‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 24 sur 72 · HISTOIRE UNIVERSE! LE · texte numérisé non relu

HISTOIRE UNIVERSE! LE

Bohême, du conseil des cardinaux, lui donna la bénédiction d'abbesse, changeant son nom en celui de Marie, et lui mettant en main la règle de saint Benoit et le bâton pastoral, Il lui donna aussi une lettre pour le duc Boleslas, son frère, où il dit : Notre fille, votre sœur, nous a demandé, entre autres choses agréables de votre part, notre consentement pour l'érection d’un évéché dans votre principauté. Nous en avons rendu grâces à Dien, qui étend et glorifie son église chez toutes les nations. C'est pourquoi, par l'autorité apostolique et la puissance de saint Pierre, dont nous tenons la place, quoique in. digne, nous accordons et autorisons qu'à l'église des martyrs Saint. Vitus et Saint-Venceslas on fasse un siége épiscopal, et à l'église de Saint-Georges un monastère de religieuses, sous la règle de saint Benoit et la conduite de notre fille Marie, votre sœur. Toutefois, vous ne suivrez pas le rite des Bulgares et des Russes, et vous n'y userer pas de Ia langue sclavonne ; mais vous prendrez pour évêque un clerc bien instruit des lettres latines et capfble de cultiver ce nouveau champ de l'Église, C'est que le Pape ne voulait pas que les Bohèmes suivissent le rite grec, comme les Bulgares et les Russes, mais le rite latin, qu'ils ont suivi en effet. Par là, ils se sont préservés plus faci. lement du schisme et de l’hérésie.

En exécution de cette bulle, on choisit, pour premier évêque de Prague, un moine de Saxe, nommé Ditmar, qui était prêtre. savant et éloquent, et qui, étant venu à Prague par dévotion, avait gagné l'amitié du duc, et on le choisit principalement parce qu'il savait en perfection la langue sclavonne. Le duc Boleslas envoya des députés pour amener; puis, ayant assemblé le clergé et les grands du pays, il fiten sorte, par ses prières et ses exhortations, qu'ils l'élurent pour évêque. Alors il envoya à l’empereur Othon, avec des lettres par les: quelles il priait de le faire ordonner ; ce que l'empereur accorda en faveur de la nouvelle église, par le conseil des seigneurs et des évêques. Ditmar fut donc consacré par l'archevêque de Mayence, et ensuite reçu à Prague, aux acclamations du clergé et du peuple. Il dédia plusieurs églises bâties en divers lieux parles fidèles, et baptisa un grand nombre de païens 1.

La même année 968 mourut la reine sainte Mathilde, mère des l'empereur Othon. L'année précédente, elle eut à Nordhause, où elle avait fondé un monastère de trois mille religieuses, une dernière entrevue avec tous ses enfants et petits-enfants. L'empereur Othon s'y trouvait, avec sa sœur Gerberge, reine de France. Ils passèrent ensemble sept jours. Sainte Mathilde leur recommandait, surtout à

1 Act, Bened., seci. 5, p. 833,

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l'empereur, son fils, lenouveau monastère qu'elle avait fondé pour le salut detoutesa famille. Elle rappela à son fils que dans ce lieu était né Henri, son frère, et sa sœur Gerberge ; le seul nom de ce monastère devait ainsi lui rappeler le souvenir affectueux d'un père, d’une mère, d'un frère, d'une sœur, Le jour que l'empereur devait partir, après qu'ils eurent entendu ensemble la sainte messe, elle lui renouvela ces souvenirs avec une tendresse plus vive que jamais, et lui annonça qu'il voyait sa mère pour la dernière fois. Ils se firent les derniers adieux et s'embrassèrent en pleurant ; tous les assistants pleuraient. L'empereur étant monté à cheval, elle rentra dans l'église, s'approcha de l'endroit où il avait entendu la messe, se mit à genoux et baisa en pleurant les traces de son fils qui partait. L'empereur en ayant été averti, il sauta de cheval, vint se jeter à ses pieds, disant : O vénérable dame, par quel service pourrons-nous jamais payer ces larmes ? Après un court entretien, la pieuse reine dit : Que sert-il de rester plus longtemps ensemble? Bon gré, mal gré, il faudra bien nous séparer ; en vous voyant, je ne diminuerai point ma douleur, je l'augmenterai au contraire, Allez dans la paix du Christ; vous ne verrez plus notre face dans cette chair mortelle, du moins nous le pensons.

