RE T
TT
468 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXUT, = De 1024
de péchés, mais uniquement de ceux qui demandaient une pénitence publique et une réparation publique sur les lieux, pour lever le scandale, Dansles paroles précédentés, on voit l’origine des cas réservés au Pape, en ce que les ordinaires, ne sachant quelle pénitence imposer pour certains crimes énormes, renvoyaient au Pape ceux qui en étaient coupables. Les évêques du concile de Limoges citent pour exemple, Étienne, roi des Gaules, sous Néron, qui, pour avoir tué la vierge Valérie, fut renvoyé par l'apôtre saint Martial à l'apôtre saint Pierre à Rome, afin d'en recevoir l’absolution. Cet échantillon prouve que les évêques du Limousin, du Berri et de l’Aquitaine n’étaient.pas très-forts sur l’histoire f.
Cependant Bérold, évêque de Soissons, et Guérin, évêque de Beauvais, voyant que, par la faiblesse du roi, le royaume penchait vers sa ruine ; que les droits, les coutumes, et, finalement, toute espèce de justice était violée, crurent rendre un grand service à la chose publique, en suivant l’exemple des évêques d'Aquitaine et de Bourgogne, et en faisant comme eux un décret pour obliger tous les laïques à jurer qu'ils observeraient désormais la paix et la justice. Tous les évêques de Fran<e y ayant consenti, ils pressèrent Gérard, évêque de Cambrai, de publier aussi ce décret dans son diocèse. Gérard s’y refusa. Il y avait à ceci une raison politique : quoique de la province ecclésiastique de Reims, Cambrai n’était pas du royaume de France, mais du royaume de Lorraine, qui appartenait à l’empereur Conrad. L’évêque Gérard dit donc, pour justifier son refus, que le décret en question donnait atteinte aux droits de la royauté et confondait la puissance séculière avec la puissance ecclésiastique ; qu'il appartenait aux évêques de prier et d’avertir les rois de leurs devoirs; mais qu’il n’appartenait qu'aux rois d’ordonner.la paix et la guerre, et de porter des lois pour réprimer les violences de leurs sujets. Ces raisons étaient bonnes en ” se générale ; elles étaient peut-être bonnes encore pour le royaume de Lorraine, où l'empereur Conrad maintenait ordre ct la justice par son autorité ; mais en France, où le royaume périssait par l’imbécillité du roi, c’est le terme de la chronique de Cambrai, ces mêmes raisons étaient nulles; pour prévenir un malheur.extrême, il fallait y recourir à des moyens extrêmes ; et, comme il n’y avait que l'Église et les évêques qui pussent sauver le royaume, l’Église et les évêques devaient en conscience le sauver. Gérard ajoutait, de plus, qu’un pareil décret lui paraissait dangereux, parce qu’on prétendait obliger tout le monde d’en jurer l’observance ; qu'il arriverait de là que presque personne ne serait exempt de parjure ?.
# Labbe, tt, 9, p. 88 et 881. — ? Chron. Camer. Bouquet, t. 10, p. 201.
Liv. LXIT, — De 1024
daient une pénitence lieux, pour lever le origine des cas réserant quelle pénitence jaient au Pape ceux le de Limoges citent ron,\qui, pour avoir int Martial à l’apôtre tion. Cet échantillon t de l’Aquitaine n'é-
Guérin, évêque de le royaume penchait finalement, toute es- \-grand service à la 1es d'Aquitaine et de pour obliger tous les la paix et la justice.
Is pressèrent Gérard, et dans son diocèse.
olitique : quoique de était pas du royaume li appartenait à l’emr justifier son refus, roits de la royauté et sance ecclésiastique ; ertir les rois de leurs l'ordonner.la paix et les violences de leurs énérale ; elles étaient : Lorraine, où l'emar son autorité ; mais illité du roi, c’est le aisons étaient nulles; ‘ecourir à des moyens
et les évêques qui ques devaient en con- ’un pareil décret lui bliger tout le monde que presque personne
quet, t. 10, p. 201.
à 1054 de ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,
Les évêques de France se cho et ils traitèrent ce prélat d'ennemi de la vouloir diviser le sacerdoce et l'empire passer outre, et le décret fut porté et acce
On y ordonnait que personne dérépétât
qu'eût commis un pénitent, on ne que celle-là ; que, de plus, tous ju-
et que si quelqu'un refusait de faire lé Comme un paï
noyens si sévères de pacification publique, l'empressement général des :
ALES et à s'y soumettre montre déjà un progr plus douces. Car ce sont les même connaissaient d’autre loi,
Quand Gérard de Cambrai, qui s'était opposé à ce décret, vit que malgré son opposition » ses collègues l'avaient publié, ;
U »'il entreprit de ss Rp et composa à ce sujet un écrit où il prétendait faire
; que, depuis le commencement du monde, il y avait eu des hommes destinés à prier, d'autres à cul:
tiver les terres, et d’autres à porter les armes pour la défense des ecclésiastiques et des laboureurs: que ces conditions sont nécessaires et se soutiennent mutuellement ; 20 qu'il est toujours permis de demander la restitution d’un bien usurpé et la réparation d’une injure; 3 qu'on ne doit pas obliger indifféremment tout le monde à jeûner le vendredi et le Samedi, et qu’on ne doit pas croire que cette pénitence soit suffisante pour toutes sortes de péchés; 40 qu’au reste, il est'de la charité d’exhorter les mourants à lé pénilèncé,
quelque grands pécheurs qu'ils soient, et que ce serait une cruauté
de refuser la sépulture aux morts, comme le décret menaçait de le faire à l'égard des réfractaires.
Cet écrit ne servit qu’à aigrir de plus en plus les évêques contre
Gérard. Il s’y était bien attendu, et l'autorité seule de ses confrères
ne l'aurait pas fait changer d'avis; mais les cris des peuples, qui
Murmuraient publiquement contre sa conduite, et qui le traduisaient
comme l'ennemi de la paix, furent plus efficaces. I1 devint odieux à
ses propres diocésains, et son peuple se souleva contre lui à Douai. LS
[iii
470 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII, — De 1024
Il craignit alors de devenir la victime de sa résistance à un décret accepté par tous les autres évêques. Ainsi, cédant enfin aux prières et aux remontrances de ses amis et surtout de Leduin, abbé de Saint-Vaast d'Arras, il se conforma à ses collègues, et fit publier dans son diocèse le décret pour l’observation de la paix.
Mais, malgré le zèle.des évêques et des peuples, la violence qu'il s'agissait de faire aux mœurs nationales était trop grande pour que de tels règlements fussent longtemps observés. La guerre privée, soit qu'on se défendit ou qu’on voulût se venger, était une sorte d'administration barbare de la justice, dont on ne pouvait se passer, lors même qu’on en déplorait les conséquences. Comme personne ne vous faisait droit, il fallait bien se faire droit à soi-même ; comme le pouvoir législatif était anéanti, et qu'aucun pouvoir exécutif n'étendait sa protection sur les provinces, il fallait bien que celui qui éprouvait une injustice en cherchât par ses propres forces le redressement. Aussi, ce que l’évêque Gérard de Cambrei avait annoncé, arrivait-il : c’est que les premiers conciles pour la paix de Dieu n’avaient pas tant fait cesser les rapines que multiplié les parjures !.
Cependant, comme nous l'avons remarqué, ceux qui avaient juré la paix de Dieu étaient convenus qu’ils se rassembleraient au bout de cinq ans pour aviser aux moyens de la rendre plus stable. Ce fut dans ce but que, vers l’an 1040, plusieurs conciles provinciaux furent convoqués en Aquitaine, et bientôt tout le reste des Gauies suivit l'exemple de cette province. Par une innovation heureuse, on y substitua la tréve de Dieu à la paix de Dieu, c’est-à-dire qu'au lieu de s’efforcer plus longtemps d'arrêter l'essor de toutes les püssions humaines, et de remplacer les rigueurs nécessaires de la justice terrestre par la perfection de la charité chrétienne, on prit à tâche de régulariser ces passions ; de soumettre la guerre aux lois de l'honneur, de l'humanité et de la compassion ; de laisser à ceux
qui n’avaient point de .supérieurs l'appel à la force, puisqu'il était impossible de leur donner un autre garant ; mais de les empêcher de faire jamais de cette force un usage‘destructeur de la société, ou de la tourner contre ceux de qui ils n'avaient point reçu d'injures, et de qui ils ne pouvaient point attendre de redressement. Nous avons les actes des conciles de Touluges dans le Roussillon, d’Aussonne, de Saint-Gilles et quelques autres, pour l'établissement de la trêve de Dieu. Ces actes ne sont pas parfaitement uniforines ; chaque assemblée d’évêques apportait quelque modification aux lois de la trêve ; mais leur principe commun était toujours de limiter
1 Bald. a
Liv, LXIIT, — De 1024
sistance à un décret nt enfin aux prières le Leduin, abbé de ègues, et fit publier la paix.
es, la violence qu'il p grande pour que , La guerre privée, er, était une sorte e pouvait se passer, s. Comme personne soi-même ; comme ouvoir exécutif n’éit bien que celui qui res forces le redres- 1brei avait anhoncé, la paix de Dieu n’aié les parjures 1.
eux qui avaient juré embleraient au bout e plus stable. Ce fut onciles provinciaux le reste des Gauies nnovation heureuse, u, C'est-à-dire qu'au r de toutes les püsécessaires de la jushrétienne, on prit à re Ja guerre aux lois n ; de laisser à ceux force, puisqu'il était is de les empêcher icteur de la société, ent point reçu d'inde redressement.
s dans le Roussillon, pour l’établissement aitement uniformes ; 1e modification aux it toujours de limiter
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 471!
le droit de la guerre, et d'interdire, sous les peines ecclésiastiques les plus sévères, même au moment où les hostilités semblent abolir toutes les lois, les actions contraires au droit des gens et à l'humanité. Malgré la diversité de ces ‘actes des conciles, une législation générale finit par être adoptée dans. toute l'Europe, sur la guerre el sur la trêve de Dieu. Les hostilités, même entre soldats furent limitées à un, certain nombre de jours par semaine F certaines classes de personnes furent protégées contre ces hostilités, et certains lieux furent placés sous la garantie d'une neutralité perpétuelle Cette législation elle-même fut souvent violée; et, au bout d’une période assez longue, devenue moins nécessaire, elle tomba en désuétude
Cependant, dit un auteur hostile au catholicisme, on doit encore la considérer camme la plus glorieuse des entreprises du clergé, celle qui contribua le plus à adoucir les mœurs, à développer les sentiments, de commisération entre les hommes, sans nuire. à ceux de bravoure ; à donner une base raisonnable au point d’honneur ; à faire jouir les peuples d’autant de paix et de bonheur qu’en pouvait His alors l’état de la société ; à multiplier enfin la population ' nr side nine bientôt fournir aux Frodigieuses émigrations
Tout acte militaire, toute attaque, toute spoliation, toute effusion de sang ‘ut interdite, depuis le coucher du soleil le mercredi soir jusqu'au lever du soleil le lundi matin, en sorte que trois jours et deux nuits par semaine furent seuls abandonnés aux violences des guerres et des vengeances. De plus, les jours des grandes solennités religieuses les saisons de jeûne de l’avent et du ca âme, et les fêtes des patrons, qui varialent avec la dévotion particulière de chaque province, furent également compris dans la trêve de Dieu. Il fut encore convenu que pendant l'avent ‘et le carème, ces longues saisons de jeûne et de Paix, personne ne, pourrait élever des fortifications nouvelles, ni travailler aux anciennes, à moins qu’il n’eût commencé ce travail quinze Jours avant l'ouverture du. jeûne. On ne voulait pas que l’un des’ partis profitât d’une garantie commune, pour changer la proportion des forces, et l’on jugeait avec raison qu'en permettant aux Plus faibles de travailler à se mettre en défense on exciterait les plus forts à violer la trêve.
Les lieux mis sous la sauvegarde perpétuelle de:la trêve de Dieu furent les églises et les cimetières, avec un pourtour de trente pas ecclésiastiques ; mais seulemient autant que ces églises ne seraient Pas fortifiées, et qu’elles ne serviraient pas de refuge à des malfai-
! Sismondi, Hist, des Français.
172 HISTOIRE UNIVERSELLE |Liv. LXII, — De1024
teurs qui en sortiraient pour piller. Les personnes auxquelles s’é: tendit la même sauvegarde furent les clercs, autant qu'ils ne porte. raient pas d'armes, les moines ct les religieuses. Enfin le droit de la guerre fut limité par la protection accordée à l’agriculture. 11 ne fut plus permis de tuer, de blesser ou de débiliter les paysans de l'un et de l'autre sexe, ni de les arrêter, si ce n’est pour leurs fautes personnelleë et selon le droit. Les outils de labourage, les meules de paille, le bétail, les phntations plus précieuses furent mis sous la protection de là tréve de Dieu. Parmi ces objets, plusieurs ne pouvaient être enlevés comme butin, d’autres devaient subir le sort de la guerre; mais, quoiqu'il füt permis de les prendre pour son usage, il était défendu de les brûler ou de les détruire à plaisir,
Des peines ecclésiastiques furent établies contre les infracteurs de la trêve ; de fréquentes assemblées d’évêques furent chargées de tenir la main à ces règlements; et, dans quelques provinces ; des officiers de paix, une milice armée et entretenue par une contribution spéciale, durent réprimer les contrevenants !, td
Vers le même temps, une nouvelle institution vint seconder cette tendance générale à humaniser la guerre : ce fut l'institution de la chevalerie, qui dut commencer en France sous les rois Robert et Henri. La chevalerie chrétienne était dans l'origine une consécration religieuse du noble guerrier à la défense de l'Église et des pauvres. Le noble qui voulait recevoir cette ordination militaire se présentait à l'évêque, qui bénissait d’abord son épée, afin qu’il pôt être le défenseur des églises, des veuves, des orphelinset de tous les serviteurs de Dieu, contre la cruauté des païens et des hérétiques ?.
Seigneur très-saint, disait le Pontife, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui seul ordonnez et disposez bien toutes choses; qui, pour réprimer la malice des pervers ét protéger la justice, avez, pr une disposition salutaire, permis l'usage du glaive aux hommes sur la terre, et voulu l'institution de l’ordre militaire pour la protection du peuple ; qui, par le bienheureux Jean, avez fait dire aux soldats qui venaient le trouver dans le désert, de ne vexer personne, mais.dese contenter de leur solde, nous supplions votre clémence, Seigneur, comme vous avez danné à votre serviteur David de vaincre Goliath, età Judas Machabée de triompher des nations-qui ne vous invoquaient pas, de même, à votre serviteur que voici, qui vient courber la tête sous le joug de la milice, accordez la force et l’audace pour la défense de;la:foi et de la justice, accordez une augmentation de foi, d'espérance et de charité; donnez-lui tout ensemble et votre crainte et
1 D. Bouquet, 1.11, p. 510, ete. — ? Pontif. rom. De bened. nov. milit.
Liv, LXIL — De102%4
nnes auxquelles s'é.
itant qu'ils ne porte.
s. Enfin le droit de la agriculture. Il. ne fut les paysans del'un et r leurs fautes person:
les meules de paille, nis sous la protection rs ne pouvaient ôtre le sort de la guerre; r son usgge, il était Pr, tre les infracteurs de rent chargées de tenir ovinces , des ofliciers ne contribution spé-
n vint seconder cette ut l'institution de la is les rois Robert et ine une consécration glise et des pauvres.
nilitaire se présentait qu’il pût être le déde tous les serviteurs rétiques ?.
tout-puissant, Dieu es choses; qui, pour ustice, avez, par une aux hommes sur la our la protection du dire aux soldats qui personne, mais.de se clémence, Seigneur, 1 de vaincre Goliath, i ne vous invoquaient vient courber la tête 1dace pour la défense lation de foi, d'espé- : et votre crainte et
bened. nov. milit.
à 1054 de l'ère chr.J DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 473
votre amour, J'humilité, la persévérance, disposez en lui si bien toutes choses, qu'il ne blesse personne injustement ni avec cette épée ni avec une autre, mais qu'il s'en serve pour défendre tout ce qui est juste et équitable ; et que, comme d’un moindre degré il monte à un nouvel honneur de ja milice, il dépouille de même:le vieil homme avec.ses œuvres, pour revêtir l'homme nouveau, afin qu'il vous craigne et vous serve avec droiture, qu'il évite la société des Perfides, qu'il étende sa charité sur le prochain, qu’il obéisse à son supérieur en toutes’ choses selon la droiture, et remplisse en tout son devoir selon la justice,
L'évêque donnait au nouveau chevalier l'épée nue, en disant : Recevez ce glaive.au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et ser vez-Vous-en pour votre défense et pour celle de la sainte Église de Dieu, et pour la confusion des ennemis de la croix de Jésus-Christ et dela foi chrétienne ; et, autant que le permet la fragilité humaine, n'en blessez personne injustement, L'épée ayant été remise dans le fourreau, le Pontife en ceignait le nouveau chevalier, disant : Ceinsloi de ton épée sur la cuisse » Vaillant guerrier ; mais prends garde que les saints ont vaincu les royaumes, non par l'épée, mais par la bi. Le nouveau chevalier se levait alors, tirait son épée, la brandissait avec force, l’essuyait sur son bras gauche et la remettait dans le fourreau. Alors le Pontife lui donnait le baiser de paix, en disant : La paix avec toi ! Puis, avec l'épée nue à la main droite, il frappait trois fois le nouveau chevalier doucement sur les épaules , en disant une seule fois : Sois un guerrier pacifique, vaillant, fidèle «et dévoué à Dieu. Enfin il lui donnait. un léger soufflet dé la main droite, en disant : Sors du sommeil dé la mälice et veille dans la foi du Christ et dans une louable renommée. Après quoi les chevaliers assistants lui mettaient les éperons, pendant que l’évêque disait : Toi qui surpasses en beauté les enfants des hommes ; Ceins-toi de ton épée sur à cuisse, vaillant guerrier *! |
Avant cette consécration, le récipiendaire commençait par prendre un bain, pour indiquer qu’il se présentait à l’ordre de chevalerie net de péché ; il se revêtait d’une tunique blanche de lin, d’une robe vermeille et d'une saie noire, et on lui expliquait que ces couleurs représentaient la pureté de sa vie future, le sang qu’il devait répandre pour l'Église, et la mort qu’il devait toujours avoir en mémoire : la ceinture était pour lui un nouvel engagement à mener désormais une
vie chaste ; les éperons dorés, à voler avéc rapidité partout où son devoir l’appelait.
-l'obéissance, la patience ;
!Pontif. rom. De bened. nov, milit.
#71 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXI, — De 1024
La chevalerie n'était accordée qu'aux hommes d'un sang noble, et non pas encore à tous, mais seulement au guerrier accompli. On s'y préparait par un noviciat militaire. Le jeune homme de naissance devait servir en apprentissage sous les ordres d'un chevalier, avant de prétendre lui-même à la chevalerie : comme dans l'Église le diacre doit servir sous les ordres d’un prêtre, avant de prétendre lui-même à la prêtrise. Les châteaux des seigneurs devinrent comme autant de séminaires de chevalerie. Les fils des nobles y faisaient leur apprentissage avec le fils du seigneur même. Comme le maitre et les apprentis étaiént d’une-condition égale, il s'établissait, entre eux des habitudes d’égards et de politesse. Les exercices de la chevalerie se. faisant dans la cour du châtéau, ces manières polies et chevaleresques prirent le nom de courtoisie. Le fils du moindre seigneur achevait son éducation à la cour du seigneur principal, le fils de celui-ci à la cour du roi. La cour des rois de France fut ainsi regardée comme l’école suprême de courtoisie du royaume. Cette hiérarchie d'éducation chevaleresque, en adoucissant ‘28 mœurs, rappelait encore la hiérarchie de la subordination politique, et montrait la royauté comme le faite de l'édifice social.
Une autr& cause continuait d’adoucir les mœurs guerrières de nos ancêtres : c'était la dévotion des lointains pèlerinages. Vers l'an 10926, le saint abbé Richard de Verdun fit celui de Jérusalem avec sept cents pèlérins, qu'il défraya:par les libéralités de son ami Richard, duc. de Normandie. H fut reçu à Constantinople avec distinetion par l’empereur et par le patriarche. Il passa à Jérusalem la semaine sainte avec de grands sentiments de piété; et l’on assure qu'il y fut témoin du miracle qu’on prétendait s’y opérer tous les ans à la vue de tous les fidèles, et qui consistait en ce que toutes les lampes étant éteintes le samedi saint, pour faire un nouveau feu, on voyait une lampe s'’allumer d'elle-même. Plusieurs auteurs de ce temps-là parlent de ce prodige comme d’un fait certain et avéré; et apparemment que le miracle était alors constant ; mais on y découvrit dans la suite de la supercherie.
L'abbé Richard trouva à Antioche un saint moine du Mont-Sinai, nommé Siméon, qui s’attacha à lui. Siméon était natif de Syracuse en Sicile. Il fut élévé à Constantinople, d'où il passa à Jérusalem. Il se retira ensuite au monastère du Mont-Sinaï, où il embrassa la vie religieuse. Richard If, duc dé Normandie, faisait tous les ans de grosses aumônes à ce monastère. Les moines qui étaient allés en France les recevoir, étant morts en chemin, Siméon fut chargé par ses supérieurs de faire ce voyage. Il s’embarqua; mais le vaisseai sur lequel il était fut pris par des pirates, qui mirent à mort les
(Läv, LXUI, — De 1024
ses d’un sang noble, \ guerrier accompli.
une homme de naisdres d'un chevalier, omme dans l'Église , avant de prétendre urs devinrent comme s nobles y faisaient ne. Comme le maitre il s'éteblissait entre exercices de la che- ; manières polies et fils du moindre seieur principal, le fils > France fut ainsi redu royaume. Cette ucissant ‘es mœurs, on politique, et monh:
urs guerrières de nos èlerinages. Vers l'an ai de Jérusalem avec lités de son ami R:istantinople avec. dispassa à Jérusalem la piété; et l'on assure t s’y opérer tous les t en ce que toutes les aire un nouveau. feu, usieurs auteurs de ce t certain et avéré; et t; mais on y décou-
noine du Mont-Sinai, ait natif de Syracuse passa à Jérusalem. I >ù il embrassa la vie sait tous les ans de
qui étaient allés en méon fut chargé par qua; mais le vaisseal i mirent à mort les
à 1054 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 75
matelois et les passagers, Siméon s'échappa à la nage, et se rendit à Antioche, où il se joi,, :: à l'abbé Richard, I continua sa route avec lui jusqu’à Belgrade, où le seigneur de la ville l'arrêta prisonnier et ne voulut pas qu'il suivit les pèlerins français.
Richard arriva heureusement à Verdun. Pour Siméon, quand il eut été mis en liberté, il se rendit à Rome, d'où il passa en France avec un saint moine nomms Cosme, qu’il avait amené d’Antioche. Étant arrivés en Aquitaine, ils furent bien reçus par le duc Guillaume; et comme les esprits étaient alors fort échauffés sur la question de l’apostolat de saint Martial, on ne manqua pas de les interroger là-dessus. Ils rendirent témoignage que l’église d'Orient mettait ce saint évêque au nombre des soixante-douze disciples de Jésus-Christ, Le moine Cosme mourut en Aquitaine : ainsi Siméon prit seul la route de Normandie, où il arriva l'an 1027. Il trouva que le duc Richard, dont il venait de si loin recueillir les aumônes, était mort l'année précédente, Il les demanda au successeur, mais on ne l'écouta point, Il fit quelque séjour à Rouen; et il engagea le comte Josselin et Emmeline, sa femme, à bâtir un monastère en l'honneur de la sainte Trinité sur la montagne proche de Rouen, qui porte aujourd'hui le nom de Sainte-Catherine, à cause des reliques de cette sainte, que Siméon y donna, et qu'il avait apportées du MHont-Sinaï,
Siméon, n’ayant pu obtenir d’aumônes du duc de Normandie, et ne voulant pas retourner les mains vides à son lointain monastère, prit le parti d'aller trouver l'abbé Richard de Verdun. Il passa ensuite à Trèves, où Poppon, qui en était archevêque, fut si charmé de Sa vertu, qu'ayant eu la dévotion d'aller à l& terre sainte, il voulut qu'ill'accompagnât. Siméon , étant revenu de ce pélerinage à Trèves, souhaita d'y vivre reclus. L'archevêque, à la tête du clergé et en présence du peuple, fit la cérémonie de la réclusion le jour de Saint- André, l'an 1098, c'est-à-dire qu’il l’enferma dans une tour proche la porte de la ville nommée alors la porte Noire, en murant la porte ou du moins en y apposant son sceau. Le saint homme y vécut comme dans un tombeau; mais le genre de vie qu’il menait, paraissant audessus des forces humaines, étonna plus la populace qu'il ne l'édifia. Elle s’imagina que ce moine étranger était un magicien qui se privait de la compagnie des hommes [sur avoir commerce avec les démons; et l'on s’en prit au saint reclus de toutes les calamités qui arrivaient à la ville. Une inondation ayant fait de grands ravages à Trèves sur ces entrefaites, on crut que Siméon l'avait procurée par ses prestiges, et le peuple s’ameuta contre lui pour le lapider; cependant il ne put forcer la tour du saint reclus, et toute sa fureur
à NE un 2 RS Eee MES
176 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIII. — De 10%
aboutit à en casser les fenêtres à coups de pierres. Le Seigneur achevait de purifier son serviteur par ces épreuves. Le peuple, qui passe aisément d'une extrémité à l’autre, montra dans la suite autant de vénération pour le saint homme qu'il avait fait paraître de prévention contre lui. |
Siméon mourut saintement le premier jour de juin, l'an 105, L'abbé Éberwin, qui a écrit sa Vie, l’assista dans sa dernière maladie et lui fit la recommandation de l’âme. Dès que le bruit de sa mort se fut répandu, lamalignité et la médisance se turent, et l'on s’empressa de témoigner d'autant plus de vénération pour sa vertu, que l’on savait qu’elle avai été plus cruellement calomniée. Le clergé de Trèves,
les moines, le peuple et même les religieuses se rendirent à sa cellule À
pour honorer ses funérailles ; et toute la ville ne retentit plus que des éloges du saint homme, que la calomnie avait rendu quelque temps auparavant un objet d'exécration. C'est ainsi que Dieu justifie ses saints. Poppon, archevêque de Trèves, écrivit aussitôt au Pape pour lui demander la canonisation de Siméon. Elle fut prononcée l'an 1042, et promulguée à Trèves avec beaucoup de solennité, le 27 novembre. Cependant l'Église honore la mémoire de saint Siméon le jour de sa mort 1.
La dévotion de visiter Jérusalem, déjà si répandue précédemment, se répandit encore bien plus depuis que ia grande famineeut menacé les Occidentaux d’une destruction universelle. On voyait, dit Glaber, une multitude si innombrable se diriger de tout l’univers vers le sé-
pulcre du Sauveur à Jérusalem, qué jamais auparavant on n'aurait À
pu espérer tant de zèle. Ce furent d’abord les gens d’un ordre inférieur dans le peuple qui partirent, ensuite les médiocres, enfin les
plus grands, les rois, les comtes, les marquis, les préluts. Après M
ceux-là on vit, ce qui n’était jamais arrivé encore, plusieurs dames des plus nobles entreprendre à l’envi, avec les plus pauvres, ce péierinage. Et un grand nombre de ceux qui partaient pour ha terre sainte s’y acheminaient avec le désir d'y mourir, plutôt que de revoir jamais leur: patrie. Ainsi un Bourguignon, nommé Lethbeld, étant arrivé sur le mont des Olives, à l’endroit d'où
Sauveur est monté au ciel, s’y prosterna de tout son corpsen forme |
de croix, arrosant le lieu de ses larmes, avec une joie inénarrahle Puis, se levant de terre et s’élançant de toutes ses forces vers les cieux, il disait avec transport : Seigneur Jésus, qui, du trône de votre majesté, avez daigné descendre sur la terre à cause de nous,
1 Acta SS., 1 jun.
pour sauver le genre humain ; qui, de cette place que je contemple à
[Liv. LXIII. — De 10%
pierres. Le Seigneur euves. Le peuple, qui ntra dans la suite auavait fait paraitre de
ir de juin, l'an 1035, 1s Sa dernière maladie bruit de sa mort se fut , et l'on s’empressa de vertu, que l’on savait Le clergé de Trèves,
rendirent à sa cellule À
ne retentit plus que
avait rendu quelque ainsi que Dieu justifie rivit aussitôt au Pape nm. Elle fut prononcée acoup de solennité, le moire de saint Siméon
andue précédemment, ide famineeut menacé On voyait, dit Glaber, ut l’univers vers le sé.
uparavant on n'aurait À gens d’un ordre infé- , médiocres, enfin les is, les préluts. Après | core, plusieurs dames les plus pauvres, ce qui partaient pour la y mourir, plutôt que purguignon, nommé es, à l'endroit d’où te utson corpsen forme | une joie inénarrahle es ses forces vers les is, qui, du trône de rre à cause de nous, ace que je contemple
possession en présence de témoins, donner des
énoignage 2. De là sans doute le soufilet que l’
à ‘rebis que Dieu lui avait confiées.
de mes yeux, êtes remonté, revêtu de chair, vers les cieux d’où vous
doit sortir de ce corps cette année, je ne m'’éloi que cela m'arrive à
avoir reçu la sainte Communion, il expira ple
affectueusement ses compagnons de voyage, qui
le fait à l’historien Glaber 1, ae Parmi les pélerins de cette é
Tacontèrent, depuis,
poque, un des plus illustres fut Robert, Cuc de Normandie ; il fut aCCOMpagné à Jérusalem d’une mul-
titude immense de seigneurs et de bourgeois normands. Comme il n'avait pas d'enfants légitimes, il fit prêter serment à ses sujets que, sil ne revenait pas de ce long voyage, ils reconnaitraient pour leur duc son fils Guillaume, qui lui était né d’une bourgeoise de Falaise, sa concubine, à quoi consentitaussi Henri, roi de France. Ayant que de partir pour la Palestine, ie duc Robert fit plusieurs largesses aux églises et aux monastères. II donna entre autres une terre au monastére de Saint-Pierre de Préaux, et il env encore enfant, y porter l'acte de donati seigneurs de l’âge Ce Guillaume pou qu'ils s’en souvinssent, on donna à ch iue. Cet usage était ancien, Il est ma que, quand on achetait une terre,
vente, l'acheteur devait la Payer sur-le-champ, en prendre ensuite
soufflets et tirer les oreilles aux petits enfants, afin qu'ils pussent j
évêque donnait au e duc Robert arriva e et fit de riches présents aux églises
luuveau chevalier à la fin de sa bénédiction. L heureusement à la terre Saint
Lde Jérusalem ; mais, à son retour, il mourut le 4er juillet 1035,
à Nicée en Bithynie, et Guillaume le Bâtard non de Guillaume le Conquérant, lui succé neuf ans.
