‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 45 sur 72 · TER · texte numérisé non relu

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296 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LA. — Dego;

Jusqu’à présent on ne connaissait guère de lui que sa chronique, qui va de 675 à 1032 et qui a été publiée parmi les historiens de France. De nos jours, en 1843, le cardinal Maï a publié les opuscules d'Odoramne, réuais par l'auteur lui-même et retrouvés manuscrits dans la bibliothèque du Vatican. Ces opuscules sont au nombre de treize : le premier, sur l'origine de son monastère. C'est en présence de la reine Théodechilde, fille de Clovis et de Clotilde, et sœur de Clothaire, qui le fonda près de Sens en l'honneur de saint Pierre, pour y être inhumée, comme son père et sa mère avaient fondé celui du même apôtre à Paris pour leur servir de sépulture. Elle y donna par testament tout ce qu’elle possédait en deçà de la Loire, c'est-à-dire en France, et au delà de la Loire, c'est-à-dire en Aquitaine. Le poëte saint Fortunat a célébré les vertus de la reine Théodechilde dans ses vers. Elle est appelée reine parce qu’elle était fille du roi. Le deuxième opuscule est la chronique succincte d’Odoramne. Le troisième, une lettre à Guillaume, abbé de Saint-Denis, qui le reçut charitablement en son monastère dans un moment de persécution. Pour lui témoigner sa vive reconnaissance, Odoramne joint à sa leitre une collec. tion de règles contre la calomnie, tirées des décrétales des Papes, des canons des conciles, et même de la loi romaine, dans les éditions de laquelle on ne les trouve plus.

Les opuscules 4, 5, 6 et 7, adressés à divers amis, prêtres et moines, traitent du chant et de la musique d'église. Le cinquième et le sixième surtout en traitent uniquement et d’une manière scientifique, d’après les principes d’Euclide et de Boëce. Dans le cinquième, Odoramne explique ce qui concerne les cordes, les tons, les notes de la musique, avec leurs combinaisons, représentées sur un instrument qu'ilappelle monocorde. Dans le sixième, il décrit en détail la manière de fabriquer cet instrument, les règles pour s’en servir, ajoutant deux strophes d’hymne ou de prose notées pour servir de modèle. Mais le cardinal Mai n’a point publié ces notes. Il a seulement exprimé le vœu qu'un artiste entendu dans la musique ancienne veuille faire de toutes ces pièces ane édition complète, avec les explications nécessaires. Nous joignons nos vœux aux siens ; d'autant plus que , depuis quelques années, on parle beaucoup de revenir à l'ancienne musique d'église, et que pour se prononcer en cette question, comme en toute autre, il est bon, croyons-nous, de savoir de quoi l'on parle. Les opuscules 8 et 9 sont les formules usitées alors pour proclamer une élection d’évêque. La première est une formule générale ; la seconde est la proclamation même de l’élection de Mainard au siége de Troyes, sous le règne de Henri Er, qui succéda, l'an 1031, à Robert son père, On y voit quelle part avaient à l'élection

à 1024 de

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à 1024 de l'ére chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 207

d'un évêque, et le roi, et les évêques de la province, et les grands, et le clergé, et le peuple. Voici le procès-verbal tout entier, Seigneurs et frères, vous devez entendre pourquoi vous êtes assemblés ici. Lorsque le Dieu tout-puissant a créé le premier homme, illui a conféré le libre arbitre. Mais l’homme, ayant mal usé du libre arbitre, en mangeant du fruit défendu, a été privé du séjour de délices, le libre arbitre lui restant. Ceux qui le suivaient, s’égarant de la voie de la vérité pendant de longs siècles et servant les idoles, ignoraient complétement leur auteur ; jusqu’à ce que le Dieu tout-puissant, apaisé par l’obéissance de son serviteur Abraham, lui ordonna la circoncision. Plus tard, ayant délivré sa race de laservitude d'Égypte par saint Moïse son ami, et l'ayant établi chef de son peuple, il lui donna la loi par son ministère. Après qu'il eut choisi Aaron et ses fils pour l'honneur du pontificat, la providence de Dieu prenant soixante-dix hommes pour gouverner le peuple avec lui, les remplit de son esprit. Leur postérité ayant subsisté jusqu'au prophète Samuel, Dieu donna pour roi à la même nation David, duquel il dit : J'ai trouvé David selon mon cœur. Le Seigneur Jésus, qui est de sa race, ayant pris, par la volonté du Père, la coopération de l'Esprit-Saint, une chair immaculée de l'immaculée Vierge, a choisi douze apôtres et a voulu être appelé par eux Seigneur et Maitre. La sainte mère Église son épouse qu’il leur a confiée, ainsi que la puissance qu’il leur a conférée de lier et de délier, demeure stable et ferme dans leurs successeurs, savoir en ceux qu’on appelleévêques, tant que l'orbite de ce monde continuera de tourner. . Considérez donc, bien-aimés frères, de quelle raison, de quelle piété, de quelle miséricorde, de quelle modération, le Dieu tout-puissant use envers le genre humain, lorsqu'il daigne préposer aux hommes, non pas des anges , des archanges, mais des hommes qui leur sont semblables par nature. Il vous importe donc de plaire à Dieu par la pratique des bonnes œuvres, afin que vous puissiez avoir des Pontifes et des princes dignes de Dieu, qui, et par la parole et par l'exemple, vous conduisent au royaume céleste. En outre, votre fraternité saura que la sainte église de Troyes, veuve de son pasteur, a réclamé, suivant l’ordonnance des saints canons, la présence du seigneur Gilduin, notre archevêque, afin de lui accorder un époux et un pasteur convenable, Acquiesçant de grand cœur à cette demande, avec le consentement et la volonté de notre seigneur Henri, roi des Francs, et de ses suffragants, les évêques de Chartres, d'Orléans, de Paris, de Meaux, de Nevers, d'Auxerre, de plus avec l'applaudissement des seigneurs de France, ainsi que de tout le clergé et le peuple, il lui donne pour pasteur et pour époux celui que vous voyez ici

298 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXIT, — Depg;

présent, le seigneur Mainard, architrésorier de cette sainte mère église de Saint-Étienne (de Sens), issu d'une noble famille, et orné de bonnes mœurs. C'est pourquoi nous prions votre charité, bienaimés frères, d'élever la voix et de proclamer quel est en cela votre bon plaisir. Cette acclamation, répétée trois fois, sera suivie de l’élec tion régulière du clergé, puis de la bénédiction du métropolitain et de tous les comprovinciaux , s’il est possible, ou du moins de trois évêques, le métropolitain présent 1,

D'après ce document,ile métropolitain proposait le sujet à élire: le roi y consentait, consentement nécessaire, d'après le privilége des Papes, comme nous l'avons vu déclarer à Jean X ; les grands, tout le clergé et le peuple y applaudissaient ; mais l'élection proprement dite se faisait régulièrement par le clergé. Aujourd'hui, 1854 , dans le même pays de France, la même chose se fait d'une manière difs. rente, D'après le privilége accordé par le chéf de l'Église universelle dans le concordat, c'est la France entière, par l'organe de son chef, roi ou président, qui élit, nomme ou présente chaque futur évêque, le nomme ou le présente au chef de l'Église universelle, le successeur de Saint-Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, pour qu'il l'institue évèque en droit et en fait, s’il le trouve digne et capable. Et tout cela se fait, non pas brusquement, mais lentement, au vu et au su de toute la France catholique, qui peut élever la voix pour blâmer un choix peu convenable. Aussi ne faut:il pas douter que le chef du gouvernement français ne consulte d’une manière quelconque les évêques, les personnages influents, l'opinion publique, sur les choix à faire, afin de n'avoir point à s’en repentir le premier. D'un autre côté, notre Saint- Père le Pape est présent en France par son nonce: tout catholique peut et doit lui révéler les empêchements qu'il connattrait à telle ou telle nomination. En effet, quand il s’agit de l'union domestique d’un homme avec une femme, les fidèles qui savent des empêchements pour lesquels cette union ne puisse ou ne doive se faire, sont obligés, sous peine d’excommunication, d'en avertir avant qu'il soit passé outre. Combien plus n’y sont-ils pas obligés quand il s’agit de l'union solennelle d’un évêque avec un diocèsé, avec une église, qui contient quatre ou cinq cent mille âmes dont le salut éternel dépend en grande partie de cette union. Finalement, tout bien considéré, le mode actuel d’élire ou de nommer les évêques en France et de les instituer à Rome nous paraît pour le moins aussi digne et aussi sûr que ceux des siècles antérieurs.

Le dixième opuscule d'Odoramne est une lettre à l'archevêque

1 Maï, Spicileg. rom., t. 9. Odoramn. Opusc. 9,

à 1024 de

Gilduin fosaient l'amendi leurs qu de Charl de se ret tant de 1 L'opu moines i règle. In royale. | devint s Pierre ck Saint-Pit L'opu:

entre les province leur mal ou de ps jour des des aum:

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d'Odorar qui nes une grar Le pa] ni le jou voit son en ces te romaine, l'Église, du mont personne taux, et :

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, LXIT, — Dep9;

e sainte mère famille, et orné charité, bient en cela votre suivie de l’élec.

1étropolitain et moins de trois

sujet à élire; le privilége des grands, tout le roprement dite 1851 , dans le manière difrélise universelle 1e de son chef, futur évêque, , le successeur nstitue évêque out cela se fait, su de toute la un choix peu gouvernement ques, les per- | faire, afin de , notre Saintout catholique trait à telle ou mestique d’un mpêchements , Sont obligés, qu’il soit passé git de l'union lise, qui conernel dépend | considéré, le ance et de les 1e et aussi sûr

l'archevêque

à 1024 de l'ère ehr.] DE L'ÉGLISE CATAOLIQUE, 200

Gilduin de Sens sur une certaine hérésie de Bourguignons qui refusaient de comparaître au tribunal de l'évêque et ensuite de payer l'amende légale pour cette non-comparution. On ne sait pas d'ailleurs quelle est cette hérésie. Odoramne se borne à citer le capitulaire de Charlemagne qui condamne à une triple amende celui qui néglige de se rendre à la citation de l'évêque, et il calcule là-dessus le montant de l'amende.

L'opuscule onze est une lettre au nom de l'abbé Ingon à des moines indisciplinés d'un certain monastère, pour les ramener à la règle. Ingon était de très-noblé famille, si ce n’est même de la famille royale. Il fut le condisciple du roi Robert à l’école de Gerbert, et devint successivement abbé de Saint-Martin de Marciac, de Saint- Pierre de Sens, et de Saint-Germain de Paris. Odoramne, moine de Saint-Pierre, lui rédigea donc sa léttre aux moines de Saint-Martin.

L'opuscule douze contient une association de piété chrétienne entre les moines de Sens, ainsi que les prêtres et les fidèles de la province qui voulaïent en faire partie. Les confrères se visitaient dans leur maladie ; à la mort, ils disaient un certain nombre de messes ou de psaumes les uns pour les autres. Le léndemain de la Toussaint, jour des Trépassés, on faisait au monastère de Sens des prières et des aumônès extraordinaires pour tous les confrères défunts. La dernière lettre d'Odoramne, mais qui n’est pas entière, s'adresse à deux amis pour les remercier de la charité qu'ils avaient eue pour lui dans le temps de ses persécutions. Vient ensuite une hymne en prose en l'honneur de saint Savinien avec les notes musicales dans le manuscrit. Mais le cardinal Maï n'ose décider si cette b'ymne est d'Odoramne, ou de son ami le pieux roi Robert. Ces divers opuscules, qui ne sont pas du tout mal écrits, nous montrent dans Odoramne une grande science unie à une tendre piété.

