‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 48 sur 72 · HISTOIRE UNIVERSELLE Liv. LXIT. — De9p · texte numérisé non relu

HISTOIRE UNIVERSELLE Liv. LXIT. — De9p

juin 4002, et on lui donna la sainte lance, comme la marque de son

pouvoir. Le 10me d'août, jour de Saint-Laurent, Cunégonde, épouse du roi Henri, fut couronnée reine, à Paderborn , par le même archevêque de Mayence ;.elle a été mise aussi au nombre des saintes. Le roi Henri vécut avec elle en continence parfaite, comme si elle eût été sa sœur ; et Dieu permit que, pour rendre public cet exemple sirare de vertu, Cunégonde fût exposée à une rude épreuve. Sa ré putation fut attaquée, et Henri lui-même entra en soupçon de sa fidélité. Elle offrit de se justifier par le fer chaud, suivant les lois du Pays, et marcha sur des socs de charrue rougis au feu, sans en sentir aucun mal 1,

Gisèle, sœur du roi Henri, fut aussi épouse d’un saint, savoir, d'Étienne, roi de Hongrie. Il était fils de Geisa, quatrième duc des Hongrois depuis leur entrée en Pannonie : prince sévère. envers les siens jusqu’à la cruauté, mais humain et libéral à l'égard des autres, particulièrement des Chrétiens. Il leur permit même, par un édit public, d'entrer dans ses États, ordonnant d'exercer envers eux l'hospitalité ; il trouvait bon que les clercs et les moines vinssent devant lui et les écoutait volontiers. Enfin, il se convertit lui-même avec'sa famille : il reçut le baptême et promit de faire embrasser le christianisme à tous ses sujets. C'étaient êes terribles Huns ou Hongrois qui, pendant tout un siècle, avaient mis l’Europe à feu et à sang.

Comme leur duc était en peine de ce qu’il devait faire pour abolir le paganisme et affermir la vraie religion par de nouveaux évêchés, il vit la nuit, en songe, un homme d’une beauté merveilleuse qui lui dit : Ce que tu penses ne s'exécutera point par toi : tes mains sont souillées de sang humain ; mais.tu auras un fils qui accomplira ton desse’" ; il sera au nombre des élus de Dieu, et, après avoir régné sur la terre, il régnera éternellement. Cependant, reçois avec honneur un homme qui viendra exercer près de tui une ambassade spirituelle, et profite de ses instructions. Cet ambassadeur céleste fut saint Adalbert de Prague, qui vint en Hongrie peu de temps après, et, par son conseil, le duc Geisa assembla partout ses sujets : le saint évêque les prêcha, un grand nombre furent baptisés, on bâtit des églises en plusieurs lieux.

La duchesse eut aussi une vision ; car étant devenue enceinte et près d'accoucher, elle ‘vit saint Étienne, le premier martyr, qui lui dit qu’elle aurait un ñls qui serait le premier roi de sa nation, et lui ordonna de le nommer comme lui. L'enfant étant né, saint Adal-

1 Pit, S. Heur,, 15 julii; S, Cuncg., 3 mart. Acta SS.

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 333

bert le baptisa et le nomma Étienne. Il naquit à Strigonie, y apprit la grammaire et fut élevé avec soin. Quand il fut hors de l'enfance, le duc son père assembla les grands et les autres ordres de son royaume, et, de leur consentement, le déclara son successeur et lui fit prêter serment, Geisa, déjà avancé en âge, mourut ensuite, l'an 997. : |

Le jeune duc Étienne, Songeant aux moyens d’ächever la conversion de son peuple, commença par établir la paix avec tous ses voisins; mais ses sujets païens, avec les seigneurs à leur tête, se révoltrent, pillaient ses villes et ses terres, tuaient ses officiers et lui insultaient à lui-même. Le duc. assembla ses troupes, et, portant à ses enseignes saint Maïtin et saint Georges, il marcha contre les rebelles qui assiégeaient Wesprim. Les ayant vaincus, il consacra à Dieu leurs terres, et en fonda un monastère en l'honneur de saint Martin de Tours, que la Pannonie, où il naquit, a toujours honoré. Le duc fonda ce monastère en un lieu nommé le Mont-Sacré, où lon tenait que saint Martin, étant dans le Pays, allait faire ses prières 1,

Après cette victoire, le duc Étienne ne songeait. qu’à la propagation de l'Évangile ; et, pour attirer le secours de Dien, il faisait de grandes aumônes et priait souvent avec larmes, prosterné sur le pavé de l'église. I envoyait de tous côtés pour appeler des ouvriers évangéliques ; ce qui attira des prêtres et des clercs zélés, des abbés et des moines, qui renoncèrent volôntiers à leur Pays pour une si bonne œuvre. Le: plus célèbre fut Astric, autrement nommé Anastase, C'était un des six moines que saint Adalbert de Prague amena du monastère de Saint-Boniface de Rome, quand il revint la dernière fois en Bohême, et il le fit abbé du monastère de Breunove, que fonda le duc Boleslas le Pieux. Mais la révolte des Bohèmes ayant obligé saint Adalbert à quitter le pays, Astric passa en Hongrie avec ses moines ; et le duc Étienne, les ayant très-bien reçus, leur bâtit un monastère en l'honneur de saint Benoît, et prenait plaisir à s'entretenir souvent avec eux. [ls lui furent d’un grand secours pour là conversion de ses sujets; et il fit si hien, tant par persuasion que par crainte, qu’il bannit entièrement l’idolâtrie de ses États. Il vint aussi de Pologne deux saints personnages, l’un nommé Suiard et surnommé André, l’autre nommé Benoît, qui embrassèrent la vie érémitique. Benoît, ayant été tué par des voleurs, fut tenu pour Marlyr; André fit plusieurs miracles.

Cependant le duc Étienne, voyant bien que cette église naissante

1pits, Strp., ? sept, Act, Ss.

331 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXI, — De

ne pouvait subsister sans pasteur, divisa tont le pays en dix évéchés, dont il voulut que Stiigonie fût la métropole, et il y mit pour arche. vêque Sébastien, moine de grande vertu du monastère de Saint- Martin. Quant à l'abbé Astric, il le fit élire évêque de Colocza, et lui donna le nom d’Anastase. Puis la quatrième année après la mort de son père, c’est-à-dire l'an 1000, il le renvoya à Rome, pour demander au Pape la confirmation de ces évêchés et la couronne royale pour le duc, afin que cettedignité lui donnât une autorité plus grande pour l'exécution de ses bons desseins. À nastase, étant arrivé à Rome, raconta au Pape tout ce que le duc Étienne avait fait dans ses États pour la religion, et le Pape lui accorda très-volontiers la couronne, y ajoutant une croix pour porter devant le nouveau roi, COMme un signe de son apostolat. Car, dit-il, je suis l’apostolique, mais lui mérite le nom d’apôtre, puisqu'il a acquis un si grand peuple à Jésus-Christ. Depuis plusieurs siècles lon donnait au Pape le titre d’apostolique 1.

Le Pape disait dans sa lettre au saint roi : Les envoyés dé votre noblesse, principalement notre bien-aimé frère Astric, évêque de Guiocza, ont d'autant plus réjoui notre cœur, ils ont d'autant plus facilement rempli leur commission, que noas-même, averti de Dieu, nous attendions ardemment leur arrivée d’auprès d’une nation

qui nous était inconnue. Heureuse ambassade, qui, prévenue par tn | message céleste et négociée par le ministère des anges, à été conclue À

de Dieu, avant qu’elle eût été entendue de nous. Vraiment, ceci n’est

ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait À

miséricorde, et qui, comme le- dit Daniel, change les temps et les âges, transfère les royaumes et les établit, révèle les choses profondes et cachées dans les ténèbres, parce qu'avec lui est la lumière. cette lumière qui éclaire touthomme venant en ce monde. Now rendons avant tout grâces à Dieu le Père et à Notre-Seigneur Jésus- Christ, qui en nos jours a trouvé un David, le fils de Geisa, un homme selon son cœur, et, l'ayant éclairé de Ja lumière céleste, la suscité por paître son peuple d'Israël, la nation choisie des Hongrois. Ensuite nous louons votre piété envers Dieu et votre respect envers la Chaire apostolique, à laquelle, par la miséricorde divine, nous

présidons sans aucun mérite de notre part. Enfin, nous donnons les |

éloges qu’elle mérite, à la grande libéralité avec laquelle, par les mêmes ambassadeurs et : tres, vous avez offert au bienheureux Pierre, prince des apôtres, le royaume et la nation dont vous êtes le chef, ainsi que tout ce qui est à vous et votre personne même.

