‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 47 sur 72 · SET · texte numérisé non relu

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à Po.den, près de Brandebourg, et le jour au 21me de juin : on nomma pour légat Frédéric, prêtre-cardinal de l'Église romaine et depuis archevêque de Ravenne, Saxon de naissance et jeune, mais d’une grande probité 1,

Avant que de partir pour retourner en Saxe, le saint évêque Bernward, avec le Pape, réduisit à l'obéissance de l'empereur la ville de Tibur, qui s'était encore révoltée, Y étant entrés, ils persuadèrent aux habitants de se rendre à discrétion, et à l’empereur de leur pardonner ; mais les Romains, indignés de ce que les Tiburtins avaient fait leur paix, se révoltèrent à. leur tour, poussés par un nommé Grégoire, que l’empereur chérissait et qui voulut le prendre en trahison, On ferma donc les portes de Rome, on ne Jaissait entrer ni sortir personne: et il y eut ‘même quelques-uns des amis de l’empereur de tués. L'évêque saint Bernward fit confesser les gens du palais, et leur donna le viatique à la messe; puis, les ayant exhortés, il marcha à leur tête, portant la sainte lance, que les empereurs d'Allemagne regardaient comme leur sauvegarde; mais les rebelles jetèrent les armes et demandètent la paix : l’empereur leur fit une harangue où il leur reprocha leur ingratitude, et la gé. dition fut apaisée, L'empereur et le Pape ne laissèrent pas de sortir de Rome le dimanche de la Sexagésime, qui, cette année 4004, était le 16me de février, :et campèrent assez proche. Le saint évêque Bernward prit congé de l'empereur avec beaucoup de larmes de part et d'autre, et il s’en retourna chez lui chargé de présents et de reliques 2. +:

Le cardinal Frédéric arriva aussi en Allemagne, revêtu des ornements du Pape, avec les chevaux enharnachés d'écarlate, pour montrer qu’il le représentait. On tint le concile à Polden, le 29ne de juillet; mais l'archevêque de Mayence et ceux de son parti qui n'y étaient qu’à regret y firent beaucoup de bruit. Le légat, assis entre saint Livezon ou Libentius, archevêque de Hambourg, et le saint évêque Bernward, exhorta d’abord doucement les évêques à la paix; et, ayant enfin obtenu du silence, il fit lire la lettre du Pape à l’archevêque de Mayence, qui demanda conseil aux évêques ses confrères, et principalement à l'archevêque de Hambourg. Celui-ci lui conseilla de satisfaire l’évêque d'Hildesheim, au jugement du concile. Là-dessus, on ouvrit les portes de l’église, plusieurs laïques entrèrent, faisant grand bruit, criant aux armes et menaçant terriblement le légat et le saint évêque Bernward. Ils ne s'émurent ni l'un ni l'autre; et, quoiqu'ils eussent des troupes plus nombreuses s'ils

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eussent voulu en venir aux armés, ils se contentèrent d'apaiser doucement ie tumuite, et: les autres évêqués furent d'avis de remettre l'affaire au lendemain, se rendant caution pour l'archevêque de Mayence, qu’il y viendrait et exécuterait ce qui serait juste, Mais il se retira secrètement dès le grand matin ; et le légat, l'ayant demandé en plein concile, le suspendit de toute fonction épiscopale, jusqu'à ce qu'il se représentât devant le Pape, au concile qui devait se tenir à Rome, à Noël, et qu'il dénonça à tous les évêques.

Le cardinal, étant retourné en Italie, rendit compte de sa légation au Pape et à l’empereur, lesquels, fort indignés de ce qui s'était passé, ordonnèrent à tous les évêques d'Allemagne de se rendre auprès d'eux vers Noël, non-seulement pour lé concile, mais pour servir l'empereur à la guerre avec tous leurs vassaux, Peu de temps après, le cardinal Frédéric obtint l'archevéché de Ravenne, vacant par la démission de Léon, qui avait. succédé à Gerbert et qui, peu après, était tombé .en paralysie. Frédéric lui assigna de grandes terres pour sa subsistance.