Le pape Jean XV mourut la même année 996, sans qu'on sache ni le jour ni le mois. On a de ce Pontife une lettre curieuse, où l’on voit son influence salutaire sur les princes chrétiens. Elle est conçue en ces termes : Jean, quinzième du nom, Pape de la sainte Église romaine, à tous les fidèles, salut. Tous les fidèles de la sainte mère l'Église, de l'un et l’autre ordre, répandus dans les divers climats du monde, doivent savoir que nous avons été informé, par plusieurs personnes, d’une inimitié entre Éthelred, roi des Saxons occidentaux, et le marquis Richard (c'était Richard, duc de Norrandie). Nous en avons été extrêmement attristé, attendu qu'ils sont nos fils spirituels. Enfin, ayant pris un salutaire conseil, nous avons fait venir Léon, un de nos apocrisiaires, évêque suffragant de la sainte église de Trèves ; et nous l’avons envoyé, avec nos lettres d’exhor-

PS D EPP 7

300 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, XI, be pp

tation, pour qu'ils eussent à se désister de cetto superstition, Traversant donc les terres ot la mer, il arriva, le jour de la Nativité du Seigneur, en la présénce dudit roi, et, l'ayant salué de notre part, il lui remit nos lettres. Le roi, ayant convoqué tous les fidèles les plus sages de son royaume, tant de l'un que de l'autre ordre, pour l'amour et la crainte du Dieu tout-puissant, ainsi que de saint Pierre, prince des apôtres, et à cause de notreadmonition paternelle, accorda une paix très-solide avec tous ses fils et filles, présents et à venir, ot avec tous ses fidèles, sahs aucun dol, C'est pourquoi il envoya Édelsin, évêque de la sainte église de Shirburn; Leofstan, fils d'Alfwold, et Édelnoth, fils de Waulstan, qui passèrent la mer et arrivèrent auprès dudit marquis Richard, Lui, de son côté, ayant reçu pacitiquement nos remontrances et entendu le décret dudit roi, confirma de grand cœur la même paix avec ses fils et ses filles, prc. sents et à venir, et avec tous ses fidèles ; à telle condition que, si l'un d'eux ou eux-mêmes faisaient quelque chose d'injuste contre l'autre, il le réparcrait par une digne satisfaction, en sorte que ln paix subsiste à jamais inébranlable, confirmée par les serments de part et d'autre, L'acte en fut adressé à Rouen, le 1e mars de l'an 991 depuis l'Incarnation de Notre-Seigneur 1. C'est sans doute une belle chose de voir un Pape du dixième siècle annoncer à tout l'univers que, par sa médiation apostolique, une paix sincère et durable a été jurée entre deux princes et deux peuples ennemis,

On voit encore la sollicitude pontificale de Jean XV dans deux autres lettres. Quelques ofticiers de guerre s'étant emparés des biens de l'abbaye de Saint-Riquier, il les avertit charitablement qu'ils aient à les rendre, Il leur déclare en même temps qu'ils seront excommuniés de fait s'ils viennent à les retenir , et il recommande l'exécution de ses ordres à cet égard aux évêques du voisinage ?,

Jean XV fut le premier de tous les Pontifes romains qui procéda solennellement à la canonisation de ceux qui sont mis dans le catalogue des saints. Ainsi l'assure Mabillon contre Raronius. Quoi qu'il en soit, Jean XV fit la céréinonie à l'égard d'Udalrie, évêque d'Augsbourg, à la prière de Ludolfe, son successour, Pour cela, il {it assembler un concile à Rome, dans lequel Ludolfe présenta un écrit qui contenait la vie etles miracles de l'évêque Udalrie. Cet écrit ayant été lu, le Pape, de l'avis de tout le concile, ordonna et Statua que la mémoire du saint évêque serait honorée avec piété et dévsion dans l'Église, parce que, dit le Pape, en honorant les Feux ses martyrs et des confesseurs, qui sont les serviteurs de

! Labbe, î. 8, P. 730, —i ibid. P. LE LR

à 10% de

Dieu, ne adit: Ç pouvant aidés et Que si qu vilége, où et l'honn de saint 1 La mêt llalie, inv centius, q L'auteur « celle occa bel emper fleurir d'u E mandait p D nom la têt empereurs saints, c'es mais dens remit son « gine?, Après a:

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apostolique à sa place.

neveu Brun Il était d’un hit trois la où l'italien :

de le faire P fit conduire autre évêqu denné Pape qui ait été él ine letint (

UBaron., ar

v. LXII, — be gs

erstition, Tra.

la Nativité du e notre part, il fidèles les plus o ordre, pour le saint Pierre, rnelle, accorda ts et à venir, quoi il envoya Leofstan, fils ent là mer et n côté, ayant cret dudit roi, ses filles, pré.

idition que, si injuste contre 1 sorte que la s serments de > 4e mars de st sans doute noncer à tout aix sincère et ennemis, NV dans deux emparés des haritablement s qu'ils seront recommande isinage ?, qui procéda dans le ca- "onius, Quoi alvie, évêque Four cela, il présenta un Udalrie. Cet ordonna et avec piété et honorant les erviteurs de

à 1084 de l'êre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 301

Dieu, nous bonorons en leurs personnes leur Maître et Seigneur, qui à dit: Quiconque vous reçoit, me recoit ; et aussi afin que, ne pouvant mettre notre confiance en nos propres mérites, nous soyons aidés et protégés auprès de Dieu par leurs prières et leurs mérites. Que si quelqu'un, ajoute le Pontit. , Osail contredire au présent pri-

vilége, ou transgresser ce que nous ordonnons pour la gloire de Dieu

et l'honneur du saint évêque, nous l'anathématisons par l'autorité

de saint Pierre, dons nous occupons le siége 1,

La même année 996, le roi de Germanie, Othon IT, arrivait en llalie, invité probablement par Jean XV, que vexait le sénateur Crescentius, qui avait usurpé tyranniquement la domination dans Rome. L'auteur contemporain de la vie de saint Adalbert de Prague dit à celle occasion : Le roi des Francs, Othon' TE, très-beau rejeton d'un bel empereur, ayant traversé les années de l'enfance, commençait à

à leurir d'une brillante jeunesse ; Sa vertu, devançant les années, demandait pour lui Ja dignité impériale, Mais Rome étant de fait et de nom la tête du monde et la maitresse des villes, elle seulefait les rois “hpereurs ; et renfermant dans son enceinte Je corps du prince des sints, c'est elle, à bon droit, qui doit constituer le prince de la terre : mais dens ces jours, le souverain Pontife, saisi d'une fièvre violente, remit son corps à laterre et son âme au ciel, chaque chose à son origine?,

Après avoir célébré à Pavie la fête de Pâques, qui fut le 19% d'avil, Othon Ill était Campé près de Ravenne. La il reçut des députés du sénat et des premiers de Rome qui témoignaient le désir qu'ils avaient de l'y voir ; car il n'y avait point encore été depuis la

mort de son père. Ils lui annoncent en même temps, comme un fà-

D cheux contre-temps et pour eux et pour lui, la mort du seigneur apostolique, et demandent Son avis sur celui qu'ils doivent mettre sa place. Le roi Othon avait dans le clergé de sa chapelle, son neveu Brunon, fils de sa sœurJudith etd'Othon, marquis de Vérone.

Il était d’un beau naturel, bien instruit des lettres humaines, et par-

M lit trois langues : l'allemand, le latin littéral et le latin vulgaire

où l'italien ; mais il n'avait guère que vingt-quatre ans. Le roi résolut de le faire Pape ; et, l'ayant fait élire par le clergé et le peuple, il le lt conduire à Rome par Villegise, archevêque de Mayence, et un autre évêque nommé Adelbald. Il y fut reçu avec honneur, et ordonné Pape sous le nom de Grégoire V. C’est le Premier Allemand |Aui ait été élevé sur le Siége apostolique ; mais tout jeune qu'il était, ilne le tint que deux ans et neuf mois. Le roi Othon vint à Rome, et

“Baton., an, 993, —… 2 4et. Beneu., seet, 5, Acta SS., 23 april.

302 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIL. — De gg

y fut couronné empereur par le nouveau Pape le jour de l’Ascension, 25% de mai, la même année 996. Puis, ayant tenu conseil avec les Romains, il résolut d'exiler le sénateur Crescentius, qui avait souvent maltraité le Pape précédent ; mais, à la prière du pape Grégoire, il lui pardonna !.

Comme Crescentius était à peu près maître dans Ruine, qu’il avait la garde du palais pontifical, que ce n’était que par lui que l’on parvenait au Pape, il est naturel de conclure, avec Baronius, que c’est sur lui que retombent les reproches d’avarice et de vénalité que le biographe de saint Abbon adresse à Jean XV ; car ce Pontife, qui favorisait Hugues Capet, sut cependant lui refuser et la promotion de Gerbert, et,la déposition de l'archevêque Arnoulfe, et. la dispense pour le mariage de son fils, le roi Robert. Certainement, ce n'est point là le caractère d’un homme vénal.

Hertwin élu évêque de Cambrai, n'avait pu se faire sacrer par l’archevéyue de Reims, son métropolitain, à cause de la division entre Arnoulfe etGerbert, qui se disputaient ce siége. Il vint à Rome, où il fut ordonné évêque par le pape Grégoire V ; et, s'étant plaint dans un concile des seigneurs qui pillaient les biens de son église, il

obtint du Pape une lettre menaçante contre eux, datée du mois de

mai de cette année 996 2.

Pendant ce séjour de Rome, l'empereur vayait souvent saint Adal. bert de Prague, qui était toujours au monastère de saint Boniface. L'empereur le tenait auprès de lui familièrement et l’écoutait volontiers ; mais l'archevêque äe Mayence renouvelait son ancienne plainte, de ce qu'Adalbert, son suffragant, avait quitté l’église de Prague, «

le pressait instamment d'y retoyrner. Même dans un concile que tit È

le Pape, il allégua les canons pour autoriser sa plainte, et soutint publiquement qu’il n'était pas juste que cette église füt la seule privée de son pasteur. Étant parti pour retourner en Allemagne, il ne cessa, pendant le voyâge, d'écrire sur ce sujet, jusqu'à ce quel Pape lui eût accordé ce qu’il désirait. Saint Adalbert était fort afiligi

de quitter son monastère, sachant bien qu'il n’y avait rien à gagne È sur son peuple de Bohême, mais il se consolait dans l’espérant |

qu'il avait d'accomplir sa mission pour les infidèles étrangers. Ayant donc quitté son bien-aimé monastère, non sans beaucoup de larmes, il passa les Alpes avec Notger, évêque de Liége, homnt fort sage ; et, après environ deux mois, ils arrivèrent à Mayence, 0 l'empereur s'était arrêté au retour d'Italie. Saint Adalbert v dk

1 Baron et Pagi, an 996. — ? Kabbe, t. 9, p. 1245. Sommier, t. 5.

meura assez longtemps, viva avec ce prince dans une grande fai à

liarité € Il lui d grand € ce beat pereur ment, s biens 6 même t les serv nuit, pe:

Dura dévotior sur celu il retour fois, il p apprit qq!

