‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 29 sur 72 · XI. — De · texte numérisé non relu

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Étant près du monastère, l'ennemi des bons lui apparut sous la forme d’un cavalier, pour le détourner d'y entrer, disant mille maux des moines, les traitant d’avares, de glorieux, de gourmands. Je tiendrais, dit-il, tout entier avec mon cheval dans une des chaudières de leur cuisine. Nil voulait lui répondre ; mais il s'enfuit aux premiers mots, sans l'écouter, et Nil, faisant de temps en temps le signe de la croix, entra enfin dans le monastère de Saint-Nazaire. L'abbé et les moines le reçurent avec grande charité, et, le voyant fatigué du chemin, ils lui donnèrent du poisson et du vin; mais il se contenta de pain et d'eau. Il pria qu'on lui donnât l'habit monastique, à condition toutefois qu'au bout de quarante jours il retournerait au monastère où il avait d’abord été reçu. L'abbé voulait, aussitôt qu’on l'eut fait moine, lui donner le gouvernement d’un autre monastère ; mais Nil trouva cette proposition si étrange, que dès lors il fit scrment de n'accepter jamais aucune dignité.

Le temps étant accompli, il retourna aumonastère de Mercure, où les pères Je reçurent avec une-grande joie, particulièrement Fantin, avec lequel il lia une amitié très-étroite. On en parla quelque temps après à Jean, supérieur de tous les monastères, qui, ayant éprouvé son obéissancé en plusieurs manières, en demeura très-satisfait et le retint quelque temps auprès de lui. Ensuite, du consentement des pères, il se retira près du monastère, dans une caverne où était un autel dédié à saint Michel, Là, il s’imposa cette manière de vie : Depuis le matin jusqu'à tierce, il s'appliquait à écrire ; car il écrivait bien et vite. Depuis tierce jusqu'à sexte, il se tenait devant la croix, récitant le psautier et faisant mille génuflexions. Depuis sexte jusqu'à none, il demeurait assis, lisant et étudiant l'Écriture sainte et les Pères. Après avoir dit none et vépres, il sortait de sa cellule pour se promener et se délasser, sans toutefois se détourner de Dieu, qu'il considérait dans ses créatures, méditant quelques passages des Pères. Après le soleil couché, il se mettait à table, et mangeait ou du pain sec, ou, sans pain, des herbes cuites, ou du fruit, selon la saison. Sa table était üne grosse pierre et son plat un morceau de pot de terre ; il ne buvait que de l’eau ét par mesure. Il essayait d’imiter toutes les manières de vivre qu'il lisait dans les anciens. Ainsi il passa jusqu’à vingt jours sans manger que deux fois, et il fit trois fois cette expérience. Pendant un an, il ne but qu’une fois le mois quoiqu'il ne mangeât que du pain sec ; mais il quitta cette pratique Pour ne pas se dessécher le poumon, car la soif ne l'incommodait que les huit premiers jours. Toutefois il passait souvent le carême sans boire et sans manger, ne prenant que la sainte communion. La nuit, il donnait une heure eu sommeil pour la digestion, ensuite il

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récitait le psautier, faisant cinq cents génuflexions, puis il disait les prières des nocturnes et des matines ; Car il était persuadé qu'un ermite doit faire beaucoup plus d'exercices de piété que celui qui vit en communauté. Son habit était un sac de poil de chèvre, qu'il portait un an, et sa ceinture était une corde, qu'il n’ôtait qu’une fois l’année, souffrant patiemment la vermine qui le rongeait. Il n’avait ni lit ni siége, ni coffre ni sac; son encrier était de la cire appliquée sur du bois. Tel était son amour pour la pauvreté.