UVit.S, Steph., 2 sept, Acta SS,

Actio quer ne ne Dieu C'e à nou pole c puisse nous de gr royau sonne en la } à gou seurs.

seront per eu qui so regard enfants religior ajoute vénéra élus et la cour devant comme adressé L'évé avec Ja peuple Couronr sert enc nouveal sions, @ Il fit au saint He biens prim, qi vases sac

1 Acta

Liv, LXIT. — De go sen dix évêchés, y mit pour arche.

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laquelle, par les au bienheureu à dont vous êtes Jersonne même.

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

Action merveilleuse qui vous montre déj que nous vous déclarions. Nous n’en dis

ne nous est pas nécessaire d Dieu même.

C’est pourquoi, glorieux fils, tout ce que vous nous avez demandé à nous et au Siége apostolique, le diadème, le nom de roi, la métropole de Strigonie et les autres évêchés, de l'autorité de Dieu toutpuissant, ainsi que des bienheureux apôtres Pierre.et Paul, Dieu 1ous en ayant averti et nous l'ayant ordonné, nous vous l’accordons de grand cœur avec la bénédiction des apôtres. et la nôtre. Le royaume que votre munificence a offert à saint Pierre, votre personne, la nation des Hongrois, présente et à venir, nous le recevons en la protection de la‘sainte Église romaine, et -le donnons à tenir, à gouverner et à posséder à votre prudence et à vos légitimes successeurs. Ceux-ci, quand ils auront été légitimement élus parles magnats, seront tenus de même de nous rendre, à nous et à nos successeurs, par eux-mêmes ou par leurs ambassadeurs, l’obéissance et le respect qui sont dus; de se montrer soumis à la saïate Église romaine, qui regarde ses sujets, non comme des serviteurs, mais comme ses enfants ; de persévérer fermement dans la foi catholique et dans la religion chrétienne, et de travailler à la promouvoir. Silvestre II ajoute que, pour récompenser le zèle apostolique du prince et sa vénération, il lui accordait, à lui et à ses successeurs légitimement élus et approuvés par le Saint-Siége, quand ils auront été ceints de la couronne qu'il leur envoyait, le privilége de faire porter Ja croix devant eux et de régler les affaires ecclésiastiques du royaume comme vicaires du Pape. Cette lettre était accompagnée d’autres, adressées aux grands et à tout le peuple 1.

L'évêque Anastase ayant apporté en Hongrie les lettres d avec la couronne et la Croix, les prélats, peuple s'assemblèrent, et le duc Étienn

touronné solennellement. La couronne envoyée par le pape Silvestre sert encore aujourd’hui à couronner les rois de Hongrie. Ensuite le nouveau roi fit un édit, pour empêcher les violences et les oppressions, et pour établir la paix et les bonnes mœurs dans son royaume, Il fit aussi couronner reine Gisèle, son épouse, sœur de l'empereur saint Henri, princesse très-pieuse, qui, de son côté, fit de grands biens aux églises et aux monastères, entre autres à l’église de Wesprim, qu’elle bâtit de fond en comble et enrichit d'ornements et. de vases sacrés. Le roi donna de grands revenus à la métropole et aux

à ce que vous demandez ons pas davantage ;! car il e louer celui que louent les faits et

u Pape, les seigneurs, le clergé et le e fut reconnu roi, Sacré et

1 Acta SS., ? sept, Vit. S, Steph. Dissert, Prev, n. 185, 186, 187.

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cathédrales qu'il avait établies, leur assignant de grands diocèses et leur donnant de dignes prélats. Il donna aussi aux abbayes des terres et des families de serfs, avec une magnificence royale, augmentant ses libéralités pendant toute sa vie; afin qu’aucun besoin temporel ne détournât les moines du service de Dieu. Cependant il s’informait avec soin, tantôt par lui-même, tantôt par d’autres, de leur vie et de leur conduite, reprenant les négligents et donnant aux plus fervents des marques d'amitié. Quant aux chanoïines4 il les recommandait à la conduite des évêques. C'est sans doute une choge merveilleuse de voir un successeur, peut-être un descendant du terrible Attila, demander la couronne et la dignité royale au successeur de saint Pierre, eten recevoir de plus le nom si glorieux et si dignement mérité d'apôtre. |

Sébastien, archevêque de Strigonie, étant devenu aveugle, le roi, du consentement du Pape, lui donna pour successeur Anastase de Colocza; mais, au bout de trois ans, Sébastien recouvra la vue, et Anastase, lui cédant la place, retourna à son église, gardant toutefois le pallium, avec l'approbation du Pape. Le roi Étienne, par un vœu particulier, mit sa personne et son royaume sous la protertion spéciale de la sainte Vierge. Il appela la Pannonie, la famille de sainte Marie. Les Hongrois, en parlant de la Mère de Dieu, ne lui donnaient point le nom de Marie ni aucun autre ; ils disaient seulement : La Dame ou notre Dame. A ce nom seul, ils inclinaient la tête et fléchissaient. le genou. Le saint roi fit bâtir, en l'honneur de sa glorieuse patronne , une église magnifique à Albe royale. Les murailles du chœur étaient ornées de sculptures, le pavé était de marbre; il y avait plusieurs tables d’autel d’or pur, enrichies de pierreries, et sur l'autel un tabernacle pour l’eucharistie, d’un ouvrage merveilleux. Le trésor était plein de vases d’or ét d’argent, de cristal et d'onyx, et de riches parements. Le roi vouiut que cette église ne dépendit que de lui seul, sans être soumise à aucun évêque. Aux jours auxquels il faudrait ÿ donner l’absolution aux pénitents ou y

faire le saint chrême, le roi devait choisir un évêque pour y faire ces

fonctions, aussi bien que pour y célébrer la messe en sa présence. En l’absence du roi, aucun évêque ne pouvait y exercer aucune fonction sans la permission du prévôt et des moines, qui prenaient aussi les dîmes sur le peuple dépendant de cette église, sans qu'aucun évêque pût y prétendre.

Le zèle du saint roi ne se renfermait pas dans son royaume. A Jérusalem il fonda un monastère, et lui donna des revenus suffisants en terres eten vignes; à Rome, il fonda une collégiale de dou chanoines, et des maisons d’hospitalité pour les Hongrois qui al-

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Av. LXI, — De 991

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à 1024 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 337

laient en pèlerinage à Saint-Pierre ; enfin il bâtit une très-belle église à Constantinople. La réputation de sa piété fit que la plupart des pèlerins d'Italie et de Gaule, qui allaient à Jérusalem, quittèrent le chemin ordinaire, qui était par mer, et passèrent par la Hongrie. Le oi Étienne les recevait comme ses frères, et leur faisait de grands présents, ce qui attira une grande multitude, tant de nobles que de peuple, à faire ce pèlerinage. “r

A la piété et au zèle d’un apôtre, saint Étienne. de Hongrie joignait la valeur d’un guerrier et d’un héros. Lui-même, dans les instructions à son fils saint Éméric, lui rappelle qu'il passa presque toute sa vie dans les guerres, à repousser les incursions des nations étrangères. En 1002, son oncle Giula, duc de Transylvanie, ayant attaqué la Hongrie plusieurs fois, Étienne marcha contre lui, le fit prisonnier avec sa famille, et joignit ses États à la monarchie hongroise. Il vainquit de même et tua de sa main Kean, duc des Bulgares. Il repoussa avec le même succès les Besses, peuple voisin de k Bulgarie. Mais sa justice égalait sa valeur. Attirés par sa renommée, soixante Besses d’entre les nobles quittèrent leur pays, emmenant avec eux toute leur famille et toutes leurs richesses, pour venir demander au saint roi de s’établir dans son royaume. Mais les domestiques d’un commandant de la frontière, poussés par l'appât du butin, les attaquèrent à l'improviste, en tuèrent quelques-uns, en blessèrent un plus grand nombre et leur enlevèrent tous leurs trésors. Instruit par les victimes de cette violence, le saint roi ne fit semblant de rien ; mais il manda secrètement à la cour le comman-

{ dant et sa troupe. Les ayant convaincus, illeur reprocha leur inhu-

manité, et leur annonça que, comme ils avaient fait aux autres, ainsi il leur serait fait. Et sur-le-champ il les fit pendre deux à deux sur toutes les avenues du royaume, pour apprendre à tout le monde que la Pannonie était ouverte aux étrangers, et qu’ils y trouveraient hospitalité et protection 1, ;

Apôtre de sa nation, saint Étienne én fut encore législateur. La législation principale, c’est la religion même. Il y ajouta un code de lois civiles et pénales, en cinquante-cinq articles. Les principales dispositions de ce code ont pour but de maintenir le respect des ‘glises et des choses sacrées, de soutenir l'autorité des évêques dans le gouvernement ecclésiastique , particulièrement dans la défense des veuves ct des orphelins. Si un prêtre, un comte, ou une autre personne fidèle trouve quelqu'un à travailler les dimanches, il l'en empêchera ; s’il travaille avec des bœufs, on lui en prendra un, que

Vi, S, Steph. Acta SS,, ? sept.

