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baise avec respect et le place dans la chaire sacerdotale, en disant : Sois le prélat de cette chaire et le très-fidèle abbé de cette église; s’il te manque quelque chose pour le culte divin ou l'observation de la règle, moi j'y suppléerai de grand cœur.
Peu dejours après, Dunstan commença à y jeter les fondements d'une église plus magnifique, et à y bâtir des lieux réguliers. Quand tout fut achevé, il y assembla, sous la règle de saint Benoît, une grande communauté de moines, dont il fut le premier abbé, et il les conduisit à une grande perfection. La doctrine et la piété reluisaient tellement dans ce monastère, que l'on en tira dans la suite u" grand nombre d'évêques et d’abbés ; en sorte que saint Dunstan fut le principal restaurateur de la religion par toute l'Angleterre 1. Car, avec les grands biens que lui laissèrent son père et sa mère, ainsi que R princesse Édelflède, niècé du roi, non-seulement il donna au monastère de Glastenburi plusieurs terres qui étaient proches, mais il fonda encore en divers lieux cinq autres monastères où se. formèrent depuis, par ses soins, de grandes et édifiantes communautés.
Un autre personnage illustre édifiait à cette époque toute l’Angleterre, et secondait Saint Dunstan dans son œuvre de la restauration religieuse : c'était le vénérable Turquétul, chancelier du royaume et enfin restaurateur ét abbé du monastère de Croiland. Il était neveu du roi Édouard le Vieux, et naquit l’an 887. Le roi, son oncle, lui proposa plusieurs mariages avec des filles de ducs et de comtes, qu'il refusa toutes pour l'amour de la continence; c’est pourquoi le roi, jugeant qu'il servirait utilement l'Église, le voulait préférer à tous les autres pour remplir les principaux siéges d'Angleterre. Il lui offrit l'évêché de Winchester ; mais Turquetul, s’en déclarant indigne , le fit donner à Fridestan, son frère de lait. Le roi lui offrit encore l'évêché de Dorchester, par le conseil de l'archevêque Plegmond ; mais il le refusa avec la même fermeté,
Le roi, voyant donc que, content de son patrimoine, il était sans ambition et sans intérêt, le fit son chancelier, comme très-capable, par sa sagesse et sa fidélité, de régler toutes les affaires temporelles
et spirituelles du royaume; et ce fut par son conseil que, sur les lettres du Pape, en un même jour il donna à sept églises des évêques, qui furent sacrés ensemble par l'archevêque Plegmond. Après la mort d'Édouard, Turquetul continua de servir le roi Édelstan, son fils, et même à la guerre, où il se distingua par sa valeur. En 937, plusieurs rois écossais, danois, bretons, soumis jusqu'alors au roi d'Angleterre, secouèrent le joug et formèrent une coalition formi-
4 Ac'a SS., 19 maït. Act. Bened., sect. 5.
à 962 de l’ère
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à 962 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 37
dable, en appelant à leur secours plusieurs rois de la mer ou chefs de pirates. Cinq nations composaient l’armée ennemie : les Norwégiens, les Danois, les Irlandais, les Écossais et les Bretons. Le roi Édelstan, marchant contre eux, fit sa prière dans l'église de Beverley, posa son poignard sur l'autel, et fit vœu de le racheter, s’il revenait vainqueur, à un prix digne d'un roi. Cent bannières flottaient dans l’armée anglaise, et autour de chacune d'elles, suivant un auteur du temps, mille guerriers étaient rangés. La bataille se livra près de Brunabourg au pays des Northumbres; elle dura toute la journée. L’issue en était encore douteuse, lorsque le chancelier Turquetul avec les citoyens de Londres, le comte Singin avec ceux de Worchester, s'élancent jusqu'au milieu des Écossais, tuent leur roi Constantin, et décident la victoire. Cinq ou six rois ennemis restèrent sur le champ de bataille. Le roi Édelstan racheta son poignard à l'église de Beverley, en lui accordant de grands et nombreux priviléges.
