‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 51 sur 72 · DE 1024 À · texte numérisé non relu

DE 1024 À

Le pape saint Léon IX et son époque.

L'empereur saint Henri avait passé de la terre au ciel le 44 jtillet 1024. Comme roi de Germanie, il eut pour successeur Connd IT, duc de Franconie, surnommé le Salien ou le Salique, parce qu'il était issu de la même noblesse des Francs que le roi Clovis ; cest du moins l'interprétation la plus plausible que l’on donne de ce nom. Conrad IT descendait, par les femmes , d’Othon le Grand. II fut élu dans une diète assemblée entre Worms et Mayence, et couronné dans cette dernière ville le 8 septembre 1024, fête de la Nativité : de la sainte Vierge.

Tous les suffrages des électeurs venaient de se réunir en sa faveur, lorsqu'on observa qu'il était parent au cinquième degré avec sa femme Gisèle. Comme les lois de l'Église étaient alors plus sévères à cet tgard que de nos jours, plusieurs furent ébranlés par cet incident. On pressa Conrad de quitter sa femme s'il voulait être roi. Il répondit qu'il aimait mieux renoncer à la couronne d'Allemagne que de quitter son épouse. Cette réponse généreuse, les grâces et les vertus de Gisèle charmèrent l'assemblée ; l'Église usa de dispense : Conrad tt Gisèle furent couronnés l’un et l’autre. i

Le nouveau roi, entouré des évêques et des princes, serendait en A Q s'ande pompe du palais a l’église pour la solennité du couronnement, (18

lorsque trois malheureux se présentèrent devant lui : c’étaient un serf de l'église de Mayence, une veuve délaissée et un orphelin sans secours, Conrad s'arrêta. Pendant que ces pauvres gens lui expotient leurs plaintes, un. des seigneurs lui remontra que le service divin allait commencer , et le pria de ne pas le retarder en donnant audience à ces personnes. Et quand je retarderais le service divin, reprit Conrad, qu'y aurait-il? Ceux-ci, en montrant les évêques, m'ont enseigné qu'il vaut mieux faire soi-même effectivement son devoir que d'apprendre seulement des autres qu’il faut le faire. Ce 1e sont pas ceux qui entendent la parole, m'a-t-on dit, qui seront

lors empereur de-

1e avec son ami, le se de Cambrai, et eu à [voy, sur le bourg. Le jour de ait le voir, alla auvue solennelle, qui ore plus intime, ils aitèrent de l’état de surtout les moyens ir à la chrétienté, retrouver à Pavie, r leurs projets ?.

e les accomplir sur , déjà malade, k lade encore, la fête tous les grands de e de Grone, âgé de quel l'Église honore les parents de l'imis la rends vierge,

— ? Ex Chron. Came

426 HISTOIRE UNIVERSELLE Liv. LXUI. — De 1024

justifiés, mais ceux qui la mettent en action. Conrad écouta tran- parti quillement les suppliants, et les renvoya consolés. A peine eut-il mêm

avancé de quelques pas, qu’un autre se présenta, qui se plaignit L’ ï d'avoir été injustement dépouillé de ses biens. Conrad le prit par la profe 1 main, l’écouta attentivement. et commanda à un des grands de sa dés ; suite d'examiner incontinent la plainte de‘cet homme et de lui faire qui | F justice sans délai. Heureux le peuple dont le roi est plus émpressé quelc de faire son devoir que de recevoir la couronne et les hommages de tous:

ses sujets! Cette réflexion est du biographe contemporain de Conrad, ne pl

À l'église, l'archevêque Aribon de Mayence, avant de conférer au si gr

nouveau roi l'onction sacrée, lui dit, entre autres choses, dans son biogr allocution : Toute puissance vient de Dieu, source unique et sainte Arib

de toute grandeur, de toute dignité, de tout pouvoir. C'est un péché à Co d'autant plus terrible à ceux qui, au lieu de sanctifier la puissance parer qui leur est confiée en en usant avec justice et sagesse, en abusent Pe scandaleusement et la profanent par l’orgueil, l’avarice, la volupté, «aive