Le saint évêque de Toul, Brunon, ne fi lérusalem, mais il faisait tous les ans celui d txtrême dévotion à saint Pierre
» Plus connu sous Je da à l’âge d'environ
t point le pélerinage de e Rome ; car il avait une et allait le prier tous les ans Pour les Un jour qu’it y était accompagné de plus de cinq cents personnes, tant clercs quelaïques, une maladie Péstilentielle se mit parmi eux. Une fois attaqué, on n'espérsit plus
!Glaber, 1, 4, ce. 6, — 2 Annal, Bened., t, 4, P: 393. Leg. Rip., c. 60, 1.
478 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LAIT, — De 109%
voir le lendemain. Le saint évêque, extrêmement afligé du malheur de ses compagnons de voyage, y trouva un prompt rémède. Iltrempa dans du vin les reliques des saints qu'il portait avec lui, surtout celles de saint Évre, auquel il avait une dévotion particulière. Tout malade qui goûtait tant soit peu de cette boisson était aussitôt guéri. Quant à lui-même, pendant tout le‘ voyage, il célébrait presque châque jour la sainte messe et y exhortait d’une manière touchante les peuples qui y assistaient à se convertir, à faire pénitence et à élever leurs pensées vers le ciel. Ces miracles et cette piété le firent vénérer et chérir, particulièrement dans la province de Rome,
Sa coutume était, quand il voulait prendre son repos la nuit, de se recommander plus ‘dévotement aux reliques des saints; puis, délivré de tous les soins du siècle, il délassait son âme dans “ne sainte contemplation, et recevait ainsi le sommeil néccsesire au corps. Une nuit qu'il s'était ainsi pieusement endormi, il lui sembla être transporté dans la principale église de Worms, où il vit une multitude infinie de personnes vêtues de blanc, parmi lesquelles il reconnut un de ses amis, l’archidiacre Bézelin, qui était mort en l’accompagnant dans un de ses pélerinages à Rome. Lui ayant demandé ce que c'était que cette multitude, il apprit que c’étaient ceux qui avaient fini leur vie au service de saint Pierre. Pendant qu’il en était dans l'admiration, survint saint Pierre lui-même, qui annonça que toute cette multitude communierait de la main de Brunon. Et de fait, l'ayant revêtu. d’habits pontificaux, le même saint Pierre et le premicr martyr Étienne le conduisirent à l'autel,
au milieu d’une mélodie ineffable, et tous reçurent la communion |
de sa main. Après la communion, il lui sembla que saint Pierre lui donna à lui-même cinq calices d’or, trois à un autre qui le suivait, et un seul à un troisième. S’étant éveillé, il le raconta à ses amis ct s’étonnait. de ce que:cela voulait dire. L'événement le fit bien comprendre ; car il fut élu Pape dans la principale église de Worms. Il occupa le siège de saint Pierre cinq ans, son successeur Victor trois ans, et Étienne un seul.
Une autre fois, pendant le sommeil, il lui semblait qu'un personnage qui avait l'air d’une vieille femme difforme le recherchait avt importunité et s’efforçait de le joindre dans un entretien familier, mais pourtant sincère. Cette personne avait le visage si hideux, les vêtements si déchirés, les cheveux si hérissés et si en désordre, qu'i peine y reconnaissait-on quelque chose d’une forme humaine. Épouvanté d’une si horrible laïideur, il s'étudiait à éviter cette personne: mais elle cherchait d'autant plus à s'attacher à lui. Fatigué de son importunité, l’homme de Dieu lui fit sur le visage le signe de k
Hay, LAN, — De 10%
ent affligé du malheur npt rémède. Iltrempa lait avec lui, surtout ion particulière. Tout boisson était aussitôt age, il célébrait prest d’une manière toutir, à faire pénitence cles et cette piété le la province de Rome, son repos la nuit, de
ques des saints; puis, |
it son âme dans “ne mmeil nécosesire au ndormi, il lui sembla Worms, où il vitune c, parmi lesquelles il n, qui était mort en Rome. Lui ayant de- 1 apprit que c’étaient saint Pierre. Pendant t Pierre lui-même, qui nierait de la main de pontificaux, le même conduisirent à l’autel,
curent la communion |
la que saint Pierre lui n autre qui le suivait, raconta à ses amis ct ement le fit bien com- : église de Worms. Il successeur Victor trois
emblait qu'un personne le recherchait ave un entretien familier, e visage si hideux, les et si en désordre, qu'à orme humaine. Epouéviter cette personne:
| lui. Fatigué de son visage le signe de l
À 1081 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. #79
CFOÏX ; elle, ‘aussitôt, tombant à terre com i
une beauté toujours plus merveilleuse. éveillé pa; so a Hi vision, il:se leva piour assister à l'office de la nuit. S'étant tin i après; en admirant la chose, il lui sembla voir le vénérable Ms Odilon, qui venait de mourir, et il le pria de lui apprendre “ signifiait cette vision. Odilon lui répondit avec joie : Tu .es bi en reux, ettu as délivré son âme de la mort. ; os une feinite, ajoute l'archidiacre W ibert, biog saint pontife, nous en avons ‘Pour témoin Walter et son compagnon intime Warneh avoir entendu dire ces choses en:
de l'Église, à laquelle le sai i ’assi i ns rs Hs . toit Par l'assistance du Christ, Le pape Jean XIX avait fait quelques efforts pour dimimene cette restauration, particulièrement en France, Burcard fils re de Conrad, roi de Bourgogne et frère de Rodolphe le Fainéant fut élevé fort jeune sur le siége de Lyon, où il vécut avec béenonut de splendeur, plus en prince qu’en évêque. Un ancien historien dite ue ce qu'il fit de mieux pour son troupeau, ce fut de mourir. Ce . dant sa mort donna lieu à de nouveaux troubles. Burcard à neveu, et alors évêque d'Aoste, S’empara dé l’archevêché de L on et commit bien des violences : mais l'empereur Conrad le fit na À L ai ja sl Le mn usurpar ensuite ce siége pour
s01 HIS, qui était encore enf: i bi nssé En do ilant, et qui fut bientôt chrssé comme
Dans cette désolation de l'église de Lyon, on eut recours au pape Jean XIX, qui, pour consoler cette église affligée des maux u'elle avait soufferts, résoluit d'élever sur ce grand siége saint Odilon. ue le clergé et le peuple. désiraient ardemment, Le Pape le joue donc archevêque de Lyon, ct lui envoya le pallium avec l'anneau pastoral. Mais Odilon, si soumis en toute autre occasion au souverain Pontife, crut devoir lui résister, quand il lui offrait une dignité dont ilse croyait indigne. Il la refusa constamment ; et, quelques raisons qu'on pôt lui apporter, son humilité y trouvait des réponses. Le Pape fut choqué du refus d'Odilon, et lui écrivit une lettre Pleine de reproches et de menaces.
Qu'y a-t-il, lui dit le Pape, de plus recommandé à un moine que l'obéissance, et que peut faire un Chrétien de Plus agréable à
! Vita S, Leon IX, pap., 1. 2, c. 1. Acta SS., 19 april,
480 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXIIT, — De 1024
Dieu, que d’obéir avec humilité? Nous avons ressenti vivement l'outrage que vous avez fait à l'église de Lyon, qui vous demandait pour son époux. Par votre refus, vous lui avez, pour ainsi dire, craché au visage. Nous ne parlons point du mépris que vous avez fait de tant de prélats qui vous pressaient d’accepter l’'épiscopat; mais nous ne pouvons ni ne devons laisser impunie votre résistance à l'Église romaine. Si vous continuez à lui désobéir parun refus opiniâtre, vous éprouverez sa sévérité. L'évêque -Geofroi vous notifiera nos ordres, à vous et à nos frères les évêques 1. Malgré une lettre si pressante, Odilon demeura ferme dans la résolution qu'ilavait prise de ne jamais accepter l'épiscopat.; et, comme il faisait un grand bien dans tout l'ordre monastique, on ne crut pas devoir lui faire violence. Ainsi on s'accorda à élever sur le siége de Lyon Odalric, archidiacre de Langres, dont l'élection fut généralement applaudie, parce que c'était un exceïlent sujet, qui, avec des mœurs édifiantes, avait. l’érudition et les ‘talents propres pour remplir dignement une si grande place. ', L'an 4033, le vendredi 29me de juin, fête de Saint-Pierre, il y eut une grande éclipse de soleil. Le même jour, quelques-uns des principaux d’entre les [Romains conspirèrent contre le pape Jean XI, voulant le tuer; ce:que n'ayant pu ‘exécuter, ils le chassèrent seulement de son Siége. Mais l'empereur Conrad, étant venu à Rome avec une armée, le rétablit et soumit tous les rebelles. Le pape Jean mourut la même année, le 28m de novembre, après avoir tenu le Saint-Siége neuf ans et quelques. mois. On ordonna à sa place Théophylacte, son neveu, fils d’Albéric, comte de Tusculum, quoiqu'il n’eût qu'environ douze ans. Ce fut un grand malheur pour l'Église de Dieu. Déjà l'empereur Conrad, oubliant ses beaux commencements et les devoirs .de sa charge, vendait les évêchés par avarice. À son exemple, les parents du jeune Théophylacte lui achetèrent la papauté à prix d'argent. Cet enfant, élevé sur la Chaire de saint Pierre sous le nom de Benoît IX, à l’âge de dix à douze ans, l'occupa à peu près autant d'années, se conduisant d’une manière scandaleuse. Qu'on juge des funestes effets que dut produire l'exemple de l’empereur et du Pape. Il y eut plus d’une province où non-seulement des prêtres, mais des évêques mêmes se mariaient et laissaient leurs bénéfices à leurs enfants comme un héritage. On put voir plus que jamais combien il importe à la chrétienté et à l’huminité entière, que l'Église romaine soit, même temporellement, indépendante de toute famille et de toute nation particulière ?.
1 Labbe, t. 9, p. 858. — ? Baron., Pagi,
ressenti vivement qui vous demandait z, pour ainsi dire, pris que vous avez ccepter l’épiscopat ; anie votre résistance éir par un refus opiofroi vous notifiera | ra ferme dans la répiscopat.; et, comme que, on ne Crut pas lever sur le siége de ection fut généralesujet, qui, avec des ents propres pour
Saint-Pierre, il y eut elques-uns des prinre le pape Jean XN, s le chassèrent seu- , étant venu à Rome belles. Le pape Jean », après avoir tenu le ordonna à sa place ymte de Tusculum, grand malheur pour liant .ses beaux comdait les évêchés par \éophylacte lui achelevé sur la Chaire de de dix à douze ans, iisant d’uné manière dut produire l'exem- d’une province où nêmes se mariaient el > un héritage. On put arétienté et à l'humeemporellement, indérticulière ?.
21054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE
! Quand nous disons que Benoît :IX se sand:
scandaleuse, nous entendons parler de: ses m sat) se cs Rae il se livra à toutes les er uant & la doctrine et au gouvernement de l'Éulise lhictne TR Son autorité fut lis : em vs + On écoutait saint Pierre, même da Peciée par successeur. ? ans son indigne Ho pr ps sg le pallium à trois archevèques seole de . “au Herman, successeur de Libentius IF, qui duquel se Para hs ue de prudence, et entre les cha Lu en: 4038 à Bé : uiager, depuis Pape:sous le nom de Clément IL L prélat D r tapis surnommé Alebrand, qui fut. un très-digr 4 Hambour mi s-grands biens à ses deux églises de Brême et de os hé 2 + ae . spirituel que pour le temporel. 1] eut on Mere : se er) et, pour y faire observer la contirience pré rates bp ibentius, son prédécesseur, il rebâtit le cloître ls murs de je cet Si TIRE THNAUS chanoines. I].continua eu a | 8, re par Herman, et renouvela Hamle su sh Ê : thé Il y bâtit de pierres de taille l'église et: pe pe a €, qui n'étaient l’une et l’autre que de bois, et Pi pd ie commé une forteresse. Il profitait de la paix toi ne aves.d’au delà de l'Elbe, pour y avancer la religion ; tes sh L pete y mettaient obstacle par leur dureté à exiger chez les infidèle —. “m évêques pour l'aider en sa mission Fo en dogs à Ripen, et un troisième chez les l'an 1043 vers us Eoñin, l'archevèque Alebrand mourut cesseur fut Ad ibe ÿwe d'avril, et fut enterré à Brême. Son sucorné degehs re ni pi el NS ar , me ses deux prédécesseurs, CR al apps eo -la-Uhapelle, en présence de l’em seigneurs, et de ni: pereur et des ile . so à ss qui lui imposèrent les mains. Il tint Ms Si Me ns a était alors saint Bardon, l'abbaye de Fulde, il y it sé . on M ue di continuellement le Pastoral de saint Ghégairé ane ess : à , ses confrè i se un jour la raison 3 il répondit en riant : te quil si Ki Jour u ‘35 oui, ne trouvant personne qui e étre évêque, sera assez sim’,le pour me donner un unte: : ?
une manière ‘urs € de l'emporte- Passions de la jeunesse.
1 Adam, 1, 9, e, 51, ENTTR
482 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXII. — De1024
ik faut donc que je m'y prépare. Richard, abbé de Fulde, ayant bâti un nouveau monastère près du grand, en donna la conduite à Bardon; et l'empereur Conrad, étant venu à Fulde et ayant voulu voir ce nouvel établissement, fut ravi d'y trouver Bardon , qu'il-connaissait déjà de réputation et qui était parent de l'impératrice, son épouse. H l’embrassa et promit, de l'élever-en dignité à la première occasion. En effet, il manda, peu de temps après, à l’abbé Richard de le lui envoyer, et lui donna l'abbaye de Werthen, près de Cologne ; et, quelque temps après, celle d'Herfeld , près de Fulde, et Bardon fut abbé des deux eusemble. CHE ni
.:Aribon, archevêque de Mayence, sé trouva avec l'empereur à Paderborn, à la fête de Noël 1030 , et lui demanda congé d'aller à Rome. Il partit l’année suivante après la Chandeleur, et,.au-retour, ikmourut le 43me d'avril 1031, après avoir tenu le siége dix ans. On porta son bâton pastoral à l'empereur Conrad, qui tint conseil sur le choix. du successeur. Après que l'on eut nommé plusieurs sujets, quelqu'un dit que; suivant les priviléges de l'abbaye dé Fulde, on devait en tirer alteruativemnent l'archevêque de Mayence. L'empereur fut d'avis de différer l'élection, ét il se trouva en effet que les priviléges le portaient et que les rois précédents les avaient suivis. Sur ce fondement, Richard, abbé de Fulue; crut que cette dignité le regardait; et, ayant donné ordre aux affaires de sa maison, il prit le chemin de la cour. Mais,-un anâtin,: il dit aux moines qui l'accompagnaient : Ne vous afiligez point, mes frères, je ne vous serai point ôté. J'ai vu cette nuit notre frère Bardon sur une haute montagne où je ne pouvais monter. Il avait une houlette à la main, ses brebis paissaient autour de lui, et une fontaine très-claire sortait de dessous ses pieds. C’est lui qui est chojsi ; cédons à la volonté souveraine.
L'assemblée pour l'élection se tint au mois de juin, la veille de
Saint-Pierre, Le roi dit, sans nommer personne, qu’il connaissait un sujet très-digne , puis il appela Bardon , et déclara qu’il lui donnait le-siége.de Mayence, suivant le privilége de Fulde. Il fut donc sacré le lendemain, 29me de juin 1034, étant environ dans sa cir quantième année. L'empereur célébra cette année la fête de Noël à Goslar. Bardon s'y trouva, et, suivant la prérogative de sa dignité, il officia le jour de la fête. Il prêcha en peu de mots après l’évangile, et plusieurs, mal satisfaits de son sermon, murmuraient de ce qu’on a'ait choisi un moine pour remplir une si grande place. L'empereur même se repentait de l'y avoir mis. Le lendemain , jour de Saint-Étienne, Théodoric, évêque de Metz, célébra la messe, et fit un sermon qui fut loué de tout le monde. C’est là, disait-on, c’est à un évêque. Le jour de Saint-Jean, on envoya deinander à l'archevêque Bardon qui
Liv: LXHI. — De 1024
le Fulde, ayant bâti conduite à Bardon; yant voulu voir ce a, qu'il-connaissait atrice, son épouse.
première occasion.
é Richard de le lui ès de Cologne , et, alde, ét Bardon fut
avec l’empereur à nda congé d'aller à leur, et, au-retour, le siége dix ans. On ui tint conseil sur le né plusieurs sujets, baye dé Fulde, on ayence. L'empereur n effet que’ les priavaient suivis. Sur -cétte dignité le resa maison, il prit le noines qui l’accom- > ne vous serai point “haute montagne où ain, ses brebis paisortait de dessous ses té souveraine.
de juin, la veille de qu’il connaissait un ara qu’il lui donnait de. Il fut donc sacré lans sa cir quantième de Noël à Goslar.
» sa dignité, il oflicia ès l'évangile, et pluant. de ce qu’on a"üil e. L'empereur même ur de Saint-Étienne, et fit un sermon qui ‘est à un évêque. Le
hevêque Bardon qui
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE 48
célébrerai : i rase, sous prétend De er. Ss amis en dé oflicier si so ; Mais i ob ia es et admiré, et fit os sie oire. I ‘de sa Vie a eu soin d'en re pit est admirable de verve : ra van CAE er est Jean, quelle est son autorité, quelle est su Ro ignement, il en développe la doctrine sur Jésus- Chu L nu pl ide $i approfondie de l'Écriture, avec des ee et si sublimes, dans un langage si animé si vif et ps si clair, que nous ne. nous souvenons a d’avoi Wu quelque chose de plus magnifique. De cet ensembl es us hautes, il amenait ses auditeurs à confesser leurs he à sas
par les larmes d’une sincère contriti s’offri Jésus-Christ en sacrifice M Area Pl rec led miration, l'émotion des auditeurs furent indiciblés Dot Le «84 vêque vint se mettre à table avec l’empereur suivant ) : . l'empereur dit tout rayonnant : C'est aujourd’hui Noël at car n0S envieux sont confondus. Et il lui fit donner alive Fe ii qe mA le M archevêque ne fut pas plus touché His ni our que du mépris des ; Scédents a | Dre et le gouverna a ans SE pain : : Rs nautre saint honorait alors l'ordre sti Le Do ce Non c'était a 3 bo cèse de Liége. Il naquit en Flandre 6 ivit d’abord la profession des armes, ne laissant En serres * hé rare pt 4 alla en pèlerinage à Jérusalem et fr #£ comte de Flandre et les principaux seigneurs le chérissai d'entre eux voulut même lui donner pe ca ayant résolu de quitter le monde, il fi Hs si ù : Saint-Thierry, près de Reims, où l'abbé Richard de Verdu ru s vu, le prit tellement en affection, qu'il obtint de l'abbé . Le És ie lui envoyer, et qu'il le retint auprès de lui à Saintjo : Rppan y attira ensuite sa mère Adelvive, veuve depuis 9Metemps ; non-seulement elle prit le voile, mais elle se fit | telle est comptée entre les saintes. Dies L'abbé Richard ayant reçu du comte de Flandre le monastère de Saint-Vaast, y envoya Poppon pour le gouverner en qualité de prévôt; ce qu’il fit avec une grande utilité pour le monastère. De là il alla trouver l’empereur saint Henri pour les affaires de la maso k et gagna l'affection du prince, dont il obtint facilement ce qu’ii de.
l Acta SS., 10 jun. Acta Bened., sect, G, pars 2.
484 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIIT, — De 1024
mandait. Il le détourna même d’un spectacle auquel il se divertissait, qui était d'exposer à des ours un homme nu frotté de miel, Poppon repréienta si bien à l'empereur et aux seigneurs l'inhumanité de ce divertissement, qu'il en fit abolir l'usage. L'empereur Henri lui. donna, quelque temps après, l'abbaye de Stavelo, du consentement de l’abbé Richard, qui l'avait rappelé à Verdun ; et, deux ans après, il lui donna encore l’abbaye de Saint-Maximin de Trèves, où les moines, qu'il voulait réformer, lui donnèrent du poison, mais sans effet.
Après la mort de l'empereur saint Henri, il s’employa avec succès à réunir les princes de l’ernpire, divisés entre eux, et ensuite à faire la paix entre Conrad, roi d'Allemagne, et Henri, roi de France. L'évêché de Strasbourg étant venu à vaquer en 1029, l'empereur Conrad voulut le donner à Poppon; mais il s’en excnsa, disant qu’il était fils d’un clerc, ce qui l’empêchait d’être évêque, selon les canons. L'empereur, ayant depuis appris la vérité, lui fit des reproches de cette fiction, et Poppon répondit qu’il se sentait incapable même dela charge d'abbé qu’il exerçait. L'empereur, charmé de son humilité, résolut de lui donner le gouvernement de toutes les abbayes qui vaqueraient dans son royaume. Ce qui lui donna l’occasion d'et réformer plusieurs, où il mit pour abbés des personnes de mérite. On compte jusqu’à quatorze monastères rétablis par ses soins. Enfin il mourut le 25me de janvier 10481.
Un autre saint édifiait dans le même temps le royaume de Hongrie. Après la mort du roi saint Étienne, Pierre, fils de sa sœur, y fut reconnu roi. Mais comme il était de race allemande, il voulut donner à des Allemands les gouvernements et les charges. Les Hongrois, irrités, choisirent pour roi Ovon ou Aba, beau-frère de saint Étienne; et Pierre, obligé de s’enfuir la troisième année de son règne, se retira en Allemagne, près du roi Henri le Noir, fils de l'enipereur Conrad. Cependant Ovon répandit beaucoup de sang et fit mourir cruellement les personnes les plus considérables du conseil, durant le carême, apparemment, de l’an 4041. Ensuite il vint pour célébrer la Pâque à Chonad, capitale de la province Morissène, dont saint Gérard était évêque. Ce prélat étant'invité, de la part des évêques et des seigneurs, à venir couronner le nouveau roi, s'y refusa. Les autres évêques lui mirent la couronne; car c'éiait l'usage de ce temps-là que les rois recevaient des évêques la couronne à toutes les grandes fêtes.
Le roi Ovon entra donc dans l'église, couronné, avec une grande
1 Acta SS., 25 jan. Act. Bened., sect. 6, pars 1.
iv. LXIIT, — De 1024 quel il se divertisnu frotté de miel, eigneurs l’inhumausage. L'empereur le Stavelo, du conà Verdun ; et, deux Maximin de Trèves, ent du poison, mais
’employàa avec sucre eux, et ensuite à enri, roi de France.
1 4029, l'empereur excusa, disant qu'il êque, selon les calui fit des reproches ait incapable même charmé de son hue toutes les abbayes pnna l’occasion d'ei:
rsonnes de mérite.
par ses soins. Enfin
e royaume de Hon- , fils de sa sœur, y allemande, il voulut s charges. Les Hon- , beau-frère de saint année de son règne, Ir, fils de l'enipereur e sang et fit mourir s du conseil, durant il vint pour célébrer lorissène, dont sain!
la part des évêques : roi, s'y refusa. Les c'était l'usage de ce a couronne à toutes
né, avec une grande
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 485
suite de clergé et de peuple. Mais le saint évêque Gérard monta à la tribune et s’adressä ainsi au roi par interprète, car il ne parlait pas hongrois : Le carême est institué pour procurer le pardon aux pécheurs et la récompense aux justes. Tu l'as profané par des meurtres, et, en me privant de mes enfants, tu m'as ôté le nom de père. C'est pourquoi tu ne mérites point aujourd'hui'de pardon; et, comme je suis prêt à mourir pour Jésus-Christ, je te dirai ce qui doit t'arriver. La troisième année de ton règne, le glaive vengeur s’élèvera contre toi, et tu perdras, avec la vie, le royaume que tu as acquis par la fraude et la violence. Les amis du roi, qui entendaient le latin, surpris de ce discours, faisaient signe à l'interprète de se taire, voulant garantir l’évêque de la colère dn roi. Mais l'évêque, voyant que la crainte faisait taire l'interprète, lui dit : Crains Dieu, honore le roi, déclare les paroles’ de ton père! Enfin il l’obligea à parler, et l’événement fit voir que le saint évêque avait l'esprit de prophétie. Il prédit encore qu’il s'élèverait dans la nation une violente sédition, dans laquelle il mourrait lui-même.
Gérard était Vénitien, et dès l'enfance avait reçu l’habit monastique. Ayant entrepris d’aller en pélerinage à Jérusalem, il passa en Hongrie, où le roi saint Étienne goûta tellement sa doctrine et sa vertu, qu'il le rétint malgré lui, jusqu’à lui donner des gardes. Gérard se retira dans le monastère de Béel, que le saint roi avait bâti à la prière du saint ermite Gunther, et ÿ passa sept ans, s’exerçant au jeûne et à la prière, et n’ayant pour toute compagnie que le moine Maur, qui fut depuis évêque de Cinq-Églises. Le roi saint Étienne, ayant établi la tranquillité dans son royaume, tira Gérard de sa solitude, le fit ordonner évêque et l'envoya prêcher à son peuple, dont il se fit tellement aimer, que tous le regardaient comme leur père. Le nombre des fidèles croissant, le saint roi fonda des églises dans les principales villes, et mit l’évêque Gérard dans celle de Cho: nad, dédiée à saint Georges. Là, il y avait un autel de la Vierge, devant lequel était un encensoir d'argent, où deux vicillards faisaient brûler continuellement des parfums, et tous les samedis on y disait l'oflice de la Vierge, à neuf leçons; car le roi Étienne ét toute la Hongrie avaient une dévotion particulière à la sainte Vierge.
Le saint évêque Gérard avait grand soin de tout ce qui regarde le service divin, disant que la foi doit être aidée par ce qui est agréable aux sens. C'est pourquoi il gardait le meilleur vin pour le saint sacrifice, et, l'été, il le faisait mettre à la glace. Pour se mortifier, il se levait la nuit, prenait une cognée et allait seul à la forêt couper du bois. Dans ses voyages, il ne montait pas à cheval, mais dans un chariot, pour s'occuper de saintes lectures. Il trouva moyen d'accor-
486 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXNT, = De 1024
der la vie solitaire avec l'épiscopat, bâtissant ‘des cellules près des villes où il allait précher, dans les lieux des forêts les plus écartés, pour y passer la nuit. Tel était ce saint évêque.
Ovon, pour se venger du roi de Germanie, qui avait reçu chez lui le roi Pierre, entra én Bavière l'an 1042, et y fit de grands ravages. Cette guerre dura eux ans ; mais enfin, l'an 4044, le roi Henri remit en possession Pierre, qui, peu de temps après, prit Ovon et lui fit couper la tête. Ainsi fut re la prophétie de saint Gérard 1.
Cependant Micizlas, roi de Pologne, étant mort l'an 4034, et son fils Casimir étant encore trop jeune pour gouverner, il y eut sept ans d’interrègne ou plutôt d’anarchie. Rixa, veuve du dernier roi, devenue odieuse, se retira en Saxe, sous la protection de l'empereur Conrad, et son fils Casimir la quitta quelque temps après, pour venir en France, et se rendit moine à Cluny, sous le nom de Charles. En Pologne, comme il n'y avait point de maître, le désordre était extrême; la religion, encore nouvelle, se trouvait en grand péril, les évêques réduits à se cacher, les églises exposées au pillage. Bretislas, duc de Bohême, ennemi des Polonais, profita de l’occasion, entra dans le pays; prit les meilleures villes, entre autres Gnesen, qui était la capitale, d'où, par le conseil de Sévère, évêque de Prague, qui l’accompagnait, il voulut enlever le corps du martyr saint Adalbert, leur évêque ; mais les Polonais prétendent que les clercs de l’église de Gnesen trompèrent les Bohèmeset leur donnèrent à la place le corps de saint Gaudence, frère de saint Adalbert. Les richesses de cette église, qui étaient grandes, furent pillées, entre autres un crucifix d'or du poids de trois cents livres, et trois tables d'or enrichies de pierreries, dont le grand autel était orné. Ce pillage de l'église de Gnesen arriva l’an 1038. °
L'année suivante, Étienne qui en était archevêque, de l'avis des autres évêques de Pologne, envoya une députation à Rome pour se plaindre de ce sacrilége. Le pape Benoît IX, ayant délibéré sur cette affaire, en conclut que le duc Bretislas ét l’évêque Sévère seraient excommuniés jusqu’à l'entière restitution des choses saintes. Toutefois, pour ne pas les condamner sans les entendre, on les cita à Rome ; ils y envoyèrent des députés, qui les excusèrent sur la dévotion pour de si précieuses reliques et sur le droit de la guerre. Ils promirent que ce qui avait été pris serait rendu ; mais depuis, ayant gagné par présents les cardinaux, ils obtinrent l’absolution de leur prince, sans aucune restitution.