ÎLen ava l'ainé ét:

logne ; le leur avai ville non 28me de | indifférer d'Adalbe D la ville, il Le sai duc de P:

so” der le envoyés « et un ami Pourquoi fois ? Nou charité ; i voir, Sain à déchargé Conversior à Un pays qua dans :

| corte, et & nombre de | nouveaux | pour servi

iv. LXIL. — De gg;

r de l’Ascension, | conseil avec les 1s, qui avait soulu pape Grégoire,

Roine, qu'il avait Jui que l'on par.

aronius, que c'est > vénalité que le 2e Pontife, qui fala promotion de fe, et. la dispense nement, ce n'est

e faire sacrer par aise de la division e. Il vint à Rome, et, s'étant plaint 1s de son église, il datée du mois de

Juvent saint Adal:

le saint Boniface.

| l'écoutait volonà ancienne plainte, lise de Prague, el in concile que tint 8 )lainte, et soutint glise fût la seule 1 Allemagne, il ne jusqu’à ce quek rt était fort aflligi vait rien à gagner È dans l’espérantt } »s étrangers.

on sans beaucoup de Liége, homnt nt à Mayence, 0 nt Adalbert v de une grande fami

er, €. 5.

| indifféremment hommes et femmes, entre

h la ville, ils s’en retournèrent chargés de butin,

B Pourquoi revient-il nous chercher,

E déchargé du soin de son église

E nombre de Personnes, et, ayant célé

|'oUeaux baptisés, il garda ce qui restait de la sainte eucharistie POut servir de viatique,

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 303

liarité et attaché à lui jour et nuit, comme les ofticiers de sa chambre. I lui disait avec une sainte liberté : Ne songez pas que vous. êtes un grand empereur, mais que vous êtes un homme qui mourrez, et que ce beau corps sera réduit en poussière et en corruption. Car l’empereur Othon III était très-bien fait de sa personne, Sur ce fondement, saint Adalbert l'exhortait à mépriser cette vie, à aspirer aux biens éternels et à pratiquer toutes sortes de bonnes œuvres. En même temps, pour s'exercer lui-même à l'hûmilité, il rendait tous les services à ceux qui logeaient dans le palais, jusqu’à nettoyer, la nuit, pendant qu'ils dormaient, leurs bottines et leurs souliers, Durant ce temps-là, il passa en France pour visiter les lieux de dévotion. Il vint à Paris prier sur le tombeau de saint Denis: à Tours, sur celui de saint Martin, et à Fleury, sur celui de saint Benoît. Puis il retourna trouver l’empereur, et, l'ayant embrassé pour la dernière lois, il prit le chemin de son diocèse. Mais avant que d'y arriver, il apprit que les Bohèmes, en haine de lui, avaient massacré ses frères. Ilen avait six, dontle plusjeune, nommé Gaudence, l'accompagnait ; l'ainé était à la guerre au service de l'empereur avec le roi de Pologne ; les quatre autres étaient demeurés dans le Pays, et les Bohèmes leur avaient juré sûreté. Mais comme ils étaient à la messe dans une ville nommée Lubic, où ils célébraient la fête de saint Venceslas, le 28e de septembre, ces pertides entrèrent dans l’église et tuèrent

autres les quatre frères d'Adalbert, qu’ils décollèrent devant l'autel ; puis, ayant mis le feu à

Le saint évêque, ayant appris ce désastre, alla trouver Boleslas, duc de Pologne, auprès duquel était.son frère aîné, et le pria de faire so” der les Bohèmes s’ils voudraient le recevoir. Ils répondirent aux envoyés du duc : Nous sommes des pécheurs endurcis, c’est un saint et un ami de Dieu, nous ne Pouvons compatir ensemble, Mais encore après nous avoir quittés tant de rétend sous cette apparence de et nous ne voulons point le receu cette réponse, se regarda comme

» et tourna toutes ses pensées à la conversion des infidèles. S’étant déterminé à aller en Prusse, comme

à un pays plus voisin et plus connu du duc de Pologne, il s'embarqua dans un bâtiment que le duc lui donna, avec trente soldats d’escore, et arriva premièrement à Dantzig. Là il baptisa un grand

lis ? Nous voyons bien ce qu'il p charité ; il veut venger ses frères, voir, Saint Adalbert, ayant rec

bré la messe et communié les

30 4 BISTOIRE UNIVERSELLE © [Liv. LXII. — De gp

Le lendemain, ayant pris congé d'eux, il s’embarqua sur la mer, et, après quelques jours de navigation, il mit pied à terre, renvoya le vaisseau et l’escorte, et demeura avec deux mines, dont lun, nommé Benoît, était prêtre, l’autre était son jeune frère Gaudence: Ils entrèrent dans une petite île que formait une riviere, et commencèrent à y prêcher Jésus-Christ avec une grande confiance ; mais les maîtres du lieu survinrent et les chassèrent à coups de poing. L'in d'eux ayant pris un aviron d’une barque, s’approcha de saint Adal: bert comme il chantait des psaumes, et lui donna un grand .coup entre les épaules. Le livre lui échappa des mains, et il tomba luimême étendu par terre. Je vous rends grâces, dit-il, Seigneur, de ce que j'aurai du moins souffert un coup pour celui qui a été crucifié pour moi. Il passa de l’autre côté de la rivière et s’y arréta le samedi. Le soir, le maître du village l’y amena ; le peuple s’assembl de toutes parts, ils poussaient des cris furieux et attendaient ce qu'on ferait de lui, ouvrant la bouche comme pour le dévorer. On lui de: ma da qui il était, et pourquoi il était venu. Il répondit : Je suis Slave de nation, nommé Adalbert, moine de profession, autrefois évêque, maintenant votre apôtre. La cause de mon voyage est votre salut, afin que vous Jaissiez vos idoles sourdes et muettes, et que vous reconnaissiez votre Créateur, qui est le seul Dieu, et que, croyant en son nom, vous ayez la vie et receviez pour récompense une joie éternelle dans le ciel. Les Barbares, s’étant retenus avec peine, s'écrièrent, en lui disant des injures et le menaçant de mort. Ils frappaient la terre avec des bâtons, puis les approchaient de sa tête, grincant les dents et lui disant : Tu es bien heureux d’être demeuré impuni jusqu'à présent ; retourne promptement, si tu veux sauver ta vie. Tout ce royaume, dont nous sommes l'entrée, n’a qu'une loi et une manière de vie; pour vous, qui avez une autre loi inconnue, si vous ne vous retirez cette nuit, demain vous perdrez la tête. On les embarqua la nuit même, et on les fit retourner jusqu’à un certain bourg, où ils demeurèrent cinq jours.

Alors saint Adalbert dit à ses compagnons : Notre habit ecclésias

tique choque ces païens. Laissons-nous croître les cheveux et labarke, |

et habillons-nous comme eux. On ne nous connaîtra point, nous converserons familièrement avec eux et nous vivrons du travail de nos mains. Il avait même résolu de passer chez les Lutiziens, où il voulait aller d’abord, dont il savait la langue et où il n’était point encore connu. Le lendemain ils partirent, chantant des psaumes le long du chemin; et, après avoir traversé des bois, ils vinrent dans une plaine vers le midi. Là, Gaudence célébra la messe, ils commu nièrent, puis ils mangèrent ; et ayant encore un peu marché, ilss

seutirel Cepe lièrent.

geusem sacrific:

un dar exempl coulait | délié, il salut et Barbare ets’enr frit ain; nore sa cheta sa et l'emp d’avoir « bert fut porains L'emp Crescent chassa d première centius f de Jean avait em de l’emp son épou peu à pe tisans, et plus de c de Plaisa élu pour vêché, le L'empere pour dem gathe ava en 997 ; (

| présents,

| lefit élire

1 Act. Be

: ad Cadol, G

Av. LXII. — Degor

rqua sur la mer, à terre, renvoya ‘nes, dont lon, frère Gaudence:

ere, et commiénnfiance ; mais les s de poing. L'un a de saint Adal- | un grand .coup et il tomba lui- , Seigneur, de ce ui a été crucifié s’y arréta le sauple s’assembl ndaient ce qu'on orer. On lui deépondit : Je suis ession, autrefois voyage est votre muettes, et que |, etque, croyant mpense une joie avec peine, s’ée mort. Ils frap- | de sa tête, grin-

d'être demeuré i tu veux sauver e, n'a qu'une loi re loi inconnue, ez la tête. On les squ’à un certain

e habit ecclésias-

‘veux et la barbe, |

tra point, nous ns du travail de Lutiziens, où il Lil n’était point des psaumes le ils vinrent dans sse, ils commu u marché, ils s

à,1%%4 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 305

seutirent fatigués, s’arrêtèrent Pour se reposer et s’endormirent

Cependarit les païens survinrent, et, s'étant jetés sur eux, ils lee lièrent. Saint Adalbert exhortait ses Compagnons à souffrir coura geusement pour Jésus-Christ, quand Siggo, chef de sacrificateur des idoles, s’avança en furie et lança de toute sa force un dard dont il lui perça le cœur. D’autres le frappèrent à son exemple, et il reçut dans son Corps jusqu’à sept dards. Son sang coulait à grands flots ; il levait les yeux au ciel, et, quand orl'eut délié, il étendit les mains en croix et priait à haute voix pour son salut et pour celui de ses persécuteurs. Après qu’il fut mort, les Barbares accoururent, lui coupèrent la tête, la plantèrent su et s’en retournèrent avec de grands cris de joie. Saint Adalbert souffrit ainsi le martyre le vendredi 23me d'avril 997, et l'Église honore Sa mémoire le même jour. Boleslas, duc de Pologne, racheta sa tête et son Corps, que les païens avaient jetés dans un lac; et l'empereur, ayant appris sa mort à Rome, rendit grâces à Dieu d'avoir couronné ce martyr durant son règne. La vie de saint Adal-

la troupe et

run pieu

| bert fut écrite peu de temps après sa mort par deux de ses contem-

| avait embrassé la vie monastique. Il s’insinua dans les b

| le fit élire Pape 2.

porains 1,

L'empereur était retourné à Rome pour châtier la révolte de Crescentius; car sitôt qu'il fut repassé en Allemagne, Crescentius chassa de Rome le pape Grégoire V, qui s'enfuit, dépouillé de tout premièrement en Toscane, puis en Lombardie. A sa place, Crescentius fit élire Pape un Grec nommé Philagathe, qui prit le nom de Jean XVI. Il était né à Rossane en Calabre, de basse condition » et

onnes grâ de l'empereur Othon II, par l'entremise de l’impératrice Théophanie, son épouse, qui était Grecque. D'abord on le nourrissait par charité ; peu à per il eut l’adresse de se mettre au rang des premiers courüisans, et il s'y maintint jusqu’à la mort d'Othon IL. Il eut encore plus de crédit pendant le bas âge d’Othon III, en sorte que, l’évêque de Plaisance étant mort, il fit chasser un bon sujet, que l’on avait élu pour remplir ce siége, et se le fit donner avec le titre d’archeêché, le tirant injustement de la dépendance de l’église de Ravenne. L'empereur Othon HI l'avait envoyé à Constantinople avec un évêque, pour demander en mariage la fille de l'empereur grec; car Philagathe avait grand crédit en l’une et l’autre cour. Il revint à Rome

} en 997 ; Crescentius le reçut avec grand honneur, et, gagné par ses

présents, car il apportait de Constantinople de grandes richesses, il

1 Act. Bened., sect. 5. Acta SS., 23 april. — ? Chron. sax, Pet. Dam., Ep. 1,

| ad Cadel. Greg. V, Epist, 1.

xl, 20

306 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII.— De 09

Le pape Grégoire tint, cette année 997, un grand concile à Pavie, où il excommunia Crescentius ; et, quand on eut appris l'élection de

l'antipape, il fut excommunié par tous les évêques d'Italie, de Ger- |

manie, de France et de Gaule. L’ernpereur Othon, voulant donc remédier aux désordres de Rome, partit pour l'Italie et laissa le gouvernement de son royaume de Germanie à sa tante Mathilde, abbesse de Quedlinbourg, qui s’en acquitta avec une prudence au-dessus de son sexe. L'empereur rencontra à Pavie le pape Grégoire ; ils marchèrent ensemble à Rome, d’où l’antipape Jean s'enfuit; mais quel. ques serviteurs de l’empereur le poursuivirent et le prirent; puis, craignant que s’ils le menaient à l’empereur, il ne le laissât impuni, ils lui coupèrent la langue et le nez, lui arrachèrent les yeux et le mirent en prison dans cet état,