En Allemagne, l'archevêque de Mayence ayant de nouveau insulté l'évêque d'Hildesheim, on tint un concile à Francfort, après l’Assomption de la sainte Vierge, où.se trouvèrent les archevêques de Mayence, de Cologne èt de Trèves, avec quatre évêques. Mais, dans c concile, on ne jugea rien définitivement, à cause de l’absence de Bernward, qu’une indisposition avait empêché de s'y trouver, On convint seulement que ni lui ni Villegise n'exercerzient aucun droit sur l’abbaye de Gandersheim, jusqu'à l’octave de la Pentecôte, où les évêques s'assembleraient à Fritzlar.

Cependant le saint évêque Bernward désirait ardemment de retourner en Italie, tant pour satisfaire à l'ordre du Pape que pour voir l'empereur, qu’il aimait tendrement. Ne pouvant y aller, il envoya le prêtre Tangmar, doyen de son monastère, qui l’y avait accompagné l’année précédente, et qui, depuis sa jeunesse, avait été occnpé à instruire les enfants et avait été maitre de l'évêque même. [Ltrouva l’empereur vers Spolète, et eut ordre d’attendre le concile, qui se tint dans la ville de Todi, le jour de Saint-Jean l'Évangéliste, cette même année 1001, et fut composé d'environ trente évêques, ayant à leur tête le Pape.et l’empereur.

Le prêtre Tangmar y fut introduit par un sous-diacre ; ct ie Pape lui ayant demandé ce qu'il désirait, il se prosterna aux pieds du Pape et de l'empereur, et, s'étant relevé, raconta ce qui s'était. passé au concile de Francfort, se rapportant du surplus à l'archevêque de Ravenne, qui était présent, L'archevêque fit le récit de sa légation, et le procédé de l'archevêque de Mayence fut désapprouvé par tous

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les évêques romains. Toutefois on résolut d’attendre l'archevêque de Cologne et les autres évêques, qui devaient arriver incessamment : mais comme ils tardaient, le. prêtre Tangmar demanda son congé et partit le 41me de janvier 1009, chargé des présents de l'empereur pour son maître, entre autres de médicaments et d'épiceries 4, Saint Héribert, archevêque de Cologne, arriva enfin et fut reçu avec grande. joie par l’empereur, dont il était un des milite confidents. IL était né à Worms, de parents nobles, et avait été élevé dans l’abbaye de Gorze; le roi. Othon III le prit suprès de lui Pour être son chancelier. L'évêché de Wurtzbourg étant venu à vaquer en 995, ce prince voulut obliger Héribert à le prendre; mais il le fit donner à Henri, son frère cadet, et demeura attaché à l’empereur, qu'il accompagnait.en ses voyages. L'archevêque de Cologne

étant mort le 14 juillet 998, le clergé et le peuple deméurèrent assez

longtemps divisés au sujet de l'élection ; enfin l’un des élus renonça à son: droit et proposa d'élire le chancelier Héribert. Tous en convinrent ; on envoya une députation en Italie pour le démander à l'empereur, qui l’accorda avec joie et lui en écrivit de sa main; car il l'avait laissé à Ravenne pour .apaiser une sédition. IL obéit avec peine; et, ayant reçu du Pape le pallium, il se rendit à. Cologne, où il fut sacré la veille. de Noël l'an 999. Tel était done saint Héribert, archevêque de Cologne. HT eut

L'empereur, consolé de son arrivée et de celle de ses autres ser. viteurs qui lui amenaient du secours, témoignait sa joie à l'extérieur; Mais il gémissait en secret, pensant à ses péchés, et dans le silence de la nuit il veillait en prières et répandait beaucoup de larmes; souvent il jeûnait toute la semaine, excepté le jeudi, et il faisait de grandes aumônes. En marchant avec le saint archevêque, ils s’entretenaient de ce qu’ils pourraient faire pour le salut de leur âme; ils convinrent que celui des deux qui retournerait sain et sauf en Alle- Magne fonderait un monastère en l'honneur de la sainte Vierge, e l'empereur donna pour cet effet plusieurs terres à l’archevêque, qui, depuis, exécuta ce dessein, par la fondation de la célèbre abbaye de Duit, près de Cologne 2,

