DE 991 À
L'empereur saint Henri ei son époque.
En écrivant l'histoire, dit un auteur du dixième siècle, il faut avoir en vue deux choses : que l'historien écrive la vérité, et que le Je. teur ait du profit à la lire, Mais l'écrivain ne saurait tenir la vérité, S'iln'évite puissamment ou s’il n'ex2lut de son âmeces quatre choses : la haine et la dilection charnelle, l'envie et l'infernale adulation, Car la haine et l'envie ou taisent absolument les bonnes actions, ou elles les effleurent rapidement, ou elles les travestissent calomnieusement, La dilection charnelle, au contraire, et l’infernale adulation ignorent sciemment les mauvaises actions, et, fcignant l'ignorance, elles cachent la vérité; d'un autre côté, cherchant à plaire, elles s'étendent longuement sur les bonnes actions et les exaltent plus qu'il n’est juste. Ainsi, par ces quatre choses, soit dans les bonnes actions, soit dans les mauvaises, la vérité disparaît et la fausseté brille d’une couleur surajoutée. Mais la dilection spirituelle, amie de la vérité, ni ne cèle les mauvaises actions, ni n’étale Pompeusement les bonnes, sachant que souvent les mauvaises actions mêmes servent à la correction, et que les bonnes nuisent bien des fois quand elles dégénèrent en orgueil; car il est mieux de réprimer son âme par l'adversité, que de s’enfler insolemment par la prospérité. Quant au lecteur, il ne tirera aucun fruit de sa lecture, s’il ne fait bien attention et s’il ne comprend bien : pour: quoi les biens arrivent aux bons, les maux aux méchants; les biens aux méchants, les maux aux bons.
Pourquoi les biens sont accordés aux bons, cela peut se concevoir de deux manières: car, ouils soni tellement bons, qu’ils n’ont besoin ni d'être éprouvés ni d'être purifiés par les tentations de ce siècle: où bien ils sont bons de telle manière que, s'ils étaient assaillis par les tentations, ils viendraient peut-être à se détériorer à cause de leur
simplicité et de leur faiblesse, De tels ne sont point salis dans le bourbier de ce monde, pour être invités à la correction par les souffrances, ni pour comprendre que, s'ils ne viennent à résipiscence, ils
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seront co rivent qu pour aug mérite. ( pour laqu plus sévèr afin qu'ils reprochen proche de De quel inutiles ni entendons nère avec | Mais ce qu ne serait p l'anciennet et de recer car rareme Nous diso:
mais pour d'écrits, s’) valeur égal lire ce qu'o lit les actio si elles son c'est regar vous déplai imitez-le.
suive.
Cesobser et à la plur zième siècle Henri, par.
teur. Adelt Hollande, fi de Saint-Un passa dans fameux Ger progrès dan de prudence
ÊME.
e, il faut avoir et que le Jecenir la vérité, juatre choses :
adulation, Car tions, ou elles nnieusement, tion ignorent , elles cachent ndent longue.