la cruauté et toute espèce d'injustice. Ces prévaricateurs couronnés magr

se présentent à eux-mêmes et à leurs peuples la coupe de l'iniquité doric

et de la perdition. Disu éprouve ét châtie ceux qu'il veut élever. d'étai

C'est pour cela que sa sagesse vous envoya jusqu’à présent, Ô roi, joyau

bien des peines ; c’est pour cela que Dieu à permis que vous soyez était

tombé dans la disgrâce du roi, votre prédécesseur, jusqu'au moment avait.

oùson visage vous devint de nouveau gracieux. Tout cela n’est arrivé près (

que pour vous apprendre à compatir à ceux qui pâtissent'et à avoir des r

pitié de ceux qui pourraient un jour s'attirer votre disgrâce. Vous occu

venez de monter au plus haüt degré de la grandeur terréstre : car épou:

vous êtes maintenant un lieutenant du Christ. Mais celui-là seul est comn

un:vrai souverain, un vrai lieutenant du Christ, qui suit l'exemple saire

du Ch: ‘5t dans toutes ses actions. Commander ici sur la terre est un fire:

grand bonheur ; mais c'en est un bien plus grand de mériter dans le et off ciel la couronne d’immortalité. Dieu demande maintenant de vous l'Évai beaucoup et de grandes choses. La plus grande et la principale, ligieu: c’est que vous mainteniez la justice, que vous conserviezla paix dela propr patrie; que vous soyez toujours un doux protecteur des églises, du ibm clergé, des veuves et des orphelins. Enfin, toute notre église vous | fidélit supplie avec moi de pardonner à tous ceux qui ont jamais pu vous pleur offenser. Parmi eux se trouve un homme noble et libre, nommé Cui Othon, qui s’est attiré à un haut degré votre disgrâce. Nous vous Æ a supplions particulièrement pour lui, afin que, oubliant les offenses la der qui vous ont été faites, vous lui pardonniez parfaitement comme à lui ra

ious ies autres, et cela par amour pour Dieu, qui, aujourd’hui, vous transforme en un autre homme, a même remis en vos mains une

1 Wi

Liv. LXUT, — De 1024

nrad écouta tranés. À peine eul-il a, qui se plaignit nrad le prit par la des grands de sa nme et de lui faire est plus émpressé L les hommages de porain de Conrad, ant de conférer au ; choses, dans son unique et sainte ir. C'est un péché ifier la puissance \gesse, en abusent arice, la volupté, cateurs couronnés ‘oupe de l’iniquité qu'il veut élever.

l'à présent, Ô roi, s que vous soyez jusqu’au moment ut cela n’est arrivé âtissent'et à avoir re disgrâce. Vous eur terrèstre ; car s celui-là seul est ui suit l'exemple sur la terre est un le mériter dans le intenant de vous > et la principale, rviezla paix dela ar des églises, du notre église vous t jamais pu vous et libre, nommé râce. Nous vous liant les offenses tement comme à aujourd'hui, vous n vos mains une

partie de sa toute-puissance, et qui un jour vous pardonnera de même vos fautes et vous fera une égale miséricorde.

L'archevêque avait parlé en pontife inspiré de Dieu : le roi :était profondément ému. Conrad promit d'accomplir tout ce que l'Église demandait, et pardonna publiquement et à haute voix à tous. ceux qui l'avaient jamais offensé comme particulier, Rarement.'on vit quelque chose de plus touchant. Ravis de cette piété magnanime, tous les assistants pleuraient de joie; et.il eût fallu être de fer. pour ne pleurer point en voyant une si grande puissance pardonner de si grandes offenses. Ce sont les parles d’un témoin oculaire, le biographe Wippon !. Conrad fut ainsi couronné par l'archevêque Aribon de Mayence ; sa femme Gisèle le fut quelque temps après, à Cologne, par l'archevêque Rilgrio, qui accorda la dispense de parenté.

