‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 28 sur 97 · VI. — De 1% | août 4291, . Illui con · texte numérisé non relu

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comme pour leur dire : Je ne veux pas que vous borniez votre ambition à si peu ; je vous donne à conquérir tout un monde, non par le fer, mais par la parole de la foi et la puissance de la charité.

En attendant, il est resté dans les plus hautes montagnes de l'Asie un curieux monument des communications que nos pères ont eues dans le treizième siècle avec les Tartares, les Chinois et les autres peuples de ce vaste continent : c’est la hiérarchie lamaïque du Bouddhisme dans les montagnes du Tibet.

Comme nous avons déjà vu, les traditions asiatiques varient beaucoup sur la naissance de Bouddha, neuvième incarnation de Vichnou, deuxième personne de la Trimourti indienne; les unes la placent plus de dix siècles avant Jésus-Christ, les autres moins de six. D’après une encyclopédie japonaise, Chakia-Mouni, à qui l’on donna postérieurement le nom de Bouddha ou de Sage, naquit l'an 1029 avant l'ère chrétienne, et fut ainsi-contemporain de David et de Salomon. Étant mort en 950, il renaît successivement dans les patriarches ; l’encyclopédie japonaise, depuis la mort de Chakia jusqu’en 713 de Jésus-Christ, en compte trente-trois, dont elle marque les noms et presque toujours les années de leur naissance et de leur mort. Un des plus actifs fut le douzième, qui mourut l'an 332 avant Jésus-Christ.

Les premiers patriarches qui, d’après ces traditions, héritèrent de l'âme de Bouddha, vivaient d'abord dans l'Inde, à la cour des rois du pays, dont ils étaient les conseillers spirituels, sans avoir, à ce qu'il semble, aucune fonction particulière à exercer. Le dieu se plaisait à renaître, tantôt dans la caste des brahmanes ou dans célle des guerriers, tantôt parmi les marchands ou les laboureurs, conformément à son intention primitive, qui avait été d’abolir la distinction des castes et de ramener ses partisans à des notions plus saines de la justice divine et des devoirs des hommes. Le lieu de sa naissance ne fut pas moins varié ; on le vit paraître tour à tour dans l’Inde septentrionale, dans le Midi, à Ceylan, conservant toujours, à chaque vie nouvelle, la mémoire de ce qu'il avait été dans son existence antérieure. La plupart de ces pontifes, toujours suivant les traditions asiatiques, quand ils se voyaient parvenus à un âge avancé, rnettaient eux-mêmes fin aux infirmités de la vieillesse, et hâtaient, en montant sur le bûcher, le moment où ils devaient goûter de nouveau les plaisis de l'enfance, Cet usage s’est transmis jusqu’à nos jours; seulement, au lieu de se brûler vifs, ils ne sont livrés aux flammes qu’après la mort.

Au cinquième siècle de notre ère, Bouddha, alors fils d’un roi de Mabar, dans l'Inde méridionale, jugea à propos de quitter l’Hindous-

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tan pour n'y plus revenir, et d'aller fixer son séjour à la Chine. On peut croire que cette démarche fut l'effet des persécutions des brahmanes et de la prédominance du système des castes. Une fois éta. blis à la Chine, les patriarches bouddhistes y reçurent différents titres, entre autres ceux de grands maîtres de la doctrine et de princes spirituels de la loi. Des princes qui embrassèrent le bouddhisme trouvèrent glorieux de posséder les pontifes à leur cour, et les titres de précepteur du royaume et de prince de la doctrine furent décernés tour à tour à des religieux nationaux ou étrangers, qui se flattaient d’être animés par autant d'êtres divins subordonnés à Bouddha, vivant sous le nom de patriarches. C’est ainsi que la hiérarchie des Bouddbhistes naquit sous l'influence de la politique.

Pendant huit siècles, ces patriarches furent ainsi réduits à une existence précaire et dépendante; mais, au treizième siècle, sous Ginguiskhan et ses premiers successeurs, qui régnaient du Japon à l'Égypte et à la Silésie, ils reçurent des titres plus magnifiques que jamais : le Bouddha vivant fut élevé au rang des rois, et, comme le premier qui se vit honoré de cette dignité terrestre était un Tibétain, on lui assigna des domaines dans le Tibet, et le mot de /ama, qui signifie prétre dans sa langue, commença en lui à acquérir quelque célébrité. La fondation du grand siége lamaïque à Poutala n’a pas d'autre origine que cette circonstance tout à fait fortuite, et elle ne remonte :pas à une époque plus reculée. Au treizième siècle, vers l'époque du règne de François Ler, le patriarche du Tibet reçut le titre encore plus magnifique de lama pareil à l'Océan, en mongol dalaï lama, par lequel on entend, non pas sa domination effective, qui n’a jamais été très-étendue ni complétement indépendante, mais l'immensité des facultés surnaturelles qu’on lui suppose.