Un des frères le pria de trouver bon qu'il demeurât avec lui, et, l'ayant obtenu à grand’peine, il lui dit : Mon père, j'ai trois pièces d'argent ; que voulez-vous que j'en fasse? Nil lui répondit : Donnezles aux pauvres et ne gardez que votre psautier, Il le fit ; Mais, après avoir demeuré quelque temps avec le saint homme, il s'ennnya de cette vie si austère et commença à chercher querelle pour le mettre en colère. Nil lui dit doucement : Mon frère, le Seigneur nous a appelés en paix. Si vous ne pouvez plus me souffrir, allez en paix où il vous plaira; car je vois que vous ne pouvez vous défaire de l’ambition et.du désir du sacerdoce. L'autre lui dit tout en colère : Rendez-moi mes trois pièces d'argent, et je m'en irai. Qu'’avais-je affaire de les donner aux pauvres? Nil lui répondit : Mon frère, écrivez sur un morceau de papier que j'en recevrai la récompense dans le ciel, et le mettez sur l'autel, et je vous ies rendrai aussitôt, L'autre voulut voir comment Nil, qui n'avait pas une obole, accomplirait sa promesse, et fit ce qu’il désirait. Nil, ayant reçu son écrit, descendit au monastère de Castel et y emprunta trois pièces d'argent, qu'il lui donna. Le mauvais moine se retira, suivit ses désirs et mourut quelque temps après ; mais Nil, étant rentré dans sa caverne, écrivit en douze jours trois psautiers et acquitta sa dette.

Quelques années après, le bienheureux Fantin tomba dans une espèce d’extase, qui parut surnaturelle à ceux qui connaissaient sa vertu ; car il sortait du monastère et allait de côté et d'autre, faisant des lamentations continuelles sûr les églises, les monastères et les livres. Il disait que les églises étaient pleines d’ânes et de mulets qui les profanaient par leurs ordures, les monastères brûlés et perdus, les livres mouillés et devenus inutiles, en sorte qu’on n'aurait plus de quoi lire. Quand il rencontrait un des frères de son monastère, il le pleurait comme mort, et disait : C’est moi qui t’ai tué, mon enfant. En parlant ainsi, il ne voulait ni loger sous un toit, ni prendre de nourriture ordinaire, mais, errant par les déserts, il vivait d'herbes sauvages. On crut que, comme un autre Jérémie, il prédisait l'incursion des Sarrasins, qui désolèrent le pays peu de temps après, ou plutôt la décadence des monastères et le relâchement de

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la discipline. Nil, sensiblement affligé de voir l'abbé Fantin en cet état, le suivait et s’efforçait de lui persuader dé rentrér dans le monastère; mais Fantin l'assura qu'il n’y retournerait pas, et qu'il mourrait dans uñe terre étrangère. En effet, prenant avec lui deux de ses disciples, Vital et Nicéphore, il alla dans lé Péloponèse; demeura longtemps à Corinthe, où il procura le salut de plusieurs; visita l’église dela Sainte-Vicrge à Athènes, se rendit à Larisse ; séjourna douze ans à Thessaloniqué, où il devint célèbre par sés vertus et ses miracles ; etenfin alla mourir, dans une extrême vieillesse, à Constantinople, Les Grecs et'les Latins honorent sa mémoire le 30me d'août,

Nil étant revenu à sa caverne, les pères du monastère de Fantin vinrent le prier de vouloir bicn venir et leur choisir un abbé ; car ils le connaissaient assez pour n'oser lui proposer de l'être lui-même. Îl'entra dans le nionastère et assembla la communauté duns l'église ; mais, après la prière, Luc, frère de Fantin, prit Nil par les pieds, le conjurant, au nom de la sainté Trinité et de tout ce qu'il y a de plus saint, d’être leur abbé. Nil retourna contre Luc ses propres conjurations, et le fit élire abbé ; car, quoiqu'il ne fût pas fort savant dans les saintes Écritures, il avait le talent de gouverner et une grande vertu. C'est ainsi que Nil év'ta cette tentation. ;

