, sinon celui que l'évôque aura choisi, et cela d'après laconcession du roiHenri lui-même*.
Les chapelains du roi étant revenus en Allemagne, il tint un grand concile à Francfort le 1" novembre de la môme année. L'évôque de Wurzbourg y fut appelé ; mais, sachant qu'il n'avait pas obtenu le titre d'archevêque, il refusa de venir et d'accomplir sa promesse. Les évêques étant assemblés au nombre de trente-cinq, le roi se prosterna devant eux jusqu'à terre; mais il fut relevé par saint Villegise, archevêque de Mayence, qui présidait ce concile au nom de l'Église romaine, comme il le dit lui-même dans sa souscription. Le roi dit alors devant tout le monde : « Pour en être récompensé dans l'avenir, j'ai choisi le Christ pour héritier, n'ayant nul espoir de laisser des descendants; et ce qui est le principal, depuis longtemps, dans le secret de mon cœur, je me suis offert en sacrifice à Di u le Père, avec tout ce que j'ai pu et tout ce que je pourrai acquérir. J'ai désiré jusqu'à présent ériger un évêché à Bamberg avec la permission de mon évêque, et je veux aujourd'hui parfaire ce juste désir. Je prie donc votre sérénissime piété que l'objet de ma volonté ne soit point empêché par l'absence de celui qui a voulu obtenir par moi ce qu'il ne m'é' tait pas permis de lui accorder; la confirmation qu'il a signée précédemment fait bien voir que, s'il s'enfuit maintenant, ce n'est point à cause du Seigneur, mais à cause de la douleur qu'il ressent de n'avoir pas obtenu la dignité qu'il convoitait. Tous les assistante doivent bien considérer que c'est par ambition qu'il s'efforce d'anéantir l'augmentation de la sainte Église, notre mère, au moyen d'une députation illusoire. Pour établir avec fermeté ces choses vous avez l'assentiment cordial de mon épouse, ici présente, ainsi que
i Labbe, t. 9, p. 78S.
2Sfi
de mon unique frère et cohéritier; ils savent avec certitude que je leur rendrai les mêmes Liens par ailleurs. Quant à l'évêque, lorsqu'il voudra bien venir et réaliser ses promesses, il me trouvera indubitablement prêt à tout ce que vous trouverez bon. »
Alors Berniger, chapelain de l'évêque de Wurzbourg et son député, dit que la crainte du roi avait empêché son maître de venir au concile, qu'il n'avait jamais consenti au dommage de l'Église qui lui était confiée, et qu'il conjurait les assistants de ne pas permettre qu'elle souffrît en son absence. Puis on fit lire à haute voix les privilèges de cette Église. Les évêques s'étant mis à délibérer, le saint roi se prosternait devant eux chaque fois qu'il les voyait balancer dans leur avis. Enfin, l'archevêque de Mayence demandant ce qu'il fallait décider, Tagmon, archevêque de Magdebourg, répondit le premier que l'on pouvait légitimement accorder ce que le roi désirait. Tous les autres souscrivirent la lettre de confirmation donnée par le Pape. Le roi Henri donna le nouvel évêché de Bamberg à Éberard, son chancelier, qui l'ut sacré le même jour par l'archevêque de Mayence, et, dans la suite, saint Héribert,archevêque de Cologne, remit l'évêque deWurzbourgdans les bonnes gràcesdu roi. Outre l'égfise cathédrale, dédiée à saint Pierre et à saint Georges, le roi bâtit à Bamberg un monastère de chanoines en l'honneur de saint Étienne, et un monastère de moines en l'honneur de saint Michel et de saint Benoît.
Parmi les trente-cinq évêques qui assistèrent au concile de Francfort il y en a plusieurs qui sont honorés comme saints, entre autres Ansfrid, évêque d'Utrecht, que d'autres nomment Aufrid. Il était très-noble et fut élevé par son oncle paternel Robert, archevêque deTrèves. Ensuite, ayant embrassé la profession des armes, selon sa naissance, il servit saint Brunon, archevêque de Cologne, et l'empereur Othon le Grand, qui avait en lui une confiance particulière. Comme il était fort instruit des lois divines et humaines, il avait une grande autorité, 8oit dans les juf^ements, soit dans les diètes ou assemblées ; mais les ignorants, voyant
qu'il employait à la lecture ses heures de loisir, disaient qu'il menait la vie d'un moine. Il fut comte de Louvain etemployait les armes pour réprimer les pillages.
Il fonda avec sainte Hilsuinde,son épouse, le monastère de Thoren, dont leur fille, sainte Bénédicte, fut la première abbesse; la mère s'y retira et y mourut saintement. Alors le comte Aufrid, se trouvant libre, avait résolu d'embrasser la vie monastique ; mais Baudri, évêque d'Utrecht, étant mort l'an 995, l'empereur Othon III lui donna cet évêché. Il s'en défendait sur ce qu'il était avancé en âge et avait passé sa vie dans l'exercice des armes; mais enfin, ne pouvant résister aux instances de l'empereur, il prit son épée, la mit sur l'autel de la Vierge (c'était à Aix-la-Chapelle) et dit : « Jusqu'ici j'ai employé ma puissance temporelle contre les ennemis des pauvres; désormais je recommande à la sainte Vierge et ma nouvelle dignité et mon salut. » Sur la fin de sa vie il devint aveugle et se retira dans un monastère qu'il avait fondé; mais, quoiqu'il eût pris l'habit monastique, il ne laissait pas d'assister aux conciles et aux diètes. II mourut le 3 mai lOlO ».
Dans le même temps l'Allemagne admirait une sainteté plus étonnante encore dans un de ses grands seigneurs, savoir Brunon, autrement nommé Boniface. Il était de la première noblesse de Saxe etparentdes rois. Sa mère l'envoya à Magdebourg étudier sous Giddon le Philosophe, et après saint Adalbertde Prague il gouvernacette école. L'empereur Othon IlU'ayant fait venir auprès de lui, il servit quelque temps à sa chapelle ; l'empereur l'aimait si tendrement qu'il l'appelait son âme; mais Brunon quitta bientôt la cour et embrassa la vie monastique vers l'an 997. Il vivait du travail de ses mains, et souventne mangeait quedeuxfois lasemaine, le dimanche et le jeudi; il allait toujours nu-pieds, et quelquefois se roulait dans les orties ou les épines, témoignant une grande ardeur pour le martyre.
En quittant l'empereur Othon il s'attacha à saint Romuald, qu'il suivit d'abord au
« Acta SS. Ord. S. Datmi., «ticl. U. Ada SS., i mal,
de l'ère ehr.)
Mont-Cassin, puis à Pérée, près de Ravenne, et, après avoir longtemps mené la vie érémitique, voulant prêcher aux infidèles, il alla à Rome en demander la permission au Pape. Il fit ce voyage non-seulement à pied, mais nu-pieds, marchant loin devant les autres et chantant continuellement des psaumes. Il mangeait tous les jours pour soutenir la fatigue du voyage, mais seulement un demi-pain, y ajoutant, les jours de fêtes, des fruits ou des racines, et ne buvait que de l'eau. Le Pape lui accorda la permission, non-seulement de prêcher, mais de se faire consacrer archevêque, lui donnant par avance le pallium. En retournant en Allemagne il allait à cheval, mais toujours nu-pieds, même parles plus grands froids, en sorte qu'il fallait quelquefois de l'eau chaude pour détacher son pied gelé à l'étrier.
Il vint à Mersebourg trouver le saint roi Henri, et, par sa permission, Tagmon, archevêque de Magdebourg, le sacra et lui donna le pallium, que lui-même avait apporté. Depuis sa consécration il récitait tous les jours l'office monastique et l'office canonial, et continuait de mortifier son corps par les jeûnes et les veilles, nonobstant ses grands voyages. Boleslas, duc de Pologne, et l^s autres seigneurs lui firent de grands présents; mais il donna tout aux églises, à ses amis et aux pauvres, sans se rien réserver.