1 Acta SS., 24 sept. Act. Bened., sect, 6, pars f.
PP Le BB 2 =
ee <
Liv. LXIIT, = De 1024
28 cellules près des ts les plus écartés,
jui avait reçu chez y fit de grands ran 1044, lé roi Henri iprès, prit Ovon et prophétie de saint
rt l'an 4034, et son rner, il y eut sept ave du dernier roi, tion de l'empereur ps après, pour venir 1om de Charles. En , le désordre était vait en grand péril, ées au pillage. Brerofita de l'occasion, ntre autres Gnesen, ère, évêque de Prarps du martyr saint ndent que les clercs leur donnèrent à la \dalbert. Les richespillées, entre autres
et trois tables d'or
orné. Ce pillage de
vèque, de l'avis des ion à Rome pour se nt délibéré sur cette que Sévère seraient 1oses saintes. Toutendre, on les cita à ‘usèrent sur la dévooit de la guerre. Ils ; mais depuis, ayant l'absolution de leur
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 487
D'un autre côté, les Polonais, ennuyés de l'anarchie, résolurent de rappeler Casimir, fils de leur dernier roi: mais, ne sachant ce qu'il était devenu, ils envoyèrent en Allemagne vers. la reine Rixa, sa mère, qui leur dit qu'il vivait encore, mais qu'il était. à Cluny et y avait embrassé la vie monastique. Les députés s’y rendirent sans délai, et, par: la permission de l'abbé saint Odilon, ils parlèrent à Casimir. Nous venons, lui dirent-ils, de la part des pontifés, des seigneurs et de tous les nobles de Pologne, vous prier d'avoir pitié de ce royaume, d'en venir apaiser les divisions et de le: délivrer de ses ennemis. Casimir répondit qu’il n’était plus à lui, puisqu'il n’avait pu même leur parler sans l'ordre de son abbé, ils vinrent donc à saint Odilon, qui, après avoir pris conseil, leur répondit qu'il n’élait pas en son pouvoir de renvoyer un moine profès et de plus ordonné diacre, et qu'ils devaient s’adresser au Pape, qui seul avait dans l'Église la puissance souveraine.
Les députés de Pologne allèrent à Rome; et, ayant eu audience du pape Benoit IX, ils lui représentèrent le triste état de leur pays et le besoin qu'ils avaient du prince Casimir pour la conservation du royaume et de la religion. Le cas était nouveau et la demande extraordinaire ; toutefois, après avoir bien consulté, le Pape crut devoir l'accorder. dispensa donc Casimir de ses vœux; lui permettant non-seulement de sortir du monastère et de rentrer dans le monde, mais de se marier, à condition que les nobles de Pologne payéraient tous les ans, au Saint-Siége, chacun un dénier de redevance ; qu'ils porteraient, comme les moines, les. cheveux courts, en forme de couronne, et qu'aux grandes fêtes ils auraient au cou, durant la messe, une écharpe de lin semblable à l’étole des prêtres et des diacres. + +
Ainsi Casimir retourna en Pologne, où il fut reconnu roi et épousa Marie, sœur de Jaroslas, prince de Russie, duquel le roi Henri de France épousa. une fille. Casimir, ayant assuré la paix âu dedans comme au dehors, chercha à faire fleurir les sciences dans son royaume. Les monastères étant alors leurs sanctuaires, il envoya à Cluny des députés avec de riches présents. Ils en ramenèrent douze religieux, pour qui le roi fonda deux couvents, dont l'établissement contribua à épurer les mœurs et.à donner à la religion la dignité et la décence qui s’étaient perdues au milieu des guerres civiles. À sa mort, arrivée l'an 1058, il ne restait en Pologne presque ‘aucune trace des calamités passées. Ce prince emporta les regrets de ses sujcts et mérita le surnom de Pacifique. Son fils Boleslas lui succéda 1.
! Raron., an. 1041. Biograph. univ.
188 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXI, — De 1024
La trêve de …. jeu, établie en France, ne s'était pas encore étendue à l'Italie. Aussi les guerres étaient-elles fréquentes entre les seigneurs des différentes classes, ainsi que les villes, qui aspiraient de plus en plus à la liberté et à l'indépendance. Dans l'absence de l'empereur, les guerres privées entre les gentilshommes furent bientôt suivies d'une guerre plus générale, que ces mêmes gentilshommes déclarèrent, d'un commun accord, d'une part, aux prélats qui, pour la plu: part, étaient leurs suzerains, et, de l’autre, aux bourgeois des villes. Les vassaux mitoyens voyaient d’un œil jaloux ces hommes, nés leurs égaux ou leurs inférieurs, qui jouissaient de l'autorité souveraine, les premiers comme princes et les seconds comme républicains. Ils se plaignaient de l'orgueil d'Héribert, archevêque de Milan, qui, sans respecter la constitution féodale de Conrad, dépouillait de leurs fiefs ceux de ses vassaux qui avaient encouru sa disgrâce
À la nouvelle d’une injustice que cet ‘archevêque venait de commettre envers l'un d'eux, tous les gentilshommes, vassaux du siége de Milan, prirent les armes en .même temps, l'an 1035, et leur exemple fut bientôt suivi de tous les gentilshommes de la Lombardie. Les bourgeois, d'autre part, qui avaient été en butte à quelques vexations de la part de la noblesse, et qui croyaient que le iustre de leurs prélats rejaillissait sur eux-mèmes, prirent les armes pour les seconder. Le premier combat se livra dans les rues mêmes de Milan. Après une longue résistance, les gentilshommes furent défaits et obligés de sortir de la ville 1,
Mais dès qu'ils furent en rase campagne, de nombreux auxiliaires accoururent pour se ranger sous leurs drapeaux ; la ville de Lodi, jalouse de Milan, se déclara pour eux ; et, dans la bataille de Campo- Malo, l'archevêque et les Milanais furent défaits par les gentilshommes. L'empereur Conrad, que ces désordres déterminèrent à passer en Italie, l’an 1036, assembla une diète à Pavie, où il s’efforçu de les apaiser. Il fit mettre aux arrêts l'archevèque Héribert, ainsi que les évêques de Verceil, de Crémone et de Plaisance. Il seconda de tout son pouvoir les réclamations des vassaux du second rang, qu'on nommait vavasseurs ; mais ses effori: Lou: rétablir la paix furent infructueux : l'archevêque Héribert trouva inoyen d'échapper à ses gardes et retourna dans sa ville, qui s’arma pour le défendre. Conrad voulut en vain l'y poursuivre ; il fut repoussé de Milan et forcé de renoncer au siége de cette ville ?,
Bientôt une nouvelle querelle augmenta la confusion que celle
1 Arnulph. Hist. Mediol., 1. %, e. 10. — ? Sigeb. Herm. cont., Annal. ititdelsh. Arnulph., Hist. Mediol., |. ,e. 18. Landulph. senior., |. 2, c. 26.
ee So ee mm ee
(Liv, LXIN. — De 102%
t pas encore étendue es entre les seigneurs aspiraient de plus en ence de l'empereur, urent bientôt suivies tilshommes déclarèats qui, pour la plu:
bourgeois des villes.
x ces hommes, nés de l'autorité souvends comme républirchevêque de Milan, nrad, dépouillait de uru sa disgrâce
que venait de com- »s, vassaux du siége , l'an 1035, et leur nmes de la Lombaren butte à quelques ient que le sustre de it les armes pour les les mêmes de Milan.
es furent défaits et
ombreux auxiliaires x ; la ville de Lodi, la bataille de Campos par les gentilshomterminèrent à passer où il s’efforçu de les [éribert, ainsi que les ance. Il seconda de x du second rang, x rétablir la paix fumoyen d'échapper à na pour le défendre.
poussé de Milan ct
confusion que celte
erm. cont., Aunal, ifitor.,l, 2, c. 25.
guerre civile avait produite. Les gentilshommes avaient eux-mêmes des vassaux de troisième rang, dont la tenure était militaire, et qu'on appelait alors vavassins ; ils avaient aussi des esclaves ou serfs atta chés à la glèbe. Ces deux classes d'hommes, au moment où tous les ordres de la société prenaient les armes pour la liberté, crurent aussi avoir le droit de la réclamer ; ils s’armèrent à leur tour contre 1 n seigneurs et demandèrent un affranchissement général ver] Tous les rangs de la société se trouvèrent, à cette époque, en guerre les uns avec les autres. Cependant l'excès même de l'anarchie ramena enfin une paix avantageuse Pour toute la nation : les droits de chaque ordre furent tixés avec plus de précision ; la constitution de Conrad, sur la succession des fiefs, fut admise par tous les partis; la plupart des esclaves furent mis en liberté, et les conditions ji lus humiliân tes attachées à la dépendance féodale furent pr 0 ou adoucies. Enfin, les gentilshommes, désirant acquérir une patrie prirent presque tous le parti de se faire admettre à la bourgeoisie des villes voisines, ou, selon le langage du temps, de se recommander eux et leurs fiefs, à la protection des cités, Cette pacification générale paraît s'être opérée en 1039, au moment où, les armées .étanten présence dans le voisinage de Milan, la nouvelle de là mort de Conrad le Salique leur fut apportée et les engagea à poser les armes 1. L'empereur Conrad était encore à Crémone, l'an 1037 lorsque le
pape: Benoît IX vint le trouver » et en fut reçu avec de grands honneurs. Après avoir traité de ses affaires, le Pape s'en retourna à Rome, sans qu'on sache le motif de ce voyage. Seulement Glaber sur l'année suivante, ditque, Benoîtayant été chassé de Rome l'em< pereur y alla et lé rétablit sur son siége. Comme Glaber est le seul qui parle de cette expulsion et de ce rélablissement, on peut révoquer le chose en doute. Ce qu'il ya de certain, c'est que, l'an 1038 l'empereur Conrad alla à Rome et que le pape Benoît y excommunia l'archevêque: Héribert de Milan. Conrad alla jusqu’au Mont- Cassin, dont les moines avaient beaucoup à souffrir de Pandolphe prince de Capoue; car il retint à Capoue leur abbé Théobald Sem para de tous les biens du monastère et le fit gouverner par se va-
} lets, le réduisant à une telle disette, que le jour de l’Assomption de
Notre-Dame On manqua de vin pour le service de l'autel. L'empereur, à qui les moines avaient déjà porté léurs plaintes en Allemagne, leur assura, avec serment, qu'il n'était venu en ces quartiers-là que pour # seul sujet, ei qu’il protégerait ce saint lieu toute sa vie. Ensuite, tyant demandé leur bénédiction, il mit sur l'autel de Saint-Benoît un
UArnulph., |. 9, ce. 10.
190 HISTOIRE UNIVERSELLE FLiv, LXIII. — De 1024
tapis de pourpre orné d'une broderie. fit élire Richer abbé, ear Théobald était mort, et confirma tous les biens du monastère. Rioner le gouverna très-sagement jusqu'à l'an 4055, qu’il mourut. On remarque entre les moines du Mont-Cassin plusieurs saints personnages, qui vécurent depuis le commencement du onzième siècle jusqu’au milieu,.et, dans ses dialogues, le pape Victor 7 on compte jusqu'à douze 1.
L'empereur Conrad revint ensuite en Allemagne ; mais la peste, causée, à l'ordinaire, par les chaleurs d’Italie, émporta une grande partie de son armée, ainsi que la jeune reine Gunelinde, épouse du roi, son fils. L'empereur lui-même étant:à Utrecht, à la Pentecôte de l’année suivante 1039, mourut subitement le ‘lendemain lundi, Ame de juin, après avoir régné près de quinze ans. Son fils Henri IN, surnommé le Noir, déjà précédemment élu, lui succéda et régna dix-" :pt ans ?. : KR TEE à Cependant l'Église romaine était dans un état bien triste. Le jeune pape Benoît se livrait, dans sa conduité personnelle, à tous les em- - portements de la jeunesse. Dans un prince séculier de son rang et de son âge, le"monde n’en eût point été scandalis ‘. Dans un Pape, la jeuresse même, au lieu d’être une excuse, était un scandale de plus. Fredaine dans l’un, infamie dans l’autre. Excédés de la vie “scandaleuse de Benoît, une partie des Romains le chassèrent de la vilie l'an 1044, “ouzième de son pontificat, et mirent en sa place Jean, évêque de Sabine, sous le nom de Silvestre III. Mais expulser Benoît n'était pas le déposer. Silvestre III fut donc évidemment un antipape; encore dit-on qu'il ne le fut pas gratuitement. Son intrusion ne dura qne troismois. Benoît, qui était de la famille des comtes de Tusculum, insaltait Rome avec le secours de ses parents, et fi si bien qu'il yrentra. Mais comme il continuait toujours sa vie scan: daleuse, et se voyait méprisé du clergé et du peuple, il convint de se retirer, pour s’abandonner plus librement à ses plaisirs; et, moyennant une somme de quinze cents livres de deniers, il céda le pontificat à l’archiprêtre Jean Gratien, qui était le plus estimé pour sa vertu de tout le clergé de Rome. Tel est le récit du pape Victor Il, dans les dialogues qu'il écrivit vers la fin de ce siècle sur les miracle! de saint Benoît *. |
Le pape Benoit IX, ayant donc volontairement abdiqué, se relir} dans ses terres hors de la ville, et Jean Gratien fut ordonné Pipe dimanche 28me d'avril 1043. Herman Contract, qui érrivait dans È
nl
: Act. Bened., sect. 6, pars 1,p. 102..—°? Wippon. — ® Ati. Bened., sect. |, pars 2, p. 451.
FLiv, LXIII. — De 1024
à Richer abbé, car s du monastère. Ri- 5, qu'il mourut. On sieurs saints person- 1 onzième siècle jusfictor 7 en compte igne ; mais la peste, emporta une grande gnelinde, épouse du cht, à la Pentecôte le ‘lendemain lundi, s. Son fils Henri I, ii succéda et régna
bien triste. Le jeune nelle, à tous les emculier de son rang et alis*. Dans un Pape, était un scandale de e. Excédés de la vie 18 le chassèrent de la
t mirent en sa place |
tre IF. Mais expulser donc évidemment un uitement. Son intrula famille des comtes e ses parents, et fit si toujours sa vie scan:
peuple, il convint dé nt à ses plaisirs; et, de deniers, il céda le it le plus estimé pour seit du pape Victor Il, siècle sur les miracle!
ent abdiqué, se retit n fut ordonné Pape t, qui écrivait dans b
— 3 Act, Bened., sect. |,
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 491
temps même, dit dans le meilleur de ses textes : Les Romains chassent le pape Benoît Pour ses crimes, et établissent témérairement Pape un certain Silvestre, que cependant le pape Benoît chasse enstite avec le secours de quelques-uns ; puis lui-même, rendu à son siége, se démet spontanément de la papauté, et permet qu’on ordonne à sa place Gratien, sous le nom de Grégoire 1, Othon de Frisirgue, qui écrivit un siècle plus tard, dit avoir*appris dès Romains que le pieux prêtre Gratien, voyant l’état déplorable de l'Église et pressé du zèle de la secourir, alia trouver Benoît et Silvestre, et leur persuada à tous deux de se retirer, moyennant une pension, et qu’à cause de cela les citoyens de Rome élurent ce prêtre pour séüveriin Puntife, comme étant le libérateur de l'Église de Dieu. et qu’ils le nommèrént Grégoire VI 2. Enfin le moine Glaber, étiteut du temps même, finit son Histoire par ces mots, après avoir parlé de Pet sion de Benoît : On mit à sa place un homme très-pieux et d’une sainteté reccanue, Grégoire, Romain de naissance, dont la bonne réputation répara tout le scandale qu'avait causé.son prédécesseur ?. En ‘combinant avec attention ces divers témoignages, on voit clairement que le prêtre Jean Gratien était un saint homme ; que ce it par zèle pour Dieu et son Église, qu’il persuada le pape Benoît d'abdiquer ; que l'abdication de ce Pape fut volontaire ; que la modique pension de quinze cents livres n’a rien de simoniaque, plusieurs conciles des premiers siècles ayant assigné des pensions aux tvêques mêmes qu'ils venaient de déposer ; qu’enfin Grégoire VI fut ‘anoniquement élu, en considération et de sa vertu et du service qu il venait de rendre à l’Église.
Ainsi en pensait dès lors un juge bien compétent, saint Pierre Damien, abbé de Font-Avellane, personnege dès lors distingué ar son mérite. Ayant appris la promotion de Grégoire VI, il lui “crivit en ces termes : Au seigneur Grégoire, très-saint Pape, Pierre, pécheur et moine, hommage de la servitude qui est due. Révérenlissime seigneur, je rends grâces à Jésus-Christ, le Roi des rois: car, iltéré d’attendre toujours du bien de la Chaire apostolique, je bois à ongs traits la coupe de vos louanges qu’on me présente de toutes
| parts. Ce breuvage me récrée l'âme d’une manière si douce que,
endant que l'esprit jubile au dedans, la langue s’écrie à l'instant tu dehors : Gloire à Dieu dans les hauteurs, et paix sur la terre aux iommes de bonne volonté ! C’est vraiment lui qui change les temps ‘transfère les royaumes. Vraiment, ce qu’il a prédit autrefois par
DO hu nsnnbis . F2 4 = à 9 prophète, il vient de accomplir merveilleusement sous les yeux
Elerm., an 1044, — 2? Oth. Fris., 1. 6,6. 23, — 3 Glab., 1. 5, €. 6,
192 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXHI. — De 10%
de l’univers, savoir : que le Très-Haut domine sur l'empire des hommes, et qu'il le donne à qui il veut. Que donc les cieux se réjouissent, que la terre tressaille et que la s’inte Église se félicite d’avoir récupéré l'antique privilége de son di sit. Qu'elle soit brisée la tête à mille formes du vénéneux serpent ' Cesse le commerce d'une perverse négociation ! Que le faussaire Simon ne fabrique plus aucune monnaie dans l'Église ; que Giézi ne remporte plus de dohs furtifs en l'absence présente du prévoyant docteur ! Dès maintenant, que la colombe retourne dans l'arche, et que, par les vertes feuilles de l'olivier, elle annonce la paix rendue à la terre ! Qu'il soit réparé maintenant le siècle d’or des apôtres, et, sous la présidence de votre sagesse, que la discipline ecclésiastique refleurisse! Qu’on réprime l’avarice de ceux qui aspirent aux mitres épiscopales ! Qu'on renverse les comptoirs des banquiers qui vendent les colombes ! Mais que le monde puisse espérer ce que nous éctivons, l’église de Pésaro le fera voir. Car, si elle n’est ôtée des mains de cet adultère, de cet incestueux, de ce parjure, de ce voleur, l'espérance que les peuples ont conçue pour la restauration de l'univers sera entièrement frustrée. Tous ont les yeux tournés de ce côté, tous dressent l'oreille à cette parole : S’il est rétabli, on n’attendra plus du Siége apostolique rien de bon. On voit, par cette lettre, quelles espérances saint Pierre Damien, et, avec lui, le monde entier concevaient du pontificat de Grégoire VI.
Pierre lui écrivit encore une seconde lettre, où il dit : Votre Béatitude doit savoir que, pour nos péchés, on ne trouve point de clercs dans nos quartiers qui soient dignes de l’épiscopat. Ils le désirent assez, mais ils ne cherchent pas à le mériter. Toutefois, selon la qulité du temps et la disette des sujets, il me semble que cet archiprêtre peut être promu à l'évêché de Fossembrune, quoiqu'il l'at ardemment désiré, puisqu'il est un tant soit peu meilleur que l& autres, et qu’il a l'élection du clergé et du peuple. Si donc il pet plaire à votre très-prudente Sainteté, qu'il fasse pénitence de sm ambition, et qu'il soit sacré selon ce que Dieu vous inspirera, de vous prie seulement, si vous ne le sacrez pas, de ne point remplr ce siége avant de m'avoir entendu, moi votre serviteur !.
Pierre Damien naquit à Ravenne l’an 1007. Comme il était k dernier d’un grand nombre d'enfants, un des ainés fit des rep ches à sa mère de ce qu’elle leur donnait tant de cohéritiers ; et ele y fut si sensible que, se tordant les mains, elle se mit à crier qu'ele était une misérable qui ne méritait pas de vivre. Elle cessa de nou &
1 Pet, Dam., epist. 1 et 2.
[Liv. LXNHI. — De 10%
ine sur l'empire des } donc les cieux se rénte Église se félicite it. Qu'elle soit brisée Cesse le commerce imon ne fabrique plus emporte plus de dons eur ! Dès maintenant, par les vertes feuilles erre ! Qu'il soit réparé la présidence de votre risse! Qu’on réprime iscopales ! Qu'on rennt les colombes ! Mais vons, l’église de Pésaro de cet adultère, de cet érance que les peuples sera entièrement frusous dressent l'oreille à plus du Siége apostoxelles espérances saint concevaient du pontifi-
, où il dit : Votre Béatrouve point de clercs iscopat. Ils le désirent Toutefois, selon la quisemble que cet archi mbrune, quoiqu'il l'a t peu meilleur que lé peuple. Si donc il pett fasse pénitence de sa Dieu vous inspirera. de s, de ne point remphr » serviteur 1.
D07. Comme il était k es ainés fit des repnr t de cohéritiers ; et el le se mit à crier qu'elt vre. Elle cessa de nour-
rie ce pauvre enfant, qui devint bientôt livide de faim et de froid, et n'avait presque plus de voix, quand une femme qui était comme domestique dans cette maison, survint et dit à la itèté : Est-ce agir en mère chrétienne, madame, que de faire pis que les tigresses et les lionnes, qui n'abandonnent pas leurs petits ? cet enfant ne sera
Q peut-être pas le moindre de sa famille. Elle s’assit auprès du feu, et Ù
Ép sd Matir de quantité de graisse, lui fit revenir la chaleur et la couleur. La mère rentra en ell Ï , AS e-même, le reprit et acheva de le Il était encore en bas âge quand il perdit son père et sa mère. Un des frères, qui était marié, se chargea de son éducation : mais lui et sa femme étaient avares et durs, et traitaient cet enfant comme un esclave. Ils ne le regardaient que de travers, lui donnaient la nourriture la plus grossière, le laissaient nu-pieds et mal vêtu, le chargeaient de coups; enfin, quand il fut un peu plus grand ls l'envoyèrent garder les pourceaux. En cet état, il trouva un jour une pièce d'argent ; et, se croyant riche, il était encore en peine de ee qu'il en achèterait qui lui fit le plus de plaisir. Enfin il se dit à lui-même : Ce plaisir passerait bien vite, il vaut mieux donner cet argent à un prêtre, afin qu'il offre le saint sacrifice pour mon père aille fit.
Un autre de ses freres, nommé Damien, le tira de la misère, le prit chez lui et le traita avec une douceur et une tendresse paterelles. Ce Damien fut archiprêtre de Ravenne et ensuite moine et on croit que ce fut de lui que Pierre prit le surnom qui le dis-
A tingue. Par les soins de ce frère, il étudia premièrement à Faenza
puis à Parme, où il eut Yves pour maître: et il fit un si grand progrès dans les lettres humaines, qu’il fut bientôt en état de les enseigner, et sa réputation lui attirait de tous côtés un grand nombre de disciples. Se voyant ainsi riche et honoré dans la vigueur de là jeunesse, il ne succomba point aux tentations de vanité et de plaisir, mais il fit ces réflexions salutaires : M'attacherai-je à ces biens qui doivent périr ? et si je dois y renoncer pour de plus grands ie sera-t-il pas plus agréable à' Dieu de le faire dès à présent ? l commença dès lors à porter uu cilice sous des habits de fines étoffes, à s’appliquer aux jeûnes, aux veilles et aux prières. La nuit, sil sentait des mouvements excessifs de sensualité, il se levait et se plongeait dans la rivière ; puis il visitait les églises et disait tout le
sautier avant l'office. Il faisait de grandes aumônes, nourrissait
souvent des pauvres et les servait de ses mains. ; Il résolut enfin de quitter entièrement le monde et d'embrasser la “le monastique, mais hors de son pays, de peur d’en être détourné
494 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXHI. — De 1024
par ses parents et ses amis. Comme il était dans cette pensée, il rencontra deux ermites du désert de Font-Avellane, dont il avait ouï parler ; s'étant ouvert à eux, ils le fortifièrent dans son déssein, et comine il témoigna vouloir se retirer avéc eux, ils lui promirent que leur abbé le recevrait. Il leur offrit un vased'argent pour porter à leur abbé, mais ils dirent qu'il était trop grand et qu’il'embarrasserait dans le chemin, et il demeura fort édifié de leur désintéressement. Pour s’éprouver, il passa quarante jours dans une cellule semblable à celles des ermites ; puis, ayant pris son temps, il se déroba des siens.et se rendit à Font-Avellane,: où, suivant l'usage, on le mit entre les mains d’un des frères, pour l'instruire. ‘Celui-ci, l'ayant mené à sa cellule; lui fit ôter son linge, le revêtit d’un cilice et le ramena à l'abbé, qui le fit aussitôt revêtir d’un cutulle. Pierre s’étonnait qu’on lui donnât habit tout d'abord sans l'avoir éprouvé et sans le lui avoir fait demander ; mais il:se soumit à la volonté du supérieur, quoique alors la prise d’habit ne füt point séparée de la profession.
Le désert de Font-Avellane, dédié à Sainte-Croix, était en Ombrie, dans le diocèse d'Eugubie, et saint Romuald y avait passé quelque temps. Les ermites qui l’habitaient demeuraient deux à deux, en des cellules séparées, occupés continuellement à la psalmodie, à l’oraison et à la lécture. Ils vivaient de pain et d'eau quatre jours de la semaine ; le mardi et le jeudi ils mangeaient un peu de légumes, qu'ils faisaient cuire eux-mêmes dans leurs cellules. Les jours de jeûne, ils prenaient le pain par mesure, ils n'avaient de vin que pour le éaint sacrifice, ou por les malades. Ils marchaïent toujours nupieds, prenaient la discipline, faisaient des génuflexions, se frappaient la poitrine, demeuraieni les bras étendus, chacun selon ses forces et sa dévotion. Après l'office de la ‘nuit, ils disaient tout le psautier avant le jour. Pierre veillait longtemps avant que l’on sonnût matines, et ne laissait pas de veiller encore après comme les autres, persuadé que les dévotions praticulières se doivent pratiquer sans préjudice de l’observance générale.
Ces veilles excessives lui causèrent une insomnie dont il eut peine à guérir; mais depuis, il se conduisit avec plus de discrétion, et, donnant un temps considérable à l'étude, il devint aussi savant dans les saintes Écritures qu'il l'avait été dans les livres profanes. Il commença donc, par ordre de son supérieur, à faire des exhortations à ses confrères ; et, sa réputation venant à s'étendre, le saint abbé Gui de Pompose, près de Ferrare, pria l’abbé de Font-Avellane de le hi | envoyer pour instruire quelque temps sa communauté, qui était de cent moines. Pierre Damien y demeura deux ans, prêchant avecul k
(Liv. LXI. — De 10%
lans cette pensée, il vellane, dont il avait nt dans son déssein, ux, ils lui promirent d'argent pour porter d et qu’il:embarrasde leur désintéresseurs dans une cellule s son temps, il se dé- :, suivant l'usage, on
l'instruire. ‘Celui-ci, ; le revêtit d’un cilice d’un cutulle. Pierre [sans lavoir éprouvé umit à la volonté du t point séparée de la
Croix, était en Om- Id y avait passé queluraient deux à deux.
ent à la psalmodie, à d'eau quatre jours de t un peu de légumes, Hules. Les jours de aient de vin que pour rchaïient toujours nujénuflexions, se frapus, chacun selon ses it, ils disaient tout le avant que l’on sonnit rès comme les autres, oivent pratiquer sans
mnie dont il eut peine plus de discrétion, et, vint aussi savant dans vres profanes. Il comdes exhortations à ses , le saint abbé Gui de
ont-Avellane de le lui à
munauté, qui était de
ans, préchant avecul à
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
grand fruit; et son abbé, l'ayant rappelé
après faire la même fonction au monastère Pierre-Pertuse, qui était aussi très-nombreux. Enfin, l’abbé d’Avel
lane le déclara son successeur, du consentement des frères et malgré lui; et, après la mort de cet abbé, non-seulement il war etaugmenta cette communauté, mais il en fonda cinq bre ne blables. Tel était saint Pierre Damien, qui se réjouissait de Ja no motion de Grégoire VI pour la restauration des mœurs et de la disei.
pline eccicsiastique, et qui'aidera puissamment ses successeurs dans cite grande entreprise 1. : :
Cependant le pape Grégoire VI
l'envoya quelque temps de Saint-Vincent, près
trouva ] "Égli maine tellement diminué, que, excepté ne de pes ns ve ches de Rome et les oblations des fidèles, il ne lui restait ml ns rien pour sa subsistance, tous les patrimoines éloignés a “ss té occupés: par des usurpateurs. Dans toute l'Italie, les late) étaie si reruplis de voleurs, que les pèlerins ne pouvaient marcher en si | reté, s'ils ne s’assemblaient en assez grandes troupes pour étre lég plus forts : aussi peu de gens entreprenaient-ils ce voyage. A: Rime même, tout était plein d’assassins et de voleurs ; on tirait l'é ée Jusque sur les autels et sur les tombeaux des apôtres, pour Shaver les offrandes sitôt qu’elles y étaient mises, ‘et les employer en festins et à l'entretien des femmes perdues. is Grégoire commença par les exhortations, en représentant l'hor:reur-de ces crimes et promettant de pourvoir aux besoins de ceux qui y étaient poussés par la pauvreté. Il écrivit aux usurpateurs dés patrimoines de l'Église, de les rendre ou de prouver juridiquement le droit qu'ils avaieni de les retenir. Comme les exhortatiôns faisent peu d’effet, le Pape employa l'excommunication; mais elle ne it qu'irriter les coupables. Ils vinrent en armes autour de Rome avec de grandes menaces et pensèrent même tuer le Pape. Ainsi il fut réduit à employer la force de son côté, à amasser des armes et des chevaux, et à lever des troupes. II commença par se saisir de l’église Saint-Pierre et tuer ou ch. 5ser ceux qui volaient les offrandes : puis ilretira plusieurs terres de l'Église et rétablit la sûreté des chemins. Les pélerins s’en réjouissaient; mais les Romains, accautumés au pillage, disaient que le Pape était un homme sanguinaire et indigne d'offrir à Dieu le saint sacrifice, étant complice de tant de meurtres : des cardinaux mêmes approuvaient les discours du peuple. : Ce furent apparemment ces plaintes qui obligèrent le roi de Germanie, Henri le Noir, de passer en Italie et de travailler à la réunion
l'Acta SS., 22 febr, Acta Bened., sect. 6, pars 2.