Saint Nil, en ayant appris la nouvelle, vint au secours de ce malheureux, qui était son compatriote. Dès qu’il sut qu’il avait envahi le Saint-Siège, il lui écrivit pour l’exhorter à quitter la gloire de œ monde, dont il devait être rassasié puisqu'il était arrivé au comble des grandeurs, et à retourner au repcs de la vie monastique. Phi. lagathe disait toujours qu'il s’y préparait, jusqu’à ce qu’il fût pris et traité comme il vient d’être dit. Alors saint Nil, ayant le cœur saisi de douleur, se crut obligé d'aller à Rome, nonobstant son grand âge, sa maladie et la circonstance du temps ; car c'était en carême. L'empereur et le pape Grégoire, ayant appris son arrivée, allèrent au-devant de lui; et, le prenant chacun par une main, ils le menèrent an palais patriarcal et le firent asseoir au milieu d’eux, lui baisant les mains chacun de son côté. Le saint homme gémissait de ce traitement, et le souffrait, toutefois, dans l'espérance d'obtenir ce qu'il désirait. Il leur dit donc : Épargnez-moi, pour Dieu ! je suis le plus grand pécheur de tous les hommes, un vieillard demi-mort et indigne de ces honneurs ; c’est plutôt à moi à me prosterner à vos pieds et à honorer vos dignités suprêmes. Ce n’est pas le désir de la gloire on des biens qui m'a fait venir à vous : c’est pour celui qui vous a tant servis et que vous avez si maltraité; qui vous a levés l’un et l'autre

des fonts de baptême et à qui vous avez fait arracher les yeux. le À

vous supplie de me le donner, afin qu'il se retire avec moi et que nous pleurions ensemble nos péchés.

À ce discours, l’empereur répandit quelques larmes ; car il n'approuvait pas tout ce qui s’était passé, et il répondit à saint Nil : Nous sommes prêts à faire tout ce que vous désirez, si, de votre côté, vous avez égard à notre prière, et si vous voulez bien prendre dans cette ville un monastère tel qu’il vous plaira et demeurer toujours ave nous. Comme le saint vieillard refusait de demeurer dans la ville,

l'empe

du tum

œpté I

d'après

ce que.

Rome,

et mont mains.

Saint l'emper était un pereur e accordé cause de ainsi, ce c'est à m avez fait celui que point pit parler, p la tête, fe point, se l'avaient tère,

Ce n'’ét après y a venu no moines se là mauva intéressé ( et cherch:

travail, et refuser les donner de D iln'y trou ghement (

È aucun soin

pas leur la lure, mais sités inutil L sées et une

pain à la s:

Liv. LXIL — De 99

d concile à Pavie, ppris l’élection de d'Italie, de Ger.

voulant donc re.

: et laissa le gou- Mathilde, abbesse nce au-dessus de régoire ; ils marfuit ; mais quel le prirent; puis, e laissât impuni, nt les yeux et le

cours de ce malu’il avait envali r la gloire de ce arrivé au comble ionastique. Phie qu'il fût pris et ant le cœur saisi it son grand âge, n carême. L’em- , allèrent au-dele menèrent au k, lui baïsant les ait de ce traiteobtenir ce qu'il je suis le plus -mort et indigne r à vos pieds r de la gloire ou qui vous a tant ss l’un et l'autre

her les yeux. Je

avec moi et que

es ; Car il n'ap- , saint Nil : Nous votre côté, vous endre dans cetic r toujours ave er dans la vilk,

E 4UCUN soin ne convient pas aux moi | pas leur loisir à la prière, à la méditation et à la lecture de l’Écri-

| sées et une infinité de maux, Pain à la sueur de son visage.

41024 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 307

l'empereur lui proposa le monastère de Saint-Anastase, comme hors du tumulte et de tout temps affecté aux Grecs. Saint Nil l'avait accœpté par le désir d'obtenir ce qu'il demandait; mais, du moins d'après ce que dit le biographe de saint Nil, le Pape, non content de ce que Philagathe avait souffert, le fit promener par toute la ville de Rome, revêtu d’un habit Sacerdotal, que l’on avait déchiré sur lui, etmonté à rebours sur un âne, dont il tenait Ja queue entre les mains.

Saint Nil en fut si effrayé, qu’il ne demanda plus Philagathe à l'empereur. Ce prince lui envoya un archevêque de sa suite, qui était un beau parleur, et le saint vieillard lui dit : Allez dire à l'empereur et au Pape : Voici ce que dit ce vicux radoteur : Vous m'avez accordé cet aveugle, non par la crainte que vous aviez de moi ni à œause de ma grande puissance, mais pour le seul amour de Dieu : ainsi, ce que vous lui avez fait souffrir de plus, ce n’est pas à lui, d'est à moi que vous l'avez fait, ou plutôt c’est Dieu même à qui vous avez fait injure. Sachez done que, Comme vous n’avez pas eu pitié de celui que Dieu avait livré entre vos mains, votre Père céleste n’aura point pitié de vos péchés. Comme l'archevêque ne cessait point de parler, pour excuser l'empereur et le Pape, le saint vieillard baissa h tête, feignant de s'endormir ; et le prélat, voyant qu'il ne l'écoutait point, se retira. Saint Nil monta aussitôt à cheval avec les frères qui l'avaient suivi, et, marchant toute la nuit, il retourna à son monastère,

Ce n'était plus Val-de-Luce au près du Mont-Cassin ; il l'avait quitté après y avoir demeuré environ quinze ans. Ce monastère étant devenu nombreux, opulent et renommé, le saint abbé voyait les moines se relâcher de leur première observance : à quoi contribuait R mauvaise conduite de Manson, abbé du Mont-Cassin, homme intéressé et ennemi de Ja Piété. Saint Nil sortit donc de Val-de-Luce, t chercha un lieu où les moines ne pussent subsister qüe par le travail, et où la disette les retint dans le devoir. C’est ce qui lui fit refuser les offres de plusieurs viHes des environs, qui voulaient Iui donner de leurs biens et même des monastères tout préparés; mais

D iln'y trouvait point ce qu'il cherchait, la solitude. le repos et l’éloi-

onement de tous les hommes. Car, disait-il, la vie commode et sans

nes de ce temps; ils n’emploient

lure, mais à de vains discours, de mauvaises pensées et des cüriosités inutiles. La distraction que cause le travail détourne ces penet rien n’est tel que de manger son Quelques-uns des moines, ne pouvant

308 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXII, — Deyyl

goûter cette sévérité du saint abbé, demeurèrent à Val-de-Luce; mais ils tombèrent dans la division, l'indépendance et le désordre, et enfin on les chassa entièrement. | Cependant saint Nil, avec Étienne et les autres qui le suivirent, trouva, près de Gaëte, un lieu désert, aride et ‘étroit, dont il fut charmé, et il s’y logea. D'abord ils y manquaient de tout; mais bientôt plusieurs frères se joignirent à eux, et ils furent dans l'abondance par leur travail assidu, accompagné de psalmodie continuelle, de fréquentes génuflexions, d'une abstinence volontaire el d'une obéissance sans contrainte. Le saint vieillard croissait en ferveur à mesure que ses forces corporelles diminuaient, et il ne se relâchait en rien de ses austérités, ni pour ses infirmités ni pour son grand âge; car il vécut jusqu’à quatre-vingt-quinze ans. Jamais il ne mangea ni ne but avant l’heure réglée, jamais il ne mangea de chair ni ne prit de bain. Son abstinence était tellement tournée en habitude, qu'il n'aurait pu la rompre quand il aurait voulu. Souvent il avait des abstractions d'esprit qui l’'empêchaient de voir ceux qui étaient présents ; et cependant il récitait quelques psaumes où quelques paroles de la liturgie, comme le Sanctus. Quand il était revenu, et qu'on lui demandait ce qui lui était arrivé, il répondait: Je suis vieux, mon enfant ; je radote, je suis obsédé du démon, je ne sais ce que je fais. ; | La princesse de Gaëte pria son mari qu'ils allassent ensemble voir le saint abbé. Faisons-le-lui savoir auparavant, dit le prince, de peur qu’il ne le trouve mauvais, qu'il ne s'enfuie et que nous ne le perdions. Car on savait qu’il évitait avec grand soin la rencontre des femmes, et que jamais aucune n’enwait dans son monastère. IL ré pondit à celui qui vint de la part du prince : Pour Dieu, ayez compassion de moi! Quand j'étais dans le monde, j'ai été agité du démon : j'ai été guéri depuis que je suis moine ; mais, si je vois une femme, le démon revient aussitôt me tourmenter. Cette réponse ne fit qu'enflammer davantage le désir de la princesse ; et'elle fit tant qu’il lui permit de venir le voir, mais à condition qu'elle ne serait suivie d'aucune autre femme. Le saint homme, après l'avoir un pe entretenue de la pureté, de l’aumône et de la crainte de Dieu, la renvoya avec joie. La rencontre des grands de la terre lui était foi à charge ; il l’évitait soigneusement comme une source de vanité et il n'avait de commerce avec eux, même par lettres, que pour ls secourir dans leurs besoins et leurs mauvaises affaires f, L'empereur Othon célébra à Rome la fête de Pâques, qui, cetle

1 Acta SS., 26 sept.

à 1024 année des mi enfer nable.

par Ec paux a et leur:

corivit sance se Jeter pereur, recondh un exet stance « gnant € Th m vêtie de promit de la fo jeté du l'emper disent li n'a auc guère le Le Fran croyable Les T tué Maz trouver lant réfo abbé qu' l'empere cour, all l'amena pliqua à sans don trine. Ce Mmencère qu'il ne perfectio

? Glaber

iv. LXII, — Deÿyl

à Val-de-Luce; etle désordre,

jui le suivirent, roit, dont il fut L de tout; mais rent dans l’abonsalmodie contice volontaire ct | croissait en feraient, et il ne «e nités ni pour son e ans. Jamais il l ne mangea de ment tournée en ‘ait voulu. Souent de voir ceux ues psaumes où . Quand il était vé, il répondait:

é du démon, je

nt ensemble voir > prince, de peur nous ne le perla rencontre des monastère. Il ré- Dieu, ayez comété agité du dé s, Si je vois une Cette réponse ne ; et'elle fit tant, qu’elle ne serait s l'avoir un pet ainte de Dieu, h erre Jui était fort urce de vaniti, res, que pour les res 1.

iques, qui, cell M

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 309

année 998, fut le 17m€ d'avril; et après l'octave, il fit attaquer, avec des machines et des échelles, la forteresse où Crescentius s'était enfermé, c'est-à-dire le château Saint-Ange, qui passait pour impreable. D'après les chroniques allemandes, elle fut emportée d'assaut par Eccard, margrave de Misnie ; Crescence et douze de ses principaux adhérents furent aussitôt jugés, condamnés à mort, décapités ct leurs corps pendus par les pieds au gibet. L'historien Glaber, qui écrivit dans le temps même, mais en France, y'ajoute une circonstance particulière. Crescence, voyant qu'il ne pouvait résister, vint se jeter aux pieds de l'empereur et lui demander grâce ; mais l’empereur, irrité de ce qu'on l'avait laissé venir jusqu’à sa tente, le fit conduire dans la forieresse, pour l'y prendre de force et en faire un exemple. Les anteurs italiens ne mentionnent pas cette circonstance et lui en substituent une autre. D'après eux, l’empereur, craignant de manquer la citadelle, employa un Allemand nommé Th me, qu’il chérissait jusqu’à le faire manger à son plat et le vétir de ses habits. Celui-là, par ordre de l'empereur et du Pape, promit sûreté à Crescentius avec serment ; mais, quand il fut sorti de la forteresse, l'empereur lui fit couper la tête, et, après l'avoir jeté du haut de la tour, on le pendit par les pieds. Toutefois, l'empereur prit ensuile sa femme pour concubine. Voilà ce que disent les auteurs italiens ; mais cette dernière circonstance surtout na aucune apparence de vérité. Comme les Italiens n’aimaient guère les Allemands, on peut légitimement se défier de leur récit. Le Français Glaber, qui n'y avait aucun intérêt, nous parait plus croyable 1,