t juste. Ainsi, lans les maueur surajoucèle les mauant que souon, et que les Orgueil; car le s’enfler ina aucun fruit | bien : pour. ts; les biens
se concevoir n'ont besoin le ce siècle:
assaillis par ause de leur ans le bourir les soufiscence, ils
à402+ de l'ère chr.! DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 266 seront condamnés à souffrir, et ici et dans l'avenir. Les maux arrivent quelquefois aux bons, non parce qu’ils les ont mérités, mais pour augmenter leur mérite par la peine et leur récompense par le mérite. Quelquefois aussi il se trouve en eux quelque faute légère pour laquelle ils sont légèrement châtiés, afin de n'en être pas punis plus sévèrement dans l'avenir. Les biens sont accordés aux méchants, afin qu’ils reconnaissent au moins ainsi la bonté de Dieu et qu'ils se reprochent leur perversité; ou bien, pour que cela leur serve de reproche de ce qu'ils n’ont pas voulu reconnaître l’auteur de ces biens. De quelques actions qu'il s'agisse, nous ne croyons ces réflexions inutiles ni à l'écrivain ni au lecteur. Nous savons en outre et nous entendons très-souvent dire que, pour toute espèce d'écrits, on vénère avec délice l'antiquité et on repousse avec dédain la nouveauté. Mais ce que l'on recoit comme ancien, s’il n’eût d’abord été nouveau, ne serait point ancien. C'est pourquoi la nouveauté précède, afin que l'ancienneté suive. C’est donc une sottise de mépriser ce qui précède, et de recevoir ce qui suit et qui tient son existence de ce qui précède; car rarement celui qui a soif cherche le ruisseau quand il a la source. Nous disons ces choses, non pour qu'on repousse ce qui est ancien, mais pour qu'on reçoive ce qui est nouveau ; car, dans toute espèce d'écrits, s’il y a vérité et utilité, la nouveauté et l'antiquité ont une valeur égale. [l est peut-être qui dira : Quelle utilité peut-il y avoir à lire ce qu'ont fait les autres? A celui-là nous répondrons : Quiconque lit les actions d'autrui, si elles sont bonnes, il trouve de quoi imiter : sielles sont mauvaises, de quoi éviter. Lire les actions d’un autre, c'est regarder dans un miroir. Si vous y voyez quelque chose qui vous déplaise, corrigez-le en vous: si quelque ehose qui vous plaise, imitez-le. Mais que la préface cesse, el que la cause de la préface suive.
Cesobservations, que l’oncroirait empruntées au siècle de Louis XIV et à la plume de la Bruyère, sont d'un auteur du dixième et du onzième siècle ; elles sont la préface même de la Vie de l'empereur saint Henri, par Adelbold, évêque d'Utrecht ! et chancelier de cet empeeur. Adelbold, né de parents nobles, dans le pays de Liége ou de Hollande, fut consacré à Dieu dès sà jeunesse, dans l'église collégiale de Saint-Ursmar, à Lobes. Il y fitses études sous Hériger; de là il passa dans les écoles de Liége et de Reims, où il eut pour maitre le fameux Gerbert. D'un esprit vif, solide et pénétrant, il fit de grands progrès dans les sciences. Au savoir il joignait beaucoup de sagesse, de prudence et de courage, et le talent de s'exprimer avec facilité et
Acta $S., 15 juiti,
éloquence ; ce qui chgagca Henri, roi de Germanie, depuis empereur à l'appeler à sa cour et à lui confier les emplois les plus considé. rables, Ansfeld, évêque d'Utrecht, étant mort l'an 1010, ce prince lui fit donner Adelbold pour successeur. Il gouverna l'église d'Utrech environ dix-huit ans, et mourut en 1027.
Outre divers écrits en prose et en vers sur des sujets religieux, il existe d'Adelbold un ou deux ouvrages d'astronomie ; un traité de la sphère, adressé à Gerbert, alors Pape sous le nom de Silvestre II, qui lui répondit par une lettre sur la trigonométrie, Son ouvrage le plus remarquable est la Vie de l'empereur saint Henri, IL est fâcheu que nous n’en ayons que le commencement, soit qu’il ne l'ait pas achevée, ou qu’elle ne nous soit pas parvenue tout entière, Dans Je peu que nous en avons, surtout dans sa préface, où il fait allusion à Térence, on voit que les bons modèles de l'antiquité littéraire n'é. taient ni inconnus ni dédaignés à la fin du dixième et au commencement du onzième siècle. Bien loin de là, on se passionnait tellement pour les anciens, qu'on ne pouvait goûter les nouveaux : preuve de plus que ces siècles ne méritent pas tant qu'on le croit les reproches d’ignorance et de barbarie qu’on leur prodigue !.