Pendant l'interrègne qui suivit la mort de l'empereur saint Henri,

à 1054 de l'ère chr.]

FE veuve, l’impératrice sainte Cunégonde, avait gouverné l'Alle-

magne, idée de ses deux frères, Henri, duc de Bavière, ét Théo-

| doric, évêque de Metz. Quand elle vit Conrad élu, elle déclara que

c'était le vœu de son époux défunt, et lui remit les insignes et les joyaux de l'empire. Ce qui occupait alors la sainte impératrice, était la fondation d’un monastère, en exécution d'un vœu qu’elle avait fait dans une dangereuse maladie : c'est le monastère de Kaffung, près de Cassel, dans le diocèse de Paderborn. Elle voulait y mettre des religieuses de l’ordre de Saint-Benoît; mais tandis qu’elle était occupée de ce pieux établissement, la mort lui enleva l'empereur son époux. Elle pria et fit prier pour le repos de son-âme ; elle le recommanda surtout à la piété de ses religieuses. Le jour anniversaire de sa mort, elle assembla un grand nombre d'évêques pour faire la dédicace de l’église de Kaffung; elle assista à la cérémonie et offrit sur l’autel un morceau de la vraie croix; après la lecture de l'Évangile, elle quitta ses habits d'impératrice et prit l'habit de religieuse : c'était une robe fort pauvre, qu'elle avait travaillée de ses propres mains ; on lui coupa les cheveux, l’évêque de Paderborn lui mit le voile sur la tête et lui donna un anneau pour gage de la fidélité qu’elle devait à son divin époux. La plupart des assistants pleuraient sur eux-mêmes et se réjouissaient pour elle.

Cunégonde, après sa consécration, parut avoir entièrement oublié son ancienne dignité. Elle se regardait dans la communauté comme là dernière des sœurs, et ne craignait rien tant que ce qui aurait pu lui rappeler ce qu'elle avait été dans lo monde, A la prière et à la

1 Wippon, Vita Chunrad, Script. rer. germ. Pistorius, t, 8.

es en

HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXUL, — De 1024

lecture, elle joignait le travail des mains et d’autres pénitences. Son plus grand plaisir était de visiter et de consoler les malades. Elle traitait durement son corps, mesurant ce qu’elle lui accordait sur le simple besoin et non sur la convoitise de la chair. Ce fut ainsi qu'elle passa les quinze dernières années de sa vie. A la fin, ses mortifications affaiblirent considérabiement sa santé, et l’on eut tout lieu de craindre pour sa vie. Le monastère de Kaffung et la’ ville de Cassel ne pouvaient penser, sans une très-vive douleur, que la sainte allait bientôt leur être enlevée. Cunégonde seule ne s’afligeait point de son état ; elle était couchée sur ur rude cilice, quoique près de rendre l'esprit; et, dans le moment même qu’on récitait pour elle les prières des agonisants, s'étant aperçue qu’on préparait un drap mortuaire brodé en or pour mettre sur son corps, elle changea de couleur et ordonna, par signe, qu’on l’ôtât. On ne put la tranquilliser qu’en lui promettant de l'enterrer avec son habit de religieuse. Elle mourut le 3 mars 1040. Son corps fut porté à Bamberg et inhumé à côté de celui de i’empereur. Le pape Innocent HI la canonisa solennellement en 1400. Il s’opéra plusieurs miracles à son tombeau ou par son intercession. La plus grande partie de ses reliques est encore à Bamberg 1. :

