‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 43 sur 72 · HER · texte numérisé non relu

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41024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 277

trèrent tout d’un coup dans le concile, sans que le concile les y eût invités. On conçoit que dès lors il n'y eut plus de liberté, ni pour les suffrages, ni surtout pour la défense, Les rois remercièrent les évéques de leur dévouement, et demandèrent à Savoir où en était l’affaire. L’évêque d'Orléans l’exposa en péu de mots, après quoi on fit entrer l'accusé. Il était si interdit, qu’il ne proférait que des paroles mel articulées. Un comte voulut qu'ilse reconnût publiquement coupable de trahison. 11 ne le fit pas, mais-avoua seulement qu'il avait erré, qu'il s'était écarté de la fidélité due au roi, et pria l’évêque d'Orléans de parler à sa place. Celui-ci l'engagea à se prosterner aux pieds des deux rois pour leur demander la vie : ce qu'il fit de manière à attirer les larmes de tous les assistants 1: Le reste, rrous l'avons déjà vu.

Tel est le récit de Gerbert, dégage de ses accessoires. Il suffit pour apprécier le caractère de ce procès politique. On peat remarquer encore que Gerbert ne dit rien de l'opposition courageuse de Séguin, açchevêque de Sens, que nous connaissons d’ailleurs. Il ne parle pas non plus de sa propre ordination, qui eut cependant lieu aussitôt après l’abdication forcée d’Arnoulfe.

Nous avons l’acte par lequel les évêques de la province de Reims élurent Gerbert pour leur archevêque. Ils y marquent qu'ils s'étaient hissé tromper par les suffrages du clergé et du peuple, en consentant à l'élection d’Arnoulfe ; que la voix du peuple n’est pas toujours la voix de Dieu, comme celle du peuple juif qui criait : Crucifiez-le, crucifiez-le, n'était pas, certainement, la voix de. Dieu ; qu'ainsi il ne faut avoir égard à la: voix du peuple que quand on sait que leurs suffrages n’ont pas été corrompus par la faveur ou gagnés par argent. Cette maxime sans doute était sage ; mais restait toujours à savoir à qui l’on pouvait en faire l'application, d’Arnoulfe ou de Gerbert. ;

Ce dernier ne jouit pas longtemps de son triomphe. Pour juger et redresser cette affaire, le pape Jean XV indiqua un concile à Aixh-Chapelle, où il invita les évêques de France à se trouver; mais tomme ce lieu était situé dans les États de l'empereur, ils eurent un prétexte spécieux pour ne pas s'y rendre, et d’ailleurs il yalieu de croire que le roi leur défendit de sortir du royaume. Le Pape ensüile appela ces évêques à Rome pour juger cette cause; mais ceux

E Quiauraient voulu s’y rendre n’en eurent point la permission. Le

Pape ne se rebuta point de ces obstacles. Il prit le parti d'envoyer légat en France, Léon, abbé du monastère de Saint-Boniface de

UD. Bouquet, p. 531.

nr reienee

278 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXIR — De 99,

Rome, personnage fort distingué par sa prudence.ct par son érudi. tion. Outre le rétablissement d'Arnoulfe qu'il venait poursuivre, il était chargé d’une autre affaire plus importante et plus délicate,

Odon, comte de Tours et. de Chartres, était mort au commence. ment de l'an 995; et le prince Robert, fils du roi Hugues Capet, avait épousé Berthe, veuve du comte, fille de Conrad, roi de Bour. gogne, après avoir pris l'avis de .ielqués évêques. Cependant il ; avait de la parenté entre Berthe et Robert, ils étaient cousins issus de germains. De plus, Robert avait tenu sur les fonts sacrés un enfant du premier lit de Berthe, et il avait par là contracté une affinité spirituelle avec elle. Le Pape voulait casser ce mariage « obliger Robert à répudier Berthe ; mais l’on y voyait de grands ol stacles, vu le tendre attachement que ce prince âvait pour son épouse, Cette affaire intriguait la cour plus que celle d’Arnoulfe, et l'a paraissait résolu de tout sacrifier pour obtenir du Pape la ratification du mariage dont on contestait la légitimité. Nous verrons le Pape refuser cette ratification, et ce nonobstant déposer Gerbert et réts. blir Arnoulfe ; ce qui prouve que tout n’était pas vénal, à Rome, comme Gerbert l'avait dit dans le discours qu'il prête à l'évêque d'Orléans au concile dé Reims.

Gerbert lui-même semblait le pressentir. Pour soulever l’épiscopat contre le légat, il manda à Constantin, abbé de Mici, que si on souffrait cette entreprise de la cour de Rome, c'était fait, en F rance, de l'autorité et de la dignité épiscopales ; car, dit-il, si on en use ainsi sans avoir consulté les évêques, on porte un coup mortel à leur puissance, puisqu'on fait voir qu'ils n’ont ni pu ni dù déposer un archevêque, quelque criminel qu'on le suppost. Si les évêques consentent à celte légation, ils se condamnent eux-mêmes en r'econnaissant qu’ils ont condamné celui qu'ils n'avaient aucun droit de juger. Les rois eux-mêmes paraitront coupables.

On n’eut aucun égard aux vaines alarmes de Gerbert; on savait que c'était moins l'intérêt public que son intérèt particulier qui lui inspirait ses frayeurs. Ainsi on laissa au légat, la liberté d'exécuter Sa commission. C'étaitun négociateur habile et expérimenté, qui ne s’étonna pas des obstacles qu'il trouva, Il les avait prévus et il pri des mesures sages pour les surmonter. Il indiqua un concile Mousson pour le 2 de juin 995. Plusieurs abbés et seigneurs laïques, entre autres Godefroi, duc de Lorraine, y assistèrent avec Gerber,

qui y fut cité. Mais il ne s'y trouva que quatre évêques, encore |

n'étaiént-ils pas du royaume, Ces prélats étaient Luidolfe de Trèves,

LGerb., Epist, 91 (33,9 class ÿ,

Aimon des co!

États de juger la Le lé des qua s'assit V de Verd d'être les dém assembl les évêc avaient :

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la provir se dirait promotie une lettr politains concile.

Ensuit faire valc dont voic désiré av mes frère j'ai mépr salut d’u me croya bienfaits ( que \'app que vous grand mé gnation 1 auparava J'ai confié mon innc Pour le désigné s4 mouvoir Jusqu'à ce la déposit y avait été

Liv, LXIE, | gd De 99!

ct par son érudi.

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ré au commence.

ï Hugues Capet rad, roi de Bour.

Cependant il y ent cousins issus fonts sacrés un à contracté une r ce mariage et it de grands of:

pour son épouse, rnoulfe, et l'on pe la ratification verrons le Pape zerbert et réta.

vénal, à Ronx, prête à l'évêque

lever l'épiscopat Mici, que si on fait, en France, , Si on en use ip mortel à leur dù déposer un Si les évêques êmes en reconucun droit de

ert ; on savait rticulier qui lui erté d'exécuter rimenté, quine révus et il prit

un concile à gneurs laïques, avec Gerbert, vêques, encore | olfe de Trèves,

Ainon de Verdun, Notger de Liége, et Sigfrid de Munster. C'étaient des commissaires qu’on avait. choisis d'entre les évêques des États de l'empereur, comme devant être plus désintéressés pour juger la cause d’Arnoulfe et de Gerbert. VÉRE

Le légat ayant pris séance dans l'église de la Vierge, au milieu des quatre évêques, Gerbert, qui avait été sommé de s'y trouver, s'assit vis-ä-vis d'eux pour rendre comte de son ordination. Aimon de Verdun fit l'ouverture du concile par un discours français, afin d'être mieux entendu des laïques. 11 y exposa, en peu de mots, toutes les démarches que le Pape avait faites pour terminer l'affaire qui les assemblait. 11 dit, entre autres choses, que Sa Sainteté avait invité ls évêques de France au concile d’Aix-la-Chapelle, mais qu'ils avaient refusé de s’y rendre; qu'ensuite le Pape les avait inutilement appelés à Rome; qu’enfin il avait ordonné qu'on tint ce concile dans la province de Reims, afin de mieux connaître, par son légat, ce qui se dirait de part et d'autre touchant la déposition d'Arnoulfe et la promotion de Gerbert. Après ce discours, Aimon de Verdun ouvrit une lettre du Pape, scellée de plomb et adressée à tous les métropolitains des Gaules sur cette affaire, et l’on en fit la lecture dans le concile.