Cette victoire, en affermissant la suprématie d'Édelstan sur toutes les nations de la Grande-Bretagne, augmenta sa renommée parmi toutes les nations chrétiennes. De ses neuf sœurs, trois embrassèrent la vie religieuse, les autres furent mariées aux plus puissants princes de l'Europe : Ogive ou Edgive épousa Charles Je Simple, roi de France, dont elle eut un fils, Louis d'Outre-mer ; Hugues le Grand, père de Hugues Capet, demanda et obtint la main d’Éthilde ; Henri l'Oiseleur, roi de Germanie, demanda Édithe pour son fils Othon, ét le chancelier Turquetul la conduisit jusqu’à Cologne. Édelstan mourut l'an 940, regretté de ses sujets et admiré des nations voisines. Sans compter le grand nombre d’églises qu’il bâtit ou répara, il rachetait annuellement, à ses propres dépens, un certain nombre de coupables qui avaient perdu leur liberté à Cause de leurs crimes ; et ses baillis avaient ordre, sous des peines très-sévères, d'entretenir un pauvre d'extraction anglaise par chaque possession de deux fermes. Chaque pauvre recevait par an un assortiment complet
| d'habits, et par mois une mesure de farine, un quartier de porc, ou
un bélier de la valeur de quatre sous d'argent 1,
Turquetul servit avec le même zèle et la même fidélité le roi Edmond, frère et successeur d'Édelstan, et ce fut par son conseil qu'il rappela saint Dunstan; car ce saint prêtre était l'ami intime et le confesseur du chancelier, Le roi Edmond fut tué le 26me de mai 946, après avoir régné six ans et demi, et eut pour successeur son frère
drède, troisième fils du roi Édouard, La seconde année de son
1Vit, Turquet. Act. Bened., sect, 5. Lingard, t, 1.
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règne, il envoya le chancelier Turquetul à York pour maintenir dans son serviee la Northumbrie, où il craignait une révolte. Le chan- à celier logea en passant au monastère de Croiland, ruiné par les Normands plus de soixante et quinze ans auparavant. Toutefois il restait éncore cinq des anciens moines, dont deux, très-versés dans les lettres, s'étaient retirés dans d’autres communautés : les trois qui à étaient demeurés à Croiland espéraient toujours que Dieu leur enverrait quelqu'un pour rétablir leur maison. Ils allèrent done au-} devant du chancelier; et, comme le jour finissait, ils le prièrentk d'entrer chez eux. Ils le menèrent d’abord faire sa prière au petit! oratoire qu’ils avaient dressé dans un coin de leur église ruinée, luih montrèrent les reliques de saint Gutlac; et lui contèrent l’histoire de, leur désolation, dont il fut sensiblement touché. Puis, le menant ik leur hospice, ils employèrent toutes leurs provisions à le traiter, lui et toute sa suite, le mieux qu'il Jui fut possible, le priant d’intercéderpi auprès du roi pour rétablir cette maison, suivant la volonté du roi Édelstan, son frère. Le chancelier le promit, et même d'y donner duh sien. Depuis ce jour il leur fut uni d’une affection fort tendre, ch publiait partout leur charité.
Au retour d'York il y logea encore, et leur donna-vingt livre d'argent; puis, ayant rendu compte au roi du succès de son voyage, il l'entretint aussi de ce monastère, et lui fit promettre de lerétablir Alors il déclara devant tout le monde qu'il voulait s’y rendre moin lui-même ; de quoi le roi, fort surpris, lui représenta qu'étant déj avancé en âge, et ayant jusque-là vécu délicatement, il aurait de hE peine à pratiquer une vie aussi austère; de plus, qu’il lui était nt: cessaire pour les affaires de son royaume. Le chancelier répondit: Seigneur, j'ai servi les rois, vos frères, et vous avec la fidélité que j devais, sélon mon pouvoir; permettez que je serve Dieu, du moin en ma vieillesse ; tant que je vivrai, mes conseils ne vous manquero! ‘amaïs ; mais, certainement, je nc porterai plus:les armes. Le roi er tendit ces paroles avec chagrin; mais, comme il était très-pieur qu’il voyait ce désir du chancelier croître de jouren jour, et qu craignait d'aller cuntre:la volonté divine, il le:fait venir dans son « binet, se jette à ses pieds, et le prie avec larmes d'avoir pitié de | et dene pas l'abandonner au milieu des.diffieultés. Le chancelitt voyantson maître à ses pieds, se jette lui-même par terre; le suppli au milieu des sanglots, d'avoir pitié de son âme: il l’en conjure p saint Paul, à qui ie-roi portait une dévotion spéciale, et enfin il le porte. Se levant donc tous les deux, ils conviennent du jour où i iraient à Croiland et exécuteraient la chose de la manière la plus co!