Pendant qu’il était encore dans sa caverne, il lui vint un disciple nommé Étienne, homme d'une grande simplicité, mais d’une patience et d’une obéissance merveilleuses. Les Sarrasins ayant couru pendant un an toutela Calabre, le bruit sé répandit qu'ils viendraient aussi au canton de Mercure, et qu’ils n’épargneraient ni monastères ni moines. Tous se réfugièrent dans les châteaux les plus proches; et Étienne, se trouvant au monastère de Saint-Fanñtin, suivit les moines, n'ayant pas le temps de retourner à la caverne. Nil lui-même, voyant déjà la poussière qui marquait la marche des ennemis, ne voulut pas tenter Dieu et se cacha dans un lien détourné ; puis il revint le jour suivant à sa caverne, d'où ils avaient emporté le cilice qu'il avait pour changer. Étant descendu au monastère, il trouva qu'ils y avaient tout ravagé ; et, croyant qu'ils avaient enlevé Étienne, il résolut de se renûre esclave avec lui ; mais il apprit qu’il s'était sauvé avec les moines ; et, après que les Sarrasins furent passés, Nil et Étienne retournèrent à leur caverne et reprirent leur première façon de vivre. Fi ..

Quelque temps après, Nil ayant envoyé Étienne à Rossane pour acheter du parchemin, il en revint accompagné d’un vieillard nommé Georges, des principaux de la ville, qui croyait être appelé de Dieu

1 Acta ‘ss, 30 aug.

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à mener la vie solitaire, et s’offrit à Nil pour faire ce qui lui plai. rait. Nil lui répondit : Mon frère, ce n'est Pa3 pour notre vertu que nous demeurons dans ce désert ; mais, parce que nous ne pouvons porter la règle de la vie commune, nous nous sommes séparés des hommes, comme des lépreux. Vous faites bien de chercher votre salut : allez donc à quelque communauté où vous trouverez le repos de l'âme et du corps ; mais Georges demeura ‘ferme et ne voulut point quitter le saint, qui conçut pour lui une affection filiale.

Enfin, comme les Sarrasins revenaient detempsen temps dans ces quartiers-là, et que la caverne était sur leur passage, Nil et ses disciples jugèrent qu'ils ne pouvaient y demeurer. Il vint donc s'établir à Rossane, en un lieu qui était à lui, où il y avait un orûtoire de Saint-Adrien. Là il lui vint encore quelques disciples, et, par ja suite du temps, ils se trouvèrent jusqu'à douze et plus; en sorte que ce lieu devint un monastère. Il y avait deux frères dansle voisinage, qui, touchés d'envie, commencèrent à mdire de saint Nil, et à le traiter d'hypocrite et d'imposteur ; mais il ne s’en défendit qu'en leur donnant des bénédictions et des louanges ; et, un jour qu'ils l'avaient extrémement maltraité, il vint les trouver comnie ils mangeaient, se mit à genoux et leur demanda pardon. Enfin il les gagna tellement, que l’ainé, en mourant, lui donna tout son bien et lui recommanda son frère.

Saint Nil ne voulait point que son monastère ent rien au delà du nécessaire, disantque lesurplus n’était qu'avarice. Trois deses moines ayant mangé hors de la maison, il leur dit : Étes-vous mes esclaves, pour Vous cacher ainsi de moi ? Vous êtes mes frères, notre pain est votre travail, et personne ne vous contraint à rien faire contre votre volonté. Sa communauté croissant, il ne voulut:jamais prendre le titré d’abbé ou d'hégumène, pour mieux observer le précepte de l'Évangile de ne point se nommer maître ; mais il donna le titre d'hégumène à d’autres, dont le premier fut Proclus, homme très-savant dans les auteurs sacrés et profanes, et qui laissa lui-même plusieurs écrits.

Un grand tremblement de terre, quiarriva dans la Campanie et la Calabre, ayant presque renversé la ville de Rossane, saint Nil voulüt aller voir ce désastre de sa patrie ;.mais, pour se déguiser, il mit autour de sa tête une peau de renard qu'il avait trouvée en chemin, et portait sur l’épaule son manteau pendu à son bâton. Les enfants lui jetaient des pierres, et criaient après lui : Au caloyer bulgare! D'autres l'appelaient Franc ou Arménien. Le soir, s'étant remis en son état ordinaire, il entra dans la grande église pour prier la sainte