Ensuite Gerbert, qui comptait beaucoup sur son éloquence pour faire valoir son droit, prononça une harangue composée avec art et dont voici quelques traits. Révérendissimes Pères, dit-il, j’ai toujours désiré avec ardeur ce jour, depuis que, cédant aux sollicitations de mes frères, j'ai reçu le fardeau de l'épiscopat au péril de ma vie, que j'ai méprisée, tant avaient de pouvoir sur mon esprit le zèle pour le salut d’un peuple qui périssait, et l'autorité en vertu de laquelle je me croyais en sûreté. Je me rappelais avec plaisir le souvenir de vos bienfaits et de la tendre affection que vous m'aviez témoignée, lorsque j'appris avec étonnement que vous étiez irrités contre moi, et que vous me faisiez un crime de ce dont les autres me faisaient un grand mérite, J'avoue que j'ai frémi à cette nouvelle, et votre indigation m'a paru plus formidable que ies glaives que je craignais auparavant. Mais puisque la bonté divine a assemblé ici ceux à qui l'aiconfié mon salut, qu'il me soit permis de justifier en peu de mots mon innocence,

Pour le faire, Gerbert dit qu'après la mort d’Adalbéron il avait été désigné son successeur, mais que la simonie l'avait écarté pour promouvoir Arnoulfe ; qu’il était cependant demeuré avec ce prélat jusqu'à ce qu'il se fût convaincu par lui-même deses excès ; qu'après là déposition d'Arnouife, il n’avait reçu l'épiscopat que parce qu'il Y avait été contraint par les évêques. Voilà, ajouta-t-il, la simplicité

à 1024 de l'ère chr.]

RS qe Æ sen

280 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXIT, — Des,

de mes voies ; voilà quelle est la droiture de ma conscience devant Dieu et devant les hommes. Mais le calomniateur me dit : Vous ave trahi votre maître, vous l'avez fait emprisonner, vous avez enlevé son épouse et envahi son siége. Quoi donc ! celui-là était-il mon maître, dont je n'ai jamais été le serviteur et à qui je n’ai jamais prêté de serment ? Si je l'ai servi pour un temps, je l'ai fait par ordre de mon père Adalbéron, qui me dit de demeurer dans l’église de Reims, jusqu'à ce que je visse la conduite de celui qui serait évêque. Comment l’ai-je fait emprisonner, moi qui ai prié le roi, en présence de témoins, de ne pas le garder un seul moment en prison à cause de moi ? Quant à ce qu’on objecte que j'ai enlevé son épouse, je réponds qu'elle ne l’a jamais été ; que quand elle l'aurait été en quelque manière, depuis qu'il l'a souillée, elle a cessé de l'être.

On nous oppose éncore le Siége apostolique, que, dans une affaire aussi importante, on a manqué de consulter par ignorance ou par contumace. Mais on n'a rien fait et on n'a dû rien faire sans en envoyer la relation du Siége apostolique. On 4 attendu sa sentence pendant dix-huit mois. Alors on a cru que, sans prendre conseil des hommes, on pouvait suivre-cette maxime du Fils de Dieu : Si votre œil vous scandalise, arrachez-le. D'ailleurs, c’est Arnoulfe qui s'est jugé et déposé lui-même, et c’est la seule chose de louable qu'il ait faite en sa vie. Après sa déposition, on m'a mis sur son siége malgré moi, parce que je craignais les maux que je souffre aujourd'hui, Que si on a fait quelque chose en tout cela contre les canons, ce n'est point par malice, c'est par le malheur des temps. Ce serait perdre la patrie que de vouloir observèr toutes les formalités de lois dans un temps de guerre,

Gerbert finit en disant au légat et aux évêques du concile, qu’on espère que leur autorité apportera quelquè remè”*e, non-seulement aux maux de l’église de Reims, mais encore à u 4x de toute l’église de Gaule, laquelle, dit. il, est désolée et presque anéantie. Ayant prononcé cette harangue, Gerbert la donna par écrit au légat, qui, de son côté, lui remit la lettre du Pape adressée aux métropolitains. Les évêques sortirent ensuite du concile ; et, s'étant retirés à l'écart pour délibérer avec le duc Godefroi ; ils mandèrent Gerbert quelque temps après, et le prièrent de faire conduire en sûreté, vers le roi Hugues, le moine Jean, que le légat envoyait à la cour de ce prince, Gerbert ayant promis de le faire, le légat indiqua un autre concile à Reims pour le 4er de juillet de la même année 995.

Gerbert croyait le concile de Mousson fini, lorsqu'il reçut une députation d'évêques qui lui ordonnèrent, de la part du légat, de garder la suspense jusqu’au concile indiqué de Reims, II répondit d’abord

à 1024 de qu'il n° nul évêc nier des ou qu'il dans ce cette ass vait pas représen il conseil je de ju Gerbe où il ava munauté comme il saires pa les canon contre m tolérable donc, rév gloire du cette lettre pas l'imp cruauté b même avc cence, dit dans ma j les fruits donc là o du monde grands par dans par le Gerbert un de ses S'efforça d sa Cause, a Il joignit à de toutes r

| que mes e | core mes

d'y dispute

1 Labbe, t.

nscience devant dit : Vous ave ous avez enlevé -là était-il mon ai jamais prété it par ordre de glise de Reims, L évêque. Com:en présence de son à cause de use, je réponds en quelque ma-

lans une affaire norance ou par ire sans en enlu sa sentence dre conseil des Dieu : Si votre 1oulfe qui s'est Juable qu'il ait n siége malgré e aujourd'hui, inons, ce n’est serait perdre s de lois dans

concile, qu’on on-seulement > toute l’église antie. Ayant au légat, qui, étropolitains.

tirés à l'écart ‘bert quelque é, vers le roi de ce prince, atre concile à

ut une dépuat, de garder ndit d’abord

à 1024 de l'ère ehr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 281

qu'il n’obéirait point ; et, étant allé trouver le légat, il soutint que nul évêque et que le Pape lui-même n’était en droit de priver le der-

nier des fidèles de la communion, à moins qu'il n’eût été convaincu

ou qu'il n’eût refusé de venir au concile ; que, pour lui, loin d'être dans ce cas, il était le seul des évêques de France qui.se fût rendu à celte assemblée ; que, sa conscience ne lui reprochant rien, il ne devait pas se condamner lui-même. Mais Ludolfe de Trèves lui ayant représenté avec douceur que sa désobéissance ferait tort à sa cause, il consentit à s'abstenir seulement de célébrer la messe jusqu'au je de juillet, qui était le jour marqué pour le concile de Reims 1.