A l’époque où les patriarches bouddhistes s’établirent dans le Tibet, les parties de la Tartarie qui avoisinent cette contrée étaient remplies de Chrétiens. Les Nestoriens y avaient fondé des métropoles et converti des nations entières. Plus tard, les conquêtes des enfants de Ginguiskhan y appelèrent des étrangers de tous les pays: des Géorgiens, des Arméniens, des Russes, des Français, des Musulmans, des moines catholiques chargés de missions importantes par le Pape et par saint Louis. Ces derniers, comme nous avons vw, portaient avec eux des ornements d'église, des autels, des reliques, pour veoir, dit Joinville, se i/s pourraient attraire ces gens à noire créance. Ils célébrèrent les cérémonies religieuses devant les princes tartares. Ceux-ci leur donnèrent un asile dans leurs tentes, et permirent qu’on élevât des chapelles jusque dans l'enceinte de leurs palais. Des princes et des princesses tartares embrassèrent le chris-

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 125

tianisme. Des ambassadeurs tartares assistèrent au concile général de Lyon, et y furent témoins de toute la hiérarchie et de toute la pompe du culte catholique. Nous verrons un archevêque catholique, Jean de Mont-Corvin, établi dans la ville impériale, à Péking, par ordre du pape Clément V, y bâtir une église dont les murailles étaient couvertes de peintures représentant des sujets pieux, et où trois clocles appelaient les fidèles aux offices.

Chrétiens de Syrie, romains, schismatiques, musulmans, idolàtres, tous vivaient mêlés et confondus à la cour des empereurs mongols, toujours empressés d'accueillir de nouveaux cultes et même de les adopter, pourvu qu’on n’exigeât de leur part aucune conviction, et surtout qu'on ne leur imposât aucune contrainte. On sait que les Tartares passaient volontiers d’une secte à l’autre, embrassaient aisémént la foi, et y renonçaient de même pour retomber dans l’idolâtrie.

C'est au milieu de ces variations que fut fondé, au Tibet, le nouveau siége des patriarches bouddhistes. Il est naturel qu'intéressés à multiplier le nombre de leurs sectateurs, occupés à donner plus de magnificence à leur culte, il se soient approprié quelques usages liturgiques, quelques-unes de ces pompes étrangères qui attiraient la foule ; qu'ils aient introduit même quelque chose de ces institutions de l'Occident que leur vantaient les ambassadeurs du roi de France et du Pape, que leur vantaient leurs propres ambassadeurs revenus de Lyon et de Rome, et que les circonstances les disposaient à imiter. De 1à, sans aucun doute, ce que plus tard on n’a pas été peu surpris de retrouver au centre de l’Asie : des monastères nombreux, des religieux gardant un célibat perpétuel, portant la tonsure, récitant en chœur une espèce de bréviaire ; des processions solennelles, des pèlerinages, des fêtes religieuses, une cour pontificale, des colléges de lamas supérieurs, élisant leur chef, souverain ecclésiastique et spirituel des Tibétains et des Tartares. Ainsi donc, concluronsnous avec le savant Abel Rémusat, la hiérarchie lamaïque du Tibet, bien loin d’être un type immémorial de la hiérarchie romaine, comme voulait le faire accroire en son temps Voltaire, n’en est qu’une copie, une contrefaçon assez moderne 1.

Maintenant, qu'est devenue cette hiérarchie bouddhique ou samanéenne du Tibet? Voici ce qu’en dit le même savant :

« Les grands lamas des divers ordres, et leurs vicaires ou patriarches provinciaux, tantôt soumis et tantôt réfractaires, avaient entre eux de fréquentes altercations et de perpétuels sujets de mésintelli-

* Abel Rémusat, Mélanges asiatiques, t, 1, Discours sur l'origine de la hié= rarchie lamaïque.

