‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 49 sur 72 · P'LUR · texte numérisé non relu

P'LUR

354 HISTOIRE UNIVERSELLE ([Liv, LXII, — Depp!

son le payement de la somme qu'on lui avait enlevée par violence, et il fut contraint d'envoyer au roi deux mille marcs pour recouvrer ia faveur royale. Pour se garantir contre des exactions nouvelles, Godric donna pour cent ans une terre de l'abbaye à un seigneur puissant du voisinne, ? condition qu'il serait le défenseur de l'abbaye et la protégerait : soù épée contre toute demande injuste. Crovland jouit de lu paix tant que ce seigneur vécut ; mais ses descendants retinrent injustement la propriété cédée, et l’abbaye la perdit sans retour t,

En 1044, nous avons vu le Danois Suénon maître de l’Angleterre, Au mois de janvier, Éthelred s'était réfugié en Normandie, auprès du duc Richard, dont il avait épousé en secondes noces la fille Emma. Au mois de février, Suénon mourut subitement : Éthelred fut rappelé ; il revint au milieu du carême, fut reçu avec enthousiasme, leva promptement une armée pour combattre le Danois Canut, fils et successeur de Suénon. Il y eut, pendant trois ans, une guerre acharnée, avec des alternatives de succès et de revers. Éthelred suivait toujours le même système cruel d’égorger tous les habitants d'origine danoise ; Canut, de son côté, usa de terribles représaïlles. Éthelred mourut au mois d'avril 4016 : son fils Edmond, qui lui succéda, livra contre Canut cinq batailles sanglantes dans l'espace de sept mois. On allait en venir à une sixième, lorsque les capitaines des deux armées foruèrent les deux rois à s'entendre. Is se partagèrent alors l'Angleterre : Canut eut le nord de la Tamise, Edmond le sud. Dans le mois qui suivit cette pacification, Edmond mourut subitement ou fut tué, laissant deux fils en bas âge, Édouard et Edmond. Canut, reconnu roi de toute l'Angleterre, épousa leur aïeule Emma, et les envoya tous deux en Suède, à son frère utérin, le roi saint Olaüs, d'où ils furent envoyés à la cour de saint Étienne, roi de Hongrie. Ce prince reçut les orphelins avec tendresse, et les fit élever et instruire comme ses propres enfants. Edmond mourut dans sa jeunesse ; nous verrons son frère revenir en Angleterre et y régner avec gloire sous le nom de saint Édouard le Confesseur.

Le Danois Canut, quoique baptisé dans son enfance, connaissait et suivait fort peu jusqu'alors les doctrines du christianisme ; mais dès qu'il fut assis sur le trône de l'Angleterre, les préceptes de le religion adoucirent la férocité de son caractère, et ce cruel roi de la mer devint insensiblement un monarque juste et bienfaisant. ll déplorait souvent l’effusion du sang, plaignait la misère qui avait été pour les indigènes la conséquence de sa rapacité et de celle

1 ,Ingulf., an. 1010. Ling., Antiqg., etc.

à 1024 de

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à 1024 de l'ère chr] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 355

de son père, et regardait comine un devoir de compenser tant d suilrances par un règne paisible et équitable, 11 les traita toujo ‘ ivec une attention marquée, les Protégéa contre l'hnsblebe a ses favoris danois, plaça les deux nations sur le pied de l' alité. et les admit indistinetement aux emplois de confiance et k ; ï tune. Il érigea une magnifique église à Assington théâtre de w 8 nière victoire, et fit relever de leurs ruines les édifices reli dire cr avaient soufiert pendant la dernière invasion. L'abbaye de S int Edmond, triste monument de la cruauté de ses pères devint ge s ses donations et pour des siècles, l'établissement monesti ue ] j PA riche du royaume, Dahs une assemblée nationale tenue à Oxo dl confirma les lois d'Edgar, et engagea les seigneurs anglais et d ls à oubliér de part et d'autre toutes les anciennes offenses a se promettre pour l'avenir une amitié mutuelle. Il fit établir par tre ieinblée, à Winchester, un code de lois basé sur les gr à * des Premiers rois, avec les additions et les changements qu'exi rue l'état présent de la société. Le roi y exhortait tous les minist : d la justice à être vigilants dans la recherche et la punition des we 4 mais avares de la vie des hommes ; à user d'indulgenee rem repentir, mais à sévir avec rigueur contre le coupable endur ji; x sidérer le faible et l'indigent comme dignes de pitié le riche et Puissant comme méritant toute la sévérité de la loi ; Car Le lemiers sont souvent induits à commettre des fautes par deux Wa NS que les seconds ne peuvént donner pour excuse l'oppression t le besoin. 11 blämait et prohibait l'usage de vendre des Chrétic \ ans les pays étrangbrs. incorporation des Danois parmi les 78 shis ayant encore introduit dans l'île des rites du Paganisme, Canut l'eau, des pierres ou des fontaines, des forêts x : AE ‘a issait ceux qui se mélaient de sorcellerie, En même emps “4 Sulager ses peuples des Charges féodales, il abolit antigen ce l ‘outume de lui fournir des provisions gratuites, défendit à ses offià | en enlever four Son usage et commanda à ses baillis d’enoi Sa table du roduit de ses propres férme:

rs ere ds À plusie: TS pays maritimes, ses “qu commandait à la terre et à la mer.

mé e de Southampton, il com- Fe [ un. . sr ke souverain ; mais le flux de lu marée En rs He ser des, se tournant vers ses adulateurs : ; a mer m écoute ! Apprenez que celui-là son]

dltont-nistccacs à LEE hé: j “puissant à qui l'Océan a obéi quand il lui a dit : Tu viendras

ne de cette pensée,

356 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LAN. — De 991

le roi, de retour à Winchester, prit sa couronne, la plaça sur le grand crucitix de la cathédrale et ne la porta plus, depuis ce jour, même dans les cérémonies publiques.

Quoique Canut résidât ordinairement en Angleterre, il visitait souvent le Danemark. Il se faisait accompagner d'une flotte anglaise et menait avec lui un grand nombre d'évêques, pour instruire et civiliser ses compatriotes. Il plaça entre autres l'évêque Bernard dans la Scanie, Gerbrand dans la Sélande, et Rainer dans la Fionie. Voilà comme ces terribles révolutions du Danemark et de l'Angleterre, qui semblaient devoir anéantir le christianisme dans ces deux pays, le ranimèrent et l’affermirent dans l’un et dans l'autre !.