«ut,

398 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIL. — Degp

l'on donnera à manger aux habitants; si c'est avec des chevaux, il en rachètera un par un bœuf, qui sera donné à manger, comme a été dit. Les prêtreset les comtes recommanderont à tous les paysans de venir à l'église le dimanche, jeunes et vieux, hommes et femmes, excepté ceux qui gardent les feux. Si quelqu'un reste obstinément chez soi, il sera battu et tondu. Ceux qui causent dans l'église de manière à troubler les autres, si ce sont des personnes considérables, on les réprimandera et on les chassera honteusement ; si ce sont des jeunes gens ou des gens du peuple, on les fustigera devant toutle monde. Si quelqu'un mange de la chair le vendredi ou les Quatre. Temps, il sera enfermé et jeñnera une semaine. Si quelqu'un refuse obstinément de confesser ses péchés au prêtre, on ne fera pour lui ni prières ni aumônes à sa mort, non plus que pour un infidèle, $ quelqu'un meurt sans confession, parce que ses parents ou ses voi. sins ont négligé d'appeler un prêtre, on fera pour lui des prières et des aumônes ; mais les parents expieront cette négligence par des jeûnes, au jugement des prêtres. Ceux qui rueurent subitement se. ront enterrés avec tous les honneurs de l’Église ; car les secrets jugements de Dieu nous sont inconnus.

Chacun aura la faculté de disposer de ses biens, de donner à & femme, à ses fils, à ses filles, à ses parents ou à l'Église; et, après sa mort, personne ne pourra détruire ses dispositions, Si quelqu'un, touché de compassion, donne la liberté à ses esclaves avec un témoi-

gnage, nul n'entreprendra, après sa mort, de les réduire en servitude, À

S'il leur a promis la liberté, et que la mort l'ait empêché de leur en donner un témoignage, il sera au pouvoir de sa veuve et de ses fils de leur en donner un pour la rédemption de son âme. Les esclaves ne seront pas reçus à témoin contre leurs maîtres. Quant à la punition du vol, l'esclave qui vole pour la première fois rendra la chow volée et rachètera son nez par cinq bouvillons ; s’il ne le peut, ok lui coupera. S'il vole une seconde fois, il rachètera de même ls oreilles, ou bien on les lui coupera. S'il vole encore après cela, il ser puni de mort. Un homme libre, qui commet un vol, ou il se r'achètera, ou il sera vendu ; s’il retombe après avoir été vendu, il suivra la loi des esclaves. Quiconque tue un homme avec un glaive, sen tué avec ce même glaive. Si quelqu'un, tirant l'épée, mutile un autre, on lui fera souffrir la peine du talion. Si le blessé guérit sans qu'il lui reste d'infirmité, celui qui l'a blessé payera la composition ou l'a mende de l’homicide. Celui qui n’a fait que tirer l'épée dans la colère, mais sans blesser personne, en payera pour cela seul la moitiét,

tait, S. Steph. dite SS., 7 sept, Dissert., & 34,

41024 de

On voit cette nat nage; M doute la Outre instructi à son fils licles sor ornér la apirer première mande d 'onne ro de modè l'Église v une fauss leurs œu:

peront at loi, vous combattr.

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41024 de l'ère chr.] : DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 359

On voit par ces extraits combien cette législation tendait à civilisor tte nation farouche, habituée depuis des siècles au sang et au carnage; mais la législation. la plus efficace sur ces peuples était sans doute la vie du saint roi. é

Outre ce code pour son peuple, nous avons de saint Étienne une instruction en dix articles sur la manière de bien gouverner, adressée kon fls saint Éméric, mais qui mourut avant son père. Ces dix arlies sont, dans l’esprit du saint roi, comme dix fleurons qui doivent amer la Couronne royale, Voici comime il s'éxprime : Nul ne devant apirer à lü royauté, s’il n’est fidèle catholique, nous donnons la première place dans nos instructions à la sainte foi. Je vous recommande donc avant tout, très-cher fils, si vous voulez illustrer la cournne royale, de conserver si bien la foi catholique, que vous serviez de modèle à {ous vos sujets ét que tous les enfants et ministres de l'Église vous reconriaissent pour un vrai Chrétien ; car ceux qui ont une fausse croyance, où qui, ayant la vraie, ne la suivent pas dans buts œuvres, ceux-là ni ne régneront ici avec gloire, ni ne participetont au royaume éternel ; mais si vous retenez le bouclier de la hi, vous aurez aussi le casque du salut. Avec ces armes vous pourrez combattre légitimement contre les ennemis visibles et invisibles , car l'Apôtre dit : Il n'y aura de couronné que celui qui aura légitimement combattu, Or, la foi dont je parle est celle-ci. Sur quoi il rappelle le symbole de saint Athanase, touchant la sainte Trinité. Si donc, conclut-il, quelqu'un se rencontte sons votre domination, qui cherche à diviser, à diminuer ou à augmenter cette Trinité sainte, sachez que c’est un suppôt de l'hérésie, et non un enfant de la sainte Église, Gardez-vous, soit de le nourrir, soit de le défendre, de peur que vous n'en paraissiez l'ami et le fauteur ; car les gens de cette espèce infectent les enfants de la' sainte foi; mais surtout ils perdraient et dissiperaient misérablement ce nouveau peuple de Ia sainte Église. Veillez donc principalement pour que cela n'arrive point.

Après la foi, ce qui tient la seconde place, c'est l'Église, commencée par Jésus-Christ, propagée par les apôtres et ré; andue par tout l’univérs. Quoiqu'elle enfante sans cesse de ‘nouveaux enfants, il y à cependant des lieux où elle passe pour ancienne. Mais, trèscher fils, notre monarchie y est encore jeune et nouvelle : c’est pourquoi elle à besoin de gardiens plus attentifs, de peur que le bien que

, à divine miséricorde nous a fait, sans que nous l’ayons mérité, ne

‘ dissipe et ne s'anéantisse par votre négligence ; car celui qui diminue 6u défigure la dignité de la sainte Église, cherche à mutiler

DEL Corps du Christ.

Ge qui fait l’ornement du trône, c’est l'ordre des Pontifes : aussi,

319 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXI, — Deyy

dans ce qui rehausse la dignité royale, les Pontifes tiennent la troi. rl sième place. Très-cher fils, ménagez les seigneurs de cet ordre M s'2 la

comme la prunelle de vos yeux. Si vous avez leur bienveillance, vous BR ttrange ne craindrez aucun adversaire, S'ils vous gardent, vous serez assuré MR des vert en toutes choses, et ils vous recommanderont au Dieu tout-puissant; D demeur car Dieu les a établis les gardiens du genre humain, les sentinelles M paisible des âmes, les dispensateurs de toute la dignité ecclésiastique et des Un ci divins mystères. Sans eux, on ne constitue ni rois ni princes. C'est MA et la jus par leur intervention que sont remis les péchés des hommes. Si LR encore : vous les aimez parfaitement, vous vous guérirez certainement vous- patience même, et vous gouvernerez votre royaume d’une manière honorable: l'Évangi car en leurs’ mains est déposée la puissance de nous lier dans.nos BR donc vor péchés, et de nous en délier, Dieu a ‘établi avec eux une alliance À s vous

éternelle, il les a séparés des autres hommes, les a rendus parti. BR donc qu pants de son nom et de sa sainteté, et il a défendu aux hemmes de BB 11 accus les reprendre, en disant par David : Ne touchez point à mes christs, BR ‘€ PO Or, celui-là touche aux christs de Dieu, qui, contre la loi de Dieu et BR ‘ment 1 les saints canons, flétrit les hommes de cet ordre sacré par de faux MR "MDU6S crimes, et les traine devant le public. C'est ce que je vous défends AR P9nt avi absolument de faire, mon fils, si vous voulez vivre heureux et illus- ÎR "°"0yez trer votre règne ; car c'est en ces choses surtout que Dieu est offensé. LR leur loi.

