LIVRE SOIXANTE-DIXIÈME
DE LA MORT DU PAPE ALEXANDRE Ill, 1181, A L’AVÉNEMENT nv PAPE INNOCENT II, 1198.
Caractère et mouvement général des différents peuples de l’un. vers, à la fin du douzième siècle,
Le voyageur qui navigue sur l’Océan ne s'étonne pas d'y rencontrer des vents et des tempêtes ; il s’'étonnerait, au contraire, s’il n'y en rencontrait point. Les vents lui sont même nécessaires pour faire sa route. Les tempêtes qui remuent l'Océan jusque dans ses abimes sont utiles, nécessaires peut-être pour en empêcher la corruption et pour entretenir la salubrité de l'atmosphère; l’homme y apprend à déployer toutes les ressources de son intelligence et de sa force, pour échapper au naufrage ; il y apprend surtout à reconnaître par expérience que l'intelligence et la force de l’homme sont bien vite à bout, et qu’il n’y a de salut que dans la protection de Celui qui commande aux vents et à la mer.
. Lz Chrétien y voit de près, avec le Psalmiste, combien le Seigneur est grand, admirable dans ces prodigieux élancements de la mer,
dans ces voix mugissantes des flots, dans les hauteurs et les profon-k
deurs de l'Océan soulevé !, Coup sur coup, le navire monte jusqu'aux cieux, descend jusqu'aux abîmes; le pilote et les nautoniers chancellent comme des hommes ivres, toute leur sagesse est engloutie, leur âme se consume d'angoisse ?. Au plus fort de la tourmente, le
Chrétien, résigné entre les mains de Celui qui a compté tous les che
veux de notre tête, de Celui qui a dit à l'Océan: Tu viendras jusqu'ici et tu n’iras pas au delà ; c'est ici que tu briseras l’orgueil de tes flots? ; le Chrétien, au plus fort de la tourmente, fait tranquillement et courageusement ce qui est à faire ; son corps travaille, son âme
prie, et plus d’une fois il se trouve que c’est la tempête même qui là
sauvé du naufrage et conduit au port.
Embarqué dans le vaisseau de l'Église, sur la mer orageuse de ce
1 Psalm., 92. — 2 ]bid., 106. — 3 Job.
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