‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 9 sur 72 · partie de ceu · texte numérisé non relu

partie de ceu

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4 962 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 25

Raoul envoya donc à Reims des lettres au clergé et au peuple, pour procéder à l'élection d'un archevêque; mais ils répondirent qu’ils ne le pouvaient, puisqu'ils en avaient déjà fait une qui subsistait. Sur ce refus; le roi Raoul, avec le comte Hugues le Grand de Paris, plusieurs autres seigneurs et quelques évêques, vinrent assiéger Reims, en l'absence du comte Héribert. La troisième semaine du siége, tous

les clercs et les laïques du diocèse qui étaient hors de la ville, etune

partie de ceu> jui étaient dedans, s’accordèrent à élire Artold, moine de l'abbaye.de Saint-Remi, qui avait quitté le parti d'Héribert pour s'attacher au:cornte Hugues. Alors les vassaux de l’Église ouvrirent les portes au roi, et il fit ordonner Artold par dix-huit évêques, qu'il avait assemblés tant de France que de Bourgogne. Il fut intronisé

{ par les évêques de la province, et reconnu par le clergé et:le peuple ;

puis il envoyà à Rome , et obtint le pallium du pape Jean XI 1. L'état olitique du royaume de France subissait de nouvelles va-

A riations. Le roi Charles le Simple:était mort dès l'an 929, le 7me d'oc-

tobre, à Péronne, où le comte Héribert le tenait en prison: mais sa mort n'apporta aucun changement aux affaires, du vivant de Raoul, qui était reconnu pour roi. Raoul lui-même mourut le 48me de janvier 936; et alors les seigneurs, ayant à leur tête Hugues le Grand, comte de Paris, rappelèrent en France Louis, fils de Charles le Simple, que sa mère Ogive avait emmené en Angleterre près du roi Édelstan, son frère. Il fut sacré à Laon par Artold, archevêque de Reims, en présence des seigneurs et de plus de vingt évêques, le

à dimanche 19m de juin 936. Son séjour en Angleterre l’a fait depuis

nommer Louis d'Outre-mer 2.

Au milieu de ces variations politiques, l'Esprit de Dieu continuait son œuvre de restauration religieuse, en France comme ailleurs. Le bienheureux Bernon, fondateur de Cluny, gouverna seize ans ce monastère, et mourut l’an 927. Sur la fin de sa vie, il avait établi abbé de la Baume un de ses plus chers disciples, nommé Odon ; mais les moines ne voulurent pas lui obéir; ce qui obligea Bernon de changer cette disposition. Il-fit un testament que nous avons encore, et où il déclare que, connaissant que sa fin est proche, il a choisi pour lui succéder dans le gouvernement de ses monastères deux de ses religieux, savoir : Vidon ou Gui, son parent, et Odon. Il donna à Vidon le gouvernement de quatre monastères, qui furent la Baume, Gigni, Éthice et la cellé de Saint-Lautein, On sait d’ailleurs

| que Vidon fut aussi abbé de Vézelai. Bernon lâissa à Odon les mo- = nastères de Cluny, de Massai et de Rourdieux. ‘ll légua quelques 2 Orderie, De

1 Flodoard. — ? Jbid., Chron, et Hist., 1. 4, c. 26.

TR RTS Re fe LR

28 HISTOIRE UNIVERSELLE [ Liv. LX. — De 922

terres particulières à Cluny, à la charge de payer tous les ans dix deniers aux moines de Gigni. Et que personne, ajoute-t-il, ne trouve mauvais que je fasse cette donation à Cluny, puisque j'y ai choisi ma sépulture, et que ce monastère, qui est demeuré orphelin par la mort du duc Guillaume, demeure imparfait par la mienne. Cette maison est pauvre, et elle a cependant une nombreuse communauté à nourrir, On voit par ces paroles que la régalarité qui s’observait à Cluny y avait déjà attiré un grand nombre de religieux. Ce testament est de l'an 926. Bernon mourut le 13 janvier de l’année suivante. On voit, par le partage qu’il fit de ses monastères, qu'il ne pensait point encore à former un corps de congrégation, et c’est saint Odon qui a proprement commencé celle qui depuis a porté le nom de Cluny 1.