Si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous voyez dans quelqu’ un d’entre eux d'en por! quelque chose de répréhensible, reprenez-le trois ou quatre fois RM "sent. 0 entre vous et lui seul, suivant le précepte de l'Évangile. Si alors i de juger, refuse d'écouter vos avertissements secrets, il faut en employer de WE" soit lo publics, selon cette parole : S'il n’écoute pas, dites-le à l'Église. Fi Dans 1 suivant cet ordre, vous rendrez votre couronne tout à fait glorieuse. peut la re : Le quatrième lustre du gouvernement, c’est la fidélité, la valeu, BR" P'ci la promptitude, la politesse, la confiance des princes, des barons, de : e Ro ue comtes, des hommes de guerre, des nobles ; car ce sont eux le bou ous d'he levard du royaume, les défenseurs des faibles, les vainqueurs de cran ag l'ennémi et les augmentateurs des monarchies, Qu'ils vous soient, BR!" Uar mon fils, comme des pères et des frères. N’en réduisez jamais aucun tvecdiver en servitude, n’en appelez jamais aucun eselave : ils seront vos sol: MR 116$ che dats, non vos serviteurs ; Commandez-leur à tous sans colère, sun rogance du orgueil, sans envie, parifiquement, humblement, doucement, vou ul carac souvenant toujours que ous les hommes sont d’une même condition, "°" fils, « et que rien n ‘élève, sinon l'humilité, et que rien n’abaisse, sinon ‘vec honn l'orgueil et l'envie. Si vous êtes pac ifique, alors vous serez appel uleurs ; roi et fils de roi, alors vous serez aimé de tous les guerriers. Si vou 1# le êtes colère, superbe, envieux, intraitable, et vous élevez avec hauteur BR *' and pré au-dessus des comtes ct'des princes, la valeur même des guerres MR "*4ue 10!

vraiment ;

Liv, LXIL, — De gui

es tiennent la troi eurs de cet ordre bienveillance, vous , VOUS serez assuré ieu tout-puissant :

ain, les sentinelles cclésiastique et des s ni princes. C'est s des hommes, K ertainement vousnanière honorable:

nous lier dans nos > eux une alliance ; a rendus particilu aux hemmes de oint à mes christs.

re la loi de Dieu et sacré par de faux e je vous défends e heureux et illus- 1e Dieu est offensé.

qu'un d’entre eux ois ou quatre foi vangile. Si alorsil at en employer de es-le à l'Église. En ut à fait glorieuse.

fidélité, la valeur es, des barons, des e sont eux le boules vainqueurs de ju’ils vous soient, uisez jamais aucun ils seront vos sol:

sans colère, sant doucement, vous e même condition, n n’abaisse, sinon vous serez appel guerriers. Si vous levez avec hauteur RE ième des guerrier

41024 de l'ère ele] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, sil

sera la faiblesse de la royauté, et ils livreront votre royaume à des étrangers. Craignant cela, dirigez la vie des comtes d’après la règle des vertus, afin que, retenus par l'affection qu'ils vous portent, ils demeurent toujours attachés à la royauté et que votre règne soit paisible.

Un cinquième ornement de là couronne royale, c’est la patience

| etla justice. David disait : Dieu, donnez votre jugement au roi ! Et

encore : L’honneur du roi aime le jugement. Saint Paul dit de la patience : Soÿez patients envers tout le monde ; et le Seigneur, dans l'Évangile : C'est par la patience que vous posséderez vos âmes. Si donc vous voulez avoir l'honneur de la royauté, aimez le jugement : sivous. voulez posséder votre âme, soyez patient. Toutes les fois donc qu'on vous présentera, soit une cause digne d'être jugée, soit un accusé de crime capital, n'en montrez point d’impatience, n’asurez point avec serment que vous le punirez ; ce qui rend nécessai- “ment inconstant et variable, car de sottes promesses doivent être rmpues. Ne veuillez pas non plus juger par vous-même, pour ne point avilir la royauté par l’usurpation des affaires subalternes ; Mais renvoyez-les plutôt aux juges compétents pour qu'ils les jugent selon leur loi. Craignez d’être jugée, aimez beaucoup mieux d’être roi et d'en porter le nom. Les rois patients règnent ; les impatients tyrannisent, Quand il vous arrivera une affaire qu'il convient à votre dignité de juger, jugez-la avec patience et miséricorde, afin que la couronne en soit louée et embellie,

Dans les hôtes et les immigrants, il y a une si grande utilité, qu’on eut la regarder comme le sixième fleuron de la dignité royale. Par où principalement l'empire romain s'est-il agrandi et les souverains de Rome sont-ils devenus si élevés et si illustres, sinon parce qu’une boule d'hommes nobles et sages y affluaient de toutes parts ? Rome serait enccre esclave, si les descendants d'Énée ne l'avaient rendue libre. Car les immigrants, venant de diverses provinces, apportent, ivecdiverses langues et coutumes, diverses industries, diverses armes, loutes choses qui embellissent et relèvent une cour, et rabattent l’artogance des nations étrangères. Un royaume d’une seule langue et d'un sul caractère est faible et fragile. C’est pourquoi je vous ordonne, mon fils, d'accueillir les étrangers avec bienveillance et de les traiter tec honneur, afin qu’ils aiment mieux habiter avec Vous que partont tileurs ; car si vous alliez détruire ce que j'ai édifié, dissiper ce que j'ai réuni, votre royaume en soufirirait indubitablement le plus

grand préjudice. Pour que cela n'arrive, augmentez votre royaume

châque jour, afin que toutle monde regarde votre couronne comme "aiment auguste,

312 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LAN, = Dep

Le conseil tient la septième place près du trône. C’est par le conseil qu'on établit les rois, que l’on gouverne les royaumes, que l'on défend la patrie, qu’on dispose les batailles, qu’on remporte h victoire, qu’on repousse l'ennemi, qu'on se fait des amis, qu'on bâti des villes, qu'on ruine les forteresses des adversaires. Tout cela fait, dis-je, quand les conseils sont utiles; car des conseilleurs in. sensés, arrogants et médiocres ne sauraient former des hommes : i faut nour cela les vieillavds les plus illustres et les meilleurs, les plus sages et les plus honorables. C'est pourquoi, mon fils, ne prene point conseil des jeunes gens et des moins sages, mais des vieillards, que l’âge et l'expérience rendent propres à cela ; car les conseils des rois doivent être enfermés dans le cœur des sages, et non point livrés au volage babil des insensés. Que chacun s'exerce donc en ce qui convient à son âge, les jeunes gens aux armes, les anciens aux conseils. Cependant il ne faut pas tout à fait repousser les consoils des jeunes gens. Mais lors même qu’en les consultant vous recevriez un conseil utile, il faut toujours le communiquer aux anciens, afin que toutes vos actions soient mesurées d'après la règle de la sagesse.

Dans la dignité royale, limitation des ancêtres tient le huitième rang. Sachez qu'un très-grand ornement de la royauté, c'est de suivre les rois qui ont précédé et d’imiter d’honorables parents; cur qui méprise les décrets de ses pères et ne fait point observer les lois divines, celui-là périra. Les pères le sont pour nourrir les enfants, les enfants le sont pour obéir aux pères. "Qui résiste à son père est ennemi de Dieu. L’esprit de désobéissance disperse les fleurs de la courunne. La désobéissance est la perte de tout le royaume, C'est pourquoi, très-cher fils, ayez toujours à la mémoire les avis de votre père, afin que vous usiez de votre prospérité en roi, Suivez, sans aucune perplexité, mes mœurs, que vous voyez convenir à la dignit royale. Il vous serait difficile de tenir le royaume de cette contrée

si vous n’imitiez les coutumes des rois précédents. Quel Grec gouvernerait les Latins d'après les mœurs grecques ? ou quel Latin gouvernerait les Grecs d’après les mœurs latines? Aucun. C'est pour: quoi suivez mes coutumes, afin que vous vous distinguiez parmi le vôtres et que vous soyez renommé parmi les étrangers.

La prière est un très-grand moyen de salut pour un roi; elle tierdra la neuvième place. La prière continuelle est la rémission dé péchés. Chaque fois que vous allez au temple du Seigneur po adorer Dieu, dites avec Salomon : Envoyez, Seigneur, la sagesse di trône de votre gloire, afin qu’elle soit avec moi et qu’elle travail

avec moi, pour que je sache en tout temps ce qui vous est agréable B

C'est ainsi que priaient les anciens rois : priez de même, afin qi

à 1024 de Dieu éc eh vous resse et vaincre el vos si Ce qu sera mo des rois chœurs l'enseml faut qu’ Un roi is qu'il fa cœur, 68 d'être si seulemet riches, le {ous ceu) à la sou qui souff Seigneur envers to core enve élève tro] que Dieu de ne pu doux, afi ne jamai afin d’évi la mort, ( lequel nv éternel 1, Telles le législai Éméric s menceme politique.

chrétien, :

est plus avait dans

1 Disser!.

(Liv, LA, = Dégri

C'est par le con- Dyaumes, que l'on u'on remporte là s amis, qu'on bâtit aires. Tout cela »s conseilleurs iner des hommes: il meilleurs, les plus n fils, ne prene mais des vieillards, car les conseils des et non point livrés ce donc en ce qui s anciens aux conser les conseils des | vous recevriez ur « anciens, afin que e de la sagesse, s tient le huitième royauté, c'est de rables parents; cur point observer les ur nourrir les enai résiste à son père sperse les fleurs de t le royaume, C'est ire les avis de votre 1 roi, Suivez, sans nvenir à la dignité e de cette contrée, ts. Quel Grec gouou quel Latin gou \ucun. C'est pourstinguiez parmi lé ngers.