Enfin, la douzième année de sa conversion, il alla prêcher en Prusse, mais sans effet. Il s'avança sur les confins de la Russie et commença- à y annoncer l'Évangile, sans s'arrêter à la défense des habitants, qui voulaient l'en empêcher. A la fin, comme il continuait toujours, ils le prirent et lui coupèrent la tête, avec dix-huit des siens, le 14 février de l'an 4009. Les corps de ces martyrs demeurèrent sans sépulture jusqu'à ce que Boleslas les rachetât à un prix considérable pour être la protection de sa maison. L'Église honore ce saint martyr, sous le nom de Brunon, le lo octobre*.
En 4012, l'église cathédrale de Bamberg étant achevée, le roi Henri la fit dédier solennellement le jour de sa naissance 10 mai,
' Jeta bb. Ord S. Bened., sect. 0. Diim., 1. 6. MI.
Il s'y trouva plus de trente-six érôques,
et, au milieu de cette joie publique, le roi accorda le pardon à plusieurs et le promit à plusieurs autres. Il célébra la Pentecôte de la même année à Mersebourg. Tagmon, archevêque de Magdebourg, devait y chanter la messe le jour de la fête ; mais il tomb* malade, et l'historien Ditmar, évôque de Mersebourg, eut ordre de faire cette fonction. Tagmon mourut le 8 juillet; le roi, en ayant été averti, envoya Henri, évêque de Wurzbourg, pour apprendre l'intention du chapitre et des vassaux touclwint le choix du successeur, sans qu'ils fissent d'élection en forme. Ils témoignèrent tout d'une voix souhaiter pour archevêque le prévôt Waltherd ; le roi le manda, le fit entrer seul dans sa chambre et l'entretint longtemps. En sortant Waltherd montra à ceux qui l'avaient accompagné l'anneau qu'il portait à la main, disant : a Voilà le gage de la grâce que le roi m'a faite. » Ensuite ils vinrent tous devant le roi, qui s'étendit sur les louanges de Waltherd ; ils l'élurent en forme, et aussitôt le roi lui donna le bâton pastoral. Après lui avoir prêté serment ils le conduisirent à l'église, où les assistants chantèrent les louanges de Dieu.
Le samedi suivant, Arnoulfe,évèque d'Halberstadt, intronisa Waltherd par ordre du roi, et le dimanche 22 juin il fut sacré par ses cinq suffraganls; mais il ne remplit le siège de Magdebourg que sept semaines, et mourut le 12 août, la même année 1012. Il était sévère en apparence, mais doux en effet, juste et ferme dans ses résolutions, et courageux à défendre les droits de l'Église, Quand on le vit prêt à rendre l'âme ou le tira de son lit, on le mit sur un cilice avec de la cendre dans les mains, une croix sur la poitrine et des cierges allumés. Il avait une immense quantité de livres, qui furent pillés à sa mort avec le reste des meubles. Tliierri, neveu de l'évêque Ditmar, avait été élu archevêque de Magdebourg ; mais le roi fit élire Géron, son chapelain, et mit Thiern à sa place'.
Au commencement de l'année suivante
■ Ditmar, 1. 6.
NIVERSELLE
|De 991 à 1024
(1013) mourut saint Libentius, archevêque de Brème et de Hambourg, après unelongue maladie. La nuit d'avant sa mort il dit à ceux qui étaient auprès de lui : « Mes enfants, apprenez par mon exemple à ne jamais vous défier de la providence divine. J'ai suivi le Pape Benoît V, exilé en ces quartiers, quoi que l'on fît pour m'en détourner. Je l'ai servi tant qu'il a vécu, et après sa mort j'ai rendu toutes sortes de services à mon seigneur Adaldague. Il me donna le soin de ses pauvres, puis il me fit son camérier ; je lui ai succédé, tout ii^ligne que je suis, par votre choix et par la grâce du roi. Remettons-nous de bon cœur toutes les fautes que nous avons faites les uns contre les autres. Je vous conseille d'élire, pour gouverner notre Église, Othon, votre confrère, et de prier Dieu que le roi l'ait pour agréable. » Ils promirent tous de suivre ce conseil. *
Le saint prélat mourut le lendemain, 4 janvier, après vingt-cinq ans de pontificat. Le saint roi Henri, en ayant appris la nouvelle, le regretta beaucoup et témoigna une grande confiance en ses prières; mais, quand Othon vint se présenter à lui avec les députés de l'Église vacante, il refusa de confirmer son élection, donna l'archevêché de Hambourg à Unvan, son chapelain, et y fit consentir les députés, quoique avec répugnance. Puis, prenant Ollion par la main, il promit de lui accorder quelque autre grâce. Il donna donc à Unvan le bâton pastoral et le fit sacrer en sa présence par Géron, archevêque de La ,debourg, assisté de deux évôques. Unvan tint le siège de Brème et de Hambourg pendant seize ans. il était d'une grande noblesse, riche et libéral, particulièrement envers son clergé, et se faisait aimer de tout le monde.
Pendant les dernières années de l'archevêque Libentius la basse Saxe souffrit beaucoup de la part des Slaves ; car, après la mort de l'empereur Othon III, ces peuples, prenant avantage de la division qui s'éleva entre les Saxons pour la succession du royainuc, se- (ouèrcnl le joug et prirent les armes pour recouvrer leur liberté. Ils y furent encore
> Acla SS, , 4 Janv.
poussés par la dureté des gouverneurs chrétiens ; car Bennon, ducde Saxe, homme distingué par sa vertu et protecteur des églises, étant mort, son fils Bernard mit le pays en trouble par sa révolte contre le roi Henri et attaqua toutes les églises, particulièrement celles qui n'avaient pas voulu suivre son parti. D'ailleurs, oubliant la prudence avec laquelle son père et son aïeul avaient ménagé les Slaves, il les opprima par avarice et les traita si cruellement qu'il les mit au désespoir, tandis quelemargraveThéodoricneles traitait pas mieux dans la Saxe orientale.