En Espagne, les Chrétiens, toujours en lutte avec les Mahométans, éprouvèrent d'éclatants revers, qu'ils rachetèrent par une victoire plus éclatante encore, Le roi Bermond II ou Bermude gouvernait le royaume de Léon depuis l'an 982. Il avait commencé son règne par recommander l'observation des lois anciennes, particulièrement des lois ecclésiastiques et des décrets des Pontifes romains ; mais il ne soutint pas toujours ces beaux commencements. Il fit arrêter sans sujet Goudesque, évêque d’Oviédo, et le tint en prison trois ans. On attribua à cette injustice une grande sécheresse qui survint et qui attira la famine. Le roi, en étant touché, délivra l’évêque, et la pluie vint aussitôt. Bermond écouta aussi les rapports de trois serfs de l'église de Compostelle, qui accusèrent leur évêque Adolphe d'un crime abominable. Le roi le fit exposer à un taureau furieux ; mais trois historiens d’Espagne rapportent qu'il laissa ses cornes entre les mains de l’évêque ?. Ce roi quitta sa femme légitime pour en épouser une autre, et. de plus, entretenait deux concubines qui étaient sœurs. Aussi regarda-t-on comme la punition de ces scandales l'irruption des Mahométans dans ses États, sous la conduite d'Almansor, premier ministre d’Issem, prince fainéant qui régnait à Cordoue.

Almansor était accompagné de quelques comtes que le roi Bermond avait exilés. Sur la nouvelle de sa marche, on enleva les reliques de Léon et d’Astorga, et même les corps des rois qui étaient ensevelis, pour les mettre en sûreté. Almansor assiégea Léon près d’un an, la prit et en abattit les portes et les tours. Il prit également

Astorga et plusieurs autres villes, enleva tous les trésors des églises et pilla entre autres celle de Saint-Jacques. Enfin, pendant douze ans qu'il fit la guerre aux Chrétiens, il les mit plus bas qu'ils n'avaient été depuis le temps du roi Rodrigue et l’entrée des Arabes. Enfin, l'an 998, le roi Bermond pria Garcia, roi de Navarre, et Garcia

1 Hunt., 209. West., 209, Lingard, t. 1, — ? Baron., an. 985.

comte cours « leurs f mémot dirent manso) fait por goutte, success vingt-n Du Froiïlan mère F se retir:

lui, il ci, né à l'âge di quelque Ramire avec pê@ ‘pour y | l'État, ( belles, « pp deux ce rétablit L'évé, lan pou viron se l'Espagr fut fait € et l’on € Attilan « par espr église e soixante Le ro avec la abbés et l'an 101

L Scripi

4 LXIL. — De991

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s Mahométans, r une victoire le gouvernait le son règne par ulièrement des ins ; mais il ne fit arrêter sans n trois ans. On survint et qui que, ét la pluie e trois serfs de > Adolphe d’un 1 furieux ; mais cornes entre les jour en épouser i étaient sœurs.

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que le roi Bern enleva les rerois qui étaient égea Léon près | prit également sors des églises dant douze ans qu’ils n'avaient Arabes. Enfin, rarre, et Garcia

à 1024 de l'ère chr.| DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 357

comte de Castille, d'oublier les injures passées et de venir à son secours contre leur ennemi commun. Ces trois princes, ayant réuni leurs forces, gagnèrent contre les Arabes une des batailles les plus mémorables, Au dire de leurs propres historiens, les infidèles y perdirent soixante-dix mille fantassins et quarante mille cavaliers. Almansor en mourut de cliagrin l'an 1002. Le roi Bermond, qui s'était fait porter en litière à. la bataille, à cause qu'il était malade de la goutte, mourut de cette maladie l’année suivante 999, laissant pour successeur son fils Alphonse V, âgé de cinq ans, qui en régna vingt-neuf 1,

Du temps de Bermond ou Bermude IE, l'évêque de Léon était Froïlan, illustre par sa ‘sainteté, H naquit à Lugo en Galice, où sa mère Froïla est honorée comme sainte, Dès l'âge de dix-huit ans, il se retira dans un désert; mais plusieurs disciples s’étant attachés à lui, il fonda un monastère où saint Attilan fut prieur sous lui. Celui- ‘di, né à Tarragone, de parents nobles, vers l'an 939, les quitta dès l'âge de quinze ans pour entrer dans un monastère, d'où il sortit quelque temps après, attiré par la réputation de saint Froïlan. Le roi Ramire IE fit venir Froïlan à Léon et lui donna beaucoup d'argent, avec pérmission de choisir tel lieu qu'il lui plairait de son royaume,

pour y bâtir un monastère où l'on priât Dieu pour la tranquillité de

l'État, qui n'était pas moins troublé au dedans par les Chrétiens rebelles, que par les infidèles au dehors. Froîlan fonda donc le monastère de Tabare, puis celui de Morcruèle, où il assembla au moins deux cents religieux; outre ces deux monastères qu’il fonda, il en rétablit plusieurs autres.

L'évêque de Léon étant mort, le roi Bermond Il lui donna Froilan pour successeur, malgré sa résistance ; il gouverna ce siége environ seize ans, et mourut l'an 1006, le 3% d'octobre, jour auquel l'Espagne l'honore comme saint. En ce même temps où saint Froïlan fut fait évêque de Léon, saint Attilan, son disciple, le fut de Zamora, et l’on dit qu’ils furent sacrés ensemble le jour de la Pentecôte. Attilan quitta son siége au bout de dix ans, et alla en pélerinage par esprit de pénitence; deux ans après il revint, gouverna son église encore huit ans, et mourut le 3me d'octobre 1009, âgé de Soixante-dix ans. 11 est honoré comme saint par toute l'Église 2.

Le roi Alphonse V étant venu à Léon, capitale de son royaume, avec la reine Elvire, son épouse, y assembla tous les évêques, les abbés et les seigneurs, le jour de la Saint-Jacques, 25me de juillet l'an 1019, et de ce concile il nous reste sept canons. Le premier

! Script. rer. hispan. — ? Acta SS., 5 oc!ob.

458 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LAIT, — De gg

porte qu'à l'avenir, dans tous les conciles, on commencera par juger les causes de l'Église. C'est que ces conciles étaient aussi des assemblées politiques où on traitait des affaires temporelles, et dans celui. a on fit plusieurs lois civiles. Après la cause de l'Église, ajoute le concile, on traitera er!!e du roi, puis celle des peuples. Les abbés ot les moines demeureront sous la juridiction de leurs évêques, et les uns ne recevront point ceux des autres. Le reste des canons regarde les vols faits dans les églises ou les cimetières, et les meurtres commis sur des hommes d'église. Le roi Alphonse rebâtit et repeupla la ville de Léon, qu'Almansor et son fils Abdelmelic avaient détruite, Il ré. Wblit les lois gothiques et en ajouta d’autres, Après avoir régni

vingt-neuf ans, il fut tué d'un coup de flèche dans une bataille contre

les Arabes, près de Viseu en Portugal, et enterré à Léon, l'an 108. Son fils Vérémond ou Bermude HE lui succéda.