ar un roi; elle tieut la rémission dé du Seigneur pour neur, la sagesse du et qu’elle travail

i vous est agréable.

le même, afin qu

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 341

Dieu écarte de vous tous les vices, et que tout le monde reconnaisse en vous un roi invincible, Priez aussi qu'il éloigne de vous la paresse et l'hébétement, qu'il vous supplée toutes les vertus, pour vaincre les ennemis visibles.et invisibles, afin que vous puissiez, vous et vos sujets, achever votre vie en paix et sécurité,

Ce qui orne la couronne des rois, c'est l'accord des vertus, et ce sera mon dixième précepte ; car le Seigneur des vertus est le Roi des rois. Comme l’ensemble de l'armée céleste se compose de dix chœurs (il compte sans doute les hommes pour le dixième), ainsi l'ensemble de votre vie se composera de dix commandements. Il ut qu’un roi soit pieux, miséricordieux et orné des autres vertus. Un roi impie et cruel s'arroge vainement le nom de roi; c'est tyran quil faut l'appeler, Ç'est pourquoi, bien-aimé fils, délice de mon œur, espoir de ma future postérité, je vous prie et vous ordonne d'être si pieux en tout et partout, que vous soyez débonnaire, nonsulement avec les parents, les proches, les princes, les ducs, les riches, les voisins et les indigènes, mais aussi envers les étrangers et tous ceux qui viendront à vous ; car l'œuvre de la piété vous conduira à la souveraine béatitude. Soyez miséricordieux envers tous ceux qui souffrent violence, ayant toujours dans le cœur cet exemple du Seigneur : Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Soyez patient envers tout le monde, non-seulement envers les puissants, mais encore envers les faibles. Soyez fort, de peur que la prospérité ne vous lève trop ou que l'adversité ne vous abatte ; soyez humble, afin que Dieu vous exalte en ce monde eten l’autre ; Soyez modéré, afin de ne punir ou de ne,condamner. personne outre mesure; soyez doux, afin de ne jamais résister à la justice; soyez honnête, afin de ne jamais faire spontanément injure à personne ; Soyez pudique, afin d'éviter toutes les saletés de la convoitise, comme l’aiguillon de lk mort, C’est là cet ensemble qui compose la couronne royale, sans lequel nul ne saurait ni régner ici-bas ni parvenir au royaume éternel 4,

Telles sont les instructions que-saint Étienne, l'apôtre, le héros, le législateur, le premier roi de Hongrie, donnait à son fils saint Émérie sur l'art de bien gouverner. On y voit quelle idée, au commencement du onzième siècle, on se formait de la royauté et de la politique. Nous ne nous souvenous pas d’avoir jamais rien lu de si chrétien, de si sensé, de si simple, de si noble, de si parfait. Ce qui st plus merveilleux, c'est que le onzième siècle, non-seulement avait dans l'esprit cet idéal, mais il en voyait plus d’un exemple réel :

! Dissert., & 23,

341 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXIL. = De om

le pieux Robert de France; le saint Henri d'Allemagne, le saint Étienne de Hongrie. Que dis-je? la froide Scandinavie elle-mênie eut son saint roi. 5

C'était Olaph ou Olaüs, fils posthume de Harald, roi de Norwégé, Privé du royaume paternel dans sa jeunesse, il fit d’abord le métier de roi de la mer ou de pirate. I vint en France au secours des Normands, en Angleterre au secours du roi Éthelred. Dans son expédition de Normandie, il embrassa le christianisme, reçut le baptême à Rouen, au commencemént du onzième siècle. Rentré en Norwége, il y fut reconnu roi l'an 1015. Il fit venir d'Angleterre des prêtres et des moines recommandables par leur science et leur vertu. L'un d’entre eux se nomme Grimkèle; il fut élu évêque de Drontheim, capitale des États d’Olaüs. Ce prince n’entreprenait rien sans le consulter. Ce fut par son conseil qu'il porta plusieurs lois pleines de sagesse et qu’il abolit toutes celles qui étaient contraires à l'Évangile, non-seulement dans la Norwége, mais encore dans les îles d'Orkney, dont il s'était emparé, et dans l'Islande. La paix étant établie dans tons les pays de s0n obéissance , il travailla à en extirper la superstition de l'idolâtrie. IL parcourait les villes en personne, pour éxhorter ses sujets à ouvrir les yeux à la lumière de l'Évangile, que leur préchaient les missionnaires dont il était suivi !.

Saint Olaüs de Norwége ayant épousé la fille d’un autre Olais, roi de Suède, cette alliance servit à reveiller le christianisme dans ce dernier pays, d’où il avait comme disparu depuis la mission de saint Anscaire. Le roi saint Olaüs de Norwége ayant fait venir d'Angleterre une nouvelle colonie de missionnaires, - dont le chef était saint Sigfrid , proché varent du roi anglais, il les envoya dans le royaume d’Olaüs de Suède, son beau-père. Sigfrid, y étant arrivé, eut le bonheur de baptiser le roi et-une grande partie de la nation. Il prêcha d'abord >? Wexiow, dans la Gothie méridionale, où il établit un siége épiscopal, de concert avec l'archevêque de Hambourg, légat apostolique pour les pays du nord; il parcourut ensuite plusieurs autres provinces qu'il gagna toutes à Jésus-Christ. Jamais missionnaire re se montra plus fidèle imitateur des apôtres. IL était d'une charité et d'un aésintéressement qui excitaient l'admiration des païens mêmes. En voici un trait. Trois de ses neveux, qu'il avai laissés à Wexiow pendant qu’il annonçait l'Evangile dans d’autres provinces, furent inhumainément assassinés par des idolâtres. Le roi, indigné d’ane action aussi noire et qui pouvait avoir des suites bien dangereuses si elle restait impunie, résolut de condamner les

1 Godescard et Acta SS., 29 juli.

meurtr pour el serait le au pro!

dernier qu'il eû de la nc de Brên de Wex miracle:

coup de contrée:

saint Si, qu'i le catholiq Ceper nition d en Dane Anglete:

en suéd Harald, Othon 1 père, et treprise ce qu'il deux foi sonnier :

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venu de: rentré d il épouse roi Olaü lement il de Suèdi dition qu à la réps couronnt Olaüs, r postériet plétemer

1 Godes

Av, LXIL = De om

magne, le sâint ravie elle-méêmie

roi de Norwégé, abord le métier secours des Norns son expédition aptème à Rouen, Norwége, il y fut ès prêtres et des tu. L'un d’entre ntheim, capitale le consulter, Ce es de sagesse et angile, non-seud'Orkney, dont tablie dans tous 7 la superstition our éxhorter ses e leur préchaient

un autre Olaüs, ristianisme dans is la mission de t fait venir d'Anont le chef était

envoya dans le ; ÿ étant arrivé, tie de la nation.

nale, où il établit Hambourg, légat ensuite plusieurs Jamais mission- 3. Il était d'une l'admiration des veux, qu'il avait ile dans d’autres les idolâtres. Le avoir des suites * condamner les

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 345

meurtriers à mort. Le saint, informé de ce qui se passait, intercéda pour eux, et le fit avec tant d'instances, qu’il obtint qu’on leur laisserait la vie. Le prince les condamna toutefois à une grosse amende au profit de Sigfrid ; mais il ne fut pas nossible de déterminer ce dernier à rien recevoir, quoiqu'il fût dans une extrême pauvreté et qu'il eût un très-pressant besoin d'argent pour assurer la fondation de la nouvelle église. Sigfrid vécut jusqu’au temps où écrivait Adam de Brême, et mourut vers l'an 1030. 11 fut enterré dans la cathédrale de Wexiow, où son tombeau devint célèbre par un grand nombre de miracles. Le pape Adrien IV, qui avait lui-même travaillé avec beaucoup de zèle à la conversion de la Norwége et de plusieurs autres contrées du nord, le canonisa vers l’an 11458. Les Suédois ont honoré saint Sigfrid comme leur apôtre, tant qu'ils ont persévéré dans la foi qu'i leur avait prêchée, c'est-à-dire tant qu'ils sont demeurés catholiques 1.

