HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXIII. — De
devait se faire que par l'ordre du confesseur, autrement c'est rendre inutiles les clefs de l'Église. Quant à moi, j'ai soutenu que, Moyen nant/a grâce de Dieu, je croirai toute ma vie, comme certain et indubitable, savoir : que le pain et le vinsur l'autel, par la vertu du Saint- Esprit et le ministère du prêtre, deviennent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Et je ne juge point inconsidérément de Jean Scoi, puisque je vois qu'il ne tend qu'à me persuader que ce que l’on consacre sur l'autel n’est-ni le vrai corps ni le vrai sang de Notre-Seigneur. Vous dites, que vous n’aviez pas lu son livre jusqu’à la fin, en quoi je ne puis assez admirer qu'un homme aussi sensé que vous loue ce qu'il ne connaît pas. Au reste, je crois, avec Pascase et les autres catholiques, que les fidèles reçoivent à l'autel le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ, et je ne combats point, en cel=, les raisons de la nature ; car je n’appelle nature que la volonté à: Dieu, qui est toute-puissante.
Il lui soutient ensuite qu'il a été obligé d'abandonner Jean Scut eur un mauvais sens qu’il. donnait à une oraison de saint Grégoire. Il lui reproche d’être d'un auire sentiment que l'Église universelle, et soutient.que le chantre Arnoulfe a eu raison. de dire : Laisseznous croire comme nous avons été instruits. Il voulait, dit-il, vous détourner de changer ce chemin droitet battu que nous ont montré nos maîtres si saints, sisages et si catholiques. Il finit en l'exhortant à abandonner ce livre, qui avait été condamné au concile de Verceil,
il nomme concile plénier, et à revenir à la tradition catholique 1,
Théoduin, évêque de Liége, ayant appris que l’on devait tenir un
concile à Paris sur l'affaire de Bérenger, écrivit aussi au roi Henri de France: Le bruit s’est répandu au delà des Gaules et dans toute la Germanie que Brunon, évêque d'Angers, et Bérenger de Tours, renouvelant les anciennes hérésies, soutiennent que le corps de Notre- Seigneur n’est pas tant son corps que l'ombre et la figure de son corps; qu'ils détruisent les mariages légitimes et renversent, autant qu'il est en eux, le baptême des enfants. Or dit que, par le zèle que vous avez pour l'Église, vous avez convoqué un concile pour les convaincre publiquement et délivrer de cet opprobre votre illustre royaume; Mais NOUS n’espérons pas qu’on puisse le faire, puisque Brunon est évêque, et qu'un évêque ne peu être condamné que pa' ie Pape. C'est ce qui nous afilige sensiblement tous tant que nous sommes d'enfants d'Église ; car nous craignons que, si ces malheureux sont ouïs dans un concile où ils ne peuvent être punis, leur impunité ne produise un grand scandale.
1 Inter not. ad On. Lanfr., p. 84, etc.
, LXIII, — De 1024
ment c'est rendre enu que, moyen e certain et indula vertu du Saintvrai corps et le “onsidérément de ersuader que ce y ni le vrai sang s lu son livre jusin homme aussi ste, je crois, avec reçoivent à l'autel ne. combats point, nature que la vo-
donner Jean Scot de saint Grégoire.
iglise universelle, de dire : Laissezoulait, dit-il, vous e nous ont montré finit en l’exhortant concile de Verceil, lition catholique !.
on devait tenir un aussi au roi Henri aules et dans toute 3érenger de Tours, ele corps de Notre- | la figure de son renversent, autant ue, par le zèle que oncile pour les conobre votre illustre se le faire, puisque condamné que pa" tous tant que nous que, si ces malheuêtre punis, leur im-
à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 547
C’est pourquoi nous prions tous Votre Majesté de ne point les écouter, jusqu’à ce que vous ayez reçu du Saint-Siége le pouvoir de ies condamner. Encore ne faudrait-il point les entendre: il ne faut songer qu’à les punir. On a dû écouter les hérétiques lorsque les questions n'avaient pas encore été bien examinées ; maintenant, tout est si bien éclairci par les conciles et les écrits des Pères, qu'il ne “este rien de douteux. Théoduin rapporte ensuite plusieurs passages es Pères contre les erreurs de Bérenger, et conclut ainsi : Nous croyons donc que Brunon et Bérenger sont déjà anathématisés, et, par conséquent, vous n'avez qu’à délibérer avec vos évêques et les nôtres, avec l'empereur, votre ami, avec le Pape même, de la punition qu'ils méritent 1, +
Bérenger, au lieu de répondre à Adalmann, son condisciple, en des termes d’amitié et de reconnaissance, le prit d’un ton fort haut, sans aucun égard à ses remontrances charitablés, et se déclara ouvertement pour les erreurs que cet ami avait essayé de lui faire abandonner. Paulin, primicier de Metz, lui avait aussi écrit à la prière d'Adalmann ; mais sa lettre ne fit pas plus d'impression, comme on le voit par la réponse de Bérenger. Elle ne fut pas rendue à Paulin, mais interceptée par Isembert, évêque d'Orléans, qui la porta au concile de Paris.