“+8 l'an 1000, se forma parmi les Mahométans une secte nouvelle, plus monstrueuse que toutes les autres, et qui subsiste encore

dans la religion, si longtemps inconnue, des Druzes, On sait que les £

Mahométans sont généralement divisés en deux sectes qui s’anathématisent l'une l'autre, sous le nom de sunnites et de schiytes, Les sunnites, qui se regardent comme les orthodoxes, admettent, avec l'Alcoran, une tradition orale et la légitimité de tous les califes qui ont succédé À Mahomet. Les schiytes ou sectaires, ainsi nommés par les sunnites, mais qui s'appellent eux-mêmes d’un nom plus honorable, le parti des justes ou de la justice, sont les partisans d'Al, et ne reconnaissent pour légitimes califes que les descendants d’Ali et de Fatime, sa première femme, fille de Mahomet. De nos jours, les Persans sont schiytes et les Turcs sunnites. Mais dès les premiers temps, les sunnites se divisaient eux-mêmes en deux partis au sujet de l'Alcoran, les uns soutenant qu'il était incréé, les autres, qu'il était créature ; et nous avons vu des califes prononcer la peine de mort, tantôt contre l'un, tantôt contre l'autre parti. Les schiytes se divisaient également en plusieurs sectes secondaires, Ces divisions religieuses augmentaient les divisions politiques,.et réciproquement. En Espagne, les Mahométans reconnaissaient un calife ommiade ; en Afrique et en Égypte, des califes alides ou fatimites ; à Bagdad, des califes abbassides. Une cause nouvelle vint encore multiplier ces diiisions doctrinales : ce fut l'introduction de la philosophie grecque. Chez les Chrétiens, cette philosophie raisonneuse fat une occasion À l'Église d'exposer la doctrine catholique avec plus de clarté, de pri

cision, de méthode, et de faire servir à cela cette philosophie ell- |

4 Labbe, t, 9, p. 817. Baron., an. 1012.

même, où il n”, défendr sifier la Tel é sième « 996, n'e prince r d'Égypt l'Église persécu Un des | était ort à la reli, man, de de son « d'un jou lui, il as passé en pour len je n'ai pr dois faire tour de dernières la gloire durable « a rassasie appelle a ragea ain lésus-Ch: demeuré:

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Acta S,

Av. LXII, — De 991 encera par juger aussi des assemes, et dans celui.

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rès avoir régné À

1e bataille contre Léon, l'an 4098.

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fe ominiade ; en ; à Bagdad, des altiplier ces dinisophie grecque.

| une OCCASION à > clarté, de préhilosophie elle- |

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 359

même. Chez les Mahométans, où la doctrine n’a ni vérité ni ensemble, où il n’y a point d'autorité divinement assistée pour l’enseigner: et la

défendre, la philosophie grecque ne pouvait que multiplier et diversifier la confusion et les divisions déjà existantes.

Tel était l'état général du mahométisme, lorsque Hakem, troisième calife fatimite d'Égypte, succéda à son père Aziz-Billah, en 996, n'étant Agé que de onze ans. Il en régna vingt-cinq. Ce fut ün prince méchant, impie, extravagant, fantasque et cruel. Les Chrétiens d'Égypte étaient généralement unis dans la même foi, et soumis à l'Église romaine # Vers l’an 1003, Hakem commença contre eux la persécution, et fit arrêter dix des principaux catébs ou secrétaires. Un des plus distingués ‘était Abou-Nédjah, surnommé Alkébir, qui était orthodoxe. Hakem, l'ayant fait venir, lui ordonna de renoncer à la religion chrétienne, lui promettant, s’il voulait se faire Musulman, de l'élever à la dignité de vizir et de lui confier l'administration de son empire. Abou-Nédjah demanda et obtint de Hakem le délai d'un jour pour penser au parti qu’il devait prendre. Retourné chez lui, il assembla ses amis ; et, après leur avoir raconté ce qui s'était passé entre lui et Hakem, il leur dit : Je suis prêt à donner ma vie pour le nom de jésus-Christ, En demandant un délai jusqu’à demain, je n'ai point entendu perdre du temps pour délibérer sur ce que je dois faire ; je n’ai voulu que me réserver le loisir de vous réunir aulour de moi, de vous faire mes adieux et de vous instruiré de mes dernières volontés. Maintenant donc, mes frères, ne cherchez point l gloire fragile et passagère de ce monde, aux dépens de la gloire durable et éternelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est lui qui nous arassasiés des biens de la terre, aujourd’hui sa miséricorde nous appelle au royaume du ciel; fortifiez donc vos cœurs. Il les encouragea ainsi par ses discours, et les exhorta à mourir pour le nom de Jésus-Christ, 11 leur fit ce même jour un grand festin ; et, après étre demeurés avec lui jusqu’au soir, ils se retirèrent chacun chez eux.

Le lendemain, Abou-Nédjah se rendit chez Hakem. Le calife, le voyant entrer, lui dit : Eh bien , ton parti est-il pris ? Oui, seigneur, lai répondit-il. Quelle est ta résolution ? lui demanda encore Hakem, C'est, lui dit Abou-Nédjah, de demeurer ferme dans ma religion. Hakem employa d'abord les promesses et les menaces pour le vaintre; mais, n'ayant pu réussir à l'ébranler, il ordonna qu’on lui ôtat ses habits, qu’on l’attachât à deux pieux et qu'on le frappât. Les fouets avec lesquels on exécuta cet ordre étaient de nerfs de bœuf, Il ex leçut d'abord cinq cents coups, qui mirent ses chairs en lambeaux,

l'Acta SS., 8 junii. Parerg., 4, p. 74 et seqa.