Cependant des révolutions et des guerres sanglantes, suite ét punition de deux régicides, pensaient devoir étoufïer le christianisme en Danemark et même en Angleterre, et finirent par le réveiller en Angleterre et par l’affermir en Danemark. Suénon ou Swein , qui, en suédois, veut dire guerrier, avait été baptisé en 972 avec son père Harald, roi de Danemark, ét avait eu pour parrain l’empereur Othon Ier, Plus tard , impatient de régner, il se révolte contre son père, et finit par le tuer en 985. Pour réussir dans sa criminelle enteprise , il avait promis aux païens de rétablir le culte des idoles ; ce qu'il fit en effet ; mais la vengeance divine ne tarda point : engagé deux fois dans une guerre cruelle contre les Slaves, il fut fait prisonnier Chaque fois; dépouillé et chassé de son royaume par Éric, roi de Suède ; repoussé par le roi Éthelred d'Angleterre , où il était venu demander un asile; réduit à s’exiler quatorze ans en Écosse ; rentré dans son royaume de Danemark, après la mort d’Éric,. dont : il épouse la veuve, il en est dépouillé de nouveau par le fils d’Éric, le roi Olaüs. de Suède, que nous avons vu se faire Chrétien ; alors seulement il se reconnaît et fait pénitence de son apostasie ; le roi Olaüs de Suède lui rend son royaume, eh considération de sa mère, à condition qu’il y rétablirait la religion chrétienne et travaillerait même à la répandre chez les nations étrangères. De ce moment , le succès couronne les entreprises de Suénon. Un chef de pirates normands, Olaüs, roi de Norwége, mais différent de saint Olaüs, qui lui est postérieur , l'attaque avec une flotte innombrable; mais il est complétement défait l'an 1000, et, de désespoir, se jette dans la mer,

1 Godescard et Aera SS,, 15 febr.

346 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LAN, — Degpi

Suénon, ainsi maître de deux royaumes , ordonna d'y recevoir la religion chrétienne, et établit en Scanie l'évêque Gotbald, venu d’An. gleterre. Telles sont les aventures de Suénon ou Swein, d’après le récit qu’en.fit son petit-fils de même nom à l'historien Adam de Brême !; mais son rôle n’était pas fini. Il devait encore, et après lui son fils Canut, châtier l'Angleterre.

Nous avons vu que, dans ce dernier pays, le roi saint Édouarq avait été assassiné, l'an 979, par sa marâtre Elfride, pour faire régner à sa place son fils Éthelred, La criminelle Elfride fit pénitence de. puis; mais Dieu ne laissa pas de venger ce meurtre du roi sur tout le royaume. Assis surun trône couvert du sang de son frère, Éthelred eut un règne aussi infortuné que long. Quoiqu'il fût innocent par lui-même, jamais il ne posséda l'affection de sés sujets, même dans son enfance. Plus tard il encourut leur haine par son insensibilité à leurs souffrances, son dégoût des affaires et son amour immodéré des plaisirs. Les pirates du Nord, qui longtemps avaient respecté les côtes d'Angleterre, s'aperçurent bientôt de la situation fâcheuse du royaume. Les déprédations du dernier siècle se renouvelèrent avec plus de succès encore; et, comme si le ciel eût conspiré avec les hommes pour venger le meurtre d’Édouard, les horreurs d'une invasion s’aggravèrent par plusieurs années de famine, par une maladie contagieuse parmi les bestiaux, ét une dyssenterie fatale à l'espèce humaine. Il serait difficile de citer une époque, dans l'histoire d'Angleterre, où la nation fût frappée. d'autant de calamités que sous le règne prolongé d’Éthelred,

Les premiers Danois qui firent des incursions dans le pays furent congédiés à prix d'argent; ce qui en attira un plus grand nombre d’autres, qu’il fallait payer toujours plus cher. Suénon de Dartemark y fit jusqu’à trois descentes, plus terribles l'une que l'autre. Une exécrable mesure d'Éthelred donna lieu à ce redoublement de cruauté. L'an 1002, le 43 novembre, Éthelred fit massacrer tous les Danois qui se trouvaient en Angleterre. Le même jour, à la même heure, dans toutes les provinces, les victimes, qui. n’en avaient pas le moindre soupçon, furent assaillies par la populace, avec leurs femmes et leurs familles. L'horreur du meurtre fut en plusieurs lieux aggravée par tous les outrages et toute la barbarie que peut inspirer la haine nationale. A Londres, on chercha des refuges dans les églises, et le massacre se fit au pied des autels. Gunhilda, sœur de Suénon, qui avait embrassé le christianisme et épousé Palig, Normand naturalisé, fut la plus illustre des victimes. Édric, favori du

1 Adam, 1, ?, €, 18 et seqq. Baron., an. 980,

roi, M sous L même nière ( qu'Étl mandi Au de Car l'an 9!

et sa ] mais ll aimer son dé père, ( quitta] typ Souhai à Bath incroy.

consul forma qui qu un gro ce qu arrivée Dunste toutes la nuit quelqu sa priè avait u de son en sort il leur Sain lui dor Dunsts puis, e qui lui Cantor

{ Lin

iv. LAN, — Depp à d'y recevoir là ald, venu d’Anwein, d’après le torien Adam de ore, et après lui

saint Édouard Jour faire régner it pénitence de.

du roi sur tout | frère, Éthelred üt innocent par ets, même dans n insensibilité à nour immodéré lent respecté les on fâcheuse du ouvelèrent avec onspiré avec les horreurs d’une mine, par une senterie fatale à que, dans l’hisnt de calamités

s le pays furent grand nombre n de Dartemark ue l'autre. Une doublement de ssacrer tous les ur, à la même ‘en avaient pas ce, avec leurs plusieurs lieux le peut inspirer fuges dans les hilda, sœur de sé Palig, Nordeic, favori du

roi, mais qui le trahissait, fit mourir les enfants et le mari de Gunhilda sous les yeux de cette malheureuse, avant de la faire mourir ellemême. Voilà surtout ce qui redoubla les ravages de Suénon. Sa dernière expédition en Angleterre fut de l'an 1013. Le résultat en fut qu'Éthelred, désespérant de sa cause, se sauva secrètement en Normandie, et que Suénon füt reconnu roi d'Angleterre 1.

Au milieu de ces sanglantes invasions, saint Elphége, archevêque de Cantorbéry, souffrit un cruel.et glorieux martyre. Il était né vers l'an 955, de très-noblé race. Ses parents, admirant son intelligence et sa piété, l’appliquèrent à l'étude des sciences et de la religion ; mais le jeune Elphége ramenait toute l'étude de la phitosophie à aimer Dieu ; le connaître, lui obéir, se soumettre à son joug, fut tont son désir. Touché de l'Esprit d'en haut, négligeant l'héritage de son père, oubliant la douleur de sa mère qui l’aimait uniquement, il quitta le monde, prit l'habit monastique dansle monastère de Derhirst, et y passa quelques années dans la pratique de toutes les vertus. Souhaitant mener une vie plus parfaite, il sc retira dans une cellule à Bath, où il affligeait so corps par des jeûnes et des macérations incroyables. En peu de temps, une foule d'hommes nobles vinrent le consulter de toutes parts'touchant le salut de leur âme. Enfin il se forma autour de sa cellule un monastère. Il reprenait avec force ceux qui quittaient l'habit du siècle sans en quitter la vie, disant que c'était un gros mensonge de professer ainsi par le costume le contraire de œ qu'on avait dans le cœur. Après la mort de saint .Éthelwold, arrivée en 984, il fut ordonné évêque de Winchester par saint Dunstan, comme il a été rapporté, et se rendit recommandable par toutes sortes de vertus. L'hiver, par le plus grand froid, il se levait la nuit, nu-pieds, en simple tunique, et sortait dehors pour prier ; quelquefois il se mettait dans la rivière jusqu’à la ceinture, pendant sa prière. Il ne mangeait jamais de chair, s'il n'était pas malade, Il avait un si grand soin des pauvres, qu’il ne souffrait point qu'aucun de son diocèse mendiât publiquement, ni qu'aucun pauvre étranger en sortit les mains vides ; et, quand les autres fonds lui manquaient, il leur faisait distribuer le trésor de l’église,

Saint Dunstan, se voyant près de sa fin, pria Dieu instamment de lui donner Elphége pour successeur, et il l'obtint ; car, après saint Dunstan, Éthelgar fut archevêque de Cantorbéry pendant un an; puis, en 989, Siric, auparavant évêque de Wilton; et, en 996, Alfric, qui lui avait succédé en ce siége, lui succéda aussi dans celui de Cantorbéry. Il le tint dix ens, et il est loué non-seulement pour sa

à 1024 de l'ère chr.]

