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381 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXX. — Des;
filsde Noureddin même, dans Alep, où il le força de lui céder Damas et la Syrie méridionale. 11 obtint même du calife’ de Bagdad le-titre de sultan d'Égypte et de Syrie. Dès lors il tourna ses armes contre les Chrétiens, C'était l'an 1177. Son armée fut d'abord surprise et mise en déroute par les Francs, dans les campagnes de Ramla, |] revint presque seul en Égypte sur un dromadaire. Les années sui. vantes, il vainquit plusieurs fois les Chrétiens près de Panéas, vers les sources du Jourdain. \
L'an 1182, le fils de Noureddin étant mort sans laisser d'enfants, Saladin, et par ses intrigues, et par son argent, et par ses armes, s'empara de toute la Syrie musulmane, jusqu'à PEuphrate. Pendant ce temps, Renaud de Châtillon, seigneur de Karak, sur les frontières de l’Idumée, tenta une invasion du côté de la Mecque et de Médine, voulant abolir la loi de Mahomet, au lieu même où elle avait pris naissance. Quand Saladin en reçut la nouvelle, il ordonna le massacre de tous les Chrétiens que l’on pourrait prendre. L’on a encore
la lettre qu'il écrivit, à ce sujet, à son frère Mélik-Adel, qui avait le
gouvernement de l'Égypte. En conséquence, tous les Chrétiens qui furent pris à cette époque se virent conduits les uns à la Mecque, où les pèlerins musulmans les immolèrent, en place des brebis et des agneaux qu’ils ont coutume de sacrifier chaque année; les autres, menés en Égypte, où ils périrent de la main des docteurs et des dévots du mahométisme. Enfin, maître de la Syrie et de l'Égypte, Saladin se livra tout entier à son ancien projet d'expulser les Francs de la Palestine, et puis aller ensuite les attaquer chez eux 1.
Le royaume chrétien de Jérusalem s’affaiblissait de plus en plus, tant au dedans par la division des seigneurs, qu’au dehors par leur mauvaise conduite avec .les infidèles. Son roi, Baudouin IV, jeune encore, mais déjà lépreux, devint encore aveugle. Ayant conçu des soupçons contre Bohémond, prince d’Antioche, et Raymond, comte de Tripoli, comme s'ils voulaient lui ôter le royaume, il résolut de marier sa sœur Sibylle, veuve du marquis de Montferrat. Mais, au lieu de la donner à un des plus puissants seigneurs du pays, il la maria précipitamment à un chevalier sans renommée et sans gloire personnelle, le jeune Gui de Lusignan, récemment arrivé du Poitou, et fils de Hugues Lebrun, comte de Lamarche. Ce mariage se fit l'an 1182, pendant l’octave de Pâques, contre la coutume ?.
Dès l’année précédente, Bohémond, prince d’Antioche, avait quitté sa femme légitime pour une concubine. Le patriarche Aimer
i Biographie univers. art. SacaDin. Michaud, ist. des croisades, t. 2 — D'Herbelot, — ? Guill. Tyr, 1. 22, n. 1.
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les croisades, t. 2—
11198 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE.
iprès deux monitions qui furent inutiles, l’excommuniaiet jeta line krdit sur ses domaines. Le prince, irrité, se mit à persécuter le patisrche, les évêques et les autres prélats du pays, mettant la main ar eux avec violence, méprisant les franchises des églises et des monastères, pillant leurs biens et désolant leurs terres. Il assiégea nême le patriarche et son clergé dans une forteresse appartenant à l'Église. Quelques seigneurs du Pays, ne pouvant souffrir les emporements du prince, se retirèrent de son service. Cette division fit waindre aux hommes les plus sensés que les infidèles ne s'en prévahssent pour remettre le pays sous leur obéissance. Le roi de Jérualem, avec ie patriarche, les prélats et les seigneurs du royaume sant délibéré sur cette fâcheuse affaire, ménagèrent un accommodmeut. Les conditions furent que l'on rendrait au patriarche, aux hèques et aux églises tout ce qu’ils avaient perdu, et que l’interdit wrait levé ; mais que le prince demeurerait excommunié s’il ne quitsit sa concubine. Le mal fut ainsi apaisé quelque peu; mais le pince continua dans son désordre ; et, sans considérer le péril où il aposait son État, il chassa ses meilleurs amis, uniquement parce q'on disait qu’ils n’approuvaient pas sa conduite, savoir : son con- “able, son chambellan et trois autres seigneurs. Ils furent contraints & se retirer auprès de Rupin, prince d'Arménie, qui les reçut mapiiquement, leur donnant d’abord de grands présents, et leur agsifont à chacun une subsistance honnête 1.