360 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIL, — De 99

en sorte que le sang ruisselait de tout son corps. Hakem ‘ayant or. donné qu’on portât le nombre des coups jusqu’à mille, on recommença à frapper Abou-Nédjah. Lorsqu'il en eut reçu encore trois cents, il dit : J'ai soif. On cessa de le frapper, et on en instruisit

: Hakem, qui ordonra de lui donner à boire, pourvu qu'il promit de |

se faire Musulman. On lui présenta donc de l’eau, et on l'instruisit de l'ordre de Hakem. Reportez-lui son eau, dit alors Abou-Nédjah, je n'en ai aucun besoin, parce que Notre-Seigneur Jésus-Christ, le véritable roi, m'a donné à boire. Plusieurs de ceux qui étaient présents, assurèrent avoir vu effectivement dégoutter de l’eau sur a barbe. Après avoir prononcé ces mots, il mourut. On en instruisit Hakem, qui ordonna que l’on complétât sur son cadavre les mil coups &e fouet. Parmi les dix Chrétiens dont nous avons parlé se trouvait aussi le reis Fahd, fils d'Ibrahim. Hakem le fit venirct l'exhorta à embrasser la religion musulmane, en lui rappelant les bienfaits dont il l'avait comblé, et lui promettant d’y en ajouter de nouveaux et de le regarder comme son frère. Sur son refus persévi-

rant, il lui fit couper la tête et ordonna que son corps fût brûlé, Sc. |

vère d'Oschmouneïn, historien du temps, dit que l’on entretint le fon pendant trois jours sous son cadavre sans pouvoir le consumer, et

que sa main droite particulièrement n'éprouva aucune atteinte du |

feu, ce qu’il attribue à ses abondantes aumônes. Il ne refusait, dit-il, à aucun de ceux qui lui demandaient; quelquefois même, lorsque, passant dans les rues à cheval, il rencontrait un pauvre qui sollicitait de Jui une aumône, il portait la main à sa manche ave la certitude de n'y trouver aucunc monnaie ; mais Dieu permettait qu'il y trouvât de quoi faire l’aumône. Des huit autres catebs, quatre succombèrent aux tourments et se firent Musulmans ; les quatre autres demeurèrent fermes etexpirèrent sous les coups. Des quatre qui avaient apostasié, un mourut la nuit suivante, et les trois autres retournèrant à la religion chrétienne après la fin de la perséeution 1.

En 1005, Hakem publia une ordonnance qui enjoignait aux Juifs et aux Chrétiens d'avoir sur leurs habits des marques distinctives, qui

devaient être de couleur noire, parce que cette couleur était celle des À

califes abbassides, et de porter des ceintures. Les Chrétiens furent de plus assujettis à se servir d'étriers de bois, sans qu'il füt permisà aucun d'avoir des étriers de fer. Hakem leur ordonna encore de porter des croix d'une palme de long, et, peu après, il voulut que leur longueur fût d’une coudée, ou, suivant d’autres, d’une coudée et demie, Au lieu de croix, les Juifs furent assujettis à porter à leur cou des billots

© Silv, de Sacy, De la relig'on des Druxes, t. 1. Vie de Halem, p. ca.

à 1024 de

de bois.

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paraître l'on con:

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A LXILI, — De 99!

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à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 361

de bois en forme de pelote, pour représenter la tête de veau qu'ils avaient adorée dans le désert.

Il fit, 14 même année, tant pour les Mahométans que pour les autes, des ordonnances non moins ridicules que tyrann'ques. Par exemple, il défendait de manger de certains légumes et de certains coquillages, parce que les califes abbassides les aimaient : de faire de la bière et d’en vendre, à cause, disait-il, que le gendre de Mahomet, Ali, ne l'aimait pas. Il défendait à tout le monde d'entrer dans les bains sans caleçon; aux femmes, de paraître en public le visage découvert, même en suivant un convoi; aux pêcheurs, de pêcher et de vendre du poisson sans écailles ; à toutes personnes, de se montrer dans les rues et les chemins après :‘ coucher du soleil, et d'y paraitre pour vendre et acheter 1. Partout il fit briser les vases où l'on conservait le vin, et le vin fut renversé dans les rues. Il ordonna de tuer les chiens, et on en tua un si grand nombre, que l'on n'en rencontrait plus aucun. I fit défense à qui que ce fût d'entrer au Caire à cheval, et aux loueurs de montures d'y entrer avec leurs ânes. Il défendit aussi à toute personne de passer auprès de son palais ?,

En 1007, tout au contraire, Hakem ordonna que les portes du Caire demeurassent ouvertes durant la nuit, et que les boutiques fussen: pareillement ouvertes, afin que chacun pût vendre et acheter. On allumait des flambeaux aux portes des maisons et à l’entrée des bazars. Toutes les nuits, le peuple se promenait dans les marcaés et dans les rues, jusqu’au point du jour. Hakem iui-même, suivi de ses plus intimes officiers, sé promenait durant la nuit au milieu de la foule, et tout le monde pouvait l’aborder et lui parler. L'an 1044, il fit brûler les jeux d'échecs; il fit assembler les pêcheurs et leur fit promettre, avec les serments les plus forts, qu'ils ne prendraient point de poissons sans écailles, sous peine, pour les contrevenants, d’avoir la tête coupée. I1 défendit de vendre des raisins secs, et il fut ordonné par écrit d'en empêcher l'importation. Tous les raisins secs qui se trouvaient dans les magasins des marchands furent brûlés. En quinze jours on en' brüla 2,840 caisses, dont la valeur montait à 500 pièces d'or. Il fut défendu de vendre plus de quatre livres de raisins frais à la fois, d'en exprimer et d’en boire le jus ou vin doux, et on ne permit pas d'exposer du raisin dans les marchés. Une grande quantité de raisins fut jetée dans les vies pour y être foulée aux pieds, et l’on jeta à l'eau tous les raisins qui se trouvaient en chargement sur le Nil, On arracha toutes les vignes à Djyzèh, on cueillit le raisin qui

* Silv. de Sacy, De la religion des Druzes, t, 1. Vie de Halkem, De OUT ee ? lbid., p. 312 et 313.

362 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIT. — De 99!

éta à sur les ceps, et il fut jeté sous les pieds des bœufs. La même chose eut lieu dans les provinces, en conséquence des ordres de Hakem. Il fit mettre le scellé sur les magasins de miel à Djyzèh. On apporta toutes les jarres de miel sur le bord du Nil, on les brisa, ct le miel fut #enversé dans le fleuve. On en brisa ainsi cinq mille cinquante et une jarres. On jeta de même dans le Nil cinquante et une cruches de miel de daties. Une pareille ordonnance prohiba les dattes fraîches ; on en amassa une grande quantité qui furent brûlées 1,

