‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 27 sur 97 · VI. — De 12h · texte numérisé non relu

VI. — De 12h

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fête blanche ; car ils se persuadent que le blanc porte bonheur : ils s’habillent donc de blanc au commencement de l’année, afin que toute l’année la fortune leur soit favorable. Or, en ce jour, tous les gouverneurs des villes et des provinces envoient en présent à l’erapereur de l'or, de l'argent, des pierres et des étoffes précieuses,

| ainsi que des chevaux blancs; d'où il arrive quelquefois qu’en cette : fête, on lui offre jusqu’à cént mille chevaux de cette couleur,

Dès le matin de la fête blanche, tous les rois, ducs, barons, chevaliers, médecins, astrologues, préfets des provinces et des armées, et les autres ofliciers impériaux se rendent à la cour de l’empereur,

Let ceux qui n'y peuvent trouver place à cause de la multitude se { tiennent dans les salles du voisinage. Tous étant assis selon le rang et

la dignité, l'un d'eux sé’ lève et dit à haute voix : Inclinez-vous, et adorez. Aussitôt tous se lèvent en hâte, fléchissent les genoux, et,

À baissant le front à terre, ils adorent comme un dieu : ce qu'ils font

jusqu'à quatre fois. L'adoration finie, ils vont tous à un autel placé

À dans la salle sur: une table peinte en rouge, où est écrit le nom du } grand khan : prenant un encensoir très-beau et y mettant des. par-

fums , ils encensent avec beaucoup de respect la table et l'autel, en

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. l'honneur du grand khan, et retournent à leur place. Ce criminel à enconsemént achevé, chacun offre, en présence de l’empereur, les } présents mentionnés plus haut !. Ainsi parle Marc-Paul.

L'an 4288, le pape Nicolas IV, de l’ordre de saint François, se

à servit non-seulement des religieux de son ordre, mais encore des

| Dominicains, pour porter la lumière de l'Évangile aux nations les } plus lointaines ; car il existe des lettres apostoliques où il les charge à d'annoncer la parole de Dieu chez les Sarrasins, les Grecs, les à Bulgares, les Comans, les Valaques, les Colchidiens, les Syriens, les À Ibères, les Alains, les Gazares, les Goths, les Gites, les Ruthènes, les à Jacobites, les Nubiens, les Nestoriens, les Géorgiens, les Arméniens, 1 les Indous, les Moscélites, les Tartares, les Hongrois de la grande à Hongrie, les Chrétiens captifs parmi les T'artares, et les autres nations à étrangères de l’urient séparées de la communion de l'Église romaine.

En ces temps, des hommes pieux, particulièrement les frères Mi-

D neurs, travaillèrent avec beaucoup de zèle et de succès à propager la 2 religion chrétiénne chez les Tartares orientaux. La preuve en est dans

D le grand nombre de lettres que le souverain Pontife écrivit, soit à ée, le gran

eux-mêmes, qu'il autorisa à réconcilier à l'Église ceux qui avaient

4 été frappés d’anathème, soit à l'évêque d'Orient Yaulaham, qu’il D: remercie de sa bienveillance pour les frères Mineurs qui méchaient

1 Raynal, 1286, n. 95.

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l'Évangile dans ces régions, et auquel il adresse une profession de foi pour instruire les’ peuples qui lui étaient confiés, Il montra l même profession de foi à l'évêque Barsauma, qui était venu au Siége apostolique. Il félicite également l'évêque Denys de Tauriz en Orient, ayant appris par ses lettres qu'il suivait la foi orthodoxe prêchée par les frères Mineurs, et il l'exhorte à instruire ses peuples suivant là formule de foi qu'il lui prescrit. Cette profession de foi, transmise aux évêques chez les Tartares orientaux, est mot à mot la même que Clément IV envoya à l'empereur Paléologue pour la réunion des Grecs à l'Église romaine 1,