Aimeri, qui était le troisième patriarche latin d’Antioche, eut «u de temps après, une grande consolation : ce fut de réunir la naim maronite à l’Église romaine. C'étaient, comme nous l'avons ikervé dans le temps, des anciens Chrétiens de Syrie, qui, à l’invain des Mahométans, s'étaient réfugiés dans les montagnes inaccessiles du Liban, où ils avaient conservé leur religion et leur indépenänce. Leur nom, suivant eux, leur vient du saint abbé Maron, ami “contemporain de saint Chrysostôme, dont ils se glorifiaient de uivre fidèlemczt la saine doctrine. Mais, vers le milieu du.douzième ile, des monothélites, venus d’ailleurs, en infectèrent plusieurs de tar hérésie. Il y eut même deux ou trois patriarches de suite qui lylaissèrent entraîner : sur quoi il y eut de grandes divisions parmi li maronites. Les plus considérables d’entre les ecclésiastiques et les éuliers de la nation, ayant tenu conseil » se séparèrent de ja comunion du patriarche suspect, le déposèrent et en élurent un autre lu place; mais ce dernier fut tué par les partisans de l’hérétique. k fut alors qu'intervint le patriarche Aimeri d'Antioche. Il leur
1Guill, Tyr., 1, 22, n. 7, XVI,
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reprocha leurs divisions et leurs erreurs. Les maronites se soumirent à tout, ainsi que le nouveau patriarche qu'ils élurent ; non-seulement ils embrassèrent tous la foi catholique, mais encore les traditions de l'Église romaine. Pour mieux se conformer aux Latins, leurs évé. ques prirent des mitres, des anneaux et des crosses, et introduisirent dsas leurs églises l’usage des cloches ; car les Grecs et les Orientaux n’usent que de tables de bois, sur lesquelles ils frappent pour appele à l'office, à peu près comme nous faisons le vendredi saint. Comme les maronites étaient: gens de guerre, braves et fort utiles aux Latins contre les infidèies, leur conversion causa une grande joie. Et cettogs joie dure encore !. | Aujourd’hui encore, inviolable dans son orthodoxie comme dans son indépendance, la nation maronite descend du mont Liban, sor berceau et son asile, pour se répandre sur les côtes de Syrie, où elle donne partout le consolant spectacle de sa foi, de son intelligence e de son courage. Elle est soumise à un patriarche qui prend le titra d’Antioche, et qui a sous sa juridiction neuf diocèses. Le clergé se compose de cinq cents prêtres séculiers et de seize cents moines dont six cents revêtus du sacerdoce, divisés en trois ordres distincls sous la règle divérsement modifiée de Saint-Antoine. — Cinq cen mille catholiques , tous fidèles aux observances extérieures de li religion, tous remplissant le devoir pascal. — Trois cent vingt églises cent neuf couvents, dont plusieurs renferment des presses typogra phiques pour la multiplication des bons livres. — Cinq séminaires patriarcaux, gratuitement ouverts à la jeunesse de toutes les nations une maison de noviciat pour les missions ; un collége par diocèse dans chaque village, une école où l’on enseigne la lecture, l'écriture Je calenl et les éléments de lu doctrine chrétienne. Les maronites 01 la nation modèle de l'Orient ?.
Quand on voit le dépérissement du royaume chrétien de Jérusa lem, les désastres qu’éprouvent si souvent les armées chrétiennes l'on est tenté de croire que tant de travaux et de souffrances n'ol servi de rien pour la religion. L'on se trompe. Les maronites en so une preuve. C’est la présence des Chrétiens d'Occident en Syrie q les a confirmés pour jamais dans la foi catholique et dans l’unité d@e V'Église. Et ils ne. sont pas les seuls. Auprès d'eux sont des Syrien catholiques de deux sortes : les Melchites, qui suivent le rite grec;le Syriens, qui suivent le rite syriaque. Les premiers ont un patriarch avec neuf évéchés; les seconds, un patriarche avec cinq évêchés
i Lequien, Oriens christianus, t. 3. Gait. Tyr., 1, 22, €. 8. — 2? Annales 0e la propagation de la foi.
Quant au simagine romaine.