Gerbert n’augura pas bien de ce début. f écrivit à l'abbé d'A urillac, où il avait été moine, pour se recommander aux prières de la communauté, dont il avait grand besoin dans les circonstances. Voici comme il parle de son affaire : Quoique j'aie satisfait à mes adveraires par mon éloquence et par la manière dont j’ai interprété les canons, ils n'ont pas encore déposé la haine qu'ils ont conçue contre moi. On m'’attaque par les chicanes des lois. Il me serait plus tolérable qu'on me combattit par la fotce des armes, Secourez-moi donc, révérends Pères, par vos prières. La victoire du disciple est la gloire du maître. Gerbert, après avoir salué quelques moines dans cette lettre, marque que, s’il paraît avoir oublié les autres, on ne doit pas l'imputer à orgueil, mais au changement qu’a opéré en lui la cruauté barbare dont on use à son égard. Ces disgrâces paraissaient même avoir guéri son ambition. Ce que j'ai appris dans l’adolescence, dit-il, je l'ai oublié dans ma jeunesse; ce que j'ai ambitionné dans ma jeunesse, je l'ai méprisé dans un âge plus avancé. Tels sont les fruits que je recueille de mes travaux. O vains plaisirs ! est-ce done là où aboutissent les joies que peuvent donner les honneurs du monde? Croyez-en l'expérience que j'en fais : autant que les grands paraissent élevés au dehors, autant sont-ils tourmentés au dedans par les chagrins les plus cuisants 2,

Gerbert, qui s'était aperçu que Notgèér, évêque de Liége, qui était un de ses juges au concile de Mousson, ne lui était pas favorable, s'efforça de le gagner et lui envoya un mémoire pour l'instruction de Sa Cause, ainsi que Wilderode, évêque de Strasbourg, l'en avait prié. Il joignit à ce mémoire une lettre où il disait à Notger : Je travaille de toutes mes forces pour faire assembler un concile national, selon que mes ennemis le désirent: Non-seulement les curieux, m&is en-

| core mes adversaires auront une liberté entière de s'y trouver et

d'y disputer ; car nous avons les intentions si droites, et notre

1 Labbe, t. 9, p. 747, = 3D, Bouquot, t. 10, p. 418, Epist, 89,

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innocence nous inspire tant de confiance, que nous poursuivons par. tout.un jugement qui parait nous fuir. Le Seigneur connaît ceux qui sont à lui et qui ont du zèle pour ses intérèts. Mais si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Je vous conjure de ne pas en croire plus mes ennemis que vous-même sur ce qui me regarde. Éprouvez si je suis encore tel que j'ai été, votre ami et votre serviteur, un homme franc, sans ruse.ét sans orgueil, fidèle en général à l'amitié, et en particulier à la vôtre, que je me plains d’avoir perdue sans qu'il yait de ma faute, Je vous la redemande : si vous me la refusez, vous nv'af. fligerez ; mais si vous me la rendez, vous me causérez une joie sen- Sible 4, On voit, par cette lettre, un homine adroit, qui n’omet rien pour gagner un de ses juges.

Malgré ces protestations, on avait lieu de croire que Gerbert ne

voulait pas se trouver au concile indiqué à Reims. Depuis sa sus. pense, il n'avait pas jugé à propos de rentrer dans cette ville, et l'on craignait qu'il ne refusât de se rendre au concile, sous prétexte qu'il ne serait pas national, ainsi qu'il l'avait demandé, La reine Adélaïde, qui voulait satisfaire le Pape sur cet article, afin de le rendre plus traitable sur le mariage du prince Robert, son fils, fit écrire à Gerbert par les évêques.de la province, et elle lui écrivit elle-même pour le presser de revenir à Reims. Il répondit qu’il ne pouvait, sans péril, retourner à Reims ; qu'on avait tellement prévenu contre lui ses clercs et ses vassaux, qu'ils avaient conspiré ensemble de ne plus manger avec luiet de ne plus entendre sa messe: qu'au reste, il voyait bien qu'on voulait le sacrifier pour faire plus aisément ratitier le mariage du prince Robert. Il ajoute : Je vous demande donc en grâce, à vous, madame, et à.mes frères les évêques, de melaisser attendre en patience le jugement de l'Église. Je ne veux abandonner la place qui m'a été confiée par les évêques qu’en vertu du jugement des évêques; mais aussi je ne prétends pas la retenie contre leur autorité, En attendant, je me condamne à un. exil qui est bien dur et qui néanmoins paraît à plusieurs m'être avantageux 2.

Gerbert fut cependant obligé de revenir à Reims pour assister au concile quis’y tint au jour marqué. Les évêques qui.avaient déposé Arnoulfe, et qui, pour ce sujet, avaient été suspendus de leurs fonctions, s’y trouvèrent aussi, Le légat leur fit de vifs reproches sur ce qu'ils avaient osé déposer un métropolitain sans le cousentement du Siége apostolique. Ils répondirent que le danger où était le royaume par la faction d'Arnoulfe les avait obligés de chasser ce prélat de son

1 D. Bouquet, t. (0, p.417, Epist. 87 (34, 2 elass.), — ? Ibid., p. 423, Epist. 0) (159).

à 1024 d siège ; envoyé!

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raisons jours à audienc sement contre | Gerbe était plu concile.

lettre qu demand concile « bouche, l'Esprit qu'il est pour che Gerbe gligées à l'évêque rare, sui naître sa la dignit indigne chroniqu lente con les Geste retira en Othon II Duran à refleuri «bbé de ( de Dijon, Mayeul a gneurs à1 Car, pour gnaient.d parut qua Mâur-des.

1 D. Bouc 226, d; 304

iv, LXII, — Dep:

OUrSUiVONs par- -onnaît ceux qui si Dieu est pour as en croire plus . Éprouvez si je eur, un homme à l'amitié, et en e sans qu'il y ait AseZ, vous n'af.

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p.423, Epist, 10!

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 283

siége ; qu'on avait envoyé deux députations au Pape, mais que, les envoyés n'ayant pas faitde présents à Crescentius, garde du palais, ils n'avaient pas été admis à l'audience, Le légât réfuta sans peine ces raisons ; et il'parut que, puisque les envoyés n’étaient restés que trois jours à Rome, ils n'avaient pas eu un. grand emprèessement d'avoir audience. Ainsi on conclut à la déposition de Gerbert et au rétablissement d’Arnoulfe, Après quoi le légat leva les censures portées contre les prélats qui avaient déposé Arnoulfe.

Gerbert défendit encore sa cause avec chaleur ; mais le légat, qui était plus savant que lui et non moins éloquent, le confondit en plein concile. C'est ce que nous apprend säint Abbon de Fleury, dans une lettre qu'il écrivit, quelque temps après, au légat Léon, qui lui-avait demandé des reliques de saint Benoit. ILlui dit qu'après avoir vu au concile de Reims les foudres et les éclairs qui paraissaient sortir de sa bouche, il a été contraint de publier partout qu'il est le tonnerre de l'Esprit qui descendit sur les apôtres en forme de langue de feu ; qu'il est ce glaive de feu que l’Esprit-Saint a aiguisé par ses septdons, pour chasser les méchants de son temple 1,

Gerbert put alors se convaincre que les études n’étaient pas si négligées à Rome qu'il l'avait avancé dans le discours qu'il prête à l'évêque d'Oniéans ; mais il eut un mérite bien plus grand et bien plus rare, Surtout parmi les savants de son caractère : ce fut de reconnaitre sa faute et de la réparer. Il comprit qu'il avait reçu injustement la dignité pontificale, en témoigna beaucoup de repentir et se jugea indigne d’un tel honneur. C’est ce que disent formellement trois chroniques à peu près contemporaines ?. Elles ajoutent que l’excellente controverse entre Gerbert et le légat Léon pouvait se lire dans les Gestes des Pontifes romains. L'affaire ainsi terminée, Gerbert se retira en Allemagne, auprès de son disciple, le roi, depuis empereur, Othon II. pi

Durant ces troubles de l'épiscopat, l'état monastique commençait i efleurir dans plusieurs communautés par les soins de saint Mayeul, «bbé de Cluny, et du bienheureux Guillaume , abbé de Saint-Bénigne de Dijon," son disciple. La bonne odeur des fruits de la réforme que Mayeul avait déjà établie en divers lieux port les évêques et les seisneurs à mettre sous sa discipline les monastères de leur dépendance ; tar, pour les moines, loin de désirer la réforme, la plupart la craignaient d'autant plus qu’ils en avaient plus de besoin. C'est ce qui parut quand il s'agit de rétablir les observances régulières à Saint- Maur-des-Fossés, proche de Paris.