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Vierge, sa patronne, et fut reconnu de quelques prêtres, qui se jetèrent à ses pieds, fort surpris de son arrivée, Après les avoir consolés par ses discours de piété, il demeura avec un nommé Caniscas, dont il avait été disciple, l'exhortant à quitter le monde, car il avait toujours mené une vice fort pure ; Mais il ne put le persuader à canse de l'avarice qui le dominait, et il mourut quelque temps après, avec un repentir inutile de. ne l'avoir pas écouté,

Il faisait souvent réflexion sur la douceur de la solitude et le dégagement de la pauvreté, sans soins comme sans biens, et il trouvait qu'en vivant avec les autres, loin d'avancer dans la vertu, on recule ; leur conversation même lui était à charge, parce qu'elle le détournait de la contemplation et de l'occupation intérieure, À ces pénsées, il opposait le précepte de l'Apôtre : Que personne ne cherche son avantage, mais celui des autres, pour leur salut. II résolut donc d’éprouver ses disciples par quelque commandement déraisonnable, et, s'ils y obéissaient sans examen, de prendie le parti de demeurer avec eux. Un jour, après l'office du matin, il leur dit : Mes pères, nous avons planté trop de vignes, et ce n'est qu'avarice d'avoir plus que le nécessaire : venez: en couper une partie. Ils y consentirent ; et, ayant pris la cognée sur son épaule, il les mena à la plus belle de leurs vignes et du plus grand rapport. Ils le suivirent tous, et se mirent à couper depuis le matin jusqu'à tierce. Alors » Voyänt leur obéissance, il promit à Dieu de ne les quitter de sa vie ; mais Je bruit de cette action s'étant répandu, d’un côté jusqu’au mont Athos, et de l'autre jusqu'en Sicile, personne n’y pouvait rien comprendre et on l'interprétait diversemént.

Un jour, comme il était à Rossane un peu indisposé, Théophylacte, métropolitain de Calabre » et Léon, officier de la garde impériale, tous deux gens d'esprit et savants, vinrent le voir avec des Mmagistrats, des prêtres et une grande partie du peuple, à dessein de lui faire des questions sur l’Écriture : plutôt pour l’éprouver que pour S'instruire. Lo: saint, qui s'en aperçut, pria Jésus-Christ de lui faire la grâce de penser'et de parler de la manière convenable. Après qu'ils se furent salués et assis, il donna à l'officier un livre qu'il avait à la main et qui était de saint Siméon d’Antioche, et lui fil lire cette sentence : Que de dix mille âmes, à peine s’en trouve-t-il une, dans le temps présent, qui sorte entre les mains des anges. A ces mots, lous les assistants commencèrent à dire d’une voix : A Dieu ne plaise ! cela n’est pas vrai! celui qui l'a dit est hérétique! C’est donc en vain ue nous avons été baptisés et que nous adorons la croix ! que nous “ommunions et que nous portons le nom de Chrétiens ! Saint Nil, Yoyant que le métropolitain et l'officier ne disaient rien à ceux qui

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parlaient ainsi, répondit doucement : Et que direz-vous donc, si je vous montre que saint Basile, saint Chrysostôme, saint Éphrem, saint

Théodore Studite, saint Paul même et l'Évangile disent la même :

chose ? Dieu ne vous a .point d'obligation de ce que vous venez de dire, Vous n'oseriez faire profession d'aucune hérésie, le peuple vous lapiderait; mais sachez que, si vous n'êtes vertueux et très-vertueux, vous n'éviterez point la peine éternelle. Ils furent touchés de ce discours, et commencèrent. tous à soupirer et à dire: Malheur à nous, pécheurs que nous sommes ! |