Conrad cependant parcourait les diverses provinces de l'Allemagne, rétablissant ou raffermissant partout la paix et le bon ordre. Son nom devint bientôt célèbre : on le comparait à Charlemagne. Dès ses premiers voyages, il fit sur le système féodal une ordonnance qui témoigne de son amour pour la justice et en même temps de sa profonde politique. Les vassaux se partageaient en trois classes. La première consistait dans les princes du pays, les ducs, comtes, margraves, évéques et abbés. On les nommait jusqu'alors vassaux de l’empire. Ilsn’avaientd’autre seigneur que le roi. Mais, dans leur domaine, habitaient encore d'autres vassaux qui avaient reçu d’eux soit des fiefs de l’empire, soit des fiefs particuliers. On les appelait vassaux inférieurs ou médiats ; toutefois, ceux qui possédaient des fiefs de l'empire avaient le pas sur ceux qui ne possédaient que des fiefs privés. Dans l’une de ces deux dernières classes était entrée peu à peu la plus grande partie des propriétaires libres, qui, ne se voyant pas souvent assez forts pour se défendre eux-mêmes, cherchaient à s'assurer la protection d’un plus puissant, en recevant de lui un fief ou même en lui cédant leurs propres terres, pou les tenir de lui comme ses vassaux. Mais les princes traitaient ces vassaux inférieurs avec une arrogance et une exigence toujours croissantes ; ils en vinrent au point que,

Acta SS., 3 mart.

à 1054 par pt les ver donc grands même de l’en le roi I de leu sa fâm les prit leurs fi que pc leurs p blesse :

Roi « charmé palais à mands, où pour bord q:

| royaum

pays, il alors à

toi, ou là digni en écriv nages 0!

prits. B de confi:

d'entre Verceil « cher am nerai un de cœur, l'avenir.

voulez fa là merve Yous ai € ous ne ]

p'ous le d

‘Kerr, b 10, p. ET

. LAN. — De 104

pénitences. Son es malades. Elle accordait sur le > fut ainsi qu’elle 1, ses mortificaeut tout lieu de a'ville de Cassel ie la sainte allait eait point de son > près de rendre ir elle les prières | drap mortuaire ea de couleur et uilliser qu’en lui . Elle mourut le 1humé à côté de a solennellement eau ou par son es est encore à

de l'Allemagne, ordre. Son nom ne. Dès ses prenance qui témois de sa profonde es. La première margraves, évél'empire. Ilsn’anaine, habitaient fiefs de l’empire, férieurs ou mél'empire avaient ivés. Dans l’une u la plus grande is souvent assez ssurer la protecou même en lui me ses vassaux.

c une arrogance t au point que,

à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

par pur caprice et sans aucune raison, ils leur Ôtaient leurs fiefs et les vendaient à d’autres. Le vœu général des vassaux inférieurs était donc d'être délivrés de cet arbitraire et de cette oppression des grands vassaux, d'obtenir sécurité pour leur possession, et par Ià même l’hérédité de leurs fiefs. Depuis longtemps les grands vassaux de l'empire s’efforçaient de rendre leurs duchés héréditairés, comme le roi le trône. Conrad n'eut garde d'accorder aux princes l’hérédité de leurs, grands domaines : il chercha plutôt à les faire entrer dans s famille. Ce fut tout différent pour les vassaux inférieurs. les prit sous sa protection contre les grands vassaux, ordonna que kurs fiefs seraient héréditaires, ec qu'ils ne pourraient leur être ôtés que pour crime et seulement en vertu d’une sentence juridique de kurs pairs. Par cette loi, Conrad gagna les cœurs de toute la noblesse allemande 1, Roi d'Allemagne, Conrad ne l'était pas encore d'Italie. En 1024, charmés de la mort de l'empereur Henri, les Italiens détruisirent le palais impérial qui était à Pavie: et, voulant secouer le joug des Allemands, ils offrirent la couronne au roi Robert de France, pour lui Où pour son fils aîné Hugues, surnommé le Grand, Robert eut d'abord quelque envie d'accepter ces offres et même de s'emparer du j loyaume de Lorraine ; mais voyant Conrad en force dans ce dernier pays, il congédia les ambassadeurs lombards. Ceux-ci s’adressèrent alors à Guillaume, duc d'Aquitaine, le demandant lui-même pour wi, ou bien son fils, de même nom, avec l'espoir d'obtenir un jour k dignité impériale. Guillaume, qui était aussi prudent que pieux, écrivit à son ami Léon, évêque de Verceil. Dans un de ses pèlerinages ordinaires à Rome, il sonda lui-même la disposition des esbrits. Bientôt il remercia les Italiens de leurs offres, à cause du peu de confiance qu’on pouvait avoir en leur parole ?, En effet, plusieurs d'entre eux avaient appelé le roi Conon ou Conrad. L'évêque .de Yerceil écrivit alors au duc d'Aquitaine : Ne vous afligez pas, trèsher ami, si les Lombards vous ont trompé. À coup sûr, je vous doniérai un excellent conseil, si vous voulez m'en croire. Soyez homme decœur, ne vous inquiétez point du passé, soyez sur vos gardes pour l'avenir, Mandez-moi par le plus fidèle de vos hommes ce que vous oulez faire, et je vous donnerai un très-bon conseil. Envoyez-moi k merveilleuse mule, le frein précieux et le merveilleux tapis que je ous ai demandés il y a plus de six ans. En vérité, je vous le dis,