Othon était jeune encore. Il venait d'envoyer à Constantinople une ambassade solennelle, ayant à sa tête Arnoulfe II, archevêque de Milan, pour demander la main d’une princesse grecque. L'ambassade fut reçue avec de grands honneurs par les empereurs Basile et Constantin, et obtint ce qu’elle demandait. Mais ce fut un succès inutile. L'empereur Othon mourut le 98 janvier 1002, âgé d'environ vingt-trois ans,

1 Vit. S, Bern., n. 30. — 2 Vita S. Herib, Acta S$., ;6 mart.

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dont il avait régné dix-neuf ans comme roi et cinq comme empereur. Il mourut à Paterno, petite ville d'Italie dans là Campagne de Rome. Il mourut, comme l’on croit, d’un poison que lui avait fait donner la veuve de Crescentius, auquel il avait fait couper la tête. Qu'il ait pris cette veuve pour concubine, est un bruit populaire qui n’a aucune vraisemblance. Le saint archévêque de Cologne prit soin de transporter son corps à Aix-la-Chapelle. On laissa ses entrailles à Augsbourg, où elles furent inhumées dans l’oratoire de Saint-Udalric, et le corps arriva à Cologne la semaine sainte. On le porta, les trois premiers jours, à différentes églises, et le jeudi saint à Saint-Pierre, qui est la cathédrale, où, après que les pénitents eurent été introduits selon l& coutume et eurent reçu l’absolution, l’archevêque la donna aussi à l'âme du défunt empereur, en présence de son corps, etrecommanda aux prêtres d’en faire mémoire; Le vendredi matin, on partit pour porter le corps à Aix-la-Chapelle, où, le jour de Pâques, 5me d'avril, il fut enterré dans l’église de Notre-Dame, au milieu du chœur 1,

Saint Henri, duc de Bavière, fut élu roi de Germanie, le 6me de juin suivant. Il était petit-fils de Henri, frère d’Othon Ier, et par là, comme nous l'avons remarqué, descendait tout ensemble et de Charlemagne et du fameux Saxon Witikind. H était le plus proche parent d'Othon III, qui était mort sans enfants. On le nomma Henri IE, par rapport à Henri l’Oiseleur ; on le nomma aussi le Boiteux, mais il est plus connu par le titre de saint, qu'il reçut après sa mort.

La dignité royale lui avait été predite par saint Wolfgang, évêque de Ratisbonne. Car le duc Henri, père de celui-ci, lui ayant amené ses enfants pour recevoir sa bénédiction , le saint évêque nomma Henri roi ; Brunon, son frère, évêque ; Gisèle, sa sœur aînée, reine, etil nomma abbesse la cadette,'qu'il avait baptisée. La prédiction fut accomplie de point en point. Brunon fut évêque d’Augsbourg, et Gisèle reine de Hongrie. Après la mort de saint Wolfgang, qui fut son maître , le jeune duc Henri étant venu prier à son tombeau, le saint lui apparut en songe et lui dit : Regardez attentivement ce qui est écrit sur la muraille, Henri n'y put lire que ces deux mots : Après sig, Étant éveillé, il crut que c'était à dire qu'il mourrait six jours après et donna beaucoup aux pauvres. Au bout de six Jours, voyant qu'il se portait bien, il crut que c'était six mois ; et, au bout de six mois, il crut devoir mourir après six ans ; mais, la septième année, il fut élu roi et connut le sens de la prédiction.

Il fut couronné à Mayence, par l'archevêque Villegise, le 7me de

1 Ditm., 1, 4,

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