126 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI, — De 1216

gence. Leurs prétentions étaient alternativement favorisées et com. battues par les chefs des tribus tartares établies dans le Tibet et les pays voisins. Rien n’était plus difficile que de rétablir l'ordre ou d'entretenir la concorde entre tant de personnages jaloux de leurs droits. Les empereurs mandchous, dont la puissance, née dans le dix-septième siècle, devait en peu de temps s'étendre sur l'Asie orientale, avaient échoué d’abord devant cette œuvre difficile, De. puis, ils ont eu recours à des arguments plus eflicaces. Leurs armées ont pénétré dans le Tibet, des garnisons ont occupé les positions les plus importantes, et des commandants militaires ont été chargés du soin de maintenir la paix entre les habitants de ce nouvel olympe, Le chef suprême des lamas se trouve ainsi confondu parmi les moindres vassaux de l'empereur de la Chine. On se rappelle ce dé: cret dédaigneusement rendu par les Lacédémoniens : Puisque Alexandre veut être Dieu, qu'il soit Dieu ! C’est avec un respect non moins dérisoire que le ministre des rites autorise le grand lama à prendre le titre de bouddha vivant par lui-même, excellent roi du ciel occidental, dont l'intelligence s'étend à tout, dieu suprême et sujet obéissant.

« Au temps où plusieurs princes se faisaient la guerre dans le Tibet, on avait vu plus d’un grand lama, jouet de leurs querelles, arraché de son trône, privé de ses honneurs, ou même inhumainement livré aux flammes. Ils ne sont jus en butte à de pareils excès, mais ils n'en sont pas moins exposés à l'abus de la force : seulement on les adore encore, même en les opprimant : et la civilité chinoise brille jusque dans les attentions dont ils peuvent devenir victimes. Un des principaux lamas ayant encouru la digrâce de Kianloung, se vit obligé, malgré sa répugnance, à venir faire un voyage à la cour. L'empereur l'y accueillit avec des honneurs extraordinaires, jusqu'à envoyer au-devant de lui son fils aîné , porteur de présents magnifiques. À peine le lama, charmé d’une si belle réception, était-il installé dans le monastère où l'on avait tout préparé pour son séjour, qu’il tomba malade et qu’au bout de quelques jours à! changea tout à coup de demeure; c'est l'expression usitée en pareille circonstance, Les médecins du palais, que la bonté de l’empereur avait chargés de donner des soins au lama, n’eurent pas le moindre scrupule sur h nature de sa maladie. Toutefois l’empereur jugea à propos d'écarter tous les soupçons, et, dans. une lettre assez peu propre à remplir cet objet, il fait cette réflexion, que l'aller et le venir n'étaient qu'une même chose pour le lama; ce qui veut dire qu'étant mort à Péking,

il devait lui être indifférent de renaître dans le Tibet, et qu'il avait de | = à rarchie lamaïque,

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 127

« Les signes auxquels on reconnaît cette espèce de transmission de l'âme de Bouddha ne sont pas à l'abri de la dispute ; car, dans le moment où nous parlons (1818), ils sont l’objet d'un débat entre les lamas supérieurs et la cour de Péking : les Tibétains prétendent que ledernier grand lama a légué son âme à un enfant né dans le Tibet, etles ministres tartares, au contraire, croient être assurés que le pontife défunt est déjà rené dans la personne d’un jeune prince de la famille impériale ; circonstance qu'ils regardent comme infiniment heureuse pour les intérêts de la religion samanéenne , et surtout comme très-conforme à la politique de la dynastie régnante 1, »

Voilà donc où en est aujourd’hui le grand lama du Tibet vis-à-vis de l'empereur de la Chine, à peu près où en étaient , dans le Bas- Empire, les patriarches schismatiques de Constantinople vis-à-vis des empereurs grecs.

Mais enfin, le lamaïsme, le bouddhisme ou la religion des samanéens ; a-t-elle été plus utile ou plus nuisible à l'humanité que la

[religion des brahmanes de l'Inde ? Voici le jugement qu’en porte

l'auteur déjà cité. Après avoir dit que les lamas avaient naturalisé dans le Tibet les superstitions méridionales de l'Hindoustan, il ajoute :