ous ne perdrez pas là récompense, et tout ce que vous voudrez, je ous le donnerai. Portez-vous bien 3.

Le roi

1 Kerz, t. 21, — 3 D, Bouquet, t. 10, p.

483, Epist. 3 et 4, — 5 D, Bouquet, L 10, p. 508, Epist, 19,

430 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII, — De 1024

Le duc Guillaume lui répondit en ces termes : Je ne suis nullement afiligé, mon très-cher, de la tromperie des Lombards; car ils ne m'ont point trompé, moi qui n'ai jamais cru à leurs promesses, Quant à leurs fourberies passées, je ne m'en inquiète point; quant à celles qui sont à venir, je m'en garderai par la grâce de Dieu. Ce que je n’admire pas peu en vous, qui avez si bonne mémoire du passé, et qui prévoyez si bien l'avenir, c'est que vous ayez acquiescé

au parti de Conon (Conrad), qui ne vous a jamais rien donné dans 8

son pays, qui passe même pour ne pouvoir rien vous donner ni rien vous ôter dans le royaume d'Italie; mais, quoique vous n'ayez pas bien consulté vos intérêts et quoique vous ne m’ayez nullement soutenu de votré suffrage lorsque j’éprouvais mes amis, j'attendrai toutefois cet excellerit conseil que vous promettez de me donner si je veux vous en croire. Mandez-moi donc par lettres, de quelle manière vous voulez que je vousen croie et quels avantages me vaudra votre conseil, par le don de ce Conon-là, si je cesse de prétendre au royaume d'Italie, qu’on me promet, et que, Dieu aidant, je pourrais obtenir si j'en-avais beaucoup envie. Quant à la mule que vous av

demandée, je ne puis vous l'envoyer pour le moment, car je n'en aià

pas de telle que je voudrais pour votre affaire. On ne trouve point dans nos quartiers de mule qui ait des cornes ou trois queues, où cinq pieds, ou d’autres particularités de cette nature, pour que vois puissiez justement l'appeler mervéilleuse. Je vous enverrai, le plus tit que je pourrai, la plus excellente des meilleures que je pourrai trouver dans notre pays, avec un précieux frein. Au reste, je pourrais vous envoyer le tapis, si je n'avais oublié de quelle longueur et de quell largeur vous l'avez demandé depuis si longtemps. Souvenez-vois donc, je vous prie, combien vous voulez qu'il soit long et large, t on vous l’enverra, si je puis en trouver un de tel; sinon j'ordonneri qu’on vous en fasse un, si toutefois nos gens sont en usage d'en fair de pareils. Pour tout cela, je ne vous demande point la récompent que vous promettez de me donner ce que je voudrai, ce qui est im possible ; mais je vous demande, lors même que je ne vous donner rien, de vous souvenir de moi dans vos prières et de prier pour moi, afin que j'habite dans la maison du Seigneur tous les jours dem

vie, que je contemple les délices du Seigneur et que je sois protéth

par son temple saint. Et cet excellent conseil que vous me promettez . ne le différez pas. Vos promesses m'’excitent à avoir en vous U* grande confiance ; car il est de moi d'en croire un ami et de ne p#

me défier de ses promesses ; et il est de vous, ou-de ne jamais p'0

mettre, ou d'accomplir les choses promises.