196 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXI., — De 1024
de l'Égiise : car Benoît IX et Silvestre IL prenaient toujours le titre de Papes ; et comme il paraissait certain que, Bénoiît avait reçu de l'argent pour céder à Grégoire, on prétendait que celui-ci était entré dans le siége par simonie. Le roi passa à Aix-la-Chapelle la fête de la Pentecôte, l'an 1046, et fit venir près de lui Vidger, qui, ayant été élu archevêque de Ravenne, occupait ce siége depuis deux ans, le gouvernant d'une manière déraisonnable et cruelle ; c'est pourquoi il lui Ôta l'archevêché. Il entrs en Italie sur la fin de la même année et fit tenir un'concile à Pavie ; puis, étant venu à Plaisance, il y reçut honorablement le pape Grégoire VI, qui vint l'y trouver. ,
Vers la fête de Noël, il fit tenir un concile à Sutri, près de Rome, On n’a point les actes de ce concile ; mais on à publié depuis peu le résumé qu’en fit dans le temps Bonizon, évêque de Sutri même. Le voici : Grégoire VI y fut invité et y présida le clergé de Rome, les patriarches, les métropolitains, les évêques et les abbés réunis en grand nombre. Le roi y assistait de son côté. Dans ce concile on examina tout d’abord l’état de l’Église romaine, sur quoi Silvestre III fut unanimement rejeté comme intrus, condamné à perdre la dignité épiscopale et sacerdotale, et à être renfermé pour le reste de sa vie dans un monastère. Touchant Benoit IX, comme il avait abdiqué l'épiscopat et s'était retiré dans la vie privée, on ne prit point de résolution particulière. Alors venait l'examen de l'élection de Grégoire VI; mais, par respect pour lui, le concile émit seulement la prière qu’il voulût bien exposer lui-même de quelle manière avait eu lieu son élévation sur le trône pontifical.
Le Pape condescendit à cette prière et.raconta sans déguisement comment il avait eu beaucour d'argent par la: confiance et la libéralité des fidèles, et comment enfin il l'employa pour délivrer l'Église du joùg des patriciens. Le concile ayant entendu cet exposé, quelques-uns des évêques prirent la parole et représentèrent respectueusement au Pape que lui-même, ébloui par les artifices du diable, avait donné la main, encore que ce füt avec des intentions pures, à des choses qui ne pouvaient être justifiées, ce qui avait été gagné par le trafic ne pouvant jamais être appelé saint. Pendant que les évêques parlaient ainsi, il tomba au Pape comme des écailes des yeux ; il prit la parole et dit : J'en prends Dieu à. témoin sur mon âme, que, par ce que j'ai fait, je croyais obtenir la rémission de mes péchés et la grâce de Dieu ; mais maintenant que je reconnais les ruses du vieil ennemi, conseillez-moi ce que je dois faire. Les évêques répondirent : Pesez vous-même la chose dans votre cœur.
Il vaut mieux pour vous de vivre pauvre et d'être éternellement richt
avec saint Pierre, pour l'amour duquel vous avez fait cela, que de
(Liv, LXHL. — De 1024
ent toujours le titre
énoît avait reçu de
> celui-ci était entré
-Chapelle la fête de
dger, qui, ayant été
depuis deux ans, le
lle; c'est pourquoi
1 de la même année
Plaisance, il y reçut trouver.
utri, près de Rome,
a publié depuis peu que de Sutri même.
> clergé de Rome, les les abbés réunis en Dans ce concile on sur quoi Silvestre II ié à perdre la dignité our le reste de sa vie nme il avait abdiqué on ne prit point de de l'élection de Gréle émit seulement la quelle manière avait
nta sans déguisement a. confiance et la libéya pour délivrer l'Eentendu cet exposé, et représentèrent resai par les artifices du it avec des intentions ifiées, ce qui avait été elé saint. Pendant que je comme des écailles [s Dieu à: témoin sur obtenir la rémission de nant que je reconnais que je dois faire. Les hose dans votre cœur.
tre éternellement riche &
avez fait cela, que de
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 197
briller maintenant dans les vichesses et de périr éternellement avec Simon ie Magicien, qui vous a trompé, Ce langage de ia vérité et de la charité toucha le cœur du’ Pape ; il se leva dé son siége, déposa lui-même les marques de sa dignité ; et, en présence de tous les: assistants, prononça contre lui-même là sentence de: condamnation. Moi, Grégoire, dit-il, serviteur des serviteurs de Dieu, je juge, à
cause, du honteux trafic et de l’hérésie de Simon, qui, par la ruse du
vieil ennemi, s’est glissé dans mon élection, que je dois être écarté du pontificat romain. Cela vous plait-il? Ce qui vous plaît, répliquèrent les évêques, nous le confirmons 1.
Le Siége apostolique étant ainsi vacant par la magnanime humilité de Grégoire VI, le roi Henri vint à Rome, avec les évêques qui avaient tenu le concile de Sutri; et, d’un commun consentement, tant des Romains que des Allemands, il fit élire pape Suidger, Saxon de naissance, évêque de Bamberg, parce qu’il ne se troüvait personne dans l'Église romaine digne de remplir la première place. Adalbert, archevêque de Hambourg, qui accompagnait le roi Henri, pensa être élu Pape en’ cette occasion; mais il anima mieux faire tomber! le choix sur son collègue Suidger. Le nouveau Pape prit le nom de Clément IF, fut sacré le jour de Noël, ét, le jour même, couronna empereur le roi Henri, et impératrice la reine Agnès, fille de Guillaume, duc d'Aquitaine. A
Quant à la manière dont l'abdication de Grégoire VI fut envisagée par ses contemporains, voici un‘ témoignage curieux qu’on lit dans Herman Contract, édition nouvelle et plus correcte. Le roi Henri arrivant en Italie avec son armée, le pape Gratien, que les Romains avaient établi après avoir chassé les précédents, vient au--devant de lui à Plaisance, et en est reçu avec honneur; peu après cependant, au concile de Sutri, il dépose, non malgré lui, l'office pastoral, A sa place, Suidger, évêque de Bamberg, malgré sa grande résistance, est élu par le consentement de tous. Au temps de ce Pape, d'innombrables et de très-grands tremblements de terre ont lieu :en Italie, peut-être parce que ce Pape ne fut point canoniquement subrogé à son prédécesseur, qui n'avait point été canoniquement déposé sen effet, il ne fut déposé pour aucune faute; mais une humilité pleine de simplicité lui persuada de se démettre de son office ?.
Le nouveau pape Clément II, aussitôt après son ordination, .c'està-dire au commencement de janvier 1047 , tint un concile à Rome, où fut réglée la contestation F la préséance, qui durait depuis longtemps entre l'archevêque de Ravenne et celui de Milan :: eer
| Les Papes allemands, t. 1, p. 232, Bonizo, p. 802. — ? Herm., Chron., an. 1046, col. 2. ‘ ,i28i
198 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIN. — De 1024
chacun prétendait être assis auprès du Pape au côté droit. Le concile décida en faveur de l'archevêque de Ravenne. C'était alors Humfroi, chancelier de l’empereur en Italie ; il venait d’être élu, mais n'était pas érivore sacré. Les actes de ce concile ne: sont point venus jusqu’à nous. Seulement le docte Mansi en a trouvé un canon, qui porte : Conformément à l'antiquité, nous aussi nous anathématisons l'hérésie simoniaque, et nous l’interdisons; afin qu’on ne fasse plus pour de l'argent ni consécration d'églises, ni: ordination de clercs ou concession de -la dignité d’archiprêtre, ni commendes d’autels, ni livraisons d'églises, ni ventes d'abbayes ou de prévôtés. Quiconque y contredira ou fera un tel commerce, qu'il soit anathème 4-1: Non content de cette ordonnance générale, le concile en ajouta une plus particulière, savoir ; que quiconque aurait été ordonné par un évêque simoniaque, sachant qu’il l'était, ne laisserait pas de faire les fonctions de son ordre, après quarante jours de pénitence.. Comme le-mal était grand et invétéré, le nouveau Pape crut sans doute devoir commencer par le remède le plus doux.
Vers ce temps, Clément, II eut la consolation de voir à Rome un des plus saints personnagès qu’il y eût alors : c'était saint Odilon, abbé de Cluny. Il était parvenu à une extrême vieillesse,. sans rien diminuer de ses macérations et de sa vigilance sur les monastères confiés à ses soins. Ilsemblait que son courage: augmentât à mesure que ses forces: diminuaient; et, tout infirme, qu'il étéit, il entreprit le pélerinage de Rome à l'âge de quatre-vingt-cinq ans, dans l'espérance de mourir auprès des tomheaux des saints apôtres. Il fut trompé. Après:avoir langui quatre mois à Rome, où le Pape et plusieurs prélats, entre. autres Laurent d'Amalfi, très-versé dans la littérature grecque et latine, lui donnèrent, pendant ce temps-là, des marques éclatantes de leur estime, il.se trouva parfaitement guéri, Il revint donc à Cluny, où il demeura presque un an, s’adonnant au jeûne, à la prière et à l'instruction de ses religieux, autant que sa caducité pouvait lui permettre. Son zèle lui persuada même qu'il avait encore assez de force pour faire la visite des monastères de sa dépendance. Il se mit en chemin et commença par Souvigny. y précha publiquement pour disposer le peuple à la solennité de Noël, qui était prochaine. Mais il tomba malade avant cette fête, et on désespéra bientôt de sa guérison. Ainsi on ne différa pas de lui administrer les sacrements de l’extrême-onction et de l'eucharistie, après quoi on lui présenta le crucifix à adorer; ce qu’il fit avec une tendresse de dévotion qui toucha tous les assistants.
1 Mansi, t. 19, p. 627. Baron., 1047, édit. de Mansi, note.
Liv. LXI. — De 1024
côté droit. Le conenne. C'était alors | venait d’être élu, mcile ne sont point a trouvé un canon, si nous anathémans; afin qu'on ne lises, ni: ordination tre, ni commendes yes ou de prévôtés.
erce, qu'il soit anaérale, le concile en nque aurait été or- | l'était, ne laisserait irante jours de péninouveau Pape crut plus doux.
de voir à Rome un c'était saint Odilon, vieillesse, sans rien > surles monastères augmentât à mesure u’il étcit, il entreprit -cinq ans, dans l'essainits apôtres. Il fut re, où le Pape et plu- , très-versé dans la dant ce temps-là, des \ parfaitement guéri, unan, s’adonnant au igieux, autant que sa persuada même qu'il des monastères de sa ça par Souvigny. Il y : la solennité de Noël, L cette fête, et on désféra pas de lui admide l’eucharistie, après qu'il fit avec une tenits.
si, note.
à 1054 de l'ère chr.]
Le démon lui livra quelques assauts dans ce dernier combat Mais le saint abbé, recueillant ses forces, lui dit : Ennemi du enre humain, je te l’ordonne, au nom de mon Seigneur Jésus-Christ et par la vertu de sa sainte croix, cesse de m'attaquer à force ouverte ou en secret. La croix de mon Sauveur est avec moi : elle est m vie et elle est ta mort. J'adore et je bénis ce Sauveur, et c’est prés ses mains que je remets mon âme, |
La veille de Noël, Odilon, tout moribond qu'il était, se tit conduire au chapitre et y fit un discours à ses frères, où, après avoir dit u mot de la fête, il les consola de sa mort avec tant de grâce et d'éloquence, qu'il leur parut n’ayoir jamais mieux parlé. Ainsi, loin de diminuer leur douleur, il augmenta leurs regrets en leur faisant mieux sentir ce qu’ils perdaient, Il se fit porter à toutes les heures de l'office, les fêtes de Noël. Mais enfin, le jour de Saint-Silvestre les forces lui manquant entièrement, il demanda une seconde fois le viatique, adora de: nouveau la croix et se fit lire le symbole avec l'exposition que saint Augustin en a faite. Qn le consulta sur son successeur, il répondit : J’en laisse le choix à Dieu et à mes frères Sur le soir, veille de la Circoncision, il se fit encore porter aux vêpres dans son lit; mais pendant la nuit il se trouva plus mal. Aussitôt les frères qui le veillaient étendirent un cilice à terre, le couvrirent de cendre et y mirent le saint abbé. Il leur demanda si toute la commu nauté était assemblée, Comme on lui eut répondu que tous les moines et même les enfants étaient présents, il fixa ses regards sur la croix qui était devant lui, et expira doucement l'an 1049, le premier jour de janvier, qui, cette année, était un'dimanche, dans la quatrevingt-huitième année de son âge, et la cinquante-sixième de son gouvernement. On ne célèbre sa fête que le second jour de janvier,
Saint Odilon s’est peint lui-même dans ses ouvrages ; on yretrouve son esprit aimable, son caractère de douceur, sa tendre piété. Les écrits qui nous restent de lui sont la Vie de saint Mayeul, son prédécesseur ; celle de sainte Adélaïde, impératrice ; plusieurs sermons sur les mystères de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge, et quelques lettres qui font connaître en quelle considération il était auprès de la plupart des princes de l’Europe. Les rois de France Hugues Capet, Robert et Henri; l’impératrice sainte Adélaïde ; les empereurs saint Henri, Conrad et Henri le Noir; Rodolphe, roi de Bourgogne ; Sanche et Garcias, rois de Navarre; Casimir, roi de Pologne: tous ces princes eurent pour Odilon une tendre affection et une confiance filiale, Ils luiécrivaient et lui eñvoyaient souvent des présents pour cultiver son amitié.
Saint Odilon eut toujours une dévotion particulière pour la Mère
500 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIN. — De 1024
de Dieu. Il l’avait choisie pour sa patronne et son uvocate, et s'était dévoué d’une manière spéciale à son service, ne manquant aucune occasion de procurer sa gloire ; à quoi il était excité par la reconnaissance pour les faveurs qu'il en avait reçues. Il s’efforçait surtout de lui plaire par l'amour de la pureté. Il avait cette vertu tellement en recommandation que, dans une extrême vieillesse, il montrait encore la circonspection et la pudeur d’une jeune vierge. On l'appelait même une vierge de cent ans, virgo centenarius.
Odilon eut un zèle particulier pour le soulagement des âmes du purgatoire ; et c’est à sa charité compatissante pour elles qu’on doit la première institution de la commémoration de tous les fidèles trépassés, le lendemain de la fête de tous les saints. Il l'avait ordonné dans tous les monastères de sa dépendance, avant que l'Église, qui de tous les temps a fait des prières pour les morts, eût spécialement destiné un jour à cela. Voici ce qui engagea saint Odilon à faire cette institution.
Un nélerin du territoire de Rodez, revenant de Jérusalem, fut obligé par la tempête de relâcher à une île sur les côtes de Sicile. Il y visita un saint ermite, lequel, s'étant informé de son pays, lui demanda s’il connaissait le monastère de Cluny et l’abbé Odilon. Le pélerin ayant répondu qu'il le connaissait, mais qu'il désirait savoir pourquoi il lui faisait cette question : C’est, dit l’ermite, qu'il y a ici proche un lieu qui vomit des flammes et où les démons tourmentent pour un temps les âmes des pécheurs. Or, j'entends souvent les malins esprits murmurer contre les personnes de piété, qui, par leurs prières et leurs aumônes, délivrent ces âmes. Ils se plaignent particulièrement d’Odilon et de ses religieux. C’est pourquoi, quand vous serez de retour en votre pays, je vous prie, au nom de Dieu, d’exhorter l'abbé et les moines de Cluny de redoubler leurs prières et leurs aumônes pour la délivrance de ces pauvres âmes.
Le pélerin, à son retour, s’acquitta de sa commission. C’est ce qui détermina saint Odilon à ordonner que, dans tous les monastères de l'institut de Cluny, on fit tous les ans, le second jour de novembre, la commémoration de tous les fidèles trépassés. Nous avons le décret qui en fut dressé à Cluny. On y ordonne que, comme on célèbre dans l’église la fête de tous les saints, on célébrera le lendemain à Cluny la commémoration de tous les fidèles trépassés ; que ce jourlà, après le chapitre, le doyen et le cellerier donneront du pain et du vin en aumône à tous les pauvres qui se présenteront, ainsi qu'il s pratique le jeudi saint ; que, de plus, on donnera à l’aumônier pour les pauvres tout ce qui restera du diner de la communauté, except | le pain et le vin; qu'après les secondes vêpres de la Toussaint on
(Liv. LXII. — De 1024
on avocate, et s'était le manquant aucune excité par la recon- Il s’efforçait surtout cette vertu tellement ieillesse, il montrait ie vierge. On l’apperius.
zement des âmes du Jour elles qu’on doit e tous les fidèles tréts. II l’avait ordonné ant que l'Église, qui rts, eût spécialement it Odilon à faire cette
t de Jérusalem, fut * les côtes de Sicile.
né de son pays, lui ny et l'abbé Odilon.
nais qu’il désirait sa- , dit l’ermite, qu'il y où les démons tours. Or, j'entends sou- ‘sonnes de piété, qui, ces âmes. Ils se plaiieux. C’est pourquoi, ous prie, au nom de y de redoubler leurs e ces pauvres âmes.
nmission. C'est ce qui ous les monastères de id. jour de novembre, . Nous avons le décret e, comme on célèbre brera le lendemain à épassés ; que ce journneront du pain et du nteront, ainsi qu'il s° era à l’aumônier pour communauté, excepté s de la Toussaint on
| mère, croyant qu'il était destiné au sacerdoce,
à 1054 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,
sonnera toutes les cloches, et on dira les v le lendemain, on sonnera encore toutes 1 matincs, et que les prêtres célébreront la passés, On voit que l'usage de sonner po établi 1,
Saint Hugues, qui était alors prieur de Cluny, d'Odilon. I naquit dans le dioc Dalmace, comte de Semur,
épres des morts; et que, es cloches, qu’on dira les messe pour les fidèles tréur les morts était dès lors
fut élu suceesseur èse d'Autun, l'an 1024. Son père, voulait l'élever pour les armes ; mais sa voulait l’élever pour il né se plaisait point et avait horreur des pillages, peine d'aller faire ses études évêque d'Auxerre et comte de ndre la grammaire, il renonça de quinze ans, Quelques années
l'Église. Son inclination suivit celle de sa mère : aux exercices des chevaux et des armes, alors si fréquents. Il obtint enfin avec auprès de Hugues, son grand-oncle, Châlons. Ayant commencé d'appre au monde et entra x Cluny dès l’âge après, saint Odilon, voyant son mérite extraordinaire, le fit prieur, tout jeune qu'il était, et l'envoya en Allemagne, où il remit dans les bonnes grâces de l'emperear Henri les moines de Paternac, au diocèse de Lausanne, 11 y apprit k mort de saint Odilon, et revint à Clun chargé de présents que l'empereur y envoyait. On procéda à l’élection d’un abbé : Adalman, le plus ancien de la communauté, nomma le prieur Hugues ; tous suivirent son avis. Ainsi, malgré sa résistance, il fut élu et reçut la bénédiction abbatiale de Hugues, archevêque de Besançon; ce qui montre que l'évêque de Macon ne contestait plus, comme il avait fait au concile d’Anse, près de Lyon, en 1025, le privilége de l’abbaye de Cluny d'appeler quel évêque elle voudrait pour lire les ordinations. L'abbé Hugues n’était âgé que de vingt-cinq ins, et en gouverna soixante ce célèbre monastère 2,
L'empereur Henri, ayant fait quelque peu de séjour à Rome, s’a- Yança vers l’Apulie, emmenant avec lui le pape Clément, qu'il obligea d'excommunier les citoyens de Bénévent, parce qu'ils n'avaient pas voulu le recevoir. Le Pape, étant à Salerne, accorda à la prière du prince Gaimar la translation de Jean, évêque de Pestane, à l'archeéché de Salerne, avec pouvoir d’ordonner sept évêques du voisinage, “ins que le Pape püt les ordonner à l'avenir. La bulle est du 21 de Mars 1047.
Tandis que l’empereur était en Italie, il manda saint Pierre Damien, pour venir aider le Pape de ses conseils; mais Pierre s’en éXCu5a, écrivant au Pape en ces termes : L'empereur m’a ordonné
1Jot. Sald., Vita S. Odil., 1. 2, c. 13. Acta SS , 2 jan. Act. Bened., sect. 6, Das 1. — 2 Acta SS., 29 april.
502 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv LXIII. — De 1024 plusieurs fois, et, si je l'ose dire, m'a fait l'honneur de me prier de vous aller trouver, ét de vous dire ce qui se passe dans les églises de nos quartiers, ét ce que je crois que vous devez faire ; et, comme je m'en excusais, il me l'a commandé absolument. Il m'a même envoyé une lettre pour vous, que je vous prie de voir; ensuite daignez m'ordonaer si je dois me rendre près de vous , car je ne veux pas perdre mon temps à courir de côté et d'autre; et, toutefois, je suis percé de douleur, voyant les églises de nos quartiers dans une entière confusion, par la faute des mauvais évêques et des mauvais abbés Et à quoi nous sert de dire que le Siégé apostolique est revenu des ténèbres à la lumière, si nous demeurons encore, dans les ténèbres! Que sert d'avoir des vivres sous la clef si l’on meurt de faim, ou d'avoir au côté une bonne épée si on ne la tire jamais? Quand nous voyons le voleur de Fano, qui avait été excommunié par ceux-là mêmes qui avaient le nom d’apostoliques, sans l'être; celui d'Ossimo, chargé de crimes inouïs, et d’autres aussi coupables, revenir triomphants d'auprès de vous, notre espérance se tourne en tristesse. Or, nous espérions que vous seriez le rédempteur d'Israël. Travaillez donc, saint Père, à relever la justice, et déployez la vigueur de la discipline, en sorte que les méchants soient humiliés et les humbles encouragés 1.
Informé par cette lettre de l'état déplorable de l'Église dans l'Ombrie et les pays environnants , le pape Cléisent IE s'y rendit en personne, pour y remédier plus efficacement. 1! protégea le monastère de Ponteval, près de Pérouse, contre toutes les violences qu’on pourrait faire à ses droits, et s’avança vers Pésaro ; mais quand il vint au monastère de Saint-Thomas-d’Aposelle, avant même qu'il eût atteint le but de son voyage, il fut attaqué d’une violente maladie. Là, pensant aux fins dernières de l'homme, il donna au monastère une terre de Saint-Pierre, pour le salut de son âme. Peu de jours après, le 4er octobre, comme la maladie ne diminuait point, il accorda encore au monastère de Thères, qu’il avait fondé lui-même quatre ans auparavant, la confirmation de ses privilèges ; enfin, le même jour, il adressa à sa chère église de Bamberg un diplôme oi, en lui confirmant tous ses droits et tous ses biens, il l’assure, dans les termes les plus affectueux, de son inviolable tendresse. Huit jours après, savoir le 9 octobre 1047, il mourut dans le même monastère de Saint-Thomas-d’Aposelle, et y fut enterré: plus tard le pape Léon IX transporta son corps à Bamberg, où il repose encore dans la cathédrale ?.
1 Pet. Dam., epist. 3. — ? Les Papes allemands, t. 1, p. 267. Murat., 4nnal, d'Ital., an. 1047. Pagi, 1047.
S tu CO ON ie EU On nm CS Où dm D im 2 Où nm =
{Liv, LXNII., — De 1024
meur de me prier de se dans les églises de 2 faire ; et, comme je Il m'a même envoyé ensuite daignez m'orje ne veux pas perdre utefois, je suis percé ers dans une entière + des mauvais abbés, olique est revenu des re, dans les ténèbres ?
n meurt de faim, ou > jamais ? Quand nous mmunié par ceux-là l'être ; celui d'Ossimo, pables, revenir triom- >urne en tristesse. Or, ar d'Israël. Travaillez 2 la vigueur de la dismiliés et les humbles
ible de l'Église dans éent IE s’y rendit en 'protégea le monastère violences qu’on pour- 0 ; mais quand il vint avant même qu'il eût une violente maladie.
1 donna au monastère on âme. Peu de jours liminuait point, il acavait fondé lui-même s priviléges ; enfin, le mberg un diplôme où, biens, il l’assure, dans le tendresse. Huit jours ns le même monastère ré: plus tard le pape 1 il repose encore dans
1, p. 267. Murat., 4nnal.
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
L'an 1047, l'empereur Henri célébrait à Polden en Saxc ia fête de Noël; qui était en même temps la fête anniversaire de son propre couronnement, ainsi que de l'exaltation du pape Clément I}, lorsque les députés dé Rome arrivèrent , lui annonçant que le Pape était mort. Cette nouvelle, en ce jour, dut l’affecter douloureusement. Ces députés demandaient pour Pape Halinurd, archevêque de Lyon ; car l'empereur avait exigé des Romains, moyennant une grande sonime d'argent, de ne point élire de Pape sans sa permission. H était né èn Bourgogne, et savant dans les sciences sacrées et profanes : malgré ses parents et l’évêque de Langres qui l'aimait beaucoup et l'avait fait chanoine , il embrassa la- vie monastique à Saint-Benigne de Dijon, sous le saint abbé Guillaumé, qui le fit prieur, ‘et après la mort duquel il fut élu abbé. Les rois Robert et Henri de France l'aimèrent particulièrement, aussi bien que les empereurs Conrad et Henri. Celui-ci voulut le faire archevêque de Lyon après le refüs de saint Odilon. Halinard se déclara incapable et ft tomber le choix sur Odalric, archidiäcre de Langres. Celuï:ci étant mort au bout de cinq ans, empoisonné par dés envieux, tout le clergé et le peuple de Lyon envoyèrent au roi une députation, demandant Halinard pour archevêque. Le roi l'accorda de grand cœur ; mais Halinard refusait toujours, jusqu’à ‘ce que le pape Grégoire lui commanda absoluinent d'accepter, | .
Quand il vint pour recevoir l'investiture, le roi voulut à l'ordinaire lui faire prêter serment. Il répondit : L'Évangile et la règle de’Saint- Benoît me défendent de jurer ; si je ne les observe pas; comment:le roi pourra-t-il s'assurer que je garderai plus fidèlement ce serment ? Il vaut mieux que je ne sois point évêque. Les évêques allemands, principalement celui de Spirè, où était la cour, voulaient qu'on l'obliget à jurer comme eux ; mais Théodorie de Metz, Brunon de Toul et Richard, abbé de Verdun, amis d’Halinard, qui connaissäient sa fermeté, conseillèrent au roi de ne pas le presser. Le roi dit : Qu'il se présente au moins, äfin qu’il paraissé avoir observé la coùtume. Mais Halinard dit : Le feindre, c'est comme si je le faisais ; Dieu m'en garde !. I fallut donc que le roi se contentât de sa simple promesse. Il assista à sor. sacre et donna tout ce qui était nécessaire pour cette cérémonie. Halinard fut ainsi ordonné archevêque de Lyon, l’an 1046, par Hugues, archevêque de Bésançon, et suivitle roi à Rome la même année. Il se fit extrêmement aimer des Romains pour son affabilité et son éloquence ; car il prenait l'accent de toutes les nations qui usaient de la langue latine, comme s’il eût été né dans le pays même. D'ailleurs il affectionnait beaucoup Rome, y faisait de fréquents pélerinages, et souhaitait d'y finir ses jours aux tombeaux
504 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXHI: — De 1024
des apôtres. Les Romains donc le demandèrent pour Pape. Mais Halinard, en ayant eu connaissance, évita d'aller à la sé jusqu'à ce qu'on en eût élu un autre !.
.. L'empereur ayant ‘consulté: les évêques sur l'élection du Pape, l'évêque de Liége, Wazon, charges son député de lui faire cette réponse : Que votre sérénité considère bien si la Chaire. du souverain Pontife, déposé par qui:il ne devait pas l’être, ne lui est pas divinement réservée ; car celui que vous avez fait ordonner à sa place semble la lui avoir cédée en mourant, à lui qui vit encore. C’est pourquoi, puisqu'il. vous a plu demander notre avis là-dessus, que votre sublimité cesse de vouloir en substituer un autre à la place de celui qui est survivant ; car ni les lois divines ni les lois humaines, avec lesquelles s'accordent en tout les paroles etles écrits des saints Pères, ne permettent que le souverain Pontife soit jugé par d’autres que Dieu seul, Je prends à témoin {le Seigneur et le serment que je vous ai prêté, que, sur. cette affaire, je n'ai pu imagirer ni trouver rien de plus yrai ni de plus utile que cet avis 2. Voilà ce que l'évêque de Liége chargea son député dé dire à l'empereur; mais le se n'ar- -riva qu'après que l'élection eut été faite.
Dans l'intervalle, le Pape démissionnaire Benoît Îx, qui avait alors environ vingt-cinq ans, était rentré pour la troisième fois dans le Saint- Siége, le 8 novembre 1047, et s'y maintint huit mois dix jours, jusqu’au 17 juillet 1048. Enfin, touché de repentir, ilappela le pieux Barthélemi, abbé de la Grotte-Ferrée, lui découvrit ses péchés.et lui en demanda le remède. Le saint abbé, sans le flatter, lui déclara qu’il ne lui était pas permis d'exercer les fonctions du sacerdoce, et qu’il ne devait penser qu’à seréconcilier à Dieu par la pénitence. Benoît suivit son conseil, renonça aussitôt à sa dignité, embrassa la vie monastique, et mourut à la Grotte-Ferrée, où depuis on a retrouvé son tombeau.