« Les pratiques qu'ils y ont jointes, et dont quelques-unes surpassent tout ce que l'Asie a produit de plus ridicule en ce genre, sont justement ce qu’il y a de mieux connu par les relations des voyageurs, et je me crois tout à fait dispensé de les rappeler. Ce qu'il serait injuste de passer sous silence, ce sont les services rendus à l'humanité par Ja religion bouddhique, et plus particulièrement par la branche que les lamas ont portée dans les pays du nord. La réforme samanéenne eût été un grand bienfait politique pour les

|habitants mêmes de l'Hindoustan, si elle avait pu prévaloir parmi

eux sur le culte des brahmanes, de ces mortels si sages qui n’ensignent que des folies, qui craignent d'écraser un insecte, et qui tolèrent les sacrifices humains ; défenseurs intéressés d’un ordre de

choses où non-seulement les rangs, les dignités, les avantages de la | vie sociale, mais les péchés et les mérites , les châtiments du vice et

les récompenses de la vertu sont depuis trois mille ans subordonnés

& à une classification fantastique, héréditaire et irrévocable.

«Moins entichés d'observances puériles et de préjugés barbares, les bouddhistes ont, à la vérité, permis l’usage de la chair des animaux,

Ë mais ils ont rappelé l’homme à la dignité qu’il tient de son Créateur ; 2 ils ont eu moins de respect pour les vaches et les éperviers, mais ils

= * Abel Rémusat, Hélunges asiatiques, t. 1. Discours sur l'origine de la hiéà rarchie lamaïque.

128 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1216

ont montré plus de commisération pour les artisans et les laboureurs. Hors des limites de la région arrosée par les rivières saintes (l'Indus et le Gange), le salut des humains est impossible, suivant les brahmanes, et il est même inutile de s’en occuper. C’est justement dans ces climats déshérités des influences célestes que la religion de Bouddha est allée répandre des principes généreux et salutaires, applicables à tous les peuples et à tous les pays. C’est elle qui a policé les pâtres du Tibet, et adouci les mœurs des nomades de la Tartarie, Ce sont ces apôtres qui, les premiers, ont csé parler de morale, de devoirs et de justice aux farouches conquérants qui venaient d’envabir et de dévaster l'Asie.

« Au temps de Tching-Kis, une égale férocité distinguait les na. tions de race turque et mongole, quela force avait monstrueuse. ment réunies sous ses lois. Les premières sont toutes restées attachées à l’islamisme, et le fanatisme d’un culte intolérant n'a fai que renforcer leurs habitudes turbulentes et leur disposition au carnage et à la rapine. Au contraire, les nations mongoles ont successivement embrassé le culte lamaïque, et le changement qui s'est opéré dans leurs mœurs doit principalement être attribué à cette circonstance. Aussi pacifiques maintenant qu’ils étaient autrefois re. muants et indociles, ils se livrent exclusivement aux soins des troupeaux. Ona vu chez eux des monastères, des livres, des imprimeries, etiln’y a pas quatre-vingts ans qu’une riche bibliothèque, formé: par ces barbares, et qui avait échappé aux ravages de leurs guerre civiles, fut dispersée et détruite par trente Cosaques, que de savant académiciens y avaient envoyés pour faire des recherches d'histoire et de littérature . »

D'après cela et d’après d’autres indices, il paraîtrait que, dans le vues de la divine Providence, le lamaïsme sera pour l'Asie, et parti. culièrement pour les Tartares ou Mongols, ce que la philosophie: été pour les Grecs : une espèce de préparation à l'Évangile, comm dit un Père de l'Église, Clément d'Alexandrie. On lit en effet, dans une lettre écrite de la Mongolie, le 18 septembre 1842, par l'évêque catholique que le Saint-Siége a chargé de travailler à la conversion des Chinois et des Mongols : « Ce dernier peuple, beaucoup plis intéressant, et auquel personne n’a encore annoncé la bonne not velle du salut, donne des espérances d'autant plus fondées, qu'il es naturellement plus religieux. Le Mongol croit à une divinité suprême, à une autre vie où les bons sont récompensés et les méchants punis:

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11300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 129

il sait que tout homme a une âme qu'il doït sauver; il récite des | prières publiques et particulières ; il observe des jeûnes et des jours de fêtes; en un mot, il se rapproche assez de nous, sous quelques Lrapports, pour qu’il nous semble facile de lui faire accepter les’ | dogmes et les vertus de l'Évangile, malgré toute la distance qui l'en | sépare. Les lamas, qui forment la classe la plus instruite et la plus } honorée, devront être. ce nous semble, les premiers qui embrasse- } ront notre sainte rel:sion ; si nos prévisions se réalisent, ils pourront

E mous être d’un secours immense, et devenir par leur position des inà struments utiles à la conversion de la nation entière. Les meilleurs . d'entre eux et les plus jeunes, que nous jugerions propres à l'état