Nicolas, premier écuyer, lui dit : Mon père, pourquoi l'Évangile dit-il : Celui qui donnera à un de ces moindres un verre d’eau froide, ne perdra pas sa récompense? Il répondit: Cela est dit pour ceux qui r'ont rien, afin que personne ne s'excuse sur ce qu'il n’a pas de bois pour faire chauffer l’eau. Mais vous qui enlevez au pauvre jusqu'à l’eau froide, que ferez-vous? Celui-ci gardant le silence, un autre dit: Mon père, je voudrais bien savoir si Salomon est sauvé ou damné. Saint Nil, connaissant par l'esprit que c'était un débauché, lui dit : Et moi je voudrais bien savoir si, vous-même, vous serez sauvé ou damné. Que vous. importe, à vous et à moi, que Sa/omon le soit? C’est pour nous qu'il est écrit : Quiconque regarde une femme pour la convoiter, a déjà commis l'adultère. Quant à Salomon, nous ne trouvons nulle part dans l’Écriture qu'il se soit repenti, comme nous le trouvons de Manassès.

Un prêtre se leva ensuite, et dit : Mon père, de quel arbre Adam mangea-t-il dans le paradis? 11 répondit : D'un pommier sauvage. Tous se prirent à rire, et Nil leur dit : N'en riez pas, la réponse est conforme à la demande. Comment vous dirions-nous ce que l'Écriture ne nous a point découvert? Au lieu de .penser comment vous avez été formé, comment vous avez été mis dans le paradis, les préceptes que vous avez reçus et que vous n’avez pas gardés, ce qui vous a fait chasser. du paradis, et comment vous pourrez y rentrer; 'au lieu de tout cela, vous me demandez le nom d’un arbre ; et quand:vous l’auriez appris, vous ‘emanderiez ensuile quelle en était la racine, ou les feuilles, ou l'écorce, et s’il était grand ou petit. Après quelques autres entretiens, ils se retirèrent, et le métropolitain lui-même dit que ce caloyer était un grand persunnage. L'oflicier Léon l’éprouva d'une manière plus sensible. {ant revenu ure autre fois avec l'écuyer Nicolas pour entendre ligrourir le saint, ils se couchèrent ensuite tous déux sur l’herbe, et s’amusèrent à se mettre l’un à l’autre sur la tête un cuculle de moine qu'ils trouvèrent sous la main. Nil, qui de sa cellule les voyait rire de ce jeu, leur dit d’une voix sévère : Ce que vous tournez main-

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tenant en dérision, vous le demanderez avec empressement pour vous couvrir la tête, et vous ne Pourrez l'avoir. Aussitôt l'officier Léon s'en retourne avec un violent mal de tête; se met au lit, et appelle un prêtre, qui, s'étant approché, le trouve mort.

Eupraxius, gouverneur de Calabro, tit une expérience pareille, mais qui se termina plus heureusement. Ce personnage avait fondé à Rossane un monastère de filles, qui {était tombé en décadence lorsque Eupraxius fut retourné à Constantinople; saint Nil prit soin de le rétablir. Toutefois, des gens malintentionnés mandèrent à Eupraxius que Nil avait pillé ce monastère ; Ce qui lui fit écrire des lettres menaçantes contre le saint. Il revint en Calabre, avec beaucoup d'appareil, comme gouverneur, et tous les abbés de la province allèrent, avec des présents, le complimenter et lui demander sa protection, Il n’y eut que Nil qui n'y alla point et qui demeura tranquille dans son monastère, priant Dieu pour le salut du gouverneur : ce qui augmenta beaucoup son indignation, et il cherchait les moyens de la satisfaire. Mais il lui vint un ulcère qui le tourmenta pendant trois ans et lui consuma les parties que l’on ne nomme point, avec une infection insupportable, IL reconnut que c'était 1a punition de ses débauches, se repentit de ses emportements contre le saint abbé et l’envoya prier de venir le voir et de lui donner sa bénédiction. Le saint homme se fit prier longtemps, pour l’humilier à son tour, et n’y alla qu'au bout de trois ans, lorsqu'il sut que le mal attaquait déjà les parties nobles.