Ces peuples donc, encore barbares et faibles dans la foi, renoncèrent en.même temps au Christianisme et à l'obéissance des Saxons. Ils ravagèrent premièrement par le fer et par le feu le pays qui est au nord de TElbe; ils brûlèrent toutes les églises et les ruinèrent jusqu'aux fondements; ils firent mourir par divers supplices les prêtres et les autres ministres des autels; enfin ils ne laissèrent au delà de l'Elbe aucune trace de Christianisme. A Hambourg ils emmenèrent plusieurs captifs, tant du clergé que des habitants, et en tuèrent encore plus en haine de la religion. A Aldinbonrg, qui était ]a ville la plus peuplée de chi étiens, après avoir tué le reste comme desbètes, ils gardèrent soixante prêtres pour s'en jouer cruellement, et, après leur avoir coupé en croix la peau de la tète, ils leur ouvrirent le crâne, en sorte que la cervelle paraissait ; puis ils les promenèrent par toutes les villes des Slave , les mains liées derrière le dos, les frappant et les tourmentant jusqu'à la mort. On eût fait un livre des martyrs qui souffrirent en cette occasion. C'est ainsi que tous les Slaves d'entre l'Elbe ell'Eider renoncèrentauChrislianisme après l'avoir cotisci vé plus de soixante-dix ans, c'est-à-dire durant tout le temps des Olhons. Mais le nouvel archevêque de Hambourg, Unvan, sut réparer un si grand désastre ; il réconcilia le duc Bernard avec le roi Henri ; ils travaillèrent ensuite tous deux à rétablir la ville de Hambourg, à ramener à l'obéissance les Slaves révoltés. Le pieux arclievê(|uc travailla surtout et avec succès à l(!s ramener au Ciiristianisme ; il établit pour cela un collège de douze chanoines ; il eni-
de l'ère chr.] L'EGLISE
ploya les trésors de son Église à gagner les princes des Slaves et des autres peuples du Nord, afin de les rendre plus soumis et plus dociles; il les attirait à Hambourg, où il les traitait magnifiquement. Il sut ainsi établir une paix solide avec tous ces peuples et se concilier leur amitié jusqu'à sa mort, qui arriva l'an 1028
Parmi les cliapelains du saint roi Henri était saint Meinwerc, tiré du clergé de Halberstadt pour venir à la cour de l'empereur Olhon III, dont il était parent. Ses richesses égalaient sa noblesse. L'évôque de Paderborn étant mort en 1009, le roi Henri, s'étant consulté avec plusieurs évéques, fit appeler Meinwerc, et, en souriant, il lui donna un gant et dit : « Prenez ! — Que prendraije? » répondit Meinwerc. « L'évêché de Paderborn,» dit le roi. «Quemedoitcetévêché? reprit le chapelain ; j'ai assez de biens pour en fonder un meilleur. — C'est ce que je considère, dit le roi, et je désire que vous subveniez à la pauvreté de cette Église, » Meinwerc répondit gaiement : « Je l'accepte à cette condition; » et il lut sacré par Villegise, archevêque de Mayence, son métropolitain, assisté des évêques qui se trouvaient présents. Sitôt qu'il eut pris possession il commença à rebâtir magnifiquement, dès les fondements, sa cathédrale, que les Barbares avaient ruinée; il fortifia la ville d'une enceinte de murailles. Pour réparer la pauvreté de son Église il obtint du roi Henri plusieurs bienfaits, tant en terres qu'autrement. Il fit aussi doimer à son Église, par plusieurs seigneurs, par des ecclésiastiques et par divers particuliers, un si grand nombre de fonds de terre qu'il y a de quoi s'étonner de la dévotion de ce peuple et de l'industrie de l'évêque. Elle n'était pas moindre pour conserver que pour acquérir; il avait soin que les serfs qui cultivaient ces terres ne manquassent de rien; il châtiait les paresseux et récompensait ceux qu'il trouvait laborieux et fidèles. Il visitait son diocèse avec tant de soin que quelquefois il allait seul par les villages, déguisé en marchand, pour connaître mieux l'état des peuples. 11 eut grand soin des étudc>
*,\dam. Erem., apud Baron , ann. I0i3.
et de l'instruction de la jeunesse, en sorte que, sous Imade, son neveu et son successeur, l'école de Paderborn fut très-florissante. On y apprenait les sept arts libéraux, on y étudiait les poètes et les historiens, on s'appliquait à bien écrire et à peindre. De celte école sortirent saint Annon, archevêque de Cologne, Frédéric de Mayence, saint Altman de Passau et plusieurs autres. Saint Meinwerc gouverna sept ans l'Église de Paderborn et mourut l'an 1036, le 5 juin, jour auquel l'Église honore sa mémoire
Le saint roi Henri célébrait à Polden, en Saxe, la fête de Noël 1012, lorsqu'il y vit arriver, suivant les uns, le Pape Benoît VIII, suivant d'autres et suivant nous un antipape nommé Grégoire. Voici les faits. Le PapeSergius IV, successeur de Jean XVHI, était mort la même année 1012, le 13 juillet, après avoir tenu le Saint-Siège deux ans et neuf mois. Il fut enterré à Saint-Jean de Latran. Après sa mort les Romains se partagèrent : les uns élurent un nommé Grégoire; les autres, Jean,évêquedePorlo, filsde Grégoire, comte de Tusculum. Celui-ci l'emporta, et, étant recoimu Pape, il prit le nom de Benoît VIII et tint le Saint-Siège près de douze ans. Voici, à cet égard, les paroles de l'évêque Ditmar, auteur contemporain et le plus souvent témoin oculaire, a Au Pape Jean succèdent Sergius et Benoît, tous deux illustres et nos bienfaiteurs. Tous les souverains Pontifes désirent ardemment l'arrivée du roi, mais il est retardé par les embarras de divers ennemis. Béni soit dans toutes ses œuvres le Dieu tout-puissant, qui, par un tel pasteur, a daigné consoler et pacifier Rome, déprimée depuis si longtemps ; car le Pape Benoît prévalut dans l'élection contre un certain Grégoire. C'est poui'quoi celui-ci, à la Nativité du Seigneur, vint trouver le roi à Polden, avec tout l'appareil apostolique, faisant connaître à tous son expulsion, avec de grandes plaintes. Le roi reçut sa croix en garde et lui I ordonna de s'abstenir des autres choses, lui j promettant que, quand il y serait arrivé, il finirait promptement cette affaire, suivant l'usage de Rome. Le temps désiré arriva bien
< Acta Sâ., â juin*
[De 991 à 10Î4
■vite, et, au mois de février, le roi Henri fut reçu à Rome par le Pape Benoît, qui y dominait avec une autorité beaucoup plus grande t]ue tous ses prédécesseurs; il en fut reçu avec un honneur indicible, et mérita de devenir l'avocat, le défenseur de saint Pierre'. » Telles sont les paroles de Ditmar.
La plupart des critiques en ont conclu que c'est le Pape Benoît qui fut chassé de Rome, que c'est le Pape Benoît qui vint se réfugier près du roi à Polden, et que le roi Henri fut obligé de le rétaWir à Rome. Nous croyons fermement que tous ces critiques se trompent et se trompent complètement. Ditmar ne dit pas un mot de ce qu'ils lui font dire, il dit même le contraire. Il dit en toutes lettres que le Pape Benoît prévalut dans l'élection contre un certain Grégoire, et que, quand le roi Henii arriva à Rome au mois de lévrier 1013, le Pape Benoît y était plus puissant qu'aucun de ses prédécesseurs; ce qui d'ailleurs est tout naturel, le Pape Benoît ayant pour lui sa puissante famille, la famille prépondérante des comtes de Tusculum.
Il y a plus : Ditmar ne dit pas seulement que le Pape Benoit prévalut dans l'élection contre un certain Grégoire, mais il ajoute immédiatement : « A cause de cela {ob hoc) celui-ci {iste) vint trouver le roi à Polden. » Il est évident, surtout par la cause qu'il assigne, que ce n'est pas le Pape Benoît, mais son compétiteur Grégoire, qui vint trouver le roi. Les autres circonstances le confirment de plus en plus. Le fugitif vint à Polden avec tout l'appareil apostolique, se plaignant à tout le monde de son expulsion ; mais le saint roi, qui sans doute était bien instruit de toute l'affaii e, au lieu de le recevoir avec honneur, lui dematide sa croix ponlilicale; il lui ordonne de s'abstenir des insignes et des fonctions analogues, c'est-à-diie qu'au lieu de le recomiaître pour Pape il le reconnaît pour usurpateur et le traite comme tel. Aussi n'estil plus question de ce Gi égoire.
Le roi saint Henri passa donc en Italie et célébra à Pavie la féte de Noél de l'an 1013. Le !22 l'évi'ier 1014, féte de la Chaire de Sainl- Pierre, il fit son entrée à Rome, accompa-
< Uitin ,!.(>, iu liue, j). 398.
gné dé la reine, sainte Cunégonde, son épouse, et entouré de douze sénateurs, dont six avaient la barbe rase et six la barbe longue, avec des bâtons à la main. Il arriva ainsi à l'église de Saint-Pierre, où le Pape Benoît l'attendait. Mais avant qu'il y fût introduit le Pape lui demanda s'il voulait être le fidèle patron et défenseur de l'Église romaine, et lui garder, à lui et à ses successeurs, la fidélité en toutes choses. Le roi répondit dévotement qu'il le voulait. Et alors le Pape le sacra et le couronna empereur, avec la reine son épouse, et fit suspendre devant l'autel de saint Pierre la couronne que Henri portait auparavant. Le même jour le Pape donna un grand festin à l'empereur et à l'impératrice dans le palais de Lalran *. C'est ainsi que le raconte l'évêque Ditmar.