Outre les missionnaires, d'autres hommes encore annonçÇaient la foi chez les Tartares : nommément Jean Bonikias, et les interprètes de l'empereur, auxquels le souverain Pontife accorda sa bénédiction apostolique. Enfin, la religion chrétienne devint si florissante parmi ces peuples, que deux de leurs reines, Élégages et Tuctanes, l’em. brassèrent publiquement, et que le pape Nicolas IV leur en écrivith lettre suivante :

A notre très-chère fille en Jésus-Christ, Tuctanes, illustre reine des Tartares, salut et bénédiction apostolique. Une relation digne de foi nous apprend, très-chère fille, qu'éclairée de la lumière de la foi catholique, non-seulement vous vous appliquez à l’observer ave fidélité, mais que vous ne cessez encore d’employer tous vos soins pour y attirer les autres et en étendre les limites. Voilà ce qui certainement vous rend agréable aux yeux de la majesté divine, vou attire les louanges des hommes et augmente de bien des manières votre renommée ; tandis que par là, en fille bénite et respectueuse, vous reconnaissez les effets de la divine miséricorde, qui, vous arrrchant des ténèbres de l'infidélité, vous a rappelée au sentier de h vérité, Nous excitons donc votre grandeur et l’exhortons dans le Fik de Dieu le Père, d'élever les yeux de votre esprit vers le Seigneur, au service duquel vous vous êtes salutairement attachée ; de profiter toujours de bien en mieux, et de ne cesser de travailler comme une industrieuse abeille, afin que vous vous présentiez au Seigneur, votre Dieu, d'autant plus agréable et plus digne de récompenses, que vous aurez apporté dans son trésor des fruits plus abondants de bonne œuvres. Donné à Rome, à Saint-Pierre, aux ides d'avril, première année de notre pontificat ?, 13 avril 1288. La lettre à la reine

légages était conçue dans les mêmes termes.

Un des ambassadeurs qui étaient venus au Siége apostolique, Sa

badin Arkaon, personnage de grande noblesse, embrassa la foi chré Eu

1 Raynald, 1288, n. 39 et 33, — ? Ibid., 1288, n. 34.

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41300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 121

tienne. Ayant demandé la bénédiction apostolique, Nicolas IV la lui donna très-affectueusement par une lettre du 43 avril de la même année 1.

Ces ambassadeurs étaient l’évêque Barsauma, le noble homme, Sabadin, Thomas d'Anfuse et Huguet, interprète. Ils étaient chargés encore de témoigner au Pape l'affection du khan Argoun pour sa personne, et son inclination pour la religion chrétienne. Ses lettres portaient la même chose. Le pape Nicolas reçut donc avec grande

| joie cette ambassade, et écrivit au khan ou roi Argoun deux lettres

du second jour d'avril, le félicitant sur le désir qu’il avait d'étendre le christianisme et de se faire baptiser lui-même à Jérusalem, quand

D il l'aurait tirée de la puissance des infidèles, l’exhortant toutefois à à ne pas différer son baptême jusque-là ?,

Il y avait de la sincérité dans les protestations du khan Argoun.

| Le Pape en eut des preuves l’année suivante. Frère Jean de Mont- } Corvin, religieux de Saint-François, avait été envoyé missionnaire } en Orient par son général Bonnegrâce quelques années auparavant.

| À son retour, en 1289, il rapporta au pape Nicolas IV que le khan D ou roi Argoun était favorablement disposé envers lui et l'Église

} romaine, et généralement envers tous les Chrétiens; et il nous trai- 2 lait, ajoutait-il, mes compagnons et moi, avec beaucoup d'humanité : et de bonté : ce qui fait juger qu’il a de l'inclination à embrasser le | christianisme. Le Pape écrivit donc au khan Argoun une lettre de | remerciement pour sa bienveillance envers les Chrétiens, et d’exhor-

tation à se mettre lui-même du nombre. Il écrivit dans le même sens à Caydon, autre prince des Tartares, ainsi qu'à Koublaï, leur chef

} suprême et empereur de la Chine, qui lui avait fait demander des

| missionnaires. Le Pape lui recommande frère Jean de Mont-Corvin - et ses compagnons, qu’il lui renvoie chargés de ses lettres %. Nous . verrons plus tard Jean de Mont-Corvin archevêque de Péking.