+ | ecclésiastique, seraient formés à part dans un petit séminaire mon-

sol, que nous désirons beaucoup fonder. »

D Ce qui justifie ces espérances du vicaire apostolique de Mongo- LE c'est la conversion de deux Tartares /ama, ou prêtres de Foo, : nom tartare de Bouddha. Tous deux montrent beaucoup de zèle D pour la conversion de leurs compatriotes : l’un déjà sert de catéchiste à un des missionnaires ; l’autre étudie avec succès au sémià naire de Macao, pour devenit prêtre et missionnaire lui-même 1. Ainsi douc, le grain qu’ont semé parmi les Tartares les mission- ! naires envoyés par le pape Nicolas IV dans le treizièrne siècle semble

À prét à lever dans le dix- -neuvième, et promettré une abondante

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Un historien du treizième siècle, à qui l'on doit de précieux ren-

D signements sur l’histoire des Mongols ou Tartares, ex les conquêtes À de Ginguiskhan, c'est Grégoire Abulfarage, mort en 1286 primat des À Hcobites d'Orient. Il naquit à Malatia ou Mélitine, dans l’Asie-Mi- À neure, lan 1226. Il est aussi nommé Bar Hébræus, parce qu'il était h d'extraction juive. Son père, qui était médecin, lui enseigna les pre-

‘ À miers principes de la médecine. Abulfarage s’appliqua successive-

À ment aux langues syriaque et arabe, à la philosophie et à la théologie. \ L'an 1944, il se rendit à Antioche, puis à Tripoli de Syrie, où il fut

D sacré évêque de Gouba à l’âge de vingt ans. Il passa depuis à l’évéconversion È

D ché d' Alep, et, à l’âge de quarante ans, il devint primat des Jacobites

E. orientaux. On à d’Abulfirage une Chronique, ou histoire universelle É Riepuis la création du monde. Cet ouvrage, très-estimé, fut composé

+ en syriaque et traduit en arabe par l’ autour lui-même, à la prière de

É ses amis. Îl a écrit aussi beaucoup d'ouvrages de théologie et de

- philosophie, dont la nomenclature se trouve dans la bibliothèque - orientale d’Assemani. Ils sont au nombre de trente- quatre. Il v a,

! Annales de la Propagation de la foi, septembre 1843, n. 90, p. 447. XIXe 9

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430 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 19:

sur la théologie, quelques propositions qui ne sont point tout à fait exactes !,

Quant aux Arméniens, pendant tout le treizième siècle, on les voit unis et soumis à l’Église romaine. En 1298, le patriarche Grégoire d'Arménie renverra au pape Boniface VIII le prince Sempath,

pour obtenir une dispense de mariage dans un degré prohibé 2. Les k lettres que les Papes écrivent pendant ce siècle au sujet des Armé- |

niens, ce n’est pas pour les rappeler à l’unité, mais pour engager les princes catholiques de l'Europe à voler à leur secours contre les infidèles.

Dans le cours de ce même siècle, les prices des Russes paraissent plus soumis qu’hostiles à l’Église romaine. Par une lettre du pape Honorius III, adressée l'an 1227 à tous les rois de, Russie, on voit qu'ils avaient prié l’évêque de Modène, légat apostolique dans le Septentrion, de vouloir bien venir dans leur pays pour les instruire de la saine doctrine, parce qu'on y manquait de prédicateurs!, L'an 1931, on trouve une lettre de Grégoire IX à un roi de Russie, qui, tout en suivant le rite des Grecs, voulait cependant obéir au Siége apostolique #. L’an 1246, Daniel, prince des Russes, envoya une ambassade au pape Innocent [V pour lui demander le titre et la couronne de roi. Le Pape lui accorda sa demande, et envoya le légat Opison, qui le couronna solennellement. Le roi et les évêques russes divent aux frères Mineurs qui revenaient de la Tartarie par Kiow, qu’ils voulaient avoir le Pape pour leur seigneur spécial, et l'Église romaine pour leur dame et maîtresse, et, en preuve, ils lui envoyèrent avec eux des ambassadeurs. avec des lettres 5. L'an 1257, le pape Alexandre IV écrivit une lettre à ce roi Daniel, où il lui rappelle les bienfaits qu'il avait reçus de l'Église romaine, le serment d’obéissance qu’il lui avait fait, lui reproche de l’avoir bien mal gardé, l’exhorte à s’en repentir et à réparer sa faute, et charge les évêques de Breslau et d'Olmutz de l'y contraindre par les censures ecclésiastiques, et même, s’il est nécessaire, par la force du bras séculier 6, On ne sait quel fut l'effet de ces lettres sur le roi Daniel, qui mourut l’an 1966. Comme les Grecs se réunirent solennellement à l'Église romaine dans le deuxième concile général de Lyou, l'an 1274, cet exemple dut naturellement déterminer dans le même sens les princes et les évêques flottants de la Russie.