Le moine Glaber , qui écrivait dans le même temps, ajoute une circonstance : que le Pape avait fait faire une pomme d'or, oi née de deux cercles de pierreries croisés, avec une croix d'or plantée dessus. La pomme représentait le monde, la croix figurait la religion dont l'empereur doit être le protecteur, et les pierreries les vertus dont il doit être orné. Le Pape donna cette pomme, en présence de tout le monde, à l'empereur Henri, qui lareçutavec plaisir et dit au Pape: « Vous voulez, saint Père, m'apprendre par là comment je dois gouverner. » Puis, en regardant la pomme, il ajouta : « Ce présent ne peut mieux convenir à personne qu'à ceux qui ont foulé aux pieds les pompes du monde pour suivre plus librement la croix, » et il l'envoya au monastère de Cluny, estimé alors le plus régulier de tous, et auquel il avait déjà fait de riches présents. Glaber dit au même endroit, à l'occasion du couronnement de saint Henri : « Ce nous paraît un décret extrêmement convenable et excellent pour maintenir la paix, savoir : qu'aucun prince n'entreprenne audacieusement de porter le sceptre de l'empire romain ; qu'aucun ne puisse s'appeler empereur, ni l'être, sinon celui que le Pape du Siège romain aui a ciioisi pour son mérite comme propre à la répu-
» Ditmar, 1. 7, p. 400.
de l'ère clir.]
blique, et auquel il aura donné les insignes de l'empire '. »
Ces paroles et ces faits nous montrent de plus en plus ce que les empereurs d'Occident étaient aux Papes. Ces empereurs étaient les défenseurs titulaires del'Église romaine contre les infidèles, les hérétiques, les schismatiques et les séditieux. Défendre l'Église romaine, voilà ce qu'ils promettaient à leur sacre. D'après cela il était tout naturel, comme le remarque Glaber, que le chef de l'Église romaine, le Pape, choisît celui des princes chrétiens qu'elle devait avoir pour protecteur.
A l'exemple d'Othon I" l'empereur saint Henri donna au Pape Benoît un diplôme, souscrit de lui, de douze évéques, trois abbés et plusieurs seigneurs, dans lequel il reconnaît, ratifie et confirme tous les droits temporelsappartenatit au Saint-Siège, toutes les donations qui lui avaient été faites par Pépin et Charlemagne. Dans ce diplôme, comme dans celui d'Olhon, qu'il copie, on voit la réserve, non pas de la souveraineté de l'empereur, comme dit Fleury, mais de la puissance qui était attribuée aux empereurs dans la constitution du Pape Eugène et de ses successeurs, savoir : que tout le clergé et toute la noblesse de Rome s'engageraient par serment à n'élire de Pape que d'une manière canonique, et que le nouvel élu, avant d'être sacré, s'engagerait de même par serment, en présence des envoyés de l'empereur ou en présence de tout le peuple, à conserver les droits de tous. On voit par ces paroles du diplôme qu'il n'est point ici question de souveraineté proprement dite, mais du droit réservé par les Papes mêmesaux empereurs, comme défenseurs de l'Église romaine, de veiller à ce que l'élection du Pape se fît canoniquement et à ce que le nouveau Pape jurât de conserver les droits de tout le monde *.
Pendant que l'empereur saint Henri était à Rome il demanda aux prêtres pourquoi, après l'évangile, ils ne chantaient pas le Symbole, comme on faisait dans les autres églises, ils répondirent que l'Église romaine,
» Glaber, 1. 1, c. 5. — » Labbe, t. 9, p. 815. Mansi, t. lU, p. 331.
n'ayant jamais été infectée d'aucune hérésie, n'avait pas besoin de déclarer sa foi par le Symbole. Toutefois l'empereur persuada au Pape Benoît de le faire chanter à la messe solennelle. C'est ce que témoigne Bernon, alibé de Reichenau, qui était présent '.
L'empereur saint Henri avait déjà donné l'archevôchédeRavenneàson frère Arnoulfe ; mais, comme la possession lui en était disputée, il le fit alors introniser de nouveau et consacrer sur le lieu par le Pape. Il voulait aussi faire dégrader Adalbert, usurpateur de ce siège ; mais, à la prière des gens de bien, il lui donna l'évêché d'Aricie. Le Pape déposa quatre évêques ordonnés par l'archevêque depuis qu'il avait perdu la parole. Pendant ce séjour en Italie le saint empereur fonda un évéché à Bobio, par le conseil des évêques de la province, qui le jugèrent nécessaire. C'est le lieu où mourut saint Colomban etoùreposentsesieliques. L'empereur, ayant célébré à Pavie la fête de Pâques, qui, celte année 1014, était le 24 avrils repassa les Alpes et visita avec peu de suite les lieux de piété. Alors Ardouin, qui se prétendait toujours roi de Lombardie, ravi du départ de l'empereur, s'empara de Verceil, dont l'évôque Léon eut de la peine à se sauver ; mais bientôt, ayant perdu de nouveau cette ville, se voyant privé du royaume, épuisé de travaux et de maladie, il se retira, l'an lOlS, dans le monastère de Frutare, s'y coupa les cheveux, y prit l'habit monastique, et y mourut si chrétiennement, le 2 mars 1018, que quelques auteurs le comptent entre les saints*.
L'empereur Henri, retournant en Allemagne, vint à Cluny voir l'abbé saint Odilon, pour lequel il avait une telle affection qu'il le visitait souvent et le menait quelquefois à sa cour. A cette visite il donna au monastère sa couronne, son sceptre, sa pomme, son habit impérial et un crucifix, le tout d'or, du poids de cent livres. Après avoir obtenu d'être associé à cette sainte communauté, il se recommanda à leurs prières et leur donna des terres considéidbles en Alsace. Saint Meinwerc, évêque de Pader-
' Bern. Aug., de Missa, c. 3. — *Ditm., 1. 7. Acla SS Ord. S. Bened., sect. 6, p. 350.
[Dft 991 à t024
born, qui accompagnait l'empereur, profila de cette occasion pour demander à saint Odilon des moines, afin de fonder un mo- Tiastère près de sa ville. Il emporta aussi le poids du pain, la mesure du vin, le livre de la règle, celui des hymnes et un antiplionier, et, quand il fut de retour, il fonda, près de Paderborn, une chapelle en l'honneur de saint Benoît, qui devint depuis un monastère fameux. Il introduisit également la réforme, mais non sans peine, dans le monastère de Corbie, en Saxe, où la vie des noines était extrêmement relâchée.
Au milieu de ses grandeurs, de ses richesfes, de ses guerres, de ses victoires, de ses bonnes œuvres et de ses maladies, car plus d'une vint éprouver sa patience, l'empereur saint Henri aspirait à quelque chose de mieux : c'était de quitter toutes ces riches- ' ses et toutes ces grandeurs pour embrasser l'humilité du cloître. Il aimait particulièrementle bienheureux Richard, abbéde Saitit- Viton ou Vannes de Verdun ; il lui avait fait bien des fois de. i iches présents en or, en argent et en ornements. Un jour donc il vint voir les nouveaux bâtiments des lieux régu-
liers que le saint abbé avait rétablis, et, en entrant dans le cloître, soutenu d'un côté par l'évêque Haimon et de l'autre par l'abbé Richard, il dit ces paroles du psaume : « C'est ici mon repos pour toujours, c'est ici l'habitation que j'ai choisie !» L'évêque remarqua celle parole de l'empereur et dit à l'abbé en particulier: «Si vous retenez ce prince et le faites moine, comme il le désire, vous perdrez tout l'empire ! » L'abbé y fit une sérieuse réflexion et trouva un expédient pour contenter l'empereur sans nuire à l'État.