Hakem se jouait non-seulement de la propriété et se l'industrie des hommes, inais de leur vie même. Il en disposait aussi capricieusement que de leur fortune. Tantôt il faisait mourir en grand nombre les gens attachés à l’étrier, tels que palefreniers, les valets de pied et autres ; tantôt sa colère tombait sur unè autre. classe. Ses bizarres ordonnances lui en fournissaient toujours un prétexte. Les plus grands personnages, ceux qui lui avaient rendude plus de services, étaient exposés comme les autres. Un général distingué, nommé Fadh!, venait de vaincre et de comprimer une insurrection très-Langereuse: Fadhl éprouva d'abord ia reconnaissance de Hakem. Étant tombé malade, il reçut deux ou trois fois la visite du calife, qui lni donna aussi de grands apanages; mais à peine sa santé fut-elle rétablie, Hakem le fit mourir de la manière la plus cruvlle. Le général, étant entré un jour dans le palais comme de coutume , vit Hakem assis, ayant près de lui un enfant très-joli qu’il avait acheté cent pièces d’or. Hakem, qui tenait à la main un couceau, égorgea cet enfant, prit son foie et ses entrailles et les coupa par morceaux. Le général, saisi d’effroi, rentra chez lui, instruisit sa famille de ce qu’il verait de voir et fit son testament. Environ une heure après, des gens envoyés par Hakem vinrent lui couper la tête 2,

Pour !a religion, même à l'égard des Mahométans, Hakem n’était ni moins bizarre ni moins cruel. Tantôt il ordonnait qu'on prononcit tous les jours, qu’on écrivit même sur les murailles des maisons des malédictions et des anathèmes contre les adversaires d’Ali ; tantôt il ordonnait de les effacer toutes et de n’en plus prononcer une seule, permettant aux sunnites d'exercer librement Jeur culte et même de tenir des écoles p ibliques ; tantôt il revenait à ses premières ordonnances. Et presque toujours les contrevenants étaient punis de mort.

Ceux qui avaient le plus à souffrir de cette humeur bizarre et cruelle de Hakem furent les Chrétiens. L'an 1009, il commenc: contre eux une persécution générale ; il ordonna, ou plutôt il avai déjà ordonné précédemment, de détruire l'église de la Résurrection à

1 Vie de Hakem, p. 355, —? Ibid. p. 327 et 28.

à 1024 Jérusa patriar et tous jusqu'’e voulaie bin su

L'an dans le mes fui souliers plus, il les fené trainte ( mois, € En voi nommé forma « femmes en sorte calife où

Toute aux Juif corda m nisme. !

revinrer rie sorti ses disc.

mission celles qu tiens le:

pris lors aux égli dus, Pa dans leu jettis, ai dans to

Quelle lérance :

Depuis ; ailleurs |

1 Vie de

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, Hakem n’était u’on prononçit les maisons des d’Ali; tantôt il ncer une seule, te et même de emières ordonpunis de mort.

eur bizarre et , il comment:

1 plutôt il avait Résurrection à

à 1024 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 363

Jérusalem; il fit emprisonner et tourmenter cruellement Zacharie, patriarche d'Alexandrie; il y eut ordre de détruire toutes les églises et tous les monastères de l'Égypte. Cette persécution allait croissant jusqu'en 1013, où Hakem permit aux Chrétiens et aux Juifs quine voulaient pas embrasser le mahométisme, de se retirer avec leur bin sur les terres. des Grecs ou dans la Nubie et l'Ahyssinie. :

L'année suivante, 1014, Hakem défendit aux femmes de sortir dans les rues, de jonr comme de nuit ; les bains destinés aux femmes furent fermés. Il fut défendu aux cordonniers de leur faire des souliers, en sorte que leurs boutiques demeurèrent sans usige. De plus, il fut interdit aux femmes de regsrder par les portes ou par les fenêtres, ou de dessus les terrasses des maisons. Cet état de contrainte dura pour elles jusqu’à sa mort, c’est-à-dire sept ans et sept mois, et plusieurs ayant contrevenu à cette loi furent mises à mort. En voici un exemple : Hakem, passant un jour auprès des bains nommés les Bains-d'Or, entendit du bruit dans l'intérieur; il s’informa d’où provenait ce bruit, et ayant appris qu'il y avait des femmes dans ces bains, il ordonna qu'on en murât toutes les issues, en sorte que toutes celles qui s'y trouvèrent y périrent. Tel était ce calife ow ce pape des Musulmans,

Toutefois, de l’an 1017 à l'an 1020, il parut tout autre. Il rendit aux Juifs et aux Chrétiens une pleine liberté de consciénce ; il accorda même aux apostats la permission de retourner au christianisme. Six mille de ces malheureux abjurèrent le mahométisime et revinrent à l’Église dans l’espace de sept jou-3. Le patriarche Zacharie sortit de prison, eut une entrevue avec Hakem, qui, satisfait de ses discours, lui donna une grande ordonnance, contenant la permission d'ouvrir les églises dans tous ses États, et de reconstruire celles qui avaient été détruites. Il fut ordonné de restituer aux Chrétiens les colonnes, les briques, les pierres et le bois qui avaient été pris lors de la démolition ; toutes lesterres et les jardins appartenant aux églises ‘dans toute l'étendue des États de Hakem leur furent rendus. Par la même ordonnance, il dispensa les Chrétiens de porter dans leurs habits les marques distinctives auxquelles ils étaient assujettis, ainsi que leurs eroix, ét il leur permit de sonner les cloches dans toutes leurs églises, suivant leur coutume 1.

Quelle était donc ‘1 cnuse secrète de ce changement, de cette t0lérance surprenanie &acs un pareil despote ? En voici le myslëie Depuis plusieurs années il se tenait, dans le palais de Hakem et ailleurs des assemblées secrètes où il y avait des adeptes, des initiés

! Vie de Hakem, p. 399.

# 364 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv.LXII. — Degyy 4 à 1021 de

et une doctrine occulte. C'était une nouvelle religion. Etcette nou. M tion, fais velle religion consistait à croire et à enseigner que Hakem était dieu, MA la vraie i Un Persan, nommé Darazi, fut le premier qui se mit à enseigner M méconnc publiquement que Hakem était le dieu créateur de l’univers, et à M Hakem. inviter le peuple à ‘embrasser cette docirine. Il composa un livre dans M plus tolé: lequel il disait que l'âme d'Adam avait passé dans Ali; que l'âme À tique pot d’Ali avait passé dans les ancêtres de Hakem, et s’était enfin arrêtée M et de son dans ce prince. Il s’empara ainsi de l'esprit de Hakem, qui l’admit Ons'ét près de lui, lui abandonna la conduite des affaires et l'éleva au rang homme.