En effet, le dixième finissant et le onzième commençant voient, sur le Siége de saint Pierre, Silvestre IF, le plus savant homme de bien des siècles. Sur le trône impérial, après les trois Othons, c’est l'empereur saint Henri et l'impératrice sainte Cunégonde ; plus loin, c'est saint Étienne, roi et apôtre de Hongrie ; plus loin encor, saint Vladimir, grand-duc de Russie, En France, Hugues Capet distingue par sa piété, et y est surpassé par son fils le roi Robert: Guillaume Bras-de-fer, comte de Poitiers, embrasse la vie monastique, ainsi que Guillaume, comte de Provence et de T oulouse ; plus loin se distingue Sanche, roi de Navarre. Une amitié cordiale unit entre eux Henri, Robert et Sanche. Dans l'épiscopat, la France admire saint Gérard de Toul, le bienheureux Adalbéron de Met, saint Fulcran de Lodève, saint Gilbert de Meaux, saint Thierri d’Orléans, saint Burcard de Vienne, le bienheureux Fulbert de Chartres. L'Allemagne ne le cède point à la France ; elle a saint Wolfgang de Ratisbonne, saint Guebhard de Constance, saint Adalbert de Prague. saint Villigise de Mayence, saint Libentius de Hambourg, saint Bernard et saint Godard de Bildesheim, saint Vulpode de Liége, saint Héribert de Cologne, saint Hartwich de Salzbourg, saint Meinwerc de Paderborn, saint Boniface, archevêque, apôtre-martyr de Russie : la Suède a saint Sigfrid, évêque et apôtre; saint Ulfrid, évêque et
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1, évêque et
atoté de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 267
martyr ; la Norwége, un roi martyr, saint Olats, Dans l’ordre monaslique, c’est saint Abbon de Fleury ; saint Romuald, fondateur des camaldules ; saint Mayeul, qui, après avoir eu pour prédécesseur saint Aimard, a pour successeur saint Odilon. Tels sont les pieux et saints personnages qui, À la fin du dixième et au commencement du onzième siècle, forment dans l'Église de Dieu une constellation vraiment céleste.
Une autre merveille s’accomplit. Cette longue procession de peuples, qui, partis des plaines de Sennaar après la coxfusion des langues, se poussaient les uns les autres vers l'Occident ; cette procession mystérieuse et terrible, qui, depuis trente siècles, marchait à la ruine des cités, des royaumes et dés empires, elle s’arrêté enfin au loin : ls derniers venüs, les formidables Huns ou Hongrois, après avoir ensanglanté et incendié l’Europe un siècle tout entier, s’établissent dans l'ancienne Pannonie, qui prendra d'eux son nom : ils transforment leurs lances en faux, leurs glaives en socs de charrue, et leurs tentes en maisons ; ils deviennent Chrétiens sous le roi-apôtre. Plus loin, les Russes suivent leur exemple. L’invasion des Barbares n Europe est close pour toujours. Une nouvelle ère commen +. ! £utopeentière devient un seul homme, dont la religion catholique, dont l'Église romaine est chargée de faire l'éducation, éducatien longue et difficile. Les divers membres de cet homme collectif, les divers peuples de l'Europe, habitués depuis trente siècles à voyager, à guerroyer, à se batire entre eux, quand ils ne battent pas les autres, ne sauraient se faire de si tôt au calme et au repos. Longtemps encore leur sang bouillonnera dans leurs veines ardentes. Même Chrétiens, il leur faudra encore des guerres, des guerres immenses, mais saintes, pour tempérer cette ardeur en la sanctifiant. Après tout, jamais l'Europe, non plus que le genre humain, ne sera un cadavre ; toujours il lui jaillira du sein de la vraie religion une vie nouvelle, une vie divine, pour lutter contre les principes de mort et de COrruption inhérents à l'humanité. L'étude comparée de cette vie progressive, c’est Ja vraie histoire de l’Europe et de l'humanité entière. Qui ne saisit point cet ensemble ne saurait rien comprendre ni au passé, ni au présent, ni à l’avenir.
Pour bien faire cette étude, la disposition principale est cette impartiahté chrétienne dont parle l'évêque Adelbold; impartialité bienveillante, qui juge les hommes et les choses selon la vérité et la charité, sans méconnaître ce qu'il peut y avoir de bon dans Les pires, ou de défectueux dans les meilleurs, mais se sonvenant que les hommes de tous les siècles, de \ous les rangs, de toutes les renommées, sont toujours des hommes. C’est ce qu'il est bon de se
208 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIL, — Degg,
rappeler pour bien apprécier la conduite respective du roi Hugues Capet, de l'abbé Gerbert et de l'archevêque Arnoulfe de Reims, dans l'affaire que nous allons voir.