Dans la première: partie de ce discours, nous avons plaisanté aë

vous, parole qu'ils eux, Je jugé n ques d place.

honore qui me tant qu des gre blâmal louée, me sui moi, St quelqu queje} espérai restiez Marie, 1 les secr Christ, Par c que le ; manière généros k prem Par s enfermé blait nat sante et même } sont sus concent:

ne seraie derait er ver, la P conséqu lltalie 1 $souverai

1D, Bot

iv. LXSII. — De 1024

: Je ne suis nulle.

Lombards; car ils \ leurs promesses, ète point; quant à grâce de Dieu. Ce onne mémoire du ous ayez acquiescé s rien donné dans À ous donner ni rien e vous n'ayez pas yez nullement souis, j’attendrai toude me donner si je de quelle manière s me vaudra votre e de prétendre at aidant, je pourrais nule que vous ave nent, car je n'enaik On ne trouve point Ju trois queues, où ure, pour que vou enverrai, le plustit le je pourrai trouver le, je pourrais vous ngueur et de quell 1ps. Souvenez-vois oit long et large, d : sinon j'ordonnerl t en usage d’en far Joint la récompenst drai, ce qui estinje ne vous donnerai t de prier pour ml ous les jours de nt que je sois protégé vous me prometie, avoir en vous Uk un ami et de ne pi ju-de ne jamais p'0

avons plaisanté avt

à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.

vous, seigneur Léon, bien-aimé frère; maintenant nous dirons des paroles sérieuses. Je n’accuse point les Lombards de la déception qu'ils voudraient exercer à mon égard ; car, autant qu'il a été en eux; le royaume d'Italie était à moi, si j'avais voulu faire ce que j'ai jugé ne devoir pas se faire, savoir : déposer à leur volonté les évéques d'Italie, et puis, à leur gré encore, en: mettre d'autres à leur

place. Mais à Dieu ne plaise que je fasse chose pareille ! que je déshonore;:sans aucun crime de leur part, les pasteurs de l'Église à qui mes pères ont toujours porté honneur, et que moi-même, aulant que j'ai pu, j'ai toujours exaltés. A cette condition, quelques-uns des grands d'Italie voudraient nous faire roi » Moi ou mon fils. Cette blämable condition, le prudent marquis Maginfrid ne me l’a poïnt louée, non plus que son frère, le bon évêque Alric, eux dont je ne me suis jamais répenti d'avoir suivi le sage conseil ; eux qui, selon moi, surpassent en esprit, en fidélité et en bontétous les Italiens. Si quelque chose de ce qui est à moi vous fait sérieusement plaisir, et que je puisse ou doive l’envoyer, vous ne serez pas trompé duns votre espérance. Rendez-moi la pareille, je vous prie, afin que vous ne estiez pas au-dessous de mes vœux. A la prochaine fête de sainte Mirie, mère de Dieu, je souhaite voir de vos lettres, pour me révéler les secrets: de votre âme, à moi votre plus fidèle ami. Vivez dans le Christ, et, y vivant, portez-vous hien 1. JL

Par cette lettre, que nous avons mise exprès tout entière, on voit que le pieux et puissant Guillaume d'Aquitaine savait écrire d'une manière polie, agréable, plaisante ou sérieuse. On y voit surtout Ja générosité et la délicatesse chrétiennes de sa politique. C'était dans h première moitié du onzième siècle.