le plus éminent, en sorte que les vizirs, les commandants des troupes Î par Sa SŒ et les serviteurs du prince étaient obligés de lui faire la cour, @ M cette im n'obtenaient aucune décision du souverain que par son entremise, M philosopl Le but de Haken: était de les accoutumer à une soumission aveugle ME du gouve envers ce Darazi. Celui-ci fit paraître le livre qu’il avait composé, D rrès-igno et le lut dans une mosquée du Caire. Le peuple, l'ayant entendu, M [ls se mir en fut très-choqué et se jeta sur lui pour le tuer, mais il s’enfuit monde, € dans la Syrie. Hakem n’osa pas prendre ouvertement le parti de M Par uner l'imposteur, mais il lui fit passer secrètement de l'argent, ‘et lui fit MW des Juifs

dire de répandre sa doctrine dans les montagnes, où il tronverait M messes et un peuple grossier et disposé à adopter les nouveautés. Darazi vint M mier et de donc dans les montagnes et les vallées du Liban. 11 lut son livre aux M mée dans habitants de cette contrée, les invita à reconnaître Hakem pour dieu, @ Qu'ils app leur distribua de l'argent, leur insinua le dogme de la métempsy- M rent dans cose, leur permit l'usage du vin et de la fornication, et leur aban- M comme a donna les biens et la vie de ceux qui refuseraient d’embrasser leur M Avec tout croyance. Tel fut le commencement, et tel est le fond, si longtemps M réussir, e

inconnu, de la religion des Druzes 1. manqué d Darazi ne fut pas le seul qui se chargea de faire reconnaitre a R dans l’ada divinité de Hakem. Un autre imposteur entreprit de faire valoir ses MR Ces im

prétentions, et le fit, à ce qu'il paraît, avec plus de succès. C'est celui M ctles sch que les Druzes regardent encore aujourd’hui comme l’auteur de leur M voite cont système religieux. C'était encore un Persan, nommé Hamza. Ii en- M de Rome seignait que Hakem était la divinité personnifiée, et que lui, Hamza, À punir de était son intelligence primordiale ?. Il avait donc douze apôtres et M siècles du plusieurs autres disciples, qu'il envoya en mission dans l'Égypte et LR leur force ses dépendances, et dans la Syrie. Pour gagner les Juifs, ces émis- ÆR core, bien saires parlaient mal des Chrétiens et des Musulmans ignorants ; ils @ combats c disaient que Jésus n'était pas le vrai Messie, mais qu’il était encore À pour cons à venir, insinuant peu à peu que c'était Hakem. Pour gagner les D principale Chrétiens, iis parlaient mal des Juifs et des Musulmans sans distinc- @ Le pape D lutte armé Vic de Hakem, p. 284. — 2 Ibid. p. 387. | antidieu d

Liv. LXIL, — De 9:

on. Et ‘cette nou- Hakem était dieu, > mit à enseigner le l’univers, et à posa un livre dans Ali; que l'âme tait enfin arrêtée kem, qui l’admit et l'éleva au rang dants des troupes faire la cour, et r son entremise, umission aveugle il avait composé,

l'ayant entendu, , mais il s’enfuit ment le parti de argent, ‘et lui fit

où il trouverait autés. Darazi vint

lut son livre aux lakem pour dieu, de la métempsyon, et leur aband’embrasser leur nd, si longtemps

re reconnaitre la e faire valoir ses uccès. C’est celui

> l’auteur de leur à é Hamza. Ii en- !

que lui, Hama,

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dans l'Égypte et s Juifs, ces émis-

ns ignorants ; ils $

u’il était encore Pour gagner les

ans sans distinc- $

à 1024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 365

tion, faisaient profession du symbole chrétien, mais en donnaient

la vraie interprétation allégorique, disant que les Chrétiens avaient |

méconnu le Paraclet, et que le Paraclet allait venir ; c'était encore

Hakem. Voilà pourquoi ce tyran impie et atroce finit par se montrer :

plus tolérant envers les Juifs et les Chrétiens ; c'était un moyen poli-

tique pour les séduire et se faire adorer lui-même à la place de Dieu .

et de son Christ. .

Ons'étonnera qu’une impiété paréille-ait pu entrer dans la tête d’un

homme. Huit siècles après la mort de Hakem, qui ft tué l'an 1090 :

par sa sœur qu’il voulait faire mourir, nous avons vu la répétition de cette impiété en France. Vers l’an1890, il s’y était foriné une secte philosophique, composée de jeunes gens tels qu’en forment les écoles du gouvernement, très-instrüits dans les sciences matérielles, mais tès-ignorants ou très-superficiels dans la science du christianisme: Ils se mirent dans la tête que le catholicisme ‘était mort dans tout le

monde, comme il l'était dans leur cœur, et qu’il fallait le remplacer .

par une religion nouvelle. Ils se chargèrent de la besogne : il y avait des Juifs parmi eux. Après plusieurs années de pompeuses pro-

| messes et de philosophiques élucubrations, ils promulguèrent le pre-

mier et dernier article de leur Credo: c'est queladivinités’était résumée dans l’un d’entre eux , homme assez médiocre, nommé Enfantin, qu'ils appelèrent dès lors père suprême. Ces enfantiniens se répandirent dans les villes pour accréditer la divinité de monsieur Enfantin, comme autrefois les hakémites pour accréditer eelle du calife Hakem.

j Avec toutes les lumières du dix-neuvième siècle, l’entreprise n’a pu

réussir, et aujourd'hui encore, 1841, monsieur Enfantin, ce dieu manqué de la science moderne, est réduit à vivre d’un emploi obscur dans administration des ponts et chaussées.

Ces impiétés anciennes et récentes, aussi bien que les hérésies ctles schismes, ne sont que des phases diverses de la grande révoite contre Dieu et son Christ. Nous avons vu les empereurs païens de Rome idolâtre. se faire adorer avec elle, comme des dieux, et punir de mort lé Chrétien qui s’y refusait ; nous verrons, dans les sècles du moyen âge, certains empereurs allemands employer toute eur force pour ramener cette idolâtrie politique : aujourd'hui encore, bien des gouvernements ne se proposent pas autre chose. Les combats que l’Église catholique est obligée de leur livrer sans cessé, pour conserver l'honneur de Dieu et de son Christ, sont la partie principale de son histoire. :

Le pape Silvestre If fut le premier qui donna le signal pour la lütte armée de la chrétienté entière contre l'empire antichrétien et

É antidieu de Mahomet et de Hakem. Les empereurs de Constantinople,

(ni

366 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIT. — De 991

Nicéphore II et Zimiscès, avaient porté avec succès leurs armes en Syrie : cette guerre continua sous Basile H. Par contre-coup, les Chrétiens de Jérusalem et de Palestine eurent beaucoup à souftrir des Mahométans, même avant la persécution de Hakem. Leurs voix plaintives, le bruit de leurs: souffrances étant venus en Occident, y causèrent une émotion profonde. Le chef spirituel de l'univers chrétien, qui l'est en particulier de l’Europe chrétienne, écrivit une lettre, au nom de Jérusalem dévastée, à l'Église universelle, Elle est conçue en ces termes.