Hugues Capet ayant pris par intelligence, l'an 991, la ville de Laon, enferma dans une prison d'Orléanslé due Charles de Lorraine, son compétiteur, comme dernier descendant direct de Charlemagne, Avnoulfe, neveu de Charles, devenu archevêque de Reims l'an 988, avait prêté serment de fidélité à Hugues Caprt; mais, l’année suivante 989, Arnoulfe voit sa ville épiscopale prise et pillée, lui-même fait prisonnier de guerre par les troupes de son oncle, auxquelles Adalger, un de ses prêtres, avait ouvert les portes. Arnoulfe excommunie les pillards.
Toutefois sa conduite devient suspecte à Hugues Capet, qui, en 990, écrit et fait écrire par les évêques au pape Jean XV, pour lui demander une forme de procédure et de jugement contre l'arche. vêque Arnoulfe. Ces lettres sont de la plume de Gerbert, qui, cette même année, quitia l'archevêque pour le roi Rugues, contre lequel cependant il avait écrit ces paroles l'année précédente à l'évêquede Laon : Souviens-toi, cher ami d’autrefis, ce qui s'est fait sous le souvernement de mon père Adalbéron. Le frère propre de l'auguste et divin Lothaire, l'héritier du royaume, a été expulsé du royaume. Ses rivaux, suivant l'opinion d'un grand nombre, ont été créés rois. De quel droit l'héritier lépitime a-t-il été déshérité ? de ‘quel droit a-t-ilété privé du royaume ! ? Voilà ce qu'écrivait Gerbert l'an 989: mais, dès l’année suivante, il écrit à Egbert, archevêque de Trèves, qu'il a quitté Arnoulfe Par scrupule de conscience, qu'il habite maintenant le palais du roi, où, avec les pontifes de Dieu, il médite les paroles de vie ; car, dit-il, je n’ai pas voulu plus longtemps, pour l'amour de Charles et d'Arnoulfe, me faire l'organe du diable, en déclamant pour le mensonge contre la vérité 2. Voilà comme d’une
année à l’autre, le moine Gerbert changea de langage. Comme, avec ses autres talents extraordinaires, c'était un esprit fin, rusé, courtisan même, qui savait dire à Othon II, son disciple : Votre divine intelligence, votre divine sagesse, on peul croire, sans se tromper de beaucoup, qu'un des principaux scrupules qui déterminèrent l conscience de Gerbert, ce fut que le parti de Charles déclinait et que celui de Hugues l'emportait,
Toutefois, au commencement de 991, comme le Pape n’envoyait point la forme de procédure et de jugement contre l'archevêque
1 Gerb,, Epist. 10, sect, class. Dom Houquet, class, D. Bouquet, t, 40, p. 408.
t. 10, p, 400, — 2 Epist, 18
Éé
à 4024 de l’
Arnoulfe, table ; ma tendant C Arnoulfe, traduit à ] attendit la au Pape. I blée : ce « dés évêque Hugues de confesser ] mande gr bert, son € Un autre dit de son Lothaire et déposer Ai ètre évêque précepteur une prison concile, ne peut. Cepe eux et par bert. Ségui consentir à quoi la co qu'Arnoulf.
et qu'ainsi | ans et où C toriens est 1 Gerbert | cile, nous Charlemagr mandant, p membres, ‘« obtenir ceit péchés qu'i l’épiscopat, donner un :
mandé au ]
. LXIL, — Des
du roi Hugues lfe de Reims,
1, la ville de s de Lorraine, Charlemagne, ims l'an 988, , l’année sui.
lée, lui-même e, auxquelles ioulfe excom-
apet, qui, en XV, pour lui ontre l’archert, qui, cette contre lequel à l'évêquede t fait sous le de l’auguste du royaume.