Saint Odon naquit au pays du Maine, l'an 879. Son père, Abbon, était un seigneur d'une piété singulière : il savait par cœur l’histoire ancienne êt le droit romain, au moins les Novelles de Justinien:; car les seigneurs rendaient alors la justice en personne. Abbon s’en acquittait si bien, qu’on le prenait pour arbitre de tous les différends ; et il était chéri de tout le monde, particulièrement de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, qui fut le fondateur de Cluny. Abbon faisait toujours lire l'Évangile à sa table et observait exactement les vi giles des fêtes, passant les nuits sans dormir, particulièrement celle de Noël. Ce fut en celle-ci qu’il obtint par ses prières d’avoir ce fils, quoique sa femme fût déjà avancée en âge ; et, le trouvant un jour tout seul dans son berceau, sans gardien auprès de lui,'il le prit et l'offrit à saint Martin, sans en rien dire à personne. D'abord il le donna à un prêtre de sa dépeudance, pour commencer à l’instruire des lettres ; ensuite il le vit si bien fait, qu'il changea le dessein de le consacrer à l’Église et le mit au service du duc Guillaume pour apprendre les exercices des armes. Mais le jeune Odon commença bientôt à craindre qu'il ne fût pas dans la voie où Dieu le voulait : la chasse n'était pour lui qu’une fatigue, et il ne goûtait point les divertissements de son âge. Il avait près de seize ans lorsque, pendant la nuit de Noël, à l'église, il pria instamment la sainte Vierge d'intercéder auprès de son Fils, pour qu’il daignât l'éclairer dans son incertitude. Aussitôt il fut saisi d’un mal de tête si violent, qu’il crut être à la mort, et ce mal lui dura trois ans. On le ramena dans la maison paternelle, et pendant deux ans on lui fit inutilement toutes sortes de remèdes, Enfin son père crut que saint Martin le redemandait; lui-même en fut persuadé, il se fit couper

1 Act. Bened., sect. 5.

962 de l'êre chr

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9062 de l’êre chr.] DE L'ÉGLISE CAYHOLIQUE. 27

»s cheveux et se mit entre les chanoines’ de Saint-Martin de Tours, a dix-neuvièms année de son âge, l’an 898, Sa réception fut so/enelle, et il y eut un grand concours de seigneurs, entre autres oulque le Bon, comte d'Anjou, qui l'avait nourri quelque temps, et jui lui dorina aussitôt une cellule auprès de l'église et une pension ur le revénu de l'abbaye. |

a nuit et lisant presque tout le jour, Après avoir étudié la longue rammairé de Priscien, il fut détourné de la lecture de Virgile par n songe où il vit un vase très-beau en dehors, mais plein de serpents ; et, laissant les poëtes, il se donna tout entier à l'étude des Enterprètes de l'Écriture sainte. Les autres chanoines le trouvaient

iauvais, demandant pourquoi il s’embarrassait de tant de léctures, it voulant qu'il se contentât de savoir les psaumes par cœur. Maisil ges laissait dire et joïgnait à l’étude la pauvreté et la mortification ; . | donna aux pauvres tout ce qu’il avait apporté avec lui, et ouchait sur une natte tout vêtu. Entre ses lectures fut celle de la ègle de’saint Benoît, qu'il commença dès lors à pratiquer, autant

que son état ‘le permettait. Il jeûnait fréquemment, ne mangeant

qu'une derni-livre dé pain avec une poignée de fèves, et buvant rès-peu. : | Comme il ‘y avaitun grand concours de dévotion à Saint-Martin le Tours, en sorte que les rois mêmes et les princes de diverses naions ÿ venaient avec des offrandes, plusieurs personnes s’adressaient ju chanoine Odon, tout jeune qu'il était, et il donnait à tous les avis convenables pour la correction de leurs mœurs. Ils lui offraient le grands présents, mais il les refusait constamment, et le comte: oulque l’ayant contraint à recevoir cent sous d'or, il les distribua aussitôt aux pauvrés. Il alla ensuite à Paris, où il étudia sous Remi ‘Auxerre, qui lui fit lire la Déalectique de saint Augustin et le raité des arts libéraux de Marcien. Remi, fameux docteur de ce Dremps-là, était un moine de Saint-Germain d'Auxerre, qui avait eu pour maître Héric, moine de la même communauté, disciple de oup de Ferrières et de Haïmon d’Halberstadt, qui tous deux l’a- Maient été de Raban, et celui-ci d’Alcuin.

à Odon, étant revenu à Tours, s’appliqua à la lecture des morales de saint Grégoire sur Job, et y prit tant de plaisir, qu’il en fit un abrégé Ie nous avons. Les chanoines de Saint-Martin, réduits à cent cin-

uante au lieu de trois cents moines, gardaient encore beaucoup de

F'égularité. Ils s’acquittaient fidèlement des heures séparées, aux-

Mriuelles on avait restreint la psalmodie perpétuelle. Les femmes Ahr'entraient;point dans le cloître ; et, quelques années après, comme

| Odon commença alors à s’appliquer à la prière et à l'étude, priant

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