t Lingard, t, 1,

348 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv LXTE. — De 99;

vertu, mais pour sa doctrine. On rapporte, en particulier, qu'il fit nu-pieds le voyage de Rome, pour recevoir le pallium des mains du Pape. Il composa une grammaire et un dictionnaire, et traduisit en saxon, c'est-à-dire en anglais de son temps, les premiers livres de l'Écriture et quelques autres ouvrages. [l en composa aussi plusieurs en cette langue; entre autres une histoire de son église et cent quatrevingts sermons. Nous avons entre les conciles une lettre d'Alfrie à un évêque nommé Wulfn, avec un modèle d'instruction pour son clergé. il insiste principalement sur l'obligation de la continence. 1l rappelle le ‘canon de Nicée, qui défend, sous peine de déposition, à l'évêque, au prêtre, au diacre, d’avoir dans leur maison aucune femme, si ce n’est leur mère, leur sœur ou leur tante. Écoutez bien ce canon, ajoute-t-il, vous qui avez introduit une coutume contraire, comme s’il n’y avait point de péril pour le préire à vivre d’une manière conjugale. Vous dites qüe vous ne pouvez pas vous passer des services d’une femme : comment donc tant de saints personnages s’en sont-ils passés ? On dit encore : Mais Pierre a eu une femme. Oui, avant de s'être attaché au Christ ; il la quitta ensuite, et, avec elle, toutes les choses du monde. Dans l'Ancien Testament, le‘ pontife devait épouser uné vierge, parce que le sacerdoce était attaché à une seule famille, et qu’il ne pouvait y avoir. aucun pontife d’une autre. Cependant il ne pouvait épouser qu’une femme, qui devait n'être ni veuve ni répudiée, mais une vierge. Les prêtres pouvaient alors avoir des femmes, parce qu'ils ne célébraient point la messe, n’administraient point la saïnte eucharistie aux hommes, mais immolaient des animaux suivant l’ancien usage, jusqu'à ce que le Christ consacrât la sainte eucharistie avant sa passion et instituât la messe, qui subsiste depuis par les prêtres. Le clergé anglican du dix-neuvième siècle ferait bien de méditer ces paroles d’un évêque anglais du neuvième et du dixième. Alfric mourut lan 4006, et il est compté entre les saints par quelques auteurs !.

Ce fut donc après sa mort que saint Elphége, ayant gouverné vingtdeux ans l’église de Winchester, fut transféré à l'église de Cantorbéry, à l’âge de cinquante-deux ans. II entreprit aussitôt le voyage de Rome, pour recevoir ie pallium. A l'entrée de l'Italie, comme il passait la nuit dans une petite ville, les habitants, qui ne le connaissaient pas, enfoncèrent la maison, le dépouillèrent de tous ses biens et le forcèrent de s’en aller. A peine en fut-il à quelque distance, que toute la ville fut en alarme : le feu prenait de toutes parts d’une manière effrayante. Les habitants, consternés, cou-

Act, Bened., sect. G, p. 61, Acta SS., ?8 aug.

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 319

rurent après le saint, confessèrent leur faute et implorèrent leur pardon. Saint Elphége revint aussitôt, pria pour eux, et l’incendie s'arrêta. Alors tout le monde jui donna mille bénédictions et lui offrit des présents. Il répondit : Gardez ce qui est à vous et rendeznous ce qui est à nous ; seulement, à l'avenir, soyez plus charitables envers les étrangers. Arrivé à Rome, il connut par révélation la mort de Kenuif, son successeur dans le siége de Winchester, qui avait acheté cette dignité. Quant au Pape, qui était Jean XVIIE, il conçut une si grande affection pour saint Elphége, qu’il lui mit au cou sa propre étole et l'honora devant tout le sénat roinain.

À son retour en Angleterre, le roi Éthelred, par son conseil et par celui de Wulstan, archevêque d’York, convoqua un concile en un lieu nommé Enham, où tous les évêques et les seigneurs anglais furent appelés, et on y fit-trente-deux canons pour la réformation des mœurs et de la discipline, particulièrement des moines et des religieuses. Des prêtres méprisaient tellement les canons, que quelques-uns avaient deux femmes ou plus, et en changeaient sans scrupule, et cet abus avait passé en coutume ; le concile ordonne de les quitter, promettar* que ceux qui garderont fidèlement la continence seront traités comme les nobles. Ce désordre scandaleux, qui en suppose beaucoup d’autres, ne justifie que trop les terribles calamités que la Providence faisait peser sur l'Angleterre. On ordonne ensuite d’abolir ‘les superstitions païennes et de chasser du pays les devins, les enthanteurs et les sorcières. Défense de vendre un Chrétien pour l'envoyer hors du pays, principalement chez les infidèles. Défense. de se marier dans le sixième degré de parenté ou du vivant de la première femme. On recommande de payer toutes les redevances dues à l'Église, particulièrement le denier de Saint- Pierre ; d’observer les fêtes et le jeùne du vendredi ; de se confesser souvent et de cormunier au moins trois fois l’année. Les amendes des crimes contre Dieu, quoique décernées par le juge séculier, sont appliquées à l'Église 1.

Mais quelque chose de plus puissant que tous les règlements de discipline pour apaiser la colère de Dieu et rappeler le clergé à la sainteté de ses devoirs, c'était la:sainte vie, c'était l’ardente charité de l'archevêque Elphége. Au milieu de ces invasions et de ces ravages que nous avons vus, il allait pa: mi lestroupes ennemies, rachetait les captifs, nourrissait le peuple réduit à la famine. Il fit plus: il entreprit de convertir les ennemis eux-mêmes ; il leur parla de Dieu. d'une autre vie, de Jésus-Christ, le juge des vivants et des morts ;

1 Labbe, t, 9, p. 159.

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il leur reprocha leurs crimes. Ce qui est plus merveilleux, il en convertit un grand nombre, les uns païens, les autres anostats, qui dès lors devenaient plus humains. Ceux qui demeurèrent idolâtres en furent tellement irrités, qu'ils chetchaient à le faire mourir, L'état calamitéux del’Angleterre leur en offrit uneoccasion inättendue,

Le roi était incapable, les nobles désunis, en défiance les uns des autres ; et, de fait, il y avait parmi eux plus d'un traltre, Édric, le plus puissant de tous et qui dominait le roi Éthelred, était d’intel. ligence avec les Danois. Son frère, abusant de son crédit, ne mettant point de bornes à ses violences et à ses débauches, fut tué par noblesse de Cantorbéry. Édric demanda vengeance; le roi répondit qu'on n'avait fait que justice. Aussitôt Édric appelle les Danois à son secours et vient assiéger Cantorbéry; les Dänois idolâtres en voulaient surtout au suint archevêque ; le traître Édric, à la noblesse; tous, à la ville entière. A l'approche de l'ennemi, toute la noblesse supplia le saint pasteur de se retirer, sa vie étant la dernière ecpé. rance de son peuple. Le bon pasteur protesta qu’il n’abandonnerait point son i'oupeau dans une occasion où il avait besoin de sa présence plus que jamais, et qu’il était prêt à donner sa vie pour ses brebis. Les nobles se retirèrent, les uns d’un côté, les autres de l'autre ; le saint archevêque resta seul avec le clergé et le peuple. La ville résista vingt jours. Untraître met le feu à plusieurs maisons: les habitants quittent les remparts pour sauver leurs familles du milieu des flammes; les ermemis profitént de ce moment pour forcer les portes de la ville, qui est prise. Tout passe par le fer et par le feu; on n’épargne ni âge ni sexe ; les petits enfants, arrachés du sein de leur mère, sont reçus sur les pointes des lances ou écrasés sous les roues des chariots. Les Anglais qui suivaient le traître Édric se montraient plus cruels que les Danois. Tout d’un coup saint Elphége, s’échappant des mains de ses moines qui le retenaient dans l’église, accourt au milieu des morts et des mourants, et, se présentant aux ennemis, s’écrie : Épargnez ! épargnez ! Si vous êtes des hommes, épargnez au moins l’âge de l’innocence ; il n’y a point de gloireà massacrer des enfants à la mamelle. S'il vous faut une victime, voici le pasteur de tous. D'ailleurs, c’est moi qui vous ai enlevé beauéoup de compagnons d'armes, en les convertissant; moi quiy vous ai tant de fois reproché vos crimes ; moi qui ai nourri, vêtu, racheté ceux que vous teniez captifs. Aussitôt ils se jettent sur lui en foule, lui serrent la gorge pour l’empêcher d’en dire davantage, lui lient les

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côtes des coups de poing et de pied, le traînent ainsi garrotté vers la cathédrale, paur être témoin de sa ruine, Les moines, le clergé, unt

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 351

foule d'habitants s’y étaient réfugiés. Ils espéraient que la sainteté du lieu réprimerait la fureur des Danois, ou que la force de sa

des murailles et y mettent le feu avec des hurlements de joie ; les flammes montent jusqu'aux toits; les poutres qui s'écroulent avec le plomb fondu forcent les réfugiés à quitter leur asile, A mesure qu'ils paraissent, ils sont messacrés sous les yeux de l'archevêque. Ils n'épargnèrent qu’un sur dix, en sorte qu'il ne resta que quatre moines et quatre-vingts hommés séculiers. Sept mille hommes, sans compiler les femmes et les enfants, avaient péri dans le sac de la ville.