té créés rois, le -quel droit ert l'an 989:
e de Trèves, qu'il habite u, il médite temps, pour 1 diable, en mine d’une mme, avec 8, COurtisan livine intelromper de inèrent la nait et que
n'envoyait rchevêque
Epist, 18
Amoulfe, le roi Hugues fit à celui-ci un bon accueil et l'admit à sa able ; mais lorsque Hugues eut pris la ville de Laon, avec le prétendant Charles de Lorraine, ce fut un. peu différent. L'archevêque Arnoulfe, neveu de Charles, et fait prisonnier comme son oncle, fut traduit à Reims devant une assemblée de treize évêques, sans qu’on attendit la forme de procédure et de jugement qu'on avait demandée au Pape. Les deux rois, Hugues et Robert, assistèrent à cette assemblée : ce qui montre combien la défense de l'accusé et les suffrages dés évêques devaient être libres. Aussi un auteur proche du temps, Hugues de Flavigny, dit-il: Arnoulfe, à qui l’on propose ou de se confesser parjure, ou d’avoir les yeux crevés, se confesse tel et demande grâce. Ainsi, dans je même moment, il.est déposé, et Gerbert, son diacre, est mis en sa place 1.
Un autre historien du inême temps, Hugues de Fleury-sur-Loire, dit de son côté : Le roi Hugues, voulant exterminer toute la race de Lothaire et du duc Charles, assemble un concile à Reims, et y fait déposer Arnoulfe, disant que le fils d’une concubine ne devait pas êlre évêque. En sa place, il fait ordonner le philosophe Gerbert, précepteur de Robert, son fils, puis il fait enfermer Arnoulfe dans une prison d'Orléans. Séguin, archevêque de Sens, qui présidait au concile, ne consent point à ces choses, mais s', oppose autant qu’il peut. Cependant l’ordre du roi presse. Les évêques, quoique malgré eux et par la crainte du roi, déposent Arnoulfe et ordonnent Gerbert. Séguin, craignant Dieu plus qu'un roi de la terre, ne veut pas consentir à ia méchanceté du roi, mais le véprimande. C'est pourquoi la colère du roi s'échauffe contre lui. Hugues ordonne donc qu'Arnoulfe soit chassé de l’église de Reims avec grande ignominie, ét qu'ainsi lié il soit conduit en prison à Orléans, où il demeura trois ans et où Charles, son oncle, était détenu ?, Le récit de ces deux historiens est répété par cinq ou six autres,
Gerbert lui-même, dans la relation partiale qu'il a faite de ce concile, nous apprend que l'archevêque Arnoulfe, le descendant de Charlemagne, se prosterna devant les deux nouveaux rois, leur demandant, par ses gémissements et ses larmes, la vie sauve et Lks membres, ‘et que les évêques, s'étant joints à lui, purent à peine lui obtenir ceîte «:r4. qu'ensuite il déclara par un écrit que, pour des péchés qu'il «vai: ecrètement confessés aux évêques, il feñnonçait à l'episcopat, qu'il s'en reconnaissait indigne, et qu'on pouvait 6rdonner un autre en sa place ?. Tout cela prouve qu'après avoir denandé au Pape une forme juridique de procédure ei de jugement.
à 1024 de l'ère chr.;
ibid, p. 220, —
} £< ant ; POUR à. F6, pe 206, —
td.,p. 584,
270 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIT, — Dé pps
on procéda par la violence et la terreur, sans liberté pour la défense ni pour les suffrages.
Voici une autre: violation capitale du droit canon. C'est une loi incontestable de l’Église, que toutes les’ affaires majeures doivent ètre déférées au Pape, et que c'est à lui qu'en appartient le jugement définitif. Nous avons vu les historiens grecs Socrate et Sozomène, ainsi que le pape saint Jules, rappeler, dès le quatrième siècle, que, d’après l’ancienne loi de l'Église, il n’était pas permis de rien terminer canoniquement, même dans les conciles, sans l'autorité du Pontife romain. Or, s’il est une affaire majeure, c’est sans doute Je jugement d’un évêque, principalement d’un archevêque, surtout quand c’est le premier archevéque d’un royaume tel que la France D'après les anciennes lois de l'Église, le jugemént définitif de l’archevêque Arnoulfe devait donc être réservé au Pape : en atteñdant, on ne pouvait canoniquement en ordonner un: autre à sa place, et l'or. dination précipitée de Gerbert est une intrusion manifeste.