* D. Bouquet, t, 10, p. 434. Annal. Ben., t. 4, p. 691. — 2 Jbid., p. 220, c. 226, d; 304, e,

284 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXII, — Depp!

L'esprit de saint Maur, patriarche des bénédictins en France, n'avait pas passé dans ce monastère avec ses reliques. Les moines, qui se gloritiaient de conserver ce trésor, en avaient perdu un plus précieux, je veux dire l'amour et l'esprit de leur état, et ils étaient tombés dans un relâchement scandaleux sous le gouvernement de l'abbé Magenard. C'était un homme de qualité, qui aimait le luxe et l'éclat, et qui n'avait de moine que l'habit, encore le quittait-il souvent pour se revêtir de fourrures précieuses. Il aimait passionnément la chasse, où il était plus assidu qu'à l'oflice, ct il nourrissait aux dé. pens du monastère des meutes de chiens et des oiseaux. Ses moines imitèrent sans peine l'exemple de leur supérieur, et en peu de temps on ne vit presque plus parmi eux de vestiges de la discipline régulière. Dieu conserva cependant dans. cette communauté un saint religieux nommé Adic, comme un lis parmi les épines, et comme une étincelle pour y rallumer le feu sacré de la ferveur. Adic, voyant le désordre croître de jour en jour; eut recours à la puissance sé. culière ; et il fit connaître la grandeur du mal à Burcard, comte de Paris et de Corbeil, le éonjurant d’interposer son autorité pour y apporter remède.

Le comte Burcard était un seigneur d'une grande piété et fort aimé du roi, qui lui avait fait épouser Élisabeth, veuve d’Aimon, comte de Corbeil, le père, à ce qu'on croit, des quatre fils Aimon, si connus dans nos vieilles histoires. Burcard fut sensiblement touché de la peinture que’ ce religieux lui fit de Saint:Maur-des-Fossés. Pour y remédier plus efficacement, il pria le roi de lui donner ce monastère pour un temps, jusqu'à ce qu’il y eût mis la règlé en viguenr. L'ayant obtenu, 4 se rendit à Cluny et se jeta aux pieds de saint Mayeul, en lui disant qu'il n'avait entrepris ce voyage que pour soumettre à son obéissance et à sa réforme le monastère de Saint-Maur-des-Fossés. Saint Mayeul, qui était du royaume de Bourgogne, lui répondit d'abord qu’il devait plutôt s'adresser à quelque abbé de France, sans venir chercher si loin un réformateur ; mais il se laissa enfin fléchir aux instantes prières du comte. Mayeul, ayant donc choisi les plus parfaits d'entre ses religieux, partit avec eux à la suite du comte Burcard,

Quand ils furent arrivés à un port de la Marne, proche le monastère de Saint-Maur, le comte envoya ordre à l’abbé:et aux moines de venir à sa rencontre au delà de cette rivière. Ils y allèrent avec joie et sans se douter de rien; mais ils furent bien étonnés lorsque le comte leur déclara que ceux d'entre eux qui voudraient vivre sous la conduite et selon l'institut de Mayeul pouvaient s’en retourner au monastère ; mais que les autres eussent à se retirer où il leur plairait.

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 285

Presque tous aïmèrent mieux s'en aller où ils purent que de se résoudre à vivre selon la règle, avec un abbé et des moines étrangers qui venaient pour la rétablir, On ne leur laissa rien emporter que les habits dont ils étaient vêtus. Pour l'abbé Magenard, en considération de sa noblesse, on lui donna en échange l’abbaye de Glanfeuil, c'est-à-dire de Saint-Maur-sut-Loire, où il mourut. es

Saint Mayeul plaça à Saint-Maur-des-Fossés les religieux qu'il avait, amenés avec lui de Cluny. 11 leur donna pour supérieur un saint moine nommé T'euton, qui, dans la suite, en fut abbé; mais ilabdiqua cette charge à la fin de sa vie, et se retira à Cluny, où il mourut saintement. Le roi fut si édifié de la ferveur'de ces nouveaux hôtes, qu'il fit de grandes libéralités au monastère. Le comte Burcard y donna aussi Plusieurs terres ; mais on estima moins ces dons que l'offrande qu’il y fit de sa propre personne ; car, sentant sa fin approcher, il prit l'habit monastique à Saint-Maur, pour se consacrer entièrement à Dieu, qu'il avait si généreusement servi sous la livrée du moñde. Dans le peu de temps qu'il vécut en religion, il se distingua par ‘une grande humilité, ne se dispensant de rien, et voulant faire au chœur les fonctions que les novices avaient coutume de faire. Il mourut âgé de plus de quatre-vingts ans, et fut enterré dans le chapitre, aussi bien que sa femme Élisabeth, qui était veuve du comte de Corbeil lorsqu'il l'épousa. Rainal, évêque de Paris et chancelier du roi, était fils du comte Burcard 1.

Odon, comte de Chartres, de Tours et de Blois, avait aussi entrepris de rétablir la régularité et la vie monastique à Marmoutiers ; car les religieux. y avaient renoncé à leur état pour se faire chanoines. Le comte obtint de saint Mayeul treize moines qu'il mit dans ce monastère. Il prit lui-même l'habit monastique au lit de la mort, et fut enterré dans ce monastère au commencement de l’an 995. Peu de mois après, le prince épousa Berthe, sa veuve.

Henri, duc de Bourgogne, frère de Hugues Capet, soumit aussi à là réforme de Cluny le monastère de Saint-Germain-d’Auxerre ; et Brunon, évêque de Langres, pria le saint abbé de l’établir pareillement dans le monastère de Sainte-Bénigne de Dijon. Mayeul y envoya douze de ses moines, et leur donna pour abbé un saint religieux nommé Guillaume, qu'il avait amené avec lui d'Italie, et qui ne tarda pas à faire éclater dans cette charge les rares talents qu'il avait reçus pour le gouvernement. Il fut un des plus zélés promoteurs de la réêrme, et il vint à bout de l'établir duns un grand nombre des monastères de Bourgogne et de Neustrie.

LVit, Burc, com. apud Duchesne, t. 4, p. 116. D. Bouquet, t, 10, p. 349.