Nous disons les princes et les évêques; car pour le simple peupke, qui vit dans la bonne foi et dans l'ignorance de ces querelles suscitées

1 Assemani, Biblioth. orient., t. 2. - Biogranh. univ.,t. 1. — 2 Ravynald, 1298, = ébroch., ad Epher

n. 20. — 3 Ibid., 1227,n. 8 et 9. * Ibid., 1231, n. 43, — 5 Ibid., 1246, n. #; 4941, n. 28 et 29. -- 6 Ibid., 1257,n. 26,

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 131

par la politique ou l'ambition de ses chefs, il ne participait point à leur schisme intermittent. Ainsi en a jugé le pieux et savant maronite Joseph Assemani, aussi bien que le pieux et savant Jésuite Papebroch; ainsi a jugé le pieux et savant cardinal Baronius, dans un cas qui semblait beaucoup moins graciable 1. Nous pensons de même que ces trois hommes. Il y a plus : ces principes nous paraissent très-importants pour apprécier avec équité bien des événements passés, présents et à venir, et ne pas toujours réprouver la masse des peuples avec les chefs qui les égarent. Nous. croyons donc que, | dans les treizième et quatorzième siècles, s’il y a eu des princes ou | des évêques russes qui ont formellement adhéré au schisme, la masse E du peuple est demeurée catholique, et que dans le nombre il yaeu à plus d’un saint.

Ainsi, les Moscovites honorent le 25 septembre saint Serge, né à | Rostow, mais émigré avec ses parents à Radozna, à quelques lieues à de Moscou. Sergius y fonda le monastère de la Sainte-Trinité, C’est [leplus riche et le plus nombreux de la Moscovie. Il s’y trouve quelquelois jusqu'à trois cents religieux. Le corps de saint Serge s'y garde entier. Les Moscovites et les czars même vont le visiter par dévotion. [Saint Serge mourut en 12922. Les Moscovites honorent encore, le

22 décembre et le 12 février, saint Pierre et saint Alexis, tous deux métropolitains de Moscou, dans le quatorzième siècle, où nous les Lverrons plus en détail 3.

| Mais une chose dut avec le temps implanter dans le clergé russe de funestes préjugés contre l'Église romaine; c’est une collection de jdroit canonique, appelée Æormezaia ÆAniga, très-peu connue hors de la Russie. Ce fut un Servien ou un Bulgare qui la publia, vers le Ltreizième ou le quatorzième siècle, par extraits tirés de l’original, ui était grec, et qui n’a jamais été imprimé ; on ignore même l’é- Ppoque où il fut composé : peut-être est-il du treizième siècle. Quant au successeur de saint Pierre, on y lit des choses historiquement fausses ; mais on en trouve aussi d’autres qu'il faut regarder comme émanées de l’ancienne doctrine de l'Église, en faveur de Ba primauté de Rome. Il y est dit entre autres : « Et ainsi notre prenier frère était alors le Pape de Rome, tant parce que Rome avait Lalors la primauté que parce qu'on y avait institué le Pape à la place kdes premiers apôtres. » Plus bas, la Aormezaia place le primat à “Constantinople, et dit à cet égard : « Tu apprendras par là que, par les

D: y ; } 0 ed ynald, 1993, We Joseph Assemani, Ca!2ndaria Ecclesie universæ, t, 1, P. 426 et 127. = Pas

mcbroch,, ad Ephemerides Græco-Moschas, n. 11, t, 1, Mai, Acta SS, - Baron.,

a an. 1136. —? Assemani, Calendaria, t, 5, p. 254, 25 septembre. — ? Ibid., pe décembre et 12 février,