Aussi le pape Jean XV, indigné de ce qui s'était fait, interdit tous les évêques qui avaient déposé Arnoulfe et ordonné Gerbert, et ré soit d'envoyer des légats pour rétablir le premier et déposer le second. À cette nouvelle, le roi Hugues écrivit au Pape la lettre sui. vante, qui est sans doute de la main de Gerbert. Moi et mes évêques nous avons envoyé À votre Béatitude, par Tendon, archidiacre de Reims, un mémoire sur l'affaire d'Arnoulfe ; nous vous prions, de plus, maintenant, de nous rendre justice, à moi et aux miens, et de ne pas recevoir pour certaines des choses douteuses. Nous ‘sommes assurés que nous n'avons rien fait dans cette affaire contre votre Apostolat. Si vous refusez de nous en croire de si loin, la ville de Grenoble est située sur les confins de l'Italie et de la Gaule. Les Pontifes romains s'y sont souvent abouchés avec les rois de France, Il ne tiendra qu’à vous de faire la même chose; ou, si vous aime mieux nous rendre visite, nous vous recevrons avec honneur à k descente des Alpes ; et, pendant votre séjour en France, et à votre retour, nous vous rendrons tous les respects convenables à votre
dignité. C’est de l'affection de notre cœur que nous vous parlons, pour vous faire connaître que ni nous ni nos évêques ne voulons décliner vos jugements. Ces dernières paroles sont d’autant plus remarquables, que Fleury les a passées sous silence ; car elles renferment un désaveu implicite de ce qu'on avait fait 1,
Gerbert écrivit au même Pape en son propre nom. Que votre très-saint Apostolat ait pu se laisser persuader que je suis coupable
1 D, Bouquet, t.:10, p. 4tk.
à 4024 de | de quelqu de toutes dans l'Égi à personn je l'ai aba envieux le témoin, a iciper au celle du r Mais sa qu’il écriv contre lui Reims av:
les porter archevêqu uné lettre lui dit-il, a et vous rer voilà que 1 qu'il y a q qui condar n'appartiel ce qu’on 0sera cond peut justiti reprenez-le pour dépo Romains p supérieur à Dans ce:
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à 1024 de l'ère chr.]
DE L’EGLISk CATHOLIQUE. 271
de quelque usurpation, j’en ressens la plus vive douleur et j'en gémis de toutes mes entrailles ; car, jusqu'à présent, je me suis comporté dans l'Église de telle sorte, que j'ai été utile à plusieurs, sans nuire à personne. Je n'ai donc point divulgué les péchés d’Arnoulfe, mais je l'ai abandonné qui péchait publiquement, non pas comme mes envieux le disent, dans l'espérance d'avoir sa dignité, Dieu m'en est témoin, ainsi que ceux qui me connaissent, mais pour ne point participer aux péchés d’autrui 1, Voilà comme, et dans sa lettre et dans celle du roi, Gerbert parlait au Pape.
Mais sa conduite en ceci ne fut pas loyale. Dans le même temps qu'il écrivait au Pape des lettres soumises, il en écrivait de violentes contre lui aux évêques. Dès qu'il eut appris que ceux du concile de Reims avaient été suspendus de leurs fonctions, il n'omit rien pour les porter à mépriser cette censure. Il écrivit entre autres à Séguin, archevêque de Sens, qu'il savait être le plus favorable à Arnoulfe, uné lettre pleine de déclamations et de sophismes. Votre prudence, lui dit-il, aurait dû vous faire éviter les piéges des hommes artificieux et vous rendre attentif à cette parole du Seigneur : S’ils vous disent : voilà que le Christ est ici ou qu'il est là, ne le croyez pas. On assure qu'il y à quelqu'un à Rome qui justifie ce que vous condamnez, et qui condamne ce que vous justifiez; et nous, nous soutenons qu'il n'appartient qu'à Dieu de condamner ce qui paraît juste et de justifier ce qu’on croit mauvais. C’est Dieu, dit l'Apôtre, qui justifie; qui 0sera condamner? Si c’est donc Dieu qui condamne, personne ne peut justifier. Or, le Séigneur a dit : Si votre frère pèche, allez, et reprenez-le. Comment donc nos envieux peuvent-ils prétendre que, pour déposer Arnoulfe, il fallait attendre le jugement de Rome? Les Romains pourront-ils nous montrer que le jugement du Pape est supérieur à celui de Dieu ?