246 HISTOIRE UNIVERSELLE Liv, LAN, — Do gp;

Guillaume fut élevé dans sa jeunesse en un monastère d'Italie, où il embrassa la vie religieuse, Il engagea son père, par ses exhor. tations, à prendre le même parti. Cependant la célébrité de Cluny lui avait fait naître le désir de s’y retirer pour mener une vie plus parfüite, lorsque la Providence lui fit trouver l'occasion d'exécuter son dessein, Saint Mayeñl, passant par son monastère dans un Voyage d'Htalie, fut si charmé des heureuses dispositions qu'il vit en lui, qu'il ne balança pas à lui accorder ce qu’il désirait, 11 l'amena avec lui à Cluny; et, peu de temps après, il l'établit abbé de Saint-Saturnin, sur le Rhône, de Sainte-Bénigne de Dijon et de Bèze, Henri, duc de Bourgogne, qui connut bientôt le trésor qu'il possédait dans ses États en la personne de Guillaume, lui donna encore l'abbaye de Verzy, où repose le corps dé saint Viventius. L'heureux changement que l'abbé Guillaume fit en peu de temps dans ces divers monas. tères étendit sa réputation jusque dans le fond de la Neustrie,

Richard Ler, duc de Normandie, avait fait rétablir le monastère et l'église de Fécamp, et y'avait placé des chanoines à la place de: re: ligieuses pour lesquelles cette célèbre abbaye avait été bâtie dans l'origine ; mais la vie relâchée des chanoines lui fit naître l'envie de mettre des moines à leur place. Son fils Richard IT suivit ce projet: et, pour l’exécuter, il jeta les yeux sur l'abbé Guillaume, qu'il manda à sa cour, Le saint abbé accepta ce monastère et y plaça une colonie de ses religieux, qui donnèrent autant d'édification au pays que les chanoines auxquels ils succédèrent y avaient donné de scandale, Le due Richard y allait souvent s'y édifier de la vertu de ces saints moines. Il les servait lui-même à table, après quoi il prenait la der. nière place au réfectoire.

Outre Fécamp, le duc Richard mit aussi sous la discipline de Guillaume les monastères de Jumièges, de Saint-Ouen, du mont Saint-Michel, et quelques tutres. Le saint abbé s'aperçut que l'ignorance qui régnait dans la Normandie était une des principales causes des désordres qui déshonoraient le clergé et l’état religieux. Pour y remédier, en mettant la réforme dans les monastères, il \ établissait des écoles, où tous ceux qui voulaient apprendre les lettres, riches ou pauvres, libres ou esclaves, étaient reçus, et plusieurs même étaient nourris des aumônes du monastère, On ne pouvait faire un établissement plus utile à l'État et à la religion. Guillaume mit aussi la réforme à Saint-Germain-des-Prés, à Saint- Faron de Meaux, à Gorze, à Saint-Ëvre de Toul, à Saint-Arnoulfe de Metz ct en plusieurs autres monastères ; en sorte qu'on en compta jusqu'à quarante qui lui furent soumis et où il gouverna jusqu'à douze cents moines: mais cet abbé, qui fit de si grandes choses

pour la lageux l'ornem conquêt Odilo vince, fl abbé Gu nastère dans Ja Âge asse:

saint Ma cesseur, vivant, d ne l'emp Nous ave de Rodo soixante ne le sigr ratifaient Après plus utile putation s'était flat moines d forme, Le mais à pei lade. Aya l'envisage:

aux saints, consola lu combat, il afliger du protection règle, Jésu lecteur. Ils Sternèrerit après quoi déjà goûté de la beau

its, 1. 19,

Y, LA, en De dy:

nastère d'Italie, , Par ses exhor.

ébrité de Cluny er une vie plis sion d'exécuter dans un voyage qu'il vit en Jui, I l'amena avec bé de Saint-Sa.

de Bèze, Henri, possédait dans oo l'abbaye de ux changement divers monas- Neustrie, le monastère et la place d': re.

été bâtie dans aitre l'envie de uivit ce projet; ne, qu'il manda aça une colonie u pays que les le scandale, Le u de ces saints prenait la der:

| discipline de uen, du mont *‘çut que l'ignoles principales ’état religieux.

onastères, il y apprendre les reçus, et pluastère. On ne à la religion.

Prés, à Saint- Saint-Arnoulfe l'on en compta averna jusqu'à randes choses

pour la gloire de tout l'ordre "uonastique, ne fit rien de plus avanugeux pour cet état que dy gagner saint Odilon, qui en devint

l'ornement ct le soutien ; car c'est à Guillaume qu'on attribue cette conquête #,

Odilon naquit dans l'Auvergne, d'une noble famille de cetle province, F! était chanoine de Saint-Julien de Brioude, lorsque le saint abbé Guillaume le porta à embrasser la vie monastique dans lé monastère de Cluny, Odilon fit en peu de temps de si grands progrès dans la piété, et il montra tant de prudence et de sagesse dans un âge assez peu avancé, qu'à peine avait-il quatre ans de religion, que saint Mayeul ne jügea pas en devoir désigner d'autre pour son suc “esseur. Ayant donc assemblé sa communauté, il Je fit élire de son vivant, de crainté, comme il Je dit, que les infirmités de la vieillesse ne l'empéchassent de maintenir en vigueur la discipline régulière, Nous avons l'acte de cette élection, lequel est signé de saint Mayeul, de Rodolphe IE, roi de Bourgogne, de plusieurs prélats et de cent soixante et dix-sept moines, On peut croire que le roi et les prélats ne le signèrént qu'après Coup, pour montrer qu'ils approuvaient et ratifiaient cette élection.

Après cette disposition si importante, Mayeul, qui ne se croyait plus utile sur Ja terre, ne soupirait plus que pour le ciel: mais sa répitation et son zèle ne lui permirent pas de goûter le repos dont il s'était flatté, Le roi Hugues, qui avait eu de grandes plaintes des moines de Saint-Denis, pria saint Mayeul de venir y établir la réorme. Le saint abbé se mmit aussitôt en chemin, malgré ses infirmités ; mais à peine fut-il arrivé au prieuré de Souvigny, qu'il y tomba malade. Ayant bientôt connu que sa dernière heure était arrivée, il l'envisagea avec cette sainte joie que la confiance chrétienne donne aux saints, Ses religieux fondsient en larmes autour de son lit; il les consola lui-même de sa mort, Dieu m'appelle, disait-il, et, après le combat, il m'invite à la couronne. Si vous m'aimez, pourquoi vous afliger du bonheur dont je vais jouir ? ls lui demandèrent sous la Protection de qui il les laissait. Il leur répondit : Si vous observez votre règle, Jésus-Christ, le souverain pasteur, sera lui-même votre prolecteur. Ils le conjurèrent de leur donner l'absolution, et ils se pro- Slernèrent tous pour la recevoir, Il la leur donna avec sa bénédiction ; après quoi, s'entretenant amoureusement av. Dieu, comme s'il eût déjà goûté les joies célestes, il s’écriait : Seigneur, je suis charmé de la beauté de votre maison. Que vos tabernacles sont aimables, Ô

Fit S, Guill, Act, Bene., sect, 6. Acta SS., 1. jan, Hist, de l'Égl, gali., 1 19,