132 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 19216

décrets de la Providence, la religion a été confiée au peuple russe et à tout le clergé soumis au siége apostolique de Constantinople et à l'église d'Orient. » — On ne dit pas, au reste, par quel apôtre l'é. glise de Constantinople fut fondée. — .On lit plus loin ce qui suit : Mais lorsque le czar turc, hélas ! pour nous punir de nos péchés, eut soumis à sa puissance l église d'Orient et les quatre patriarches, et qu'il ne fut plus possible de se rendre à Constantinople pour se faire installer, les métropolitains russes reçurent des patriarches de la Palestine le pouvoir de se faire élire et introniser par leurs propres évêques. A l'égard du rang, les patriarches décidèrent que le métropolitain de la Russie aurait la prééminence sur tous les autres, et que, dans les conciles généraux, il aurait un siége plus élevé, et qu'il présiderait après le patriarche de Jérusalem, attendu que la religion brillait en Russie du même éclat que le soleil au milieu du firmament. » Ce qui suit est surtout propre à faire voir jusqu’à quel point on à su entretenir, jusqu’à présent, par des fables, le peuple russe ét ceux qui l’enseignent, dans leur haïne contre l'Église catholique. Le traducteur russe a rendu le nom du fameux Michel Cérularius (Krpow- Aaptos) par Æyr Latri (Seigneur Larius), en lisant xépros Aaprog. Voici ce qu'il dit de ce seigneur Larius :. « Il maudit également les Latins, lorsqu'ils. furent évidemment devenus hérétiques , comme des hommes privés de raison et de prudence, incapables de rien distinguer, mais enflés d’un vain orgueil et déchus des nombreuses faveurs qu'ils avaient reçues du ciel. » Après cela, l'interprète russe ou l’auteur grec élève sur le Siége de Rome un certain Pierre le Bègue (Petrus Lombardus), et lui impute les faits horribles qu'on va

lire. « Après avoir répandu grand nombre de funestes hérésies, il M, . . lyrie orientale

| que l’évêque de : ces régions. L' à de Moldavie, di e doine, la Thes:

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ordonna aux papes de tenir sept femmes et des concubines à volonté; il ne leur fixa point de péché, il leur ordonna de faire entendre dans l'église l’orgue, les tymbales et la müsique, de se raser la barbe ct les moustaches, d’ebsoudre sans épitémie et sans pénitence, etil permit même de remettre les péchés pour plusieurs années d'avance. Il changea aussi le synaxarium, et permit de jeüner le samedi, comme font les Juifs. Il permit aussi l'inceste, c’est-à-dire le mariage entre proches parents, et toutes sortes d’horreurs, comme de manger avec les chiens. L’impie répandit encore d’autres horreurs: il créa des schismes et des ordonnances abominables, tendant à déshonorer et à renverser l'Église de Jésus-Christ. Mais, du temps de l'empereur Constantin Manamague (Monomaque), le patriarche Michel {l'interprète russe n’a pas vu que ce Michel n’est autre chose que ke susdit seigneur Larius) convoqua un synode, et livra à l’anathèmele Pape de Rome et tous les hérétiques.… Le Pape alla même jusqu

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1 Godescard, 24

— De 1216

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à 1300 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 133

installer dans.les quatre grandes villes, au lieu de quatre patriarches orthodoxes, ses quatre patriarches à lui, que ceux d'Occident appellent cardinaux {. »

C'est par de pareilles fables que le gouvernement russe entretient dans l’aversion et la haine contre l’Église de Dieu le clergé et le peuple russe; c’est par de pareilles fables que les évêques grecs du conGile êr Trullo, que Photius et Michel Cérulaire font naître l'aversion et la haine contre l’Église de Dieu, dans le cœur des populations de la langue grecque ; c’est par de pareilles fables que Mahomet, le faux prophète, allume et entretient contre l’Église de Dieu l’aversion

| etla haine des populations musulmanes ; c'est par de pareilles fables

que les pharisiens anciens et modernes entretiennent et propagent, contre l’Église de Dieu, l'avérsion et la haine des populalions juives ; c'esl par de pareilles fables que les pontifes des idoles, depuis Néron et Julien l'Apostat jusqu'aux brahmanes de l'Inde, entretiennent et rallument, contre la vérité et l’Église de Dieu » l’aversion et la haine des populations idolâtres. Voilà cet empire des ténèbres, dont le souverain est le prince de ce monde, le Dieu de ce siècle. Le Fils de Dieu est venu détruire cet empire ténébreux de Satan : c’est aux

| fidèles serviteurs du Christ d'achever la victoire. L'idolâtrie grossière | s'estretirée au fond de l'Inde ; des ténèbres non moins funestes se | sont concentrées dans l'Alcoran de Mahomet, dans le Talmud des | pharisiens, dans le schisme des Grecs et des Russes ; c’est aux pré- | tres et aux autres fidèles. catholiques de porter la lumière dans ces | antres obscurs, et de dévoiler tout à la clarté du soleil. Ils n’y pen- D sent point assez.