Il le fit venir au milieu de la communauté et l'interrogea sur son dessein. L'empereur répondit qu'il avait résolu de quitter l'habit (lu siècle et de servir Dieu en ce lieu môme, avec les moines. « Voulez-vous, demanda l'abbé, suivant la règle et suivant l'exemple de Jésus-Christ, être obéissant jusrju'à la mort? » L'empereur répondit qu'il le voulait dfe tout son cœur. « Et moi, reprit J'al)bé, je vous reçois pour moine, et dès ce jour je me charge du soin de voire âme. C'est poui quoi je veux que vous fassiez, avec
la crainte de Dieu, tout ce que je vous ordonnerai. » L'empereur le promit, et Richard continua : « Je veux donc et je vousordonne que vous retourniez gouverner l'empire que Dieu vous a confié, et que, par votre fermeté à rendre la justice, vous procuriez, selon votre pouvoir, le salut de tout l'État. » L'empereur obéit, quoique à regret, et reprit le gouvernement de l'empire ; mais il visitait souvent l'abbé Richard et réglait par son conseil les affaires les plus importantes de l'État'.
L'année 1016 les Sarrasins, venant par mer en Italie,, prirent LuneenToscane, chassèrent l'évêqne et se rendirent maîtres du pays. Le Pape Benoît, l'ayant appris, assembla tous les évêques et lesdéfenseurs des églises, et leur ordonna de venir avec lui attaquer les ennemis, espérant, avec l'aide de Dieu, les mettre à mort. En même temps il envoya secrètement une grande multitude de navires pour leur couper le chemin à leur retour. Le roi des Sarrasins, s'en étant aperçu, se sauva avec peu de suite ; ses troupes s'assemblèrent et d'abord curent grand avantage sur les chrétiens ; enfin elles pi irent la fuite et furent toutes tuées jusqu'au dernier homme, en sorte que les chrétiens ne pouvaient compter le nombre des morts ni la quantité du butin. Leur reine fut prise, et, en punition de son audace, eut la tête coupée. Le Pape prit pour Idi l'ornement d'or et de pierreries qu'elh* portait sur sa tôle et envoya à l'empereur sa part du bulin, estimée mille livres. Le butin partagé,les chrétiens victorieux s'en retournèrent chacun chez eux rendre gi àces à Dieu. Le roi des Sari asins, irrité de la mort de sa femme et de la perte de ses troupes, envoya au Pape un suc plein de châtaignes, et lui fit dire par le porteur que, l'été suivant, il lui amènerait autant de soldats. Le pape lui envoya un petit sac plein de millet, en disant que, s'il n'était pas content du tort qu'il avait fait au patrimoine de Saint-Pierre, il vînt une secondefois, et qu'il trouverait autant ou plus de gens armés *.
Vers le môme temps il y eut à Home un
« Acia SS. Ord.S. Uened., sect. 6, p. 533. — « Ditmar, I. 7, p. 411.
de l'ère chr.J DE L'ÉGLISE
tremblement de terre qui commença le vendredi saint, après l'adoration delà croix. Un Juif de la synagogue grecque donna avis an Pape qu'à la môme heure les Juifs traitaient avec dérision l'image du crucifix. Le Pope, s'en élantinformé exactement et ayant trouvé qu'il en était ainsi, condamna les coupables à perdre la léte, et, après qu'ils eurent été décapités, la fureur des vents cessa
Cependant il vint à Rome un seigneur normand, nommé Raoul, qui, s'étant attiré l'indignation du duc Richard, était sorti du pays avec toutce qu'il avait pu emporter. Il expliqua son aventure au Pape Benoît, qui, le jugeant brave guerrier, lui exposa les entreprises des Grecs sur l'empire d'Occident ; car l'empereur Basile avait ordonné au catapan, c'est-à-dire au gouverneur général de ce qui lui restait en Italie, d'exiger le tribut qu'il prétendait lui être dû, et, en exécution de cet ordre, le catapan avait subjugué une partie delaprovince de Bénévent. Le Pape se plaignit donc à Raoul qu'il ne trouvait personne dans le p«ys capable de repousser les Grecs. Il s'y offrit ; le Pape l'envoya à Bénévent, et il conduisit si bien les Italiens qu'il leur fit remporter des avantages considérables ».
Les Normands étaient déjà connus en Italie ; car, seizeansauparavant, c'est-à-direvers l'an 1000, quarante Normands, revenant du pèlerinage de Jérusalem, arrivèrent à Salerne, qu'ils trouvèrent assiégée par les Sarrasins. Les Italiens admirèrentlagrande taille de ces étrangers, leur bonne mine et leur adresse à manier les armes. Gaimar, prince de Salerne, leur donna des armes et des chevaux, et ilsfirent sur les infidèlesune sortie si imprévue et si vigoureuse qu'ils les forcèrent à se retirer. Le prince de Salerne les combla de louanges, leur offrit de grands présents et les pressa instamment de demeurer avec lui; mais ils répondirent que, dans ce qu'ils avaient fait, ils n'avaient eu d'autre motif que l'amour de Dieu et de la religion, refusèrent les présents et retournèrent en leur pays. Le prince de Salerne envoya avec eux des députés en Normandie, avec des citrons, des
« Ghron. Aderii. Doin Bouquet, t. 10, p. 154. — * Glab. . 3,c. 1.
CATHOLIQUE. 2(iP,
amandes et d'autres fruits d'Italie, des étoffe précieuses et des harnais dorés pour les che vaux, afin d'exciter d'autres Normands à venir dans un pays qui produisait ces richesses *,
Le bruit des victoires de Raoul s'étant répandu de tous côtés, une multitude innombrable de Normands sortirent de leur pays avec leurs femmes et leurs enfants, non-seulement par la permission du duc Richard, mais par ses oi dres pressants. Après plusieurs victoires sur les Grecs, Raoul, voyant que les Italiensétaientpeu propres à la guerre, passa les monts et vint trouver l'empereur saint Henri pour lui exposer l'état des choses. I L'empereur, qui, sur sa réputation, désirait de le voir, le reçut très-bien et lui fit divers présents *.
D'autres Normands, sous la conduite de Roger, marchèrent contre les Sarrasins d'Espagne, en tuèrent une multitude innombrable, leur prirent un grand nombre de villes et de forteresses. Dès son arrivée Roger usa de cet effrayant stratagème. Ayant pris quelques Sarrasins, il en coupait un par morceaux chaque jour, en faisait cuire la moitié dans une chaudière, à la vue des autres, pour leur servir de nourriture, feignant, de son côté, de manger l'autre moitié avec les siens. Quelques prisonniers, qu'illaissaéchapper exprès, ayant raconté à leurs compatriotes ces horribles repas, répandirent parmi eux une si grande terreur que les Sarrasins du voisinage demandèrent la paix à la comtesse Ermensède de Barcelone, dont Roger avait épousé la fille, et s'engagèrent à lui payer tribut ^
Cependant les Normands elles Italiens coalisés, après avoir battu plusieurs fois les Grecs, furent battus à leur tour près de Cannes. De plus le prince de Capoue était d'intelligence avec les Grecs ; il avait même envoyéà Conslantinople, commetéraoignage da sa soumission à l'empereur, les clefs de sa ville, en or. Rome elle-même se trouvait menacée. Dans ces conjonctures le Pape Benoît VIII passa les Alpes et se rendit en Allemagne auprès de l'empereur saint Henri. Ils
^Chron. Caww.,1. 2. — «Glab., 1. 3, c. 1 —^Chron- 4dem., p. 166.