« L'église qui est à Jérusalem, à l'Église universelle qui commande aux sceptres des royaumes. Commetu jouis d’une santé vigoureuse, épouse immaculée du Seigneur, dont je me confesse êtreun membre, j'ai le plus grand espoir de pouvoir, par toi, relever la tête presque entièrement brisée. Pourrais-je avoir de toj quelque défiance, toi la maîtresse des choses, situ me reconnäis pour tienne? Ce fameux désastre dont j'ai été frappée, est-il quelqu'un des tiens qui doive le regarder comme ne l’intéressant pas etle dédaignercomme la dernière des choses ? Quoique je sois abattue maintenant, l'univers a eu cependant en moi sa partie la meilleure. C'est à moi les oracles des

teur. Car, encore que, selon la divinité, il soit partout, c’est ici toutefois que, selon l'humanité, il est né, ila souffert, il a été enseveli, il a été élevé dans les cieux. Mais comme le prophète a dit : Son sépulcre sera glorieux ; les païens détruisant les lieux saints, le démon cherche à le rendre sans gloire. En avant uonc, soldat du Christ, sois le porte-étendard et le compagnon de bataille; et ce que tu ne peux par les ar:nes, fais-le par le secours du conseil et des richésses. Qu'estce que tu donnes, et à qui le donnes-tu ? Tu donnes peu de beaucoup, et tu le donnes à celui qui t’a donné gratuitement tout ce que tu as, et qui cependant ne le reçoit pas gratuitement ; mais il le multiplie ici-bas et le récompense dans l’avenir. Par moi il te bénit, afin que tu profites par tes largesses, et il remet les péchés, afin que tu vives et règnes avec lui 1,»

Tel est le programme politique de l'Europe chrétienne à l’encontre du mahométisme ; programme tracé à la fin du dixième siècle ou au commencement du onzième, par le premier Pape d’origine française ; programme à l'exécution duquel l'Europe n’a cessé de travailler et ne cesse de travailler encore, tan{ôt par la force de la per-

1 Gerbert, Epist, 28 Huuq., t. 10, p. 426. Duchesne, t. 2, Bibl PP.,t. 11.

41024 de

suasion,

négociati lement 1 travailler quité, dé triomphe sur la jus Chacun « versemen chrétien chrétienn lique co:

l'autre, nation pli manité et cette grac servent I qu'homm vent le se rois, ils d vent faire ila natio tienne, pa taient poi grand jou combattu qustin ni en avait t

| parlait ass

Quand « Babylone, vers l’an 4 C'était à 1’ lorien du t nombrable Yavait gra habitueller hardis de esclave fu habit de p<

1 Lib, ad

v.LXIT. — De 991

leurs armes en Dntre-coup, les Coup à soufirir 1m. Leurs voix en Occident, y l'univers chréécrivit une let.

rselle. Elle est

qui commande nté vigoureuse, treun membre, la tête presque défiance, toi la Ce fameux désqui doive le reime la dernière ivers a eu celes oracles des ci que sortirent d'ici que l’univé son rédempt, c'est ici tou-

a été enseveli, a dit : Son sérints, le démon du Christ, sois que tu ne peux ‘hesses. Qu'est-

peu de beauent tout ce que mais il le muloi il te bénit, ichés, afin que

ne à l'encontre ème siècle ou d’origine fran- , cessé de trace de la per-

L PP,,t. 11.

411024 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOi'QUE. 367

suasion, ‘tantôt par la force .des armes, tantôt par le moyen des négociations diplomatiques. Et chacun, selon ses moyens, non-seulement le peut, mais le doit; car chacun, selon ses moyens, doit travailler au triomphe de la vérité sur l'erreur, de la justice sur l'iniquité, de l'humanité sur la barbarie. Or, le mahométisme est le triomphe ou plutôt l'usurpation de l'erreur sur la vérité, de l’iniquité sur la justice, de la barbarie sur l'humanité et la civilisation véritable. Chacun doit donc, selon ses moyens, travailler à redresser ce renversement des choses ; l'individu chrétien comme individu, le roi chrétien comme roi, la nation chrétienne comme nation, l’Europe chrétienne comme Europe, l'humanité chrétienne ou l'Église catholique comme humanité régénérée par le Christ. L'un doit plus que l'autre, parce qu'il peut plus ; le roi plus que l'homme, le roi et la ration plus que le roi seul, l'Europe plus qu'une nation isolée, l'humanité entière plus que l'Europe. Saint Augustin avait déjà signalé «te gradation du devoir, suivant la gradation du pouvoir. Les rais servent Dieu et doivent le servir, disait-il, autrement en tant qu'hommes, autrement en tant que rois ; comme hommes, ils doivent le servir en faisant ce que doivent faire tous les autres ; comme rois, ils doivent le servir, er: faisant pour son service ce que ne peurent faire que les rois 1. Saint Augustin n’étend point cette gradation

il nation chrétienne, à l'Europe chrétienne, à l'humanité chrétienne, parce que cette nation, cette Europe, cette humanité n’exis-

hient point encore. Si, depuis qu’elles existent et se montrent au sand jour, certains auteurs, comme Fleury, ont méconnu et même combattu cette gradation naturelle, la faute n’en est ni à saint Au-

sustin ni à la chose même : saint Augustin avait posé le principe et

en avait tiré la première conséquence ; la chose, d’un autre côté,

parlait assez d’elle-même.

Quand on apprit en Occident que le calife du Caire, nommé alors Babylone, avait fait abattre l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, vers l'an 1009, tout le monde fut persuadé, surtout en France, que Cétait à l’instigation des Juifs. Voici comme le raconte Glaber, hisrien du temps. Les Juifs étaient indignés de voir une multitude intombrable de Chrétiens aller en pélerinage au Saint-Sépulcre. Or, il Yavait grand nombre de Juifs à Orléans, où. le roi Robert faisait labituellement sa résidence, et c’étaient les plus fiers et les plus hardis de tous. Iis gagnèrent donc par argent un nommé Robert, esclave fugitif du monastère de Melleray, qui courait le monde en bit de pélerin, et l'envoyèrent avec des lettres écrites en caractères

‘Lib, ad Bonif., Epist. 185, n. 19, Cont. Petil., 1, 2, n, 210,

Le ii

308 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIE — De 99:

hébraïques et enfermées dans un bûton, adressées au prince de Babylone, qui portaient que, s'il ne faisait promptement détruire cette maison si vénérable aux Chrétiens, ceux-ci le dépouilleraient bientôt de son royaume. Le prince, alarmé, envoya des £ens à Jérysalem, qui renversèrent l'église de fond en comble. Ils s'efforcèrent même de rompre, avec des masses de fer, la grotte du: Saint-Sépulcre. On sut ensuite, par tout le monde, que ce désastre était arrivé par la malice des Juifs ; et les Chrétiens résolurent, d'un commun consentement, de les bannir de toutes leurs terres. Ainsi la haine publique éclatant contre.eux, on les chassa des villes, plusieurs furent noyés, d’autres tués par le fer et par d'autres genres de mort, quelques-uns se tuèrent eux-mêmes, en sorte qu'il en paraissait pen dans la chrétienté. Les évêques firent défense à tous les Chrétiens d’avoir avec eux aucun commerce d'affaires, ordonnant toutefois de recevoir ceux qui voudraient se convertir. Ainsi, plusieurs se firent baptiser par la crainte de la mort, et revinrent peu après à leur ancienne façon de vivre.