Par sa position géographique, entourée par la mer detrois côtés, enferméeet défendue au nord par de hautes montagnes, l'Italie semblait naturellement devoir étreune monarchie, une monarchie puis - Sante et compacte. Cependant elle n'en était pas une et ne devait pas même l’être. Si les forces de l'Italie, forces immenses parce qu'elles

D sont susceptibles d’un développement toujours plus grand, étaient

concentrées dans les mains d’un seul, ni Rome, ni le chef de l’Église

neseraient plus libres, mais enchainés au trône de celui quicomman-

dérait en maître dans la grande péninsule. Pourque cela ne pût arriver, la Providence y avait pourvu,comme elle y pourvoit encore. En conséquence, depuis la chutedu royaumedes Ostrogoths;, nousvoyons lalie toujours divisée, nous y trouvons toujours une multitude de Souverainetés se faisant une espèce d'équilibre. En outre, la diversité

"D. Bouquet, t, 10, p. 484, Epise. 5,

432 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXHI. — De 102%

et la variété physique du pays avaient engendré dès toujours une diversité non moindre parmi ses diverses peuplades, leurs caractères, leurs mœurs, leurs besoins. Mais ce qui s'opposait le plus directeruent à une monarchie totale, c'étaitla constitution politique qui s'était introduite en Italie depuis environ deux cents ans, et qui s’y dévelop. pait de plus en plus. Déjà, sous leurs propres rois, comme sous ceux de Bourgogne, les grands du pays étaient parvenus à une richesse ct à une considération toujours plus grandes. L'une et l’autre s'étaient encore de beaucoup augmentées par la libéralité des empereur saxons, qui prodiguaient pour ainsi dire les droits, les revenus, les biens et les fiefs du royaume, Les évêques eux-mêmes, par les comtés donnés à leurs églises, étaient devenus des seigneurs temporel,

Dans lesterritoires de ces seigneurs, soit temporels, soit spirituels, il avait commencé à se former, dès les empereurs saxons, une domination des plus indépendantes. Durant l'absence des’ empereurs; iles comtes, marquis et autres seigneurs exerçaient tous les droits royaux. Cette absence était habituelle et durait quelquefois de longues années, . tandis que leur présence n’était que rareet passagère. L'indépendance des seigneurs dévenait ainsi l’état ordinaire et s’affermissait de plus en plus par le temps. D'un autre côté, un grand nombre de vills considérables, telles que Pise, Gênes, Milan, Pavie, Cômecet autres, aspiraient à se constituer en cités indépendantes. Elles avaient des comtes pour les gouverner au nom de l'empereur ; mais ces cointes étaient plutôt des protecteurs que des souverains. Sans même la consulter, ces villes armaient des flottes, faisaient la guerre ouh paix, contractaient des alliances selon qu'elles le jugeaient à propos. Avec cette multitude de seigneurs indépendants et de villes plus ou

moins libres, avec cette diversité infinie de vues et d'intérêts, était-il]

possible de trouver un lien qui pôt unir toutes les populations dl: talie en un seul État politique ? L'Italie tendait incomparablement plus à un État fédératif qu’à une monarchie ; maisun État fédératit a besoin qu’un pouvoir supérieur y maintienne l’ordre et l'harmoni, et en protége les membres les plus faibles contre les plus forts. Les Italiens, du moins Les plus réfléchis, sentaient ce besoin. Ils souhaitaient, en conséquence, non pas un souverain toujours entouré de cent mille hommes en armes, faisant tout ployer à son gré et foular aux pieds ce qui faisait quelque résistance, mais un roi qui protégeil leurs institutions et leurs libertés nationales, sans chercher à les 0pprimer pour se faire sans cesse à lui-même de nouveaux droits. El

un mot, ils voulaient un souverain armé, non du glaive de conqui-

rant, mais du glaive de la justice ; assez puissant pour pouvoir être juste, mais qui, dans les limites du droit, abandonnât la nation à s0!