Les Tiburtins s'étaient aussi révoltés contre l'empereur et avaient tué Mazolin, leur duc ; mais saint Romuald fit leur paix, étant venu trouver l'empereur à l’occasion de ce qu’on va dire. Ce prince, voulant réformer l’abbaye de Classe, donna aux moines le choix d'un tel abbé qu'ils voudraient ; ils choisirent tout d'une voix Romuald ; et l'empereur, craignant que le saint homme ne voulût point venir à la cour, alla le trouver lui-même, coucha sur son lit, et le lendemain l'amena à son palais, où il je pressa d'accepter cette abbaye. Il s'appliqua à rétablir er ce monastère l’observance exacte de la règle, sans donner aucune dispense en faveur de la noblesse ou de la doctrine. Cette sévérité fit repentir les moines de l'avoir choisi. Ils commencèrent à murmurer fortement contre lui : en sorte que, voyant qu'il ne pouvait les convertir, et se sentant lui-même déchoir de la perfection, il vint trouver l'empereur devant Tibur, ct, en sa pré-

! Glaber, 1, 1, C4,

510 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LAN, — Depp

sence et celle de l'archevêque de Ravenne, il jeta le bâton pastoral et renonça à l'abbaye.

Il semblait que la Providence l'eût envoyé pour sauver les habi. lants de Tibur ; car illes fit convenir de se rendre à l'empereur, fui. sant abattre une partie de leurs murailles et lui donnant des otages, et de livrer le meurtrier du duc à sa mère, qu’il obligea à lui pardonner, Ce fut aussi à Tibur qu'il convertit Thamme, qui avait trompé Crescentius. I lui représenta si fortement l’énormité de sa supercherie et de son parjure, qu'il lui persuada de quitter le monde; et l'empereur, qui aimait, l'ordre monastique, lui en accorda volontiers la permission,

L'empereur lui-même, s'étant confessé de ce crime à saint Romuald, fit, par pénitence, nu-pieds, le pèlerinage de Rome à Suint- Michel du mont Gargan. 11 demeura dans le monastère de Classe pendant tout le carême suivant de l'an 999, jeñnant et psalmodiant autant qu'il le pouvait, portant un cilice sur {a chair, quoique pardessus il fût vêtu d’or et de pourpre, et, ayant un lit de parade, il couchait sur une natte de jonc. Enfin il promit à saint Romuald de quitter l'empire et de prendre l'habit monastique ; mais il n’accomplit pas cette promesse 1.

En revenant du mont Gargan, l'empereur passa au monastère de saint Nil. Quand il en fut proche, voyant de la hauteur les cabanes des moines dressées autour de Poratoire, il dit : Voilà les tabernacles d'Israël dans le désert ! voilà les citoyens du royaume des cieux ! Ils ne demeurent point ici comme habitants, mais comme passagers ! Saint Nil, faisant brûler de l’encens, s’avança au-devant de lui avec toute sa communauté et le salua avec toute sorte d'humilité et de respect. L’empereur, soutenant de sa main le saint vieillard, entra avec lui dans l'oratoire, et, après la prière, il lui dit: Avant que d'aller au ciel, ayez soin de vos enfants, de peur qu'après vous l'in. commodité de ce lieu ne les oblige à se séparer. Je leur donnerai un monastère et des revenus, en tel lieu de mon empire que vous ordonnerez. Le saint répondit : S'ils sont de vrais moines, celui qui à pris soin d’eux avec moi jusqu’à présent en aura encore plus de soin sans moi. Après plusieurs autres discours, l'empereur se leva pour s'en aller ; et, se retournant vers le saint, il lui dit : Demandez-moi comme à votre fils tout ce qu’il vous plaira, Saint Nil, portant la main sur la poitrine de l'empereur, répondit : Je ne demande autre chose à Votre Majesté que le salut de son âme. Tout empereur que vous êtes, vous mourrez comme un autre homme, et vous rendre

Ut, S, Romuald, Act, Benvd., sect, 6, Acta SS.,1 febr.

compte larmes, bénédic moines accepté nastère mais VO suite la saint 1, En cc lui Fran après la rite ; l'e nait guè à Rome de l'égli pieds et Telétait de la pt Dans proche, larmes :

Francon serment il s’en fi mémoir Franc Rome, 1 avait pa:

oublia s:

mandère vécut se L'emper legise, ai de Burc l'avait sc donc vu promis à Burcard qui le ss

lit, S

iv. LXII. — Depp, JAton pastoral et

sauver les habi.

l'empereur, fui.

nt des otages, et À lui pardonner, it trompé Cres.

a supercherie et ; etl'empereur, ters la permis.

ne à saint Ro- Rome à Saintstère de Classe et psalmodiant » quoique parit de parade, il int Romuald de ais il n’accom-

u monastère de eur les cabanes les tubernacles e des cieux ! Ils ime passagers !

ant de lui avec l'humilité et de vieillard, entra dit: Avant que après vous l'inur donnerai un que vous ordoncelui qui à pris lus de soin sans leva pour s'en lez-moi comme nt la main sur autre chose à eur que Vols , vous rendre

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. att

compte de toutes vos actions. A ces mots l'empereur répandit des larmes, et mettant sa couronne entre les mains du saint, il reçut sa bénédiction avec ceux de sa suite ct poursuivit son chemin. Les moines murmuraient contre le saint vieillard, de ce qu'il n'avait point accepté la grâce que le prince voulait leur faire, de leur donner un momastère. Saint Nil leur dit : J'ai parlé comme un insensé, je l'avoue, mais vous verrez dans peu si vous avez raison, Quand ils apprirent en« suite la mort de l'empereur Othon, ils admirèrent la discrétion du saint 1,

En ce second voyage d'Italie, l'empereur Othon avait amené avec lui Francon, à qui il avait donné depuis peu l'évêché de Worms, après la mort d'Hildebald. Francon était jeune, mais de grand mérite ; l'empereur avait en lui une confiance particulière, et ne prenait guère de résolution sans ie consulter. Pendant le séjour qu'il fit à Rome, il s'enferma secrètement avec cet évêque dans une grotte de l'église de Saint-Clément, et ils y passèrent quatorze jours nupicds et revêtus de cilices, dans les jeûnes, les veilles etles prières ?, Telétait l'empereur Othon HI dans le feu de la jeunesse et au comble de la puissance.

Dans cette grotte, l’évêque eut révélation de sa mort, qui était proche, et il le dit à l’empereur, qui le pressa avec beaucoup de larmes de lui nommer celui qu'il désirait pour son successeur. Francon lui nomma son frère, Burcard, et l'empereur promit avec serment de lui donner l'évêché de Worms, et, pour s’en souvenir, il s’en fit donner une requête par Francon et la mit dans le sac des mémoires destinés pour son testament.

Francon mourut en effet comme il l'avait prédit, et fut enterré à Rome, n'ayant tenu le siége de Worms guère plus d’un an, qu’il avait passé en Îtalie près de l’empereur. Après sa mort, l'empereur oublia sa promesse; et, cédant aux importunités de ceux qui lui demandèrent cet évêché, le donna de suite à deux autres, dont l'un vécut seulement trois jours après sa nomination, et l’autre quatorze. L'empereur, étant de retour en Saxe, raconta cet événement à Villegise, archevêque de Mayence, qui était venu le voir, accompagné de Burcard, son élève. L'empereur connaissait aussi Burcard, et l'avait souvent fait venir auprès de lui et chargé de présents. L'ayant donc vu à la suite de l'archevêque, il l'appela, lui dit ce qu'il avait promis à son frère et le pressa d'accepter l'évêché de Worms ; mais Burcard ne put s'y résoudre qu'après avoir consulté l'archevèque, qui le sacra quelques jours après. C'était environ l’an 1000. Nous

Vit. S, Nüli, 26 sept, Acta SS. — ? Ditmar, 1, 4.

312 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIL, — Depp avons déjà vu le surplus de la vie et des travaux de Burcard où Bur chard de Worms.

De son côté, Gerbert, qui, comme nous l'avons vu, s'était retiré en Allemagne auprès de son disciple Othon IE, avait accompagné ce prince dans son premier voyage d'Italie. On en a la preuve dans une lettre de Gerbert, par laquelle Othon annonce à sa grand’mère, l'impératrice sainte Adélaïde, qu'il venait heureusement de recevoir la couronne impériale ‘. Au retour de l'empereur en Allemagne, Gerbert demeura selon toute apparence en Italie, pour aider sans doute de ses conseils le jeune pape Grégoire V. L'an 998, pendant le second voyage de l'empereur, Jean, archevêque de Ravenne, étant mort ou ayant renoncé à son siége, Gerbert fut nommé. Le 28 avril de la même année, le pape Grégoire lui envoya le pallium avec une lettre où il lui donne, à luiet à son église, mais après la mort de l’impératrice Adélaïde qui en avait la jouissance, le district de Ra. venne, toute la rive, la monnaie, le péage, le marché, les murs et toutes les portes de la ville, le comté de Comachio, ainsi que plusieurs autres châteaux et terres, confirmant, au surplus, toutes les donations précédentes, et cela de sa pleine puissance et sans faire aucune mention de l’empereur 2.

Gerbert assista la même année à un concile que le Pape tint à Rome sur les affaires de France. Comme nous avons vu , le r'oi Robert avait eu le malheur de contracter un mariage incestueux, en épousant sa parente Berthe. il n'avait fait cette alliance que par le conseil de plusieurs évêques; mais l'ignorance ou la prévarication de ces prélats ne pouvaient la rendre légitime. Le pape Jean XV s'était d’abord élevé avec zèle contre ce scandale, mais la mort l’empêcha de terminer cette affaire. Son successeur, Grégoire V, la poursuivit avec une fermeté inflexible. Une autre affaire s’y joignait : la délivrance d'Arnoulfe de Reims, qui, nonobstant son rétablissement, était toujours prisonnier à Orléans.

Le pape Grégoire insista d'abord sur le dernier article, qui souffrait moins de difticulté, et il menaça de mettre tout le royaume en interdit, si on refusait de rendre la liberté à un prélat qui avait été rétabli par l'autorité du Saint-Siége et par celle d’un concile. Le roi ne balança pas de satisfaire le Pape au sujet d'Arnoulfe, dans l’espérance de le rendre plus facile sur l’article de son mariage. Il députa à Rome saint Abbon de Fleuri, pour assurer Sa Sainteté que l’archevêque de Reims serait incessamment mis hors de prison et rendu à son peuple. Le saint abbé, quoiqu’il fût revenu de Rome peu de

1 Epist, 157, Duchesne, t. 2, p. 895, — * Labbe, t, 9, p. 753.

temps des ve son pr Pape à sa répi que lé de Gré vêque invité, Pape, d'Arno prélat !