; 288 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXI, — Depot A 11024 de

mon Dieu! Puis, gardant quelque temps le silence, il récitait tout AN du-serpi bas des prières ; et, faisant souvent sur lui le signe de la croix, il passa douceur ainsi au repos du Seigneur, plein de jours et de mérites, dans la que- mémoire rante et unième année depuis qu’il avait été établi abbé de Cluny. 1 D ct, pou mourut l'an 994, le 44me de mai, qui, cette annéo, était le lendemain A Sorti de de l'Ascension. Sa vié a été écrite par saint Odilon, son. successeur, et cence pa par trois autres de ses disciples 1. par une Sainc Mayeul fut enterré à Souviguy, dans l'église de Saint-Pierre: certains et son tombeau y devint célèbre par un si grand nombre de miracles, pour l'ap que Pierre le Vénérable n’a pas craint de dire qu'après la sainte À qu'il avai Vierge il n’y avait aucun saint dans l'Europe qui eût fait plus de DS que par miracles. Le roi Hugues Cspet, ayant appris la mort de Mayeul,s D hommag rendit à Souvigny pour assister à ses funérailles. Begon, évêque de À pagnie d Clermont, consacra un autel sur son tombeau peu de temps aprèssa BR donnala mort, ét Urbain II leva son corps de terre, l'an 1065, pour l'exposer F années. S au culte des fidèles, ; dialectiqu La splendeur que reprenait l’état monastique par la réforme fit DR effet, il a naitre à plus.eurs personnes de la première distinction le desscinde D œux qui l'embrasser ou de fonder de nouveaux monastères. Uuillaume, comte LE romie, n de Provence et de Toulouse, se fit moine à ia fin de sa vie, aussi À apprit la : bien que Guillaume IV, comte de Poitiers, dit Bras-de-fer. Ce dernier, À des envie avant de se consacrer à Dieu dans la religion, fit bâtir le monastère L ilvoulut à de Maillezais, lequel a été depuis érigé en un siège épiscopal, quia ÀE rin, maîtr été transféré à la Rochelle en 4648. Emma, comtesse de Poitiers el À 11 compos femme de Gul'aume IV, fonda dans l’Anjou le monastère de Bour- D compas e gueil, et elle pria le roi Hugues de confiriner la fondation ; ce qu'il Cepend lit par un acte daté de la huitième année de son règne et de l'an ©4 par saint Un autre personnage faisait honneur à l'état monastique et mème Fleury-su: à la France entière par sa doctrine et ses vertus : c'était saint Abbon, D saint préli abbé de Fleury ou de Saint-Benoit-sur-Loire, Itnaquit, dans leterr: LS Abbon y toire d'Orléans, de parents non pas nobles, mais de race lile et À Il salua le craignant Dieu. Son père se nommait Lotus, sa mère Ermangarde. Win, fonde Ils le mirént dès son enfance dans le monastère de Fleury, pour lui BR sents. Il { apprendre les lettres dans j’école des clercs qui servaient à l’église | chevêque de Saint Pierre, et l'offrirent à Dieu suivant la règle de Saint-Benoit ensemble 1 C'étaii vers l'an 958. Wulfade, depuis évêque de Chartres, gouver- D Maisl'al nait alors ce inonastère ; et Abbon y avait deux parents d'un gran par iaquell mérite, Gumbold et Chrétien, revètus l'un et l'autre du sacerdoes, D qui le char Ayant donc reçu l'habit de Wulfade, il fit de grands progrès danslé D gnifique p lettres et dans la piété, Quoique tout jeune, il joignait la prudent Æ donna tout

1 Act, Bened., sect, 5, Acta SS., 11 mai. UVit, S, 4

Av, LXI!, D De 99!

e, il récitait tout la croix, il passa tes, dans la quebbé de Cluny. ll ait le lendemain on. successeur, et

de Saint-Pierre:

bre de mirac!es, ‘après la sainte eût fait plus de rt de Mayeul, s

2gon, évêque de

e temps après sa y, pour l'exposer

ir la réforme fi on le desscin de utllaume, omte de sa vie, aussi -fer. Ce dernier, tir le monastère épiscopal, quia

se de Poitiers et R

iastère de Bourdation ; ce qu'il e et de l'an ©}, astique et même ait saint Abbon, tit, dans leterr:-

de race libre ct À

re Ermangarde.

Fleury, pour lu rvaient à l'église le Saint-Benoit,

hartres, gouver- R

ents d’un grand e du sacerdoce, progrès dans les ait la prudence

Le

Lilvoulut apprendre les deux autres ;

E compas et les calculs astronomiques, ét sur le

du.serpent à la simplicité de la colombe, charmant:les bons par sa douceur, mais évitant les ‘trompeurs par sa prudence. Il avait une mémoire si heureuse, qu’il n’oubliait rien des leçons de ses maîtres ; et, pour s'avancer de plus en plus, il étadiait en son particulier. Sorti de l'enfance, il s’appliquait à dompter les passions de l'adolescnce par une fréquente méditation, et à soumettre la chair à l'esprit par une étude continuelle des lettres. Mais il ne faisait pas comme œærtains jeunes gens, il ne négligeait point la ferveur de l’oraison pour l'application à l'étude ; aimant de tout son cœur la vie religieuse qu'il avait encbrassée, il ne se livrait à l'étude des lettres et des arts que par manière de divertissement et après avoir offert à Dieu les hommages de sa fervente piété. 11 cherchait depréférence la compagnie des anciens du monastère. 11 devint si savant, qu'on: lui

& donna la charge d’instruire les autres, et il l’exerça pendant quelques P quelq

années. Suffisamment versé dans la grammaire, l’arithmétique et la dialectique, il voulut y joindre les autres arts libéraux ; pour cet effet, il alla aux écoles fameuses de Paris et de Reims, écouter ceux qui professaient la philosophie, et il apprit sous eux l’astronomie, mais non pas autant qu'il désirait, IL revint à Orléans, où il apprit la musique, pour beaucoup d'argent et en cachette, à cause des envieux. Se trouvant alors instruit de cinq des sept arts libéraux, pour la rhétorique, il lut Victorin, maitre de saint Jérôme, et il prit quelque teinture de géométrie. Ilcomposa alors quelques écrits sur la forme des syllogismes, sur les

cours des planètes.

Cependant, n'étant encore que diacre, il fut appelé eu Angleterre

| par saint Oswald, évêque de Worchester, qui avait été moine à

| chevêque d'York, mais

Feury-sur-Loire, et il arriva au monastère de Ramsey, fondé par ce saint prélat, dont l'abbé, nommé Germain » avait été tiré de Fleury. Abbon y demeura près de deux ans, et instruisit quelques moines. Il salua le roi, dont il reçut des paroles d’honrèteté, et le duc Helwin, fondateur du monastère de Ramsey, qui lui fit de grands pré- Sonts. Il gagna l'amitié, non-seulement de saint Oswald, alors arencore de saint Dunstan, lesquels eurent ensemble une dispute amicale à qui le retiendrait 1,

Mais l’abhé de Fleury lui ayant ecrit une lettre pleine de tendresse, par laquelle il le priait de revenir, il prit congé des deux prélats, qui le chargèrent de présents. Dunstan lui donna de l’argenterie ma- &üifique pour oftrir à saint Benoit. Oswald l’ordonna prêtre et lui

ee donna tout ce qui était nécessaire pour en exercer les tonctions,

UVit, S, Abb, Act, Bened., sect, 6, p. ät.

290 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LAN, — Degy

entre autres un calice, et, de plus, beaucoup d'argent. Oybold, abbé de Fleury, mourut peu de temps après le retour d'Abbon, que la plus grande partie de la communauté élut pour lui succéder, I] y eut toutefois de l'opposition de la part de quelques moines, qui élurent un mauvais sujet et eurent assez de crédit pour le mettre en possession. On le voit par plusieurs lettres de Gerbert, écrites vers l'an 987, au nom des abbés du diocèse de Reims, de l’archevéque Adalbéron et au sien, tant aux moires de Fleury qu’à saint Mayeul, abbé de Cluny, et à Évrard, abbé de Saint-Julien de Tours. Toutes ces lettres tendent à faire rejeter l'usurpateur ; mais heureusement il mourut peu de temps après. Ainsi, la plus grande et la plus saine partie l'emporta pour Abbon; son élection fut confirmée par le roi Hugues, et il commença à gouverner l’abbaye de Fleury: l'an 988.