Célébrèrent ensemble, à Bamberg, le jeudi saint et la fête de Pâques de l'an 1020, qui était le 17 avril. Le dimanche suivant le Pape consacra l'église de Saint-Étienne, et l'empereur donnais ville et l'évêché de Bamberg à l'Église roraaine,avec une redevanceannuelle d'une haquenéeblanche,et décent livres d'argent Mais la principale affaire que le Pape et l'empereur traitèrent ensemble fut sans doute d'expulser de l'Italie et les Grecs et les Sarrasins, et d'assurer ainsi à perpétuité l'indépendance, mêmetemporelle, del'Église romaine. Cela intéressait plus que l'Italie, cela importait à l'univers entier ; car l'expérience des siècles a fait voir et fait voir encore que les Grecs, par leur penchant incurable à la division, auschisme et à l'hérésie, ne sont pas moins nuisibles à la foi et à l'unité catholiques, c'est-à-dire àla véritable civilisation du genre humain, que les mahoraétans par leur fanatisme et leur férocité.
Au commencement de l'an 1021 l'empereur Henri assiégea le comte Olhon dans son château de Hamerstein, près de Coblenlz, parce qu'il pillait les terres de l'Église de Mayence, en haine de l'archevêque, qui l'avait excommunié dans un concile pour un mariage illicite. L'empereur, étant donc àcesiége, manda à saint Héribert, archevêque de Cologne, de venir le trouver avec ses troupes. Depuis longtemps l'empereur était irrité contre cet archevêque, qui n'avait point assisté à son élection, étant occupé aux funérailles de l'empereur Olhon, et avait tardé à lui apporter les ornements impériaux; on avait même persuadé à Henri que l'archevêque voulait un autre empereur. Or, dans le temps même qu'il fut mandé de venir avec ses troupes, Héribert était malade et ne put y aller. L'empereur, croyant que c'était un prétexte, dit en colère : « Eh bien ! puisqu'il est malade, j'irai le visiter I » En effet, sitôt (ju'il eut soumis le comte, il marcha vers Cologne, et les ennemis de l'archevêque ne manquaient pas de l'échauffer encore contre lui.
Quand il y fut entré l'archevêque le reçut avec l'honneur convenable. La nuit suivante
«Baron., ann. 1019, édit. et notes de Mansi. Mansi, Concil.,t. ll>, p. 327,
l'empereur vit en songe un homme vénérable, revêtu d'ornements pontificaux, qui lui dit : «Prends garde, empereur, de rien faire contre monfrère Héribert I Sache que c'est un homme agréable à Dieu, et que, si tu l'offe ises, tu en porteras infailliblement la peine ! » Le matin, l'empereur envoya chercher l'archevêque, qui se présenta, les yeux baignés de larmes, voulant se plaindre de ce qu'il était I irrité contre lui sans sujet ; mais l'empereur, ! se levant de son siège, courut l'embrasser, et, pour le remettre de son étonnement, il lui j dit : Œ J'avoue, mon Père, que, depuis que je suis venu à la couronne, je me suis prévenu d'aversion contre vous et ne vous ai pas fait justice ; mais le Ciel se déclare pour vous, et Dieu m'a fait connaître que vous êtes du nom- I bre de ses élus. » Ayant ainsi parlé il l'em- I brassa encore jusqu'à trois fois etle fit asseoir à côté de lui. Mais, non content de cettesatisfaction, la nuit suivante, après matines, il prit un clerc avec lui et alla à la chambre du prélat. Il ne l'y trouva pas ; il était en prières, suivant sa coutume, dans un oratoire de Samt-Jean, qui était proche. L'empereur ôta ! son manteau, se prosterna à ses pieds, le ' priant de lui remettre, par sa puissance saj cei dotale, tous les péchés qu'il avait commis contre lui. L'archevêque releva l'empereur et i lui donna l'absolution qu'il demandait ; puis I il lui dit en secret : « Sachez qu'après votre j départ nous ne nous reverrons plus en ce monde ! » L'empereur, attendri de cette prédiction, l'embrassa denouveau etlui baisales yeux elles mains. Saint Meinwerc, évêquede Paderborn, était à Cologne avec l'empereur lors de cette réconciliation, et il exhorta ce princeà réparerpar quelque aumônel'injure qu'il avait faite au saint archevêque ; c'est pourquoi l'empereur donna une terre én Westphalie au nouveau monastère de Paderborn. Saint Héribert mourut, en effet, le 16 mars, la même année 1021, et fut assisté à la mort par Élie, abbé de Saint-Martin de Cologne, Écossais de nation, et compté aussi entre les saints. Saint Héribert fut enterré au monastère de Duit, qu'il avait fondé. L'Église honore sa mémoire le jour de sa mort. Il avait rempli le siège de Cologne vingt-deux ans, et eut pour successeur Pilgrim, chape-
de l'ère clir.]
Jain de l'empereur , qui le tint quinze ans
Il suivit l'empereur Henri en Italie l'année suivante (i022) ; car ce prince y passa, sur les instantes prières des Normands, des Italiens et du Pape, pour s'opposer aux Grecs, qui menaçaient Rome même. Il marcha le long de la mer Adriatique avec le corps de son armée, qui élaitimmense, et envoya, par le pays des Marses, Poppon, archevêque de Ti èves, avec une division de onze mille hommes, et Pilgrim, archevêque de Cologne, à Rome, avec vingt mille hommes, pour prendre le prince de Capoue et l'abhé du Mont- Cassin, qui étaient d'intelligence avec les Grecs. L'abbé, nommé Athenolfe, s'enfuit, résolu de passer à Constantinople, et s'embarqua à Olrante ; mais il périt en mer. Pandolfe, son frère, prince de Capoue, se rendit à l'archevêque Pilgrim, qui lui sauva la vie, quoique avec peine, parce qu'il l'avait pris sous sa foi ; car les seigneurs l'avaient condamné à mort.
L'empereur Henri prit Bénévent et toutes les places que les Grecs lui avaient enlevées ; mais il trouva une grande résistance à Troie, en Apulie, qui attendait du secours de l'empereur Basile. Après trois mois de siège les habitants résolurent de se rendre, et, ayant appelé un solitaire, comme il y en avait un grand nombre en Italie , ils lui firent prendre une croix et envoyèrent tous les enfants de la ville, criant : Kyrie, eleison! Ils vinrent jusqu'à la tente de l'empereur, qui demanda ce qu'ils voulaient; onlui dit qu'ils demandaient miséricorde pour la ville. Il répondit : « Celui qui connaît les cœurs sait que ce sont les pères de ces enfants qui les font périr, et non pas moi ! » Il répandit des larmes et les fit reconduire en sûreté. Ils revinrent le lendemain matin , criant comme la veille : «Seigneur, ayez pitié de nous ! » Aussitôt il sortit de sa tente, regarda cette troupe d'orphelins, et, touché de compassion, il dit celte parole du Seigneur : » J'ai pitié de ce peuple ! » Car il avait menacé, s'il prenait la ville, de la brûler et de faire pendre tous les hommes. Il manda donc aux chefs de la ville, s'ils voulaient obtenir leur pardon, de détruire eux-
^ ActaSS.y\6vaan.