Quar travail promet lement temps « pour ro suspenc gea Ab] Le sa sion, et été le ordonn( la parol W'ai riel qui est :

tel que } ynage, tuel, qu tenez la vêque À avec son plectunt:

ses biens et alors eux quel que cela à mon a rendué i

UVit, S

Av. LXIL — Depp; Burcard ou Bur

» S'était retiré en ACCOMpPagné ce Jreuve dans une and’mère, l'imt de recevoir la llemagne, Gerrider sans doute , pendant le se- Ravenne, étant mé. Le 28 avril allium avec une près la mort de district de Rahé, les murs et ainsi que pluplus, toutes les ce el sans faire

le Pape tint à u, le roi Robert Jeux, en époue par le conseil rication de ces ean XV s'était nort l’empêcha , la poursuivit gnait : la délirétablissement,

icle, qui soufle royaume en t qui avait été concile. Le roi fe, dans l’espéiage. Il députa é que l’archeon et rendu à Rome peu de

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 319

temps auparavant, entreprit aussitôt ce voyage; et il fut aussi édifié des vertus de Grégoire V, qu'il avait été scandalisé de l'avarice de son prédécesseur ou plutôt de ceux qui l'entouraient. 11 trouva le Pape à Spolète, et ilen fut reçu avec amitié et distinction, parce que sa réputation l'avait précédé. Pour se mettre à couvert des vexations que l’évêque d'Orléans faisait à son monastère, il obtint à ce voyage, de Grégoire V, un privilége par lequel ce Pape ordonnait que l’évêque d'Orléans ne pourrait aller à Fleury, à moins qu'il n'y fût invité, et qu'aucun prélat ne pourrait interdire le monastère. Le Pape, à qui Abbon avait donné des assurances de l'élargissement d'Arnoülfe de Reims, lui fit donner le pallium pour le porter à ce prélat 1,

Quant au mariage du roi, que le saint abbé désapprouvait, il ne travailla pas à le faire agréer au Pape. Il parait qu’il était chargé de promettre que Robert se séparerait de Berthe, et de demander seulement qu'on ne se pressât pas d'agir, mais qu'on lui donnât le temps de reconnaître sa faute et de prendre quelques arrangements pour rompre son mariage. Le Pape entra d'abord dans ses vues, et suspendit pour quelque temps les censures de l'Église ; mais il chargea Abbon d’exhorter et de menacer de se. part.

Le saint abbé, à son retour, s’acquitta exactement de sa commission, et il en rendit compte au Pape par une lettre où il Ini dit : J'ai lé le fidèle interprète de vos sentiments, ainsi que vous me l'avez ordonné; et je n'ai pas craint le ressentiment du roi pour acquitter la parole que je vous ai donnée de vive voix. Je n'ai rien ajouté, je n'ai rien affaibli, je n’ai rien changé et je n'ai rien omis. Arnoulfe, qui est à présent hors de prison, et à qui j'ai présenté votre pallium tel que je l'avais reçu de vos saintes mains, en peut rendre témoignage, aussi bien que mon seigneur le roi Robert, votre fils spiriluel, qui a résolu de vous obéir comme à saint Pierre, dont vous tenez la place. Du reste, je prie Votre Majesté d'enseigner à l'archevêque Arnoulfe comment il doit se comporter avec son clergé et avec son peuple ; car ce qu’un profane a dit : quidquid delirant reges, plectuntur Achivi, est arrivé à l’église de Reims. Elle a souffert dans ses biens de tout ce qu'ont fait de mal Arnoulfe et Gerbert; car, ami et alors et maintenant de l’un et de l'autre, quand j'ai découvert en eux quelque chose digne de blâme, je ne me suis pas tu, combien que cela dût leur déplaire. Ce qu'ils ont fait de plus répréhensible, à Mon avis, c'est que la plus. noble des églises gallicanes, ils l’ont rendué indigente, abjecte, vile et désolée par leur différend. Secou-

LVit. S, Abhon, Act. Bened., sect, 6,

344 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXI, — Dept

rez-la par votre irréfragable autorité, et ramenez-la à cet ancien état où la laissa Adalbéron de bienheureuse mémoire {, Il est remar. quable de voir ici le titre de majesté donné au Pape par saint Abbon.

Le Pape, en répondant à cette lettre, prie Abbon de l'instruire touchant la promesse äu roi, c'est-à-dire de lui faire savoir si le prince la mettait à exécution ; ce qui fait juger qu'il s'agissait de la dissolution de son mariage ?, Mais Robert » que sa passion pour Berthe captivait encore, promettait toujours et différait toujours.

Le Pape, voyant que les négociations étaient inutiles, assembla un concile à Rome, dans l’église de Saint-Pierre, la troisième, année d'Othon HE, c’est-à-dire l'an 998. L'empereur, qui était parent du Pape, y assista, ainsi que vingt-sept évêques, dont le premier fut Gerbert, comme archevêque de Ravenne. On y fit huit canons, dont six regardent la France. Ils portent : Le roi Robert quittera Berthe, sa parente, qu'il a épousée contré les lois, et il fera une pénitence de sept ans, selon les degrés fixés par l'Église. S’il refuse de la fire, qu’il soit anathème! Le même ordre s'étend aussi à la susdite Berthe. Nous suspendons de la très-sainte communion, Archambauld, ar. chevêque de Tours, qui a consacré ce mariage, aussi bien que tous les évêques qui ont assisté et consenti à ces noces incestueuses du roi et de Berthe, sa parente, jusqu'à ce qu'ils viennent satisfaire à ce Siége apostolique. Nous ordonnons qu'Étienne, évêque du Velay, c'est-à-dire du Puy, soit déposé par l'autorité apostolique, pour avoir été élu par Vidon, son oncle et son prédécesseur encore vivant, sans le consentement du clergé et du peuple, et pour avoir été ordonné par deux évêques seulement. Nous suspendons de la communion : Dacbert, archevêque de Bourges, et Roclène, évêque de Nevers, jusqu'à ce qu'ils viennent faire satisfaction au Saint-Siége apostolique, pour avoir ordonné, contre les canons, évêque du Puy, Étienne, neveu de Vidon , du vivant de son oncle, évêque de la même vile. On a décerné que le clergé et le peuple de Velay aient la liberté d'élire un autre évêque qui sera sacré par le Pape, et que le roi Robert ne prenne point la défense d’Étienne, ce neveu de Vidon, justement condamné et déposé à.

Les canons de ce concile furent un coup de foudre pour un roi qui avait autant de piété que Robert, et qui aimait aussi tendrement que lui l'épouse dont on voulait l’obliger à se séparer. La religion et la passion se livrèrent les plus rudes combats dans son cœur. La passion l’emporta d'abord ; mais le roi accorda cependant quelque

? D. Bouquet, t, 10, p. 435. — 3 Ibid., p. 431, Epist. 4, —9 Labbe, t. 9, p.172

chose à se soun que l'ot soixante du tem] excomn munica!

sorte qu qu'ils as avait m4 l'épouse qu'il en Damien, une pun alliance Damien, graphe « de saint ni de l'ai ment qui culier, et faute, rer son péch peu de te et de To d'Anjou.

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v.LXII, — Deogpt

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i bien que tous stueuses du roi satisfaire à ce que du Velay, stolique, pour encore vivant, avoir été orde la commuvêque de Neiu Saint-Siégr vêque du Pay, ue de la même aient la liberté et que le roi Jeu de Vidon,

e pour un roi si tendrement La religion et son cœur. La ndant quelque

abbe, t. 9, p.172

à 1024 de l'ère chr.| DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 315

chose à la religion : n'ayant pas la force de rompre son mariage, il se soumit humblement aux censures de l'Église. C’est du moins ce que l'on doit conclure de ce que dit un auteur étranger, qui écrivit soixante ans après, mais qui ne se trouve confirmé par aucun auteur du temps et du pays. Pierre Damien assure en effet que Robert fut excommunié; que les Français eurent tant d'égard à cette excommunication, qu'ils évitaient d'avoir aucun commerce avec le roi, en sorte qu'il ne resta auprès de lui que deux serviteurs : encore dit-il qu'ils avaient soin de faire passer par le feu les vases où ce prince avait mangé et bu, pour les purifier, Ce qui attachait le plus le roi à l'épouse qu'on voulait lui faire quitter, c’est qu'elle était enceinte et qu'il en espérait bientôt un fils. Mais, si nous en croyons aussi Pierre Damien, Berthe accoucha d’un monstre ; ce qui fut regardé comme une punition du ciel, qui manifestait sa colère sur les fruits d'une alliance incestueuse, Ce qui rend fort douteux ce récit de Pierre Damien, c'est qu'aucun auteur contemporain de France, ni le biographe contemporain du roi Robert, ni le biographe contemporain de saint Abbon, ne disent un mot ni de l'excommunication du roi, ni de l'accouchement monstrueux de la reine: Le premier dit seulement que saint Abbon ne cessa de réprimander le roi, et en partieulier, et en public, jusqu’à ce que ce prince débonnaire reconnût sa hute, renvoyât la femme qu'il avaitillégitimement épousée, et expiât son péché par une satisfaction agréable à Dieu 1. Robert épousa, peu de temps après, Constance, fille de Guillaume, comte d'Arles et de Toulouse, et de Blanche, fille de Geofroi Grise-Gonelle, comte d'Anjou.

Cette grande affaire fut terminée avant la fin de l'an 998 ; car Grégoire V, qui mourut au commencement de l'an 999, écrivit une lettre à Constance, que le roi avait déjà épousée. Le Pape, après avoir loué dans cette lettre la piété de la reine, la prie de faire réparer les lorts qui avaient été faits à un évêque nommé Julien, dont il ne Marque pas le siége, mais qui peut être Julien, évêque d'Angers, le manuscrit de cette lettre ayant été trouvé dans cette ville. Cette lettre du pape Grégoire V à la reine Constance est datée du mois de novembre, indiction non pas derxième, mais douzième, qui marque l'an 998, l'indiction commençant au mois de septembre ?, On trouve cependant un diplôme ou deux postérieurs à cette époque, où le roi Robert donne encore à Berthe le nom de reine et d'épouse. Mais supposé que les dates de ces diplômes soient bien sûres, ce qui n’est Pas, Comme Robert avait épousé cette princesse dans la bonne foi,

"D, Bouquet, t. 10, D. 107. —? Labbe, t. 9, p. 756.

316 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LAIL = De 991

de l'avis et avec l'approbation des évêques de France, il est très. possible que, même après leur séparation, il lui ait conservé le titre de reine et même celui d’épouse, du moins dans certains actes de munificence qu'il faisait, à sa sollicitation, en faveur de quelque monastère, comme c’est le cas de ces deux diplômes. La chose ne paraîtra pas du tout incroyable à qui connaît le cœur affectueux ei naïf de ce prince.

Le roi Robert était en effet d’une piété, d'une bonté, d’une charité, mais, surtout d’une simplicité de cœur dont on ne se fait pas d'idée dans notre siècle. Il était très-assidu aux offices de l’église, faisait des prières et des génuflexions sans nombre, lisait tous les jours le psautier, enseignait aux autres les leçons et les hymnes, Il passait sans dormir les nuits entières de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Depuis la Septuagésime ;usqu'à Pâques, il couchait sur la terre et passait le carême en pèlerinages. Les aumônes ordinaires du roi Robert, à Paris, à Senlis, à Orléans, à Dijon, à Melun, à Étampes, à Auxerre, à Avalon, étaient dé nourrir tous les Jours trois cents pauvres et quelquefois jusqu’à mille, leur faisant donner du pain et du vin en abondance. En carème, quelque part qu'il füt, on donnait tous les jours à cent ou deux cents ‘pauvres, du pain, du vin et du poisson. Le jeudi saint il en servait au moins trois cents, le genou en terre, donnant à chacun du pain, des légumes, du poisson et un denier d'argent, et cela à tierce. Il en faisait autant à sexte: puis il servait cent pauvres clercs, donnant à chacun douze deniers d'argent et chantant toujours des psaumes. Enfin, après son repas, revêtu seulement d’un cilice, il lavait les pieds à cent soixante pauvres et plus, les essuyait de ses cheveux et donnait deux sous d'argent à chacun. Pendant ce temps, un diacre et un sous-diacre lisaient l'évangile de saint Jean sur le lavement des pieds, En l'honneur des douze apôtres, il menait partout avec lui douze pauvres, qui marchaient devant, montés sur des ânes et louant Dieu. C'était Ià comme ses gardes, ses courtisans et ses favoris.