Il recommandait l'étude à ses moines, comme utile à la piété, après l’oraison et le jeûne; et lui-même ne cessait point de lire, d'écrire ou de dicter. Après la dialectique et l'astronomie, il s'appliqua aussi à l'étude de l’Écriture sainte et des Pères, et. en tira plusieurs sentences dont il fit un recueil, pour avoir toujours en main de quoi se défendre contre les prétentions d’Arnoulfe, évêque d'Orléans. Ce prélat soutenait que l'abbé de Fleury, outre la subordination spirituelle, devait encore lui faire serment de fidélité, comme son vassal, ce qu'Abbon refusa toute sa vie, soùtenant que son monastère, pour le temporel, ne dépendait que du roi. Ce fut une querelle générale qui s'émut alors entre les évêques et les abbés, et qui n’avait pas commencé plus tôt parce que les monastères étaient entre les mains des seigneurs laïques ou d’autres évêques. Elle semble être venue du serment que les évêques exigeaient des prêtres à leur ordination, et qui fut défendu au second concile de Châlons en 813; car c'était à la cérémonie de la bénédiction des abbés que les évêques lenr faisaient prêter ce serment de fidélité.

Ce différend s’échauffa de plus en plus et dégénéra même en inimitié. Les gens de l'évêque d'Orléans, entrant dans la passion de leur maître, attaquèrent un jour saint Abbon comme il allait à Tours pour la fête de Saint-Martin, lui firent insulte et blessèrent à mort quelques personnes de sa suite, Arnoulfe s’offrit d'en faire satisfaction à saint Abbon, et lui amena quelques-uns des coupables pour être battus de verges en sa présence; mais l'abbé s’en défendit, réservant à Dieu la vengeance de l’injure. On tint quelque temps après un concile à Saint-Denis, près de Paris. Les évêques, au lieu de s'y occaper à rétablir la foi dans sa pureté et à réformer les abus qui s'étaient glissés dans la discipline de l'Église, avisèrent aux moyens d'ôter aux laïques et aux moines les dimes qu'ils possédaient, et de les

prendre En mèn crainte, la cause qu'ilad Le s contre :

philoso:

tribulat cesse, « défendu en voul de la pr déclare en pret l'Église homme:

dans cet pour cle autres n qu'abus parfait ç comme prétenti aucun d Seigneur pierre je donc l'É de Pierr Ensuite ceux qui mais les l'on vou On ac d'être l’a vers l'an perdre évêque, qu'il ne :

blée, pui plus de}

Liv, LAN, — Degy

nt. Oybold, abbé d'Abbon, que 4 lui succéder, 1l y moines, qui élu.

our le mettre en bert, écrites vers de l'archevêque à saint Mayeul, de Tours. Toutes is heureusement eet la plus saine irmée par le roi Fleury: l'an 988.

utile à la piété, t point de lire, ‘onomie, il s'ap- 'ères, et. en tira oir toujours en \rnoulfe, évêque , outre la suborent de tidélité, >, Soütenant que e du roi. Ce fut êques et les ab.

les monastères autres évêques.

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à 1024 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 201

prendre pour eux. Abbon, qui était présent, leur résista fortement. En même temps il se fitune émeute contre les évêques, qui, saisis de crainte,se retirèrent sans avoirrien fait. Toutle monde jeta sur Abbon la cause de cette violence, ce qui l'obligea à s'en justifier par un écrit qu'il adressa aux deux rois Hugues et Robert, sous le titre d’apologie.

Le saint abbé s'y plaint que, chargé du gouvernement pastoral contre son inclination, qui le portait à la retraite et à l'étude de la philosophie, sa vie n’était qu'un enchaînement d'angoisses et de tribulations ; que ses ennemis et ses envieux le déchiraient sans cesse, quoiqu'ils ne pussent lui reprocher autre chose que d’avoir défendu les intérêts de son monastère et ceux de son ordre, et de v'avoir pas tu la vérité dans le concile; que leur fureur allait jusqu'à en vouloir à sa vie, sans être détournés de ce dessein par la crainte de la puissance royale. Il prie Dieu de le délivrer de tels ennemis, et déclare qu'il se soumet au jugement des évèques, et qu’il souhaite en premier lieu de leur rendre compte de sa foi. II distingue dans l'Église trois états différents, dans les femmes comme dans les hommes : dans celles-là, les femmes mariées, les veuves, les vierges ; dans ceux-ci, les laïques, les clercs, les moines. Mais il ne compte pour cleres que ies évêques, les prêtres, les diacres, disant que les autres ministres inférieurs, ayant la liberté de se marier, ne portent qu'abusivement le nom de clercs. L'état des. moines lui paraît plus parfait que celui des clercs, en ce que les premiers ne sont occupés, comme Marie, qu’à l’unique nécessaire, Il combat en passant les prétentions des évêques, en disant que l'Église étant à Dieu seul, aucun d'eux ne peut dire qu’une église lui appartient. En eifet, le Seigneur dit à Pierre, prince des apôtres : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; la mienne, et non pas la tienne. Si donc l'Église n’est point à Pierre, à qui sera-t-elle? Les successeurs de Pierre oseront-ils s’attribuer une puissance que lui n'avait pas ! Ensuite il invective contre la simonie ; et, s’arrêtant à l’excuse de œux qui répondaient qu'ils n’achetaient pas la grâce de l’ordinetion, mais les biens temporels de l'Église, c'est, réplique-t-il, comme si l’on voulait avoir le feu sans la matière qui lui sert d’aliment.

On accusait Abbon d’avoir des sentiments contraires aux canons, d'être l'auteur de la sédition arrivée à Saint-Denis contre les évêques, vers l'an 995, au concile dont nous venons de parler; d'avoir fait perdre les bonnes grâces du roi à Arnoulfe d'Orléans, son propre évêque, et d’avoir communiqué avec des excommuniés. Il répond qu'il ne sait à quel canon il aurait pu contrevenir dans cette assemblée, puisqu'à peine y avait-il vu ouvrir un livre ; qu'il n’y avait pas Plus de prétexte de l’acenser de I sédition excitée contre les prélats

292 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXH. — De 9y;

de ce concile, aucun d’eux ne lui en ayant donné occasion, et Séguin, archevêque de Sens, qui avait été le plus maltraité, étant son ami et son bienfaiteur, A l'égard d'Arnoulfe, il dit que si-cet évêque avait perdu les bonnes grâces des deux rois, ce ne pouvait être que pour les avoir offensés, en usurpant les biens de l'abbaye de Fleury, dont les princes étaient les protecteurs et les maîtres. Il ajoute que, s’il a communiqué avec des excommuniés, Arnoulfe lui en a donné l'exemple, en recevant ceux qui l'avaient. attaqué dans son voyage à Tours, quoiqu'ils eussent été excommuniés par Séguin; son archevêque, et par Eudes, évêque de Chartres ; qu'au surplus on faisait un si grand abus des censures, qu'il n’y avait presque personne dans le royaume qui ne fût excommunié, soit pour avoir mangé avec des excommuniés, soit pour leur avoir donné le baiser de paix. C’est pourquoi il supplie le roi Hugues de remédier à cet abus.