Le gouverneur lui embrassa les pieds, fondant en larmes; et Nil l'ayant relevé, il lui fit la confession de tous ses péchés et le conjura de lui donner l’habit monastique, disant qu'il avait fait vœu. d'être moine. Le saint lui répondit : Vous n'ignorez pas que tous ceux qui ont péché après le baptême sont obligés, sans aucun vœu, à embrasser la pénitence ; mais quant à vous donner l'habit, je ne suis qu'un simple moine, sans aucun ordre ecclésiastique. Voici un métropolitain, c'était celui de Sainte-Séverine ; voici des évêques et des archimandrites : c'est à eux d'accomplir votre souhait, Toutefois Eupraxius le pria tant, qu'il lui coupa les cheveux de sa main et le revêtit de l’habit monastique, en présence des évêques et des abbés, Le médecin qui était présent, et qui était un Juif, sortit alors et dit ! J'ai vu aujourd’hui des merveilles telles que nous avons entendu qu'il s'en faisait autrefois. J'ai vu lé prophète Daniel apprivoisant les lions. Car qui jamais osa toucher ce lion de la main? Le nouveau Daniel vient de lui couper les cheveux et de lui mettre l’habit moüästique. De son côté, le 8ouverneur pria le Saint, les évêques et les abbés à manger, et les servit à table lui-même, tant il se trouva de

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208 RISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXI. — De 96

force, quoique depuis trois ans il n’eût pu sortir du lit. Puis il dis- «ibua de sa main aux pauvres tout ce qu'il avait, ou le légua aux églises ; il affranchit tous ses esclaves et mourut trois jours après, plein de componction et d'espérance. I1 avait fait Nil exécuteur de son testament; mais le saint homme ne voulut point s’cxbarrasser dans tant d’affaires, et s’en déchargea sur le métropolitain.

Il délivra plusieurs possédés, en leur faisant faire l'onction de l'huile par les prêtres, ou les envoyant à Rome aux tombeaux des apôtres; mais il ne voulut pas leur fairé le moindre signe de croix de sa main. Quelque répugnance qu'il eût à venir dans le monde et à en voir le tumulte, il ne laissait pas, dans l’occasion, d’intercéder pour le peuple auprès des magistrats, afin de sauver les malheureux opprimés et quelquefois les coupables. Et il ne craignait point de souffrir pour cet effet la fatigue de marcher à pied et les incommodités uvs saisons. Plusieurs des officiers qui venaient en Italie lui of. fraient de grandes sommes d'argent pour la snbsistance de sa communauté ou pour les pauvres ; mais il leur disait : Mes frères seront heureux, suivantle psaume, s'ils vivent du travail de leurs mains, et les pauvres crieront contre vous, comme retenant leur bien, et m'admireront comme possédant tout sans rien avoir.

Un eunuque de la chambre de l'empereur, l'ayant prié de venir le voir, lui dit : Je n'ai point de parents et j'ai de grands biens : j'ai résolu de les donner à Dieu et de fonder un monastère. Venez avec moi à Constantinople, je prendrai le saint habit de votre main et je vous ferai converser familièrement avec l’empereur, comme vous êtes ici avec moi. Nil fit, selon sa coutume, le signe de la croix sur sa poitrine, et répondit à l’eunuque: Votre dessein est beau et agréable à Dieu, mais il ne me convient pas de quitter le désert et les pauvres qui souffrent avec moi, pour me promener dans les villes et me charger d’affaires. Manque-t-on à Constantinople de moines et d'abbés, pour donner l’habit à ceux qui veulent quitter le monde? que si vous voulez absolument que je vous le donne, venez marcher dans la voie étroite avee nous. L’eunuque insistait à accomplir son dessein, et le saint abbé, l’ayant quitté, remerciait Dieu de l'avoir délivré de ce piége de l'ennemi.

L'archevèque de fiossane étant mort, tous s’accordèrent qu'il fallait surprendre l'abbé Nil et le forcer à remplir cette place. Les nagistrats et les principaux du clergé marchaient déjà porr exécuter leur dessein; mais quelqu’un les prévint, croyant porter au père une agréable nouvelle. Il le remercia et lui ft mème donner un pré. sent ; mais il se retira au fond d’une montagne avec un des moines, et se cacha si bien qu’on ne put jamais le trouver. Les prêtres et les

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