Les ennemis tinrent saint Elphége sept mois dans une étroite prison, espérant que, pour se racheter, il leur abandonnerait les

[ terres que son église possédait en différentes parties de l'Angleterre.

Cependant la maladie se mit dans leurs troupes, et en peu de temps

| il en mourut deux mille avec de grandes douleurs d'entrailles. Les

Chrétiens leur remontrèrent que c'était une punition divine, et que, pour y échapper, ils devaient reconnaître leur faute et en demander pardon à l’évêque. Ils n’en firent rien d'abord, pensant que c'était le hasard ; mais comme chaque jour il mourait dix, vingt, et plus, de œux qui avaient menacé le pontife de mort, ils vinrent enfin tous, bien malgré eux, lui demander pardon et le supplier de prier pour eux. Îis le tirèrent honorablement de prison, le portant sur une litière, C'était le jeudi saint. Il leur dit : Quoique vous ne méritiez point de grâce, nous devons imiter l'exemple du Sauveur, qui, en ce

| jour-ci même, lava les pieds même aù disciple qui allait le trahir;

releva, après les avoir terrassés, ceux qui venaient le prendre, et Dria pour ceux qui l’avaient crucifié, Ayant ainsi parlé, il bénit du pain, dont il leur donna à manger à tous, et ils furent délivrés de telle calamité. Voyant, après trois jours, qu’il ne mourait plus personne, ils lui envoyèrent quatre chefs pour le remercier de la grâce qu'il leur avait faite ; mais ils ajoutèrent que, s’il voulait jouir de la

E vie et de la liberté, il leur payât trois mille livres d'argent pesant, et

que, de plus, il s’engageñt à persuader au roi de leur en Payer encore dix mille, Il leur répondit que leur demande n'était pas juste ; Qu'il n’était pas juste de lui demander ce qui était devenu la proie

des flammes ou des ravisseurs. Que si, pour assouvir votre cupidité,

Yous pensez que je dépouillerai les terres de l'église, et que je con- ‘eillerai au roi une chose déshonorante pour la patrie, vous vous

2 Uompez; il n'ést pas d’un Chrétien de livrer la chair des Chrétiens à

la dent des païens.

Ses amis le prièrent de parler plus doucement et d'envoyer un

352 ISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LAI, — Do 991

écrit scellé de son sceau, pour ramasser de toutes parts ce qui restait encore à l’église, afin de payer sa rançon; mais lui, qui avait toujours été le pèrs des pauvres et le défenseur de la ‘patrie, rejeta leur conseil avec indigaation et dit : Si vous pouviez me persuader cette bassesse, il n’y aurait point de crime que vous ne pussiez me persuader. J'aime mieux mourir que d’acheter la vie à ce prix. Pour. rait-on jamais rien dire de plus indigne, si ce n’est qu'Elphége, dans sa vieillesse, apprit à être cruel, lui qui, depuis son enfance, s'était distingué par sa miséricorde? Avez-vous oublié le saint martyr Laurent, qui cacha les trésors de l’église pour les dérober au persécuteur ? Lui donnait aux pauvres, et moi j'irais leur prendre? Voye quelle impiété il y a dans ce qui vous paraissait si sage!

Les Danois, ayant appris cette réponse du saint pontife, le lièrent de nouveau et lui donnèrent la question avec des tourments inouïs, le propre jour de Pâques, 13me d'avril 4012. Puis ils le remirent

dans une prison, où il eut encore beaucoup à souffrir; mais il yfut |

en même temps consolé et foutifié par l'apparition d’un ange et de son prédécesseur saint Dunstan. Le samedi suivant, les Danois le tirèrent de prison ; et, l'ayant mis sur un cheval, le menèrent ave une troupe de gens armés pour le juger. Ils lui divent : Paye-nous l'or que nous demandons, si tu ne veux être aujourd’hui donné en spectacle au monde. Il répondit : Je vous propose l’or de la sagesse, qui est de quitter votre superstition et de vous convertir au vrai Dieu. Si vous vous obstinez à mépriser mon conseil, vous périres plus malheureusement que Sodome, et ne prendrez point racine en ce pays. Alors ils se jétèrent sut lui, l’abattirent à terre, le frappant Cu dos de leurs haches, l’accablant de pierres, d’ossements et de têtes de bœufs. Il se mit à genoux et pria pour eux; puis, étant tombé, il se releva et recommanda son église au bon Pasteur. Enfin un Danois, qu'il avait confirmé la veille, par une compassion barbare, pour l'empêcher de languir davantage, lui donna sur la tête un coup de hache dont il mourut. C'était le samedi de la semaine de Pâques, 19me d'avril 1012.

Les chefs des Danois voulaient faire jeter son corps dans la rivière ; mais ceux qu'il avait convertis, et qui étaient en grand nombre, vinrent le revendiquer les armes à la main, et il fit plusieurs mirecles. Les habitants de Londres, l'ayant appris, lerachetèrent pour une grosse somme d'argent et l’enterrèrent chezeux ; mais dix ans après, il fut transporté à Cantorbérÿ. Tous ceux qui avaient pris part à s mort périrent misérablement, comme il l’avait prédit. Ces mêmes Danois s'étant remis à la mer, cent soixante de leurs navires furent submergés par la tempête ; soixante-cinq autres, jetés sur des côtes

à 1024 de

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dixième avait été gnité de nécessail encore, Danois, ère à toi leur soul pour der l'usage € murent, | vivants d miers éta Un aut fut nomn sept autr wi Éthel somme a!

les fermes luyant lé reillard | s'engagea traient. Il ceux du l'église pc tements d ments ten Godric év nèstère, un jour de mille autr cs deman dric d’être

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sax. p. 184.

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Liv.LXI, — Do 99!

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41024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 353 étrangères, y furent Mmassacrés comme pirates ; Turchil, le :chef de bute l'expédition, étant de retour en Danemark avec six navires

seulement, y-fut tué par la populace, L'Égli A le19 avril, P Église honore saint Elphége

Au milieu de ces calamités publiqu int de m sc ques, ce saint eut, dans l'ordre monastique, des imitateurs de sa charité, entre dites Léofric

| dixième abhé de Saint-Alban. Le projet, favori de ses prédécesseurs

avait été d'élever une église dont la Magnificence répondit à Ja di gnité de l'abbaye. Tout était prêt, la place nettoyée, les riches : nécessaires accumulées dans le trésor. Léofric, devenu abbé je . encore, Se réjouissait de mettre la main à l'œuvre, L'ivésin des Danois, la famine surviennent : Léofric ouvre les portes du m » lère à tous les malheureux, les richesses du trésor sont prodi ter leur soulagement ; il fait fondre la vaisselle réservée à sa ci ss pour dernière ressource, il vend les ornements précieux destinés à l'usage. et à la décoration de l’église. Quelques moines en inu “ murent, Léofric répond avec douceur qu’il fallait préférer lestem les vivants de Dieu à ses temples inanimés, et que le soutien des # miers était un devoir plus important que la décoration des dirotinét, Un autre imitateur, de saint Elphége fut l'abbé Godric. En 1005, il ft nommé abbé de Crovland ; dans cette même année, et dans les «pt autres qui la suivent, les taxes levées sur le monastère ar le wi Éthelred, par le comte et les officiers inférieurs, oies al | somme annuelle de quatre cents marcs. En 1013, Suénon pilla (bts les fermes du monastère ; dans le même temps une foule d'indigène: luyant l'épée des Barbares, cherchèrent un asile à Crovland. Le bon

L rillard les reçut à bras ouverts, les consol& dans leur malheur, et "9

s'engagca à les garder aussi longtemps que ses ressources le permet aient. Il réserva le chœur et les cloîtres pour ses propres moines et ceux du voisinage, il assigna aux ecclésiastiques réfugiés la nef de l'église pour leur résidence ; il logea les laïques dans les autres appartements de l’abbaye, et plaça les femmes et les enfants dans des bâtiments temporaires élevés à la hâte dans le cimetière. La charité d Codric éveilla la cupidité de Suénon. En menaçant de raser le ns. nastère, il. ordonna à l'abbé de porter mille marcs à Lincoln, à . un jour désigné ; et, non content de cette somme, il lui en extor jh Mille autres dans les trois mois suivants. À peine avait-on satisfait à ces demandes, que les officiers d'Éthelred Parurent. Ils accusèrent Godric d'être l’allié de Suénon, On voulut considérer comme une trahi-

1 + Acta SS., 19 april, Act. B:ned., sect. 6. — ? Lingard, Antiq. de l'Égl, anglo-

Sur. D. 184.

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