mêmes cette partie des murs qui était opposée à ses machines. Ils l'exécutèrent à l'instant. Alors il les admit en sa présence, et, ayant reçu d'eux des otages, il leur ordonna de rebâtir les murs
Après la prise de Troie, ladyssenterie s'étant mise dans son armée, l'empereur Henri revint en Allemagne, où il se tint plusieurs conciles pour la réforme des mœurs dans le clergé et dans le peuple. C'était un autre objet que le Pape et l'empereur se proposaient dans les communs efforts de leur zèle. Le 1" aoiU, peut-être l'année 1022, car l'année précise n'est pas marquée, le Pape tint à cet effet un concile à Pavie. Les actes qui nous en restent commencent par un grand discours où il se plaint que la vie licencieuse du clergé déshonore l'Église et qu'ils dissipent les grands biens qu'ils ont reçus de la libéralité des princes, les employant à entretenir publiquement des femmes et à enrichir leurs enfants. Il montre ensuite que les clercs sont obligés à la continence par le canon de Nicée, qui leur défend de loger avec des femmes, et par les décrétales de saint Sirice et de saint Léon, dont le premier défend le mariage même aux sous-diacres. Il réi'ule l'ignorance ou la mauvaise foi de ceux qui s'excusaient sur l'exemple des prêtres de l'ancienne loi ; il leur montre que ceux-ci mêmes étaient obligés de garder la continence tout le temps qu'ils étaient de service dans le temple. Or les aiinistres sacrés de l'Église sont de service chaque jour ; donc ils doivent garder une continence perpétuelle. De plus, si le mariage était permis aux prêtres d'Aaron, c'était pour propager le sacerdoce attaché à leur famille. Cette raison n'existe point pour les prêtres du Christ, le sacerdoce chrétien n'étant point attaché à une famille particulière, mais communiqué à tous ceux que Dieu y appelle, sans distinction de famille ou de nation.
Après avoir ainsi établi en général que tous les enfants desclercs, nés depuisleur engagement, sont illégitimes, le Pape vient à ceux qu'un clerc né serf de l'Église avait eus d'une femme libre. On prétendait que ces enfants
« Glab., 1. 3, c 1.
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étaient libres, suivant cette règle du droit que, hors le mariage légitime, l'enfant suit la condition de la mère ; mais le Pape soutient que cette règle ne doit s'appliquer qu'aux enfants des laïques, premièrement parce que les laïques qui ont fait cette loi n'ont aucun pouvoir de régler les droits de l'Église, ce qu'il prouve par une constitution du saint Pape Symmaque ; ensuite parce qu'ils n'ont pu, en la faisant, avoir en vue les enfants des clercs, puisque les clercs ne doivent pas avoir d'enfants.Lcsclercsconcubinaires objectaient ce passage de saint Paul : «Que chacun ait sa femme pour éviter la fornication;» mais le Pape répond que l'Apôtre ne parle que des laïques, et que c'est l'hérésie de Jovinien de l'appliquer indifféremment atout le monde. Il cite encore une constitution de Justinien, qui, par une loi générale, déclarait serfs les enfants des serfs du fisc, quoique nés de femmes libres, et il se plaint hautement des juges qui jugeaient suivant la maxime contraire.
Après cette préface, où l'on ne cite aucune fausse décrétale, vient le décret du Pape Benoît, divisé en sept articles. 11 renouvelle la défense d'avoir ni fiMiime ni concubine, et semble l'étendre à tous les clercs sans exception. Il déclare que les enfants des clercs sont serfs de l'église en laquelle servent leurs pères, quoique leurs mères soient libres, et prononce anatlicme contre le juge qui les déclarera libres. Aucun serf de l'Église, clerc ou laïque, ne pourra faire aucune acquisition sous le nom d'un homme libre, sous peine de fouet et de prison, jusqu'à ce que l'Église ail retiré tous les titres de l'acquisition. L'homme libre qui a prêté son nom donnera à l'Église ses siiretés, sous peine d'être traité comme sacrilège, et le juge ou le tabellion qui aura reçu le contrat sera frappé d'anathème. Ce décret est souscrit par sept évêques, dont les premiers sont le Pape Benoît, Aribert, archevêque de Milan, et Raynald, évèque de Pavie.
Le Pape pria l'empereur saint Henri de confirmer ce décret par une sanction temporelle. L'empereur lui répondit par la lettre suivante : « Très-saint Pape, je ne puis rien vous l efusci', ù vous à qui, par Dieu, je dois
tout, d'autant plus que vous demandez des choses justes et honorables, et que vous m'appelez en société de votre sainte sollicitude poumons rendre participants de la joie comme du travail. C'est pourquoi nous rendons de très-grandes actions de grâces à votre saint épiscopat, qui règle salutàirement l'Église et commence la réforme par l'incontinence des clercs, d'où s'est répandu tout le mal sur la terre. Tout ce que Votre Paternité a institué et réformé synodalement pour la restauration nécessaire de l'Église je le loue, je le confirme et je l'approuve, comme votre fils, et, pour que le monde soit plus disposé à l'observer, je promets, avec l'aide de Dieu, de l'observer moi-môme inviolablement. Et par la présente sanction, qui, par la grâce de Dieu, vivra autant que l'Église vivante, d'accord avec les sénateurs de la terre, avec les officiers de notre palais et les amis de la chose publique, en présence de Dieu et de l'Église, nous corroborons ces oi'donnances, qui subsisteront éternellement, seront reçues parmi les droits publics et inscrites solennellement parmi les lois humaines. 1)
A la suite de cette lettre si remarquable viennent sept articles conformes à ceux du Pape, mais plus fermes et plus sévères, souscrits par l'empereur et les seigneurs en ces termes : «Moi, Henri, par la grâce de Dieu empereur auguste, suivant le conseil du seigneur Pape Benoît et la suggestion d'un grand nombre d'évêques, j'ai, par l'autorité de Dieu, statué, confirmé, déclaré et souhaité éternellement valable cette présente constitution de la loi perpétuelle, et j'ai prié les grands de mon empire delà confirmer. Moi Olhon, margrave, j'ai assisté, et j'ai confii'mé et loué la présente k)i comme trèsnécessaire au monde et devant rendre aux églises les yeux qu'elles ont perdus » Telle était la politique vraimentchrétiennedusaint empereur et de ses princes ; telle était leur cordiale intelligence envers la sainte Église de Dieu.
Des conciles qui se tinrent en Allemagne nous n'avons les canons que de celui de Se-
' Labbe, t. 9, p. 8l'J-833.
de l'ère chr.]