11054 de

libre dév milieu d se. Il sr mtion al empire € les Italie:

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Liv. LXHI. — Deto%

dès toujours une 8, leurs caractères, e plus directeruent tique qui s'était inet qui s’y dévelop- , comme sous ceux 18 à une richesse ct et l’autre s'étaient té des empereurs its, les revenus, les 1èmes, par les com.

igneurs temporek, orels, soit spirituels, s saxons, une domides' empereurs, {les 1s les droits royaux.

; de longues années, re. L'indépendance affermissait de plus nd nombre de villes vie, Cômeet autres, >s, Elles avaient des ur ; mais ces comtes ns. Sans même le ient la guerre ouh jugeaient à propos, et de villes plus ou et d'intérêts, était-il] les populations d!- L incomparablement ais un État fédératil ordre et l'harmonie, e les plus forts. Ls e besoin. Ils souhaï toujours entouré de » à son gré et foulan!

un roiqui protégeil 1s chercher à les 0pnouveaux droits. El

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nt pour pouvoir ëlt onnât la nation à s0!

onbre de seigneurs. La-ville de Pavie elle-même lui e

11054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 433

ibre développement. Mais où trouver ce souverain ? Le chercher au uilieu d'eux eût été une tentative non-seulement vaine, mais insenste. Îl sne pouvaient letrouver que dans le souverain de l'Allemagne mtion alors la plus puissante de l'Occident. Comme dans son propre empire ce séuverain était déjà lié à bien des institutions salutaires ks ltaliens pouvaient espérer qu'il respecterait les leurs et qu'il se trait une gloire de les protéger avec sagesse, suivant la loi.

Les empereurs allémands ne comprirent jamais ce rôle vis-à-vis de llalie. Ts n’y parurent jamais qu’à la tête d’une armée teutonique mme pour montrer que leur domination sur l'Italie n'avait d'autre kse que la force des armes. Aussi les Italiens, blessés dans leur seniment national, ne virent jamais en eux des rois d'Italie, mais des nquérants venus de loin. Les rapports réciproques ne furent. jamais que les rapports des vaincus aux vainqueurs. Cette antipathie

saugmentait encore par le contraste des deux peuples : les Italiens ’

int la civilisation était beaucoup plus avancée, regardaient les Alle- *

muds, pour le moins, comme des demi-Barbares ; les Allemands, jrs de leurs avantages militaires, regardaient les Italiens’ presque

“mme des esclaves. Les empereurs, au lieu de guérir cette antipalie, l'envenimèrent plus d’une fois. Voilà pourquoi, à la mort du nier empereur allemand, les habitants de Pavie rasè impérial qui était dans leur ville ; voilà pourquoi les h couronne de Lombardie au roi Robert de France, au duc Guilhume d'Aquitaine et à leurs fils.

rent le palais Italiens offrirent

Ces tentatives ayant échoué, Héribert, archevêque de Milan,

psa les Alpes, alla trouver le roi Conrad, le reconnut roi de

ombardie et lui fit hommage. Son exemple fut suivi d’un grand

br self nvoya des tputés ; mais ils furent très-mal reçus et renvoyés durement. Seu-

ment, en 1026, Conrad, passa en Italie. Il récompensa l’archeèque de Milan par la donation de plusieurs comtés. Quant à la ville ePavie, sachant par ses députés combien le roi Conrad lui en voudt, elle avait augmenté ses fortifications, qui étaient déjà très--oniérables, Conrad s’y étant présenté, trouva les portes fermées et “murailles garnies d'hommes en armes, Le siége d’une ville aussi ie eût demandé bien du temps ; d’ailleurs Conrad n'avait pas enre été couronné roi de Lombardie. Il se rendit donc de Pavie à rceil, et de là à Milan, où il fut couronné par l'archevêque Héridt, vraisemblablement le jour de Pâques, que le roi célébra dans ‘le ville. Après avoir tenu une diète générale dans les plaines de prcaglia, près de Plaisance, il revint assiéger Pavie. Les habitants erchèrent à l'apaiser; ils s'offrirent à rebâtir le palais, mais hors de

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