En effet, revenue de Nordhause à Quedlimbourg, elle y tomba malade ; et, voyant que sa mort était proche, elle fit appeler Richeburge, alors abbesse de Nordhause, afin qu’elle l'assistat jusqu'à la fin, Elle distribua aux évêques et aux prêtres ce qui lui restait de biens et qu'elle n'avait pas achevé de distribuer aux pauvres et aux monastères. Une foule de personnes vinrent la visiter pendant cette maladie, entre autres son petit-fils Guillaume, archevêque de Mayence. Elle le reçut avec une grande joie, et lui dit : Je ne doute pas que Dieu ne vous envoie ici; car personne ne m’est plus intime ni plus agréable pour ce qu'il s'agit de faire, surtout depuis que j'ai perdu l'espoir de voir.mon cher fils Brunon me survivre, pour voir mes derniers moments et confier mon corps à la terre. Maintenant donc entendez d'abord ma confession, et donnez-moi l’absolution par la Puissance que vous avez reçue de Dieu et de saint Pierre, ensuite entrez dans l'église, chantez la messe pour mes péchés et mes nééligences, pour l'âme de mon seigneur le roi Henri, et pour tous les fidèles Chrétiens, vivants et défunts.

Après que l’archevêque, son petit-fils, eut dit la messe, il revint trouver, lui donna une seconde absolution , puis l’onction de l’huile sainte et le viatique. 11 demeura encore trois jours auprès d'elle ; Mais, voyant qu'elle n'était pas si près de sa fin, ii lui demanda ja Permission de s’en retourner. La reine demanda à l’abbesse Riche-

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burge s’il lui restait encore quelque chose qu’elle pût donner à l'é. vèque. Bien-aimée de Dieu; répondit l'abbesse, que peut-il vous rester encore, puisque vous avez tout distribué aux pauvres ? Alors, reprit la pieuse reine, apportez-moi les. draps mortuaires. réservés pour ma sépulture, afin que j'en donne un à mon petit-fils, comme un gage de mon[amour; car ilen aura plus tôt besoin que moi, pour le très-difficile voyage qu'il va entreprendre. L'évêque le reçut de sa main avec action de grâces, lui donna une dernière bénédiction, et dit tout bas aux assistants : Nous allons à Radelvrotk ; je laisse ici un de mes clercs, afin que, si la reine meurt, il vienne m'en avertir aussitôt, et que nous revenions pour donner au corps la sépulture convenable. La reine, levant la tête, dit tout haut : Il n’est pas ni. cessaire qu'il reste ici; il fera bien de partir avec vous; vousen aurez plus besoin dans ce voyage; allez dans la paix du Christ, quelque part que sa volonté vous appelle. L’évêque, étant arrivé à Radelvroth, pritune potion médicinale et mourut suMitement. Quand la nouvelle en fut venue à Quedlimbourg, on ne savait comment l'annoncer à la reine, pour ne pas accroître son mal. Mais la servante du Christ, souriant avec larmes, leur dit : Que chuchotez-vous ensemble ? pourquoi vouloir nous cacher cette triste nouvelle ? cr nous savons que l’évêque Guillaume est sorti de ce monde, et c'est le comble de nos souffrances. Allez, faites sonner les cloches, assemblez les pauvres, distribuer-leur des aumônes qui intercèdent pour son Âme.

La pieuse reine survécut douze jours à son petit-fils Guillaume. Enfin le samedi de la prernière semaine de carême, dès le point du jour, elle fit appeler les prêtres et les religieuses ; et, comme une grande multitude de l’un et de l’autre sexe était accouruc pour la voir, elle ordonna de laisser entrer tout le monde; elle leur donna plusieurs avis salutaires et particulièrement à Mathilde, abbesse de Quedlim-

bourg, fille de l'empereur, son fils. Ensuite elle fit approcher les

prêtres et les religieuses pour entendre sa confession et demander Dieu la rémission de ses péchés. Elle ordonna que l’on célébrât k messe et qu'on lui apportât le corps de Notre-Seigneur. Vers h

neuvième heure, elle se fit coucher à terre sur un cilice, se mitd }

la cendre sur la tête, de ses propres mains, disant : Il ne sied à un Chrétien de mourir que sur le eilice etla cendre. Ensuite, ayant fait sur son corps le signe de la croix, elle s'endormit tranquillement dans le Seigneur, le même jour, 44me de mars 968, jour auquel

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