lingstadt,prèsdeMayence,tenulellaoûtl022 par l'évêque de Mayence, Arilion, et cinq de ses sufjfragants. Ce concile lit vingt canons. On ordonne l'abslinence de la chair quatorze jours avant la Saint-Jean, autant avant Noël, et des jeûnes en plusieurs vigiles qui sont marquées, entre autres celles de l'Epiphanie. Défense à un prêtre de dire plus de trois messes par jour; défense de jeter un corporal dans le feu pour éteindre un incendie ; défense de porter une épée dans l'église, excepté celle du roi; défense de faire dire, par superstition et pour deviner, des messes de la Trinité ou de saint Michel. Ordonné d'abattre les bâtiments attenants aux églises, et défense à d'autres qu'aux prêtres de loger dans le parvis. Qui n'observera pas le jeûne énoncé par l'évêque nourrira un pauvre le même jour. Le pénitent, pendant le cours de sa pénitence, demeurera dans le lieu où il l'a reçue, afin que son propre prêtre puisse rendre témoignage de sa conduite, et le prêtre ne pourra lui partager sa pénitence ni le faire rentrer dans l'église sans ordre de l'évêque. El parce que plusieurs, chargés de grands cri- ' mes, refusaient de recevoir la pénitence de leurs pasteurset s'en allaientàRome, croyant que le Pape leur remettrait tous leurs péchés, le concile des six évêques arrête qu'une telle indulgence ne leur servira de rien, mais qu'ils doivent premièrement accomplir la pénitence qui leur sera imposée par leurs pasteurs; après quoi, s'ils veulent aller à Rome, ils prendront des lettres de leur évêque pour le Pape. En général il est défendu, jiar ce concile, d'aller à Rome sans la permission de l'évêque ou de son vicaire
Fieury ajoute cette réflexion : «On voit ici que le Pape était regardé comme un évêque étranger quant à l'administration de la Pénitence, comme dans le capitulaire d'Eiton, évêque de Bâle, deux cents ans auparavant.» Cette réflexion approbative de Fieury est au moins étrange ; car, en bonne théologie, le Pape est le propre pasteur de tous les fidèles du Christ, d'après ces paroles du Christ luimême : « Pais mes agneaux, pais mes brebis. » L'évêque est le propre pasteur de tous
1 Labbe, t. 9, p 844,
les fidèles quele Pape lui confie, sous le nom de diocèse; le curé est le propre pasteur de tous les fidèles que l'évêque lui confie, sous le nom de paroisse. Mais il est bon, il est sage que le pasteur suprême ne révoque ou ne restreigne la puissance du pasteur subalterne que pour le plus grand bien, soit de l'Église entière, soit du diocèse. Ainsi le Pape se réserve dans toute l'Église l'absolution de certains crimes énormes, et l'évêque dans son diocèse particulier. Fieury aurait pu se rappeler ces choses pour rectifier les paroles peu exactes de six évêques ou môme d'un seul, au lieu de les prendre pour la règle. Il aurait pu se rappeler encore que, d'après le témoignage des Grecs Sozomène et Socrate, c'est une ancienne loi de l'Église que rien ne peut s'y régler sans l'assentiment du Pontife romain, et qu'ainsi, pour avoir force de loi, même dans leurs provinces, les conciles particuliers doivent être approuvés par le Pape.
Il se tint, la même année 1022, un concile à Aix-la-Chapelle, en présence de l'empereur Henri, pour accommoder un différend entre j Pilgrim, archevêque de Cologne, et Durand, évêque de Liège, touchant le monastère de Burcito, que l'un et l'autre prétendaient être de son diocèse. Durand avait succédé l'année précédente, dans l'Église de Liège, à saint Vulbode, qui est honoré le 21 avril. Ce dernier était un saint évêque d'une taille et d'une grosseur presque gigantesques, ce qui l'obligeait à manger beaucoup; mais en mangeant plus que les autres il ne 'laissait pas de se mortifier par l'abstinence. Il mourut saintement le 20 avril, en embrassant le crucifix, et il fut enterré le lendemain dans l'église du monastère de Saint-Laurent. L'an 1023 Aribon tint un autre concile plus nombreux à Mayence, en présence de l'empereur, qui était invité d'y venir célébrer la fête 4e la Pentecôte. Tout ce qu'on en sait, c'est que l'archevêque y excommuniale comte Othon, à cause de son mariage incestueux avec sa parente Irmengarde
Outre ces assemblées d'évêques et de seigneurs pour le bien de l'Église et de l'empire, on vit des assemblées de rois à la même
' Labbe, t. 9, p. 864.
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tin. L'an 4006 il y eut, entre les deux rois Henri de Germanie et Robert de France, une entrevue sur la Meuse, qui séparait leurs États. Plusieurs de leur suite disaient qu'il n'était pas de leur dignité de passer l'un du côté de l'autre et qu'ils devaient se voir sur des barques au milieu de la rivière ; mais l'humilité et l'amitié sincère l'emportèrent. Le saint roi Henri, s'élant levé de grand ma- ^in, passa avec peu de suite chez le roi de France, et ils s'embrassèrent avec une cordialité inexprimable; ils entendirent la messe, célébrée par des évêques, et dînèrent ensemble. Après le dîner le roi Robert offrit à Henri des présents immenses d'or, d'argent et de perles précieuses ; de plus, cent chevaux ti ès-bien enharnachés, sur chacun desquels étaient une cuirasse et un casque; déclarant, au surplus, que leur amitié diminuerait à proportion de ce qu'il lui laisserait de toutes ces choses. Henri, toutefois, accepta seulement un livre des Évangiles, couvert d'or et de pierres précieuses, avec un reliquaire fait de même, lequel contenait une dent de saint Vincent, martyr. Quant à safemrae, sainte Cunégonde, elle reçut seulement des vaisseaux d'or pareils. Le jour suivant le roi Robert passe avec ses évêques dans la tente du roi de Germanie, qui lui fait une réception magnifique. Le dîner entre eux étant fini, Henri présente cent livres d'or pur au roi Robert, qui n'accepte que des vaisseaux d'or pareils ; puis, ayant cimenté un traité d'amitié, les deux rois s'en retournèrent chez eux *. Il existe un diplôme en faveur du monastère de Saint-Bénigne de Dijon donné par le roi Robert pendant son entrevue avec Henri sur la Meuse, et qui porte expressément la date de 1006,dix-neuvièmeannéedurègnedeRobert'.
Dix ans après, c'est-à-dire en 1016, ce bon prince, après avoir visité tous les saints lieux de France, eut la dévotion d'aller à Rome visiter les tombeaux des saints apôtres. Il y rut accompagné d'un nombreux cortège d'évôques et de seigneurs. La veille de Saint- Pierre il offrit queltjue chose sur son autel.
' Glaber, 1. 3, c. 2. — ' Doin Bouquet, t. 10, p. 28, u. a.
Tout le monde comptait que c'était quelque offrande de grand prix ; c'était, dans une i)ourse de soie, une antienne en l'honneur de saint Pierre, que le roi lui-même avait composée et notée de sa main. Pendant son séjour à Rome le roi fil connaître au Pape que plusieurs seigneurs usurpaient les biens du monastère de Cluny, ainsi que d'autres; aussitôt le Pape Benoît adressa une lettre circulaire aux évêques de Bourgogne, d'Aquitaine et de Provence, pour leur ordonner d'excommunier ces usurpateurs
Au mois d'août de l'année 1023 saint Henri, alors empereur depuis neuf ans, eut une seconde et dernière entrevue avec son ami, le roi Robert, qu'il y avait invité par Gérard, évêque de Cambrai, et Richard, abbé de Verdun. Cette entrevue eut lieu à Ivoy, sur le Cher, aux confins de la Champagne et du Luxembourg. Le jour de Saint-Laurent, l'empereur, averti que Robert venait le voir, alla au-devant de lui jusqu'à Mousson. Dans cette entrevue solennelle, qui dura plusieurs jours, ils rendirent leur amitié encore plus intime, ils établirent solidement la paix et la justice; ils y traitèrent de l'état de l'Église, du royaume et de l'empire; ils cherchèrent surtout les moyens d'assurer la paix de l'Église et de mieux subvenir à la chrétienté, exposée à tant de périls ; ils convinrent de se retrouver à Pavie, avec le seigneur apostolique, pour lui faire agréer leurs projets
Le saint empereur Henri n'eut pas le temps de les accomplir sur la terre. Affligé de diverses infirmités, il célébra, déjà malade, la fête de Noël 1023 à Bamberg; il célébra, plus malade encore, la fête de Pâques 1024à Magdebourg; puis, entouré de tous les grands de l'empire, il mourut saintement dans la petite ville de Grone, âgé de cinquante-deux ans, le 14 juillet 1024, jour auquel l'Église honore sa mémoire. Se sentant près de mourir il appela les parents de l'impératrice, sa sainte épouse, et leur dit: « Je vous la rends vierge comme vous me l'avez donnée ' ! »
' Doni Bouquet, t. 10, p. 303 et 30.S. Labbe, t. 9, p. 810. — '^Ex C/iron. Camerac. Doni. Bouquet, i. 10, p. 201. — » Actu SS., 14 ju>)l.
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