Nous avons vu que, sous les premiers empereurs chrétiens, l'Illyrie orientale était sous la juridiction immédiate du Saint-Siége, et

| que l'évêque de Thessalonique était le vicaire ou le légat du Pape en | ces régions. L’Illyrié comprenait les provinces actuelles de Bulgarie, de Moldavie, de Valachie, de Bosnie, de Servie, d'Albanie, la Macéà doine, la Thessalie, l’Attique, l’Achaïe, le Péloponèse, et toutes les | îles ioniennes. Les invasions des Barbares, l'ambition des patriarches | grecs de Constantinople sont venues bouleverser cet ancien ordre et

préparer ces régions au joug abrutissant du mahométisme. Au-

| jourd’hui qu’elles semblent aspirer quelque nouvelle séve de vie, elles devraient promptement se regreffer sur le tronc toujours vivant, | toujours ancien et toujours. nouveau dont elles se sont détachées È pour devenir branches mortes : sans quoi elles ne cesseront d’être le } jouet d’un sultan que pour devenir le jouet d’un autre sultan.

! Godestard, 24 juillet. SS. Romain et David, note, p. 393, édit. 1236,

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134 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 1916

Dans le douzième et le treizième siècle, elles tenaient encore} l'arbre, mais d'une manière peu ferme. En 1204, Joannice sollicita et obtint du pape Innocent III le nom et la couronne de roi des Bul. gares ct des Valaques ; l’archevêque de Ternove fut déclaré par le même Pontife primat de Valachie et de Bulgarie. En 1291, le pape Nicolas IV écrivit au roi des Bulgares, nommé Georges Tester, pour l’exhorter à embrasser la foi orthodoxe; il écrivit en même temps à

l'archevêque de Bulgarie , pour qu'il y ramenât le roi et la nation, B

d'autant r/r: r4il était sans doute le même qu'il avait vu à Constan. tinople, €: : ce de l'empereur MichelPaléologue, protester publiquement (. : 11 était immédiatement soumis au Pontife romain! Ce qui est surtout remarquable, c'est que ce fut à la sollicitation de la reine de Servie que le pape Nicolas IV écrivit ces lettres au roi et à l'archevêque des Bulgares.

En 1220, Étienne, grand jupan de Servie, ayant épousé une nièe de Henri, doge de Venise, quitta le schisme des Grecs, se réunit et se soumit à l’Église romaine. Il envoya une ambassade au pape Ho norius III, pour resserrer cette union, et lui demander en même temps le titre de roi. Le Pape accorda la demande, et envoya mn cardinal-légat, qui le couronna solennellement avec sa femme 2, La capitale du royaume s’appelait Servie, autrement Pek ; le royaume rrême se composait des anciennes provinces de Mésie et de Dardanie.

Le roi Étienne avait un frère nommé Sabas, qui avait embrassé h D

vie monastique au Mont-Athos. À la mort de Théodore, évêque de Servie ou de Pek, saint Sabas fut élu, bien malgré lui, pour li succéder. Le patriarche latin de Constantinople eut une si grande confiance dans le nouvel évêque de Servie, qu’il l’établit comme sn vicaire dans toutes les régions environnantes. Le roi Étienne érigea douze évêchés, soumis à son frère, qui fut déclaré archevêque. Ily avait dans le pays des Chrétiens de différents rites et de diverses langues : saint Sabas sut maintenir la bonne harmonie parmi eux tous, Après plusieurs années, le désir de la vie solitaire le possédant toujours, il obtint d’être déchargé de l’épiscopat, et retourna au Mont. Athos, où il mourut saintément vers l’an 4250 3. On honore sa mémoire le 14 février.

Le roi Étienne eut un fils de même nom et surnommé Urosius, qui épousa Hélène, originaire de France, dit-on. Il en eut deux fil, Étienne, et Urosius, surnommé Dragutin. Les deux frères vivaient

1 Raynald, 1291, n.28 et 39. — ? Joseph Assemani, Calendaria, t. 5, p. #. Raynald, 1220, n. 37.— 31bid., et Acta SS., 14 febr. Et, Lequien, Oriens Chris tianus.

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