Un jour il remarqua que sa femme avait eu soin de fire garnir sa lance d'ornements d'argent. Il: venait dans ce moment d'achever ses prières dans le monastère de la Mère-de-Dieu, qu'il avait rebâti à Poissy-sur-Seine, où il avait un palais. Il chercha des yeux un pauvre à qui il pût donner cet argent, et, l'ayant trouvé, il lui recommanda de lui apporter un outil de fer qui pût servir à arracher des clous ; puis le pauvre et le roi s’enfermèrent ensemble et travaillèrent en commun à arracher tout l'argent dont la reine Constance avait fait orner la lance royale. Robert le mit ensuite lui-même dans la besace du mendiant , lui recommandant te

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à 1024 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 317

s'enfuir bien vite, de peur que la reine ne le vit. En effet, l'opération à peine achevée, la reine arriva : elle fut bien surprise de voir si dégradée cette même lance dont elle comptait faire une si agréable surprise à son époux. Robert lui jure, mais en riant, qu'il ne savait comment cela était arrivé. Et ils eurent ensemble une querelle amicale 1.

Une autre fois, la reine Constance ayant bâti à Étampes un palais avec un oratoire, le roi y vint avec grand plaisir, accompagné des principaux seigneurs. Au milieu du festin, il ordonna qu’on ouvrit les portes du palais, pour que tous les pauvres y pussent entrer. Un d'eux, se glissant sous la table, se mit aux pieds du roi, qui le nourrit de son ac‘iette. Le pauvre, cependant, profita de cette familiarité pour détacher du manteau de Robert, qui le regardait fait, un ornement d'or du poids de six onces. Robeït, ayant faire sortir tous les pauvres et aller bien loin, comme étant pleinement rassasiés, se leva de table. La reine Constance, s'étant aussitôt aperçue du vol, s’écria toute troublée : Eh, cher seigneur, quelennemi de Dieu vous a défiguré en vous dépouillant d’un ornement convenable ? Moi, dit Robert, personne ne m'a défiguré ; mais quelqu'un a pris ce qui lui était plus nécessaire qu’à nous, et ce qui, Dieu aidant, lui profitera. Et il s’en alla dans l’oratoire, bénissant Dieu de ce qu'il avait perdu et de ce que sa femme lui avait dit. Guillaume, abbé de Dijon, et les principaux seigneurs de France étaient présents 2.

Ce même roi priant un jour dans l’église, un filou lui coupa la moitié de la frange de son manteau, et il se mettait en devoir de couper l’autre moîtié, lorsque le prince, s’en étant aperçu, lui dit : Mon ami, contente-toi de ce que tu as pris, lereste sera bon à quelque autre qui en aüra plus besoin. C'est toute la vengeance qu'il en tira. Une autre fois, ayant vu un de ses clercs dérober un des chandeliers de sa chapelle, il n’en dit mot, de peur de le diffamer ; mais voyant que la reine Constance faisait faire des recherches pour découvrir le voleur, il fit venir celui qu'il savait l'être, et lui dit: Mon ami, sauvez- Vous au plus tôt avec ce que vous avez dérobé, de peur que la reine ne vous fasse mourir, et à lui donna encore de quoi faire sa route. Seulement, quelques jours après, quand il crut le voleur en sûreté, ilraconta aux autres cleres ce qu'était devenu leur candélabre ?. Une autre fois enfin, le samedi avant Pâques, comme il se relevait au milieu de la nuit pour assister aux prières de l’église, et qu'il traversait des appartements où personne ne l’attendait, il y trouva

1 Helgaldi Epitome vitæ Rob., p. 103. D. Bouquet, t. 10. — ? Jbid., p. 100.— Ibid, p, 102.

318 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LAIT. — Deyp:

deux personnes qui commettaient ensemble le crime. Touché de compassion, il jeta sur eux sa pelisse, afin que d'autres ne pussent les voir, alla prier pour leur conversion à l'église, y resta assez longtemps pour qu'ils pussent s’en aller, et ensuite commanda à un de ses valets de lui apporter une pelisse semblable, mais en ni défendant expressément de jamais en rien dire ni à la reine ni à personne,

Un jour qu'il était à Compiègne, douze hommes conjurèrent contre son autorité et sa vie. C'était le jeudi saint, Le bon prince les fit arrêter, les interrogea lui-même, les fit garder dans la r."ison de Charles le. Chauve, nourrir splendidement, et, le jour de Pâques, leur fit donner la communion. Le lundi, ils furent jugés et condamnés tout d’une voix ; mais le roi leur fit grâce, en considération de ha nourriture céleste qu’ils avaient reçue, et les renvoya, se contentant de leur défendre de rien faire de semblable. Pour prévenir les faux serments, alors si fréquents, il avait fait faire un reliquaire de cristal, orné d'or, mais sans reliques, sur lequel il faisait jurer les seigneurs, et un autre d'argent, renfermant un œuf de griffon, où il faisait jurer les gens du commun, comme si la sainteté du serment n’eût dépendu que des reliques ?. 11 se trompait sans doute ; mais qui pourrait en vouloir à une simplicité si miséricordieuse !

Avec tout cela, le roi Robert était savant, plus que ne le sont communément les princes. Il était, dit un historien de l'époque, très-pieux, prudent, lettré et suffisamment philosophe, mais surtout excellent musicien. Il composa plusieurs hymnes, proses et antiennes, qui furent chantées dans les églises. Sa femme Constance, le voyant toujours occupé de ces travaux, lui demanda une fois, comme par plaisanterie, de’ faire aussi quelque chose en. mémoire d'elle, Il écrivit alors l'hymne 0 constantia Merlyrum, que la reine, à cause du nom de Constantia, crut avoir été foit pour elle, Ce roi avait souvent coutume de venir à l'église de Saint-Denis, revêtu de ses habits royaux et la couronne en tête; il dirigeait le chœur à matines, à vêpres et à la messe, et il chantait avec les moines. Nous avons vi Charlemagne, en son temps, faire à peu près le même office parmi les clercs de son palais.

Le roi Robert eut toujours une affection particulière pour la ville d'Orléans, parce qu'il y était né, y avait été baptisé et couronné roi. I rendit à l’église cathédrale de Sainte-Croix des terres que l’évêque loulque avait données à Hugués de Beauvais pour en avoir du secours, et donna à la même église des vases sacrés et des ornements

1 Helgaldi Epitome vitæ Rob., p. 107. — ? Ibid.

à 1024 précié les pr paux saint | bâtir :

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Liv. LAIT. — Deyo;

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ère pour la ville et couronné roi.

res que l’évêque en avoir du sedes ornements

à 102 de l'êre chr.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 319

précieux. Il en donna aussi à l’abbaye de Fleury, dont il confirma les priviléges ; car il reghrdait saint Benoît comme un de ses principaux protecteurs, avec la sainte Vierge, saint Martin, saint Aignan, saint Corneille, saint Cyprien , saint Denis et sainte Geneviève. Il fit bâtir à Orléans un nouveau monastère en l'honneur de saint Aignan ; deux églises de Notre-Dame et un monastère de Saint-Vincent: un de Saint-Paul à Chanteuges en Auvergne, de Saint-Médard à Vitry, de Saint-Léger dans la forêt Iveline , de Notre-Dame à Melun , de Saint-Pierre et Saint-Rieul à Senlis. A Étampes, le monastère de Notre-Dame et une autre église dans le palais; à Paris, dans la Cité, Saint-Nicolas, qui était la chapelle du palais, le monastère de Saint- Germain-l'Auxerrois, l'église de Saint-Michel; dans la forêt de Bièvre, qui est celle de Fontainebleau , le monastère de Saint-Germain de Paris, avec l'église de Saint-Vincent, dans la forêt de Laye; à Gometz, une église de Saint-Aignan, une autre église de Saint-Aignan à Fay; le monastère de Notre-Dame à Poissy, celui de Cassien à Autun. Ce sont quatorze monastères et sept autres églises.

Sa dévotion pour le saint sacrement. de l’eucharistie était telle, qu'il lui semblait y voir Dieu dans sa gloire plutôt que sous une forme étrangère, et c'est ce qui le rendait si soigneux de fournir des vases et des ornements pour célébrer dignement le saint sacrifice. Il se plaisait aussi à orner richement les reliques des saints; et on en découvrit un grand nombre sous son règne, qui avaient été longtemps cachées, particulièrement vers l'an 1008, et dans la ville de Sens, et sous l’archevêque Léoteric. Il y eut un grand concours, non-seulement des Gaules, mais d'Italie et d’outre-mer » et plusieurs malades y furent guéris, en sorte que la ville de Sens en fut enrichie. La découverte de reliques la plus célèbre, fut celle des martyrs saint Savinien et saint Potentien, apôtres de Sens. Ils étaient demeurés cachés dans des cavernes, de peur des païens, depuis le temps de l'archevêque Guillaume , qui vivait l’an 940. L’archevêque Léoteric, les ayant trouvés vers l’an 1015, les fit enfermer soigneusement dans des coffres de plomb. Enfin le roi Robert et la reine Consiance firent mettre le corps de saint Savinien dans une châsse d’or et d'argent, ornée de pierreries, et le roi porta lui-même la châsse sur ses épaules avec le prince Robert, son fils. Cette dernière translation se fit le 2ôme d'août, vers l'an 1098 ; et un aveugle nommé Meinard, du village de Fontaine en Gâtinais, y recouvra la vue, qu'il avait perdue depuis trois ans 1.

Le roi Robert avait un zèle particulier pour le bon choix des

!Melgaldi it, Rob, Bouquet, t. 10, Duchesne,

Te

HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIT. — De 99;

évêques. Car, dit Glaber, quand un siége était vacant, il ne songeait qu'à le remplir d’un digne sujet, fût-il de la plus basse naissance, Ce qui lui attira l’indignation et la désobéissance des seigneurs de son royaume, qui ne choisissaient pour ces places que des nobles comme eux ; car la plupart, à l’imitation des rois, se rendaient maîtres des élections. Le roi Robert trouvait donc souvent de la résistance de la part des seigneurs ses vassaux ; mais il était en paix avec les princes souverains, ses voisins, savoir : l’empereur saint Henri; Ethelred, roi d'Angleterre; Rodolphe, roi de Bourgogne; et Sanche, roi de Navarre !.

Le pape Grégoire V, tout jeune qu'il était, ne tint le Saint-Siége que deux ans et neuf mois , et mourut le A8me de février 999. I fut enterré à Saint-Pierre, près saint Grégoire le Grand. L'empereur Othon fit élire Pape à sa place son maître Gerbert, après qu'il eut tenu le siége de Ravenne environ un an. Ce fut le premier Pape français. Il prit le nom de Silvestre IT; et, comme il était fort âgé, il ne garda guère que quatre ans le Siége de Rome. Peu de temps après qu'il y fut placé, l'empereur Othon, à sa prière, donna à l’église de Verceil lu ville même de Verceil, son comté et le comté de Sainte- Agathe, avec toute la puissance publique, défendant à qui que œ soit de troubler l'évêque en cette possession, sous peine de mille livres d’or. La donation est du 7me de mai 999, à Rome, et c’est la première où l’on trouve la puissance publique donnée si expressément à une église particulière 2.