L'abbé Barthélemi était né à Rossaneen Calabre, de parents pieux, originaires de Constantinople. [ls le firent bien étudier et le mirent très-jeune dans un monastère voisin, où dès lors ilse distingua par .sa vertu. Ayant oui parler de la vie admirable de saint Nil, son compatriote, il quitta secrètement son pays et alla le. trouver en Campanie, où le saint abbé avait déjà soixante moines sous sa conduite ; mais il trouva tant de mérite au jeune Barthélemi, qu'il le préférait À à tous les autres. Celui-ci suivit saint Nilà la Grotte-Ferrée, près Tusculum, et, après sa mort, on voulut le faire abbé; mais il
1 Acta Bened., sect. 6, pars 2, p. 85, — ? Gesta episcop. leod. Martene, t. 4, p. 902.
“is fin M Pn ‘pe Peut ne
+ 2 LS + jonud De st 5 eut en te nm M
(Liv. LXHI: — De 1024
pour Pape. Mais Haà la cour, jusqu'à ce
l'élection du Pape, de lui faire cette ré- Chaire du souverain e lui est pas divineordonner à sa place it encore. C’est pourlà-dessus, que votre re à la place de celui lois humaines, avec crits des saints Pères, igé par d’autres que serment que je vous iner ni trouver rien là ce que l’évêque de mais le député n'ar-
1oit IX, qui avait alors troisième fois dans le maintint huit mois touché de repentir, te-Ferrée, lui décou- Le saint abbé, sans le l'exercer les fonctions éconcilier à Dieu par nça aussitôt à sa di- , la Grotte-Ferrée, où
re, de parents pieux, | étudier et le mirent s lors ilse distingua ‘able de saint Nil, son et alla le. trouver en > moines SOUS Sa con- : Barthélemi, qu'il le Nilà la Grotte-Ferrée, le faire abbé; mais il
cop. leod. Martene, t. 4,
à 1054 de l'ère chr.] : DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 505
s'en exCuSa sur sa jeunesse. Toutefois, après deux autres, il ne put l'éviter, et fut ainsi le troisième successeur de saint Nil.
Étant abbé, il continuait de travailler à transcrire des livres ; car il avait la main très-honne. Il composa plusieurs chants ecclésiastiques à la louange de la Vierge, de saint Nil. et d’autres saints; il bâtit de fond en comble l’église du monastère, dédiée à la Vierge, et accrut notablement la communauté. Il avait un: grand talent pour la conversion des pécheurs, et s'était acquis une telle autorité, que le prince de Salerne, ayant fait prisonnier celui de Gaëte, il lui persuada non-seulement de le délivrer, mais de lui donner encore une autre principauté 1. sis
Le même jour que l'ex-pape Benoît se retira, c’est-à-dire le {17 de juillet 1048, on couronna Pape, Poppon, évêque de Brixen, que l'empereur avait choisi en Allemagne et envoyé à Rome, où il fut reçu avec honneur. 11 prit le nom de Damase Il ; mais il ne vécut sur le Saint-Siége que vingt-trois jours, et mourut à Préneste, le 8me d'août 1048. Il fut enterré à Saint-Laurent, hors de Rome, et le
Saint-Siége vaqua six mois 2, | Cependant l’empereur Henri tenait une diète ou assemblée générale des prélats et des seigneurs à Worms: Le saint évêque de Toul, Brunon, y avait été convoqué et se trouvait. présent ; car on ne faisait rien de grand à la cour sans son avis. ll était âgé de' quarantesix ans, et en avait vingt-deux d’épiscopat, qu’il avait dignement employés. Tout d'un coup, et l’empereur, et les évêques, et les seigneurs, et les députés de Rome, en un mot tous les assistants, d’une voix unanime, l’élisent Pape. Brunon, qui n’avait pas le moindre soupçon de la chose, est épouvanté; il connaissait, par ses fréquents voyages à Rome, l’état déplorable de l'Église ; deux Papes venaient de mourir l’un sur l’autre ; il refusa donc humblement et très-longtemps. Mais plus il refusait et se déclarait indigne, plus on lui faisait
. d’instances. Dans cette.extrémité, il demanda trois jours pour déli-
bérer; il les passa absclument sans boire ni manger, occupé uniquement de prières. Ensuite, comme on le pressait de nouveau dhns l'assemblée, il fit une confession publique de ses péchés, croyant par là faire connaître son indignité et changer l'élection commune. Les larmes qu'il répandit en cette action en tirèrent de tous les assistants. Mais tous s’écrièrent d'une voix : A Dieu ne plaise que le tils de tant de larmes périsse! Voyant donc qu’il ne pouvait échapper eñ aucune manière aux ordres de l’empereur et-au vœu unanime de tout le monde, ii accepta forcément l'office qui lui était enjoint, en
! Vita Barth. in Thesaur. asc. Pos., p. 429, — ? Herman, Chron., an. 1048.
506 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXUI. — De1024
préserice des légats romains , mais à condition que tort le clergé et le peuple de Rome y consentiraient. Je vais à Rome, disait-il; et là, si le clergé et le peuple, de son plein gré, m'élit pour Pontife, je ferai ce que vous demandez ; autrement, je’ n’accepte aucune élection. On applaudit avec joie à cet avis, et on approuva très-fort la condition. MG 'E ah
Comme la fête de Noël était proche, le nouveau Pape prit congé de l’empereur et revint à Toul, accompagné de Hugues Cisa, l'un des députés romains, d'Éverard, archevêque de Trèves, et des évêques Adalbéron de Metz et Théodoric de Verdun. Avec lai venait encore le jeune Hildebrand, qui devint plus tard lé pape ‘int Grégoire VH. | st
Suivant Brunon, évêque de Segny ; et Hugues de Flavigny, deux auteurs contemporains, Hildebrand était né à Rome, d'une famille romaine, que quelques-uns, à cause de la ressemblance du nom; ont prétendu ‘être l’illustre famille des Aldobrandini. Saivant d’autres, il naquit en Toscane, où son père était, dit-on, charpentier. Il eut pour maître dans les sciences Laurent, archevêque d’Amalfi, homme docte et d’une saïnfe vie, bien instruit dans les langues grecque et latine. Il paraît que, dès sa première énfance, il fut mis sous la cbriduite de son oncle maternel, abbé de Notre-Dame-du- Mont-Aventin à Rome, pour être insiruit dans les lettres et la piété. Îleut encore parmi ses maitres l’archiprêtre Jean Gratien, qui fut Pape sous le nom de Grégoire VI. Après son abdication, il le suivit de Rorne en Allemagne, et embrassa la vie monastique à Cluny. Lesaintabbé Hugues lui témoignait beaucoup d'amitié ; il fut instruit dans la sciencé de la piété par saint Odilon ; il paraît que, dans un temps ou dans un autre, il y fut nommé prieur. Après la mort de Grégoire VI, qui eut lieu probablement à Cluny même, Hildebrand passa quelque temps à la cour de l'empereur Henri HE. Ce prince disait n’avoir jamais entendu personne prêcher la parole de Dieu avec tant d’assurancé. Les meilleurs évêques admiraient ses discours. Loaint évêque Brunon de Toul, ayant donc été élu Pape à Worms, invita Hildebrand de l'accompagner à Rome. Hildebrand s'y refusa d’abord, par la raison qu'un évêque devait, suivant les canons, être élu par le-clergé et le peuple de son église. Charmé : de: son noble caractère, de son génie pénétrant et de sa conduite exemplaire, le nouveau Pape lui expliqua la suite de l’affaire et le point où elle en était : dès lors, pleinement rassuré, Hildebrand devint son compagnon inséparable, son bras droit, et comme l'âme de toutes les grandes affaires.
Ayant donc célébré la fête de Noël à Toul et donné ordre au gou-
[Liv. EXU]. — De 1024
ue tout le clergé et me, disait-il; et là, it pour Pontife, je ccepte aucune élecpprouva très-fort la
au Pape prit congé > Hugues Cisa, l'un ‘Trèves, et des évéun. Avec lai venait d lé pape :‘int Gré-
s de Flavigny, deux Rome, d'une famille nblance du nom, ont ni. Suivant d’autres, -on, charpentier. Il rchevêque d’Amalfi, it dans les langues re énfance, il fut mis de Notre-Dame-dues lettres et la piété.
Jean Gratien, qui fut bdication, il le suivit nonastique à Cluny.
'amitié ; il fut instruit | paraît que, dans un r. Après la mort de
y même, Hildebrand
Henri HE. Ce prince * la parole de Dieu niraient ses discours.
é élu Pape à Worms, Hildebrand s’y refusa vant les canons, être harmé . de: son noble duite exemplaire, le et le point où elle en nd devint son come l'âme de toutes les
donné ordre au gou-
à 1054 de l’cre chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 507
vernement de cette église, Brunon se mit en chemin pour Rome, le 28 décembre 1048, accompagné d'Éverard, archevêque de Trèves, et d'Halinard, archevêque de Lyon. Mais’ au lieu de voyager avec la pompe de sa dignité nouvelle, il marchait en habit de pélerin, s’occupant continuellement de prières pour le salut detant d'âmes, dont il était chargé. A Augsbourg, étant en oraisOn, il entendit une voix d'ange, chantant avec une merveilleuse harmonie : Voici ce que dit le Seigneur : Je pense des pensées de paix, et non d'affiction ; vous m'invoquerez et moi je vous exaucerai, et je ramènerai votre captivité de tous les lieux. Encouragé par cette révélation, il se mit en roule, accompagné d'une multitude de personnes qui äccouraient de toutes parts. Dans lenombre, une pieuse servante de Dieu, s'étant approchée, lui dit : Dès que vous mettrez les pieds dans l’église du prince des apôtres, n'oubliez pas de vous servir de ces divinés paroles : La paix à cette maison et à tous ceux qui l’habitént! H reçut cet avis avec humilité, et s’y conforma dévotement. Il arriva ainsi jusqu'au Tibre, qui était débordé et qui l’empécha pendant sept jones de passer outre. Le ‘saint homme était afiligé de ce contretemps, à causé de la multitude de peuple qui s’était rassemblée autour de lui. Il invoqua le sécours de Dieu, et cormmenta la dédicace d’une église de Saint-Jean, bâtie dans le voisinage. La consécration n’était point achevée, que le fleuve, rentré dans son lit ordinaire, laissa le passage libre : ce que tout le monde attribua aux mérites du saint Pontife. A l'approche de Rome, toute la ville vint au-devant de lui avec des cantiques de joie; mais lui descendit de chéval et marcha longtemps nu-pieds, priant, gémissant et versant des torrents de larmes. Après s'être ainsi longtérnps immolé à Jésus-Christ sur l'autel de son cœur. comme une victime vivante, sainte et agréable à Dieu, il parla au clergé et au peuple, et leur exposa le choix que l'empereur avait fait de sa personne, les priant de déclarer franchement leur volonté, quelle qu’elle fût. fl ajouta que, suivant les canons, l'élection du clergé et du peuple doit précéder tout autre suffrage ; et que, comme il n'était venu que malgré lui, il s'en retournerait volontiers, à moins que son élection ne füt approuvée d'une voix unanime. On ne répondit à ce discours que par des acclamations de joie, et il reprit la parole pour exhorter les Romains à la correction des mœurs et demander leurs prières. 11 fut donc intronisé le 12me de février 1049, qui était le premier dimanche de carême : il prit le nom de Léon IX, et tint le Saint-Siége cinq ans.
De toutes les vertus qui relvisaient en sa personne, ies plus éciatantes étaient la miséricorde et la patience. Il était prompt à pardonner aux coupables, pleurait de compassion avec ceux qui confessaient
508 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXILL. — De 1024
leurs crimes ; il faisait des aumônes jusqu'à se réduire lui-même à l'indigence. La Providence le mit pius d’une fois à l'épreuve, pour faire éclater sa confiance en Dieu. Quand il arriva à Rome, il ne trouva rien dans les coffres de la chambre apostolique, et tout ce qu'il avait apporté avec lui était consumé tant aux frais du voyage qu’en aumônes. Il ne restait rien non plus à ceux de sa suite, et ils songeaient à vendre à perte leurs propres vêtements pour s’en retourner dans leur pays à l'insu du saint homme. Lui les exhortait à se confier en Dieu, mais il compatissait à leur affection du fond de son âme. Le jour même qu'ils étaient tous prêts à se retirer secrètement, arrivèrent les députés des nobles de la province de Bénévent, avec des présents magnifiques pour le Pape, dont ils demandaient la bénédiction et la protection. Il les reçut avec une paternelle bienveillance, mais fit des reproches aux siens de leur pew de foi, leur montrant, par cet exemple, à ne se défier jamais de la Providence. De ce moment, la renommée du pape Léon retentit jusqu'aux extrémités de .la terre; partout on bénissait Dieu d’avoir. donné un tel pasteur à son Église ; une multitude extraordinaire de pèlerins affluaient au; tombeau du prince des apôtres ; tous étaient admis en présence du saint Pape, et recevaient sa bénédiction ; ceux qui ne pouvaient . absolument faire le voyage lui envoyaient des présents pour qu’il les bénit de loin. Mais de toutes les offrandes qu’on mettait à ses pieds, il n’en prenait rien pour lui ni pour les siens : tout était pour les pauvres.
Pour attirer de plus en plus les bénédictions du ciel sur son pontificat, le saint pape Léon fit un pélerinage au mont Gargan, où était une célèbre église de Saint-Michel-Archange ; il visita de même le monastère de Saint-Benoît, au mont Cassin. De plus, il fitle moine Hildebrand cardinal-sous-diacre et économe de l'Église romaine. Enfin, la seconde semaine après Pâques, il tint. à Rome le concile qu'il avait indiqué plusieurs mois auparavant ; il s’y trouva des évéques de divers pays, entre autres les archevêques de Trèves et de Lyon!, ,
Dans ce concile, le Pape confirma d’abord les décrets des quatre premiers conciles généraux, ainsi que les décrets des Pontifes romains, ses prédécesseurs, notamment ceux contre la simonie et l'incontinence des clercs ; ensuite il anathématisa expressément la simonie, qui avait infecté plusieurs parties de l'univers ; enfin il déposa quelques évêques convaincus de ce crime. Le Seigneur daigna confirmer son autorité par un miracle, L'évêque de Sutri, étant
1 Acta SS., 11 april.
Liv. LXIII. — De 1024
éduire lui-même à à l'épreuve, pour va à Rome, il ne tolique, et tout ce ux frais du voyage x de sa suite, et ils ents pour s’en re- Lui les exhortait à fection du fond de à se retirer secrèprovince de Bénée, dont ils demanavec une paternelle le leur pew de foi, amais de la Provià retentit jusqu'aux 1 d’avoir. donné un dinaire de pèlerins 18 étaient admis en tion ; ceux qui ne yaient des présents randes qu’on met- Jour les siens : tout
u ciel sur son ponnt Gargan, où était visita de même le plus, il fit le moine > l'Église romaine.
à Rome le concile s’y trouva des évées de Trèves et de
décrets des quatre s des Pontifes rontre la simonie et a expressément la l'univers ; enfin il . Le Seigneur daique de Sutri, étant
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
accusé de simonie, voulut se justifier au moment même qu’il allait pronon coup frappé de Dieu, eom l'assemblée et ilexpira 1, Cet événement inspira à tout le monde faire un faux serment en la présence du sai disposition des esprits, il crut devoir être pl décesseur Clément IL, et casser toutes les or simoniaques. Mais bientôt cette mesure si ri
tumulte. Comme les papes Benoit IX et Grégoire VI étaient accusés où suspects de simonie, toutes leurs ordinations allaient être révoquées en doute. En conséquence, les prêtres et même les évêques disaient que les fonctions ecclésiastiques, et principalement les messes, allaient cesser en presque toutes les églises ::ce qui mettait tous les fidèles au désespoir et tendait au renversement de la religion. Après de longues disputes, on représenta au Pape le décret de Clément IL, savoir : que ceux qui avaient été ordonnés par des simonaques pourraient exercer leurs fonctions après quarante jours de pénitence. Léon IX approuva et confirma ce décret. De cette manière, on satisfaisait à l'esprit de la loi, et l'Église conservait ses minisires, parmi lesquels le saint Pape éleva même plusieurs dans la suite à de plus grandes dignités, pour leur Capacité et leur vie exemplaire, Mais quiconque exercerait encore la simonie à l'avenir tombait sous l’anathème prononcé contre ce désordre par les conciles généraux 2,
Les lois contre le mariage des prêtres ayant ainsi été r le Pape insista sur les moyens d'ôter aux prêtres incontinents toute occasion de péché. Il fut donc arrêté que les prêtres ne demeureaient plus en leur particulier, mais en Commun, dans des maisons cloitrées. Les femmes qui se seraient abandonnées à eux seraient privées de leur liberté civile et adjugées au palais de Latran conime
par de faux témoignages ; mais cer le serment, il fut tout d'un me un autre Ananie ; on l’emporta hors de
une crainte terrible de nt Pontife. Dans cette us sévère que son prédinations faites par des goureuse causa un grand
enouvelées,
| esclaves 3, Comme on se plaignait que, dans l’Apulie et d’autres con-
trées, les laïques ne voulaient plus payer la dime, le concile en renouvela l'obligation, en ordonnant, toutefois, que la portion des dimes qui revenait à une église ou à un autel serait gratuitement remise au pasteur de ceite église par l'évêque, qui ne pouvait disposer librement que de la portion qui lui revenait en propre. Le Pape renouvela encore les canons contre les mariages entre parents, et sépara plusieurs nobles qui vivaient dans ces conjonctions illégitimes 4,
| Vita S, Leon., i, 2, c. 3. Acta SS., 11, april. — 2 Epist. Pet. Dam. ad
Henr., arch, Rav. Labbe, t, 9, p. 1027. — 5 Pet. Dam., 1.4, epist, 3, — Vita S. Leon., 1, 2, e, 8.
510 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIH. — De 1024
En ce même concile, le Pape approuva la translation . de Jean, évêque de Toscanelle, au siége de Porto, comme utile et même nécéssaire, confirmant, à lui et à ses successeurs, tous :les biens de l'église de Porto, entre autres l'île de Saint-Barthélemi à Rome, qui jui était disputée par l’évêque de Sainte-Sabine. Il y accorda encore à l'archevêque de Trèves une bulle par laquelle il confirmait à son siége la primatie sur la Gaule-Belgique, à condition que les archevêques de Trèves enverraient tous les ans:des députés à Rome, pour y apprendre ce que le Siéve apostolique désirait qu’ils fissent dans ces provinces pour le pl. i bien de l'Église; qu’enfin ils visiteraient le Siége aposio, : : Jus les ans. en personne, coinme des frères affectueux visitent leur aîné. En retour, Léon leur accordait le premier rang après les légats du Saint-Siége, et, quand il n’y en avait point, immédiatement après les empereurs et les rois !. |
Comme autrefois saint Pierre visitait les églises de la Judée pour y affermir la foi et la piété, de même son successeur saint Léon IX visita les principales provinces de l'Église universelle. Ainsi, la même année 4049, dans la semaine de la Pentecôte, il tint un concile à Pavie, mais dont les actes ne sont point venus jusqu’à nous. C'était certainement dans le même but que celui de Rome. à
En approchant de Passignano, sur la route de Pavie, le saint Pape fit dire à saint Jean Gualbert, fondateur de la congrégation de Vallombreuse, qu'il comptait dîner chez lui dans. son monastère de Passignano. Bien surpris de cette visite, Gualbert demanda à l’économe du monastère s’il y avait encore du poisson. Sur sa réponse négative, il envoya deux novices en pêcher dans un lac voisin, Comme il n’y avait jamais eu de poisson dans ce lac, les novices lui remontrèrent qu’il était difficile d'y en prendre. Le saint abbé ayant, pour toute réponse , réitéré son commandement, ils y allèrent, jetèrent le filet par obéissance et prirent deux énormes brochets, qui servirent à traiter le Pape et son cortége.
Saint Jean Gualbert sortait d’une famille riche et noble, établie à Florence. Il fut élevé avec soin dans les maximes de la piété et dans la connaissance des lettres. A peine fut-il entré dans le monde. qu'il en prit l'esprit avec le goût des vanités. Il était perdu sans un événement qui pouvait le perdre tout à fait. Son frère unique avait été tué par un gentilhomme. Jean, excité encore par son père, ré solut de venger sa mort. Un jour de vendredi saint, revenant de li campagne avec des hommes en armes, il rencontre le gentilhomm"
4 Concil. Mansi, t. 19, p. 124.
Liv. LXIH. — De 1024
‘anslation .de Jean, e utile et même né- ;, tous .les biens de nélemi à Rome, qui Il y accorda encore il confirmait à son ition que les archeputés à Rome, pour t qu’ils fissent dans e; qu'enfin ils visi-
personne, comme retour, Léon leur du Saint-Siége, et, ès les empereurs et
ses de la Judée pour >sseur saint Léon IX selle. Ainsi, la même il tint un concile à jusqu’à nous. C'était ome. à à Pavie, le saint Pape congrégation de Vals.son monastère (de ert demanda à l’écosson. Sur sa réponse dans un lac voisin.
ce lac, les novices lui . Le saint abbé ayant.
ent, ils y allèrent, jenormes brochets, qui
he et noble, établie à es de la piété et dans itré dans le monde.
Il était perdu sans un Son {rère unique aval core par son père, résaint, revenant de là ontre le gentilhomm"
pi
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 511
dans un passage si étroit, qu'ils ne se pouvaient détourner ni l’un ni l'autre. La vue de son ennemi rallume sa vengeance ; il met l'épée à la main pour la lui passer au travers du corps; mais l’autre se jette à ses pieds; et là, les bras étendus en forme de croix, il le conjure, par: la passion de Jésus-Christ, dont on célébrait la mémoire en ce jour, de ne pas lui ôter la vie, Jean Gualbert se sentit touché jusqu’au fond de l'âme. Il tend la main au meurtrier de son frère, et lui dit avec douceur : Je ne puis vous refuser ce que vous me démandez au nom de Jésus-Christ. Je vous accorde non-seulement la vie, mais même mon amitié. Priez Dieu de me pardonner mon péché, S’étant embrassés l’un l’autre, ils se séparèrent.
Jean, continuant sa route, arrive bientôt à une certaine, église ; il y entre, y prie avec une ferveur extraordinaire devant un crucifix, qu’il-voit distinctement, incliner la tête, comme pour le remercier de la miséricorde qu'il venoit de. faire pour l’amour de lui. Profondément ému de ce qu'il voyait, Gualbert se mit à penser de quelle manière il pourrait le mieux plaire à Dieu; car, disait-il en lui-même, quelle récompense ne recevrai-je pas dans le ciel, si je sers fidèlement le Seigneur, lui qui, pour si peu que je viens de faire, me récompense par un si grand miracle? Plein de ces pensées, il s’approchait de Florence, lorsqu'il renvoie son écuyer, entre dansle monastère de Saint-Miniat, au faubourg, raconte à l'abbé tont ce:qui venait de lui arriver, et lui demande l'habit monastique. L'abbé, ayant tout pesé avec attention, l'encourage dans son dessein de quitter le monde et de se consacrer à Dieu; mais pour lui donner l'habit, il diffère, tant pour l'éprouver que par crainte de son père, qui, effectivement, ayant su où était son fils, vint le réclamer avec meñace de renverser le monastère de.fond en comble. Dans cette situation' critique, Gualbert saisit l’habit d’un religieux, le porte sur l'autel de l’église, se coupe lui-même les cheveux, se revêt lui-même de l’habit de religion et puis se met à lire tranquillement dans un livre. Son père, le trouvant dans cet état, s'emporte, se désole, s'arrache les cheveux, se roule par terre, mais finit par s’adoucir et par lui donner :a bénédiction.
Le jeune religieux se livra tout entier aux plus austères pratiques de la pénitence. Par son extrême fidélité à tous les exercices, il devint bientôt un modèle accompli de toutes les vertus. L'abbé étant mort, il fut élu d'une voix unanime pour lui succéder; mais il fut impossible d’y obtenir son consentement. Il aspirait à obéir, non à ommander, et répétait souvent ces paroles du prophète : Moi je suis un vermisseau et non pas un homme, l’opprobre des hommes et l’abjection du peuple. Cependant un autre moine obtint de l'évé-
512 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXII. — De 1024
que de Florence, pour de l'argent, le gouvernement du monastère. Suint Gualbert, en ayant eu connaissance, s’en alla avec un autre frère consulter un saint reclus de Florence, nommé Teuzon, qui condamnait publiquement la simonie. Le vieillard, ayant éprouvé leur foi et leur constance, leur dit : Allez-vous-en dans la grande place de la ville, publiez devant tout le monde que l’évêque et l'abbé sont simoniaques ; ensuite partez et cherchez un autre monastère où vous puissiez librement servir Jésus-Christ.
Saint Gualbert suivit ce conseil. IH visita plusieurs communautés, en particulier celle de Camaldule, et enfin fonda lui-même un monastère où l’on suivait la règle de Saint-Benoît selon toute son austérité primitive ; il fonda cette communauté dans une vallée ombragée de saules, d’où le nom de Vallombreuse. L'esprit dominant du nouvel ordre fut l'amour de.la retraite et du silence, le détachement de toutes les choses de la terre, la pratique de l’humilité, l'amour des austérités de la pénitence et la chärité la plus univérsellé. Jean Gualbert établit plusieurs nouveaux monastères , entre ‘autres celui de Passignano, et ranima la régularité et la ferveur dans plusieurs autres. Outre les religieux de chœur, il recevait aussi des frères convers pour les fonctions extérieures : division qui fut bientôt adoptée par les autres ordres !. La congrégation de Vallombreuse, avec son saint fondateur, aida puissamment le pape saint Léon IX et le pape
saint Grégoire VII à extirper la simonie et à ramener la discipline dans le clergé. Dans le onzième siècle, le clergé séculier avait besoin d’une grande réforme ; il la trouva principalement dans l’ordre monastique. C’est de Ià que lui viennent les plus grancs Papes et les plus grands évêques.
Après avoir tenu le concile de Pavie ‘dans la semaine de la Pentecôte, le pape saint Léon traversa les Alpes par le mont Jou, autrement le grand Saint-Bernard, et se trouva déjà le 29 juin à Cologne, où il célébra avec l’empereur la fête de Saint-Pierre et de Saint-Paul. À la descente des Alpes, il futreçu par saint Hugues, abbé de Cluny, qui venait de succéder à saint Odilon et à qui le saint Pape confirma tous les priviléges de scn abbaye.
Dans ce voyage, Léon IX rendit un grand sérvice à l'empire. Godefroi le Hardi ou le Barbu, duc de Basse-Lorraine, soutenu de Baudouin, comte de Flandre, et de Théodoric, comte de Hollande, faisait la guerre à l’empereur Henri le Noir, au sujet de la Lorraine- Supérieure, à laquelie Godefroi avait des prétentions, mais dont l’empereur avait investi Gérard d’Alsace, ancêtre de ces ducs de
1 Acta SS., 12 julii.
(Liv. LXNI. — De 1024
nent du monastère.
alla avec un autre mmé Teuzon, qui rd, ayant éprouvé en dans la grande Le l’évêque et l'abbé un autre monastère
eurs communautés, a lui-même un mon toute son austérité vallée ombragée de ominant du nouvel le détachement de imilité, l'amour des s universelle. Jean , entre autres celui veur dans plusieurs aussi des frères con- | fut bientôt adoptée ombreuse, avec son t Léon IX et le pape amener la discipline séculier avait besoin nt dans l’ordre mones Papes et les plus
semaine de la Penle mont Jou, autres 29 juin à Cologne, rre et de Saint-Paul.
1es, abbé de Cluny, saint Pape confirma
sérvice à l'empire.
orraine, soutenu de comte de Hollande, sujet de la Lorrainetentions, mais dont être de ces ducs de
| de la simonie. Les évêques, surpris d’
à 1054 de l’êre chr.]
Lorraine qui, d’Autricl.e.