Il prie encore ce prince et le roi Robert, son fils, de faire rétablir, dans le symbole de saint Athanase, ces termes ni engendré, que quelques-uns en avaient ôtés à l'article du Saint-Esprit, se contentant de dire qu’il n'est ni fait ni créé ; d'arrêter le faux bruit, qui se répandait presque partout, que quand l’Annonciation se rencontrerait avec le vendredi saint, le monde finirait: ce qui se trouvait démenti par le concours de ces deux fêtes en 992, environ trois ans auparavant. Abbon dit encore, touchant la fin du monde : Dans ma première jeunesse, j'ai entendu prêcher devant le peuple, dans l’église de Paris, qu’aussitôt que les mille ans seront finis, l’Antechrist viendra, et, peu de temps après, le jugement universel. Je me suis opposi de toutes mes forces à cette opinion, par les Évangiles, l’Apocalypse et le livre de Daniel ; et l’abbé Richard, d’heureuse mémoire, ayant reçu des lettres de Lorraine sur ce sujet, m'ordonna d'y répondre!

Ces paroles de saint Abbon de Fleury sont à remarquer. Dans plus d'un livre d'histoire ou d’historisttes on nous assure que, dans le moyen âge, tout le monde était persuadé que le monde finirait l'an 1000. Et voilà un saint et un savant du dixième siècle qui nous apprend que cette opinion était regardée de son temps comme une erreur particulière, contraire à l'Écriture : et erreur tellement particulière que, jusqu’à présent, voici la seule mention que nous en ayons trouvée dans les écrivains du moyen âge. Conséquemment, l’assertion de tant d'histoires ou d’historiettes modernes est. un conte,

Après cette apologie, saint Abbon dédia aux rois Hugues et Robert, qui avaient pour lui tous deux une affection particulière, ua recueil de canons; c'est un monument d'autant plus remarquable

! Post Cod. can. Pith., p. 396.

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le faire rétablir, engendré, que rit, se contenax bruit, qui se 1 se rencontrequi se trouvait viron trois ans nde : Dans ma le, dans l'église ntechrist vienme suis opposi , l'Apocalypse némoire, ayant l'y répondre!

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lugues et Rorticulière, un - remarquable

du dixième siècle, que le saint et savant abbé de Fleury n'y cite aucune fausse décrétale. Il fait d’abord ressouvenir le roi Hugues des fâcheuses révolutions qui lui ärrivèrent dans les commencements de son règne, non de la part des étrangers, mais des premiers de son royaume, En même temps il lui représente que Dieu, qui l'avait aflligé par un secret jugement, l'avait, par sa bonté, délivré dé ses ennemis ; d’où il prend occasion de lui dire et à son fils Robert: Souvenez-vous des bons rois, vos prédécesseurs ; Souvenez-vous des jugements justes ; ayez toujours dans l'esprit de pardonner à des sujets soumis et de ne combattre que les superbes. Abbon vient ensuite aux devoirs des princes et des sujets, etrapporte là-dessus ce qu'il en avait lu et ce qu'il en pensait lui-même. Il commence par l'honneur qui est dû aux églises et aux monastères, et établit le droit d'asile, qu'il étend, conformément aux lois de Théodose et de Yalentinien, non-seulement aux églises, mais aux maisons et aux places contiguës. Il veut que ceux qui s’y seront réfugiés quittent les armes qu'ils ont sur eux, et qu’au cas où ils s'y refuseraient, on les en live par la force, mais que l’on punisse de mort celui qui entreprendra de se saisir d’un coupable qui se sera retiré dans les lieux saints, 11 se plaint de ces seigneurs qu’on appelait défenseurs ou avoués, à qui les abbés avaient donné des terres en fief, à la charge de prendre la défense de leurs monastères contre ceux qui les attaqueraient ; car il était arrivé, depuis la décadence de l'empire franqais, que ces avoués ou défenseurs, au lieu de défendre l'Église, la pillaient, laissant les biens des monastères en proie aux ennemis, et se saisissant eux-mêmes de ce que les ennemis n’avaient point em- B porté. Ces avoués agissaient donc, non en protecteurs, mais en mai- L tres ; et, s'emparant de la plus grande partie des revenus des monastères, des aumônes et des oblations ilsen occasionnaient la ruine. Abbonrapporte l'origine des avoués ou défenseursaux conciles d'Afrique, qui firent demander aux empereurs des scolastiques ou avocats. pour soutenir ies intérêts de l’Église devant les tribunaux séculiers. La justice du roi consiste à n'opprimer qui que ce soit, à juger “ins acception de personnes; à prendre la défense de l'étranger, de l'orphelin et de la veuve; à soulager le pauvre, à empécher le crime où à le punir, Chargé de toutes les affzires de ses États, il ne peut les terminer, ni même les connaître snns le secours des évêques et des grands. Comme ils doivent au roi i Onneur et le respect, ils ne | peuvent lui refuser leurs avis et leur minis'ère. On distingue dans un État trois sortes d'élections : l'élection du roi et de l'empereur, l'élection des évêques, l'élection des abbés. La première se fait par le consentement de tout le royaume : la seconde, par l'unanimité des

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citoyens et du clergé; la troisième, par les suffrages de la plus saine partie de la communauté. La faveur, l'amitié, l'argent ne doivent point être le mobile des élections, mais la sagesse et le mérite du sujet. Le roi, aussitôt après son élection, a droit d'exiger de ses sujets le serment de fidélité, pour le maintien de la concordé dans l'Élat.

L'autorité du Siége apostolique de Rome s'étend sur toute l'É. glise, par une suite de l'autorité que Jésus-Christ a accordée À saint Pierre, dont les Papes tiennent la place. On ne doit rien changer à la disposition des évêchés ni des monastères d'hommes et de filles, fondés par des empereurs chrétiens, s'il n’y à nécessité. Refus d’obéir aux ordres des souverains, c'est marquer qu'on les méprise, au lieu de les craindre et de les aimer. Il est des: cas où l'on peut dispenser des lois, suivant les temps, les pays et autres circonstances ; et c'est ce qui sert à expliquer les canons de divers conciles qui paraissent se contredire. Les conciles de Nicée et de Chalcédoine défendirent les translations d'évêques ; elles furent permises dans celui d'Antioche, pourvu qu'il y eût nécessité ou utilité. Abbon en cite plusieurs exemples du pape saint Grégoire le Grand. Au défaut de loi, la coutume oblige.

Il rapporte les lois et les décrets qui défendent la simonie dans les ordinations, qui prescrivent la forme de l'élection d’un abbé, qui méttent des bornes aux entreprises -des évêques sur les monastères, qui règlent la manière de procéder contre un abbé accusé de quelque prévarication, qui veulent qu'on p'en choisisse point qui ne soient prêtres, qui permettent aux évêques de réformer les abus des monastères d'hommes ou de filles de leurs diocèses, qui regardent les moines fugitifs et les clercs qui quittent leur emploi pour s'établir dans un monastère, qui défendent aux moines et aux religieuses de

comparaître en justice autrement que par un défenseur ou avocat. l! À

en rapporte aussi touchant la validité de la prescription trentenaire pour le bien des églises, les droits que les évêques peuvent exiger dans la visite de leurs diocèses, le droit de patronage dans les églises ou oratoires fondés par des laïques, le soin qu’ils peuvent en prendre afin qu'ils ne tombent pas en ruine par la négligence des évêques, et l'obligation où l'on est de subvenir aux besoms de ceux qui ont consommé leurs biens en fondations ou dotations d'églises. Ce qu'il dit contre l’avarice des clercs, contre les excommunications injustes, sur le pouvoir qu'a l’évêque de disposer de la troisième partie des

revenus de l’église, soit en faveur des monastères ou de quelqu W autre église, de la continence des prêtres et des diacres, des enfants des prêtres et autres ministres de l’Église, de la défense faite à un D

évêque de choisir son successeur, n'est qu'un extrait des canons des

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