Il se tint au jour marqué, c’est-à-dire le 16 octobre 1080. Le roi Henri y assista avec un grand nombre d’évêques, de clercs et de grands seigneurs. Bérenger n’osa y comparaitre, quoiqu'il en eùt reçu l’ordre. Il demeura à Angers avec l'évêque Brunon. Le
| concile assemblé, Isembert produisit la lettre de Bérenger au pri-
micier de Metz, et demanda qu’on er fit lecture. Quoiqu’on l'écoutât avec grande attention, les évêques ne purent s'empêcher de l’interrompre plusieurs fois, tant ils avaient horreur des hérésies que
tte lettre contenait. Elle fut condamnée avec sun auteur et ses
complices, ainsi que le livre de Jean Scot, qui était la source de ces erreurs. Le concile déclara de plus que, si Bérenger et ses sectateurs ne se rétractaient, toute l’armée de France, le clergé à la tête en habit écclésiastique, irait les chercher où qu'ils fussent, jusqu’à ce qu'ils se soumissent à la foi catholique ou qu’on s’en fût saisi pour les punir de mort 2.
La même année que la nation française se prononçait avec cette ardeur belliqueuse pour la foi de ses pères, contre la nouveauté hérétique, un puissant roi d’Espagne assemblait les évêques et les seigneurs pour le bien de l'Église et du royaume. C'était Ferdi-
! Labbe, t. 9, p. 1061. — ? Labbe, t. 9, p. 1080.
548 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII, — De 1024
nand Le, dit le Grand, fils de Sanche JE, roi de Navarre, qui monta sur le trône de Castille en 1035. Bermude, roi de Léon, dont il avait épousé la sœur, lui ayant déclaré la guerre en 1038, Ferdinand s'avança sous les murs de Carion pour le combattre, et remporta une victoire complète sur son beau-frère, qui perdit la vie à cette bataille. Ferdinand profite de la consternation générale, se présente à la tête de son armée devant la ville de Léon, qui le reconnait pour roi, et devient, par {a réurion des deux royaumes de Léon et de Castille, le plus puissant prince de l'Espagne. Après avoir affermi son autorité dans ses nouveaux États, il tourna ses armes contre les M es ou Sarrasins, passa le Duero en 1042 ; prit Lamego, Viseu, Coïmbre ; et, poussant ses conquêtes jusqu’au milieu du Portugal, il fixa la rivière de Mondego pour servir de bornes aux deux États. Il emporta ensuite toutes les places qui restaient aux Mahométans dans la Vieille-Castille, rendit les rois mahométans de Tolède et de Saragosse ses tributaires , et força le roi mahométan de Séville à se reconnaître son vassal.
Donc Ferdinand, premier roi de Castille, fit tenir, l'an 1050, un concile à Coyac, dané le diocèse d'Oviédo, où assistèrent neuf évêques, savoir : Ceux d'Oviédo, de Léon, d’Astorga, de Palencia, de Viseu, de Calahoïra, de Pampelune, de Lugo et d'Iria. Il y avait aussi plusieurs abbés et tous les grands du royaume. La reine Sancha est nommée en tête de ce concile, avec le roi, son époux, parce que c'était elle qui était proprement reine de Léon.
On y fit treize canons, entre lesquels il y a quelques règlements pour le temporel ; car c'était en même temps une assemblée nationale. Aussi ces canons sont-ils promulgués au nom du roi Ferdinand et de la reine Sancha. On y ordonne aux abbés et aux abbesse: l'observation de la règle de saint Benoît, et la soumission aux évêques ; on ordonne la résidence aux évêques et aux cleres. Toutes les églises et tous les clercs seront sous la puissance de l’évêque; les
laïques n'auront aucun pouvoir sur les églises ni sur les clercs. Les églises seront entières et non divisées, avec les prêtres et les diacres, avec les livres de toute l’année et les ornements ecclésiastiques ; en sorte que l'on ne sacrifie point avec un calice de bois ou de terre. Les vêtements du prêtre pour le sacrifice sont : l’amict, l’aube, la ceinture, l’étole, la chasuble, le manipule ; ceux du diacre : l’amict, l'aube, la cemture, l'étole, la dalmatique, le manipule. La table d’autel doit être de pierre et consacrée par les évêques. L’hostie doit être de froment, saine et entière. Le vin doit être pur, ainsi que
l'eau: de sorte qu'entre le x in, l'hostie et l'eau il y ait une signitica-
on de la Trinité, L'autel doit être paré honnêtement et recouvert