; Ru Pt bn Verdun, Godefroi en avait brûlé la cathé. hs ve pap sain! éon, en punition de ce sacrilége, lança cont
e sentence d'excommunication.. Le duc, réveillé co ; un coup de foudre, reconnut sa faute. Non-seulement il pp à Aix-la- Chapelle et se soumit à l'empereur, qui, à la prière du ee le reçut en ses bonnes grâces, mais, revenu en toute Lo à v so il y fit publiquement pénitence et fit rebâtir de fond en vil glise qu il avait réduite en cendre. Pendant qu'on la r are u duc s associait souvent aux ouvriers et faisait l'office de ave Godefroi, ayant réparé tout le scandale par cette fran Pa Le reçu de nouveau dans le sein de l'Église 1 ht no e voyage du saint Pape, son autorité i réelle en Gaule et en Allemagne étaient éme an à re qu'à l empire ; ils lui étaient même nécessaires. Il s'agissait d’ pi la simonie, non chez quelques particuliers, mais chez les dvd x les seigneurs. On en jugera par ce que rapporte Glaber Mayer * mencement de son règne, l’empereur Henri tit assembler ts : Fat de ses États, tant de la Gaulc que de l’Allemagne, et leur aa: ins: C'est dans l'amertume de mon cœur que je vous Lana dis vga vous qui tenez la place du Christ dans l'Église, son é he à rachetée au prix de son sang. Comme c’est par sa aient n â qu il a payé notre rançon, il a dit à ses apôtres en leur dbtait sa be Vous avez . gratuitement , donnez gratuitement Mais varice vous a séduits ; et ,.en vous fai :
règle, elle a attiré sur vous toutes les AE pi ru même, et.je crains beaucoup pour son âme, a fait pendant à ü ss damnable trafic des dignités ecclésiastiques. N’en doutons à d v en punition de ce péché que les fléaux de la famine, de jé a de la guerre sont tombés sur nous; car tous les Gvres de on \ depuis le souverain Pontife jusqu'aux portiers , sont infectés du he un pareil discour |
vs répondre ; Car, dit Glaber, la dhoitesa infecté ea es Gaules, mais encore toute l'Italie, et les dignités ecclésiastiqu étaient vénales comme le sont les marchandises exposées pre po
DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 513 dans le siècle dernier, sont montés sur le trône
marché. Les évêques, qui se sentaient coupables, implorèrent la
démence de l’empereur. Il leur dit : Allez, tâchez de remplir digneee les places où vous êtes parvenus par des voies illicites, et priez elgneur de pardonner ce péché à mon père. Ïl publia ensuite un
! Lambert Schafn., Hist. ep. Virdun. Boudq., t. 10, p. 249 et seq. PUTR
514 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXIII, — De1024
édit dans tous ses États pour en proscrire la simonie. Puisque le Seigneur, y disait-il, m'a accordé gratuitement la couronne de l’empire, j'accorderai gratuitement toutes les dignités de son Église 1,
En Frapre, il y avait des provinces où les choses étaient encore pires. L’ stise de Rouen avait surtout le malheur d’être gouvernée depuis longtemps par des archevêques qui, ne songeant qu'à jouir des revenus de ce grand siége, s'appliquaient plus à soutenir l'éclat de leur naissance qu’à honorer la sainteté de leur ministère. Après la mort de Gunhard, successeur de Francon , le duc Guillaume Ier donna éet archevêché à Hugues, moine de Saint-Denis, plus distingué par sa noblesse que par sa piété et les autres talents propres de l’épiscopat. Hugues vécut en grand seigneur. Cependant son faste ne fut pas son plus grand crime : il se livra avec tant de scandale à l'amour des femmes, qu’il en eut plusieurs enfants. Robert, son successeur, et fils de Richard Ier, duc de Normandie, fit d’abord autant d’honneur à l’épiscopat par ses vertus que par sa haute naissance ; mais il se démentit bientôt de cette piété ; et, tout archevêque qu’il était, il prit une femme nommée Herlève, dont il eut aussi plusieurs enfants, auxquels il donna des comtés. Ayant eu ensuite de grands démélés avec le duc Robert, il se retira sur les terres de France, d'où il jeta un interdit général sur toute la province de Normandie. Le Seigneur lui fit la grâce de se reconnaître avant sa mort : il pleura ses péchés, n’employa plus ses grands biens qu'au profit de son église, qu'il fit rebâtir. Robert tint le siége quarante-huit ans. Mauger, son neveu, fils de Richard II, encore fort jeune, lui succéda, et il se livra pareillement aux passions de la jeunesse. Que pouvait-on espérer d’un troupeau conduit par de tels pasteurs ?
Il y avait aussi depuis longtemps de grands scandales dans l’église du Mans. Sigefroi, successeur de Mainard, avait acheté l'épiscopat moyennant quelques terres qu'il donna à Foulques, comte d'Angers. Ce prélat se comporta dans son église comme un mercenaire, entretenant publiquement une concubine nommée Hildeburge, dont il eut plusieurs enfants. IL persévéra dans son péché jusqu’à ce que, sentant sa fin approcher, il espéra fléchir la miséricorde de Dieu en prenant l’habit religieux au monastère de Couture; mais il mourut peu de jours après. Si une pénitence si courte fut assez sincère pour effacer ses péchés, elle fut trop tardive your réparer le scandale qu'il avait donné durant un long épiscopat. La conduite d’Avesgaud , son neveu et son successeur, parut plus régulière, et on ne lui reprocha que d'aimer trop la chasse. Il en fut de même de Gervais, neveu et
4 Glaber, 1. 5, c. 5.
Av. LXIII, — De'1024
monie. Puisque le couronne de l’emde son Église 1.
ses étaient encore r d’être gouvernée ongeant qu'à jouir s à soutenir l'éclat r ministère. Après duc Guillaume Ier anis, plus distingué nts propres de l'éndant son faste ne tant de scandale à , Robert, son suc- , fit d’abord autant a haute naissance ; it archevêque qu’il eut aussi plusieurs ensuite de grands ; terres de France, nce de Normandie.
t sa mort : il pleura qu’au profit de son e-huit ans. Mauger, lui succéda, et il se > pouvait-on espérer
ndales dans l’église t acheté l’épiscopat es, comte d'Angers.
mercenaire, entre- Hildeburge, dont il ché jusqu’à ce que, éricorde de Dieu en are ; mais il mourut it assez sincère pour rer le scandale qu’il ite d’Avesgaud, son + on ne lui reprocha e Gervais, neveu et
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, successeur d'Avesgaud. Ils .eure avec Hébert, comte du Mans.
Les évêques bretons, depuis qu'ils s'étaient soust pole de Tours, n'étaient pas plus ré | on parlé. Gauthier, évêque de Nan
se0ffroi, comte de Rennes, trouva à son retou i
de Nantes, avait pillé sa maison et ses biens. Ne end raison, il excommunia Budic et tous les habitants de Nante sr soutenaient le comte ; après quoi il employa d’autres armes PA son Peuple. Il'implora le secours de üeoffroi, qui prit vivement le parti de l'évêque. Ce fut le sujet d’une cruelle guerre, qui fut si terminée par la médiation de J uñqueneus, évêque de Dol qui pren ? toujours le titre d'archevèque, et qui était lui-même un Maine ie
plutôt qu'un pasteur, comme nous le verrons. put
Orscand, évêque de Quimper, et frère d'Alain Cagnard, comte de Cornouailles, porta le scandale jusqu’à se marier publiquement Il épousa la ïlle de Rivelen de Crozon, et il en eut plusieurs enfants Il ne faisait que suivre en cela l'exemple de Benoît, son père lequel, étant évêque et comte de Cornouailles, crut pouvuir se marier, comme si la qualité de comte l'eût dispensé des obligations que lui imposait celle d'évêque. Alain s’opposa quelque temps au mariage de l'évéque, son frère ; mais il se laissa gagner par l'intérêt, et il y consentit moyennant une terre de l’église, que l'évêque lui céda.
Au reste, les comtes bretons montraient la plupart autant de piété que les évêques dont nous venons de parler en montraient peu. Geoffroi, comte de Rennes, avait fort à cœur de rétablir la discipline et la ferveur dans les monastères de Bretagne, et nommément à Saint-Gildas-de-Ruis et à Locminé. Il avait fait venir pour ce sujet un saint moine de Fleury, nommé Félix, qui u :vailla quelque temps à ce dessein ; mais les guerres civiles allumées dans cette province ne lui permirent pas de consommer l'ouvrage de la réforme. Après la mort de Geoffroi, Hervoise, sa veuve, suivit son projet. Elle pria Gauzelin, archevêque de Be .rges et abbé de Fleury, qui vivait encore alors, de donner à Félix la bénédiction d’abbé et de le renvoyer en Bretagne. Gauzelin !e fit, et Félix travailla si efficacement, qu’il vint à bout de réformer plusieurs monastères de cette province : après quoi il fixa sa demeure dans celui de Saint-Gildas-de-Ruis 1.
Mais pour réformer, mais pour corriger des évêques soutenus dans leurs scandales par la noblesse de leur famille, par la faiblesse ou la connivence des princes, on sent: qu'il fallait un Pape, c'est-à-
nt tous deux de grands démélés
raits à la métroguliers que ceux dont nous tes, étant allé à Rome avec
1 Hist. de l'Église gallic., 1. 20.
516 HISTOIRE UNIVFRSELLE [Liv. LXIN, — De 1024
dire ce pasteur suprême à qui le Fils de Dieu a dit : Pais mes agneaux, pais mes brebis ; tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle; et je te donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que tu lieras ou déliéras sur la terre, sera lié ou délié dans les cieux. Il fallait un Pape, mais un Pape quijoignit l'autorité dela sainteté à la sainteté de l'autorité, qui pût dire hardiment aux nouveaux Simons : Que ton argent périsse avec toi ! et devant qui les nouveaux Ananies dussent trembler d’être frappés de mort pour leurs mensonges. Ce Pape, le Seigneur l'avait procuré à son Église : c'était Léon IX.
Arrivé dans les Gaules, il annonça qu'il irait à Reims visiter le sépulcre de saint Remi, l'apôtre des Francs et qu'il y tiendrait ensuite un concile. N’étant encore qu'évêque de Toul, il avait fait plusieurs fois le voyage de France pour négocier la paix entre l'empereur et le roi. N'ayant pu satisfaire sa dévotion en ces circonstances, il promit à Hérimaire, abbé de Saint-Remi, de faire ce pélerinage à pied, dans le carême suivant. L'abbé profita de l'occasion pour le prier de faire alors la dédicace de la nouÿelle église de son monastère. Brunon äyant été élu pape, Hérimaire le supplia de se souvenir de sa promesse, si jamais il revenait dans les Gaules. Le nouveau Pape le fit assurer que, lors même que le bien de l'Église ne le rappellerait pas dans les Gaules, il y reviendrait pour le seul amour de saint Remi, afin de dédier sa basilique, s’il plaisait à Dieu.
L'abbé Hérimaire, ayant donc su que Léon IX avait passé les Alpes, alla à Laon trouver Henri, roi de France, durant les fêtes de la Pentecôte, lui demanda son agrément pour la dédicace que le Pape devait faire de son église; et il pria Sa Majesté d'honorer la cérémonie de sa présence, et d’ordonner aux prélats et aux seigneurs de son-royaume de s'y rendre. Le roi promit que, s’il n'était empêché pour quelque affaire, il ne manquerait pas de s'y trouver. Hérimaire se rendit de Laon à Cologne pour concerter avec le Pape l’ordre et le jour de la cérémonie. Léon l’assura qu'il serait à Reims pour la Saint-Michel, le 29 de septembre ; que ce jour-là il célébrerait la messe dans la cathédrale ; que le premier jour d'octobre, fête de saint Remi, il ferait l'élévation des reliques de cet apôtre de la France; le lendemain, la dédicace de son église, et qu’il destinait les trois jours suivants pour la célébration du concile qu'il avait résolu de tenir à Reims.
Le saint Pape ne put se dispenser de visiter en chemin sa chère église de Toul, dont il conservait le titre avec le souverain pontificat. Il y alla de Cologne et il y célébra l'Exaltation de la sainte croix. Il écrivit de Toul aux évêques et aux abbés des provinces voisines,
D : Ont us Gnte AR, SO ot. ut Ou en nn 0e 0 |
FPS ee SO ne Fm, es
es
Liv. LXIII, — De 1024
Pais mes agneaux, âtirai mon Église, elle; et je te don- 1e tu lieras ou dé- Il fallait un Pape, la sainteté de l’auons : Que ton ar- Ananies dussent nges. Ce Pape, le à Reims visiter le u’il y tiendrait enil, il avait fait plux entre l'empereur s circonstances, il * ce pélerinage à l'occasion pour le se de son monasplia de se souvenir aules. Le nouveau l'Église ne le rapr le seul amour de t à Dieu.
ait passé les Alpes, nt les fêtes de la licace que le Pape d'honorer la cérét aux seigneurs de ’il n'était empêché trouver. Hérimaire le Pape l’ordre et it à Reims pour la Jà il célébrerait la tobre, fête de saint re de la France; le inait les trois jours t résolu de tenir à
n chemin sa chère uverain pontificat.
de la sainte croix.
provinces voisines,
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 517
qu'ils eussent à se rendre à Reims, à la Saint-Remi, pour assister au concile qu'il devait y tenir, afin de remédier aux abus qui déshonoraient l'église de France. |
Le seul nom de concile alarma les évêques simoniaques, ainsi que les seigneurs français qui avaient contracté des mariages incestueux. Ils résolurent d'en empêcher la tenue. Dans cette vue, ils représentèrent au roi qu'il perdrait les droits de sa couronne s'il permettait au Pape d'exercer sa domination dans son royaume , s'il allait en personne le trouver à Reims, et s’il appuyait de son autorité la convocation du concile, Ils lui ajoutèrent (ce qui était faux) que nul de ses prédécesseurs n'avait permis à aucun Pape l'entrée de son royaume pour un pareil sujet ; qu'après tout, cela pourrait être bon dans un temps de paix; mais tandis que le royaume était en trouble par les factions de quelques seigneurs, il était plus à propos de marcher contre les rebelles que de s'amuser à tenir des conciles ; qu’au reste, il ne devait dispenser de cette expédition militaire ni les évêques ni les abbés, puisqu'ils possédaient la plus grande partie des biens du royaume, et qu'il fallait surtout y obliger l'abbé de Saint-Remi, à qui ses richesses avaient inspiré tant d'orgueil, qu’il avait appelé le Pape en France pour consacrer son église,
Le roi, dupe de ces conseils intéressés, envoya Froland, évêque de Senlis, dire au Pape qu'il était obligé de marcher, avec tous les prélats de son royaume, contre des vassaux rebelles; qu'ainsi ni lui ni eux ne pourraient se rendre au concile ; que le Pape ferait donc bien de différer sa venue en France à un autre temps où le roi, délivré de ses affaires, pût le recevoir avec l'honneur convenable. Le saint Pape ne s’étonna point de ce contre-temps. Il jugea que plus on craignait le concile, plus il était nécessaire ; etil répondit à l’envoyé que le roi ferait ce qu'il lui plairait; que, pour lui, il ne pouvait manquer à la promesse qu'il avait faite à saint Remi; qu'il irait faire la dédicace de son église; et que, s'il s’y trouvait quelques prélats qui eussent du zèle pour la religion, il tiendrait avec eux le concile indiqué. Le roi, ayant reçu cette réponse, ne laissa pas de marcher contre les rebelles avec une grande armée , où les évêques et les abbés le suivaient malgré eux, excepté ceux qui craignaient de rendre comple au Pape de leurs actions. On amenait avec eux l'abbé de Saint-Remi, bien affligé ; mais, après un jour de marche, on lui permit de retourner chez lui.
Le Pape, accompagné des archevêques de Trèves, de Lyon et de Besançon, se rendit au monastère de Saint-Remi le jour de Saint- Michel, comme il avait promis. Les moines et les autres personnes qui y étaient arrivées de toutes parts pour assister à la solennité
HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIII. — De 1024
allèrent en procession au-devant du souverain Pontife, précédés dès évêques de Senlis , d'Angers et de Nevers, qui portaient l'Évangile, l'eau bénite et l’encens. Lorsque le Pape entra dans l'églisé du monastère, on chanta l’antienne Zætentur cœli : C'ieux, réjouissez-vous | 11 s’avança jusqu’à l’autel de saint Christophe, et pria quelque temps devant le tombeau de saint Remi. Pendant sa prière, on chanta le : Te Deum, après quoi il sortit pour se rendre à la cathédrale. Il trouva aux portes de la ville, Vidon, archevêque de Reims, qui l'attendait avec son clergé, et qui le conduisit à l’église. Le Pape, après y avoir fait sa prière, s’assit quelque temps sur le trône qui lui avait été préparé, ayant l'archevêque de Reims à sa droite, et l'archevêque de Trèves à sa gauche. Ensuite il célébra pontificalement la messe, après quoi il alla prendre son repas dans le palais archiépiscopal.
Le lendemain, dernier jour de septembre, le Pape, craignant la foule du peuple, sortit la nuit pendant matines, accompagné seulement de deux chapelains, et retourna à Saint-Remi, où il prit un bain et se fit raser, pour se préparer à la cérémonie du lendemain, puis il senferma dans une maison joignant l’église, et y fit dire la messe devant lui ; car la foule était si grande, que les moines mêmes ne pouvaient faire l’oflice dans l’église. C’est qu'il était venu, c’est qu'il arrivait sans cesse une multitude innombrable et d'Espagnols, et de Bretons, et d'Anglais; la France surtout, en l'honneur de son apôtre, y versait des milliers de peuple, et des villes, et des campagnes, non-seulement du voisinage, mais des provinces les plus éloignées. Le roturier ne savait plus céder au noble, ni le pauvre au riche ; mais tous, serrés les uns contre les autres, faisaient de pieux efforts pour baiser le tombeau du saint et y déposer levrs offrandes. Ceux qui ne pouvaient en approcher à cause de la foule les y jetaient de loin, en sorte que le sépulcre en était comble. Quand ils étaient trop fatigués de la presse, ils venaient tour à tour respirer dans le parvis. Ce qui les y attirait, était le désir de voir le successeur de saint Pierre. Sa vue était ce qu’ils souhaitaient le plus après la protection de saint Remi. Pour satisfaire leur pieux empressement, le Pape monta sur la terrasse de la maison, d’où il put les voir et en être vu, les instruire et leur donner sa bénédiction. Les premiers, se retirant, étaient remplacés par d’autres, et le saint Pape renouvela son instruction et sa bénédiction trois fois dans la journée.
Le soir, comme la foule ne faisait qu’augmenter, il donna ordre qu’on fit sortir tout le monde de l’église et qu'on en fermât les portes. Le peuple ne voniant pas sortir, le Pape déclara que si on ne laissait l’église vide, il s’en retour’: “ait à Rome sans faire la dédicace; mais que si on était do“ile, il leur ferait voir le lendemain
Liv. LXIII. — De 1024
ntife, précédés dès rtaient l'Évangile, ans l'église du mour, réjouissez-vous | pria quelque temps ière, on chanta le athédrale. Il trouva ms, qui l'attendait Pape, après y avoir ui lui avait été préet l'archevêque de ent la messe, après épiscopal.
e, craignant la foule Jagné seulement de | prit un bain et se emain, puis il s’enlire la messe devant 1èmes ne pouvaient , c'est qu'il arrivait nols, et de Bretons, son apôtre, y verimpagnes, non-seuoignées. Le roturier Le ; mais tous, serrés forts pour baiser le ux qui ne pouvaient e loin, en sorte que trop fatigués de la parvis. Ce qui les y saint Pierre. Sa vue ction de saint Remi.
Je monta sur la tere vu, les instruire et tirant, étaient remon instruction et sa
ater, il donna ordre u’on en fermät les pe déclara que si on me sans faive la déit voir le lendemain
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 519
les reliques de leur apôtre. Il fut enfin obéi, quoique avec bien de la peine. Le peuple passa la nuit dans les places ot les rues, qui étaient toutes illuminées, attendant l'effet de la promesse que le Pape leur avait faite. ee
Le lendemain matin, jour de Saint-Remi, arrivèrent à Reims des clercs de Compiègne, portant le corps de saint Corneille et d'autres reliques avec lesquelles ils venaient implorer la protection du pape Léon contre les persécuteurs de leur église, c’est-à-dire du monastère de Saint-Corneille, qui était encore alors possédé par des chanoines.
Sur les neuf heures du matin, le Pape, accompagné de quatre archevêques, savoir : celui de Reims, celui de Trèves, celui de Lyon et celui de Besançon; d’Hérimaire, abbé du lieu; de Hugues, abbé de Cluny, et de plusièurs autres, alla au tombeau de saint Remi, enleva la châsse; et, après les prières convenables, il la porta sur ses épaules dans l’oratoire de la Trinité, lequel est dans l'enceinte de l'église, et qu’il fit dédier séparément par l’archevêque de Trèves, du consentement de l'archevêque de Reims. Après quoi, on ouvrit les portes de l’église, pour donner au peuple la consolation de voir et de révérer les reliques de l’apôtre des Francs. L'empressement de la multitude, nobles et vilains, riches et pauvres, fut tel qu'il y eut quelques personnes d’étouffées dans la foule. On porta le corps du saint dans la ville, fendant la presse avec beaucoup de peine, et on le déposa dans l'église métropolitaine de Notre-Dame. Le lendemain, second jour d'octobre, on le porta autour de la ville et ensuite au monastère. Pendant cette procession, le Pape, ayant fait assembler dès le matin les évêques pour la dédicace du monastère, leur assigna à chacun un autel à dédier. Il chargea l'archevêque de Reims et l’évêque de Lisieux de faire trois fois en dehors le tour de l’église avec les croix et les reliques, et d’y faire la consécration selon l’ordre ecclésiastique.
Tandis que le Pape et les évêques faisaient ces cérémonies, qui sont fort lungues, les chanoïnes de la cathédrale qui avaient porté la châsse de saint Remi en procession par la ville, se présentèrent avec cette châsse. à la porte de l’église de Saint-Remi, dont on jaisait la dédicace ; mais la foule était si grande, que le Pape, craignant que la cérémonie n’en fût troublée, défendit de leur ouvrir. On prit le parti de descendre la châsse dans l’église par une fenêtre. Le Pape la plaça sur le grand autel, dédié à la Vierge, à saint Pierre et à saint Paul, à saint Clément et à saint Christophe. Après quoi, il célébra la messe de la dédicace et fit une exhortation au peuple qui était entré en foule par les fenêtres.
Le Pape ordonna que ce jour-là serait désormais fêté dans le dio-
: 520 HISTOIRE UNIVERSELIE [Liv. LXIII. — De 1024
cèse de Reims, et défendit qu’on permit indifféremment à tous les prêtres de dire la messe au grand autel, mais seulement à sept . prêtres des plus dignes de la communauté, selon l'usage de l'Église romaine ; ce qui serait aussi permis deux fois l'an aux chanoines de Reims, savoir : la seconde fête de Pâques et la veille de l'Ascension, quand ils y viendraient en procession selon la coutume, Ensuite le Pape, ayant fait faire une espèce de confession publique au peuple, lui donna l’absolution ; et il ordonna aux évêques, aux abbés et aux autres ecclésiastiques de se rendre le lendemain au même lieu pour le concile 1, Le jour suivant, qui était le 3me d'octobre, il se trouva au concile vingt évêques et près de cinquante abbés, avec un grand nombre d'autres ecclésiastiques. Les reliques de saint Remi étaient demeurées sur le grand autel par ordre du Pape, afin que l’apôtre des Francs parût assister en personne à ce concile français; et que, si quelque coupeble essayait de pallier sa faute par un mensonge, il Jui fit ressentir cette vertu divine que ressentit autrefois cet évêqu: arien qui, feignant d’être catholique, perdit la voix en sa présence. L'événement fit voir que l’espérance du Pape n’était pas vaine. Quand il fallut prendre son rang, il s'éleva une grande dispute entre l'archevêque de Reims et celui de Trèves pour la préséance, parce que l’un et l’autre prétendaient être primat des Gaules. Le Pape, qui voulait obvier à tout ce qui pouvait troubler la tenue du concile, fit mettre les siéges en cercle et chargea l'archevêque de Reims de les ranger. Quand tout fut disposé, le Pape, revêtu des habits pontificaux, précédé de la croix et de l'Évangile, sortit de l'oratoire de la Trinité et alla prier devant l’autel, où l’on chanta l’antienne Exaucez-nous, Seigneur, avec un psaume, et l'archevêque de . Trèves récita les litanies. Le diacre avertit l’assemblée de prier, et le Pape récita une oraison convenable aux circonstances. Ensuite on lut l’évangile : Jésus dit à Simon-Pierre : Si ton frère a péché contre toi, et le reste. Après quoi chacun prit sa place, Le Pape était au milieu du chœur, la face tournée vers le tombeau de saint Remi, ayant à sa droite l'archevêque de Reims, et à sa gauche l'archevêque de Trèves. Après l'archevêque de Reims, à l’orient, étaient placés Bérald, évêque de Soissons, Drogon de Térouanne, Froland de Senlis, Adalbéron de Metz; au midi étaient Hélinard, archevêque de Lyon, Hugues, évêque de Langres, Josfroi de Coutances, Yves de Séez, Herbert de Lisieux, Hugues de Bayeux, Hugues d'Avranches, Théodoric de Verdun : au septentrion étaient
1 Labbe, t. 9, p. 1028.
(Liv. LXNI. — De 1024
remment à tous les s seulement à sept | l'usage de l'Église n aux chanoines de eille de l’Ascension, outume. Ensuite le ublique au peuple, s, aux abbés et aux au même lieu pour
e trouva au concile c un grand nombre emi étaient demeua que l’apôtre des ançais; et que, si un mensonge, il Jui itrefois cet évêqu:
oix en sa présence.
était pas vaine.
une grande dispute pour la préséance, at des Gaules. Le roubler la tenue du ea l'archevêque de e Pape, revêtu des ngile, sortit de l’où l’on chanta l’an- , et l'archevêque de emblée de prier, et tances.
”ierre : Si ton frère à prit sa place. Le vers le tombeau de ims, et à sa gauche Reims, à l’orient, on de Térouanne, | étaient Hélinard, , Josfroi de Couigues de Bayeux, septentrion étaient
à emps jusqu’au lendemain et dit qu'il v
hour montrer qu'il fallait c
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. Hugues, archevêque de Besançon, Eusèbe d'Angers, Pudic de Nantes, concile, et Jean, évêque de Porto.
les évêques. L'évêque anglais é
douard avait député au concil
Pierre, diacre de l'Église ro part du Pape, se leva ; et, ayan
Hugues, évêque de Nevers, un évêque anglais envoyé au Les abbés étaient assis derrière tait Budoc de Bath, que le saint roi € avec quelques abbés.
maine, ayant fait faire silence de la
{parlé sur les abus qui déshonoraient l'église de France, il proposa les articles sur lesquels on délibérerait
dans le concile, savoir: de la simonie, sur ce que les laïques possédaient des charges ecclésiastiques et même. des autels ; des redevances injustes qu’on exigeait dans les' parvis des églises: des mariages incestueux ou adultérins ; des moines ou des clercs apostats ; des clercs qui s'engageaient dans les affaires mondaines ; du crime de Sodome et de quelques autres désordres qui prenaient racine dans les Gaules, et il exhorta les Pères du concile d'aider le Pape à arracher cette ivraie qui perdait la moisson.
Ensuite le même diacre, adressant la parole aux évêques, il leur ordonna, par l'autorité apostolique et sous peine d’anathème, que si quelqu'un d'eux avait été promu aux ordres sacrés par simonie, ou ls avait donnés aux autres pour de l'argent, il eût à en faire sa conlession publique. L'archevêéque de Trèves se leva le premier et dit qu'il n’avait ni donné ni promis aucune chose pour obtenir l’épisopat, et qu'il ne l’avait jamais vendu. Les archevêques de Lyon et de Besançon firent la même protestation. Comme celui de Reims gardait le silence, le diacre Pierre l'interpella et lui demanda ce qu'il avait à répondre. L’archevêque, embarrassé, demanda du
oulait parler au Pape en pariculier. Les autres évêques se purgèrent du soupçon de simonie, axcepté quatre, savoir : Hugues de Langres, Hugues de Nevers,
losfroi de Coutances et Pudic de Nantes. On remit à examiner leur cause. .
On exigea ensuite la même déclaration des abbés. Hérimaire, abbé de Saint-Remi, parla lé premier et se justifia. Hugues, abbé de Cluny, qui parla le second, dit: Je n'ai rien donné et je n'ai à rien promis pour obtenir la dignité d’abbé, La chair lejvoulait bien, mais l'esprit et la raison s'y sont opposés, On peut remarquer ici lhumilité de ce saint abbé, qui, en reconnaissant qu'il n'avait rien donné pour obtenir sa charge, semble avouer qu'il avait été tenté de khire. Nous savons d'ailleurs qu'il fit au concile une belle harangue, hasser du sanctuaire les ecclésiastiques Il y eutquelques abbés qui, en s’avouant cuser. D’autres aimèrent mieux garder
‘moniaques ou fornicateurs
Nupables, tâchèrent de s'ex
522 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIII. — De 1024
le silence que de se déclarer simoniaques ; mais ce silence même était un aveu suffisant. ‘
Quand tous les abbés eurent parlé ou refusé de .le faire, l'évêque de Langres se leva et se plaignit au concile d’Arnold, abbé de Pontièrc, dans son diocèse. Il l'accusa de mener une vie scandaleuse et débauchée, d'avoir refusé de payer à saint Pierre et à son vicaire le cens annuel qu'il devait, et de ce qu'ayant été excominunié pour ce sujet, il avait continué de célébrer la messe, et avait encore l'audace de se trouver au concile. Arnold, n'ayant pu se justifier sur des accusations si graves, fut déposé. Ensuite on dénonça, sous peine d’anathèrme, que si quelqu'un soutenait qu'un autre que le Pape fût le primat de l'Église universelle, il eût à le déclarer. Tous se turent, et on lut les autorités des Pères qui démontrent que le seul Pontife romain est le primat de l'Église universelle et l’Apostolique. Enfin le Pape défendit, sous peine d'excommunication, que personne se retirt sans permission avant la fin du troisième jour du concile ; et, comme la nuit approchait, il congédia l'assemblée.
Lo lendemain, 4me d'octobre, Vidon, archevêque de Reims, fit i secrètement sa confession au Pape dans l’oratoire de la Trinité, avant la séance. L'ouverture en fut faite par les prières accoutumées, et on lut l'évangile: Zout bon arbre produit de bon fruit. Le diacre Pierre, qui faisait les fonctions de promoteur du concile, somma l'arche. vêque de Reims de répondre sur l'accusation de simonie et sur plusieurs autres articles. L'archevêque demanda qu'il lui füt permis de
consulter; ce qui lui ayant été accordé, il tira à part l’archevèque de Besançon, et les évêques de Soissons, d'Angers, de Nevers, de Senlis et de Térouanne, et il délibéra quelque temps avec eux. Étant revenu au concile, il obtint du Pape que l'évêque de Senlis parlât pour sa défense. L'évêque de Senlis fit un discours où!il s’efforca de prouver que l’archevêque de Reims n’était pas coupable de simonie. Le Pape ditque l'archevêque n’avait qu’à l'assure avec serment ; qu’on l'en croirait. Mais l'archevêque demanda d temps pour pouvoir se justitier pleinement, et on lui ordonna dé comparaître au concile qui devait se tenir à Rome au mois d'avi suivant. Apparemment qu'il s’y justifia; car il mourut archevêqué de Reims l'an 4055.
L'archevêque de L'on proposa ensuite les plaintes que les cler de Tours venaient de : ‘re au concile contre le prétendu archevêqu de Dol, qui s'était soustrait de la métropole de Tours avec sept suf fragants. Aussitôt l'évêque de Dol fut cité, au nom du Pape, au cola cile qui devait se tenir à Rome au mois d'avril suivant.