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nites se soumirentÆ fuant aux Grecs répandus dans la Syrie, la Palestine et l'Égypte, on t ; non-seulemen SE linagine vulgaitement qu'ils sont à peu près tous séparés de l’Église e les traditions de maine. C'est une erreur. Voici ce qu'on lit dans un document au- Latins, leurs évé- hentique, publié l'an 1840, sous le nom de Mémoire sur l'état actuel , et introduisirentà }, l'église grecque catholique dans le Levant : « Les trois patriarches et les Orientaux grecs schismatiques d’Antioche, d'Alexandrie et de Jérusalem, ainsi pent pour appeler que tous leurs coreligionnaires, dans toute la Syrie et dans toute redi saint. Comme lésypte, peuvent à peine former le tiers de la nation grecque catho- + utiles aux Latin one, et cependant ils persécutent celle-ci avec force 1 1» ande joie. Et cetlæS Vers le même temps où les maronites se réunirent complétement l'Église romaine, les Arméniens s’en rapprochaient de leur côté, loxie comme dan ji moins une partie considérable d’entre eux. Leur prince, Rupin ou mont Liban, sn jioupen, deuxième du nom, dont il a été parlé plus haut, était es de Syrie, Où lé mi des Latins. Il avait considérablement augmenté ses États par son intelligence @% }; conquêtes sur les Grecs et sur les Mahométans. Dans l’année qui prend le tit@,i85, il abdiqua la puissance souveraine en faveur de son frère èses. Le clergé 1ionIT, embrassa la vie monastique, etmourut quelques jours après. ize cents moins prince Léon, qui augmenta beaucoup sa puissance et jouissait is ordres distinct iune très-grande réputation, envoya, l'année 1197, des ambassaoine. — Cinq Ciaurs au pape Célestin IN et à l'empereur d'Occident, pour leur demander le titre de roi. Sa demande fut accueillie favorablement, et s cent vingt église rad, archevêque de Mayence, fut chargé de lui porter le diadème > presses {YpOg' 4 là couronne en présence des principaux de la nation. Il fut sacré — Cinq séminait@S) Tarse, le 6 janvier 4198 » Par le patriarche d'Arménie, Grétoutes les nations @B re VI 2.
ollége par diocès SE Depuis cette époque jusqu’à nos jours, les Arméniens ont subi lecture, l'écriture ien des vicissitudes ; mais toujours il leur est demeuré une tendance Les maronites sie vers l'Église romaine. Depuis bien des années, une partie con- Mirable d'entre eux s’y sont réunis cordialement, et puisent dans chrétien de Jérus in soin une nouvelle vie. Les études commencent à refleurir parmi rmées chrétienne ur. ils ont des écoles célèbres à Vienne et à Venise, où se forment le souffrances n'onx docteurs pleins de zèle et de science. De nos jours, les Arméniens 8 maronites en SM uiholiques ont. montré en masse un héroïsme peut-être unique dans lüistoire. En 1829, on les a vus sortir de Constantinople, au nombre 1e et dans l'unité dWR trente mille, et partir pour l'exil avec leurs femmes et leurs enux sont des Sÿie0ints, en abandonnant leurs biens, leurs maisons et leur commerce, LU que de communiquer avec le patriarche schismatique, qui rs ont un patriarch@rait provoqué contre eux, à cet effet, cette violence du sultan. Dieu avec cinq évéché récompensé leur fidélité. Depuis cette époque, ï’: ant à Constan-
> e, 8, — 2 Annales hotes de 1 propagation de ia foi. — 2 Saint-Martin, Mémoires sur lAr-
Lninie, 1818, t. 1, p. 392-394.
388 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv.LXX. — De1igi |
tinople même un archevêque catholique à eux. Ils ont de plus un
patriarche catholique qui réside au mont Liban. Unis par eux à hf source de vie, à la Chaire de Saint-Pierre, ils semblent destinés
à servir d'instrument à la Providence dans la régénération def l'Orient.
Tandis que les maronites et les Arméniens se réunissaient À l'Église romaine, an centre de l'unité catholique, les Grecs de Constantinople s’en détachaient par la perfidie et le meurtre. L’empereur Manuel avait été très-favorable aux Latins, et leur confiait les plus grandes affaires, trouvant en. eux plus de fidélité et de vigueur que dans les Grecs amollis et efféminés. Il répandait surè eux abondamment ses libéralités, ce qui les attirait auprès de lui de toutes parts. Mais les Grecs, principalement les nobles et les parents de l’empereur, n'en étaient que plus irrités et plus confirmés dans la haine qu'ils avaient déjà contre les Latins. Ils étaien encore échauffés par les différends de religion ; car, d’une arrogance
extrême et séparés de l'Église romaine par leur insolence, ils regar-Æ
dent comme hérétique quiconque ne suit pas leurs frivoles traditions, tandis que le nom d’hérétiques leur convient à eux, lorsque, au mé pris de l'Église romaine et de la foi des apôtres Pierre et Paul, contra laquelle les portes de l'enfer ne sauraient prévaloir, ils enfantent o suivent des opinions nouvelles et empestées. C’est ainsi qu’en parle Guillaume, archevêque de Tyr, qui avait été pausieurs fois à Con® stantinople. Il ajoute qu'après la mort de l’empereur Manuel, les Grecs cherchaient l'occasion d’assouvir leur haine et d’exterminer les Latins dans tout leur empire. Ils ne la trouvèrent pas, tant que l'au torité fut entre les mains d’Alexis, protovestiaire et protosébaste, qu gouvernait l'impératrice Marie et le jeune empereur Alexis, son fils car Alexis, le régent, se servait aussi du conseil et du secours de Latins.