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‘La retraite: du:chanceliér Turquétul étant dinsi résélue, ilfit crier par lesruës de: Londres que:céux à qui :il:devait se trouvaisent-tel jour en tél lieu:pour être payés; et que, s'il avait fait tortà quelqu'un, il le réparerait au triple. Aprèsavoir satisfait tout le monde, il donna au roi soixante teutes dontil'éthit seigneur, à'la réserve ‘desix, voisines de Croiland, qu'il donna au. monastère, pour offrir :à Dieu la dime de-ses biens.
Le chancelier Turquetul vint à Croiland ‘avecile r0i,-la ‘véilleide l'Assomption, 44me d'août 948. Il fit avertir les deux anciens moines quis'étaient retirés ailleurs et qui étaient recommandables pat leur science et:parleur:vertu ; ils revinrerit avec joie,et, le jour de! Saint- Barthélemi, le chancelier Turquetul quitta l'habit séculier et se révétit de lhabit monastiqué, au: milieu des:cinq anciens. Aussitôt le roi-lui donna le :bâton'pastoral, et l'évêque Cedulfe de Dorchester, qui'était !le diocésain, lui donna la bénédiction abbatiale. Le méme jour, d’aprèsl'avis:des jurisconsultes, et pour mieux assurer le monastère: contre:les violences des méchants, le nouvel abhé:et. les cinq anciens, qui faisaient toute la communauté, remirent le monastère
‘entre les mains du roi, qui donna les ordres nécessaires pourrelbiâtir
l'église et les lieux réguliers. 3 ‘Ensuite le roi, l'abbé Tiirquetul et deux tle ses imoines allèrent à Londres, où l'on tint un:concile le jour de la Nativité de :la sainte Vierge; et là le roi donna solénnellement:aù nouvel:abbé, le; monastère deCroiland, afin dé lui:en:assurer la possession à l'avenir. acte
‘de cette donation ést de l’'an:948, ‘souscrit par les deux'archevèques
Vulstan d'York et saint Odon de Cantotbéry, :par quatre évêques et deux abbés, dont l'un est saint: Dunstan, -etpar-une: dixaine de sei- 8neurs. Turquetul ne voulut poirit rétablir l'ancién: droit d’immtmité ou d'asile de cemonastère, pour ne point participer aux :erimès de ceux qui viendraient y chercher.l’impunité. Plusieurshommeslettrés le suivirent ‘dans :sa retraite, et :dix prirent habit monastiqie; les autres, craignant l'austérité dé la règle, ’gardèrent leur habit séetlier,
demeurant'toutefois dans le monastère, ear ils ne pouvaient se résoudre à quitter le:saint abbé. ‘Dans la suite, il ‘pur: donna ‘un loge-
ment séparé avec:une chapelle, où ils faisaient l'office: du jour :et de la nuit aux mêmes houres qué lesrmoines. Leur: häbit ‘était uniforme
et noir, mais ils n’observaient de la règle que la continenceet/l'obéis-
sance. La plupart finirent/leurs jours dans cette ‘communauté. Tel
était l'état della religion en Angleterre sous:le:fils et'les petits-fils W'Alfredile Grand.
1 Act. Bened., sect. 5.
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