Après qu’on eut opiné sur cette affaire, le promoteur du con
(Liv. LXHI. — De 102 ais ce silence même
de .le faire, l'évêque \rnold, abbé de Ponne vie scandaleuse et rre et à son vicaire le excominunié pour ce avait encore l'audace u se justifier sur des dénonça, sous peine autre que le Pape fût larer. Tous se turent,
nt que le seul Pontife B
t l’Apostolique. Enfin ion, que personne se 1e jour du concile; et, blée.
hevêqué de Reims, fit à
ire de la Trinité, avant res accoutumées, et on fruit. Le diacre Pierre, ncile, somma l’archede simonie et sur pluqu'il lui fût permis de ira à part l’archevêque ’ Angers, de Nevers, de lque temps avec eux.
que l'évêque de Senlis s fit un discours où!
Reims n’était pas couue n'avait qu’à l'assuré chevêque demanda d t, et on lui ordonna de Rome au mois d'avri ril mourut archevëqué
; plaintes que les cler le prétendu archevêqu de Tours avec sept suf
u nom du Pape, au =
il suivant.
le promoteur du conti
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE 52 , 3
arla c ' , mr ae us Langres, qui était présent. 11 l'accusa de moins Ka re LA aduitère , de sodomie, et dit qu'il avait des té auure: que nb s, prêts à déposer. Un clere, qui était présent femme, et qu'aprè ant encore laïque, l'évêque lui avait enlevé sa Un prêtre dibquo cet 7 satisfait sà passion, il l'avait faite religieuse ana rés serv à si l'avait fait prendre et tourmenter cruelleextondui de hits que la pudeur empêche de nommer, et qu’il avait Sri a on sr d'argent pour le relâcher. Sur des accunilisvrl'ayuntiobe évêque de Langres demanda permission de conde Besançon, et enue, il tira à part l'archevêque de Lyon et celui teur se “ 4 es d'être ses avocats. L'archevêque de Besançon sence duquel se te pitier Pour sa défense ; mais saint Remi, en prért enait ce concile, fit le même miracle qu'il avait car la voix ue en rendant muet un évêque arien dans un concile : vaysit Rs à coup à l'archevêque de Besançon : ce que reines ue. se Lyon, il dit que l’évêque de Langres se re- Mare 2 “ia md nie les ordres sacrés, mais qu'il niait si le jugement au na . Comme il se faisait tard, le Pape al 2 on fit pour l'ouverture de la troisième sesmention de cett ‘ ent Creator. C'est la première fois qu'il est fait que ce fut ces ï t “rue L'auteur de la Vie de saint Hugues assure tierce le jour de la ane L Pers + manu l'évangile : Je suis Le bon pasteur. Le dia re Pi M ein mencer la séance par l'affaire de l’évé ne ierre proposa de comde à : l'évêque de Langres; mais il était rt di pi in ue à haute voix de la part de députa à son logis les évéqu . a part du Pape : après quoi on ar sl ue ré êques d'Angers et de Senlis, pour lesommer mg ne . nn on pressa ceux qui ne s'étaient pas dt he Fa . accusation de simonie, de le faire incessamment parents, à sr ee coupables. L’évêque de Nevers confessa que ses “> F4 oo avaient donné de grandes sommes d'argent Hé fees eo et que, depuis qu’il était évêque, il Dre “rat Le 5 fautes qui lui donnaient lieu de craindre la À aimait sa de ainsi, si le Pape et le concile le trouvaient bon, bia à se sé démission que de perdre son âme. En fab se »1 & a son bâton pastoral aux pieds du Pape. Le Pape, ee lat iments de componction de ce prélat, l’obligea seuae J urer que l argent dont on avait acheté pour lui l’épi-
Pat avait été donné à son insu. L'évêque le jura, et le Pape
524 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXIIT, — De 1024
ui rendit son évêché en lui donnant un autre bâton pastoral.
Les deux évêques qui avaient été députés au logis de l'évêque de Langres, rapportèrent que ce prélat avait pris la fuite, sa conscience lui faisant craindre le châtiment de ses crimes. C’est pourquoi, après qu'on eut fait la lecture des canons sur ce sujet, il fut excommunié par le concile. Alors l'archevêque de Besançon confessa le miracle qui s'était opéré en lui le jour précédent, lorsqu'il perdit tout d’un coup la parole en voulant défendre une si mauvaise cause. Le Pape ne put retenir ses larmes. Il s’écria : Saint Remi vit encore ! Et, se levant à l'instant avec tout le concile, il alla se prosterner en prières devant le tombeau de ce saint, en l'honneur duquel on chanta une antienne.
Ce miracle effraya les prélats coupables et les obligea de parler. Josfroi, évêque de Coutances, dit que son frère avait acheté pour lui l’épiscopat à son insu; qu'en ayant eu connaissance, il avait d’abord refusé de se faire ordonner, mais que son frère lui avait fait violence, et l'avait fait ordonner malgré lui. On lui en fit faire serment, et on le déclara purgé de simonie. Il mourut peu de temps après; car, dès l’année suivante, nous trouvons un autre évêque de Coutances. Pudic, évêque de Nantes, dit qu’on lui avait donné son évêché du vivant de son père, qui était évêque de la même ville ; et il confessa qu'après la mort de son père il avait donné de l'argent pour être maintenu dans son siége. Le concile le condamna sur son aveu. On lui ôta l'anneau et le bâton pastoral, et on le déposa de l'épiscopat; mais, par indulgence, on lui laissa les fonctions de la prêétrise.
Ces affaires étant ainsi terminées, le Pape avertit les archevêques que, s'ils connaissaient que quelqu'un de leurs suffragants fit simoniaque, ils eussent à le déclarer sans crainte. Ils répondirent qu'ils n’en connaissaient point. Ainsi l'on proposa de délibérer sur les évêques qui, ne s'étant pas rendus au concile, n'avaient pas envoyé d’excuse. On lança contre eux la séntence d’excommunication, aussi bien que contre ceux qui, craignant l’arrivée du Pape, étaient partis pour l'expédition militaire indiquée par le roi. Gelduin, archtvêque de Sens, fut excommunié nommément avec les évêques d'Amiens et de Beauvais, et l’abbé de Saint-Médard de Soissons, qui s'était retiré du concile sans permission. On excommunia pareillement l'archevêque de Compostelle, parce que, sans doute à cause de l'a pôtre saint Jacques, il prenait la qualité d’apostolique réservée al Pape.
Ensuite on fit douze canons très-courts, pour renouveler Îes ds crets des Pères, méprisés depuis longtemps, et pour condamner, sol
- peine d’anathème, plusieurs abus qui avaient cours dans l’église gal
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
licane, Nul ne sera promu au 8ouvernement ecclésiastique sans l’élection du clergé et du peuple. Nul ne vendra ni n’achètera les ordres sacrés, les ministères ecclésiastiques ou les autels. Siun clerc en achète, il les remettra à l'évêque avec une digne satisfaction. ne tiendra de ministère ecclésiastique ni d’autel; aucun évêque n'y
consentira. Personne n'aura la présomption de rien exiger comme coutume dans les parvis des églises, hors l’évêque et son ministre, Personne n’exigera rien pour la sépulture, le baptême, l'euchäristie ou la visite des malades. Aucun clerc ne po
riera les armes militaires, ni ne servira dans la milice du siècle. Aucun clerc ni aucun laïque
rexercera d’usures. Aucun moine ni clere n’apostasiera de son grade. Nul n'aura l’audace de faire violence aux clercs des ordres sacrés quand ils voyagent. Nul ne vexera les Pauvres par des rapines ou des aptures. Nul ne se liera par des conjonctions incestueuses. Nul n’abandonnera sa légitime épouse Pour en prendre une autre.
Et parce qu'il s'élevait de nouveaux hérétiques dans les Gaules, le concile les excommunia avec ceux qui recevraient d’eux quelques ser. vies, ou qui leur donneraient protection. H excommunia quelques leigneurs laïques en particulier, savoir : les comtes Engelrai et Eusache, pour inceste; et Hugues de Braine, qui, ayant quitté sa femme légitime, en avait épousé une autre. Il défendit à Baudouin, comte de Flandre, de donner sa fille en mariage à Guillaume, duc de Normandie, et à ce duc de la recevoir, à cause de leur parenté. Il cita le omte Thibauld, parce qu’il avait quitté sa femme. Il cita Geoffroi, wmte d'Anjou, au concile qui se tiendrait à Mayence, pour y être acommunié s’il ne relâchait Gervais, évêque du Mans, qu'il tenait a prison. Enfin il excommunia ceux dont le clergé de Compiègne ait fait sa plainte, et quiconque apporterait quelque empêchement. icœux qui retourneraient du concile, que le Pape congédia en doniant sa bénédiction 1,
Le lendemain, 6me jour d'octobre, il vint au chapitre des moines de Saint-Remi; il leur demanda Ja société de leurs prières, en leur icordant la sienne; ils se prosternèrent pour la confession publique, i leur donna l'absolution, les embrassa tous l’un après l’autre et les bnit. Ensuite il assembla ce qui restait de prélats du concile, entra ‘l'église et fit célébrer la messe ; puis il alla prendre le corps de saint Remi sur l'autel, et, le portant sur ses épaules, le remit à sa place. Enfin, s'étant prosterné jusqu’à deux fois devant le tombeau, en ver- Wnt beaucoup de larmes, il se mit en route, accompagné des religieux n' d'une grande foule de peuple, qui chantaient des cantiques; et il
{Liv. LXIIT. — De 1024
atre bâton pastoral.
logis de l’évêque de a fuite, sa conscience C’est pourquoi, après }, il fut excommunié \ confessa le miracle qu'il perdit tout d'un vaise cause. Le Pape mi vit encore ! Et, se prosterner en prières duquel on chanta une
Aucun laïque
les obligea de parler.
> avait acheté pour lui sance, il avait d’abord Jui avait fait violence, it faire serment, et on de temps après; car, évêque de Coutances.
donné son évêché du me ville ; et il confessa de l'argent pour être mna sur son aveu. On déposa de l’épiscopat; ns de la prêtrise.
avertit les archevêques leurs suffragants fût rainte. Ils répondirent oposa de délibérer sur ncile, n’avâient pas ence d’excommunication, rrivée du Pape, étaient : le roi. Gelduin, archet avec les évêques d'A rd de Soissons, qui s’éommunia pareillement is doute à cause de l'a postolique réservée a
pour renouveler Îes dé t pour condamner, S0 cours dans l'église gil
! Labhe, t, 9, p. 1028-1042,
526 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXIII. — De 1024
leur fit ses adieux à tous à l'entrée du monastère !. En conséquence de cette quatrième translation de saint Remi, ilordonna, par une bulle adressée à tous les fidèles du royaumé de France, de célébrer la fête de ce saint le 4er jour d'octobre, comme nous faisons encore.
Dieu, qui avait autorisé la conduite du saint Pape par un miracle dans le concile même, la contirma par des faits semblables après le concile. Les deux hommes aui s’y étaient le plus opposés, Gebuin, évêque de Laon, et Hugues, seigneur de Braine, périrent tous deux dans l’année même d’une mort ignominieuse. Le premier, qui avait donné au roi le funeste conseil d’une expédition militaire, pour ne pas venir en la présence du Pape, périt hors de son diocèse, dans l’excommunication et abandonné de tout le monde. Le second, pour avoir menacé un ministre de Jésus-Christ de lui abattre la tête, eut lui-même la tête abattue d’un coup de sabre dans cette guerre ?.
Hugues, évêque de Langres, qui avait été accusé detant de crimes au concile de Reims, et excommunié pour s'être enfui du concile, ne put se résoudre à porter le poids de cette excommunication. Il alla nu-pieds à Rome, confessa ses péchés au Pape et en reçut l’absolution. I fit plus : il se présenta, l’an 1050, au concile de Latran, nupieds, les épaules découvertes et tenant dans ses mains des verges pour se frapper. Les Pères du concile furent attendris à ce spectacle, et l'on assure que le Pape le rétablit dans l’épiscopat, au cas que son église ou quelque autre voulût bien le recevoir. Mais Hugues ne songea qu’à expier ses péchés; il se retira à Saint-Vannes de Verdun, dont Walleran, son frère, était abbé, y prit l'habit monastique et mourut quelque temps après dans de grands sentiments de pénitence.
Il était habile; et, malgré les désordres dont il se rendit coupable, il avait du zèle contre les hérétiques.
Quant à Gelduin, archevêque de Sens, son peuple le chassa dès qu'il sut qu’il avait été excommunié, et donna son siége à Mainard, évêque de Troyes, qui, étant trésorier de l'église de Sens, en avait été élu canoniquement archevêque après la mort de Léotheric, arrivée l’an 1033. Cependant Gelduin, à force de présents, l'avait supplanté, et Mainard avait été élu ensuite évêque de Troyes. Gelduin, se voyant chassé, écrivit au Pape pour se plaindre de ce qu'il avait été injustement excommunié et déposé. Le Pape l’appels à Rome avec Mainard, qui avait été mis en sa place contre les règles, et les déposa l’un et l’autre. Ensuite il rendit le siége de Sens à Mainard,
qui fut reçu avec une grande joie du clergé et du peuple de cette
métropole ?,
1 Labbe, t. 9, p. 1043. — 2? Ibid. —3 Chron. Pet, viv., t. 2. Spicil., 740.
(1 trig il es laiss les ( plus avai le s Nor père des sa frère d'Éc reçu prin frère
nièr terre lifié tion
dimi dans
bien
tels i
des
Mais
miss
de F
hom
gouv lui, € ans « gers
Inca}
faire
à stam
discc Le
[Liv. LXII. — De 1024
e 4, En conséquence
donna, par une bulle
e, de célébrer la fête
ons encore.
Pape par un miracle
semblables après le
us opposés, Gebuin,
, périrent tous deux
e premier, qui avait
n militaire, pour ne de son diocèse, dans ide. Le second, pour i abattre la tête, eut cette guerre ?.
usé detant de crimes enfui du concile, ne mmunication. Il alla et en reçut l’absoluoncile de Latran, nuses mains des verges endris à ce spectacle, copat, au cas que son Mais Hugues ne sont-Vannes de Verdun, "habit monastique et itiments de pénitence.
se rendit coupable, il
peuple le chassa dès son siége à Mainard, lise de Sens, en avait ort de Léotheric, arriprésents, l’avait sup- > de Troyes. Gelduin, indre de ce qu’il avait Pape l’appeli à Rome ontre les règles, et les ge de Sens à Mainard, et du peuple de cetie
piv., t. 2. Spicil., 740.
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,
On voit que, malgré l’inconsé i .
quence du roi Henri, malgré les in-
lrigues de quelques seigneurs et de quelques évêques agent
il est la dupe, les efforts du saint pape Léon au concile de Rei laissèrent pas d’avoir une puissante et salutaire influence dan vs a . pa pour a gr du clergé. Cette influence dut rat cn plus loin, particulièrement à l'Angleterre, dont le saint roi Éd avait envoyé à Reims un évêque avec plusieurs abbé Édo res le, second fils du roi Éthelred et d'Emma, sœu d Ri ag Normandie. L'an 1013, peu de temps a ès re si e … père, l'envoya avec sa mère en Note, . po ss des Danois, et il y demeura pendant le règne de Canut le apres sa mère épousa en secondes noces, et pendant les règnes de ses Éé pre utérins Harold et Hardi-Canut. Harold fit mourir Alfred l'alné d'Edouard. Mais Hardi-Canut fit revenir Édouard de Normandi % reçut avec l'amitié la plus sincère et lui donna un cables prince. À la mort de Hardi-Canut, arrivée l'an 1049 Édouard, son frère utérin » monta sur le trône et régna jusqu'en 1066.
La capacité et le règne de ce prince ont été appréciés d’une ma nière agsez bizarre. Le protestant Larrey, dans son Æistoire d'An M lerre, S exprime avec une singulière naïveté, lorsque, après avoir : lié perpétuellement ce roi d'imbécile, il nous dit : « Toute l'obl . ton que lui eut la nation anglaise, ce fut d’avoir régné avec Pi diminué les impôts, dressé ou recueilli de bonnes lois, et introd F dans tout le royaume une vié tranquille et commode. à cou à bien des nations sercient fort aises d’être souvent gouvernées sas ä tels imbéciles, et deleur devoir pour toute obligation un rè ssh six des impôts légers, de bonnes lois et une vie commode et int ville, Mais pour un protestant tel que Larrey, saint Édouard a un iort irréneible, c'est d'être catholique ei surtout d’être saint. Le jugement de Fleury n’est guère moins curieux. « Édouard, dit-il, était un homme très-simple et qui avait plus de piété que de capacité pour le souvernement; mais on vit une protection particulière de Dieu-sur li, en ce que l'Angleterre fut tranquille pendant plu. de vingt-trois as qu'il régna, tant il était respecté des siens et craint des étrangers 1, » Certes, tout le monde en conviendra, voilà une singulière incapacité de gouverner, qui, pendant un long règne, sait si bien se hire respecter au dedans et craindre au dehors, qu’elle maintient con-
[‘amment la tranquillité dans le royaume, malgré les ferments de
discorde qui s'y trouvaient encore.
Les trois derniers souverains étaient Danois, Édouard était Anglais
! Fleury, 1, 50, n. 56.
528 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII. — De 1021
et issu des anciens rois anglo-saxons; l'Angleterre pouvait craindre une violente collision entre les deux races, une violente réaction de l'une contre l’autre. Il n’en fut rien : les deux nations continuèrent à ne former qu’un seul peuple. Les lois des anciens monarques anglais avaient été négligées sous la domination danoise ; Édouard les renouvela et les fit observer. Il y-eut des famines et des maladies. Le cœur bienveillant d’Édouard compatissait aux misères de son peuple, et il saisissait avidement tous les moyens qui s’offraient pour détruire ou adoucir ses souffrances. Le danegelt ou tribut des Danois se payait depuis trente-huit ans, et formait une portion considérable du revenu royal. Le roi résolut, en 1054, de sacrifier ce revenu au soulagement de son peuple, qui reçut l'abolition de cet odieux impôt avec les démonstrations de la plus profonde gratitude. Dans une autre circonstance, ses nobles ayant levé une forte somme sur leurs vissaux, et, l'ayant prié d'accepter ce présent libre de ses sujets fidèles, il le refusa comme arraché au labeur du pauvre, et le fit restituer aux gens qui y avaient contribué.
« Enfin, conclut Lingard, si nous jugeons le caractère de ce monarque par le témoignage de l'affection populaire, il faut ranger Édouard parmi les meilleurs princes de son temps. Ses sujets admiraient la bonté de son cœur; ils déplorèrent sa mort par des larmes et un deuil sans égal, et transmirent sa mémoire à la postérité comme un objet d'éternelle vénération. Le bonheur de son règne est le tième corsstant de nos anciens écrivains, quoiqu'il ne déployt à la vérité aurune de ces qualités brillantes qui attirent l'admiration et amènent tous les maux. Il ne pouvait se glorifier des victoires qu'il avait remportées, ni des conquêtes qu'il avait achevées; mais il donna au monde le spectacle intéressant d’un roi qui néglige ses propres intérêts et se dévoue entièrement au bonheur de son peuple ; et sises travaux pour ramener le règne des lois, si sa vigilance à prévenir les aggressions étrangères, si Sa constante sollicitude à apaiser les querelles de ses nobles, sollicitude qui fut enfin couronnée de succès, n’empéchèrent pas les malheurs qui survinrent, il assura du moins la tranquillité publique durant un demi-siècle en Angleterre. I fut pieux, bon, compatis-ant, père du pauvre, protecteur du faible, aimant mieux donner que recevoir, et trouvant plus de charme à pardonner qu’à punir. Sous les princes qui l'avaient précédé, la force tenait lieu de justice, et l'avidité du souverain appauvrissait le peuple. Mais Édouard mit en vigueur les lois des princes saxons, et dédaigna les richesses arrachées au labeur de ses sujets. Tempéré dans st nourriture, fuyant l’ostentation, n’aimant que les plaisirs de la chasse, il se contenta du domaine patrimonial de la couronne, et se troui
Liv, LXNI, — De 1021
re pouvait craindre violente réaction de ions continuèrent à ; monarques anglais Édouard les renouy maladies. Le cœur de son peuple, et il nt pour détruire ou es Danois se payait sidérable du revenu enu au soulagement « impôt avec les déns une autre circonar leurs vissaux, et, jets fidèles, il le refit restituer aux gens
caractère de ce molaire, il faut ranger ps. Ses sujets admimort par des larmes à la postérité comme nn règne est le tnème déployät à la vérité Imiration et amènent oires qu’il avait rems; mais il donna au lige ses propres inté- | peuple ; et sises trarilance à prévenir les de à apaiser les queouronnée de süccès, t, il assura du moins en Angleterre. I fut tecteur du faible, ailus de charme à parient précédé, la force )pauvrissait le peuple.
s saxons, et dédaigna
ts. Tempéré dans & 2
s plaisirs de la chasse,
ouronne, et se trouva
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 529
né» md we malgré l'abolition du danegelt, source fruc venu, 11 possédait plus de richesses que n’ 4
de ses prédécesseurs. Le principe que le roi n’a * arlbantere river à 04 à la lettre par la ra SE sr du dut GEO, A e re de quelque mesure du Bouvernement, n’attribuait aucun ne au monarque, et ne faisait aucun doute que les ministres n eussént abusé de sa confiance ou trompé sa crédulité 1! » its
Le plus puissant des seigneurs d'Angleterre était Gotwin fils d’ pâtre Saxon, qui, ayant sauvé un chef danois pendant les 7 4 parvint, souslessouverains danois, aux premières dignitésdn * rt Canut'le Grand lui fit épouser une de ses parentes, Il en eut Sin et une fille nommée Édithe. Son fils aîné Harold fut quelque t Le roi après Édouard. Édithe était d'uné grande beauté inst % dis les lettres, pleine de piété, de modestie et de douceur Je li Ve bien des fois dans mon enfance, dit un contemporain, lors üe alais voir mon père, employé au palais du roi. Si elle the mn he it 1 retour de l'école, elle m'interrogeait sur ma grammaire, sur por +4 ou sûr ma logique, où elle était fort habile ; et, quand elle to sd enlacé dans les filets de qelque argument subtil elle ne man ait jamais de me faire donner trois où quâtre écus me sa suivante de m'envoyer rafraichir à l'office. Édithe était douce et bienveilL te pour tout ce qui l'approchait; ceux qui n’aimaient pas dans son D Ê et son frère, leur caractère de fierté un peu sauvage a louaie * de ne pas leur ressembler; c’est ce qu’exprimait, d’une fitén dt 4 un vers latin fort à la mode dans ce temps : Godwin a mis L dd, Édithe, comme l'épine produit la rose 2. ka
Quand il monta sur le trône, Édouard n'était pas encore marié; il avait même fait vœu de continence. Les seigneurs le pressèrent " prendre une épouse; Godwin désirait que ce fût sa fille Édithe. Édorrard y consentit enfin, raais en apprenant à la pieuse Édithe le vœu qu’il avait fait, auqvel ‘elle acquiésça de son côté. Ils vécurent ainsi tous deux vierges sur le trône, à l’exemple de l’empereur saint Henri et de l’impératrice sainte Cunégonde.
Edouard se trouva dans des situations fort délicates. La première année de son règne, dans une assemblée des évêques et des seigneurs sa mère Emma fut accusée de plusieurs crimes, entre autres d'un mauvais commerce avec Alwin, évêque de Winchester ; elle fut privée de ses biens et enfermée dans un monastère. Dans une seconde assembléé, on inclinait à quelque chose de plus rigoureux, quand Emma s’offrit d'elle-même à subir l'épreuve du grand jugement, en
1 Ling.,t. 1, p. 482. — ? Ingulf, Crovl.
ATTR
530 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXNE: — De 1024
vieux saxon, or-déal, Le jour ayant été marqué, elle passa en prières la nuit précédente. Lorsque le moment fut arrivé, elle marcha nupieds et les yeux bandés, sans se brûler, sur neuf socs de charrue tout rouges, qu’on avait mis dans l'église de Suint-Swithin, à Winchester, Aussitôt le roi, se jetant à ses pieds, lui demanda pardon; voulut recevoir la discipline de la main des deux accusés, c'est-à-dire de l'évêque et de sa mère, et leur rendit ce qui leur avait été Ôté. Comme Édouard avait trouvé un généreux asile en Normandie, que sû mère Emma était une princesse normande et que le duc Guillaume de Normandie était son parent, les Normands étaient bien reçus à sa cour et dans son royaume, Ils y occupèrent des postes distingués et dans l'État et dans l'Église. Les seigneurs anglais, principalement Godwin et ses fils,. en furent jaloux. La rivalité de ces deux partis occasionna quelques troubles, mais qui se terminèrent sans effusion de sang. Une première fois, les Normands l'emportèrent dans le grand conseil: Godwin et sa famille furent obligés de quitter le royaume. La reine Édithe fut enveloppée dans leur disgrâce ; le roi saisit ses terres, et l'on confia sa personne à la garde de la sœur d'Édouard, abbesse de Wherwell. Quelques écrivains affirment qu'elle fut traitée avec une grande sévérité ; mais un historien contemporain nous assure qu'on la conduisit avec une pompe toute royale au monastère désigné pour sa résidence, et qu'on l'informa, de plus, que son exil n’était qu'une mesure de précaution temporaire 4, Quelque temps après, les Normands furent obligés de quitter l'Angleterre à leur tour: Godwin et ses fils revinrent, excepté l'un d’eux, nommé Swein, envers qui Édouard se montra inexorable, parce qu'il s'était rendu coupable de viol et de meurtre. Swein, se voyant abandonné de sa famille même, se soumit à la discipline pénitentiaire de l'Église. Il se rendit à pied, sous l’habit de pélerin, de Flandre en Palestine, visita les saints lieux avec des larmes de componction, et finit, à son retour, sa pénitence dans la province de Lycie en l'Asie Mineure ?.
Mais la position la plus délicate d'Édouard était vis-à-vis de Godwin lui-même. C'était son beau-frère, le plus puissant seigneur du royaume ; mais il était accusé, par le bruit public, du: meurtre d'Alfred, le frère d'Édouard. Ce bruit le poursuivit jusqu’à l'heure de sa mort. Le lundi de Pâques 1053, pendant qu’il était à la table du roi, un des serviteurs, dit-on, versant à boire, posa un pied à faux, trébucha, mais se retint dans sa chute en appuyant l'autre jambe. Eh bien, dit Godwin au roi, en souriant, le frère est venl
1 Ling., t. 4, pe 458, — 2 Malmesb., p. 46.
(Liv. LXINI: — De 1024
elle passa en prières vé, elle marcha nusocs de charrue tout thin, à Winchester.
a pardon, voulut re- , c'est-à-dire de l'évait été Ôté.
isile en Normandie, ande et que le duc s Normands étaient ls y occupèrent des e. Les seigneurs anrent jaloux. La rivaroubles, mais qui se re fois, les Normands et sa famille furent fut enveloppée dans nfia sa personne à la well. Quelques écride sévérité ; mais un | conduisit avec une jour sa résidence, et u’une mesure de préles Normands furent dwin et ses fils revinavers qui Édouard se coupable de viol et de aille même, se soumit rendit à pied, sous visita les saints lieux n retour, sa pénitence
rd était vis-à-vis de plus puissant seigneur t public, du: meurtre suivit jusqu’à l'heure t qu’il était à la table joire, posa un pied à een appuyant l'autre ant, le frère est venl
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE 53 L 1
au seco i i Mage du hu Oui, reprit Édouard, regardant sévèrement le Né Fs le Ifred vivait encore, il pourrait me secourir, O roi ! éhoul cat ad d où vient qu'au moindre souvenir de votre frère Nu ailes toujours mauvais visage ? Si j'ai contribué même ! au ement, à son malheur, fasse le Dieu du ciel que je ne ui a ss De tds de pain ! Godwin mit le pain dans sa ha 8 auteurs qui rapportent cette av » enture, et sur-le-ch i s'étrangla: La vérité est q ru gr à que sa mort ne fut pas aussi le lundi de Pâques il to Re D mba sans connaissance à | i a table du roi, qui fut emporté hors de la salle par deux de ses fils, et qu’il expirs re pr sb sa le récit de ces événements varie. selon pet st Normand ou Anglais, Je vois tou mar , jours devant moi deux us a ns ay Aa dit un historien postérieur de siècle, Guillaume de Malmesbury ; que mes lé i . . “ Li . , avertis du péril où je. me trouve pt nb " sb se mnt Ati voulant, reconnaître la grâce que Dieu lui ite de l’avoir rétabli sur le trône de è ot le ses pères, fit vœu d'aller ge, et prépara les frais du vo {
A | pèl $ yage et les offran v: devait faire aux saints apôtres. L'auteur de sa Vie a a 1 lue D ce vœu dès son exil en Normandie, au cas que Dieu le sure sur le trône, Mais les seigneurs anglais, se souvenant des R es passés, et craignant que son absence n'en causât de nou- PA vu Le ttes qu'il n’avait point d'enfants, le prièrent
amnon d'abandonner ce dessein, offrant de satisfaire à Dieu pr vœu, pas des messes, des prières et des aumônes Cpinitie
roi ne se rendait point, on convint e Ë | nfin d'envoyer, de part LA . £ * x qu deux peer à Rome, savoir : Elred, évêque de re epuis archevêque de Cantorbér : .
y, et Herman, évêque de Hat yes deux Far Ces quatre députés devaient po au > le vœu du roi et l'opposition des seig roi Igneurs ; et le r i s'en tenir à la décision du chef de l'Église. D eau gi et, quand les députés arrivèrent à Rome qui tenait un concile avec deux c i ; ss Ù | ent cinquante is devant lesquels ils exposèrent le sujet de leur Joysge et le te e l'avis du concile, écrivit au roi Édouard une lettre portant à su stance : Puisqu ilest certain que le Seigneur est proche de hi “us qui l'invoquent sincèrement, en quelque lieu que ce soit i de es saints apôtres, unis à leur chef, sont un même esprit et ni a *ghlement les pieuses prières ; commeil est certain, d’un re côté, que l’Angleterre, dont vous eomprimez les mouvements
1 Malmeeb,, 1, 2, p. 80.
532 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXIII. — De 1024
séditieux par le frein de la justice, serait en péril par votre absence, nous vous absolvons, par l'autorité de Dieu, des saints apôtres et du concile, du péché que vous craignez d'encourir à cause de votre vœu, et nous vous ordonnons, pour pénitence, de donner aux pauvres ce que vous aviez préparé pour les dépenses de ce voyage,
et de fonder un monastère en l'honneur de saint Pierre, soit que à
vous en bâtissiez un nouveau, soit que vous en répariez un ancien. Nous confirmons dès à présent toutes les donations et tous les priviléges que vous lui accorderez, et nous voulons qu'il ne soit soumis à aucune puissance laïque que la puissance royale !..