Dans ces paroles, Gerbert appelle jugement de Dieu le jugement des treize évêques de Reims, tandis que le jugement du Pape tt de l'Église romaine n'est pour lui que le jugement d’un homme. Le sophisme, qui fait le fond de sa lettre, suffit Pour en sentir le laux et même le ridicule. Il continue à raisonner de même quand il dit : Que si l'évêque de Rome nous juge indigres de sa commuion, parce que nous ne voulons pas avoir des sentiments contraires à l'Évangile, il ne Pourra pas du moins nous séparer de la communion du Christ. Gerbert oublie ici ce que le Christ a dit à Pierre : Tout ce que tu lieras sur la terre, sera lié dans les cieux. En effet, continue Gerbert, la maxime de saint Grégoire, touchant l'excommu-
ME ON = + Ci, t, IV, D, +40.
HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LAN, — Depp,
nication, ne convient qu'au peuple, et ne peut être appliquée aux évêques : Soit, dit ce Pape, que le pasteur lie justement, soit qu'il lie injustement, le troupeau doit craindre la sentence du pasteur; car les évêques ne sont pas le troupeau, mais c'est le peuple qui l'est, Gerbert oublie encore ici ces paroles du Seigneur à Pierre : Pais mes agneaux, pais mes brebis ; et les petits et les mères, comme dit Bossuet, et les pasteurs mêmes ; pasteurs à l'égard des peuples, et brebis à l'égard de Pierre !,
Gerbert, après avoir ainsitâché de rendre méprisables les censures du Pape, ajoute : Ne donnons pas sujet à nos adversaires de croire que le sacerdoce qui est un, comme l'Église catholique est une, soit tellement soumis à un seul, que si cet homme est corrompu par l'argent ou par la faveur, s’il est séduit par la crainte ou trompé par l'ignorance, il ne puisse plus y avoir d'évèques au monde qui ne lui ressemblent. Que l'Évangile, les apôtres, les prophètes, les canons dictés par l'Esprit-Saint, et les décrets des Papes qui ne sont pas contraires aux canons soient Ja loi commune de l'Église ! Que celui qui s'en écarte soit jugé selon les règles ; mais qu'on laisse goûter la paix à celui qui s'y conforme ?!
À ces phrases retentissantes, on dirait que le pape Jean XV voulait avilir l'Église et l'épiscopat, ruiner les canons et même l'Évangile, Il voulait tout simplement maintenir la dignité, l'indépendance de l'Église et de l’épiscopat au milieu des révolutions politiques. 11 voulait que les canons et l'Évangile fussent au-dessus du caprice des rois, anciens ou nouveaux. Il voulait qu'un évêque, qu’un prince de l'Église ne püt être jugé définitivement que par le chef de l'Église même. Dire qu'en ceci Gerbert soutenait les libertés de l'église gallicane, c'est une dérision : pour defendre une mauvaise cause, il posait les principes de son asservissement., Celui qui soutenait réellement la liberte des égliseset des év êques de France contre le pouvoir temporel, c'était, comme toujours, le Pape, et le Pape seul.
Gerbert pose des principes et fait des raisonnements semblables dans une autre lettre à Wilderode, évêque de Strasbourg, auquel il fait, à sa manière, l’histoire de l'archevêque Arnoulfe. Un passage de cette lettre surtout nous a frappé. Les défenseurs d'Arnoulfe disaient que les rois Hugues et Robert lui avaient pardonné, et que depuis il n'avait rien fait que de pardonnable. Gerbert leur répond que le pouvoir des rois ne s'étend pas sur les Âmes, mais celui des évêques, auxquels il appartient de lier et de délier ; que c’était donc une sottise de s’imaginer qu’Arnoulfe avait reçu des rois la rémission
! Disc, sur l'unité de l'Eglise, — ? D, Bouquet, {. 10, p. 413.
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