Sur ces entrefaites, revint à Orléans le LS de la lettre q qui avait fait tant de mal. Il chercha soigneusement s'il trouverait encore quelques Juifs de ses complices ; il en découvrit encore quelque peu dans la ville, et se mit à les fréquenter. Mais il fut reconnu par un pélerin qui avait voyagé avec lui en Orient, et qui connaissait avec une entière certitude le but secret de son voyage. Il apprit à tout le monde, et publiquement, de quel. désastre ce petit homme avait été porteur, et pour quelle cause il était gorgé du bien des Juif. Aussi, ce dernier fut pris et fouetté si rudement, qu'il avoua son crime; les ofliciers du roi le condamnèrent au feu, et il fut brûlé hors de la ville, à la vue de tout le peuple. Cinq ans après la ruine de cette église, les Juifs, qui s'étaient cachés en divers lieux, recommencèrent à paraître ét se rétablirent comme auparavant. La même année, la mère du prince de Babylone, c'est-à-dire de Hakem, qui était Chrétienne et se nommait Marie, commença à rebâtir l’église du Saint-Sépulcre; et une multitude incroyable de personnes de tous pays allèrent à Jérusalem, et donnèrent de grandes sommes pour contribuer à ce bâtiment. Voilà ce que rapporte Glaber 1. Peu de temps après, c'est-à-dire l'an 4012, le roi d'Allemagne, saint Henri, fit également chasser les Juifs de Mayence.

Quant à la mère de Hakem, on sait d’ailleurs que son père Ai avait épousé une femme chrétienne, dont il eut une fille, et qu'en considération de cette femme, il fit patriarches ses deux frères,

1 Glab., 1, 8, €. 7. Bouq., t, 10. Chron. sas.

4 1024 de

Jérémie liques !

toutefois pour sa Le | salem 2 Hakem l'an 40€ neuf jou Pape, il Ce préla des Opf Saint-Si fitun a les Gaul faire son une secc et leur o tèrent. I de Laon son souv noulfe d semaine et privilé baye de diocésair donner moindre à y faire.

sur leurs En 16 trouva le verture d ificaux, très-agré cendres, Silvest parce qu pris le nc

1 Elmac an, 1003.

{v. LXIL. — De 99!

u prince de Batement détruire dépouilleraient des ‘ens à Jéru- Ils s'efforcèrent te du Saint-Sélésastre était arrent, d'un comterres. Ainsi la villes, plusieurs genres de mort, n paraissait peu as les Chrétiens ant toutefois de usieurs se firent près à leur an-

de la lettre qui rouverait encore ore quelque peu reconnu par un connaissait avec apprit à tout le it homme avait

bien des Juifs.

qu'il avoua son , et il fut brûlé près la ruine de UX, r'ecommenvant. La même de Hakem, qui bâtir Péglise du rsonnes de tous »s sommes pour slaber 1, Peu de ne, saint Henri,

e son père Aziz > fille, et qu'en es deux frères,

4 1024 de l'ère clur.] DE L'.GüLISE CATHOLIQUE. 369

Jérémie de Jérusalem, et Arsène d'Alexandrie, tous deux catholiques !. Mais il n’est pas dit qu’elle fût réellement la mère de Hakem ; toutelois, «mme elle était femme de son père elle pouvait pâsser pour 4 inère en Occident.

Le pape Silvestre If, dont la lettre au nom de l'église de Jérusalem avait peut-être servi de moyen aux Juifs pour pousser le calife Hakem à détruire l’église du Se:nt-Sé 6, était mort le 41 mai de lan 4003, après avoir occu/ Sicge quatre ans un mois et neuf jours. Outre les affaires que nous lui avons vu régler comme Pape, il établit Léotheric, archevêque de Sens, primat des Gaules. Ce prélat, élu canon 1ement pour gouverner l’église de Sens, trouva des oppositions dans son clergé, qui l'obligèrent de recourir au Saint-Siége. Le pape Silvestre, dont il avait été disciple à Reims, lui litun accueil des plus gracieux et lui donna la primatie sur toutes les Gaules. Étant de retour à Sens, le comte Fromond, qui voulait faire son fils archevêque, empêche on installation et l'obligea d'aller une seconde fois à Rome. Le Pape écrivit aux suffragants de Sens, et leur ordonna de s’assembler et de le consacrer ; qu'ils exécutèrent. Il écrivit une lettre très-sévère à Adalbéron-Ascelin, évêque de Laon, accusé de plusieurs crimes, entre autres de félonie envers son souverain et de trahison envers son métropolitain, qui était Arnoulfe de Reims. Il le cite au concile de Rome, qui devait se tenir la semaine de Pâques. Par une autre lettre, il confirme les immunités etpriviléges que deux de ses prédécesseurs avaient accordés à l’abbaye de Vezelay en Bourgogne, et défend à tout évêque, même au diocésain, d'entrer dans le monastère, d'y chanter la messe, d'y ordonner aucune station, sans l'invitation de l'abbé, ni d'exiger la moindre chose pour les fonctions de l'ordre épiscupal qu’il viendrait à y faire. L’on a encore du pape Silvestre II un tiscours aux évêques sur leurs devoirs, dans lequel il parle fortement contre la simonie 2.

En 1648, comme on réparait l’église de Saint-Jean de Latran, on trouva le corps de Silvestre II, dans un cercueil de marbre. A l’ouverture du monument, il parut tout entier, avec ses ornements pontficaux, la mitre en tête et les bras en croix, et il répandit une odeur tès-agréable. Un moment après, l’action de l'air réduisit le tout en cendres, à la réserve d’une croix d’argent et de l'anneau pastoral 3.

Silvestre IL eut pour successeur Jean, dix-septième du nom, soit parce que l’on compte pour le nombre l’antipape Francon, qui avait pris le nom de Jean, soit un autre Pape de même nom qui mourut

! Elmacin,p. 247. — ? Labbe, t. 9, p.157 et 179. Mabill., Anaiect. — 5 Baron., an, 1003.

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