En exécution de cette bulle, le roi Édouard résolut de rétablir l'ancien monastère de Saint-Pierre, près de Londres, fondé dès le commencement de la conversion des Anglais, mais alors ‘presque détruit. On le nomma Westminster , c'est-à-dire monastère de l'ouest, à cause de sa situation. Paur cette œuvre, le roi mit à part la dime de tout ce qu’il avait en or, en argent, en bétail, et de tous ses autres biens: et, ayant fait abattre l’ancienne église, il en fit bâtir une nouvelle. | ! Un autre roi, plus éloigné encore, fit en personne le pélerinage de Rome : c'était Macbeth, roi d'Écosse. Il était monté sur le trône par le meurtre de son cousin Duncan. Bourrelé de remords , il chercha à expier son forfait. Il mit au nombre des lois de l’État plusieurs lois canoniques. Enfin, il fit en personne le voyage de Rome, en 1050, pour prier aux tombeaux des apôtres, et, en cette occasion, il répandit d'immenses aumônes parmi les pauvres de la ville ?.
Suénon, surnommé Magnus, roi de Danemark et de Suède, se soumit, la même année, à la décision du saint Pape touchant son mariage. Enflé de sa puissance et de sa prospérité, il épousa une de ses parentes, contrairement aux lois de l'Église. Adalbert, archevêque de Hambourg, lui en fit des reproches et le menaça de l'excommunication. Le roi, en fureur, menaça de ravager tout le diocèse de Hambourg. Toutefois, il céda aux lettres du Pape et renvoya si parente .
Le saint Pape Léon IX, en partant de Reims, où il venait de tenir le concile en 4049, repassa en Allemagne, et, cette même année, célébra à Mayence le concile qu'il y avait indiqué. I s’y trouva environ quarante évêques, à la têle desquels étaient cinq archevêques, saint Bardon de Mayence, Éberard de Trèves, Herman de Cologne, Adalbert de Hambourg et Engelhard de Magcebourg. L'empereur Henri } était présent avec les seigneurs du royaume. Sibicon, évêque de
1 Labbe, t. 9, p 1189. —? Marian. Scot., an. 1050. — 3 Adam Brem ,1. 4,0. 12
Spir sacr par En « sim bou men voul  chér bliq Mon à l’e pou maî suce con lui [ d'av poui répu dera met mai:
de ] ains E mar tou) gitif mais perr tuer curis n'ét, peu] con nisnr qu'il
: À sa
Fr,
Liv. LXII, — De 1024
| par votre absence, saints apôtres et du ir à cause de votre e, de donner aux nses de ce voyage, int Pierre, soit que répariez un ancien.
ions et tous les priqu'il ne Soit soumis ile !.
résolut de rétablir ndres, fondé dès le mais alors presque -dire monastère de e, le roi mit à part la bétail, et de tous ses glise, il en fit bâtir
pnne le pélerinage de )onté sur le trône par remords , il chercha e l’État plusieurs lois > de Rome, en 1050, e occasion, il répandit ville 2.
nark et de Suède, se it Pape touchant son rité, il épousa une de se. Adalbert, archeet le menaça de l’exavager tout le diocèse lu Pape et renvoya si
s, où il venait de tenir t, cette même année, é. Il s’y trouva environ inq archevêques, saint n'de Cologne, Adalbert . L'empereur Henri } e. Sibicon, évêque de
- $ Adam Brem ,1. 8,012
à 1064 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 533
Spire, y fut accusé d’adultère et s'en purgea par l'examen du saint sacrifice ; maisil se parjura, et, depuis, la bouche lui demeura tournée par paralysie, ce qui fut regardé comme la punition de son parjure En ce même concile, dont nous n’avons pas les actes, on défendit la simonie et le mariage des prêtres; et Adalbert, archevêque de Hambourg, étant de retour chez lui, pour faire mieux observer ce règlement, excommunia les coneubines des prêtres et les chassa de la ville voulant ôter même le scandale que leur vue pouvait donner. : Adalbert était un des plus estimés entre les prélats de son temps chéri du Pape et de l’empereur, et on ne traitait aucune affaire si blique sans son conseil : jusque-là que l'empereur grec Constantin Monomaque et le roi de France Henri, envoyant des ambassadeurs à l'empereur d'Allemagne, écrivirent aussi à l'archevêque Adalbert pour lui faire compliment sur les grandes choses que l’empereur ps maître, avait faites par ses conseils. Ce prélat, enflé de ces boue succès et principalement de la faveur du Pape et de l'empereur conçut le dessein d'établir un patriarcat à Hambourg. La pensée lui en vint, premièrement de ce que le roi de Danemark souhaita d'avoir un archevéché dans son royaume , et il l’obtint du Pape pourvu que l'archevêque de Hambourg y consentit. Adalbert y avait “pugnance ; toutefois il le. promit, à condition que le Pape accorderait à son église l'honneur du patriarcat. Il se proposait de soumettre à sa métropole douze évêchés, et les avait déjà désignés ; mais la mort du pape Léon et celle de l’empereur Henri, qui la suivit de près; arrivèrent avant que l’on eût pu convenir des conditions : ainsi ces grands desseins demeurèrent sans exécution 1, En Hongrie, saint Gérard, évêque de Chonad, avait souffert le martyre dès l’an 1047, avec deux autres évêques. Les Hongrois, boujours mécontents du roi Pierre, rappelèrent trois seigneurs fugitis, André, Béla et Léventé, frères, de la famille de saint Étienne ; mais quand ils furent arrivés, ils leur demandèrent opiniätrément la permission de vivre en païens, suivant leurs anciennes coutumes, de tuer les évêques et les clercs, d'abattre les églises, de renoncer au utistianisme et d’adorer les idoles. André et Léventé, car Béla n'était pas encore revenu, furent obligés de céder à la volonté du peuple, qui ne promettait de combattre contre le roi Pierre qu’à ces conditions. Un nommé Vatha fut ie premier qui professa le pagalise, se rasant la tête, à la réserve de trois flocons de cheveux qu'il laissait pendre. Par ses exhortations, tout le peuple commença
L : Sacrifier aux démons et à manger de la chair de cheval. Ils tuèrent
f Adam, [A 2, c. 31.
531 HISTOIRE UNIVERSELLE [tiv, XI, -— Le 1024
les Chrétiens, tant cleres que laïques, et brûlèrent plusieurs églises. Entin, ils se révoltèrent ouvertement contre le roi Pierre, ils firent mourir honteusement tous les Allemands et les Latins qu’il avait répandus par la Hongrie pour divers emplois, et envoyèrent dénoncer à Piérre que l'on ferait mourit les évêques avec leur clergé et ceux qui levaient les dimes; que l'on rétablirait lé paganisme et que la mémoire de Pierre périrait à jamais. ROUES LU Ensuite André et Léventé s'avancèrent avec leurs troupes jusqu’à Pesth sur le Danube. Quatre évèques, Gérard, Beztrit, Buldi et Benetha, l'ayant appris, sortirent d'Albe pour aller au-devant d'eux et les recevoir avec honneur. Étant arrivés à un lieu nommé Giod, ils entendirent la messe, que Gérard célébra ; mais, auparavant, il leur dit :, Sachez, mes frères, que nous souffrirons aujourd’hui le martyre, excepté l'évêque Benetha. Il communia tous.les assistants, puis ils se rerairent à Pesth, où Vatha et plusieurs paiens les environnèrent, jetant sur eux une quantité de pierres. L'évêque Gérard, qui était sur son chariot, n’en fut point blessé et ne se défendait qu’en leur donnant sa bénédiction et faisant continuellement sur eux le signe de la croix. Les païens renversèrent le chariot et continuaient de lapider l’évêque tombé par terre. Is'écria à haute voix : Seigneur Jésus, ne leur imputez pas ce péché, ils ne savent ce qu'ils font. Enfin, on lui perça le corps d'un coup de lance, dont il mourut. On tua aussi les deux évêques Beztrit et Buldi, avec unigrahd nombre de Chrétiens: mais le duc André étant survenu, délivra de la mort l'évêque Benetha. Ainsi fut accomplie ia prophétie de saint Gérard, que l'Église honore comme martyr, le jour de sa. mort, le 24me de septembre.
Le roi Pierre fut pris et aveuglé,et mourut de douleur peu de jours après : et le duc André fut couronné roi à Albe-Royale, la même année 1047, par trois évêques qui restaient après le massacre des
Chrétiens. Alors il ordonna à tous les Hongrois, sous peine de la vie, |
de quitter le paganisme, de revenir à la religion chrétienne et de vivre en tout suivant la loi que leur avait donnée le rci saint Étienne. Heureusement Léventé mourut dans le même temps ; Car, s'il avait vécu davantage et fût devenu roi, on ne doute pas qu’il n’eût soutenu le paganisme !. Le roi André fit bâtir un monastère en l'honneur de saint Aignan, en un lieu nommé Thyon. Ainsi, la fempête qui devait déraciner le christianisme de la Hongrie ne fit que l'y affermir; el,
depuis le règne d'André, la Hongrie est toujours demeurée chrè-
tienne et catholique. Vers le même temps, ie christianisme continuait à
1 Acta SS., 24 sept.
à 105 à se dont Hen mi-4 dont assel che.
tren nard ques bert nom Van y av ter résu vêqi com conc con Aine
Av, EXI, -— De 1024
t plusieurs églises.
i Pierre, ils firent ; Latins qu’il avait voyèrent dénoncer eur clergé et ceux ganisme et que la
irs troupes jusqu’à Beztrit, Buldi et er au-devant d'eux lieu nommé Giod, ais, auparavant, il ons aujourd’hui le : tous. les assistants, urs paiens les envis. L'évêque Gérard, set ne se défendait inuellement sur eux ariot et continuaient aute voix : Seigneur avent ce qu’ils font.
dont il mourut. On ec un grahd nombre , délivra de la mort étie de saint Gérard, : sa, mort, le 24me de
douleur peu de jours pe-Royale, la même près le massacre des
, sous peine de la vie, |
sion chrétienne et de e le roi saint Etienne.
temps ; car, s'il avait as qu’il n’eût souteni stère en l'honneur de
, la tempête qui devait | que l'y affermir; el, jours demeurée chré-
hristianisme continuait 2
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 536
à se maintenir et à s'étendre en Russie, sous le grand-duc Jaroslaf, dont le roi Casimir de Pologne venait d’épouser la sœur, et le roi Henri de France la seconde fille,
Le pape saint Léon IX ne manqua pas de tenir, à Rome, vers LÉ mi-avril 4050, le concile qu’il avait. indiqué l’année précedente, et dont il est fait mention dans celui de Reims. Ce concile de Rome assernblé dans l’église de Latran, étaitcomposé du Pape, du patriarche de Grade, de sept archevéques, de quarante-sept évêques et de trente-cinq abbés. Il s'y trouvait, de France, les archevêques Hélinard' de Lyon, Léger de Vienne, et Hugues de Besançon ; les’ évéques. Adalbéron de Metz, Main de Rennes, Hugues de Nevers, Isembert de Poitiers, et Arnold de Saintes, avec plusieurs abbés, du nombre desquels étaient saint Hugues de Cluny, Waleran de Saint- Vannes, Gervin de Saint-Riquier, et Pérénèse de Redon. Le Pape y avait cité plusieurs évêques ou abbés dont la cause n'avait pu être terminée au concile de Reims. Nous avons déjà vu quel en fut le résultat pour Hiügues, évêque de Langres, et pour Gelduin, archevêque de Sens.
L'évêque de Dol, en tiretagne, et ses prétendus suffragants, ne compararent pas au concile de Rome, où ils avaient été cités dans le concile de Reims, pour rendre raison du refus qu'ils aisaient de reconnaitre l’archevêque de Tours en qualité de leur métropolitain. Ainsi le pape-saint Léon les excommunià, et il notifia l'excommunication à Eudes, prince des Bretons; à Alain, comte de Cornouailles, et aux autres seigneurs bretons. J'ai trouvé, dit le Pape, dans les écrits des anciens, que tous les évêques de votre province doivent être soumis à l’archevèque de Tours; et, dès le temps des papes Nicolas et Léon, on a porté contre eux des plaintes au Siège apostolique sur leur désobéissance, ce qui a obligé nos prédécesseurs de les excommunier. On nous 4 réitéré les mêmes plaintes au concile de Reims, et nous avons ordonné que votre archevêque comparût à notre concile de Rome avec ses- suffragants, pour se justifier, tant sur cet article que sur la simonie dont lui et eux sont accusés ; nous avons aussi ordonné que des envoyés de l'église de Tours se trouvassent au même concile. Ils s’y sont rendus ; mais ni vos évêques, ni leur chef n’y ont point paru. Ainsi, nous les excomimunions tous par l'autorité de Dieu le Père, le Fils et le Saint- Esprit, par celle de saint Pierre et par la nôtre, non-seulernent pour leur désobéissance à l’église de Tours, mais encore pour crime de simonie : et nous vous mandons, très-chers fils, de vous séparer d'eux avec tous les fidèles. Que si votre archevêque et ses suffragants croient avoir des moyens de défense contre l’archevêque de Tours
536 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII. — De 1024
et contre l'accusation de simonie, qu’ils se présentent au concile que nous tiendrons, Dieu aidant, à Verceil, le 1+° de septembre prochain. Nous y écouterons volontiers leurs raisons . .
Le pape saint Léon IX canonisa, au concile de Latran, saint Gérard, un de ses prédécesseurs dans le siége de Toul. Dans le déeret qu’il en publia avec l'approbation du concile, il ordonne que saint Gérard soit honoré le 23me d'avril, et il se réserve l'honneur de lever de terre ses reliques. :
Mais la plus importante décision de ce concile de Rome, ce fut la condamnation de Bérenger, qui avait commencé, quelques années aupaïavant, à dogmatiser en France contre la présence réelle de Jésus-Chrisi dans l'eucharistie. Les hérésies qui s'étaient élevées jusqu’alors n'avaient pas fait grand progrès en Occident. Leur patrie naturelle semblait être l'Orient, spécialement la partie grecque et Constantinople, qui devait y-mettre le sceau par sa séparation d'avec Rome. Depuis le milieu du onzième siècle , l'esprit de ténèbres, voyant son empire assuré dans l'Orient par la, grande hérésie de Mahomet et par le schisme de plus en plus formel des Grecs, transnorta le fort de la guerre en Occident. A partir de cette époque jusqu’à nos jours, la révolte contre Dieu et son Église n’a 'cessé de se produire sous une forme ou sous une autre. Ses deux principales sources sont la convoitise. et l'orgueil, la corruption du cœur et la corruption de Pesprit. De là, la simonie ét l’incontinence dans les clercs ; de là, chez certains princes temporels, la prétention de mettre leur caprice à la place .de la loi divine interprétée par l'Église ; de là, chez des esprits vifs, mais superficiels, inconstants, vaniteux, téméraires, la manie d'innover dans les doctrines anciennes, COnvoitise et orgueil qui poussent Bérenger, mais que Luther et Calvin finissent par ériger en principe, sous le nom de réforme ; Voltaire et Rousseau, sous le nom de. philosophie. :
Une cause occasionnelle pour Bérenger de devenir novateur, ce fut l'impulsion pour les sciences et les lettres qui se fit sentir vers la fin du dixième siècle et continua dans le onzième. Les savants se voyaient honorés des rois et des Pontifes, devenaient Pontifes euxmêmes, comme Fulbert de Chartres et le pape Silvestre IL. De Rà une certaine émulation entre les diverses écoles des monastères et des cathédrales ; de là, pour des esprits médiocres, mais vaniteux, la tentation de se jeter dans des opinions nouvelles pour se distinguer de la foule. Le bienheureux Fulbert de Chartres voyait ce péril
effne négligeait rien pour en préserver ses nombreux disciples. Parmi
1 Labbe, t, 9, p. 993.
auss
v. LXIII. — De 1024
ntent au concile > septembre pro-
Latran, saint Gé- 1. Dans le décret rdonne que saint ‘honneur de lever
e Rome, ce fut la quelques années résence réelle de s'étaient élevées ident. Leur patrie partie grecque et séparation d'avec prit de ténèbres, rande hérésie de des Grecs, trans- -cette époque jusse n’a cessé de se . deux principales ion du cœur et la ntinence dans les rétention. de metrétée par l'Église ; nstants, vaniteux, es anciennes, CON- 1e Luther et Calvin forme ; Voltaire et
verir novateur, ce |
i se fit sentir vers ne. Les savants se aient Pontifes eux- Silvestre IL. De À des monastères et res, mais vaniteux, Iles pour se distinrtres voyait ce péril ux disciples. Parmi
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 537
eux était Bérenger lui-même ; mais il ne profita guère des salutaires avis de son maitre. Fulbert ne l'ignorait pas ; car, l'an 1028, étant au lit de la mort et apercevant Bérenger parmi ceux-qui venaient le visiter, il fit signe qu’on le fit sortir, parce qu'il voyait, dit-il, un dragon auprès de lui.
Bérenger était né à Tours, dans les premières années du onzième siècle, d’une famille honnête, et y fit ses études dans l'école de Saint-Martin; Vauthier, son oncle, était chantre de cette église. De Tours il alla à Chartres, où il étudia sous Fulbert, avec Adelman, depuis évêque de Bresse. Fulbert les exhortait à suivre exactement les traces des Pères sans. s’en écarter. Bérenger, de retour dans sa patrie, fut reçu dans le thapitre de Saint-Martin du vivant du roi Robert ; avant l'an 1034, on le chargea du soin de l’école, et il remplit successivement les fonctions de trésorier et de camérier. Il fut ensuite fait archidiacre d'Angers par Hubert de Vendôme, évêque de cette ville. Il souscrivit en cette qualité à l'acte de la consécration de cette église, par Thierri, évêque de Chartres, en:1040. Quoique archidiacre d'Angers, il continuait ses leçons à Tours, où il se faisait une grañde réputatinn de savoir, passant pour très-éloquent, pour habile grammairien et excellent philosophe. Néanmoins tout le monde n’en pensait pas de même, et ceux qui l’examinaient de près, trouvaient que sa science était plus superficielle que solide; qu'il abusait des sophismes de la dialectique ; qu’au lieu de répandre de la clarté sur les questions obscures, il embrouillait les choses les plus claires ; qu'il affectait de nouvelles définitions de mots, une marche pompeuse, d'avoir une chaire plus élevée que les autres, de parler lentement et d’un ton plaintif, d'avoir la tête enfoncée dans son maneau, comme un homme toujours absorbé dans la méditation. Avec tous ces dehors, il captivait l'admiration des ignorants. Lui-même s’admirait encore plus, et se croyait bien supérieur à tous les savants.
Sa propre vanité commença à le démasquer et à le confondre. Un savant lombard venant à passer à Tours, Bérenger l'invita à une dispute ou conférence publique. Il espérait facilement vaincre l'étranger et en augmenter sa gloire. Le contraire arriva. Bérenger fut confondu et demeura court. Ses disciples, surpris de sa défaite, abandonnèrent son école et allèrent fréquenter celle de l'étranger.
Cet étranger, venu d'Italie, se nommait Lanfranc. Il était né à Pavie, d’une famille de sénateurs, et son père était du nombre des conservateurs des lois de la ville. Lanfranc le perdit en bas âge ; et, comme il devait lui succéder dans sa dignité, il alla à Bologne étudier l’éloquence et les lois. Son séjour en cette ville fut long ; mais aussi il y fit de grands progrès. De retour à Pavie, il s’acquit une
538 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv: UXHN.'— De 1024
grande réputation dans le barreau, enseigna publiquement le droit civil et composa quelques traités sur cette matière. De Pavie, il passa en France; et, après sa dispute littéraire avec Bérenger, s'arrêta quelque temps à Avranches, où il fut suivi de plusieurs disciples de grande réputation, et ouvrit une école ; mais, considérant combien iL est vain de chercher l'estime des créatures, il résolut dé:chercher uniquement de plaire à Dieu, et voulut. même éviter les lieux oùil y avait des gens de lettres qui. pourraient lui rendre honneur.
Cependant un jour, allant à Rouen, comme: il passait sur le soir
par une forêt au delà de la rivière de Rille, il rencontra des voleurs qui, lui ayant ôté tout ce qu'il avait, lui lièrent les mains derrière le dos, lui couvrirent les yeux du capuchon’de son manteau, l'éloignèrent du chemin et le laissèrent attaché dans des broussailles épaisses. En cette extrémité, ne sachant que devenir, il déploraitson infortne, Quand la nuit fut venue, étant rentré en lui-même, il voulut chanter les louanges de Dieu et ne le put , parce qu'il ne l'avait point appris. Alors il dit : Seigneur, j'ai tant employé de: temps à l'étude, j'y ai usé mon corps et mon esprit, et je ne sais pas encore comment je dois vous prier. Délivrez-moi de ce péril ; et, avec votre secours; je réglerai ma vie de telle sorte, que je puisse vous servir. Au point du jour il entendit des voyageurs qui passaient, et se mit à crier pour leur demander du secours. D'abord ils eurent peur ; puis, remarquant que c'était la voix d'un homme, ils s’approchèrent; et, ayant appris qui il était, ils le délièrent et le ramenèrent dans lechemin. Il les pria de lui indiquer le plus pauvre monastère qu'ils connussent dans le pays: Ils lui répondirent : Nous n’eñ cOntiaissONs pas de plus pauvre que celui qu’un certain homme de Dieu bâtit ici proche ;.et, lui en ayant montré le chemin, ils se retirèrent.
C'était l’abbaye du Bec, commencée sept ans auparavant par le vénérable Herluin. Quand Lanfrane y arriva, il trouva ce bon abbé occupé à bâtir un four, où il travaillait de ses mains. Après s'être salués, l'abbé lui demanda s’il était Lombard, le reconnaissant apparemment à son langage. Oui, répondit Lanfranc, je le suis. Que désirez-vous ? dit Herluin. Je veux être moine, répondit-il. Alors l'abbé commanda à un moine nommé Roger, qui travaillait de son côté, de lui donner le livre de la règle, comme saint Benoit vrdonne de la faire lire aux postulants. Lanfranc, l'ayant lue tout entière, dit qu'avec l’aide Dieu il observerait volontiers tout ce qu’elle contenait. Après quoi l'abbé, sachant qui il était et d où il venait, lui accorda sa demande. {l se prosterna sur le visage. et baisa les pieds de l'abbé, dont il admira dès lors l'humilité et la gravité 1.
1 Acta SS., 28 maü. Acta Bened., sect. 6, pars LE
, UXI.'— De 1024
sement le droit e Pavie, il passa rénger, s'arrêta urs disciples de dérant combien olut dé:chercher les lieux oùil y onneur.
assait sur le soir ntra des voleurs s mains derrière manteau, l’éloides broussailles r, il déploraitson ui-même, il voue qu’il ne l'avait loyé de: temps à le sais pas encore ril ; et, avec votre uisse vous servir.
saient, et se mit à urent peur ; puis, approchèrent; et, èrent dans lecheastère qu'ils confn CONNaÏsSONS pas Dieu bâtit ici prorèrent.
auparavant par le ouva ce bon abbé ains. Après s'être reconnaissant apne, je le suis. Que répondit-il. Alors travaillait de son int Benoit vrdonne ue tout entière, dit e qu’elle contenait.
‘venait, lui accorda les pieds de l'abbé,
à 1054 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 539
Herluin était gentilhomme du pays. Son père, Ansgot, descendait des premiers Normands, qui vinrent de Danemark : sa mère, Héloïse, était parente des comtes de Flandre. Kerluin fut élevé par Gislebert, comte de Brionne, petit-fils du due Richard I‘r: et, de tous les seigneurs de sa cour, c'était celui qu’il chérissait le plus, car il passait pour un des plus braves et des plus adroits aux armes de toute la Normandie. Son mérite était connu du duc Robert et des princes étrangers. IL avait déjà trente-sept ans, et vivait dans l'état le plus agréable selon le monde, quand il commença à s’en dégoûter et à rentrer en lui-même. Il allait plus souvent à l’église, où il priait avec larmes et y passait quelquefois les nuits. Îl venait plus rarement à la cour du comte de Brionne; ce n’était plus la même application aux armes, la même propreté en ses habits : tout son extérieur était négligé. Souvent il jeûnait tout le jour ; et, mangeant à Ja table du comte, il ne prenait que du pain et de l'eau. Il en vint jusqu’à ne vouloir plus monter à cheval, et à ne marcher que sur un âne. On s'en moquait et on le traitait d’insensé ; mais il demeurait ferme en sa sainte résolution, ‘et passà trois ans en cet état.
Un jour le comte Gislebert voulut lui donner, pour le duc Robert de Normandie, une commission quidevait tourner au préjudice d'un tiers. Herluin s’y refusa. Le comte, irrité, ravage ses terres; Herluin ne s’en émeut pas ; le comte vexe les pauvres de ses domaines ; Herluin vient le trouver et lui dit : Emportez, si vous voulez, ce qui est à moi ; mais rendez leur bien aux pauvres qui n’ont mérité votre indignation par aucun crime. Après de longs débats, le comte le prit à part et lui demanda confidemment ce qui l'avait rendu si rétif, après avoir été si dévoué. Herluin répondit en versant des larmes abondantes : En aimant le siècle et en vous obéissant, j'ai grandement négligé et Dieu et moi-même; uniquement appliqué à ce qui est du corps, je n’ai reçu nulle instruction pour l’âme. C’est pourquoi je vous prie, si jamais j'ai bien mérité de vous, permettez-moi de passer le reste de ma vie dans un monastère, sauf mon amour pour vous, et donnez à Dieu ce que j'ai eu jusqu’à présent. Le comte, ému jusqu’au fond de l’âme, ne put l'entendre jusqu’au bout, et se sauva dans une chambre pour pleurer; il avait aimé Herluin jusqu'alors comme son vassal, il l’aima dès lors comme son seigneur ; après l'avoir comblé d'honneur, il lui laissa la libre disposition de sa personne, de ses biens et de tous ceux de sa famille.
Aussitôt Herluin commença à bâtir un monastère dans une de ses terres nommée Borneville ; et, non content de conduire l’ouvrage, il y travaillait de ses mains. I] creusait la terre; portait sur ses épaules les pierres, le sable et la chaux; maçonnait lui-même ; et,
Ca
540 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXII. — De 1024
en l'absence des autres, il amassait ce qui était nécessaire pour leur travail. IL jeûnait tous les jours et ne mangeait qu’à la fin de la journée, après avoi: fini son ouvrage. C'était l’an 1034. Herluin avait quarante ans et ne savait pas encore lire, suivant l'usage de quelques nobles de ce temps-là. Il commença donc à apprendre les premiers éléments des lettres ; etil fit tant de progrès, qu'il.étonnait ies plus savants par la manière dont il pénétrait et expliquait le sens des Écritures. C'était un effet de la grâce divine, mais aussi de son application extraordinaire; car il employait aux études presque toute la nuit, pour ne rien perdre du travail de la journée.
Voulant apprendre la vie monastique, il alla à un certain monastère ; et, après avoir fait sa prière, il s’'approcha avec grand respect de la porte de la maison, comme si c'eût été la porte du paradis; mais, voyant des moines bien éloignés de la gravité de leur profession, il en fut troublé et ne savait plus quel genre de vie il devait embrasser. Alors le portier, le voyant entrer plus avant et le prenant pour un voleur, le saisit par le cou de toute sa force et le tira hors la porte le tenant aux cheveux. Herluin souffrit cet affront sans dire une parole A Noël, il alla à un autre monastère de plus grande réputation ; mais il vit les moines, pendant la procession, saluer en riant les séculiers d'une manière indécente, montrer avec complaisance leurs beaux ornements, et s'empresser à qui entrerait le premier, jusque-là que l’un donna à celui qui le pressait un tel coup de poing qu'il le fit tomber à la renverse, tant les mœurs dos Normands étaient encore barbares. Toutefois, la nuit suivante, étant d'ineuré pour prier en un coin de l’église, il vit avec grande consolation un moine qui, sans le voir, vint se mettre auprès de lui et demeura en prières jusqu’au jour, tantôt prosterne, tantôt à genoux.
Ne trouvant donc point de monastère à son gré, il revint à celui qu’il bâtissait, et en fit consacrer l'église par Herbert, évêque de Lisieux, qui en même temps lui donna l’habit monastique, et, trois ans après, comme il avait dé,à rassemblé plusieurs disciples, il l'ordonna prêtre et abbé. Herluin continua à montrer l'exemple du travail. Après que l'office était achevé à l'église, il marchait le premier aux champs, soit pour labourer, soit pour semer, soit pour porter du fumier ou le répandre, soit pour arracher des épines; tous travaillaient et revenaient à l'église à toutes les heures de l'office. Leur
nourriture était du pain de seigle et des herbes cuites au sel et à
l'eau ; encore n’avaient-ils que de l'eau bourbeuse. La mère de
Heriuin se donna aussi à Dieu et se retira près de lui pour laver les
habits des moines et leur rendre toutes sortes de services.
Quelque temps après, Herluin quitta Borneville pour transférer