Un homme qui ne servit pas peu la cause chrétienne parmi les

ï Tartares fut un noble pisan, nommé Jole ou Jules. Ayant pénétré leur, votre M

chez ces peuples jusqu'aux extrémités de l'Orient, et acquis beaucoup de crédit et de richesses, il en usait pour protéger les Chrétiens et les

à missionnaires. Le Pape lui écrivit à la même date, 11 avril 1289, à pour le féliciter et l’encourager, par la rémission de tous ses péchés, à continuer dans ses bonnes œuvres 4.

La femme d’Argoun-khan se nommait Évoc-caton; elle était Chrétienne et très-pieuse. Son fils Carbaganda reçut le baptême, et y

'Raynald, n 35..—%1Lid., n. 38-38, — 9 Ibid., 1289, n. 60-64, — + Ibid., n. 64, :

122 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — Dei |

prit le nom de Nicolas. Le pape Nicolas IV, en date du 21 août 4291, lui écrivit pour le féliciter et l'engager à la persévérance. Il lui cone seille de ne rien changer à son habit ni à sa nourriture, de peur de choquer ceux de sa nation, mais de garder en ces sortes de Ches le même usage qu'avant son baptême.

Il écrivit en: même temps à son père, Ataounaté par qui il avait reçu les lettres de Koublaï, et lui envoie deux frères Mineurs, Guillaume de Chéri, son pénitencier, et Matthieu de Thiète, profsseur de théologie. Il le loue d’être favorable aux Chrétiens, et d’avoir permis à un de ses fils de recevoir le baptême ; il l’exhorte à se faire baptiser lui-même, et à marcher promptement contre les Sarrasins, pour faciliter aux Chrétiens le recouvrement de la Terre-Sainte, oùilk venaient de perdre Ptolémaïs ou Saint-Jean-d’Acre,leur dernière place,

Argoun avait encore deux autres fils, Saron et Cassien : le Pape leur écrivit aussi, pour les attirer au christianisme, à l'exemple de

leur frère. Il écrivit encore à deux reines de Tartares dont l’une, Æ

nommée Anikoham, était publiquement Chrétienne, pour leur recommander de travailler à la conversion des deux princes. Il écrivit

même à plusieurs particuliers, comme à Tagharzar, général des Bi

troupes tartares ; Jean de Bonestra ; Xanctus, préfet du prétoire de Perse ; Suffrid, médecin d’Argoun, et au Pisan Ozole, tant pour les féliciter du zèle qu'ils avaient mis à la conversion des Tartares que pour les engager à y continuer !.

Ainsi donc, vers la fin du treizième siècle, à la suite et par suite des croisades, la voie était ouverte aux prédicateurs de l'Évangile, depui la Grèce et la Hongrie jusqu'à l’Inde et la Corée. Le chef suprême des Tartares, alors empereur de la Chine, et ses grands feudataires, qui étaient autant de puissants rois, non-seulement ne repoussaient

pas les missionnaires apostoliques, mais ils les demandaient au chef Bi : justice divine À fut pas moin + trionale, dan N nouvelle, ja

suprême de l'Église du Christ, ils les accueillaient avec bienveillance, ils avaient une foule de Chrétiens, non=-seulement parmi ieurs sujets, mais dans leurs propres familles ; eux-mêmes étaient quelquefois du nombre. Sans doute, ces commencements n'étaient que des com mencements ; c'était un modique levain mêlé à une pâte immense, mais qui fermentera avec le temps. C’est au Pape, c’est aux cardinaux, c'est aux évêques, c’est aux prêtres, c’est aux fidèles catholiques de tous les pays et de tous les siècles, de travailler, chacun à sa manière, à l’accomplissement de cette grande œuvre. Et, chose remarquabk, c’est au moment d’ôter aux Chrétiens la dernière place conquise en

Palestine que Dieu leur ouvre tout l'immense continent de l'Asie, MS

4 Rayneld, 1291, n. 22-36.

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