On à quelque lieu de croire qu’Arnoulfe de Reims, qui était alors |

parfaitement réconcilié avec le roi Robert et avec Gerbert, c’est-à- dire avec Silvestre IT, souhaita que ce Pape confirmäât son rétablissement, contre lequel il avait tant réclamé. En effet, nous avons une lettre de Silvestre IT à son cher fils Arnoulfe, archevêque de Reims, pour autoriser ce qui s'était fait en sa faveur. La manière dont œ Pape y parle des droits du Saint-Siége, qu’il avait combattus autrefois, est remarquable. C’est au Saint-Siége apostolique, dit-il, qu'l appartient de rétablir dans leurs dignités ceux qui en ont été privés, afin de conserver par là à saint Pierre la libre puissance de lier, et que la splendeur de ia gloire romaine éclate en tous lieux. C'est pourquoi vous, Arnoulfe, archevèque de Reims, qui, pour quelques “excès, avez été déposé, nous croyons qu'il nous convient d’avoir pitié de vous; et puisque votre déposition a été faite sans le consentement de Rome, il faut montrer que Rome peut réparer ce qui a été fait: car telle est la souveraine autorité donnée à Pierre, qu'aucune grat-

LGlab., 1,5, 2, — ? Baron., an. 999.

deur b qu'il r siége d de Fra lui repi Com mulero lui être qu'elle Arnoull | Ainsi, vestre, tons les leurs as souhaite de son « thentiqu La mé déjà fort plus sen abbesse veu, ava nie. L'au et mère | Après beaucou Grecque celles de tés de ce ter que s mère des teurs de et même reurs, ell La der vers pèler fondé ou | l'âme de | lisfaire sa nastère d’

TLabbe, t.

Av. LXIT. — De 99

nt, il ne songeait sse naissance, Ce seigneurs de son es nobles comme aient maîtres des a résistance de la « avec les princes nri; Ethelred, roi Sanche, roi de

int le Saint-Siége février 999. I fut and. L'empereur t, après qu'il eut le premier Pape l'était fort Agé, il 2u de temps après onna à l’église de comté de Sainteant à qui que cœ 1s peine de mille Rome , et c’est la onnée si expres-

is, qui était alors | Gerbert, c’est-à- At son rétablisse- , Nous avons une vêque de Reims, manière dont ce combattus autrelique, dit-il, qu'il 2n ont été privés, ssance de lier, et tous lieux. C'est ii, pour quuiques vient d’avoir pitié ; le consentement ce qui a été fait:

qu'aucune gran-

à 1024 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 321

deur humaine ne saurait lui être égalée. Silvestre marque ensuite qu'il rétablit Arnoulfe dans tous les droits et prérogatives de!son siége de Reims, au nombre desquels il compte la bénédiction des rois de France, c’est-à-dire leur sacre, et il défend à ‘outes personnes de lui reprocher sa déposition 1. .

Commie Grégoire V avait déjà fait rétablir Arnoulfe, nous ne diss1mulerons pas que d’habiles critiques ont jugé que cette lettre devait lui être attribuée; mais on pourrait prouver, par la même raison, qu'elle est de Jean XV, car ce fut proprement ce Pape qui rétablit Amnoulfe : Grégoire V obtint seulement qu'il fût élargi de prison.

| Ainsi, puisque dans les manuscrits cette lettre purte le nom de Sil-

vestre, NOUS ne Voyons pas, non plus que Longueval, dont nous citons les paroles, de raison suflisante de s'inscrire en faux. Il est d’ailleurs assez vraisemblable qu’Arñoulfe, pour ôter toute difficulté, aura souhaité que Silvestre confirmât son rétablissement ; ét que Silvestre, de son côté, aura saisi avec plaisir cett: occasion pour se dédire authentiquement de ce qu’il avait avancé contre le Saint-Siège id

La même année de la mort du pape Grégoire, l'empereur Othon I, déjà fort affligé de cette perte, en fit encore deux autres qui lui furent plus sensibles. La première fut de sa tante Mathilde, sœur d'Othon IL, abbesse de Quedlinbourg, qui, en l’absence de l'empereur, son neveu, avait eu grande part au gouvernement du royaume de Germaie. L'autre. perte fut de l'impératrice sainte Adélaïde, aïeule de l’un et mère de l’autre. : v

Après la mort de son fils unique l’empereur (thon Il, elle eut beaucoup à souffrir de la part de sa bru, l'impératrice Thévphanie, Grecque et emportée, mais qui mourut avant elle. Ces disgrâces et

L celles de sa jeunesse lui apprirent à faire un bon usage des prospéri-

tés de ce monde, Sa vertu et sa sagesse la firent encore plus respecer que son rang. Son zèle pour le bien public là faisait nommer la mère des royaumes. Ses hiens furent ceux des pauvres et des serviteurs de Dieu. Elle fonda un grand nombre d’églises en Allemagne, et même en France; car, quoique femme, mère et aïeule d'empeteurs, elle n’oublia jamais la France, sa patrie.

La dernière année de sa’ vie, elle vint en Bourgogne, où elle fit di- Vers pêlerinages. Elle y visita le monastère de Payerne, qu'elle avait fondé ou rétabli en l'honneur de la sainte Vierge, pour le repos de

| l'âme de Mathilde, reine de Bourgogne, sa mère. Elle alla ensuite sa-

üsfaire sa dévotion envers saint Maurice et ses Compagnons, au mo-

| ästère d'Agaune, d'où elle se rendit à Genève, pour visiter le tom-

Labbe, t, 9, p.178, — + ist, de l'Église gallic., |, 19. Xut,

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beau de saint Victor. Elle envoya des présents à Saint-Benoît-sur- Le Loire et à Cluny, en considération de saint Mayeul, qu’elle avait ten. M "UP drement aimé pour sa vertu. Adélaïde voulut aussi contribuer äu ré. (ane tablissement du monastère de Saint-Martin de Tours; qui ‘avait ét M ‘UP brûlé. Elle y envoya une somme considérablé d'argent avec une par- lies tie du manteau impérial de son fils Othon IZ, et elle chargea le por- pen teur de dire à saint Martin de sa part : Év éque de Dieu, recevez ces pe petits présents que vous offre Adélaïde, la servante des serviteurs de berts 8 Dieu, pécheresse par sa nature, mais impératrice par la grâce de Coiber Dieu; recevez, dis-je, cet :. ‘du manteau de mon fils Othon. évêque vous qui avez partagé votre au pour revêtir Jésus-Christ dans sus? la personne d’un pauvre. suffrag Saint Odilon, abbé de Cluny, s se rendit auprès de sainte Adélaïde, Qua tandis qu’elle était en Bourgogne; mais, en s’abordant, ils ne purent mort d l’un et l’autre retenir leurs larmes. La pieuse impératrice prit le ba per de l& robe du saint abbé ei la baisa avec respect. Puis, le tirant MR "© reto part, elle lui dit : Souvenez-vous de moi dans vos prières, et sache qu'il n que nous ne nous reverrons plus sur la terré. La prophétie se vérifin place. | bientôt. chapele Le jour de l'anniversaire d'Othon étant arrivé, Adélaïde distribua, M **it PA selon sa coutume, l’aumône à une grande multitude de pauvres, l'arche en se prosternant à leurs pieds, pour adorer Jésus-Christ en leur Prague personne. Comme elle était déjà infirme, elle tomba malade dé cette le reçur fatigue la nuit suivante, et, en peu de jours, elle fut réduite à l’extré- Vitus, mité. Dès que la violence du mal lui donna quelque relâche, elle : Au n demanda avec instance l’extrême-onction et le saint viatique, qu’elle il céléb: reçut avec une tendre dévotion. Après quoi elle se fit chanter ls lendem psaumes pénitentiaux et les litanies des saints, joignant sa von ce qui à mourante à celles de ses chapelains. Elle itroueut ainsi, le 16 de dé- touchar cembre de l'an 999. Saint Odilon en écrivit la vie, pour soulager h bisler. douleur qu'il avait de perdre une si zélée protectrice de son ordre.l MR “boure la composa en deux livres, dont le second contient une relation de Othon | plusieurs miracles opérés au tombeau de la sainte impératrice 1. teams L'empereur Othon III était encore en Italie quand il reçut cett de Mage triste nouvelle. De retour en Allemagne, ayant appris les miracksRR P'ouver qui se faisaient au tombeau de saint Adalbert de Prague, il résolit et du pe d’y aller faire ses prières. Ce saint martyr était enterré à Gnesen. Y être ir alors capitale de la Pologne, dont le duc Boleslas avait racheté se etourn reliques. 11 vint au-devant de l'empereur et le reçut avec tout l'hor M‘! T'ava neur possible. L’empereur, voyant de loin la ville de Gnesen, seni bourg d 1 Chror

1 Vita S, Adel, Canis., Lect. ant.,t. 8, in fine. Leibnitz, Rer. Brunsw., t. 2

0 Cr "5 D; 112.

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 323

nu-pieds pour y arriver, et fut reçu par l’évêque Ungar, qui le mena dans l'église, où il implora l'intercession du saint martyr avec beaucoup de larmes. Pour l'honorer davantage, il érigea à Gnesen, par la permission du Pontife romain, un archevéché, au lieu qu'elle n’était pas même ville épiscopale, mais. du diocèse de Posnanie 1. L'empereur y mit pour premier archevêque Gaudence, frère de saint Adalbert, et lui donna trois suffragants, savoir : les évêques de Sals- Colbert, de Cracovieet de Vratislaw ou Breslau. Mais comme Ungar, évêque de Posnanie, re consentit point à cette érection, il le laissa sous la dépendance de l'archevêque de Magdebourg, dont il était suffragant. :

Quant à l'évêché de Prague, dès l’année 997, incontinent après la mort de saint Adalbert, Boleslas, duc de Bohême, envoya prier l’empereur de donner un évêque à cette église désolée, de peur qu’elle ne retombât dans le paganisme dont elle venait de sortir, déclarant qu'il n'y avait personne, en toute la Bohême, digne de remplir cette place. L'empereur et toute sa cour jetèrent les yeux sur un de ses chapelains nommé Thitdag, qui, bien que Saxon de naissance, savait parfaitement la langue slavonne. L'empereur l’envoya donc à l'archevêque de Mayence, lui ordonnant de le sacrer évêque de Prague, ce qui fut fait le 7me de juillet 998. Son clergé et son peuple lreçutent avec joie, et il fut intronisé au coin de l'autel de Saint- Vitus, patron de la cathédrale 2.

Au retour de Pologne, l’empereur -Othon vint à Magdebourg, où il célébra le dimanche des Rameaux, l’an 1000 de Notre-Seigneur. Le lendemain lundi, il tint un concile avec les évêques, pour exécuter ce qui avait été réglé au concile de Rome, sous Grégoire V, en 998, touchant l'évêché de Mersebourg et son ancien évêque Gisiler ou Gisler. On y avait ordonné le rétablissement de l'évêché de Merschourg, érigé dans un concile par le Pape et par l'empereur Othon Ier, et supprimé sans concile par l’empereur Othon II. Et comme Gisiler avait quitté le siége de Mersebourg pour passer à celui de Magdebourg, qui en était la métropole, il fut dit que s’il pouvait prouver canoniquement qu’il eût été transféré à l'instance du clergé et du peuple, il demeurerait dans la métropole ; s’il l'avait fait sans y être invité par eux, et toutefois sans ambition et sans avarice, il elournerait à Mersebourg ; mais s’il ne peut se justifier d’ambition et d'avarice, il perdra l’un et l’autre siège #, Le concile de Magdebourg devait donc exéenter ce décret. Toutefois Gisiler, employant

! Chron, Hildesh, — 2 Ditmar,1. 4. Act Bened., sect. 5, p. 871 — 3 Labbe, t,

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