Mais son arrogance et son avarice le rendirent bientôt odieux. Le mécontents appelèrent Andronic, de la même famille des Comnène homme inquiet et perfide, qui, sous l'empereur Manuel, avait été el prison pour ses crimes, puis fugitif dans tout l'Orient, entre autreh à la cour de Saladin. Enfin Manuel, trois mois avant sa mort, l'aval rappelé, et, pour le tenir dans un exil honorable, lui avait donnél gouvernement du Pont. Étant donc invité par les mécontents, vint avec une armée camper sur l’Hellespont. Tout lui céda ; on pri le régent de l'empire, on le lui envoya, et il lui fit crever les yeux Ensuite il fit passer à Constantinople des troupes contre les Latins qui toutefois furent avertis du mauvais dessein des Grecs. Les pl vigoureux s’embarquèrent sur ‘quarante-quatre galères et plusieu
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11198 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 389
misseaux qu'ils trouvèrent au port, emmenant leurs familles et ce qu'ils pouvaient emporter ; les plus faibles et les plus négligents fuent attaqués dans leur quartier par les troupes d’Andronic et par ke peuple de Constantinople. Le peu de ces pauvres Latins qui purt prendre les armes résistèrent longtemps et vendirent chèrement kur vie ; les autres, c'est-à-dire les femmes, les enfants, les vieilkrds et les malades, furent brûlés impitoyablement dans leurs maisons, et tout le quartier réduit en cendres. C'était au mois d’amil 1182. Les Grecs n’épargnèrent pas même les églises et les autres . ieux de piété, qui furent brûlés avec ceux qui s'y étaient réfugiés. de fidélité et de lsne distinguèrent les prêtres et les moines d’avec les laïques qu’en ks traitant plus cruellement.
Entre eux se trouva le cardinal Jean, sous-diacre de l'Église romine, que le pape Alexandre, à la prière. de l'empereur Manuel, ait envoyé travailler à la réunion des deux églises. Comme il était dns son logis pendant ce massacre, -quelques personnes pieuses tnrent l'exhorter à se retirer. A Dieu ne plaise! dit-il, je suis ici pour l'union de l'Église, et par l’ordre du Pape, mon maître. Alors ks Grecs entrèrent, lui coupèrent la tête, et, en mépris de l’Église wmaine, l’attachèrent à la queue d’un chien et la traînèrent ainsi pr les rues. Non contents de tuer et d’outrager ceux qui étaient en ik, ils déterrèrent même les morts, et traînèrent par la ville leurs udavres. Ils entrèrent enfin dans l'hôpital de Saint-Jean, appartetit aux chevaliers hospitaliers de Jérusalem , et égorgèrent tous les nlades qu’ils y trouvèrent. Les plus ardents à exciter au massacre taient les prêtres et les moines grecs ; ils cherchaient les Latins dans kfond de leurs maisons et dans les lieux les plus cachés, de peur qe quelqu'un n’échappât, et les livraient aux bourreaux , à qui nme ils donnaient de l’argent pour les encourager. Les plus humins vendaient aux Turcs et aux autres infidèles ceux qui s'étaient tugiés chez eux, et à qui ils avaient promis de les seuver : on en #mptait plus de quatre mille de tout âge, de tout sexe et de toute #ditior, réduits ainsi en esclavage. Comme les Latins étaient à Wnstantinople depuis longtemps, ils avaient contracté bien des allances ; on vit les Grecs égorger leurs gendres, leurs beaux-pères, kurs beaux-frères : rien ne put arrêter leurs bras parricides. Les Latins, qui s'étaient sauvés par mer, usèrent, dit-on, de cruelk représailles. 1ls s’assemblèrent près de Constantinople et s’y araiérent quelque temps, attendant l'issue du tumulte. Mais quand ls eurent appris ce qui s'était passé, ils partirent, enflammés de co-
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